« Lorsqu’on a été brimé à cause de sa religion, lorsqu’on a été humilié ou raillé à cause de sa peau, ou de son accent, ou de ses habits rapiécés, on ne l’oubliera pas. J’ai constamment insisté jusqu’ici sur le fait que l’identité est faite de multiples appartenances ; mais il est indispensable d’insister tout autant sur le fait qu’elle est une, et que nous la vivons comme un tout. L’identité d’une personne n’est pas une juxtaposition d’appartenances autonomes, ce n’est pas un « patchwork », c’est un dessin sur une peau tendue ; qu’une seule appartenance soit touchée, et c’est toute la personne qui vibre. On a souvent tendance à se reconnaître, d’ailleurs, dans son appartenance la plus attaquée; parfois, quand on ne se sent pas la force de la défendre, on la dissimule, alors elle reste au fond de soi-même, tapie dans l’ombre, attendant sa revanche; mais qu’on l’assume ou qu’on la cache, qu’on la proclame discrètement ou avec fracas, c’est à elle qu’on s’identifie. L’appartenance qui est en cause – la couleur, la religion, la langue, la classe, … – envahit alors l’identité entière… » (Amin Maalouf)
Auto-dérision et résistance
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3 commentaires:
Mais aussi "Les appartenances qui comptent dans la vie de chacun ne sont d’ailleurs pas toujours celles, réputées majeures, qui relèvent de la langue, de la peau, de la nationalité, de la classe ou de la religion". les identités meurtrières Amin Maalouf l'identité n'est pas "que déterminée" c'est là une grande richesse, le reconnaître ? surement sagesse.
Et aussi : Jean-Luc Nancy, Identité :
"L’identité, c’est le point de chute – ou d’inscription, comme on voudra dire – d’où part un tracé.
Le point, par définition, est sans dimension. Le tracé, lui, peut frayer les voies les plus lointaines, les plus contournées, enchevêtrées, brouillées, même. Mais il est toujours tracé à partir du point, tracé du même point. Un point et un labyrinthe, voilà le secret d’une identité. De l’un à l’autre, contact permanent et déhiscence permanente. On est donc voué soit à perdre l’un, soit à se perdre dans l’autre. Sans doute, on ne manque pas de quelques repères qui balisent une continuité, qui permettent de parler d’une « identité » – mais il est entendu a priori qu’on ne réduira jamais le caractère infinitésimal du point ni le caractère en toute rigueur infigurable du tracé."
"Il s’agit d’appropriation. L’identité est l’événement appropriant d’un « un » (personnel ou collectif). Pareil événement n’a pas lieu une fois mais sans cesse, à chaque instant. Et chaque fois cette appropriation forme une "exappropriation", selon le mot de Derrida, puisqu’il n’y a jamais un sujet fixe, déjà identifié, auquel l’appropriation reviendrait. Chaque fois il est différent, et des autres et de soi, c’est-à-dire différent de toute identité. Ce qui ne veut pas dire qu’il est labile, inconsistant, essentiellement mutant : mais la vraie consistance d’un sujet est le dépassement à chaque instant de son identification repérable. (...) L’identité est plus intime (...) que n’importe quelle accumulation de traits d’identité."
... ou même à l'intérieur de ta couleur, ta religion, ta langue, ta classe,... à l'intérieur de ton "appartenance" s'ils y touchent à ton identité propre à toi même c'est pareil : ils te modifient aussi... Là où c'est pas pareil c'est que c'est des gens de ton "appartenance" qui te le font (quand t'es fou par exemple ou jugé comme tel)... et tu peux pas trop t'identifier après, tu peux appartenir à rien... ils te font tous peur...
♥
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