Maroc, terre de contraste ...

Tandis qu’il se noue des alliances, aussi inattendues qu’objectives, n'en déplaise aux producteurs occidentaux de clichés et de stéréotypes à flux tendu, entre un écrivain homosexuel - Abdellah Taia - qui a fait son outing il y a peu et une féministe islamiste de renom - Nadia Yassine -, contre la décision d’une ancienne puissance coloniale qui interdisait la présence au festival de Carthagena de la représentante du mouvement islamiste Al-Adala Wa Al-Ihssane - une esquisse de mouvement « postcolonial transgenre » serait-il en marche dans le royaume chérifien ? -, l’association laïciste au nom exquis et raffiné, dont les initiateurs n’en finissent pas de tremper dans des histoires d'argent douteuses, vient de se faire refuser la possibilité d’avoir une antenne au Maroc : « Le ministère de l'Intérieur marocain a refusé l'installation d'un bureau local de Ni putes ni soumises en arguant que l'association française qui se bat contre la violence faite aux femmes "a une approche qui n'est pas adaptée au Maroc", relève le quotidien Aujourd'hui Le Maroc. Le ministère reconnaît que l'association fait un travail respectable en France mais fait état dans son refus de plusieurs associations, "tant nationales qu'étrangères, qui s'activent dans le domaine de la protection des droits des femmes dans le respect des traditions marocaines". "Nous avons besoin d'avoir un pied-à-terre au Maghreb et le Maroc me semble le pays le plus approprié", a répliqué Siham Habchi, présidente de l'association. Elle assure n'avoir pas dit son dernier mot et compte de rendre très bientôt au Maroc pour en discuter. » (*). On pourrait voir dans ses deux événements, en apparence éloignés, tout à la fois, la reconquête de l’« estime de soi », en cette matière il n'est jamais trop tard pour bien faire, rien n’est plus grotesque que le mimétisme automatique envers les dominants (en terme d'hégémonie culturelle), et les prémisses d’un projet de modernité alternative dont la dynamique serait réellement endogène… En tout cas, il est permis de rêver ! Ce télescopage, cette rencontre fortuite soulève d'autres questions : Comment peut-on être Marocain au XXIe siècle? Et puis qui est Marocain aujourd'hui? ...

2 commentaires:

bader a dit…

Merci bougnoulosophe pour cette dépêche qu'on aurait pas pu voir passer ailleurs !

Je salue cette alliance objective entre postcoloniaux subalternes dans leur propre espace culturel et dans l'espace mondial.

Sur NPNS, pourquoi cherchent-illes à s'installer au Maroc ? Voit-il le Maroc comme le prolongement de leur oeuvre civilisatrice inspirés des idéaux républicains ? Pourquoi le Maroc en particulier ? En ce moment en France, c'est le Maroc qui est devenu l'essence même de l'Orient, un Orient pur, pas encore moderne, où l'Occident détient encore sa mission civilisatrice... Et NPNS en serait l'avant-garde éclairée... Une mentalité colonialiste de gauche qui ne se cache même plus. Car au fond, NPNS aurait pu se contenter de soutenir les associations féministes locales, en leur envoyant des fonds, et en échangeant des pratiques militantes comme tous les autres mouvements sociaux, mais au lieu de ça illes ont tenté de s'installer comme le ferait une banale multinationale.

Amin K. a dit…

Effectivement chapeau! Cela m’a d’autant plus étonné que Taïa est connu pour être un proche de Frederic Mitterand ce pourfendeur de la repentance qui ne voit en nous, indigènes, que des nègres pleurnichards et que Taïa est capable de phrases de cette espèce : “Comme toutes les femmes marocaines X consulte régulièrement son marabout” ( c’est dumoins en substance ce que j’ai lu dans le Rouge du Tarbouche). Mais bon, je crois que j’ai été capable de pire tant la voie de la Conscience de Soi est pénible et semée de faux semblants sournois. Aujoud’hui on ne peut que lui tirer nos tarbouches.