mercredi, novembre 11, 2009

Le MIB, la vraie association historique, populaire et de terrain, méfiez-vous des contrefaçons...













MIB (Mouvement de l'Immigration et des Banlieues)

Forum Social des Quartiers Populaires

mardi, novembre 10, 2009

Ce soir...

Frédéric Taddéi recevra dans son émission "Ce soir ou jamais" (le 16 novembre 2009) Tariq Ramadan et Caroline Fourest pour un débat contradictoire, enfin du lourd ! Dans le spectacle ambiant, tout miséreux qu'il soit (« le spectacle est une misère, bien plus qu'une conspiration »), voilà de vrais gladiateurs...

lundi, novembre 09, 2009

Comment peut-on être Arabe ?

Largement utilisé dans le langage courant (notamment dans les médias) pour désigner tantôt une ethnie, tantôt un groupe de pays jamais bien défini, il est aussi souvent employé pour qualifier l’origine d’une partie de la population française. Mais que signifie-t-il vraiment, et surtout quelles sont les implications de l’utilisation souvent irréfléchie de ce terme ? Après avoir tenté de montrer les implications théoriques et politiques de l’emploi usuel du syntagme « arabe » en France, je tenterai d’analyser les potentialités qu’il « offre » aux personnes désignées par ce terme.

Le Petit Robert nous en donne plusieurs définitions :
1. « Originaire de la péninsule arabique » ; les exemples donnés sont les « tribus » et les « chevaux » arabes...
2. « Des populations arabophones »...
3. Dans le langage courant : « Personne originaire du Maghreb ».
4. « Issu de la civilisation arabe ».

Ces définitions sont très intéressantes car elles établissent des liens entre des éléments tout à fait inattendus : un peuple ? Une civilisation ? Un groupe linguistique ?
Les mots et l’utilisation qu’on en fait révèlent à de nombreux égards notre vision du monde. Qu’est-ce à dire ? Il existerait dans le monde un peuple qui serait solidaire au nom d’une hypothétique origine commune. Au nom d’une langue qu’il ne pratique pas partout de la même manière... Des membres de ce groupe peuvent-ils s’« intégrer » à « notre » société ? Comment est-ce possible s’ils possèdent en eux une caractéristique transmissible de générations en générations, qui les pousse irrémédiablement à être solidaires des membres d’un autre groupe ?
Evidemment il n’est pas question de dire que ce mot est insignifiant : Maxime Rodinson, Jacques Berque entre autres spécialistes du « monde arabe » ont parfaitement délimité géographiquement et culturellement leur objet d’étude.

Mais qu’en est-il d’un Gilles Kepel, qui autorisé par sa connaissance de la langue arabe, établit des rapports vertigineux entre des situations politico-économiques aussi différentes que celles de l’Arabie du VIIe siècle et le périurbain français du XXIe siècle ? L’exemple de ce « spécialiste » très souvent invité à la télévision pour au choix donner son avis sur l’endroit où se cache Ben Laden ou pour parler de « l’islam de banlieue » est assez significatif du flou idéologique qui caractérise cette notion d’arabité, dans la mesure où pour l’idéologie journalistique la plus répandue elle est très liée à la religion musulmane avec laquelle elle constitue une civilisation à part entière (arabo-islamique).

Or, nombreux sont les véritables spécialistes du Maghreb et du Machrek (notions géographiques beaucoup plus claires pour le coup !) qui nous invitent depuis quelques temps à relativiser, voire à détruire cette notion de civilisation arabo-islamique : Georges Corm explique dans Le Proche-Orient éclaté que cette idée repose sur une approche très simpliste de l’altérité : puisqu’en gros ils parlent tous l’arabe, eh bien, ce sont des arabes qui forment une unité autour d’une religion constituant un « fait social total » qui permet de tout expliquer : sociologie, économie, politique... D’où l’autorisation que se donne un Kepel à partir de sa seule connaissance de la langue arabe (qu’il s’empresse toujours de rappeler modestement) de parler de domaines aussi divers en n’épargnant aucun raccourci, aucune simplification vertigineuse.

Maxime Rodinson s’étonnait il y a quelques années dans Islam, Politique et Croyances, du fait que de nombreux prétendus spécialistes mélangaient ainsi les genres uniquement lorsqu’il était question d’objets d’études touchant à une altérité quelque peu perçue comme problématique : il ne viendrait en effet à l’esprit de personne d’expliquer par exemple la politique de Louis XIV uniquement en se fondant sur une analyse des Evangiles... Nous savons lorsqu’il est question de nous que tout ne peut s’expliquer par les idéologies en général et par la religion en particulier : pourquoi en irait-il autrement pour les musulmans ?

Pour Georges Corm, la civilisation arabo-islamique a historiquement existé, mais elle ne recouvre aujourd’hui qu’une réalité très relative, comparable en cela à la civilisation gréco-latine dont nous sommes en partie héritiers. Mais comme les italiens ne sont plus tout à fait des romains, les algériens par exemple ne peuvent plus aujourd’hui être assimilés complètement à un prétendu groupe « arabo-islamique » qui fonctionnerait comme une totalité organique.
Et pourtant... Qu’est-ce que « l’épicier arabe » par exemple a réellement « d’arabe » ? Qu’a-t-il en commun avec le roi Fahd, Sindbad et Ali Baba ? Il parle souvent berbère, n’est certainement pas originaire de la péninsule arabique et en ce qui concerne la civilisation arabe, il en est la plupart du temps aussi proche que le vendeur de pizzas l’est de Cicéron.

Qu’en est-il de moi-même, Français né en France, professeur de français qui n’ai jamais migré, mais qui suis pourtant souvent considéré comme un « immigré de deuxième génération » ?
Il est possible d’être « musulman » éventuellement, « algérien » même, si en vertu des accords d’Evian je désire garder la nationalité de mes parents, « maghrébin » à la limite, si on lie cela à ma nationalité algérienne, « arabophone » si je choisis cette langue en option à la fac, mais « arabe » ?

En réalité cette appélation d’arabe appliquée aux maghrébins date de la période coloniale. Tout comme les berbères ont été appelés ainsi par leurs envahisseurs ( berbère de barbarus, c’est à dire « barbare » ), les habitants de ce qui s’appelle aujourd’hui l’Algérie étaient en effet en grande partie arabophones... De là à considérer qu’ils appartenaient avec les moyen-orientaux à un seul et même peuple à partir d’une caractéristique linguistique ! Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans ce cas précis, la connaissance d’une langue confère une sorte de nationalité : il serait plaisant que l’on appliquât la même méthode avec les immigrés francophones...

Toujours est-il que les Belges ou les Québécois francophones ne sont pas à proprement parler français : la nation française n’est malheureusement pas uniquement fondée sur la francophonie. Pourquoi en serait-il autrement de « l’arabophonie » ? Pourquoi les « arabes » eux-mêmes en grande partie prétendent se reconnaître dans cette notion d’arabité alors même que chacun sait que la Ligue Arabe ne sert à rien et que ce n’est pas l’Arabie Saoudite qui règlera le problème palestinien de sitôt ?

Maxime Rodinson et Edward Saïd, entres autres, montrent comment les représentations identitaires sont largement tributaires de rapports de forces : notre perception de l’autre est plus ou moins acceptée, répandue, chez « nous » et chez « les autres » en fonction de notre puissance : les algériens sont « arabes » grâce à Bugeaud et les Français auraient été tout simplement « chrétiens » si l’émir Abdelkader avait été vainqueur...

Dans une problématique très proche puisque liée elle aussi aux rapports entre identité et domination, Fanon a montré par exemple comment l’image que le colon avait du noir pouvait être répandue et acceptée même chez de nombreuses personnes d’origine africaine.
Aujourd’hui dans certaines parties du monde de nombreux hommes politiques et idéologues ont intérêt à faire exister la « civilisation arabo-islamique » : il faut bien que « notre civilisation démocratique », ultra libérale et chrétienne, ait un ennemi à combattre. Il faut bien qu’il y ait un « choc des civilisations » pour pouvoir dominer légitimement cette altérité foncièrement rétrograde, arriérée, obscurantiste et dangereuse.

« Chez nous », il faut bien qu’il existe un peuple responsable de toute la misère humaine pour cacher la violence de notre politique dite d’intégration. Il est même tout à fait naturel que certains généraux algériens « luttant durement contre le péril islamiste » (même si cela passe par tirer sur des manifestants pour rétablir la « démocratie » ) soient amis avec nos « intellectuels » nationaux préoccupés par ce même danger dans nos banlieues.

Le plus grave c’est que cet attirail pseudo-scientifique dont les Kepel et compagnie sont les gourous qui occupent en permanence tous les médias donne une sorte de légitimité intellectuelle à ce qui n’est en fait, il faut bien le reconnaître, qu’un simple racisme : est en fait considéré comme « arabe » tout basané aux cheveux frisés... Certains traits physiques confèrent des attributs moraux transmissibles de générations en générations qui empêchent, qui freinent irrémédiablement l’« intégration » de ces « populations ».

Que faire de ce qu’on fait de moi ?

Ceci étant posé, quoi que je fasse dans ce pays, en dépit de mon lieu de naissance et de résidence, malgré mon appartenance juridique à la communauté nationale française, quels que soient mes positionnements politiques, mes dispositions philosophiques et morales, mes idées métaphysiques et religieuses, je risque fort, de par un certain nombre de stigmates que je porte, d’être perçu irrémédiablement et désigné par un nombre assez important de personnes comme un « Arabe » et un musulman.

Que puis-je y faire ? Après avoir constaté le peu de fondement scientifique de cette notion d’arabité, après avoir approuvé les observations éclairantes de Georges Corm sur les limites de la notion de « civilisation arabo-islamique », qu’ai-je vraiment réglé au juste ?
Il faut se rendre à l’évidence : la désignation de certains groupements ethnico-nationaux par le terme « arabe » pose de nombreux problèmes, les personnes effectivement perçues et désignées ainsi existent bel et bien : cette communauté formée d’individus différents ayant le point commun d’être victimes de la même stigmatisation existe de fait et l’énonciation de l’illégitimité scientifique de l’emploi du terme arabe n’a malheureusement aucune valeur performative. Que dois-je donc faire de ce terme et de ce qu’il implique ?

1. Dire et répéter que je ne suis pas un Arabe ?
Et préciser exactement mes croyances métaphysiques pour établir si oui ou non en termes théologiques et sociologiques je puis encore être considéré comme appartenant à la Oumma ? Quelles seraient les incidences sociales et culturelles de ce positionnement ? Si l’œuvre magistrale d’Ibn Khaldun et l’histoire des peuples de « l’Afrique septentrionale » n’intéressent que très rarement les personnes qui me voient comme un Arabe, si les subtilités scolastiques opposant Hassan al Bassri à Ibn Hanbal ne sont que très rarement le fort de ceux qui me demandent si oui ou non je fais le Ramadan, à quoi puis-je m’attendre et à quelles réactions je serais confronté si je décidais de discuter sérieusement, en termes scientifiques, les nuances de ces concepts ?

Lorsqu’une personne perçue comme Noire a constaté qu’il n’existait en biologie aucune définition scientifiquement valable de la race noire mais que demeurait tout de même, évidemment, le racisme qui touchait certaines personnes partageant un certain nombre de stigmates, elle peut aussi se rendre compte que « le fait d’être noir » existe bel et bien et que le mot « race », non pas en tant que catégorie biologique (dont la validité scientifique a depuis longtemps été réfutée) mais comme une situation sociale précise (celle des personnes stigmatisées à cause de leur couleur de peau) peut avoir une utilité certaine pour rendre compte d’expériences particulières :

« Montrer que la « race » est une catégorie imaginaire plutôt qu’un produit de la nature ne signifie pas qu’elle serait une pure mystification. (…) Elle est une catégorie valide d’analyse sociale, à l’instar d’autres catégories sociales comme la « nation » ou le « genre », notions tout aussi imaginaires, comme le souligne l’historien Thomas Holt, au sens où elles sont historiquement et politiquement construites et sous-tendues par des relations de pouvoir qui ont changé dans le temps. Les « races » n’existent pas en elles-mêmes, mais en tant que catégories imaginaires historiquement construites ». [1]

Puisque le fait d’être noir existe malgré le caractère fictionnel de la « race noire », à quoi rimerait le fait pour un Noir de répéter qu’en vertu des avancées récentes de la biologie, il n’est pas noir ? En plus du caractère absurde d’un tel énoncé, on le percevra à coup sûr comme un être honteux d’être ce qu’il est, à savoir un être perçu de toute façon, quels que soient les progrès de la biologie, comme un Noir. Il s’agirait donc d’un Noir ne voulant pas être noir. Voulant être « Blanc » ? Vouloir sortir d’une catégorie fictive pour accéder à une autre ! Car si les perceptions sociales ayant de grandes incidences dans le réel ne se soucient que très rarement de validité scientifique, et dans la mesure où le Noir est perçu comme tel de par une pulsion humaine visant à catégoriser irrémédiablement l’altérité, « on » [2] ne voudra jamais se contenter d’une réponse scientifiquement valide ne lui permettant pas de se positionner par rapport aux fantasmes mis en œuvre à la vision d’un être qu’il perçoit comme un Noir. Irrémédiablement, la réfutation d’une désignation, quelles que soient ses fondements et ses motivations, impliquera l’entrée (ou sera reçue comme l’expression d’une volonté d’entrer) dans une autre catégorie.
En somme, le refus d’une catégorie sociale au nom d’arguments scientifiques valides n’a pas l’effet recherché … et il pourrait même avoir l’effet inverse.

Si je dis à Brice Hortefeux en toute naïveté que je ne suis pas un Arabe – même si c’est en pensant très fort à Ibn Khaldun – il risque fort d’interpréter mon énoncé comme l’expression d’une honte d’être ce que je suis – un homme perçu comme un Arabe – et comme une volonté d’être autre chose, c’est-à-dire un membre de la communauté nationale telle qu’un ministre UMP la conçoit : catholique, buvant de la bière et mangeant du cochon. Dans la mesure où je ne corresponds pas à ce « prototype » (pour reprendre le terme exact employé récemment par Hortefeux face au militant UMP Amine Benalia-Brouch), et comme je ne tiens absolument pas à renoncer à mon amour pour le Berkoukes, je vois bien qu’un positionnement socio-culturel se contentant de se fonder sur des constats scientifiques sans tenir compte des réalités sociales structurant fortement les imaginaires, risque fort d’avoir les effets inverses de ceux que je recherchais initialement.

2. Prendre acte ?
Je suis en effet obligé de tenir compte de certaines réalités : l’histoire des mu’tazilites n’intéresse que très peu de monde et je risque fort d’être à côté de la plaque si je me lance dans une dissertation sur la prédestination et le libre arbitre lorsque derrière telle interrogation sur mes pratiques religieuses, se cache en fait une volonté de savoir quel genre d’arabe je suis...
Or, même si je reste très critique envers la pertinence de la notion d’arabité dans de nombreux énoncés, je ne peux y renoncer pour désigner précisément certaines expériences sociales que je partage avec un certain nombre d’individus partageant avec moi certaines caractéristiques. Comme je ne tiens pas de sitôt à changer mes dispositions vis-à-vis de la culture dite arabe, je ne renoncerai pas à me considérer comme tel ne serait-ce que pour bien signifier par là que je ne veux pas appartenir à la communauté nationale telle la voient de nombreux racistes. Ma conception de la nationalité française n’exclut pas une certaine forme d’arabité en tant que réalité sociale ainsi que l’islamité : pour bien signifier que tout en étant français je considère Zakaria Ahmad comme un des meilleurs compositeurs du XX siècle, que Ahmad Shawqi reste pour moi un des plus grands poètes de l’histoire littéraire mondiale et que rien ne m’émeut plus que les textes de Bayram al Tounssi chantés par Um Kalthum – dont la voix surpasse en beauté et en finesse celles de nombreuses cantatrices que préfèrent sûrement Brice Hortefeux et Fadéla Amara – je tiens à dire que je suis un Arabe. Et tant que l’islam sera considéré comme « la religion la plus con » par les écrivains à la mode, je refuserais de discuter sérieusement de métaphysique et je me proclamerai, sans hésitation, « musulman ».

[1]Pap Ndiaye, La condition Noire, Calmann-Levy, p. 33.
[2] Cet imbécile.


Faysal Riad

dimanche, novembre 08, 2009

Du débat sur l'identité nationale française

Merci à Mister No

Le débat cathodique (car y participer c'était le cautionner) fut encore plus médiocre, plus stérile, plus cousu de fil blanc (un spectacle, au dispositif bien huilé, de marionnettes médiatiques !), que ce solo de trompette pour cet âne des champs (un vrai rebelle, lui !)...

samedi, novembre 07, 2009

Lutter contre l’islamophobie et pour la Palestine : un même combat politique

Lutter contre l’islamophobie ne consiste pas seulement en une dénonciation des actes racistes qui frappent de plus en plus et de plus en plus violemment les musulmans, aussi ferme, tranchée, intransigeante et subversive soit-elle. Certes, on doit dénoncer les institutions et les autorités publiques qui, tout en feignant de dénoncer ponctuellement ces actes agressifs alors même qu’elles en sont les principaux vecteurs, engendrent ce racisme et cette islamophobie structurels. Cette démarche suppose un engagement réel dans l’espace public et une implication politique totale et assumée, qui s’émancipe des fonctions qu’on veut nous voir tenir : expert fanfaron qui vient cautionner des mesures racistes à notre encontre, musulman de service chargé de contrôler la communauté ou autre Oncle Tom musulman à la solde de l’ordre établi. Si nous voulons voir l’islamophobie reculer, nous n’avons d’autre alternative que celle qui conduit sur le terrain politique. Mais, au-delà d’un seul discours centré sur des revendications spécifiques liées à une problématique islamique, l’implication en politique doit être globale.

Il est certes nécessaire de porter le combat contre l’islamophobie mais se contenter de cette seule dimension est insuffisant. Lutter contre l’islamophobie, c’est imposer la présence des musulmans, une présence non pas seulement sociale, médiatique et économique, mais une présence politique, sans que cette dernière ne soit sujette à une quelconque compromission car, comme l’écrit Abdelmalek Sayad, « exister, c’est exister politiquement ». Les musulmans, comme n’importe quel autre citoyen ou résident soucieux de s’occuper des affaires publiques, doivent se saisir de toutes les questions sans se cantonner aux problèmes qu’on nous attribue d’office et en prenant en charge même celles qui sont dites sensibles et qu’on voudrait précisément nous voir abandonner. Et à ce titre, la question palestinienne est déterminante.

Alors que Gaza en janvier 2009 subissait l’atrocité des attaques et résistait dans la plus grande dignité, des foules immenses, constituées pour l’essentiel d’arabes et de musulmans, ont déferlé dans les rues des grandes villes. Ce soutien au peuple palestinien et à sa résistance n’est en aucun cas le reflet d’une solidarité confessionnelle : c’est une solidarité éminemment politique sur des critères historiques. La connaissance de notre histoire nous impose cette solidarité. On sait que les musulmans, issus de l’immigration post-coloniale, sont l’objet de regards et pratiques déterminés notamment mais de façon marquante par l’histoire coloniale de la France et c’est cette même expérience de résistance face au colonialisme et au post-colonialisme que partagent musulmans en France et palestiniens. Evidemment, les effets ne se réalisent pas de la même manière ni dans les mêmes degrés, toutefois, la conscience de notre historicité et la compréhension de cette histoire commune de libération face à l’oppression coloniale explique cette solidarité avec la lutte palestinienne, consubstantielle à nos luttes intrinsèques. Cette histoire coloniale qui continue de s’écrire sous les noms d’assimilation, de discrimination, de stigmatisation : qu’il s’agisse de résister à la dépossession identitaire, et à son lot d’acculturation et de dépersonnalisation tragiques, ou à la dépossession territoriale, c’est un même combat.

Islamophobie, choc des civilisations et sionisme, dans un cas comme dans un autre, il s’agit d’un colonialisme polymorphe. L’hostilité générale qui a accueilli ces manifestations témoigne à la fois d’un consensus en faveur de l’entité sioniste mais aussi d’une islamophobie arrogante à l’égard de ces musulmans qui se font visibles et politiques pour soutenir des résistances et contester des injustices. Les commentaires douteux et méprisants stigmatisant cette foule en la qualifiant de communautaire et d’islamiste révèlent que c’est encore une fois ce processus de diabolisation de l’Islam et des musulmans qui est à l’œuvre pour disqualifier des luttes politiques. Ce même procédé qui est utilisé lorsqu’il s’agit d’écraser la résistance palestinienne : « … vous dites que, si les Palestiniens arabes s’opposent à l’installation et à l’occupation de leurs terres par les Israéliens, ce n’est rien d’autre que le « retour de l’islam » » (E. W. Said , L’Orientalisme). Tout se passe comme s’il suffisait d’attribuer la caractéristique d’ « islamique » ou pire d’ « islamiste » à un militant , un mouvement ou un événement politique pour qu’aussitôt il soit touché de suspicion, de défiance et de discrédit ; et l’exemple des bagagistes de Roissy est révélateur en ce sens. Ainsi, à la lumière de ce processus, les raisons pour lesquelles le Hamas et le Hezbollah sont la cible de toutes les attaques de la part des régimes occidentaux paraissent évidentes : ils résistent et luttent contre l’injustice, on les affuble alors de stigmates islamiques disqualifiant pour essayer de les neutraliser. On perçoit d’autant mieux l’utilisation de ce prisme déformant, et qui est d’une efficacité redoutable dans les médias et l’opinion publique, quand on compare le traitement réservé aux différents régimes du Moyen-Orient selon la règle de la géométrie variable : quand des musulmans choisissent de résister, ils sont diabolisés ; quand des musulmans font allégeance, ils deviennent alors fréquentables et courtisés, comme c’est le cas des régimes corrompus, soumis et serviles. La diabolisation, véritable carburant de l’islamophobie, frappe délibérément la catégorie de l’Islam et des musulmans qui résiste à l’oppression. Et les répercussions sur les musulmans en France sont immédiates.

L’instrumentalisation et la diabolisation de l’Islam visent à nous faire taire. On ne peut pas, sous prétexte d’être mieux entendu ou mieux accepté, faire l’économie de la dénonciation de la diabolisation de l’Islam à des fins coloniales, qu’elle soit à l’échelle nationale ou internationale, comme en Afghanistan ou en Palestine, qu’elle s’appelle islamophobie ou choc des civilisations. Le risque étant de devenir, ad vitam aeternam, des sous-citoyens ou des individus de seconde zone toujours en proie aux discriminations quotidiennes et autres humiliations. Il est impératif de s’affranchir de ce cadre discursif fondé sur une espèce de chantage tacite à la respectabilité et qui nous impose, comme condition de notre recevabilité, de nous détacher d’une part de notre identité, de nous désolidariser des mouvements de résistance et d’abandonner la Palestine. Et sans redouter d’être rabroué, disqualifié et renvoyé au statut illégitime qu’on voudrait nous voir porter en permanence.

La Palestine a toujours été un catalyseur de conscience politique et d’engagement militant dans l’immigration post-coloniale, et ce qu’elle nous dit aujourd’hui, c’est qu’oublier la Palestine, c’est se nier soi-même. Etre capable de revendiquer haut et fort, sans complexe et sans concession, la libération totale de la Palestine c’est, aussi, lutter contre l’islamophobie.

Nadika (de la Coordination contre la Racisme et l'Islamophobie)

jeudi, novembre 05, 2009

Éric Besson est-il Français ?

Riton est né à Marrakech (« la Terre ne ment pas ! »), d'une mère d'origine libanaise (« Vénérez la maternité, le père n'est jamais qu'un hasard »). Il sera pensionnaire de la 6e à la 3e à Témara (Rabat) dans un établissement jésuite et passera son baccalauréat au Lycée Lyautey de Casablanca. Tandis que sa jeune compagne (21 ans) d’aujourd’hui est tunisienne (l'endogamie est la structure élémentaire de la parenté arabe!)… Si l’on ajoute à cela des caractéristiques psychologiques qui font de lui « l’Oriental » archétypal (cette variante du stéréotype antisémite), cher à Edward Saïd, à savoir l’ « Oriental » est menteur (l’affaire des Afghans), il est « traître et vil » (son passage du P.S. à l’UMP), il est « opportuniste » (comme le sont tous les rhobzistes !), il est vénal, calculateur et donc lucide (souvenez-vous : « En fait, sous la fausse bonne idée, reprendre les voix du Front National, les propos de Nicolas Sarkozy renvoient à une période que l’on croyait révolue, celle où la droite républicaine n’était pas au clair avec l’extrême droite »*)… On peut donc douter de l’identité d’Eric Besson telle qu'il nous la présente, à l’évidence, il n’a pas grand chose de commun avec le « prototype » du Français, pour le paraphraser, c’est un Arabe à passeport français… Aussi tout comme Rama Yade, Fadela Amara…, Besson l'Arabe est un candidat de la « diversité », qui souffre lui aussi de la « haine de soi» ! Qui émancipera Eric Besson, victime de la postcolonie ?

mardi, novembre 03, 2009

Hommage à Claude Levi-Strauss

« La civilisation occidentale s'est entièrement tournée, depuis deux ou trois siècles, vers la mise à la disposition de l'homme de moyens mécaniques de plus en plus puissants. Si l'on adopte ce critère, on fera de la quantité d'énergie disponible par tête d'habitant l'expression du plus ou moins haut degré de développement des sociétés humaines. La civilisation occidentale, sous sa forme nord-américaine, occupera la place de tête, les sociétés européennes venant ensuite, avec, à la traîne, une masse de sociétés asiatiques et africaines qui deviendront vite indistinctes.

Or ces centaines ou même ces milliers de sociétés qu'on appelle insuffisamment développées et « primitives » qui se fondent dans un ensemble confus quand on les envisage sous le rapport que nous venons de citer (et qui n'est guère propre à les qualifier, puisque cette ligne de développement leur manque ou occupe chez elles une place très secondaire), elles se placent aux antipodes les unes des autres ; selon le point de vue choisi, on aboutirait donc à des classements différents.

Si le critère retenu avait été le degré d’aptitude à triompher des milieux géographiques les plus hostiles, il n’y a guère de doute que les Eskimos d'une part, les Bédouins de l’autre, emporteraient la palme. L'Inde a su, mieux qu’aucune autre civilisation, élaborer un système philosophico-religieux, et la Chine, un genre de vie, capable de réduire les conséquences psychologiques d’un déséquilibre démographique. Il y a déjà treize siècles, l'Islam a formulé une théorie de la solidarité de toutes les formes de la vie humaine : technique, économique, sociale, spirituelle, que l'Occident ne devait retrouver que tout récemment. On sait quelle place prééminente cette vision prophétique a permis aux arabes d'occuper dans la vie intellectuelle du moyen âge.

L'Occident, maître des machines, témoigne de connaissances très élémentaires sur l'utilisation et les ressources de cette suprême machine qu'est le corps humain. Dans ce domaine, au contraire, comme dans celui connexe des rapports entre le physique et le moral, l'Orient et l'Extrême-Orient possèdent sur lui une avance de plusieurs millénaires ; ils ont produit ces vastes sommes théoriques et pratiques que sont le yoga de l'Inde, les techniques du souffle chinoises ou la gymnastique viscérale des anciens Maori. L'agriculture sans terre, depuis peu à l'ordre du jour, a été pratiquée pendant plusieurs siècles par certains peuples polynésiens qui eussent pu aussi enseigner au monde l'art de la navigation, et qui l'ont profondément bouleversé au XVIIIème siècle, en lui révélant un type de vie sociale et morale plus libre et plus généreux que tout ce que l'on soupçonnait….»

« C'est le fait de la diversité qui doit être sauvé, non le contenu historique que chaque époque lui a donné et qu'aucune ne saurait perpétuer au-delà d'elle-même. Il faut donc écouter le blé qui lève, encourager les potentialités secrètes, éveiller toutes les occasions de vivre ensemble que l' histoire tient en réserve ; il faut être près à envisager sans surprise, sans répugnance et sans révolte ce que toutes ces nouvelles formes sociales d’expression ne pourront manquer d’offrir d’inusité. La tolérance n'est pas une position contemplative, dispensant les indulgences à ce qui fut ou à ce qui est. C'est une attitude dynamique, qui consiste à prévoir, à comprendre et à promouvoir ce qui veut être. La diversité des cultures humaines est derrière nous, autour de nous et devant nous. La seule exigence que nous puissions faire valoir à son endroit est qu’elle se réalise sous des formes dont chacune soit une contribution à la plus grande générosité des autres. »

« La véritable contribution des cultures ne consiste pas dans la liste de leurs inventions particulières, mais dans l'écart différentiel qu'elles offrent entre elles. Le sentiment de gratitude et d'humilité que chaque membre d'une culture donnée peut et doit éprouver envers tous les autres, ne saurait se fonder que sur une seule conviction: c'est que les autres cultures sont différentes de la sienne, de la façon la plus variée; et cela, même si la nature dernière de ces différences lui échappe ou si, malgré tous ses efforts, il n'arrive que très imparfaitement à la pénétrer.»

(Claude Levi-Strauss, Race et Histoire)

Les Subalternes peuvent-elles parler ?

Les femmes subalternes du Tiers-Monde ne sont-elles pas des sans-voix et des sans-part, toujours déjà fondamentalement exclues de la sphère du discours et de la représentation ? S’agissant des intellectuels, est-ce que parler « pour » les subalternes n’a pas pour conséquence de redoubler cette exclusion et de les déposséder de toute capacité d’action et d’expression autonome ? Comment le cas échéant contribuer à « défaire » la subalternéité ? Est-ce que la prétention à unifier les subalternes au sein d'une communauté une ou même la revendication par les subalternes eux-mêmes d’une identité culturelle collective ne risquent pas de renforcer leur exclusion radicale ? C’est à ces questions que Gayatri Chakravorty Spivak s’efforce de répondre dans « Les Subalternes peuvent-ils parler ? », notamment à travers l’analyse d’un cas singulier de sathi (suicide rituel d’une veuve en Inde) et de l’interprétation que l’idéologie impériale britannique proposait de cette pratique.

« En suivant un parcours nécessairement sinueux, cet essai partira d’une critique des efforts déployés actuellement en Occident [notamment par Gilles Deleuze et Michel Foucault] visant à problématiser le sujet, pour aboutir à la question de la représentation du sujet du Tiers-Monde dans le discours occidental. Chemin faisant, l’occasion me sera donnée de suggérer qu’il y a en fait implicitement chez Marx et Derrida un décentrement du sujet plus radical encore. J’aurai de plus recours à l’argument, qui surprendra peut-être, selon lequel la production intellectuelle occidentale est, de maintes façons, complice des intérêts économiques internationaux de l’Occident. Pour finir, je proposerai une analyse alternative des rapports entre les discours de l’Occident et la possibilité pour la femme subalterne de parler (ou la possibilité de parler en son nom). Je tirerai mes exemples spécifiques du cas indien, à travers la discussion approfondie du statut extraordinairement paradoxal de l’abolition par les Britanniques du sacrifice des veuves. » (Gayatri Chakravorty Spivak)

Gayatri Chakravorty Spivak est directrice de l’Institute for Comparavative Literature and Society de Columbia University. Elle a traduit en anglais De la grammatologie de Jacques Derrida et de nombreux récits de l’écrivaine Mahasweta Devi ; elle a dirigé avec Ranajit Guha une anthologie, préfacée par Edward Said, des écrits de l’école historique indienne des subaltern studies ; et elle est l’auteure, notamment, de In Other Worlds. Essays in Cultural Politics ; Outside in the Teaching Machine ; A Critique of Postcolonial Reason: Toward a History of the Vanishing Present ; Death of a Discipline ; et de Other Asias ; ainsi que la co-auteure de plusieurs recueils d’entretiens et d’un dialogue avec Judith Butler, L’Etat global.

Jérusalem-Est ou de l'urbanisme de la barbarie

« Il existe bel et bien une stratégie qui vise à vider la partie Est de la ville de ses habitants palestiniens et d’occuper progressivement toute la terre. Pourtant, les lois internationales stipulent que les statuts de la ville ne peuvent être modifiés. Si nos constructions sont illégales comme l’affirme Israël, celles des colons le sont également » (Adnan Husseini, gouverneur palestinien de Jérusalem)

Alors que les autorités israéliennes confisquent de plus en plus de terrains à Jérusalem-Est afin d’y construire des quartiers juifs, les habitants palestiniens ont les pires difficultés à obtenir un permis de construire sur leurs propres terres. Ceux qui en font la demande sont contraints à des démarches administratives épuisantes et coûteuses – voire hors de portée pour une population dont la situation économique est très dégradée. En plus des frais en vigueur dans l’ensemble de la ville, ils doivent en payer d’autres qui sont spécifiques à leurs quartiers. De toute évidence, c’est un exemple flagrant de discrimination, dont le but est de limiter les constructions légales des Palestiniens et de restreindre la croissance des quartiers arabes face aux quartiers juifs, qui bénéficient, eux, d’investissements considérables.

Ali Jumaa vit au Jabal ­Al-Mukabbir [à Jérusalem-Est] avec les douze membres de sa famille. Son logement vient d’être détruit pour la troisième fois. “Depuis des années, nous étions à l’étroit dans notre ancienne maison. J’ai donc adressé une demande de permis de construire à la municipalité. Après le feu vert de deux commissions locales, j’ai commencé les travaux. Mais, ensuite, l’instance supérieure a refusé le plan et m’a interdit de construire sur mon propre terrain, sous prétexte d’un projet de route reliant deux colonies israéliennes, explique-t-il. J’ai quand même fini le chantier, puis j’ai emménagé dans la nouvelle maison. Nous y avons habité pendant trois années. Puis, il y a deux ans, les autorités l’ont détruite et m’ont condamné à une amende de 32 000 shekels [5 800 euros]. Une association nous a aidés en érigeant deux pièces, mais les autorités les ont déclarées illégales. Mon appel a été rejeté et il a fallu les démolir. Nous vivons donc dans une tente offerte par la Croix-Rouge. La politique israélienne veut nous pousser à partir, mais nous ne quitterons jamais notre terre, même s’il faut vivre dans une tente.”

Par des rues défoncées, sans signalisations et aux trottoirs dépourvus de revêtement, nous nous rendons à l’ancienne oliveraie d’Ahmed Eid. “Les autorités n’ont reculé devant rien pour y attirer les colons”, s’exclame celui-ci. Là où on lui avait interdit de construire son propre logement se dresse aujourd’hui une colonie de cent quatre-vingts appartements, reliée au réseau d’eau et dotée de parcs publics.

Partout, la réalité dépasse l’imagination. Le mur de séparation divise des familles et sépare même parfois les morts de leurs tombes, des cadavres ayant été incinérés ou déplacés ailleurs, sans que les descendants sachent où. Les infrastructures datent du mandat britannique, et aucun projet de modernisation n’a été entrepris depuis l’occupation, en 1967, bien qu’Israël considère Jérusalem-Est comme partie intégrante de sa “capitale éternelle et unifiée”. A Haïfa, une association de défense des droits des citoyens indique qu’Israël a exproprié 24 500 dounams [2 450 hectares] de terres privées depuis l’annexion de Jérusalem-Est. De même, jusqu’à fin 2007, 50 197 logements ont été construits pour les habitants juifs, mais aucun pour les Palestiniens. En revanche, rien que depuis le début de l’année 2009, la municipalité a détruit dix-sept maisons palestiniennes. L’association a demandé à la municipalité d’y remédier. Les documents administratifs sont en hébreu. L’administration israélienne a récemment donné son accord pour traduire les documents en arabe, mais cette promesse est restée lettre morte.

La poste est pratiquement absente de l’est de la Ville sainte. Il n’y a que sept bureaux pour plus de 250 000 habitants palestiniens, contre plus de ­cinquante pour 500 000 habitants ­israéliens à Jérusalerm-Ouest. Rien d’étonnant donc à ce que la majeure partie du courrier ne parvienne pas à destination en temps et en heure, voire n’arrive pas du tout. Même constat pour l’école. Selon les estimations de l’association de défense des droits des citoyens, il manquerait 1 500 salles de classe, chiffre qui pourrait atteindre 1 900 d’ici à 2010. Ainsi, seulement la moitié des enfants en âge d’être scolarisés vont à l’école publique, dans des établissements sous-équipés. L’école primaire pour filles à Chaafat, par exemple, se situe au bout d’un chemin rocailleux : l’entrée fait penser à une prison, et dans une salle minuscule s’entassent trente-six élèves, à trois par banc. Même les toilettes ont été transformées en classe. Selon le président des parents d’élèves, Abdelkarim Lafi, un ancien local d’élevage de chèvres et de moutons ferait mieux l’affaire.

Pour les habitants vivant au nord de la ville et les Palestiniens disposant d’une autorisation à se rendre en Israël, le point de passage d’Atarot (ou ­Qalandia, en arabe) constitue le seul accès au centre-ville. Ils l’utilisent quotidiennement pour aller au travail, à l’école ou à l’hôpital. L’association de défense des droits des citoyens explique qu’en plus des restrictions de la liberté de mouvement, des heures d’attente et des humiliations qu’ils y subissent les gens se plaignent de la violence physique et verbale, notamment de la part des membres de sociétés de sécurité privées qui les gèrent désormais.

Inass Mourih


G-20, sanglot de l'homme blanc ?

C'était un peu un hall de gare." Jean-David Levitte, le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, a énoncé les "faiblesses" du G20 qui regroupe les principaux dirigeants de la planète, lors de la World Policy Conference organisée par l'Institut français des relations internationales (IFRI), à Marrakech. "A Pittsburgh, nous n'étions pas vingt mais trente-cinq si l'on compte les organisations internationales", a raconté le diplomate, samedi 31 octobre. "On était au moins deux cents dans la salle", "un péché mortel pour un groupe qui veut être restreint". Chaque président a lu son discours, bien loin des causeries au coin du feu, voulues par Valéry Giscard d'Estaing, en 1975, à Rambouillet, lorsque fut fondé le G5, ancêtre du G8 qui regroupe les puissances du Nord.

S'est-on illusionné en décelant dans le G20 l'émergence d'un gouvernement mondial ? "Le G20 a été un succès phénoménal. A cause de la peur, de la panique", a expliqué M. Levitte. Faillites bancaires endiguées, relance économique mondiale, refus du protectionnisme : le chacun pour soi qui avait précipité le monde dans la dépression puis la guerre, à partir de 1929, a été évité.

Le risque est que tout redevienne comme avant. Le G20 n'a pas refondé le capitalisme, comme en témoignent les bonus records versés par les banques américaines. Quand le danger n'est pas vital ni immédiat, les grands de ce monde progressent peu. Les négociations sur le réchauffement climatique sont au point mort à cinq semaines de la conférence de Copenhague. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) est incapable de clore les négociations ouvertes à Doha, en 2001. Sans parler des points noirs de la planète que Robert Blackwill, ancien conseiller de George W. Bush, s'est plu à énumérer - Israël-Palestine, Irak, Iran, Afghanistan, Soudan, Corée du Nord, Birmanie - et qui ne reçoivent pas une réponse collective efficace. "Les nations-voyous reçoivent le message qu'elles peuvent continuer de faire ce qu'elles veulent", a affirmé M. Blackwill.

L'enjeu a été résumé par M. Levitte : "Le monde multipolaire sera-t-il harmonieux ou antagoniste ? Si nous voulons un monde harmonieux, il nous faut un multilatéralisme efficace." Le G20 apporte un début de réponse, mais l'ancien ministre des affaires étrangères français, Hubert Védrine, a appelé à ne pas retomber dans les illusions comme celles qui avaient prédit la fin de l'histoire en 1989 : "Ce serait une nouvelle chimère de penser qu'on a trouvé le gouvernement du monde globalisé. Le G20 est l'enceinte dans laquelle se poursuit la compétition."

Chacun continue de défendre ses intérêts nationaux, à commencer par les Occidentaux, réticents à voir le pouvoir basculer vers les pays émergents. "L'existence du G20 est un aveu de la fin du monopole occidental. S'ils le pouvaient, les Occidentaux décideraient de tout", poursuit M. Védrine. A Marrakech, les Etats-Unis ont été accusés de ne pas accepter la fin de leur hyperpuissance dans leur rôle de gendarme du monde. C'est aussi vrai pour les autres membres du G8 qui redécouvraient les vertus de ce club très select.

Le Japon ne veut pas être supplanté complètement par la Chine. Yoichi Otabe, vice-ministre des affaires étrangères japonais, a invoqué l'aide au développement et les Objectifs du millénaire, qui sont des engagements du Nord, donc du G8. La Russie souhaite, selon Arkadi Dvorkovitch, sherpa du président Dmitri Medvedev, pouvoir débattre en G8 de manière informelle des problèmes globaux et politiques. Les Européens craignent d'être dilués, même s'ils occupaient huit sièges à Pittsburgh. "Avant de tout basculer vers le G20, peut-être faut-il se demander ce que nous devons continuer de traiter en G8", a expliqué M. Levitte, citant la santé, la sécurité alimentaire, la prolifération, les questions plus politiques, etc. "Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain."

M. Sarkozy espère pouvoir finaliser l'articulation G8-G20 lors de sa présidence, en 2011, juste avant l'élection de 2012. D'ici là, les Français veulent donner du grain à moudre au G20 qui pourrait avoir pour mission, en 2010, de débloquer les négociations de l'OMC sous présidence canadienne. Un enjeu est d'éviter une révolte des quelque 150 pays non représentés au G20 et l'émergence d'un G2 - un directoire Chine-Etats-Unis - qui, ont assuré tous les orateurs, relèverait du mythe.

L'ONU, trop bureaucratique, est apparue comme la grande perdante de l'affaire. Mais si elle est contournée systématiquement, ceux qui empêchent l'Allemagne, le Brésil, le Japon ou l'Inde d'accéder au Conseil de sécurité, y renonceront peut-être, leur blocage se révélant inopérant. M. Levitte a réitéré sa proposition de faire une réforme provisoire, avec des représentations tournantes et appelé à l'audace pour faire émerger un ordre mondialx.

lie relève une nouvelle fois ses taux "Qui sera prêt à sacrifier l'intérêt national pour un petit pas décevant ?", s'est-il demandé. "C'est un marathon, pas un sprint", tempère M. Blackwill. M. Védrine a appelé à la mansuétude. Après les deux guerres mondiales, l'ordre international fut imposé uniquement par les vainqueurs : "C'est la première fois dans l'Histoire que tous les peuples sont politiquement actifs et que le monde est confronté à la difficulté de s'organiser sans vainqueur ni vaincu, a expliqué M. Védrine. Il faut être indulgent."

Arnaud Leparmentier

dimanche, novembre 01, 2009

Commentaires sur les émeutes de Watts de 1965

Aux indécrottables « petits blancs » de la gauche française, ces tartuffes accrochés à leurs privilèges de caste, qui, pendant qu’on joue sur tous les tons l’hymne à « l’identité nationale » dans « le pays des droits de l’homme », font semblant de déconstruire la « diversité »…. De la gauche française d'aujourd'hui ou de la subversion comme d'un nanisme!

« Les Noirs ont en Amérique leur propre spectacle, leur presse, leurs revues et leurs vedettes de couleur, et ainsi ils le reconnaissent et le vomissent comme spectacle fallacieux, comme expression de leur indignité, parce qu’ils le voient minoritaire, simple appendice d’un spectacle générale. Ils reconnaissent que ce spectacle de leur consommation souhaitable est une colonie de celui des Blancs, et ils voient donc plus vite le mensonge de tout le spectacle économico-culturel.

Ils demandent, en voulant effectivement et tout de suite participer à l’abondance, qui est la valeur officielle de tout Américain, la réalisation égalitaire du spectacle de la vie quotidienne en Amérique, la mise à l’épreuve des valeurs mi-célestes, mi-terrestres de ce spectacle. Mais il est dans l’essence du spectacle de n’être pas réalisable immédiatement ni égalitairement même pour les Blancs (les Noirs font justement fonction de caution spectaculaire de cette inégalité stimulante dans la course à l’abondance). Quand les Noirs exigent de prendre à la lettre le spectacle capitaliste, ils rejettent déjà le spectacle même. Le spectacle est une drogue pour esclaves. Il n’entend pas être pris au mot, mais suivi à un infime degré de retard (si il n’y a plus de retard, la mystification apparaît).

En fait, aux États-Unis, les Blancs sont aujourd’hui les esclaves de la marchandise, et les Noirs, ses négateurs. Les Noirs veulent plus que les Blancs : voilà le cœur d’un problème insoluble, ou soluble seulement avec la dissolution de cette société blanche. Aussi les Blancs qui veulent sortir de leur propre esclavage doivent rallier d’abord la révolte noire, non comme affirmation de couleur évidemment, mais comme refus universel de la marchandise, et finalement de l’État.

Le décalage économique et psychologique des Noirs par rapport aux Blancs leur permet de voir ce qu’est le consommateur blanc, et le juste mépris qu’ils ont du blanc devient mépris de tout consommateur passif. Les Blancs qui, eux aussi, rejettent ce rôle n’ont de chance qu’en unifiant toujours plus leur lutte à celle des Noirs, en en trouvant eux-mêmes et en en soutenant jusqu’au bout les raisons cohérentes. Si leur confluence se séparait devant la radicalisation de la lutte, un nationalisme noir se développerait, qui condamnerait chaque côté à l’affrontement selon les plus vieux modèles de la société dominante. Une série d’exterminations réciproques est l’autre terme de l’alternative présente, quand la résignation ne peut plus durer.

Les essais de nationalisme noir, séparatiste ou pro-africain, sont des rêves qui ne peuvent répondre à l’oppression réelle. Les Noirs américains n’ont pas de patrie. Ils sont en Amérique chez eux et aliénés, comme les autres Américains, mais eux savent qu’ils le sont...»

Guy Debord

samedi, octobre 31, 2009

Le stream of consciousness des commissariats de France

(Merci à CFM)

Le son de la postcolonie, comme le chant des baleines, est une polyphonie. Cette polyphonie postcoloniale est la combinaison de plusieurs voix indépendantes et pourtant liées entre elles par les lois de l'harmonie. Et quelle harmonie ! Un art du contrepoint plus que douteux dont le matériau véritable est le racisme postcolonial. Ainsi :

Ça bave à Montfermeil
Ça bave à Villiers-le-bel
Ça bave à Clichy-sous-bois
Ça bave à Argenteuil
Ça bave à Fréjus
Ça bave à Lille
Ça bave à Firminy ...
Ça bave et bavera encore, tant la profondeur du silence est grand, à quelques exceptions près.

Tandis que ça bâillonne, par tous les moyens, les sons discordants, ça bâillonne tout ce qui apparaît comme disharmonique, ça bâillonne tout ce qui résiste, ça bâillonne tout ce qui tente d'articuler une pensée :

«La réalité est que vivre aujourd’hui dans nos quartiers c’est avoir plus de chance de vivre des situations d’abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l’embauche, de précarité du logement, d’humiliations policières régulières, d’instruction bâclée, d’expérience carcérale, d’absence d’horizon, de repli individualiste cadenassé, de tentation à la débrouille illicite… c’est se rapprocher de la prison ou de la mort un peu plus vite que les autres » ; « les rapports du Ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété ». (Hamé)

Aussi sachons pousser la chansonnette, nous aussi ! Et tant pis si nous chantons faux...

vendredi, octobre 30, 2009

Douce France !

Quand tout va mal, en France, que fait-on ? Quand le chômage explose, que les suicides se multiplient dans les entreprises, que les scandales se succèdent en haut lieu, que les mensonges d’État rendent incrédule la Terre entière, que la discorde s’insinue jusque dans les antichambres du pouvoir, que fait-on ? Eh bien, on ouvre un « grand débat sur l’identité nationale ». Ou, si vous préférez, on s’en prend aux Arabes. Je sais bien, il ne faut pas le dire ainsi, ni aussi crûment. D’autant plus que les « Arabes » sont aujourd’hui parfois maliens ou roms ou afghans… Mais, au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit. En annonçant, lundi, le prochain lancement d’un « grand débat » dont l’agora sera la préfecture et la sous-préfecture, Éric Besson entreprend une opération de diversion somme toute classique. On se souvient de la douloureuse affaire du voile islamique en 2003 et 2004. Encore avait-on circonscrit l’offensive à l’école. L’entreprise, cette fois, est de plus grande ampleur. Il ne s’agit plus de faire la leçon à quelques adolescentes, mais d’apprendre à être de bons Français à des femmes et des hommes de tous âges, et souvent éprouvés par la vie. Le débat, nous dit-on, sera alimenté par un rapport parlementaire sur le « respect des symboles de la République ». Le ministère de M. Besson précise que la question « Qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? » devra être posée « à chacun ».

L’opération ne serait pas à l’évidence motivée par des arrière-pensées aussi sordides, que notre curiosité serait mise en éveil. Oui, qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? Nous avons hâte de le savoir. Et de connaître celui qui va nous le dire avec assez de morgue pour croire en une réponse instituée. Comme il se doit dans tout bon débat national, « des propositions seront soumises, en particulier sur la place des symboles nationaux ». Nous citons toujours ici le communiqué officiel du ministère, lequel nous fournit un début de réponse : il y aura par exemple « obligation pour l’ensemble des jeunes Français de chanter, au moins une fois par an, l’hymne national ». Être Français, ce sera ça ! On pourra allégrement trahir ses amis, instrumentaliser le racisme, jouer avec les peurs et les fantasmes de ses contemporains, collaborer idéologiquement avec l’extrême droite, fouler au pied ses engagements de jeunesse, à condition de chanter une fois par an la Marseillaise. Si l’on s’y prend bien, on peut, en une ou deux générations, construire une nation de parfaits salauds, dépourvus de toute morale personnelle, mais connaissant admirablement notre hymne national. Et, bien plus vite que cela, la France peut devenir un fortin hérissé de chevaux de frise, une machine à expulser et à exclure, un pays gorgé de suffisance et de nationalisme. Et que fera-t-on des « mauvais Français », ceux qui répondront mal aux interrogatoires identitaires ou qui chanteront faux la Marseillaise ? Dans quelle catégorie administrative va-t-on les répertorier si, par malheur, ils ne peuvent être rien d’autre que français ?

M. Besson croit-il que les « collabos » de 1940 n’étaient pas instruits de ce civisme que l’on enseignait aux blouses grises de la Troisième République ? Croit-il que les tortionnaires de la bataille d’Alger ignoraient la Marseillaise ? Ou bien les valeurs de la résistance, et parfois de l’insoumission, lui paraissent-elles inférieures à celles qu’il se pique d’imposer ? Évidemment, tout cela serait ridicule si ce n’était dangereux. Le problème n’est pas que des historiens et des sociologues réfléchissent à la question. Inutile donc, pour mieux se vautrer dans le piège tendu par la droite, d’invoquer, comme le fait une certaine gauche, les mânes de Fernand Braudel ou de Marc Bloch. Leur pouvoir d’historien était strictement d’analyse et de description. Ils n’étaient pas sous-préfets et n’affrétaient pas de charters. Le problème est, comme le dit Patrick Weil, lui-même historien, que « ce n’est pas au pouvoir politique de décréter ce qu’est être Français ». Mais, me direz-vous, je me donne bien de la peine pour répliquer à une manipulation dont les ficelles sont énormes. La vérité du « grand débat » de M. Besson ne tient-elle pas dans son calendrier : lancement le 2 novembre, conclusion et « colloque de synthèse » début février ? Nous serons alors à un mois des régionales. Les musulmans auront été sommés d’abjurer quelques-unes de leurs croyances ou de leurs pratiques. Le « communautarisme » aura été dénoncé. L’« autre » aura été jeté en pâture à l’opinion, qui aura réappris à avoir peur de tout ce qui ne lui ressemble pas. Et si la mèche prend, on aura relégué à l’arrière-plan la crise et le chômage assez de temps pour franchir l’échéance électorale. On peut évidemment envisager le problème sous ce seul aspect. Celui du cynisme d’une équipe toujours prête à brûler son « Reichstag ». Mais on peut aussi penser qu’il y a plus grave : un nationalisme de conviction qui hante une partie de la droite sarkozienne. Lorsqu’il affirme qu’il faut défendre « la douce France » créée par Charles Trenet en 1943, Frédéric Lefèbvre, porte-parole de l’UMP, ne se trompe ni de symbole ni d’époque.

Denis Sieffert

Lettre morte du Maghreb uni

N'en déplaise aux chauvins de tout acabit, aux mystiques du drapeau, aux exaltés de l’hymne nationale (et ils sont nombreux au sein de l’immigration !), le nationalisme au Maghreb, par sa faculté à fractionner ne serait-ce, fait partie du dispositif postcolonial qui a pour fonction dernière de reconduire l’ordre colonial. Le nationalisme des dominés, en dernière instance, est la « ruse de la raison » impériale qui, ironiquement, permet de réinscrire les peuples anciennement colonisés dans l’ordre qu'ils croyaient avoir quitté. Les « élites », quelle que soit leur forme, dans ces pays ne sont que les garants et les bénéficiaires de cet ordre là…

Dans le message de félicitations qu'il a adressé au président Ben Ali au lendemain de sa réélection, le 25 octobre, à la tête de la Tunisie, le roi Mohammed VI du Maroc n'a pas manqué d'évoquer, parmi les chantiers qui attendent Ben Ali, la poursuite de "l'édification de l'Union du Maghreb (arabe, l'UMA)".

Depuis 1989, l'année de sa mise en orbite, "l'édification du Maghreb" revient comme un leimotiv dans les discours officiels, y compris de ce côté-ci de la Méditerranée. Mais en pratique, rien n'avance. Le Maghreb uni reste un rêve, même si, sur les hauteurs d'Alger, un magnifique bâtiment de style colonial abrite un fantomatique Conseil consultatif de l'Union du Maghreb. Le dernier sommet des cinq chefs d'Etat concernés date de 1994.

Le dossier du Sahara occidental n'est pas responsable de l'échec d'un projet imaginé à la fin des années 1950 par des nationalistes aux idées larges. Même si l'Algérie et le Maroc tombaient enfin d'accord sur l'avenir des Sahraouis et de leurs terres désertiques, le chantier de l'UMA resterait en plan.

Le problème est plus profond. Si les trois pays phares du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) ne parviennent pas à se rapprocher malgré les bénéfices promis par les experts (1 % de croissance supplémentaire au bas mot), c'est parce que, depuis des décennies, des régimes autoritaires les dirigent et qu'ils verrouillent les structures transfrontalières.

Tout ce qui menace le monopole du pouvoir central est tenu en suspicion ou combattu. Qu'il s'agisse de créer des syndicats maghrébins libres, de favoriser les investissements économiques et financiers de part et d'autre des frontières, de rapprocher les systèmes judiciaires, de multiplier les échanges culturels, les murailles sont là, toujours aussi hautes. Du coup, les peuples du Maghreb s'ignorent. En témoigne l'absence de reportage dans la presse maghrébine sur ce qui se passe dans les pays voisins. Les journalistes font plus volontiers le voyage à Paris qu'à Tunis, Alger ou Rabat. "Les seuls à croire au Maghreb unifié sont les combattants d'Aqmi, Al-Qaida au Maghreb islamique. Ils se jouent des frontières", note un journaliste.

Un projet, cher au président algérien, permet de toucher du doigt le fossé qui sépare les régimes d'Afrique du Nord, et la concurrence qui les anime. En début de semaine, Alger a lancé l'appel d'offres pour la construction de ce que les habitants appellent déjà la "grande mosquée". Implantée sur un terrain d'une vingtaine d'hectares en face de la baie d'Alger, elle comportera, outre la salle de prière, une école d'enseignement du Coran, une bibliothèque, et un auditorium.

Le minaret de l'édifice culminera à 270 mètres de hauteur, ce qui en fera la troisième mosquée la plus haute du monde, après celle des lieux saints de l'islam, La Mecque et Médine. Mais devant celle de Casablanca, la mosquée Hassan- II, qui n'a que 200 mètres !

Jean-Pierre Tuquoi

jeudi, octobre 29, 2009

Et l'identité ?


« Sur le vent, il marche. Dans le vent,
il sait qui il est. Nul toit au vent.
Ni demeure. Et le vent est une boussole
Pour le nord de l’étranger.

Il dit : Je suis de là-bas. Je suis d'ici
et je ne suis pas là-bas ni ici.
J'ai deux noms qui se rencontrent et se séparent,
deux langues, mais j'ai oublié laquelle était
celle de mes rêves.
J'ai, pour écrire, une langue au vocabu­laire docile, anglaise
et j'en ai une autre, venue des conversa­tions du ciel avec Jérusalem.

Son timbre est argenté, mais
elle est rétive à mon imagination !

Et l'identité ? je dis.
Il répond : Autodéfense...
L'identité est fille de la naissance.

Mais elle est en fin de compte l'oeuvre de celui qui la porte, non
le legs d'un passé.

Je suis le multiple... En moi, mon dehors renouvelé...
Mais j'appartiens à l'interrogation de la victime.
N'étais-je de là-bas, j'aurais entraîné mon coeur
à y élever la gazelle de la métonymie...
Porte donc ta terre où que tu sois…
et sois narcissique s’il le faut. »

(CONTREPOINT [Pour Edward Saïd], Mahmoud Darwich)

Vérité et Justice pour Mehdi Ben Barka

44 ème anniversaire de l'enlèvement etde l'assassinat de
Pour la justice et la vérité contre les atteintes à la mémoire

Aujourd’hui la recherche de la vérité pourra-t-elle avancer en France et au Maroc ?
Les raisons et les complicités d’états continueront-elles à entraver l’action de la justice ?
RASSEMBLEMENT
Le Jeudi 29 Octobre 2009 à 18H30

Boulevard Saint-Germain face à la Brasserie LIPP
Métro : Saint-Germain-des-Prés
Avec le soutien de :
Association des Marocains en France (AMF), Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF), Association des Parents et Amis des Disparus au Maroc (APADAM), Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM), Forum Marocain Vérité et Justice – France ( FVJ-France), La Ligue des Droits de l’Homme (LDH), Les Verts, MRAP, etc...

mercredi, octobre 28, 2009

Je suis Salah Hamouri, otage de l’état d’Israël

« Où sont les chanteurs bêlants qui de Betancourt à tartempion occupent d'ordinaire les médias pour hurler, que dis-je, vendre leur colère sélective? Où êtes-vous, chiens de garde du capital et de la liberté à géométrie variable? Vous n'êtes plus parce que vous n'avez jamais été que dans vos rêves marchands de gloire et d'orgueil. » (René Balme, Maire de Grigny)

Si ce n'est pas une comédie de bas étage, cela ne peut-être qu' une escroquerie sentimentale de plus, à laquelle nous ont habitué les porte-voix du sionisme actifs en France. A l’avant poste, il y a l’inénarrable Elie Chouraqui, cinéaste de son état . Accompagné pour ce faire d’une constellation de petites chevilles ouvrières embrigadées pour la bonne cause. Tout ce beau monde plaide pour la libération du soldat israélien Gilad Shalit, présenté honteusement comme un simple otage du Hamas.

Gilad Shalit, le surmédiatisé, avant d'être réhabilité, relooké en simple citoyen « franco-israélien », est tout d'abord un soldat de l'armée israélienne. Et même un peu plus, puisqu’il s’agit du caporal Gilad Shalit. C'est donc a un prisonnier de guerre qu’on a à faire avant tout. Tout à l’inverse des milliers de prisonniers palestiniens détenus, eux, arbitrairement, au mépris de toutes les lois internationales, qui croupissent dans des geôles israéliennes aujourd'hui, dans l'indifférence générale. Et dont personne ne s'émeut ni se soucie.

A l'heure où intellectuels, chanteurs et saltimbanques de la République se sont faits porter pâles en accrochant, de la plus belle manière, la plus pusillanime, leur conscience au clou, Elie Chouraqui et « les siens » ont décidé, eux, d'occuper le terrain du pathos en valorisant la leur. Et de quelle manière ! C’est à coup de propagande éhontée qu’il voudrait élever le soldat Shalit au statut d'otage. Et pourquoi pas à la canonisation de celui-ci tant qu’ à faire! L’ennui c’est que Shalit n’est ni Kauffmann, ni Malbrunot, ni Aubenas. Si ces derniers peuvent, peut-être, avoir fait partie de « mission de renseignement », ils n'ont jamais, au grand jamais, été engagés dans quelque service militaire que ce soit .

Et puis, si Elie Chouraqui, le cinochard poussif , et ses amis, célébrités du jour, sont des Gilad Shalit, et bien, nous, les anonymes, les sans-voix, les petits, nous sommes tous des Salah Hamouri ! Par la grâce de Dieu. Car pour ce faire nous n’avons besoin ni du concours de la médiasphère française, ni de celui des intellectuels estropiés. Et encore moins de celui de saltimbanques honteux et à gage….

N'en déplaise à Elie Chouraqui et à ses petits soldats propagandistes. N'en déplaise au Président de la République qui accueille à bras ouverts les parents du soldat et maintient sa porte fermée à Madame Denise Hamouri. N’'en déplaise au grand calife de Paris, M. Delanoë, et à son sens aigu de la géométrie variable et de l'opportunisme… N'en déplaise à ces partisans d’un l'humanisme à sens unique (des députés de l'Assemblée Nationale jusqu'au échotiers des « news-magazines » de la presse dominante, en passant par ceux qui détiennent le pouvoir du Saint grisbi)… Tout ce beau monde, malgré son tonnage en efforts, sa débauche de moyens et son hystérie pathétique, ne nous fera pas oublier que de Salah Hamouri est et resta dans nos cœurs, qu’il a notre entière solidarité, en un mot, qu'il est notre frère. Ainsi soit-il!

Il ne fait pas de doute que Elie Chouraqui et ses amis font partie de ses bases arrières, de ses militants, de ses sympathisants et de ses groupes de pression de l’état d’Israël en France. Cet état qui, même au prix d'une guerre contre Gaza, a failli, dans la tentative de libération de son soldat. Tandis que tout ce battage médiatique, toutes ces gesticulations pathétiques sont des manœuvres dilatoires et retorses, visant, d’une part, à occulter l’ intransigeance d’Israël quant au refus de libération de milliers de Palestiniens. De tous âges et de tous sexes confondus, dont le plus ancien, Saïd Al Atabaa, comptabilise à lui seul une trentaine d'années d'incarcération. Et d’autre part, à diaboliser un peu plus le Hamas, le faisant passer pour un terrible tortionnaire, ce qui est particulièrement ironique, lorsqu'on connait l'état des prisons israéliennes.

On constate une fois encore combien le monde politico-médiatique français, notamment par sa mobilisation (3000 manifestants rien que pour la journée du dimanche 19 octobre 2008 en faveur de Shalit), est favorable à l'état d'Israël (et au sort de celui de ses fils). Salah Hamouri, à l’inverse, apparaît comme s'il était un orphelin. Un fils illégitime de la République. Ce qui en dit long sur l'identité nationale dont on aime tant à discuter aujourd'hui... A l’exception notable du courageux Maire de Grigny (Rhône), M. René Balme, honneur de la République française d'à-présent.

Pourtant Shalit comme Hamouri sont Français. Alors pourquoi ces deux poids et deux mesures? Et pourquoi ce qui est licite à Shalit serait illicite à Hamouri? Est-ce cela l’égalité républicaine ?

Mohamed Marhoum