Twitter ou l'impérialisme web 2.0

Tant pis pour certains fans du Web 2.0 qui claironnaient que Twitter avait cédé à l'amicale pression de ses utilisateurs. Certains s'étaient mobilisés sur le réseau, en ponctuant leurs messages du mot-clé "#nonmaintenance", ("non à la maintenance"). Le mot-clé était devenu très populaire dans la conversation en ligne. Mais la réalité est très différente : en reportant un arrêt technique pour ne pas priver les anti-Ahmadinejad d'un moyen de communication jugé essentiel, Twitter a simplement obéi à une demande du gouvernement américain.

Sur demande officielle du ministère des Affaires Etrangères américain, Twitter a donc fonctionné sans interruption lundi dernier, le jour de la plus grande manifestation pro-Moussavi, et l'interruption de service n'a eu lieu que le lendemain mardi, durant la nuit iranienne.

"Hillary Rodham Clinton a défendu mercredi les interventions américaines pour s'assurer que le réseau social Twitter reste disponible pour que les manifestants iraniens puissent l'utiliser, l'Iran se plaint d'une ingérence américaine." explique le site du Los Angeles Times.

"Clinton a déclaré qu'elle considérait comme important de garder «cette ligne de communication ouverte pour permettre aux gens de partager des informations, particulèrement au moment où il n'y avait pas beaucoup d'autres source d'information... C'est un droit fondamental pour les gens d'avoir la possibilité de communiquer.»"

Le Los Angeles Times ajoute que l'Iran a officiellement protesté contre les ingérences américains dans les affaires intérieures du pays auprès de l'ambassade de Suisse à Téhéran, qui représente les Américains en Iran, faute d'ambassade américaine.

"Avec Twitter, Washington utilise une nouvelle arme diplomatique" titre l'article du New York Times du jeudi 17 juin, qui explique sur une demi-page que lundi après-midi, Jared Cohen, officiel du Département d'Etat (ministère des Affaires étrangères américain) a "envoyé un email à Jack Dorsey, co-fondateur de Twitter, lui demandant de retarder ses opérations de maintenance qui auraient pu couper le service alors que les Iraniens utilisaient ce service pour échanger des informations et informer le reste du monde des manifestations en cours à Téhéran."

Twitter a répondu positivement à cette demande, et annoncé le report de l'opération de maintenance sur son blog officiel lundi soir. Mais la société n'a pas joué la transparence, elle n'a pas mentionné la demande des autorités américaines. Elle a par contre mis avant, et remercié son partenaire technique.

"Nos partenaires de NTT America reconnaissent le rôle que Twitter joue actuellement comme outil de communication en Iran."

La réalité est plus prosaïque : ce n'est pas NTT America qui s'intéresse au rôle de Twitter, c'est le gouvernement américain qui utilise Twitter dans sa stratégie contre le pouvoir iranien, tout simplement.

A l'origine de la demande, un théoricien de la "révolution passive"

Le New York Times cite un commentaire du Département d'Etat qui précise que "M. Cohen n'a contacté Twitter que trois jours après le vote, et bien après que les manifestations aient commencé."

Une manière de tenter de faire valoir que les USA d'Obama n'ont pas provoqué ou soutenu le mouvement de protestation des partisans de Moussavi, et qu'ils ont seulement aidé sa communication.

En intervenant activement pour maintenir les outils de communication utilisés par les anti-Ahmadinejad, Cohen peut sembler placer sa hiérarchie dans l'embarras. Dans ses rares déclarations publiques sur le sujet, Barack Obama a en effet toujours pris soin de ne pas manifester de préférence en faveur de l'un ou l'autre des candidats. Le Département d'Etat est-il sur une ligne différente ? la "gaffe" de Cohen sert-elle, au final, l'administration Obama, très attaquée par les Républicains pour sa prudence dans l'affaire iranienne ? Toutes ces hypothèses restent ouvertes.

Qui est Jared Cohen ?

Internet donne de nombreuses informations sur la carrière et les opinions du jeune fonctionnaire. Jared Cohen est présenté sur le site de son ministère comme responsable, au sein du service, du "planning", du contre-terrorisme, du monde mulsulman et, entre autres, des nouvelles technologies.

Cohen a séjourné en Iran en 2004, avant de publier, en 2005, un article sur la "révolution passive" en Iran, sur l'opposition silencieuse et discrète au pouvoir dans la revue Hoover Digest de la fondation Hoover (basée à l'université de Stanford en Californie). Cette fondation n'est pas réputée pour être très progressiste. Considérée comme un fief républicain, elle a été au service de la politique américaine contre l'Union Soviétique, à l'époque de l'URSS.

La première partie de sa conclusion était claire : "Ce n'est pas un secret, les Etats-Unis voudraient une alternative au régime iranien." Rien de surprenant, mais ensuite, de manière plus étonnante, ce qui a dû plaire à l'administration de l'époque, il écrit : "L'atout numéro un des Etats-Unis, c'est que 70 pour cent de la population iranienne a moins de 30 ans et semble massivement soutenir les Etats-Unis et le président Bush."

En 2008, après avoir voyagé dans plusieurs pays du Proche-Orient, Cohen publie un livre, Les enfants du Djihad. Dans sa promo-télé, il dépeint une jeunesse arabe (ou iranienne) tout aussi technophile que la jeunesse américaine, amatrice de télé par satellite, de téléphones portables, et d'Internet.

Le New York Times est d'ailleurs clair sur l'utilisation du Web 2.0 américain, comme bras armé de la politique extérieure américaine : "M. Cohen, diplômé de l'université de Stanford, est le plus jeune membre du service du planning du departement d'Etat, il a travaillé avec Twitter, YouTube, Facebook et autres pour soutenir des initiatives diplomatiques en Irak et ailleurs. Le mois dernier, il a organisé une visite à Bagdad pour Dorsey [un co-fondateur de Twitter, ndlr] plus d'autres responsables de la Silicon Valley, et de son équivalent new-yorkais, la Silicon Alley. Ils ont rencontré le Premier ministre irakien pour évoquer la reconstruction du réseau d'information du pays et vanter les vertus de Twitter."

Gilles Klein

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4 commentaires:

bader a dit…

N'importe quoi cet article... La technologie et les moyens de communication ne sont certes pas neutre. Mais ils ne constituent pas en soi un impérialisme.

L'impérialisme dans cet outil, c'est que lorsque je cherche des choses sur l'Iran l'essentiel de ce que je trouve provient de non-iraniens. Comme la majorité des utilisateurs sont occidentaux, le contenu occidental a la prééminence vu que la distinction des thématiques se fait au niveau global.

Par ailleurs la limitation du nombre de caractères et les modalités de réponse entre utilisateur est codée dans les schémas culturels anglosaxons où l'on peut exprimer beaucoup de choses dans des phrases très courtes. Ou les formules de politesse ne sont pas nécessaires, et où il n'est pas possible de s'adresser à des groupes mais seulement à des individualités.

Cette critique de la technologie en soi vaut peanuts en face d'une réelle analyse des moyens de communication actuel.

Par ailleurs rien n'empêche les iraniens de faire de même en recrutant des gens pour innonder le web de contenu en leur faveur.

Les régimes chinois ou tunisiens pour n'en citer que 2 ne se gènent pas...

C'est plutot dans la façon même que la technologie est concue que l'on peut la critiquer.

Anonyme a dit…

Et pourtant les faits sont têtus...Internet (twitter , face bok, Google...) n'est pas le monde enchanté de Casimir ! "les farces mathématiques et les vaudevilles cybernétiques [...] mettant en scène des subjectivités mutilées de ``joueurs'' farcis de roublardise et de bon sens, et censées introduire l'homme moyen aux bonnes manières : celles de l'envie et du contrat". (Vivre et penser comme des porcs)

matrix a dit…

Les parlementaires américains viennent d'adopter à une écrasante majorité une résolution visant à soutenir les Iraniens "qui adhèrent aux valeurs de liberté, de droits de l'homme" et celles de Twitter et de facebook (lol)

bader a dit…

Matrix, les iraniens qui manifestent le font en criant "Allah Wa Akbar" c'est pas très liberté et droits de l'Homme hi hi hi hi

Je suis meme pas sur qu'ils adherent aux valeurs de liberté et de droits de l'Homme. La plupart restent attachés à la révolution islamique et donc aux valeurs islamiques chiites avant toute chose !