Islamophobie et antisémitisme

« L'élément fédérateur de cette nouvelle extrême droite réside dans le racisme, décliné comme un rejet violent des immigrés. De nos jours, les migrants sont les successeurs des «classes dangereuses » du XIXe siècle, peintes par les sciences sociales de l'époque comme le réceptacle de toutes les pathologies sociales, de l'alcoolisme à la criminalité et à la prostitution, jusqu'aux épidémies comme le choléra.

Ces stéréotypes - souvent condensés en une représentation de l'étranger aux traits psychiques et physiques bien marqués - découlent d'un imaginaire orientaliste et colonial qui a toujours permis de définir négativement des identités incertaines et fragiles, fondées sur la crainte de l'« autre », toujours perçu comme l' « envahisseur » et l'« ennemi ». Dans l'Europe contemporaine, le migrant prend essentiellement les traits du musulman. L'islamophobie joue pour le nouveau racisme le rôle qui fut jadis celui de l'antisémitisme. La mémoire de la Shoah - une perception historique de l'antisémitisme au prisme de son aboutissement génocidaire - tend à obscurcir ces analogies pourtant évidentes.

La grammaire intérieure du jet de pierre

Lancer des pierres est un droit et un devoir de naissance pour qui se trouve sous domination étrangère. Lancer des pierres, essentiellement, est une métaphore de la résistance. La poursuite des lanceur de pierres, qui comprend l’arrestation de gamins de huit ans, fait inséparablement partie, même si ce n’est pas toujours écrit, de la description du rôle des représentants de la domination étrangère – non moins que les tirs, les tortures pendant les interrogatoires, la spoliation des terres, les entraves à la liberté de mouvement et même la distribution de l’eau. La violence de soldats âgés de dix-neuf ans, de commandants âgés de quarante-cinq ou de bureaucrates et de juristes, cette violence est réelle. Ils sont enrôlés pour défendre les fruits d’une violence impliquée par le fait même de la domination étrangère – ressources, bénéfices, privilèges, jouissance de la force.

Muslimah Pride !

Cela fait un certain temps que j'observe les exploits des Femen et que je suis très dérangée par la manière dont elles s’acquittent de leur « mission ». Parce que  les actions des Femen sont aussi contre-productives que préjudiciables aux femmes musulmanes à travers le monde. Pour moi, et pour des centaines de femmes qui ont pris contact avec moi au cours des derniers jours, leurs tactiques font partie de la guerre idéologique qui se joue entre divers éléments néo-coloniaux de l’Ouest et des sociétés islamiques. Leur but n'est pas de nous émanciper de notre esclavage présumé. Il vise plutôt à renforcer l'impérialisme occidental et à assurer le consentement de  la poursuite des guerres contre les pays musulmans.

Le Populisme autoritaire

Stuart Hall, figure tutélaire des cultural studies (1), directeur de la New Left Review à ses débuts, a la réputation d’avoir le premier utilisé et promu le terme de « Thatcherism ». Cet usage est tellement accepté et répandu aujourd’hui que l’on a peine à imaginer qu’il ait pu faire l’objet d’une polémique et que l’existence du thatchérisme (la chose) ait pu à l’origine être vigoureusement mise en doute. Il n’est sans doute pas inutile d’apporter des précisions sur le sens que Hall donnait au mot tant sa fortune ultérieure, comme il arrive souvent, en a émoussé le tranchant. À suivre le développement de ce débat, on tirera peut-être quelques éléments de réflexion susceptibles d’éclairer d’un jour nouveau l’histoire politique française de ces trente dernières années.

Islamophobie : la construction du « problème musulman ». Séminaire. 2012-2013. EHESS.

Dans l’espace public français, la « question musulmane » est au cœur de controverses multiples et répétées remettant en cause la légitimité de la présence des (présumés) musulmans sur le territoire national, qu’ils soient étrangers ou citoyens. Au moins depuis la fin de la guerre d’Algérie, l’hostilité, revendiquée ou implicite, à l’encontre des musulmans s’est traduite par une telle inflation de discours de disqualification et de pratiques discriminatoires que certains chercheurs parlent de racisme respectable ou d’islamophobie. Si les pratiques religieuses des musulmans de France sont relativement bien connues des sciences sociales françaises, l’islamophobie n’a pas encore fait l’objet d’enquêtes historiques et sociologiques de grande ampleur. La situation française contraste avec celle du monde universitaire anglophone, où se s’accumulent les travaux pluri-disciplinaires sur le concept d’islamophobie désignant, selon certains chercheurs, « les attitudes et les émotions négatives et indiscriminées dirigées contre l’islam ou les musulmans ».