A la fin des années ’70, une victoire majeure a été obtenue sur le champ des idées. Elle n’a pas été saluée à sa juste valeur. Comme le monde est oublieux. Elle concerne le racisme et son invention. Et c’est à la Nouvelle Droite (et tout particulièrement au GRECE) qu’on la doit. Une Nouvelle Droite allée à l’Ecole de Lévi-Strauss. Une victoire lourde de sens et de conséquence. Mais en quoi consistait-elle ? En une « transmutation » et en un art consommé du détournement. Alain de Benoist et ses amis avaient réalisé un coup de maître en remplaçant habilement le racisme biologique (grevé par l’aventure génocidaire nazie) par un racisme culturel (appelé aussi racisme différentialiste ou racisme sans race). Cela nécessitait pour ce faire de s’accaparer et de retourner deux notions clé : le « droit à la différence » et le « relativisme culturel ». Notions qui avait été, à l’origine, des conquêtes remportées de haute lutte sur le discours de la « mission civilisatrice » du temps béni des colonies. Et cette trouvaille avait de l’avenir. Puisqu’elle devint la doxa d’aujourd’hui. Le génie de la démarche, à l’évidente ironie, résidait dans le fait qu’elle singeait au plus près l’antiracisme (traditionnel) qui se voulait une réponse au racisme biologique. Et par un jeu de renversement et de symétrie, elle y instalait la confusion. Depuis Lévi-Strauss, on distingue un racisme de type universaliste, fondé sur un déni d'identité, et un (néo)racisme de type différentialiste, fondé sur un déni d'humanité ; le premier est dit « hétérophobe » tandis que le second est défini comme « hétérophile ». L’ironie pouvait se poursuivre, puisque la réplique qu'on trouva à ce nouveau racisme différentialiste n'était autre que l’universalisme, dans sa version nationale républicaine. C’est-à-dire l’autre forme de racisme, celui par le déni d’identité. Trois ouvrages ont ponctué et popularisé les « moments » clé de ce passage paradoxal. « La force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles. » de Pierre-André Taguieff (le situationniste passé à l’ennemi et aficionado des notes de bas de page), « La défaite de la pensée » d’Alain Finkielkraut (le philosophe contrarié et mentor de Breivik) et enfin « La France de l’intégration. Sociologie de la nation en 1990. » de Dominique Schnapper (la fille à papa qui continue la boutique). Qu'on peut résumer comme suit : la crise de l'antiracisme, l'antiracisme est un racisme et le salut par la République universelle. Mais l'ironie ne s'arrêtait pas en si bon chemin. Cette spécificité française qui allie la nation à l’universelle est une étrange synthèse hégélienne (Aufhebung), car pour tout dire le Républicanisme ressemble à une variété hexagonale du différentialisme qui s’ignorerait et aurait des prétentions à l’universalisme. Sinon comment comprendre cette déclaration de Taguieff : « fermer les yeux sur la guerre culturelle déclarée qui a lieu en Europe de l’ouest tout particulièrement, c’est faire preuve d’angélisme » et celle de Finkielkraut : « En France, on aimerait bien réduire ces émeutes à leur dimension sociale, les voir comme une révolte des jeunes des banlieues contre leur situation, contre la discrimination dont ils souffrent, contre le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont des Noirs ou des Arabes avec une identité musulmane. C'est pourquoi il est clair que cette révolte a un caractère ethnique et religieux. » Et comment comprendre que ces deux champions de la République universelle aient signé, en mars 2005, un appel contre « le racisme anti-blanc » (sic). A bien y regarder, la trouvaille des tenants de la Nouvelle Droite ont dépassé leur espérance, car elle joua comme une ruse de la raison conceptuelle, elle permit, tout à la fois, de liquider l’antiracisme, en le disqualifiant définitivement, et de maintenir, voire de vivifier le racisme. Que ce soit dans sa forme biologique (« le retour de la race ») que dans sa forme culturelle (islamophobie). Un deux en un : déni d'humanité et déni d'identité. Ce fut un coup de maître. Rendons nous à l’évidence, depuis plus de trente ans, dans la bataille des idées, de l’immigration à l’insécurité en passant par l’identité nationale, c’est l’extrême droite qui a l’initiative, ce sont ses penseurs qui mènent la danse, tandis que ces idées volent de victoire en victoire... Jusqu'à quand ?
Les fossoyeurs de l'antiracisme
Publié par
Le Bougnoulosophe
à l'adresse
10/03/2011
Libellés : MANIERES DE FAIRE
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1 commentaires:
Excellente note
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