Halalitude

TF1, dès que vous allumez votre télévision, est la seule chaîne qui rentre chez vous par effraction. Ce jour là, je ne me suis pas pris la boule de Harry Roselmack dans la gueule, mais une tranche de pub en guise de tarte, à la seule différence que les acteurs de celle-ci étaient des basanés, des « zincous » quoi ! Erreur de programmation ? De casting ? Canular de caméra cachée ? Farce Grolandaise ?

Que non, il s'agissait bel et bien d'une publicité. Une authentique réclame. Dans laquelle les protagonistes font péter l'indice de satisfaction du produit loué. Nous interpellant comme si on leur avait escroqué une part d'héritage, de façon très béni oui-oui : « Ah oui, oui, nous on mange halal. Oui, mais Zakia halal ». Et moi, je mange peut-être du chacal !

Vous voilà, maintenant, affranchi sur la came, et attention de la came « halal » ! Mais, qu’avaient-ils besoin de le claironner ? De se justifier ? De faire tout un couscous-merguez ? Un chouïa mon colon, puisqu'il s’agissait de label « halal », avec un seul « l », s'il vous plaît, les gargotiers du kebab, eux, l'affichent avec deux, mais on ne peut pas leur demander d'être à la fois rôtisseurs et Académiciens. Ils avaient d’autant plus besoin de se justifier qu’ aujourd’hui le label « halal » passe à la télévision, à une heure de grande écoute, en prime time et sur TF1. Comme quoi les communicants, Rolex et teint carotène, spécialistes es marketing, ont retenu le slogan des Indigènes de la République, « Non à l’ intégration par le jambon », fut-il au beurre, cru, cuit ou avec des cornichons...

Autres temps, autres mœurs, autres slogans. Même si « Zakia Halal, toujours un régal » ne casse pas, en inventivité, une patte à un canard. Pour la poésie : une rime basique tirée par les cheveux qui sonne plutôt banal. Après tout, le slogan ne s'adresse pas à l'intellect mais à l'estomac, il s’adresse surtout à la ménagère maghrébine soucieuse de gagner du temps en cuistance, soucieuse aussi d'épargner à sa progéniture les habituelles « cochonneries » des supermarchés. A quoi bon enjoliver, se soucier du packaging, n'est-ce pas le contenu qui compte…?

Et puis c'est toujours ça de gagné sur les slogans publicitaires ringards destinés aux Pieds-Noirs tricards, en mal de colonies, que même un « Couscous Garbit » par sa célèbre formule nostalgique « comme là-bas, dis! » n'arrive pas à réconcilier à ce là-bas. Sans parler des goualantes neuneues à la Enrico Macias « Fais-moi du couscous chéri », qui finissent dans les vannes douteuses de comptoir. Ce « couscous Garbit » qui s’est décliné depuis en « couscous canigou » et autres « chienneries » xénophobes millésimes. Mais ça, c'était le paléolithique supérieur de la franchouillardise de gros. Le Français, depuis, s'est relifté l'éducation et les manières. A part, bien sûr, quelques poneys avinés et égarés.

Revenons à des choses plus sérieuses. Après information, « Zakia » n'en est pas à son coup d'essai. Par le passé, Zakia a tenté des aventures alimentaires semblables, avortées peut-être parce que trop précoces, les mentalités n'étant pas tout à fait assainies. Zakia serait donc une entreprise familiale, créée en 1950 à Oran (Algérie). Elle appartiendrait au groupe italien Ferico, une filiale de Panzani (« Des pâtes! Des pâtes! Oui, mais des Panzani! » ) - Ah, ces Italiens, et leur joie de vivre, toujours à chanter même en becquetant, comment voulez-vous qu'on ne consomme pas Panzani !

Si Zakia se positionne aujourd'hui en tant qu' entreprise pionnière, et pourquoi pas, en tant que leader dans l'alimentaire identitaire, c'est tout simplement parce qu'elle avait anticipé les besoins des Musulmans de France. Elle a remarqué, elle, bien avant d'autres, qu’il y avait là un marché à prendre, un marché vacant, un marché vierge, un marché dont tout le monde se désintéressait jusque là. Un marché évalué aujourd'hui à 5 millions de consommateurs potentiels, soit la communauté musulmane toutes origines confondues. Une communauté longtemps négligée, livrée à son sort. Une communauté qui ne mange, pourtant, pas que du manioc et des patates. Et ça, bien sûr, n'a pas échappé à Zakia.

Les produits « halal », disponibles aujourd'hui, dans les grandes enseignes, comme Auchan, Carrefour, Cora et Leclerc, sont prisés à hauteur de 93% pour les consommateurs maghrébins et à hauteur de 55% pour les musulmans africains subsahariens. C'est dire la manne économique que représente la communauté musulmane de France. Communauté qui a généré, rien que sur l'année en cours, quelques 4 milliards d'euros (avec une croissance annuelle estimée à 15 %), nonobstant la défiance et la frilosité de certains distributeurs protectionnistes. Tant pis pour eux, ils ne savent pas ce qu'ils perdent. Zakia, pour sa part, l’œil averti, s'est engagée à corps perdus, mais non pas à capitaux perdus, dans la conquête de ce nouveau marché de l'alimentaire, de ce marché de la « Halalité ».

Ainsi l'actuelle campagne publicitaire, lancée quelques jours avant le mois de Ramadan, marketing ou opportunisme oblige, peu importe, a coûté la bagatelle de 300.000 Euros. Par ailleurs, Zakia convoite également le marché de la « Halalité» des produits réfrigérés prêts à l'emploi.

Reste que la « Halalité » est souvent discutée par des consommateurs à l'observance rigoureuse. Et à juste titre, puisque certains margoulins, pas très « halal », sont actifs sur le marché des viandes en gros, faussement labellisées, qui alimentent les boucheries musulmanes des quartiers populaires. Ce marché « juteux » de la « Halalité » restait jusqu'alors incontrôlé, malgré les mise en garde et les admonestations de la Mosquée de Paris, qui fait autorité en matière de « labellisation » déléguée à la société « AVS », à l'instar du « Beith-eddine » juif pour la viande « casher ».

Nos édiles, toujours en retard d’une guerre (économique), oublient que la communauté musulmane, forte de ses 5 Millions d'âmes, n'est pas une communauté d'assistés, de personnes venues en France uniquement pour taper « l'incrust » et les « allocs ». Par sa consommation, elle est un acteur économique de premier plan. Elle est, à ce titre, une « puissance indigène » qui participe pleinement à l'économie du pays. Aussi, à l’avenir, il faudra compter avec elle, et cela passe par le respect et la prise en compte de ses desideratas. A bon entendeur... C’est, en tous cas, ce qu’a bien compris Zakia Halal, et je crois bien qu'il faille l'en féliciter !


Mohamed Marhoum

17 commentaires:

Stern Von Afrika a dit…

Je pige pas, on te vend la même merde de supermarché avec un tampon "halal" et ça te rend heureux?

Anonyme a dit…

L'article pose la question, classique chez les Afro-Américain, de la necessité, ou non, d'une bourgeoisie muslim, comme il y a une bourgeoisie noire américaine, pour émanciper cette "communauté"...

La question reste ouverte !

Anonyme a dit…

En effet, les "cochonneries" halal sont-elles plus enviables...

Et pour qui ?

Malcolm X a dit…

Malcolm X :

"L'amélioration de nos conditions passera obligatoirement par la création de notre propre économie. Pour cela, il nous faut posséder notre propre terre : le Noir ne tiendra jamais sur ses deux jambes tant qu'il se trouvera en pays étranger. Nous devons apprendre à devenir nos propres producteurs, commercants et manufacturiers ".


" Au sommet de cette "pseudo-société", il y a le Noir bourgeois. Il s'est intégré à la société Blanche en se désintéréssant complétement de son pauvre frère Noir. Il achète les voitures et les habits les plus chères afin de ressembler le plus possible aux Blancs. Puis il y a la classe moyenne qui représente la majorité des Noirs : ils ne vivent pas dans les ghettos mais ils réalisent que la vie est un combat perpétuel. Ils sont conscients de toutes les injustices dont ils font l'objet et de l'état constant d'insécurité dans lequel ils vivent. Au bas de l'échelle se trouve l'homme Noir qui vit dans le ghetto. Il vit jour et nuit avec la peur au ventre et s'anesthésie avec l'alcool et la drogue afin d'oublier l'état dans lequel il se trouve. Cet homme n'a plus aucun espoir, il n'a plus rien à perdre... C'est lui qui est le plus difficile à atteindre ".

M.M. a dit…

En effet, les "cochonneries" halal sont-elles plus enviables...

Et pour qui ?

Pour les moins "cochons" que toi.
M.M.

Anonyme a dit…

Victoire ou pas victoire ? Et puis de qui ?

"On constate qu’à chaque crise qu’il connaît, le capitalisme s’en sort et renaît…C’est en effet sa caractéristique  majeure: déjà, en 1848, Karl Marx et Friedrich Engels croyaient qu’il était proche de l’agonie. Il y a eu un grand débat sur la faillite du capitalisme à la fin du XIXe siècle. La révolution russe en a été un symptôme, conséquence de cet écroulement de la société du XIXe siècle qui n’aurait jamais pu se produire sans la situation de marasme politique et économique qui régnait au moment de la Première Guerre mondiale. Puis, en fin de compte, a eu lieu cet épisode extraordinaire où le capitalisme libéral et le bolchevisme se sont unis, pendant la Seconde Guerre mondiale, contre la menace du nazisme. C’est à partir du moment où ces deux systèmes se sont alliés dans cette lutte commune que le capitalisme a pu se restructurer." (Eric J. Hobsbawm)

Après la finance islamique, l'industrie de halal, le capitalisme se fout éperdument du contenu, il fait feu de tous bois !
L'important s'est qu'il se perpétue...

bader a dit…

Le halal prononcé ALAL, le label des produits pour musulmans, réussit le tour de force de convertir les consommateurs qui ne jurent que par le couscous de leur maman, à la grande consommation industrielle.

Le tour de force de Zakia Halal et de ses consorts, c'est de permettre à tous ces jeunes français musulmans d'origine maghrébine d'être avant tout français-musulman et plus arabe, ni maghrébin. J'achete des plats cuisinés oui mais halal ! Je ne vais plus chez mon boucher musulman, celui qui est aussi mon voisin, le père de mes potes, l'époux de celle qui fait du bénévolat associatif dans le quartier. A la place j'achete chez Zakia, filiale d'un groupe italien possédée par un fonds de pension américain dirigé par des WASP en cols blancs; et qui emploie des gens payés au SMIC qui n'en ont rien à cirer du halal et leur interdit de constituer un syndicat.

Non à l'intégration par le jambon mais non également à l'intégration par le halal ! Non à l'assimilation tout court, voilà ce qui est halal !

Anonyme a dit…

Peu nous importe Zakia Halal, sa structure capitaliste et sa course au profit… Ce qui importe, ce qui NOUS importe, c’est ce que signifie la survenue du marché halal, c’est-à-dire une affirmation « en creux », une reconnaissance de fait de la « puissance indigène »… Que les aveugles voient et les boiteux marchent ! Le reste pipeau…

Anonyme a dit…

Voilà un bel exemple de cacophonie sur fond halal , et j'va y mettre une couche supplémentaire. Ainsi donc pour exister il nous faut manger halal même si c'est du Panzani. Faire allégeance au capital même si l'objectif qu'on ne cache même plus est de nous exploiter (après avoir exploité notre force de travail, on en veut à notre capital et tout ça pour maintenir une différence et non pas reconnaître les différences). On vous reconnait donc on vous exploite au grand jour et applaudissait des quatre mains. Quelle victoire ! Et si vous êtes un peu plus anesthésié, allez-y de nous sommes une puissance indigène, puisque nous existons économiquement "Auchan pense à moi donc j'existe". Je pensais qu’il fallait exister politiquement.
Ne vous a-t-il pas effleuré l’esprit une seconde qu’ont pouvait exister sans manger halal. Que l’on pouvait être ni aliéné au religieux, ni à l’économie. Je me contre fiche de bouffer halal ou pas et mon arabité s’affranchit du religieux. Ni intégration jambon, ni fausse diversité dans l’assiette et ailleurs. Pathétique ou l’art de diviser cinq millions d’hommes et de femmes à l’insu de leur volonté.

Bozo a dit…

Désolé mais un débat est un débat, aussi je ne mettrai pas de gants…
Ce qui est pathétique, c’est de croire à un grand complot visant à diviser les « indigènes sociologiques », le Capital s’en tamponne joyeusement des indigènes, c’est le dernier de ses soucis, ce qu’il l’intéresse c’est le profit, ils les voient donc comme une « niche ethnique » leur permettant de faire du profit, un maximum de profit…
Par contre cette manière de faire, par un effet collatéral, un effet pervers, totalement involontaire, dialectique oblige, permet de dessiner en « creux » un groupe, et donc sa force économique, dont on a de cesse de nous dire qu’il n’existe pas…
Si pour exister, il faut exister politiquement ; pour exister politiquement, il faut, tout d’abord, prendre conscience qu’on existe comme groupe, comme « classe » en soi et pour soi, c’est précisément ce que nous renvoie les mercenaires du marketing, ils nous mâchent le travail, sans même s’en apercevoir, c’est ce qui s’appelle une bonne nouvelle, et il faudrait qu’on s’en plaigne !

P.S. : Dites-moi, grand résistant, vous faites vos courses, où, vous ? A Tarnac ?

Anonyme a dit…

Pour exister en tant que groupe, il faudrait déjà être un groupe, ctd que les pts communs soient supérieurs aux pts divergents. Nous en sommes encore très loin. Non "Ce qui est pathétique, c' est de croire à un grand complot visant à diviser les indigènes sociologiques , le Capital s’en tamponne joyeusement des indigènes", mais personne n’y croit ; la division ne vient pas de l’extérieur, c’eut été trop banal et nous en avons déjà eu l’expérience. La rapidité avec laquelle vous trouvez, un ennemi extérieur vous rend aveugle à l’impossible cohésion des indigènes pour l’heure. Vouloir bessif faire correspondre religion /économie et politique est une erreur. Ces dimensions s’articulent mais ne coïncident pas en tout point. On n’est pas un groupe parce que les lois du profit nous désignent comme tel. On est un groupe parce qu’on est animé par un projet, des intérêts, des luttes … On est un quasi groupe parce qu’on est discriminés, exploités, rejetés mais ça ne suffit pas à notre cohésion totale. Mais il est vrai que vous parliez d’indigènes sociologiques, une catégorie analytique passive, je vous parle d’indigènes politiques, catégorie agissante.
Tarnac quelle drôle d’idée.

Anonyme a dit…

A partir du moment où l'Islam va entrer dans le marché, c'est peut-être la voie salutaire.
Non je rigole, c'est tellement dégeu en plus.
Mais vos article sont des sucreries.
Mais c'est quoi ce style?.
Excellent.
Je vous lis depuis des mois...et je me régale.
Si vous permettez(est ce un pb de temps ou de moyens), il faudrait un meilleure habillage et une forte com pour le faire connaître.
Je suis certain que ça risque de fare vachement mal.
Parce que le travail éditorial est dans l'excellence, parfaite.
Bonne continuation.
Et faites nous rire de tous ces trucs odieux.
Je suis intrigué, c'est quoi cette équipe de joyeux lurons?.

M.M. a dit…

Je me contre fiche de bouffer halal ou pas et mon arabité s’affranchit du religieux. Ni intégration jambon, ni fausse diversité dans l’assiette et ailleurs.

Alors va te faire cuire un oeuf ou va manger du kangourou! M.M.

Anonyme a dit…

A M.M Tiens chiche, et je t'invite à ma table....est-ce que tu la ramènerais encore ? pas si sûre. Tu pourrais en plus être surpris le kangourou sera Halal juste pour toi.

M.M. a dit…

Bien aimable à toi, j'accepte volontiers ton invitation,et je serais royalement curieux de savoir comment tu vas t'y prendre pour trouver du kangourou halal. C'est quand tu veux et merci encore une fois pour l'invit'. M.M.

Anonyme a dit…

M.M je reçois ton acceptation avec joie et amusement, s'agissant de l'oeuf c'est quand tu veux, reste à trouver les modalités de ta venue. Pour le kangourou Halal, il est vrai que c'est plus compliqué, il me faut l'importer, puisque Zakia ne le distribue pas. J'ai bien en vue un départ pour l'Australie mais j'ignore la date du retour. Reste le ZOO du coin, qu'en penses-tu ?

M.M. a dit…

Cher ami, je ne voudrais pas vous engager dans une entreprise coûteuse, disons qu'un oeuf à la coque me suffit amplement,c'est comme le shmilblick, ça casse pas des briques et ça tient dans une main, quand au kangourou du zoo du coin, méfie toi, c'est un vieux briscard, il paraît qu'il a été champion de boxe poids-lourds trois fois,il a un gauche foudroyant, ça va pas être de la tarte et j'ai bien peur que le pari soit compromis. M.M.