Supplique à Mon Roi


Sire,
Belgo-Marocain, j'ai l'insigne honneur d'être le sujet de deux Majestés. C’est une charge lourde à porter. En effet, ma sujétion me fut souvent violement reprochée. On m'accusa notamment, à l'exemple de tant d'autres indigènes ayant su s’(e) (dés)intégrer pour mieux gagner leur humanité, d'avoir, lors de la traditionnelle fête du trône à Rabat, baisé la Main du Roi. Sire, de grâce, n'en prenez pas ombrage, il n’en est rien! Je le jure, sur le Coran par dessus la Constitution, je n’ai jamais baisé le Roi!
La réciproque est cependant moins vraie. Je partage cette triste condition avec des millions de Marocains. D'africains aussi, la tradition marocaine d’hospitalité n’est plus à démontrer « lorsque le criquet noir » porte couronne et comptes dorés. Je partage également les faveurs royales avec le peuple palestinien. Ainsi, au plus fort de l’ethnocide gazaoui, alors que le Venezuela expulsait l’ambassadeur d’Israël, le Maroc fermait son Ambassade à Caracas….
Plus récemment, alors que l’ex-ministre Tzipi Levni annulait in extremis un déplacement aux Royaume-Unis en raison d’un mandat d'arrêt pour crimes de guerre, la dame de fer sioniste expliquait combien elle était « fière de toutes les décisions prises lors de l'opération Plomb durci » en prenant des vacances bien méritées à Tanger. A l’initiative de la famille Fassi Fihri, noble lignage de collaborateurs d’entre les deux Royaumes.
Sire, à ce stade, vous devez vous demander dans votre grande sagesse, quelle mouche me pique pour vous distraire ainsi des dérives communautaristes qui divisent votre peuple en ethnies flamande et wallonne. Certes Sire, je ne suis pour vous et votre cour au sang bleu qu’un allochtone venu du trou du cul du monde. Justement, permettez que j’y vienne.
Je viens d’apprendre que deux de vos ambassadeurs vous représentaient en ce mois de février à Tel-Aviv. A l’occasion de l’inauguration de la place Albert 1er de Belgique, en mémoire de votre aïeul qui « était semble-t-il fort intéressé par les questions relatives à la création d’un « foyer national juif » dans la région ».
Je vous comprends Sire. Tout comme moi, vous êtes descendant d’immigrés. Vous et moi sommes enfants de Chleuhs. Entre descendants de b(a/e)rb(a/e)res, nul besoin d’expliquer les enjeux symboliques de la mémoire. Et s’il plait à votre Altesse de déporter, afin d’assurer la pureté de la culture des Lumières, celles et ceux qui portent en foulard l’étoile de la honte, permettez moi de vous suggérer BHV comme « foyer national maroxellois ». Vous tueriez assurément deux (drôles d’) oiseaux avec la même pierre…
Enfin, Sire, permettez-moi, en toute humilité, de vous rendre hommage pour l’entetrien dans ma chaire la plus noire, de la mémoire de cette pratique royale raison première de ma présence parmi vos sujets. Pour prix de ma rondelle, n’ayant pas les moyens de la monnaie de votre pièce, pourriez-vous, oh noble Sire, en mémoire de mes pairs exterminés par vos pères, rappeler à vos hôtes sionistes ces quelques vers de feu Mahmoud Darwich :
«Celui qui m'a changé en exilé m'a changé en bombe... Palestine est devenue mille corps mouvants sillonnant les rues du monde, chantant le chant de la mort, car le nouveau Christ, descendu de sa croix, porta bâton et sortit de Palestine.»
Sire, je demeure de vos sujets le plus dominé,

Souhail Chichah

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