À propos de Vijay Prashad, Les nations obscures, une histoire populaire du Tiers monde, Montréal (trad.), Ecosociété, 2009.
Si la colonisation et la décolonisation font l’objet d’abondants travaux, peu d’ouvrages généraux sont disponibles en français sur la période postcoloniale, et plus rares encore sont ceux qui prétendent embrasser l’histoire de l’ensemble des Etats décolonisés depuis leurs indépendances. Le travail de Vijay Prashad offre une synthèse inédite à la fois par son ampleur géographique et temporelle, et par sa volonté de faire une histoire du Tiers monde en soi, en tant que projet et pas seulement en tant qu’ensemble disparate de pays. Cet ouvrage, traduction d’un livre publié en 2007 aux États-Unis, a l’ambition de trancher avec une histoire contemporaine souvent occidentalo-centrée (d’où le titre de « nations osbcures »), et de faire une histoire totale du Tiers monde, à la fois politique, géopolitique, sociale, culturelle et intellectuelle. Plus que l’histoire des Etats indépendants, c’est l’histoire des peuples que l’auteur a l’ambition de faire – d’où le sous titre « histoire populaire du Tiers monde », qui fait écho au célèbre livre d’Howard Zinn, mentor de Prashad et éditeur de son ouvrage.
Race et articulation
J’ai essayé, dans cet article, de rendre compte de l’émergence d’un nouveau paradigme théorique qui, tout en prenant pour orientation fondamentale la problématique marxiste, cherche par le biais de divers moyens théoriques à surmonter plusieurs limitations rencontrées par certaines des appropriations les plus traditionnelles du marxisme – l’économisme, le réductionnisme, l’« apriorisme », l’absence de spécificité historique, etc. –, des limitations qui continuent à miner la portée de certaines réflexions par ailleurs très puissantes, qui ont rendu le marxisme vulnérable en lui faisant prêter le flanc à des critiques justifiées de la part des diverses variantes du monisme économique et du pluralisme sociologique. Je me suis contenté ici d’un rapide survol de ce terrain émergent, et je n’ai pas du tout la prétention d’en avoir fait un compte rendu critique exhaustif. Il va de soi que le bien-fondé des solutions que j’ai présentées n’a pas été suffisamment démontré, qu’elles ne sont pas ici présentées sous une forme développée et adéquate, et que, par conséquent, il est encore possible qu’elles contiennent de sérieuses faiblesses ou des lacunes. Cette manière de poser les problèmes a par ailleurs jusqu’ici été fort peu appliquée aux formations sociales racialement structurées. Ainsi, tout ce que j’ai pu faire ici a été d’indiquer un certain nombre de points de départ stratégiques et un certain nombre de protocoles théoriques pour arpenter au mieux ce terrain d’application potentiel. Et, plus précisément, il n’existe pas encore de théorie adéquate du racisme, de théorie capable de rendre compte à la fois des caractéristiques superstructurelles et économiques de ce type de sociétés, tout en rendant compte des divers aspects raciaux d’une manière historiquement concrète et sociologiquement spécifique. Un tel récit – c’est-à-dire un récit qui serait suffisant pour remplacer une fois pour toutes les théories inadéquates qui dominent ce champ – reste à faire. Néanmoins, et avec l’espoir de contribuer à promouvoir un tel développement, je conclurai en esquissant rapidement certains des protocoles théoriques qui peuvent – ou plutôt, selon moi, qui doivent – guider ces recherches à venir.
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Le Bougnoulosophe
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5/23/2013
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L'Atlantique Noir, modernité et double conscience (Note de lecture)
Qu’est-ce que l’identité noire ? Contre ceux qui en défendent une conception ethniciste ou nationaliste, ou qui cherchent avant tout à en préserver l’authenticité, Paul Gilroy, titulaire de la chaire Anthony Giddens de théorie sociale à la London School of Economics, montre comment cette identité irréductible, repose sur l’existence d’un espace transnational en constante transformation, qui n’est pas spécifiquement africain, américain, caribéen ou britannique. Mais tout cela à la fois : l’Atlantique noir.
L’objet de ce livre est de donner à voir l’existence de cet espace constitué dès le XVIIe siècle à travers l’histoire de la traite négrière, de retracer ce réseau serré de relations d’échanges à multiples sens, d’idées, d’hommes et de productions culturelles. Au fil des pages peuplées par les figures les plus hétéroclites, de Spike Lee à Walter Benjamin en passant par les Jubilee Singers, Richard Wright, W. E B Dubois, Jimi Hendrix, Wynton Marsalis et Hegel, l’espace et le temps singuliers de l’Atlantique noir prennent forme et consistance de façon saisissante. La musique, mode d’expression de prédilection d’une culture enracinée dans l’expérience des terreurs indicibles de l’esclavage, avec ses usages et ses allers-retours inattendus d’un bord à l’autre de l’Atlantique, joue ici un rôle de premier plan.
L’objet de ce livre est de donner à voir l’existence de cet espace constitué dès le XVIIe siècle à travers l’histoire de la traite négrière, de retracer ce réseau serré de relations d’échanges à multiples sens, d’idées, d’hommes et de productions culturelles. Au fil des pages peuplées par les figures les plus hétéroclites, de Spike Lee à Walter Benjamin en passant par les Jubilee Singers, Richard Wright, W. E B Dubois, Jimi Hendrix, Wynton Marsalis et Hegel, l’espace et le temps singuliers de l’Atlantique noir prennent forme et consistance de façon saisissante. La musique, mode d’expression de prédilection d’une culture enracinée dans l’expérience des terreurs indicibles de l’esclavage, avec ses usages et ses allers-retours inattendus d’un bord à l’autre de l’Atlantique, joue ici un rôle de premier plan.
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Le Bougnoulosophe
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5/11/2013
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Les Jacobins noirs (Préface)
En 1789, les deux tiers du commerce extérieur de la France se faisaient avec sa colonie antillaise de Saint-Domingue, laquelle représentait le plus grand marché de la traite européenne des esclaves. La plus grosse colonie du monde, fierté de la France et objet de convoitise de toutes les autres nations impérialistes, faisait partie intégrante de la vie économique d’alors. Tout cet ensemble reposait sur le labeur d’un demi-million d’esclaves.
Au mois d’août 1791, après deux ans de Révolution française avec ses répercussions à Saint-Domingue, les esclaves entrèrent en révolte. Leur lutte dura douze ans. Ils mirent tour à tour en déroute les Blancs locaux et les soldats de la monarchie française, une invasion espagnole, une expédition britannique de près de 60 000 hommes, et un contingent français identique, commandé par le propre beau-frère de Bonaparte. La défaite des troupes napoléoniennes, en 1803, permit l’installation de l’Etat nègre d’Haïti, qui s’est maintenu jusqu’à nos jours.
C’est la seule révolte d’esclaves dont l’histoire ait enregistré le succès. Les obstacles qu’elle dut franchir témoignent de l’importance des intérêts qui étaient en jeu. La transformation des esclaves, qui auparavant tremblaient par centaines face à un seul Blanc, en un peuple capable de s’organiser et de défaire les nations européennes les plus puissantes de l’époque, constitue une des grandes épopées de la bataille et de la réussite révolutionnaires. Le pourquoi et le comment de ce phénomène, tels sont les thèmes de ce livre.
Au mois d’août 1791, après deux ans de Révolution française avec ses répercussions à Saint-Domingue, les esclaves entrèrent en révolte. Leur lutte dura douze ans. Ils mirent tour à tour en déroute les Blancs locaux et les soldats de la monarchie française, une invasion espagnole, une expédition britannique de près de 60 000 hommes, et un contingent français identique, commandé par le propre beau-frère de Bonaparte. La défaite des troupes napoléoniennes, en 1803, permit l’installation de l’Etat nègre d’Haïti, qui s’est maintenu jusqu’à nos jours.
C’est la seule révolte d’esclaves dont l’histoire ait enregistré le succès. Les obstacles qu’elle dut franchir témoignent de l’importance des intérêts qui étaient en jeu. La transformation des esclaves, qui auparavant tremblaient par centaines face à un seul Blanc, en un peuple capable de s’organiser et de défaire les nations européennes les plus puissantes de l’époque, constitue une des grandes épopées de la bataille et de la réussite révolutionnaires. Le pourquoi et le comment de ce phénomène, tels sont les thèmes de ce livre.
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5/10/2013
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La pensée raciale avant le racisme
Si la pensée raciale était, comme on l'a parfois affirmé, une invention allemande, alors la « pensée allemande » (quelle qu'elle soit) avait triomphé dans de nombreuses régions du monde de l'esprit bien avant que les nazis n'aient entrepris leur désastreuse tentative de conquérir le monde lui-même. L'hitlérisme a exercé sa puissante séduction internationale et inter-européenne au cours des années 30, parce que le racisme, pourtant doctrine d'État dans la seule Allemagne, était déjà fortement implanté dans les opinions publiques. La machine de guerre de la politique nazie était depuis longtemps en marche quand, en 1939, les chars allemands commencèrent leur course destructrice, puisque - en matière de guerre politique - le racisme avait été conçu comme un allié plus puissant que n'importe quel agent stipendié ou que n'importe quelle organisation secrète de la cinquième colonne. Forts des expériences menées depuis presque deux décennies dans les diverses capitales, les nazis étaient convaincus que leur meilleure « propagande » serait précisément cette politique raciale dont, en dépit de nombreux autres compromis et de manquements à leurs promesses, ils n'avaient jamais dévié, fût-ce au nom de l'opportunisme. Le racisme n'était ni une arme nouvelle ni une arme secrète, bien que jamais auparavant il n'eût été exploité avec une aussi profonde cohérence.
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Le Bougnoulosophe
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5/03/2013
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