Les étranges résonances

L’Histoire est une forêt de symboles. Le temps de l'Histoire n'est pas homogène, il est saturé d’ « à-présent ». L'Histoire est faite de réverbération(1) de situations, de discours, d’ambiguïtés multiples. Lorsqu’on regarde la Guadeloupe d’aujourd’hui on a une idée de ce que l’Algérie française aurait pu être à l'heure qu'il est... Lorsqu’on regarde la Palestine, on voit comme en écho le système d’apartheid Sud Africain d'hier. Et en écho plus lointain, la conquête de l’Ouest et la mise en réserve des Indiens d’Amérique. On ne peut pas ne pas songer, comme le futur le moins souhaitable, au sort fait aux Aborigènes d’Australie. Lorsqu’on regarde la Guadeloupe aujourd’hui, on ne eut pas ne pas voir ce qu’aurait été Haïti, si une armée d’anciens esclaves n’avait vaincu les troupes napoléoniennes… Lorsqu’on regarde le Congo d’aujourd’hui, on ne peut pas ne pas penser aux mains coupées, au « caoutchouc rouge » et au cadavre de Lumumba dissout dans de l’acide… Lorsqu’on regarde la Guadeloupe aujourd’hui, on ne peut pas ne pas cesser de se souvenir « des milliers d'hommes enchaînés et sacrifiés au Congo-Océan »... Lorsque, en Europe, on entend le mot « intégration », on ne peut pas ne pas songer au limpieza de sangre qui s'appliquait aux Morisques et aux Marranes de l'Al Andalous d’hier… Et pour ce qui est du discours. Derrière les bienfaits de la démocratie, des droits de l’Homme, portés aux sons des canons, aux quatre coins du monde, comment ne pas penser au discours de la « mission civilisatrice » à peine recyclé… Derrière le recours à un « monopole de l’Universel », comment ne pas voir la volonté de disqualifier les cultures et les identités subalternes… Derrière la conspiration du silence, derrière le prisme déformant des médias envers les résistances indigènes, sous toutes leurs formes, comment ne pas déceler la volonté de les déshumaniser, de les anéantir, de les renvoyer aux poubelles de l'Histoire… Derrière les fureurs et les ténèbres apparentes de l’Histoire, comment ne pas être frappé par la profonde unité de tous ces événements puisque que comme l'affirmait Benjamin « ceux qui règnent à un moment donné sont les héritiers de tous les vainqueurs du passé » !

(1) La première fois comme tragédie, la deuxième comme farce et la troisième ?



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