Le complexe de l’Indigène

L’Indigène est comparaison, c’est-à-dire qu’à tout instant il se préoccupe d’auto-valorisation et d’idéal du moi. Chaque fois qu’il se trouve en contact avec un autre Indigène, il est question de valeur, de mérite. L’Indigène n’a pas de valeur propre, il est tributaire de l’apparition de l’Autre. Il est toujours question de moins intelligent que moi, de plus fortuné que moi, de moins bien que moi… Toute position de soi, tout ancrage de soi entretien des rapports de dépendance avec l’effondrement de l’autre. C’est sur les ruines de l’entourage que je battis ma virilité. L'Indigène se caractérise par son désir de dominer l’autre. Sa ligne d’orientation passe par l’autre. Il est toujours question du sujet et l’on ne se préoccupe nullement de l’objet. J’essaie de lire dans les yeux de l’autre l’admiration, et si par malheur l’autre me renvoie une image désagréable, je dévalorise ce miroir. Je ne cherche pas à être nu en face de l’objet. L’objet est nié en tant qu’individualité et liberté. L’objet est un instrument. Il doit me permettre de réaliser ma sécurité subjective. L’Autre entre sur la scène pour la meubler. Le Héros, c’est moi. Applaudissez ou critiquez, que m’importe, c’est moi le centre. Si l’autre veut m’inquiéter par son désir de valorisation, je l’expulse sans autre forme de procès. Je suis Narcisse et je veux lire dans les yeux de l’autre une image de moi qui me satisfasse. L’Indigène est avide de sécurité. Il veut faire admettre sa fiction. Il veut être reconnu dans son désir de virilité. Il veut paraître. Il constitue un atome isolé, aride, tranchant, il est, veut être, veut paraître. Et pour cela il a besoin de l’Autre, non pas dans une perspective de communion humaine, mais parce que c’est l’Autre qui l’affirme dans son besoin de valorisation...

Source d'inspiration : Frantz Fanon

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo, c'est ce qui s'appelle penser contre soi-même...

32janvier a dit…

Anonyme de 1:55 a dit…
"Bravo, c'est ce qui s'appelle penser contre soi-même..."

Bravo, anonyme, c'est ce qui s'appelle ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Et ça explique bien des choses...

bader a dit…

Comment en sortir ? Hein, comment ?
Je suis cet indigène...

Anonyme a dit…

A 32 janvier

C'est rigolo, mon Indigène, tu es une parfaite illustration du texte, comment va ton "moi" ?