Mais d'où parle Abdennour Bidar?

Au delà de son opportunisme redekerien, qui surfe sur l'islamophobie ambiante, d’où parle finalement l'hallucinant Abdennour Pierre Bidar?:

« Rien n'est plus étrange en ce temps planétaire que ce qu'on désigne par "retour du sacré": succès des sagesses et religions orientales (zen, taoïsme, bouddhisme), des ésotérisme et traditions européennes (kabbale, pythagoricisme, théosophie, alchimie), étude intensive du Talmud et de la Torah dans les Yéchivot, multiplication des sectes; incontestablement, il s’agit d’un phénomène très post-moderne en rupture déclarée avec les Lumières, avec le culte de la raison et du progrès. Crise du modernisme pris de doute sur lui-même, incapable de résoudre les problèmes fondamentaux de l’existence, incapable de respecter la diversité des cultures et d’apporter la paix et le bien-être à tous? Résurrection du refoulé occidental au moment ou celui-ci n’a plus aucun sens à offrir? Résistance des individus et des groupes devant l’uniformisation planétaire, alternative à la terreur de la mobilité en revalorisant les croyances du passé? Reconnaissons que nous ne sommes pas convaincus par ce type d’analyses. Il convient avant tout de remettre à sa juste place l’engouement actuel dont jouissent les multiples formes de sacralité. Le procès de personnalisation a pour effet une désertion sans précédent de la sphère du sacré, l’individualisme contemporain ne cesse de saper les fondement du divin. Qui plus est, la religion elle-même est emportée par le procès de personnalisation: on est croyant, mais à la carte, on garde tel dogme, on élimine tel autre, on mêle les Évangiles avec le Coran, le zen ou le bouddhisme, la spiritualité s’est mise à l’âge kaléidoscopique du supermarché et du libre service. Le "turn over", la déstabilisation a investi le sacré au même titre que le travail ou la mode: quelque temps chrétien, quelques mois bouddhistes, quelques années disciples de Krishna ou de Mahrash Ji… Le renouveau spirituel est porté par l’individualisme post-moderne en en reproduisant la logique flottante. L’attraction du religieux est inséparable de la désubstantialisation narcissique, de l’individu flexible en quête de lui-même, sans balisage ni certitude. Le néo-mysticisme participe de la gadgetisation personnalisée du sens et de la vérité, du narcissisme psy, quelle que soit la référence à l’Absolu qui le sous-tend.» (Gilles Lipovetsky, L'Ere du vide).
Voilà ce que nous propose le philosophe à cinq sous : un islam* de l’ére du vide, sur mesure, à la carte, post-moderne, "psy", hédoniste, narcissique, de supermarché, ultra light… Bref, un « islam sans soumission», un islam comme le couteau de Lichtenberg (« Un couteau sans lame auquel ne manque que le manche »), un islam sans islam! Soit, enfin, une intégration cristalline, idéale, totale de l’islam à la République française….
*« Quand on parle de l'Islam, on élimine plus ou moins automatiquement l'espace et le temps. Le terme islam définit une relativement petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui couvre un milliard d'individus, et comprend... des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d'expériences distinctes. C'est tout simplement faux de réduire tout cela à quelque chose appelé "islam"… » (Edward Saïd)

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1 commentaire:

A a dit…

Merci,

Notre époque est décidément bien celle de l'opportunisme et de la médiocrité.

A terme, ces "choix" (de pensée, de philosophes ou médiatiques) se retourneront contre ceux qui pensent œuvrer pour le bien commun en insultant constamment les croyances des autres.

@++