mardi, décembre 01, 2009

L’analogie (post) coloniale

Que ce soit dans les débats qui animent des organisations comme le Mouvement de l’Immigration et des Banlieues à Paris ou Divercité à Lyon, mais aussi la préparation des Assises de l’anticolonialisme, la question de la comparaison entre le contexte colonial français, qui s’est terminé en 1962, et le contexte de l’immigration postcoloniale est lancinante. A travers les slogans « Traitement colonial des quartiers » ou « Justice coloniale », ces mouvements se basent sur une intuition : le mépris, les inégalités, le racisme, etc., prennent leur origines dans le passé colonial. Mais nous ne sommes qu’au début de la réflexion, et il nous reste à argumenter, à préciser et construire une pensée politique anticolonialiste pour aujourdhui.

L’intuition de départ est fondée. Parce que comment expliquer la radicalisation des discriminations subies par les immigrés dans les anciennes colonies et de leurs enfants ? En effet, il existe une distinction entre l’immigration post-coloniale (Maghreb, Afrique subsaharienne, « confettis de l’Empire » des Antilles et d’ailleurs, voire ex-Indochine) et les immigrations précédentes (Europe du Sud et de l’Est principalement). Certains discours racistes, qui ont une grille de lecture intégrationniste, peuvent dire la même chose : si ces familles immigrées posent tant de problèmes, c’est parce quelles sont « inassimilables », « inintégrables », à cause de leur culture étrangère, leur religion (en particulier l’Islam), etc. Contrairement à ce qu’affirme ce discours culturaliste et raciste, la distinction semble plutôt liée à l’histoire : des pays comme l’Espagne, le Portugal, la Pologne n’ont pas été colonisés par la France. Ainsi, les ressortissants de ces pays n’ont pas été l’objet du discours de légitimation de la colonisation : « mission civilisatrice » pour les « barbares » que sont les Noirs-rieurs-sportifs-danseurs, les Arabes-vicieux-voleurs-violeurs-fanatiques, les Asiatiques-travailleurs-discrets-dociles, etc. Autrement dit, lorsque les ex-colonisés arrivent sur le territoire français, ils sont précédés par des représentations, des images et des préjugés qui sont directement issus de la culture coloniale française.

Il existe donc une spécificité de l’immigration postcoloniale vis-à-vis des autres immigrations. Il reste à la préciser. Afin de parer à toutes les critiques qu’on ne manquera pas de nous faire, il est préférable de diviser le problème et d’affronter cette question sous différents angles : comparaison entre rapport colonial et relation de domination entre immigrés et « gaulois » ; entre droit colonial et droit des étrangers ; entre les représentations des figures de l’indigène, de l’immigré et du musulman ; entre la production des élites indigènes par le pouvoir colonial pour justifier sa domination et l’émergence d’une élite « beur » (SOS Racisme, et autres) ; entre l’instrumentalisation de l’Islam traditionnel dans les pays colonisés à majorité musulmane et les manipulations politiques de l'Islam de France (Conseil Français du Culte Musulman et autres) ; entre instrumentalisation de la cause des femmes par l’impérialisme et les manoeuvres de l’Etat français pour diaboliser les sauvageons (Ni Putes Ni Soumises et autres) ; entre la répression coloniale et la violence des rapports héritiers de l’immigration ; police ( BAC et autres) ; entre la séparation urbaine entre ville coloniale et ville indigène, et la ségrégation spatiale de nos banlieues ; et j’en oublie sûrement.

Tous ces angles d’attaque ne sont pas vierges, et il existe déjà quelques (trop peu) d’analyses qui réussissent la démonstration de la validité de la comparaison entre colonisation et immigration. Ils doivent être synthétiser dans une réflexion globale afin de fonder l’analogie entre contexte colonial et contexte de l’immigration postcoloniale. La notion d’analogie est une voie médiane entre l’identité totale (A et B sont radicalement identiques) et l’altérité totale (A et B sont radicalement différents). L’analogie implique donc une réflexion sur l’adéquation (en quoi la comparaison est vraie) et l’inadéquation (en quoi elle l’est moins ou pas du tout) entre les deux pôles de la comparaison (ce qui suppose une connaissance pointue de la colonisation et de l'immigration). Ce texte propose des pistes de réflexion sur la comparaison entre rapport colonial dans les colonies et rapport néocolonial en France.

Le discours sur (ou l’injonction à) l’intégration est directement issu de l’héritage colonial. Ce discours produit des effets de théorie, c’est-à-dire qu’à force d’être prononcé, il agit sur la réalité sociale. Il devient discours performatif. Les individus qui reçoivent ce discours peuvent montrer leur irritabilité face à l’éternelle suspicion que porte l’injonction à l’intégration : peu importe les nombreux « efforts d’intégration », on est toujours suspecté de ne pas l’être totalement. L’idéologie intégrationniste repose sur plusieurs piliers. Tout d’abord, elle suppose une différence entre culture dominante et culture dominée. Il existerait des « valeurs occidentales » et des « valeurs africaines » ou « islamiques », et l’universalisme se situe, bien sûr, du côté occidental. Or, la construction nationale française repose sur la nécessité d’une homogénéité culturelle : pour être citoyen, il faut être français, c’est-à-dire « culturellement » français, même on ne sait pas trop le contenu. D'où la nécessité de l’intégration qui consiste à passer de l’altérité radicale (nous sommes différents) à l’identité totale (nous sommes identiques). Sans cette intégration, la « cohésion nationale » serait en danger, et revêt donc un caractère obligatoire, et tous ceux qui s’y refusent sont relégués à l’écart de la civilisation. L'idéologie intégrationniste repose sur un « édenisme », c’est-à-dire qu’il prévoit qu’une fois l’intégration opérée, les « problèmes de l’immigration » seront résolues. Il s’agit du mythe de l’intégration. Cette injonction à l’intégration provient d’une vision étriquée de l’universalisme de la Révolution française, et elle a connu une apogée pendant la Troisième République, en pleine expansion de l’empire colonial français. Ainsi la construction de l’État-nation est intrinsèquement liée à la construction de l’empire colonial.

Il semble que l’injonction à l’intégration produise des effets (sur les destinataires) analogues aux effets du discours et des pratiques de l’impérialisme culturel élaboré lors de la période coloniale, analysés par Frantz Fanon et le premier Albert Memmi. Même si les contextes colonial et post-colonial sont différents historiquement, la logique intégrationniste ne semble pas avoir subi de profonde altération, ainsi il paraît légitime de poser cette grille de lecture. Mieux, l’injonction à l’assimilation durant la colonisation peut nous servir de point de repère pour rendre compte de l’injonction post-coloniale en ce que la première n’a pas d’entraves, s’exprime dans toute sa dureté, s’exerce sans fioritures du fait de la légitimité apportée par l’idéologie colonialiste, et que la seconde n’en serait qu’un avatar. L’utilisation de l’analogie pour comparer les situations historiques de la colonisation et de l’immigration post-coloniale fonde l’affirmation que l’intégrationnisme est un avatar de l’impérialisme culturel. Il reste cependant à préciser le contenu de cette analogie.

Le pionnier de la sociologie de l’immigration en France, Abdelmalek Sayad, apporte des éléments de réponse sur la question : il existe une « différence de nature [qui] sépare les deux cas de figures ». Dans le cas de la colonisation, la société assimilatrice s’est imposée sur le propre territoire des indigènes, par la conquête. La solution du nationalisme hostile à l’assimilation fut choisie pour remédier à la violence de la colonisation. Dans le cas de l’immigration, ce sont les populations à assimiler qui sont venues sur le territoire de la société assimilatrice. Ici la solution de l’irrédentisme (c’est-à-dire un projet nationaliste pour l’indépendance d’un territoire) est « totalement inconcevable », d’où une situation inédite : la colonisation territoriale s’est terminée, souvent dans le sang, mais le colonialisme, ou l’impérialisme culturel, se perpétue. Ainsi, on peut faire l’hypothèse que les « structures d’attitude et de pensée » qui se sont construites lors de l’époque impériale tendent à perdurer malgré une relative distance historique, ce qui suppose de considérer ces structures comme disposant d’une force d’inertie rendant difficile le changement. Cette inertie s’illustre notamment à travers les représentations de l’Arabe ou du Musulman (homme et femme) et toute une série d’attitudes et de pensée vis-à-vis des populations issues de l’immigration postcoloniale qui n’ont pas fait l’objet d’un travail de deuil de la période coloniale. Le fait que la France ait de grandes réticences à reconnaître son passé colonial s’explique en grande partie par la force de l’inertie, et l’activisme récent des groupes nostalgiques de l’Empire français (présents dans les instances de pouvoir) qui prétendent réhabiliter cette période sombre de l’Histoire française montre le degré d’imprégnation des structures d’attitudes et de pensée héritées de la colonisation. Les débats sur l’Islam de France résonnent d’une manière particulière si on les compare avec ceux de la période coloniale, puisque les questions se posaient dans les mêmes termes : l’Islam est-il un danger pour la République ? Les musulmans sont-ils assimilables ?, etc. En ce sens l’intégrationnisme est l’héritier de l’oeuvre de l’impérialisme.

L’analogie se poursuit par le prolongement de l’interaction entre colonisateur et colonisé vers celle, avec des modifications dues au contexte historique, entre le « national » et le « non-national ». Les portraits du colonisateur (celui qui se refuse et celui qui s’accepte) et du colonisé (l’assimilé ou le révolté) brossés par le premier Memmi servent de base à la construction du modèle ci-dessous, mais l’immigration apporte une donnée inédite : elle ouvre la voie à ce que j’appelle le repli d’ouverture. Parce que la grande différence de l’immigration postcoloniale vis-à-vis de la colonisation est que les individus et groupes en instance d’assimilation ont des positions sociales, politiques et juridiques différentes. Il serait abusif de comparer la misère économique et sociale des colonisés avec celles des populations paupérisées des banlieues de France. Contrairement à la colonisation, les populations issues de l’immigration postcoloniales ont la possibilité, avec bien sûr de fortes restrictions gouvernementales, à la citoyenneté française et à tous les droits qui en découlent.

Pour résumer, l’adéquation de l’analogie réside principalement dans la persistance des structures d’attitudes et de pensée construites durant la période de l’impérialisme culturel triomphant, mais l’inadéquation réside principalement dans le contexte historique et toutes ses conséquences pratiques, dont la plus importante est que les interactions entre dominant (ex-colonisateur) et dominés (ex-colonisés) sont modifiées au profit d’une subversion de l’ordre national (alors que la décolonisation était en fait une lutte de l’impérialisme par le nationalisme). L’existence du « nationalisme sans nation » est sans doute la spécificité historique des héritiers et héritières de l’immigration postcoloniale.

En fonction de ce qui vient d'être avancé, on peut affirmer que les populations issues de l’immigration postcoloniale tendent, au sein (et à cause) du rapport de domination, à se diriger vers deux attitudes distinctes, chacune ventilées en deux catégories. La première est la haine de soi, qui devient haine des autres. Le climat de concurrence inter-individuelle et la violence au sein des quartiers populaires ethnicisés rentre dans ce cadre d’analyse. L’« intégration » impose ces souffrances qui rejaillissent sur les plus proches, les ex-colonisés. Cette contraction musculaire (ce sentiment de révolte contre la négation de soi qui pénètre dans le corps meurtri) s’exprime dans la quête impossible du « nationalisme sans nation » qu’évoque Sayad. La haine de soi découle du conflit non résolu entre l’intériorisation d’une représentation négative de soi véhiculée par la culture dominante et la volonté inassouvie d’exprimer une identité positive et, en cela, elle est le reflet de la puissance des catégorisations dominantes. Elle correspond à l’objectif de l’injonction à l’intégration : délégitimer la culture dominée et légitimer la culture dominante, mais aussi, en combinaison avec la mutation du capitalisme français, au phénomène de désaffiliation théorisé par Robert Castel. Elle aboutit ainsi sur la haine des autres semblables, parce que l’individu voit dans son semblable la haine qu’il porte à lui-même, et elle reste confinée dans le quartier, stigmatisé et s’exprime généralement en son sein.

Cette haine de soi se retrouve aussi chez les plus « intégrés » (selon les critères de l’idéologie intégrationniste) des ex-colonisés et de leurs enfants. Ils ont intériorisé le discours dominant et sont sommés de servir d’« exemples d’intégration » aux masses « inassimilables ». La plupart trouvent des positions sociales plus ou moins valorisées, et leur image est brandie dans les médias pour confirmer l’édenisme de l’injonction à l’« intégration » : il est possible que ça réussisse. L’injonction à l’intégration produit donc une rupture au sein des ex-colonisés, dans la logique des élites indigènes de l’époque coloniale, ayant pour mission de « civiliser » les « masses barbares ». Une partie des individus ayant émergé du mouvement social issu de l’immigration des années 1980 peuvent être identifiés à cette catégorie, comme certaines figures médiatiques de la « beuritude » (Malek Boutih, Fadela Amara, etc.). Cette figure de l’héritier se rapproche de la première réponse du colonisé au rapport colonial qu’identifie Memmi : l’amour du colonisateur et la haine de soi. Mais elle se complexifie puisqu'elle ne touche pas uniquement l’élite « beur » (comme il y eut l’élite indigène) mais aussi les populations les plus précarisées. Cependant, en période coloniale et post-coloniale, les impossibilités de l’actualisation des promesses tenues viennent briser le mythe de l’intégration : les héritiers sont soit constamment ramenés à leur « différence » (qui n’est qu’un euphémisme pour dire infériorité), soit la promesse d’une ascension sociale s’évapore suite aux multiples obstacles à celle-ci.

La seconde tendance est celle de la réaction, ou du repli. Je n’entend pas le terme « repli » de la manière péjorative véhiculée par le sens commun, qui afflige du stigmate de la réaction, de l’arriération, de la non modernité, tous ceux qui refusent le discours dominant. Cette réaction est au contraire positive du point de vue des dominés, car elle constitue une attitude de contre-violence, de préservation, salutaire, pour préserver la vie (et la diversité de ses manifestations culturelles). Elle énonce clairement un arrêt de la dynamique négatrice de l’altérité de l’intégrationnisme qui nie la vie dans toute sa profondeur. Cette figure est celle du révolté chez Memmi et Fanon, du nationaliste se mobilisant pour la libération du joug colonial. Le contexte de l’immigration pose les termes autrement puisque la solution de l’irrédentisme est inconcevable. Spécifique à cette situation historique inédite, la réaction, ou repli, recèle en elle deux potentialités qu’il est indispensable de distinguer, l’une exclusive, l’autre d’ouverture.

La réaction suppose en effet de reprendre la frontière construite par les dominants. Cette frontière qui stigmatise est, par un renversement total, alors revendiquée comme partie intégrante et intégratrice de l’identité dominée. On passe ainsi d’un refus domino-centrisme (c’est-à-dire la domination telle quelle s’exerce) à la reprise objective du domino-morphisme (la domination telle quelle s’est formée, par la dichotomisation de l’espace social et politique ; le clivage national-racial est conforté). Une identité dominée plus ou moins nouvellement substantialisée est confrontée à une identité dominante anciennement substantialisée ; c’est la définition qu’on peut donner au « communautarisme ». La frontière est toujours là, et non remise en cause. Si elle n’est pas remise en cause, le repli exclusif s’enclenche, dans la même dynamique essentialiste que l’intégrationnisme. La dichotomie « eux » et « nous » est réifiée, en s’appuyant sur une origine mythifiée, et fonde un combat à entreprendre, pour la survie ou par vengeance, parfois par la violence physique. On passe de la préservation de la vie à une logique de mort (cette catégorie englobe tous les comportements violents, avec toutes les variations qu’ils peuvent connaître) et, en ce sens, le repli exclusif et la haine de soi ont une proximité de profil sociologique dans la violence qu’ils véhiculent.

La seconde potentialité est ce que j’appelle le repli d’ouverture. Il a de commun avec le repli exclusif le refus de l’intégrationnisme et la préservation de la vie (au sens large du terme). Mais il conçoit le repli comme transitoire. Pour lui, la frontière entre « eux » et « nous » doit être supprimée (et non inversée), et il est nécessaire de penser un vouloir-vivre-ensemble en s’émancipant des relations de dominations, en appelant à un nouvel universalisme. Mais il suppose une conscientisation politique des héritiers de l’immigration post-coloniale qui est peu répandue (ils font partie des populations les moins politisées du champ politique en France). On voit ainsi, pour une minorité d’entre eux, s’esquisser une politisation de la situation dans les ex-colonisés, qui se rendent compte qu’ils sont objectivement et partiellement déterminés par ce qu’ils combattent. Ils ont conscience des effets de l’intégrationnisme sur eux en ce sens qu’ils portent un regard critique sur leurs pratiques, se rendent compte de certains déterminismes, et agissent en fonction de manière à améliorer leur condition. D’où l’émergence d’une logique d’action collective en vue de supprimer le rapport de domination, le repli d’ouverture sert donc de tremplin pour l’action politique d’émancipation des relations de domination. Les résistances à l’injonction à l’intégration peuvent s’articuler de plusieurs manières : elles peuvent être politiques, culturelles, économiques, etc. Pour être plus précis au niveau du vocabulaire, le repli exclusif est une réaction, au sens où il n’existe aucune réflexivité sur l’action, et le repli d’ouverture une résistance, en ce qu’il tente une compréhension de soi.

Mais il est évident que des passages s’effectuent entre les différents profils. Par exemple, certains anciens militants issus de la Marche de 1983 sont passés, chronologiquement, d’une croyance véritable dans le mythe de l’intégration, au repli exclusif à travers la pratique d’un Islam fermé, pour terminer leurs parcours vers le repli d’ouverture dans leur implication dans une association musulmane revendicative.

Selon moi, l’ampleur du repli identitaire en direction de référents islamiques résulte en grande partie (bien sûr d’autres phénomènes sociaux et économiques rentrent en jeu) d’une conséquence du caractère éminemment paradoxal de l’injonction à l’intégration. En effet, alors que son objectif est l’homogénéisation culturelle, son action débouche au contraire par la réactivation d’un héritage culturel qui jusque là était resté en sommeil. Ainsi, la volonté d’intégration est perçue comme un véritable mensonge : « mais à partir de quel moment est-ce qu’on est intégré ? », qui dénote l’ambiguïté fondamentale de l’injonction . Ce n’est pas un hasard si la cité des Minguettes, qui a donné naissance à la Marche pour l’égalité, est devenue le foyer de nombreuses associations musulmanes (nées à la fin des années 1980). Suite à l’évaporation du mirage de l’intégration, une recherche identitaire s’est accomplie ici plus qu’ailleurs.

Finalement, l’analogie coloniale peut être pensée sociologiquement. On ne peut pas comprendre les stratégies identitaires des héritiers et héritières de l’immigration sans se référer au rapport colonial. Une fois prise la mesure des effets du rapport néocolonial, l’analogie peut être pensée politiquement. En passant par la comparaison on comprend mieux les proximités idéologiques qui peuvent paraître paradoxales. SOS Racisme ou Ni Putes Ni Soumises sont les alliés objectifs (c’est-à-dire sans qu’ils s’en rendent compte) des membres du Conseil Français du Culte Musulman. Les premiers rentrent dans l’idéal-type 1 et les seconds dans l’idéal-type 3. Tous les deux incarnent les deux propositions que les dominants imposent aux dominés : intégrationnisme et différentialisme.

Comme le disait Abdelmalek Sayad et Pierre Bourdieu en 1964, mais qui résonne encore aujourdhui dans nos réflexions actuelles : « Ce n’est pas un hasard si le colonialisme a trouvé son ultime refuge idéologique dans le propos intégrationniste : en effet, le conservatisme ségrégationniste et l’assimilationnisme ne s’opposent qu’en apparence. Dans un cas, on invoque les différences de fait pour nier l’identité de droit, dans l’autre cas, on nie les différences de fait au nom de l’identité en droit. Ou bien on accorde la dignité d’homme, mais seulement au Français virtuel ; ou bien on s’arrange pour la refuser, en invoquant l’originalité de la civilisation maghrébine, mais originalité toute négative, par défaut ». Il nous reste à inventer une alternative à cette fausse alternative. Mais c’est une autre histoire…

Abdellali Hajjat

jeudi, novembre 26, 2009

Lettre ouverte à Caroline Fourest

Cela fait maintenant cinq années que je vous vois vous acharner contre Tariq Ramadan de façon obsessionnelle et éhontée. Aujourd’hui, je vous écris, non pas dans le but de vous dire ce que je pense de cet homme, mais ce que je pense de ce que vous faites. C’est votre démarche que je vais critiquer. Je n’ai ni le temps ni l’envie de répondre dans les détails à ce que vous déblatérez à son propos, pourtant, je le pourrais sans aucun problème. Je pourrais démonter, point par point chaque accusation que vous portez contre lui. Votre technique de manipulation est vraiment simple à démonter. Ça vole tellement bas !

En effet, vous prétendez tirer vos « citations » de Tariq Ramadan, de manière objective, à partir de cassettes et vous dites aux gens que ces cassettes sont très difficiles à obtenir. Autrement dit, vous essayez de faire croire que vous avez fait un énorme travail d’investigation pour obtenir ces enregistrements. Laissez-moi rire ! La vérité est que ces cassettes sont disponibles dans toutes les librairies musulmanes, que vous les avez vous-mêmes achetées là et que vous en faites des citations tronquées, sorties de leur contexte et ornées de vos analyses bidons, anachroniques et islamophobes. J’ai entrepris moi-même un travail de transcription fidèle de ces enregistrements de conférences et j’espère pouvoir un jour publier ces textes dans une compilation.

En fait, si ! Je vais vous dire ce que je pense de Tariq Ramadan. Car même si vous ne le méritez pas, ceux qui vous lisent et se questionnent, ceux que vous avez évoqués chez Frédéric Taddeï le 16 novembre dernier, eux, le méritent. Les gens victimes de votre désinformation sont victimes du système politique actuel qui ne tend les micros qu’à ceux qui l’arrangent. Vos lecteurs méritent donc d’entendre un autre son de cloche. Je les invite d’ailleurs à aller voir Tariq Ramadan en conférence et à ne pas hésiter à aller discuter avec lui après celles-ci. Il est toujours ouvert au dialogue. La preuve, c’est qu’il a daigné dialoguer avec vous.

J’ai rencontré Tariq Ramadan il y a presque six ans. Je l’avais contacté par Internet au moment où il se faisait attaquer de toute part après avoir publié un texte intitulé « Les nouveaux intellectuels communautaires ». Son propos politique m’intéressait mais, à l’instar des gens qui vous lisent, j’avais une appréhension quasi phobique à discuter avec une personne qui s’exprime à partir de références religieuses et plus précisément islamiques. J’avais des raisons objectives (contrairement à vous) d’être dans cet état. Etant Algérienne exilée en France pendant les années 90, j’avais depuis l’âge de huit ans subi au quotidien la pression des radicaux dans mon pays. Je ne rentrerai pas ici dans des détails qui pourraient vraiment vous montrer à quel point je pouvais être allergique au discours politico-religieux car je n’ai pas entrepris cette rédaction pour parler de moi.

J’ai donc rencontré Tariq Ramadan pendant la période où il a été le plus médiatisé et attaqué. Il a pris deux heures pour rencontrer une inconnue, une simple personne, sans aucun pouvoir ni importance, qui demandait juste une confrontation d’idées. Bien qu’acquise à ce qu’il avait pu dire sur les intellectuels pro-israéliens, j’ai, pendant deux heures, testé sa tolérance religieuse. Depuis six ans, je la teste.

Cette rencontre m’a donné de nombreuses leçons sur les préjugés. Je lui ai dit mes doutes et mes questions. Il connait mes points de vue et n’a jamais au grand jamais tenté de me convaincre de quoi que ce soit. Tout ce qu’il m’a dit de religieux depuis six ans, c’est : « que Dieu te protège ». Il ne juge pas, il accompagne et n’impose rien. Que ceux qui vous lisent sachent que Tariq Ramadan est un homme simple, ouvert, plein d’humour et vit vraiment avec notre temps. Aucun rapport avec le personnage sombre, archaïque et douteux que vous tentez de décrire. Tout ce que vous dites est ridicule quand on le connaît, quand on l’écoute et quand on le lit, avec son propre esprit d’analyse.

On n’a pas besoin de vous Caroline Fourest pour comprendre un homme qui parle d’une manière on ne peut plus claire et explicite. Personnellement, j’ai même assisté à des formations qu’il a données en banlieue parisienne sur la manière dont les Musulmans doivent s’investir dans l’espace public et il n’y avait dans ses paroles que des critiques envers ces musulmans-là pour les pousser à s’investir davantage, à partir de leurs références et avec le message de paix et d’ouverture qu’offre l’islam, dans l’espace public afin de combattre l’injustice sociale en France. Je l’ai vu à de multiples reprises critiquer violemment la tendance de renfermement sur soi qu’ont certains musulmans. Que voulez-vous de plus ? Ou plutôt, que ne voulez-vous pas ? Les entendre ces gens-là sans doute ! Qu’ils viennent avec d’autres références que les vôtres défendre les droits des Français de tous horizons. C’est cela qui vous dérange.

Il y a une chose qui m’a marquée dans le discours de Tariq Ramadan, c’est qu’il n’utilise jamais le verbe « tolérer ». Pour lui, tolérer est déjà une forme de rejet. Il parle de « respect » des personnes quelles que soient leurs orientations religieuses, politiques ou sexuelles. Il parle de respect. Tu existes, j’existe, tu as tes particularités et tes croyances, j’ai les miennes, on se respecte, on vit ensemble. C’est ce que dit Tariq Ramadan et vous, vous êtes une menteuse. Il maîtrise son verbe et vous le caricaturez sciemment, il est précis et fin et votre critique est grossière et malhonnête. Vous faites l’idiote, celle qui aimerait bien le comprendre mais qui n’y arrive pas, alors que vous comprenez parfaitement. S’il y en a un qui travaille chaque jour pour le vivre ensemble, c’est lui. S’il y en a une qui perd son temps parce qu’elle n’arrivera jamais à détruire le libre arbitre et la pensée autonome des gens, c’est vous !

Par ailleurs, la droiture, la persévérance et le calme de Tariq Ramadan sont impressionnants. C’est un ouvrier de l’ouverture. Il se décrit lui-même comme un pont qui tente de faire en sorte que les cultures, non pas coexistent, mais s’ouvrent l’une à l’autre et vivent ensemble dans le respect. Il explique la laïcité aux Musulmans français, leur dit en permanence que celle-ci ne s’oppose en aucune façon à leur religion et qu’ils doivent respecter les lois du pays dans lequel ils vivent. Il dit aux Français que l’islam n’est pas là pour menacer leur existence et qu’en se renseignant un peu, ils verront que ce n’est ni la religion d’indigènes barbares ni celle de terroristes obscurs. Voilà ce qu’il dit. Il travaille avec acharnement depuis plus de vingt ans à faire entendre une voix islamique de paix et de dignité. Cessez de mentir !

Parlons de vous maintenant. Tariq Ramadan a fait preuve d’un calme remarquable en face de vous chez Frédéric Taddeï. N’importe quelle personne qui a les mêmes positions que lui, et nous sommes des milliers et des milliers, ne vous en déplaise, serait sortie de ses gonds au bout de quelques minutes. Vous avez fait preuve d’une malhonnêteté intellectuelle comme j’en ai rarement vu. Il ne pouvait ouvrir la bouche sans que vous ne soyez, en bruit de fond, en train de commenter d’une façon cynique et autoritaire. Pour qui vous prenez-vous exactement ? Vous parlez comme si vous déteniez la vérité absolue sur toute chose. Vous parlez « au nom des Algériens » ? Mais vous rigolez ou quoi ? C’est grave de dire ça vous savez ? Pour qui vous prenez-vous ? Qui êtes-vous ? Je vais vous dire qui vous êtes : vous êtes une personne ingrate qui ne doit son existence médiatique qu’à l’homme à terre sur lequel vous êtes en train de boxer depuis cinq ans. Lâcheté. Heureusement que cet homme n’est pas réellement à terre, que sa base - un nous, divers et variés - ne le laissera pas tomber.

Caroline Fourest, voici maintenant ce que je pense de votre démarche :
Je pense que Tariq Ramadan est votre fonds de commerce. Vous n’existez qu’à travers lui. Vous savez pertinemment que son nom fait vendre. Vous savez également que Tariq Ramadan n’est pas un radical mais l’avouer vous ferait disparaître, donc, choix pro, mieux vaut persévérer dans le mensonge.

La faiblesse de votre éthique est pitoyable. Vous ne méritez que l’indifférence et quand vous aurez fini de vous agiter, j’espère que vous réaliserez que vous êtes totalement passionnée par Tariq Ramadan. Je ne connais rien en psychologie mais je trouverais intéressant qu’on analyse votre comportement convulsif au service du ronronnement médiatique qui se croit dominant.
Vous ne dominez rien, vous ne touchez personne.

Le jour où vous vous réveillerez, posez-vous juste cette question :
De Tariq Ramadan et vous, de qui se souviendront les gens, l’histoire, les librairies, les bibliothèques ?

Vous avez déjà perdu… et vous le savez… et c’est ce qui vous rend si haineuse.

Meriem Laribi, enseignante de français

mardi, novembre 24, 2009

Je suis Israël...

Je suis Israel. Écrit par Hashem Said le 25 février 2002. Hashem Said fait partie de la direction du groupe d’étudiants palestiniens Hayaat à l’université de Wisconsin (UW).

TRADUCTION :

Je suis Israël - je suis venu sur une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Ceux qui se trouvaient là, n’avaient pas le droit d’y être et mon peuple leur a montré qu’ils devaient partir ou mourir ; j’ai rasé 480 villages palestiniens et j’ai effacé leur histoire.

Je suis Israël - certains parmi mon peuple ont commis des massacres et sont devenus plus tard premier ministre pour me représenter. En 1948, Menachem Begin était responsable de l’unité qui a massacré les habitants de Deir Yassin, soit 100 hommes, femmes et enfants. En 1953, Ariel Sharon a dirigé le massacre des habitants de Qibya, et en 1982 il a fait en sorte que nos alliés tuent environ 2000 personnes dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila.

Je suis Israël – taillé en 1948 dans 78 % de la terre de Palestine, dépossédant ses habitants pour les remplacer par des juifs venus d’Europe et d’autres parties du monde. Alors que ceux dont les familles ont vécu sur cette terre pendant des milliers d’années ne sont pas autorisés à rentrer, des juifs du monde entier deviennent instantanément des citoyens.

Je suis Israël – en 1967, j’ai englouti les terres restantes de Palestine – la Cisjordanie et Gaza – et j’ai soumis leurs habitants à un régime militaire d’oppression ; je les ai contrôlés et humiliés dans tous les aspects de leur vie quotidienne. Ils devraient finalement comprendre qu’ils ne sont pas invités à rester et qu’ils devraient rejoindre les millions de réfugiés palestiniens dans les bidonvilles du Liban et de la Jordanie.

Je suis Israël – j’ai le pouvoir de contrôler la politique étasunienne. Mon comité des affaires publiques israélo-américaines (AIPAC) peut fabriquer ou détruire à son gré n’importe lequel des politiciens et comme vous le voyez, ils se bousculent pour me plaire. Toutes les forces du monde sont sans pouvoir contre moi, y compris les Nations unies puisque j’ai le veto étasunien pour bloquer toute condamnation de mes crimes de guerre. Comme l’a si bien dit Sharon, nous contrôlons les USA.

Je suis Israël – j’influence aussi les médias étasuniens dominants et les nouvelles sont toujours taillées en ma faveur. J’ai investi des millions de dollars dans les relations publiques, et CNN, le New York Times et d’autres ont fait du très bon travail pour promouvoir ma propagande. Regardez les autres sources de nouvelles internationales et vous verrez la différence.

Je suis Israël – et vous, Palestiniens, vous voulez négocier la paix ? Mais vous n’êtes pas aussi malins que moi ; je vais négocier, mais je ne vous laisserai que vos municipalités tandis que moi je contrôlerai vos frontières, votre eau, votre espace aérien et tout ce qui peut être important. Pendant que nous négocions, j’avalerai vos collines et je les remplirai de colonies peuplées par les plus extrémistes de mes extrémistes, armés jusqu’aux dents. Ces colonies seront reliées par des routes que vous ne pouvez pas emprunter et vous serez coincés entre elles dans vos petits bantoustans, entourés de check-points dans tous les sens.

Je suis Israël - j’ai la quatrième armée la plus puissante du monde et j’ai des armes nucléaires. Comment vos enfants osent-ils confronter mon oppression avec des pierres ? Ne savez-vous pas que mes soldats n’hésiteront pas à leur faire sauter le crâne ? En 17 mois, j’ai tué 900 d’entre vous et j’en ai blessé 17 000, des civils pour la plupart, et j’ai tout loisir de continuer puisque la communauté internationale garde le silence. Ignorez, comme je le fais, les centaines de soldats israéliens qui refusent maintenant d’appliquer mon contrôle sur votre terre et votre peuple ; la voix de leur conscience ne vous protégera pas.

Je suis Israël - et vous voulez la liberté ? J’ai des munitions, des tanks, des missiles, des Apaches et des F-16 pour vous effacer. J’ai placé vos villes sous siège, j’ai confisqué vos terres, déraciné vos arbres, démoli vos maisons et vous exigez toujours la liberté ? Vous n’avez pas compris ? Vous n’aurez jamais ni paix ni liberté parce que Je suis Israël .

Annie Bannie

Identité nationale : refusons un débat posé en termes xénophobes !

Le lancement du débat sur l'identité nationale est-il un acte politique ou seulement politicien ? Dans le contexte de la campagne pour les élections régionales de 2010 et de l'accumulation de sondages d'opinion qui lui sont défavorables, chacun devine que le gouvernement cherche à exploiter les peurs des Français en reliant les thèmes de l'étranger et de la sécurité, de même que ceux du communautarisme et de la condition des femmes.

Mais n'y aurait-il pas, par ailleurs, un débat politique de fond qu'on ne saurait refuser par principe ? Beaucoup le pensent. Toutefois ils risquent de le regretter quand ils découvriront la façon dont ce débat aura été organisé concrètement.
Pour le comprendre, il faut lire la circulaire envoyée aux préfets le 2 novembre par le ministre de l'immigration, de l'intégration et de l'identité nationale, Eric Besson, leur demandant "d'organiser et de présider" partout en France des débats locaux sur l'identité nationale, et dont la synthèse sera ensuite imposée par le gouvernement comme le résultat de cette vaste consultation des Français.

On y découvre une liste de préjugés et de fausses évidences définissant par avance l'identité nationale alors que l'on prétend la mettre en débat. Beaucoup de sujets sont abordés, mais le thème de "l'étranger" est en réalité central. Et certaines questions formulées à ce sujet sont orientées, choquantes et inacceptables. Détaillons celle-ci : "Comment éviter l'arrivée sur notre territoire d'étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance) et entretenant, dans une partie de la population, la suspicion vis-à-vis de l'ensemble des étrangers ?" On trouve ici, condensés dans une même phrase, tous les poncifs du discours xénophobe.

1 - Les sans-papiers seraient nécessairement arrivés irrégulièrement. En réalité, l'irrégularité du séjour ne suppose pas l'entrée illégale. Les dernières réformes ont précarisé le statut des étrangers résidant en France, les faisant basculer dans l'irrégularité pour des motifs de plus en plus nombreux (polygamie, séparation du couple, fin du contrat de travail, rejet de la demande d'asile, fin des études, etc.).

2 - Les sans-papiers auraient nécessairement des conditions de vie précaires. C'est la fameuse "misère du monde" et ce n'est pas totalement faux. Toutefois, en réalité, si leur situation administrative est nécessairement précaire, les sans-papiers peuvent aussi être qualifiés, intégrés, travailler, avoir un logement et payer des impôts.

3 - Cette précarité serait forcément source de travail clandestin. Ce n'est pas totalement faux. Toutefois, en réalité, nombre de sans-papiers travaillent avec un vrai contrat de travail et sont déclarés. Au demeurant, le "travail au noir" n'est pas réservé aux étrangers irréguliers. Il est au contraire assez répandu (garde d'enfants, cours du soir, ménage, couture, repassage, aide à domicile, etc.).

4 - Cette précarité serait forcément source de délinquance. C'est le vieux thème d'extrême droite, étranger = délinquance, dissimulé sous le masque de l'apitoiement sur la pauvreté. En réalité, les clandestins sont bien sûr tous délinquants au sens administratif (absence de papiers). Mais pour le reste, leur particularité est généralement d'être au contraire très respectueux de l'ordre public pour ne pas se faire remarquer.

5 - Cela entretient la suspicion de la population à l'égard de l'ensemble des étrangers. Cette idée que la lutte contre les immigrés clandestins permettrait aux immigrés légaux d'être acceptés et de s'intégrer est une idée fausse. D'abord le discours xénophobe, même limité aux clandestins, ne peut qu'alimenter une xénophobie plus générale (il n'est qu'à voir les discours sur la religion musulmane et ses "signes ostensibles"). Ensuite, les pratiques policières qui découlent de la lutte contre l'immigration clandestine touchent en réalité tous les Français dont la peau n'est pas blanche. L'exemple le plus évident est le contrôle d'identité sur la voie publique, autrement dit le contrôle au faciès.

Ainsi, ce débat sur "l'identité nationale" n'est pas seulement contestable sur le fond, il l'est aussi et d'abord sur la méthode. La lecture de la circulaire Besson montre que les conclusions sont largement écrites d'avance. Non seulement la circulaire formule les questions qui seront débattues, mais elle se termine de surcroît par une liste de quinze propositions précises qui, comme par hasard, concernent dans 11 cas sur 15 les étrangers (le reste consiste en cours d'instruction civique, en obligation pour les enfants de chanter régulièrement La Marseillaise et pour les bâtiments publics d'arborer le portrait de Marianne et le drapeau tricolore).

Cela indique bien le niveau réel du débat qui est proposé et le fond de la pensée de ceux qui l'ont conçu. Et qui pourrait élever ce débat, le sortir de ces cadres étriqués aux accents xénophobes ?

A aucun moment il n'est requis la présence des chercheurs spécialistes de la société française, capables d'aider à objectiver son histoire et sa composition actuelle, pas plus que la présence de représentants des divers partis politiques, syndicats professionnels, grandes associations nationales, institutions religieuses ainsi que les diverses "communautés" pourtant évoquées dans la circulaire.

Dans ces débats, il est seulement demandé aux intendants du prince de recueillir attentivement les peurs du "bon peuple" pour pouvoir ensuite le rassurer en lui parlant de la "fierté d'être français". Non, décidément, les dés sont pipés, il s'agit une manipulation et nous appelons nos concitoyens à contester ces procédés politiciens rétrogrades qui menacent davantage qu'ils ne servent la cohésion sociale en réactualisant le bon vieux manichéisme opposant deux entités mythiques : la "communauté nationale" et les "corps étrangers" qui la menaceraient.

Christophe Daadouch, juriste ;
Laurent Mucchielli, sociologue ;
François Dubet, sociologue ;
Jean-Pierre Dubois, président de la LDH ;
François Geze, éditeur ;
Véronique Le Goaziou, sociologue ;
Claire Lévy-Vroeland, sociologue ;
Gérard Marle, prêtre ;
Stéphane Maugendre, président du GISTI ;
Antoine Math, économiste ;
Marwan Mohammed, sociologue ;
Richard Moyon, co-fondateur de RESF ;
Marie NDiaye, écrivain ;
Laurent Ott, éducateur ;
Pierre Piazza, politiste ;
Philippe Rigaut, sociologue ;
Serge Slama, juriste ;
Alexis Spire, sociologue ;
Jérémie Wainstain, chef d'entreprise ;
Vincent Tiberj, politiste ;
Pierre Tritz, prêtre.

dimanche, novembre 22, 2009

Exposition : un siècle d'histoire culturelle des Maghrébins en France

Sportifs, chanteurs, peintres, romanciers, hommes politiques, syndicalistes, acteurs ou poètes… Célèbres pour quelques-uns, méconnus pour la plupart : ils ont fait notre histoire. À travers la musique, le cinéma, la littérature, les arts plastiques, le théâtre, mais également la vie politique, cette rétrospective retracera un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France. Prenant en compte toutes les facettes de cette histoire, des orchestres judéo-musulmans encore actifs au début des années 1970, en passant par les mouvements d’indépendances jusqu’aux années 2000, cette exposition raconte la longue histoire de l’enracinement des Maghrébins de France. Une histoire entamée dès la moitié du XIXe siècle, une histoire qui s’écrit encore aujourd’hui.

Mobilisant les avancées les plus récentes de la recherche et des dizaines de fonds d'archives inédites, cette exposition raconte une histoire méconnue : celle du long et complexe processus d'enracinement des Maghrébins en France. Utilisant notamment les partitions et textes des chanteurs de l'immigration, qui se comptent au final par centaines, mais aussi les matériaux qu'offrent la littérature, le cinéma, les arts plastiques ou l'histoire sociale, l'exposition restitue au plus près la vie sociale, politique et culturelle de communautés de plus en plus dynamiques avec quatre partis pris :

- embrasser l’histoire sur le long cours, en partant des pionniers de la moitié du XIXe siècle aux mutations radicales de ces dernières décennies.
- raconter cette histoire du point de vue des populations dont on parle, sans négliger leur environnement, d’où le choix de privilégier dans la scénographie les supports culturels, témoins premiers du long processus d’enracinement et de ses épreuves – les deux conflits mondiaux, la colonisation puis les guerres d’indépendance, la sédentarisation inéluctable et toujours en question, etc.
- raconter ce siècle à partir des itinéraires de personnalités et de personnages, maghrébins ou français, qui en ont été les acteurs encore trop souvent méconnus : de l’Emir Abdelkader, fêté par Napoléon III et le Grand Orient, aux marcheurs de 1983, du Kabyle Ahmed Ben Amar El Gaïd, fondateur du Cirque Amar, aux vedettes d’aujourd’hui.
- passer enfin de la mémoire à l’histoire, sans négliger ni les conflits ni les rencontres et les métissages et en prenant en compte toutes les facettes, des orchestres judéo-musulmans, encore actifs au début des années 1970, aux dynamiques et interrogations d'aujourd'hui.


Réalisation de l'exposition

Une exposition de l’association Génériques
Commissariat de l’exposition : Driss El Yazami, Naïma Yahi
Scénographie : Pierre-Yves Chays
Graphisme : Yves Daubert, Marie Daubert, Elie Kongs
Réalisation : Invia SA
Recherches et iconographie : Julie Manac’h, Marion Perceval
Mécénat et relations publiques : Sarah Clément, Mohamed Nemmiche
Suivi administratif : Nathalie Conter, Corinne Mégy
Stagiaires : Constance Beth, Liza Rives

En savoir plus

samedi, novembre 21, 2009

Méfiez-vous des contrefaçons

La notion de Pouvoir noir, du fait même de son caractère flou et ambigu, réfractaire à toute définition vraiment précise, de son vide doctrinal, ne devait pas tarder à couvrir une marchandise de moins en moins révolutionnaire.

Issu de la classe moyenne, Stokely Carmichael en reflétait, les oscillations et les équivoques. Il balançait entre réformisme et la révolution, entre une alliance avec les Blancs surexploités ou révolutionnaires et le rejet en bloc de l’Homme blanc. Le livre de lui qui a été publié en français Black Power était une œuvre beaucoup plus réformiste que révolutionnaire. Il versait dans l’utopie petite bourgeoise lorsque dans la lignée proudhonienne, il préconisait la formation de coopératives noires, hypothèse peu réaliste au moment précis où les petites entreprises étaient de plus en plus éliminées par la concurrence de la grande industrie ou des supermarchés et ne parvenaient pas à vendre à des prix compétitifs.

Mais, après le repli de Carmichael sur l’Afrique et le contre-racisme, le Pouvoir noir devait être de plus en plus récupéré par la bourgeoisie noire. Un écrivain du nom de Nathan Wright lança le slogan : « achetez noir » et entraîna dans son sillage la conférence du Pouvoir noir de Newark en juillet 1967 : franchissant le pas, l’auteur de Black Power n’hésita pas à identifier Pouvoir noir et capitalisme noir.

Cette évolution s’accentua à la conférence du Pouvoir noir à Philadelphie en 1968 et à celle d’Atlanta en 1970 qui se prononça « pour la recherche de tout le pouvoir politique et économique qui peut être conquis par les moyens légaux dans le cadre du régime actuel. »

Robert L. Allen, dans son Histoire du Mouvement noir au États-Unis a exposé pourquoi une nouvelle élite noire nouvellement promue, composée de membres de professions libérales, de cadres supérieurs, de professeurs, de fonctionnaires fédéraux s’est ralliés au Pouvoir noir. Cette élite a sollicité des maîtres du jeu blanc le droit de contrôler « constructivement » la communauté de couleur, c’est-à-dire d’exploiter à son profit les masses noires. Pour y parvenir , elle n’a pas hésité à s’enduire du vernis nationaliste ; pareille à un enfant, observe Allen, à qui on a refusé du sucre d’orge, elle a rejeté le monde blanc et s’est glorifiée de sa couleur noire. Même le capitalisme illégal, celui des trafiquants du ghetto, n’a pas manqué de tirer à lui la couverture du Pouvoir noir....

Le Président Nixon en personne récupéra à son profit un slogan qui ne sera plus désormais qu’un attrape-nigaud : il tendra la perche aux capitalistes de couleur en leur offrant des avantages particuliers très substantiels pour le développement des ghettos.

Les dirigeants des Panthères noires dénonceront avec énergie cette falsification d’un mot d’ordre qui, à un moment donné, avait joué un rôle progressiste et révolutionnaire. C’est Eldridge Cleaver qui déclara : « Depuis que Nixon a énoncé sa doctrine du capitalisme noir, on a sciemment déversé des millions de dollars entre les mains de la bourgeoisie noire, on a sciemment privilégié des hommes de paille issus de ses rangs. On commence à intégrer la bourgeoisie noire à la classe dirigeante, à lui donner certaines assurances, certaines garanties qu’elle réclame. » « En fait, notre cri de guerre pour le Pouvoir noir est devenu la graisse qui facilite l’assimilation de la bourgeoisie noire par le pouvoir blanc. »... (Daniel Guérin, De l'Oncle Tom aux Panthères)

jeudi, novembre 19, 2009

Comme on est loin du compte...


« On peut dire que l'Algérie ne guérira jamais de sa situation actuelle, si elle ne fait pas un travail de réévaluation intégrale de son nationalisme : son nationalisme est né dans le contexte colonial, il est né de la colonisation, il est né anticolonial et il l'est resté, il le reste aujourd'hui encore, anachroniquement ; et ce nationalisme survit tel quel aux conditions politiques et historiques de sa constitution. Ce nationalisme n'a jamais su se constituer en lui-même. Même aujourd'hui que la colonisation a disparu, il est resté tel qu'il a commencé à se fabriquer en 1920. Il s'est donné une mythologie, prise à la France et apprise de la France - le mythe de la Nation - qui continue à fonctionner. De ce point de vue, le nationalisme algérien est le bon élève, mais bien tardivement, du nationalisme français, à l'école duquel il s'est constitué, même en le combattant et en cherchant à s'en émanciper... Le nationalisme algérien s'est créé uniquement par référence à la colonisation ; il est aujourd'hui malade, incertain, totalement dérouté, désorienté, sans objectif, sans perspective directrice : c'est parce qu'il a perdu le partenaire qui le constituait. Les intellectuels algériens eux-mêmes partagent la vision officielle, même les esprits les plus critiques se refusent à ce travail de réflexion et de relativisation... » (Abdelmalek Sayad)

MIB, les nouvelles des Quartiers...



Banlieues Hack Movies est une co-production du Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB), de Global Project (italie), de radio Sherwood (italie) et de Regarde A Vue, radio Fréquence Paris Pluriel. C'est une création multimédia sur l’urgence sociale dans les banlieues montrant une vision à bâtons rompus du combat politique, des habitants, associations et étudiants d’Ile de France ou d’ailleurs, achetez le DVD et méfiez-vous des contrefaçons...

Nationalisme arabe et football

Le hooliganisme et la violence qui ont marqué les matchs de football entre l’Egypte et l’Algérie qui cherchent toutes deux à se qualifier pour la Coupe du Monde 2010 sont un fait nouveau dans les cultures sportive et politique arabes.

La véhémence, le fanatisme et les récriminations qui se sont ouvertement exprimés dans les médiats et dans les rues en Algérie, en Egypte et au Soudan [le pays hôte où se jouera le match décisif] révèlent tous la même tendance. C’est l’aboutissement logique du nationalisme étriqué qui prévaut dans la politique arabe depuis la mort de Gamal Abdel Nasser, l’ancien président Egyptien.

Il existe deux formes de nationalisme dans le monde arabe. Le premier est le nationalisme arabe au sens large (souvent appelé panarabisme en Occident) qui vise à unir les Arabes dans un seul Etat.

C’était la vision de Nasser; il avait mobilisé les Egyptiens et les Arabes derrière les slogans de l’unité et de la fraternité arabes. Son projet, cependant, représentait une menace pour tous les régimes arabes; même le parti nationaliste arabe Baas s’inquiétait des plans de Nasser parce qu’ils signifiaient leur perte du pouvoir en Syrie et en Irak.

Ce parti était plus intéressé par la préservation de son pouvoir dans des régimes confinés à la Syrie et à l’Irak que par servir les objectifs de sa propre idéologie.

La rhétorique nationaliste

La rhétorique nationaliste arabe touchait une corde sensible: Nasser devint rapidement le leader indiscuté du peuple arabe, prêchant par-dessus la tête de la plupart des dirigeants Arabes. Mais son projet n’était pas le seul à exister dans la région: l’Arabie Séoudite et ses alliés proposaient une alternative dans laquelle les Arabes vivaient installés dans les limites de leurs propres petits (ou grands) Etats.

On parle de ce modèle comme de celui d’un nationalisme étroit (nationalisme qutri en arabe). Il était, bien sûr, plus séduisant pour les régimes parce qu’il signifiait la préservation des frontières à l’intérieurs desquelles ils gouvernaient.

La mort de Nasser avait créé une occasion en or pour les partisans du nationalisme qutri. La parti Baas, qui n’était pas conséquent concernant l’unité arabe, se scinda en branches syrienne et irakienne, et la querelle qui s’ensuivit entre les deux factions devint une des plus âpres et des plus violentes de l’histoire politique arabe contemporaine.

Anouar Sadate, le successeur de Nasser, voulait écarter l’Egypte de toute préoccupation arabe et souhaitait parvenir à un accord de paix avec Israël. C’était un accord qui permettrait d’aligner son pays avec les Etats Unis et dégagerait l’Egypte des responsabilités arabes dans le conflit avec Israël.

Il revint à une forme de nationalisme étroit et chauvin basé sur l’identité pharaonique. Ce genre d’idées existait en Egypte avant la révolution de 1952 et il leur insuffla une nouvelle vie lors de son arrivée au pouvoir.

Elles cadraient avec ses plans de paix avec Israël; l’idée de la supériorité égyptienne vis-à-vis des tous les Arabes lui étaient assez utiles pour expliquer l’isolement enduré par l’Egypte après son voyage en Israël.

Pour rompre franchement avec le passé, Sadate attaqua la Libye sans sommation et ce sont les pressions des Etats Unis qui lui firent cesser son agression avant qu’elle ne dégénère en guerre régionale.

Retour à l’antiquité

Mais il serait injuste d’imputer au seul Sadate ce nationalisme étriqué – tous les gouvernements arabes lui ont emboîté le pas en se référant à la période antique pour instiller un sentiment de supériorité chez leurs populations.

Au Liban, la parti phalangiste avait été complètement vaincu pendant la guerre civile, mais ses idées nationalistes ont essaimé dans diverses sectes libanaises. Dans le même temps, le nationaliste arabe Saddam Hussein invoquait des images, des symboles et des événements de l’histoire ancienne et préislamique de l’Irak.

L’explosion toute récente des télévisions arabes satellitaires, contrairement à ce que l'on pourait croire, n’a pas servi à unifier les Arabes, mais plutôt à les enfoncer un peu plus dans leurs retranchements. Les différences ont été renforcées tandis que les points communs entre Arabes ont été rejetés avec constance, tout particulièrement dans les médias arabes contrôlés par les Séoudiens (la majeure partie des médias arabes est contrôlée directement ou indirectement par la famille royale séoudienne et ses affiliés dans le monde des affaires).

Les spectacles sportifs et la pléthore de concours musicaux ont été conçus pour mettre en relief les différences entre Arabes et inciter les spectateurs à se rallier derrière le drapeau de leurs pays. Les médias séoudiens mènent toujours une bataille contre Nasser; l’humiliation subie par la famille royale séoudienne suite à sa politique n’a jamais été oubliée ni pardonnée.

Un document qui avait divulgué à la presse états-unienne montrait que le Pentagone prévoyait de lancer une version irakienne du célèbre programme télévisé American Idol en vue de contribuer à instiller un sentiment de nationalisme irakien. Il est clair que ces rivalités sportives et artistiques ne sont pas aussi spontanées qu’on veut bien le croire.

Au contraire, elles résultent de décennies de mobilisation et d’agitation encouragée par les Etats derrière le drapeau de chaque pays arabe. Qu’elle se soit traduite elle-même en violence est à vrai dire une indication que le nationalisme qutri a fonctionné, jusqu’à un certain point.

Le culte du sport dans les médias arabes est un autre facteur dans ce phénomène. Les sports sont une distraction inoffensive pour le peuple; les régimes aiment mieux que leurs peuplent regardent des spectacles sportifs plutôt que les scènes quotidiennes d’oppression et de carnage en Palestine, par exemple.

Une moindre attention à la politique

Cette culture des « arts » et du sport a été créée pour réduire la vigilance politique de l’opinion. Les médias arabes consacrent énormément de temps et de ressources à la couverture du sport, singulièrement aux performances des équipes nationales.

Ce chauvinisme étroit qui associe la fierté nationale à la victoire des équipes nationales est devenu un élément de base de la gouvernance politique de ces régimes.

La bataille sur Facebook entre amateurs de football Algériens et Egyptiens révèle à quel point la jeunesse arabe est réceptive au paradigme nationaliste. La performance des équipes a un effet d’image sur la réputation des régimes eux-mêmes.

Cela participe à expliquer pourquoi des princes de haut rang dirigent des équipes de football dans certains pays arabes. Saddam [Hussein] avait installé son propre fils à la tête du Comité Olympique Irakien. Et Jibril Rajub, un des anciens responsables de la sécurité de Yasser Arafat, dirige actuellement le comité palestinien du football.

Tout ce qui touche au sport est politique dans le monde arabe, ce qui rend le sport dangereux et potentiellement violent.

Angry Arab (traduit par Djazaïri)

mercredi, novembre 18, 2009

Le Match de toutes les conneries !


« A quelques heures du match décisif pour la Coupe du monde de 2010, les supporters des deux équipes ont envahi les rues de Khartoum, la capitale soudanaise. La tension y est vive et le prix des armes blanches a doublé sur les marchés de la ville. » (*) Aux crétins qui essaient de nous vendre un « nationalisme des dominés » (légitime parce que libérateur) contre un « nationalisme des dominants » (impérialiste et dominateur), cette vieille fadaise, qui a du plomb dans l’aile, cette fausse distinction n’est que du vent, à Khartoum, comme partout ailleurs, ce sont les nationalismes des dominés qui s'opposent entre eux, incarnés par les gueux de toujours (ceux qui embarquent sur les Pateras !), qui permettent les affrontements, les déchirements et les tueries en tous genres entre ceux-ci, pour le plus grand bonheur des dominants du Nord et de leurs laquais indigènes du Tiers-monde (leur anti-impérialisme, leur arabité, leur islamité etc. n’est que de la farce pour abruti !), eux, qui, comme leur maître, n’ont jamais, au grand jamais été nationalistes (il n'est qu'à voir il place leur argent !)… Il n’y pas de nationalisme qui en vaille la peine, et certainement pas à l’ombre des Empires !
Les attaques contre une société de téléphonie mobile à capitaux égyptiens et le sac de la représentation de la compagnie aérienne égyptienne, tout comme les agressions sur les personnes de cette nationalité ne sont nullement une surprise. Ils suivent les incidents du Caire, où des jeunes ont lapidé le bus transportant l’équipe de foot algérienne, et d’autres violences dont ont été victimes les supporters algériens à la sortie du Cairo International Stadium. Tout est fait pour entretenir, aussi bien en Egypte qu’en Algérie un climat malsain où la colère et la frustration des jeunes trouvent un exutoire facile, immédiatement identifiable et complètement mystificateur. Il est proprement extraordinaire qu’aucune voix ne se soit élevée pour appeler au calme et relativiser l’importance d’une rencontre de football, qualification au mondial ou non. Au contraire, les télévisions des deux pays, les sites internet plus où moins officieux, les journaux nourrissent une absurde dramatisation et écrivent au jour le jour un scénario de conflit où la bêtise le dispute à l’indignité. Est-il surprenant qu’aucun dirigeant ne soit intervenu pour appeler à la raison et ramener les choses à de plus justes proportions ?
Les peuples algériens et égyptiens ne sont pas ennemis et ne le seront jamais. Ils ne peuvent l’être pour toutes les raisons du monde et d’autant moins qu’ils partagent le même sort. Les dictatures policières et les anti-élites de pouvoir - des voyous en col blanc comme le montre la gestion des événements - qui écrasent les Egyptiens et les Algériens appartiennent au même monde : celui des criminels. L’écrasement des libertés, l’oppression quotidienne, la misère et le désespoir sont le lot commun de la majorité des deux peuples. Présidence à vie, toute puissance des services de police politique, prédation à large échelle sont les caractéristiques que partagent deux régimes qui maintiennent tous deux leurs peuples sous état d’urgence depuis des décennies. Les régimes se ressemblent au point d’être l’un et l’autre incarnés par deux vieillards en mal de succession dynastique. Loin de ces cercles, les jeunes qui agitent avec passion leurs drapeaux et sont prêts à tuer leur voisin pour une misérable qualification à un tournoi de football sont les mêmes que ceux qui tentent de fuir désespérément leurs pays. Ce sont ces jeunes, en tout point semblables qui errent clandestinement dans les artères hostiles des métropoles occidentales. Les enfants des voleurs au pouvoir à Alger et au Caire, également en tout point semblables, eux, roulent en voitures de luxe dans les beaux quartiers des mêmes métropoles. Ceux-là sont en règle : ils n’ont aucun problème de résidence, avec l’argent volé aux millions d’exclus de leurs malheureux pays, ils bénéficient des meilleurs papiers d’identité. Est-il besoin d’ajouter que les deux peuples partagent les mêmes vrais ennemis extérieurs ?
Il est proprement désolant d’entendre et de lire les tombereaux d’invectives qui se déversent sans aucune censure – tiens donc ! – dans les médias des deux pays. Mais que ces injures doivent sonner délicieusement aux oreilles des despotes, de leurs obscènes clientèles et de leurs polices. La diversion est magistralement exécutée, le cycle des provocations a été parfaitement enclenché et quel que soit le résultat sur le terrain sportif, c’est d’ores et déjà tout bénéfice pour les régimes. La colère légitime des jeunes est détournée vers un improbable ennemi, les passions émeutières sont aiguillées vers des cibles illusoires. Pour grossière qu’elle soit, la manœuvre permet de calmer autant que faire se peut les tensions sociales et le mal-être général. La mystification semble fonctionner mais, cela ne fait guère de doute, la réalité finira par s’imposer.
Les véritables ennemis des peuples algérien et égyptien sont leurs propres dirigeants.

mardi, novembre 17, 2009

"La Rumeur" nous parle...


Tenaces du rap

Caroline Fourest, l'équation...


Une ambition : Une Rastignac-journaliste prête à tout (mensonge, amalgame, calomnie, absence de rigueur…) pour faire sa place dans le champ politico-médiatique. Elle est devenue l'expert ès médiatique de l'intégrisme religieux et en particulier l'Islamisme (par le biais de Tariq Ramadan, son meilleur ennemi) :
(http://bougnoulosophe.blogspot.com/2009/08/caroline-fourest-et-son-double.html )

Un usage : Tout comme Philippe Val son ancien patron, elle est le compagnon de route des néo-conservateurs, elle a été le passeur, le vecteur par lequel la rhétorique du « choc des civilisations » a été vendue à la gauche française :
(http://www.voltairenet.org/article17482.html )

Une identité : Une « communautariste » gay et lesbien ; dans la modernité occidentale, tous les communautarismes ne se valent pas bien évidemment, il faut savoir hiérarchiser ceux-ci, il est des « communautarismes » légitimes et d’autres qui ne le sont pas… :
(http://www.respectmag.com/node/1221 )

Une méthode : La diffamation, le mensonge, la calomnie, la mythomanie etc.

(http://lmsi.net/spip.php?article203 )

Un dispositif : Une lesbienne, donc une femme, et qui plus est, de « gauche ». Soit trois sauf-conduits idéaux pour s’attaquer à l’Islam et aux musulmans en toute bonne conscience. Et s'opposer à elle, fait de vous, comme par enchantement, un homophobe, un misogyne et un réactionnaire. Le concept Caroline Fourest © a donc pour fonction de servir de machine de guerre contre une catégorie de la population française très particulière... Avis aux amateurs !

dimanche, novembre 15, 2009

Le souffle d'Angela

On ne la voit ni ne l’entend guère dans nos médias francophones. A tort. Véritable humaniste et intellectuelle de combat, Angela Davis œuvre depuis près de quarante ans contre le racisme institutionnel, pour l’égalité hommes-femmes et contre toutes les formes d’oppression dans le monde. A 65 ans, le respectable professeur d’Université Davis n’a rien perdu de sa détermination lucide et courageuse. Son dernier livre d’entretiens, publié il y a trois ans (1), reste d’une brûlante actualité.

« Les goulags de la démocratie » développe une analyse percutante du système carcéral américain en liaison avec l’abomination des camps de Guantanamo et d’Abou Ghraib. Si les images de tortures issues de ces lieux concentrationnaires ont scandalisé la planète, Angela rappelle que de telles violations des droits humains constituent le prolongement du régime carcéral américain. Un système au sein duquel tortures, abus sexuels, mauvais traitements psychologiques ou addiction aux drogues sont institutionnalisés.

Mais Davis va plus loin et démontre de manière éclatante les liens entre l’actuel système carcéro-industriel et l’institution esclavagiste d’hier ... Sur une population mondiale de neuf millions de détenus, un quart - soit 2,25 millions ! - est incarcéré aux Etats-Unis. Parmi ces millions d’individus, 70% sont d’apparence physique noire et métisse … A ce niveau statistique, parler de « coïncidence » est une insulte à l’intelligence.

« Le racisme structurel, la façon dont les institutions perpétuent le racisme est plus dévastateur aujourd’hui qu'à l'époque des années soixante », ajoute froidement Angela Davis. « L’Affirmative action a permis aux Noirs, aux femmes et à d'autres communautés d'avoir accès à des métiers qui leur étaient interdits, de pénétrer dans le système éducatif malgré le racisme, mais cela a surtout profité à la bourgeoisie, les progrès n'ont pas touché l'ensemble de la communauté noire où on trouve plus de pauvres, plus de détenus, plus de gens avec des problèmes de santé mentale (…) On a des lois qui interdisent la discrimination, l'attitude raciste ne peut plus s'exprimer publiquement, mais il reste le racisme structurel dans la société. » (2).

Plus que par le passé, l’avenir socio-économique d’un afro-américain moyen se résume souvent à choisir entre deux institutions : la prison ou l’armée. Et c’est le coup de maître d’Angela Davis que de parvenir à dénuder les relations étroites entre la politique carcérale et la politique étrangère des Etats-Unis. Deux systèmes d’oppression qui se nourrissent l’un l’autre, au bénéfice d’une oligarchie obsédée par le maintien de sa
domination militaire et financière.

Mais Obama, me direz-vous ? « Oui, il peut … » surtout contribuer à ce que rien ne change sur le fond. Au vu de ses contorsions pour retarder voire abandonner la fermeture des Guantanamo, Abou Ghraib ou Baghram (Afghanistan) ; au vu de sa ferme volonté de protéger d’une éventuelle comparution en justice des serial killers comme Georges W. Bush, Dick Cheney, Condoleeza Rice, Colin Powell, Ehud Olmert, Ehud Barak ou Tzipi Livni ; au vu, enfin, de l’entêtement meurtrier du « Prix Nobel de la paix » à embourber l’Occident dans une guerre afghane perdue d’avance, on prend conscience à quel point Davis vise juste.

Regarder derrière les illusions brandies par ceux que le statut quo inégalitaire et négrophobe arrange ou indiffère. Appréhender pourquoi, après l’abolition de l’esclavage et comme pour la peine de mort, Angela Davis invite chacun à militer pour l’abolition des prisons. Utopique ? Peut-être, mais pas moins qu’une démocratie qui pense conserver sa légitimité en perpétuant les inégalités sociales et raciales au travers d’institutions fondées sur l'intolérance.

Pourquoi ne voit-on plus Angela et son travail dans nos médias ? Se rangeant aux prescriptions des forces réactionnaires mondialisées, nos petites lucarnes francophones ont viré leur cuti néolibérale et ultra-sécuritaire. Notamment en développant une surdité à toute expression intelligente et révolutionnaire. Même américaine ; surtout afro-américaine! Au vrai débat médiatique des années 70 s’est substitué l’homogénéisation mercantile de la télé des années 2000.

Plus qu’Obama et ses compromissions, il nous reste le souffle d’Angela et sa révolution …

Olivier Mukuna

(1) Les goulags de la démocratie, Angela Davis, Editions Au Diable Vauvert, 2006.
(2) Libération, 14 octobre 2006.

Etre français, c'est avoir sa vie en France, et rien de plus

Dans la prose marécageuse de l'ineffable ministre de l'identité nationale et de l'immigration patauge une créature aux élans de camarde. Tous les quinze ou vingt ans, depuis les indépendances et l'éclatement de l'empire colonial, et au gré des cycliques désastres économiques et sociaux, elle s'extirpe de la vase pour venir se rappeler au bon coeur du commun des Français. Plus que jamais la voilà, armée d'un rameau de ronces au bout d'une main sèche, flagellant "l'éparpillement identitaire" et éructant dans tout le pays des mots vieux, épris et pétris d'haleine chauvine.

Cette créature se met à traîner dans tous les plis de nos vies et menace : "Nous allons une bonne fois pour toutes fixer ce qu'être français veut dire." Lancée comme une ogive aveugle à fragmentation - qui cependant sait parfaitement où elle doit frapper -, la grande "consultation" de l'Etat sarkozyste sur l'"identité nationale" est partie pour n'épargner personne.

Et désigner à la vindicte en particulier celles et ceux qui, une fois le débat clos, une fois réaffirmées aux frontispices de la nation les "valeurs républicaines" et la "fierté d'être français", auront l'insigne déshonneur d'en être jugés étrangers ou réfractaires, incompatibles ou inaptes. Car c'est une frontière intérieure, un cordon de salubrité identitaire, désormais labélisée avec l'assentiment de l'opinion qui va nous être infligée de mains d'experts.

Ce n'est hélas pas faire preuve d'imagination folle que d'anticiper l'issue du "débat". Tant celle-ci se lit et s'entend déjà partout dans les médias de grande audience. Il y a de très fortes chances que nous assistions d'une part, au redéploiement d'une conception mythique, essentialiste, ethnocentrée de ce qu'est la France - avant tout un pays européen de race blanche, de culture gréco-latine et de tradition chrétienne, point barre.

Et d'autre part, à la mise au ban de ce qui n'est pas et ne sera jamais la France en des termes aussi peu neutres que rebattus. Les bandes ethniques causent de toutes les insécurités, les familles polygames, leur marmaille circoncise et leur barbarie importée, les femmes qui se voilent, "s'emburqaïsent" et les hommes qui les y obligent entre deux inaugurations de mosquées, ou encore ce rap qui tambourine les refrains criards de "la haine de la France"...

Que sais-je encore ? Les historiens et philosophes de la cour sauront, à n'en pas douter, enrichir cette liste de nouvelles catégories. Le clivage aura en tous les cas la clarté de l'eau pure et le sens de la nuance des partitions d'extrême droite : d'un côté, la France, de l'autre, l'anti-France. Le corps sain, et l'appendice pathogène à oblitérer. Ceux qui méritent d'aller et venir d'une part, ceux qui doivent être frappés d'invisibilité d'autre part.

Le débat sur l'identité nationale n'en est pas un. C'est une injonction à l'affirmation ethniciste de soi. Un blanc-seing collectif à l'apartheid qui vient.

Etre français, c'est avoir sa vie en France et rien de plus. Cela ne s'interroge pas, mais se constate comme un botaniste constaterait la poussée d'un bourgeon. Ce qui devrait se questionner en revanche, et de la plus forte des manières avant de le congédier, c'est l'identité de ce pouvoir qui nous mène au mur, son irrépressible cynisme, sa brutalité, sa morgue, lorsque dans les mêmes semaines, il aligne blagues racistes, rafles et expulsions d'Afghans dont il occupe le pays, relaxe pure et simple des policiers en cause dans la mort de Laramy et Moushin à Villiers-le-Bel. Deux adolescents niés et invisibles jusque dans la qualification des causes de leur mort.

C'est d'ordinaire le sacerdoce des anges et des démons que de se mêler à la vie des hommes sans être vus. C'est la honte de cette République que de nous offrir, à nous enfants d'immigrés, cette affriolante perspective donc : vivre comme des démons, mourir comme des anges. Nous ne sommes pourtant ni l'un ni l'autre.

Hamé

Eric Besson : a little help to my friend

Dans l’histoire de la Ve République aucun ministre n’a jamais demandé aux Français en quoi consistait son travail.

Monsieur le ministre,

En lançant le débat sur l’identité nationale, vous interrogez les Français sur le sens de l’un de vos principaux champs d’intervention. Dans toute l’histoire de la Ve République, et au-delà, aucun ministre n’a jamais demandé aux Français en quoi consistait exactement son travail.

Devant ce signal de détresse évident, les citoyens responsables que nous sommes ne peuvent s’empêcher de voler à votre secours. Nous vous proposons donc de combler cette faille évidente, et ce manque de réflexion préalable à la constitution même de votre ministère.

Nous comprenons que vous cherchiez à détourner l’attention des récentes expulsions d’Afghans vers leur pays en guerre, le brutal démantèlement de la “jungle” de Calais, la politique d’immigration choisie (à votre place nous aurions honte aussi) mais à nos yeux, la nécessité d’un Grenelle de l’identité nationale ne s’impose pas.

Vous savez sans doute que la méfiance atteint le cœur même de la communauté nationale, car nombre de citoyens français ne sont toujours pas reconnus comme tels, notamment par l’institution républicaine et nationale qu’est la Police. Parce qu’ils ne sont pas blancs, pas "de souche", ils sont soupçonnés de ne pas être vraiment Français et sont victimes de discriminations racistes.

De plus, défendant le droit de chacun à se définir, nous vous accusons d’exploiter une certaine « idée de la France » à laquelle, sans doute, beaucoup de nos concitoyens sont attachés car ils l’intègrent à leur identité personnelle. La cohésion sociale et nationale, qui ne saurait être réduite à l’identité nationale, est quant à elle minée par les inégalités, les discriminations et les ghettos.

Et quand on sait à quel point les classes populaires, les femmes et les non-Blancs sont sous-représentés parmi les parlementaires, on frémit à l’idée qu’ils auront pour mission d’animer la redéfinition de cette identité afin de « réaffirmer les valeurs de l’identité et la fierté d’être français ».

Le questionnement que vous posez est peut-être, du reste, la preuve la plus flagrante de l’illégitimité de votre ministère, qui rappelons-le, en associant dans son intitulé identité nationale et immigration « s’inscrit dans la trame d’un discours stigmatisant l’immigration et dans la tradition d’un nationalisme fondé sur la méfiance et l’hostilité aux étrangers, dans les moments de crise » (Appel du réseau scientifique TERRA).

Peut-être pourriez vous vous demander pourquoi le principe de libre circulation des personnes, inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, ne s’applique pas aux immigrés dans notre pays alors que les marchandises, les capitaux ainsi que les citoyens des pays du Nord circulent librement sur toute la planète ? Quelle identité nationale pouvez‐vous proposer, si vous refusez de reconnaître aux travailleurs sans-papiers résidents une reconnaissance légale ?

L’identité nationale n’est pas une AOC

Mais nous serions injustes si nous ne mentionnions pas votre grande mansuétude lorsque vous proposez la naturalisation « pour des faits exceptionnels d’intégration », en laissant à l’arbitraire des préfectures, l’interprétation de la valeur de l’intégration des futurs aspirants à la nationalité française. Il s’agit purement et simplement d’instaurer de manière officielle la distinction entre le “bon immigré” et l’indésirable, celui qui aime la France et qui la mérite et celui qui doit la quitter.

Vous imaginez que si les citoyens se tenaient la main pour chanter la Marseillaise en chœur, le sentiment de fierté nationale se propagerait dans tous les foyers de France et de Navarre. Nous doutons qu’un chant guerrier, ait de telles vertus thérapeutiques mais nous avons bien compris qu’il ne fallait pas plaisanter avec les symboles de la Nation (surtout quand on est un peu basané) d’autant plus que depuis 2003, le délit d’outrage à la Marseillaise et au drapeau français est passible de sanctions.

Laisser les institutions définir l’identité nationale, c’est faire de l’identité française une appellation d’origine contrôlée, ce qui siérait mieux à des camemberts. C’est aux Français de choisir la manière dont ils veulent "être" français. Cesser d’exiger l’adhésion à une identité prédéfinie, de systématiquement suspecter les français non-Blancs de déloyauté envers la République et reconnaître l’égale dignité des identités de tous les Français et aspirants à la nationalité devrait être la première exigence de la République.

Sensibles à votre confusion dans la définition de vos missions, nous appelons, à la suppression de votre Ministère. Vous adresseriez ainsi un signal fort en ouvrant le débat autour de la Nation à tous les citoyens. La France n’en sortira que grandie !

Les Indivisibles, citoyens concernés

PS : nous tenons à votre disposition un guide de formation « Le Ministère de l’Identité Nationale pour les nuls » conçu par nos soins.

samedi, novembre 14, 2009

Le piège à con

C'est la faute à Clovis. Voilà un roi des Francs issu d'un peuple barbare, venu de l'autre côté du Rhin, qui franchit sans papiers les frontières et bouscule nos ancêtres les Gaulois. Un roi d'origine immigrée qui débarque de Tournai, dans l'actuelle Belgique, pour poser les fondations de la France. Côté identité nationale, on aurait pu démarrer plus simplement. Quinze cents ans plus tard, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, lointain successeur de Clovis via un crochet familial par la Hongrie, relance le débat. Qu'est-ce qu'être français ? Quand les sondages dégringolent, quand la cote du président s'étiole et que la majorité UMP flageole, un petit air de Marseillaise, suivi d'un héroïque rappel à l'ordre contre la burqa, voilà de quoi ressouder notre « cher et vieux pays », comme disait de Gaulle.

Avec le Sarko show, c'est toujours pareil. On n'ose pas refuser de débattre, même quand les termes sont posés avec des accents ­lepénistes. On a tort. Pourquoi s'engouffrer dans ce faux débat lancé par le ministre de l'Immigration ET de l'Identité nationale ? Car qui est ciblé par le cours de rattrapage en « francité » qui va mobiliser nos cent préfectures ? « La population issue de l'immigration de la ­seconde moitié du XXe siècle, celle qui n'a toujours pas reçu les codes d'accès », écrit Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, sur le site (www.debatidentitenationale.fr) ouvert par Eric Besson. Voilà, livrés sur un plateau, les responsa­­bles des « tensions grandissantes » de la société. N'allez pas questionner les politiques publiques depuis cinquante ans. Ne vous demandez pas si droite et gauche auraient pu éviter de parquer dans les cités HLM et d'enfoncer dans le chômage les nouvelles classes po­pulaires, majoritairement arabes et noires, non. La faute à l'islam.

« La machine à fabriquer des Français » aurait buté sur la religion du Coran, comme le dit aussi Jean Daniel, le fondateur du Nouvel Observateur ? C'est oublier que le discours sur l'« inassimilabilité » est aussi vieux que l'immigration. Hier, les juifs et les « Levantins » ont été accusés de ne pas vouloir s'intégrer. On a dit des Polonais qu'ils mettraient trois ou quatre générations à s'assimiler. « Le vrai risque, c'est celui de l'"ethnicisation" des rapports sociaux, lorsque le regard des autres dit : "celui-là est différent". Quand le "Noir", "l'Arabe" ou le "Jaune" sont catalogués, rattachés à certains lieux, comportements ou fonctions... et présentés comme fauteurs de troubles », déclarait Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, en avril dernier (1). Depuis des mois, ce chef d'entreprise rallié au sarkozisme se fait discret. On le devine sur la touche. Sa voix ne porte pas. Pourtant, quand un Noir est contrôlé par les policiers six fois plus qu'un Blanc, un Arabe huit fois plus, selon une étude du CNRS (2), de quelle identité ceux-ci doivent-ils se réclamer ?

« La France a laissé s'ériger des frontières intérieures, sociales, territoriales et bientôt ethniques. Si on n'y prend pas garde, cela aboutira à une forme de guerre civile, comme l'ont connue les Etats-Unis dans les années 60 », prévenait Yazid Sabeg qui voit, sur le terrain, la colère monter. Comment ne pas voir que le débat lancé par Eric Besson ne fera que jeter de l'huile sur le feu.

Thierry Leclère

(1) La Tribune, 26 avril 2009.

(2) Observation du travail policier à Paris (octobre 2007-mai 2008), par Fabien Jobard et René Lévy (CNRS-CESDIP).

vendredi, novembre 13, 2009

FSQP 3ème édition



Ces 25, 26 et 27 septembre s’est tenu le troisième Forum Social des Quartiers Populaires à Montpellier au Petit Bard, quartier emblématique d’une lutte collective et d’une prise de parole publique de ces habitants. Vous ne le verrez pas à la télé ...