A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre...

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre, ce trou cul du monde, présenté comme le modèle de la démocratie directe, où les femmes obtiennent le droit de vote en 1971, où la kleptocratie planétaire vient planquer son magot sanguinolent, m’inspire le mépris et l’indifférence que produit l’ennui infini…

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre, je veux simplement que les crétins des Alpes cessent de me prendre pour un con, une mosquée sans minaret, c’est un peu comme une banque suisse sans secret bancaire (1), cela n'a ni rime ni raison…

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre, même si elle cristallise en elle tout le méprisable qu’on trouve en Occident (2), elle si égoïste, elle si tartuffe, elle si accueillante aux biftons, au sonnant et trébuchant du monde entier…

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre, je vois juste que le « fuck the context ! » postmoderne n’a cours que pour les mâts de cocagne du capitalisme triomphant et les totems de la mondialisation nèo-libérale où vous serez tous empalés, désir de phallus oblige

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre. C’est pourtant au pays de Calvin que l’on inventa la « République théocratique », bien avant Khomeyni, allez savoir pourquoi les seuls minarets tolérables soient faits de chocolat

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre. Si ce n’est que dans la Patrie de Rousseau, le contrat social est un torche cul et que les confessions sont un cri de haine xénophobe...

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre. A part qu'il me revient à la mémoire que c’est dans les Alpes non loin d’ici, dans le Tyrol si cher à Oskar Freysinger, qu’est né Adolf Hitler et c’est dans ce continent-là qu’il accéda au pouvoir par les urnes et la démagogie…

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre, je sais juste qu' ici on sait ce que veut dire « vivre et penser comme des porcs », car jamais le porc ne regarde le ciel et les étoiles, trop occupé qu’il est dans sa pensée comptable

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre, si ce n’est que c’est le lieu dit, un topos du provincialisme occidental le plus caractérisé, où l’on se pense centre du monde et où l'on ne tolère rien d’étranger dans la maison…

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre.« L’esprit du lieu », lisez Machiavel, fut de tout temps un esprit de mercenaire (ah les « Gardes suisses » !) où l’argent n’a pas d’odeur, où le sens de l'honneur est une abstraction et où celui de la compromission s'appelle « neutralité »…

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre. L’esprit du capitalisme fut le seul esprit qui souffle ici, tandis que l’éthique protestante et sa morale épicière fut son supplément d’âme…

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre. Les concitoyens du père de la « Cité radieuse », Le Corbusier, sont des « machine à voter » a qui l’on a bourré le mou et qui se croient souverains et éclairés

A vrai dire, de la Suisse, je n’en ai rien à foutre, pas plus que les libertaires helvétiques, mes frères, qui se proposaient de raser les Alpes pour qu’on puisse enfin voir la mer…

Ce que je sais c’est que minaret (3) vient de « manar », qui signifie phare (de la racine « nour » signifiant elle-même lumière) dont l’archétype et le modèle fut le Phare d’Alexandrie (l'une des sept merveilles du monde de l'antiquité)… Et ce que je ne sais pas c'est : que restera-t-il de la Suisse (et de l’Europe) dans mille ans ? Un Ground zero civilisationnel ?


(1) « La plus grande banque nationale, UBS, véritable institution financière d'importance mondiale, est aujourd'hui poursuivie par la justice américaine pour avoir promu l'évasion fiscale auprès de riches contribuables états-uniens. Le dossier est accablant. La banque, déjà mise à mal par la crise financière, est aujourd'hui mise en péril par les menaces de procès divers et la fuite des déposants. Les pratiques d'UBS donnent raison à ceux qui ont réclamé que la Suisse soit inscrite sur la liste des paradis fiscaux en raison de l'opacité de son système bancaire.»(*)
(2) Notamment l'hypertrophie de «la visibilité » : « Le spectacle est l’héritier de toute la faiblesse du projet philosophique occidental qui fut une compréhension de l’activité, dominée par les catégories du voir… » (Guy Debord)
(3) Le terme minaret s'appliqua aux tours à feu avant de désigner toutes les tours islamiques et plus particulièrement celles qui, près des mosquées, servent à l'appel à la prière. Au début de l'islam, cet appel se faisait d'une terrasse voisine. Dans chaque région, le type du minaret dérive d'une construction locale à silhouette de tour. Les tours carrées paléochrétiennes en Syrie, le phare d'Alexandrie pour la côte sud méditerranéenne, les tours de vigie circulaires en Asie centrale. La forme et la hauteur des minarets, leur décor, leur place même varient selon les régions et les époques. Ainsi trois types de minarets caractérisent les trois grandes aires du monde musulman...

6 commentaires:

Juan Asís Palao a dit…

Salam,
Oui je pense la même chose, finalement. Les bonnes personnes de ce pays doivent survivre, qu'ils lisent et se promènent pour oublier, ou qu'elles aillent à la mer (ailleurs, puisqu'ils n'ont pas de mère /mer chez eus, les Suisses et Suisseses).

Ta citation de Debord me plaît, comme toujours lorsqu'il s'agit de lier dans la théorie et la practique, les bases d'un discours critique et la stratégie concrète d'une certaine prise de position contre le spectacle. Merci, à bientôt.

Anonyme a dit…

dans un article du monde d'aujoud'hui Tareq oubrou, recteur et imam de la mosquée de Bordeaux précise que les minarets sont antérieurs à l'Islam que leur origine est chrétienne. Peut-on alors se foutre aussi des minarets ?

Anonyme a dit…

Au fait, Notre Dame d'Afrique, immense édifice chrétien surplombe de toute sa hauteur Alger la blanche, je ne me souviens pas qu'on ait fait un référendum pour savoir si en Algérie il fallait réduire le clocher de cette basilique. La tolérance n'est pas là où on la "croix".

Anonyme a dit…

oh ça va l'Algérie n'est pas le bon exemple du moment, avec ces lois anticonstitutionnelles qui punissent la promotion d'autres religions que l'Islam et qu'on ne trouve rien de mieux d'appliquer à qui transporte une Bible ou déguste un sandwich publiquement en plein ramadan....non vraiment l'Algérie n'est pas le bon exemple du moment! Et Notre Dame d'Afrique est assez petite d'ailleurs, bien située, mais loin d'être un immense édifice...ou alors immense par son kitsch peut être.
Une Algéroise à Paris.

chipoteur a dit…

"Vivre et penser comme des porcs" - une petite phrase qui nous rappelle qu'après le sexisme et le racisme (clairement identifiés comme moralement inacceptables), il y a encore le spécisme, qui pointe le bout de son nez sans que personne n'y prenne garde... dommage.

Le ténia a dit…

Chipoteur comme vous portez bien votre nom !

"Vivre et penser comme des porcs" est une phrase que l'on doit à Gilles Deleuze, ce philosophe à qui l'on doit, entre autres, le concept de "devenir animal"... Allez donc vous rhabiller !