Appel des Libertaires contre l'islamophobie
Anarchistes, communistes libertaires, anarcho-syndicalistes, autonomes, artistes, organisés ou non-organisés, nous faisons part de notre condamnation totale de l’islamophobie sous toutes ses formes. Nous affirmons que l’islamophobie est une forme de racisme.
Nous avons le désagréable pressentiment, au regard de l’actualité, que l’islamophobie, comme un racisme respectable et vertueux, devient l’un des ressorts privilégiés de la gauche au pouvoir et de la gauche bien-pensante. Nous faisons le constat exaspérant que les thématiques progressistes comme le féminisme, la laïcité ou la liberté d'expression sont régulièrement invoqué pour le justifier. Le fait qu’en février, à peine passé à gauche, le Sénat ait voté une loi d’interdiction de certains emplois aux femmes voilées ne fait que confirmer nos craintes. Il en est de même quant aux comportements et discours néo-coloniaux et racistes du Parti de Gauche et des organisateurs du fameux débat sur « comment faire face au Front national » (sic) à la Fête de l'Humanité (1).
Les conséquences de l’islamophobie sont grandes pour celles et ceux qui la subissent : des lois liberticides votées ces dernières années jusqu’aux discriminations insidieuses, parfois flagrantes (par ex : les 4 animateurs de Gennevilliers suspendus car faisant le ramadan), sans parler des insultes et agressions diverses. Ces attaques racistes risquent fort de croître, et nous devons nous préparer à les combattre sans aucune ambiguïté.
En tant que libertaires nous réfutons et combattons tout raisonnement islamophobe porté au nom de l’idéologie libertaire et avons décidé de l’affirmer clairement par cet appel.
Parce que nous pensons qu’au sein du discours médiatique dominant, journalistique et politique, certains « philosophes », « dessinateurs » et « écrivains » surmédiatisés, comme Michel Onfray, Caroline Fourest ou l’équipe de Charlie Hebdo, participent de cette islamophobie ambiante et de sa propagation en se positionnant parfois comme libertaires, ou en agissant au nom de la tradition et de l’idéologie libertaire.
Parce que nous constatons que certains secteurs de « notre famille politique » sont imprégnés par l’idéologie islamophobe, et cela est insupportable. Cela se traduit au mieux par un désintérêt pour cette question (parfois par une condamnation certes claire de l’islamophobie mais couplée de moult rappels du combat primordial contre l’aliénation religieuse), au pire par le refus de reconnaitre l’islamophobie comme un racisme voire par le fait de s’affirmer islamophobe au nom d’un anticléricalisme primaire importé de contextes historiques différents, voire par des connivences et compromissions inacceptables, heureusement marginales mais pas assez vigoureusement condamnées.
Certaines choses doivent donc être rappelées à nos « camarades ».
NON, le terme islamophobie n’a pas été inventé par le régime iranien pour empêcher la critique de l’islam comme le proclame Caroline Fourest, le terme existait d’ailleurs déjà au début du XXème siècle.
NON, combattre l’islamophobie ne nous fait pas reculer devant les formes d’oppression que peuvent prendre les phénomènes religieux. Nous apportons ainsi notre soutien total à nos camarades en lutte au Maghreb, au Machrek et au Moyen-Orient qui s’opposent à un salafisme qui prend là-bas les formes réactionnaires et fascistes, et cela au plus grand bénéfice de l’impérialisme occidental.
NON, tous les musulmans qui luttent contre les lois islamophobes ne sont pas des crypto-islamistes ni des communautaristes venus faire du prosélytisme ou souhaitant interdire le blasphème. Beaucoup d’entre eux et elles sont des acteurs et actrices du mouvement social à part entière. Ils et elles luttent, s’auto-organisent, se battent pour leurs droits, contre le patriarcat, le racisme et pour la justice sociale au quotidien en revendiquant la spécificité de leurs oppressions et en pointant les contradictions qu’il peut y avoir au sein d’un certain discours « militant ». Critiquer leur façon de s'organiser ou de militer est une chose, les disqualifier par un discours marginalisant et raciste en est une autre.
La critique récurrente qui est faite à ceux qui parlent d'islamophobie (2), est qu'ils sont les porteurs d'un concept qui produirait du communautarisme. Nous disons que l'islamophobie est la politique de l'Etat envers de nombreux fils d'immigrés. Cette politique, il l’avait déjà expérimentée avec certains colonisés. L'islamophobie est bien un instrument de la domination, ce que le Palestinien Edward Saïd décrivait comme « la longue histoire d'intervention impérialiste de l'Occident dans le monde islamique, de l'assaut continu contre sa culture et ses traditions qui constitue un élément normal du discours universitaire et populaire, et (peut-être le plus important) du dédain ouvert avec lequel les aspirations et souhaits des musulmans, et particulièrement des Arabes, sont traités (3). » Dans la parfaite lignée de la structure de « l'orientalisme », l'Occident disqualifie l'Orient par le prisme de l'islamophobie et régénère par là sa pseudo-supériorité morale. Assumée ou dissimulée, cette structure de pensée gangrène une vaste partie du champ politique progressiste.
L'islamophobie n'est donc pas un concept flottant manié par des militants mal intentionnés, comme certains réactionnaires se plaisent sournoisement à l'inventer, mais une politique de la domination, de l'Etat post-colonial, qui imprime les corps des dominés. Dénoncer l'islamophobie n'est pas non plus l'apanage d'une communauté qui chercherait à se défendre. C'est au contraire un langage raciste de peur permanente qui désigne le paria sous les traits imprécis du musulman. A Salman Rushdie qui affirme lui aussi que l'islamophobie n'existe pas, car les musulmans ne sont pas une race, il faut rappeler, à lui et à tous ceux qui connaissent si mal l'histoire du racisme en Europe, que l'antisémitisme concerne les juifs, qui ne sont pas non plus une race.
Ce langage voudrait aussi imposer une assignation : tout arabe, tout africain, ou parfois tout être, ayant l'islam comme part de sa culture et comme part de son histoire serait un être essentiellement réactionnaire, fondamentalement religieux, et donc incompatible avec les principes fondamentaux républicains - principes par ailleurs complètement désincarnés, qui ne servent que pour justifier cette exclusion. Comme l'a montré Frantz Fanon, le colonisé, « par l'intermédiaire de la religion, ne tient pas compte du colon ». « Par le fatalisme, toute initiative est enlevée à l'oppresseur, la cause des maux, de la misère, du destin revenant à Dieu. L’individu accepte ainsi la dissolution décidée par Dieu, s'aplatit devant le colon et devant le sort et, par une sorte de rééquilibration intérieure, accède à une sérénité de pierre (4). »
Assigner les colonisés, et aujourd'hui les fils d'immigrés, à une religion, relève d'une dynamique de domination expérimentée dans les anciennes colonies. Les islamophobes n'ont peur que d'une chose : que les dominés s'emparent des armes de la critique sociale et de la philosophie, car c'est sur ce terrain que se prépare leur défaite, sur ce terrain que la lutte sociale se déploie et nous réunit.
Au-delà de l’islamophobie, ce problème soulève le peu d’intérêt et d’engagement contre le racisme visant les enfants d’immigrés issus de la colonisation. Ce sont aussi toutes les questions liées aux quartiers populaires qui font les frais d’un déficit d’engagement de la part du mouvement social. Pour preuve le peu de personnes militant contre les violences policières et les crimes racistes et sécuritaires.
Les populations issues de la colonisation, qu’elles soient noires, arabes, musulmanes, habitantes des quartiers populaires, ont décidé de ne plus rester à la place où l’on veut les assigner et s’affirment comme forces politiques en s’auto-organisant. Nous devons avancer côte à côte et lutter contre le racisme sous toutes ses formes, de toutes nos forces.
L’islamophobie dominante, encouragée par tous les pouvoirs occidentaux, est aussi l’occasion de diviser ceux qui devraient s’unir, et unir ceux qui devraient être divisés. Dans une société régie par le Spectacle, elle a en outre pour fonction de jeter de vastes écrans de fumée sur les réalités sociales. Ne tombons donc pas dans le piège !
Enfin ce problème pose aussi la question d’une sorte d’injonction à l’athéisme, condition sine qua non pour prendre part à la guerre sociale et militer dans une organisation libertaire. Il serait donc impossible ou infondé d’exprimer sa foi si l’on est croyant, tout en partageant certaines convictions progressistes. Nous nous opposons à l’essentialisation des croyants et du phénomène religieux, qui se fait sans donner la parole aux premiers concernés, et qui nous conduit aujourd’hui aux pires amalgames.
Notre opposition sans concession à l’islamophobie, en tant que libertaires, doit se faire entendre sur cette question. Nous sommes aussi le reflet d’un certain nombre de contradictions: de même que nous sommes traversés par les rapports de domination sexistes ou homophobes, ce qui est aujourd’hui (plus ou moins!) reconnu par le mouvement libertaire, nous devons reconnaitre l’être aussi par les rapports de domination racistes, postcoloniaux et faire le travail qui s’impose, dans le contexte social où l'on se trouve.
Contre cette arme coloniale de division massive et de « régénération du racisme » qu’est l’islamophobie, contre la construction d’un nouvel ennemi intérieur, nous affirmons en tant que libertaires notre solidarité avec celles et ceux qui luttent et s’auto-organisent contre cette oppression, et appelons au sursaut antiraciste partout pour les mois et les années à venir.
Akye
1. Pierre Tevanian et Saïd Bouamama : Caroline Fourest, l'incendiaire qui crie « au feu! »
2. Voir les propos du très libéral Nasser Suleyman Gabryel qui récuse carrément l’usage du mot : Critique du concept d'islamophobie
3. Edward W. Saïd, L’Islam dans les médias.
4. Frantz Fanon, Les damnés de la terre.
Premiers signataires : Nicolas Pasadena (Alternative Libertaire), Skalpel, E.one et Akye (BBoyKonsian-Première Ligne), Fred Alpi, Samuel Idir (Journal L'Autrement), Docteur Louarn (CNT- Brhz), K-listo (Soledad), Aodren Le Duff (CNT), Subversive ways, Yly, Sophie B (CNT), George Franco, Marouane Taharouri (Alternative Libertaire), JM Smoothie (CNT-BBoyKonsian), Elie Octave (Sud-Etudiant), Haythem Msabhi - Mouvement Désobéissance (Tunisie), Rabaa Skik (Artiste plasticienne), Zack O'Malek (Journal L'Autrement), Rola Ezzedine (Professeur d'histoire), Isabelle Vallade (Collectif Bordonor)...
Pour figurer parmi les signataires, envoyez un mail à cette adresse: akye@bboykonsian.com
Nous avons le désagréable pressentiment, au regard de l’actualité, que l’islamophobie, comme un racisme respectable et vertueux, devient l’un des ressorts privilégiés de la gauche au pouvoir et de la gauche bien-pensante. Nous faisons le constat exaspérant que les thématiques progressistes comme le féminisme, la laïcité ou la liberté d'expression sont régulièrement invoqué pour le justifier. Le fait qu’en février, à peine passé à gauche, le Sénat ait voté une loi d’interdiction de certains emplois aux femmes voilées ne fait que confirmer nos craintes. Il en est de même quant aux comportements et discours néo-coloniaux et racistes du Parti de Gauche et des organisateurs du fameux débat sur « comment faire face au Front national » (sic) à la Fête de l'Humanité (1).
Les conséquences de l’islamophobie sont grandes pour celles et ceux qui la subissent : des lois liberticides votées ces dernières années jusqu’aux discriminations insidieuses, parfois flagrantes (par ex : les 4 animateurs de Gennevilliers suspendus car faisant le ramadan), sans parler des insultes et agressions diverses. Ces attaques racistes risquent fort de croître, et nous devons nous préparer à les combattre sans aucune ambiguïté.
En tant que libertaires nous réfutons et combattons tout raisonnement islamophobe porté au nom de l’idéologie libertaire et avons décidé de l’affirmer clairement par cet appel.
Parce que nous pensons qu’au sein du discours médiatique dominant, journalistique et politique, certains « philosophes », « dessinateurs » et « écrivains » surmédiatisés, comme Michel Onfray, Caroline Fourest ou l’équipe de Charlie Hebdo, participent de cette islamophobie ambiante et de sa propagation en se positionnant parfois comme libertaires, ou en agissant au nom de la tradition et de l’idéologie libertaire.
Parce que nous constatons que certains secteurs de « notre famille politique » sont imprégnés par l’idéologie islamophobe, et cela est insupportable. Cela se traduit au mieux par un désintérêt pour cette question (parfois par une condamnation certes claire de l’islamophobie mais couplée de moult rappels du combat primordial contre l’aliénation religieuse), au pire par le refus de reconnaitre l’islamophobie comme un racisme voire par le fait de s’affirmer islamophobe au nom d’un anticléricalisme primaire importé de contextes historiques différents, voire par des connivences et compromissions inacceptables, heureusement marginales mais pas assez vigoureusement condamnées.
Certaines choses doivent donc être rappelées à nos « camarades ».
NON, le terme islamophobie n’a pas été inventé par le régime iranien pour empêcher la critique de l’islam comme le proclame Caroline Fourest, le terme existait d’ailleurs déjà au début du XXème siècle.
NON, combattre l’islamophobie ne nous fait pas reculer devant les formes d’oppression que peuvent prendre les phénomènes religieux. Nous apportons ainsi notre soutien total à nos camarades en lutte au Maghreb, au Machrek et au Moyen-Orient qui s’opposent à un salafisme qui prend là-bas les formes réactionnaires et fascistes, et cela au plus grand bénéfice de l’impérialisme occidental.
NON, tous les musulmans qui luttent contre les lois islamophobes ne sont pas des crypto-islamistes ni des communautaristes venus faire du prosélytisme ou souhaitant interdire le blasphème. Beaucoup d’entre eux et elles sont des acteurs et actrices du mouvement social à part entière. Ils et elles luttent, s’auto-organisent, se battent pour leurs droits, contre le patriarcat, le racisme et pour la justice sociale au quotidien en revendiquant la spécificité de leurs oppressions et en pointant les contradictions qu’il peut y avoir au sein d’un certain discours « militant ». Critiquer leur façon de s'organiser ou de militer est une chose, les disqualifier par un discours marginalisant et raciste en est une autre.
La critique récurrente qui est faite à ceux qui parlent d'islamophobie (2), est qu'ils sont les porteurs d'un concept qui produirait du communautarisme. Nous disons que l'islamophobie est la politique de l'Etat envers de nombreux fils d'immigrés. Cette politique, il l’avait déjà expérimentée avec certains colonisés. L'islamophobie est bien un instrument de la domination, ce que le Palestinien Edward Saïd décrivait comme « la longue histoire d'intervention impérialiste de l'Occident dans le monde islamique, de l'assaut continu contre sa culture et ses traditions qui constitue un élément normal du discours universitaire et populaire, et (peut-être le plus important) du dédain ouvert avec lequel les aspirations et souhaits des musulmans, et particulièrement des Arabes, sont traités (3). » Dans la parfaite lignée de la structure de « l'orientalisme », l'Occident disqualifie l'Orient par le prisme de l'islamophobie et régénère par là sa pseudo-supériorité morale. Assumée ou dissimulée, cette structure de pensée gangrène une vaste partie du champ politique progressiste.
L'islamophobie n'est donc pas un concept flottant manié par des militants mal intentionnés, comme certains réactionnaires se plaisent sournoisement à l'inventer, mais une politique de la domination, de l'Etat post-colonial, qui imprime les corps des dominés. Dénoncer l'islamophobie n'est pas non plus l'apanage d'une communauté qui chercherait à se défendre. C'est au contraire un langage raciste de peur permanente qui désigne le paria sous les traits imprécis du musulman. A Salman Rushdie qui affirme lui aussi que l'islamophobie n'existe pas, car les musulmans ne sont pas une race, il faut rappeler, à lui et à tous ceux qui connaissent si mal l'histoire du racisme en Europe, que l'antisémitisme concerne les juifs, qui ne sont pas non plus une race.
Ce langage voudrait aussi imposer une assignation : tout arabe, tout africain, ou parfois tout être, ayant l'islam comme part de sa culture et comme part de son histoire serait un être essentiellement réactionnaire, fondamentalement religieux, et donc incompatible avec les principes fondamentaux républicains - principes par ailleurs complètement désincarnés, qui ne servent que pour justifier cette exclusion. Comme l'a montré Frantz Fanon, le colonisé, « par l'intermédiaire de la religion, ne tient pas compte du colon ». « Par le fatalisme, toute initiative est enlevée à l'oppresseur, la cause des maux, de la misère, du destin revenant à Dieu. L’individu accepte ainsi la dissolution décidée par Dieu, s'aplatit devant le colon et devant le sort et, par une sorte de rééquilibration intérieure, accède à une sérénité de pierre (4). »
Assigner les colonisés, et aujourd'hui les fils d'immigrés, à une religion, relève d'une dynamique de domination expérimentée dans les anciennes colonies. Les islamophobes n'ont peur que d'une chose : que les dominés s'emparent des armes de la critique sociale et de la philosophie, car c'est sur ce terrain que se prépare leur défaite, sur ce terrain que la lutte sociale se déploie et nous réunit.
Au-delà de l’islamophobie, ce problème soulève le peu d’intérêt et d’engagement contre le racisme visant les enfants d’immigrés issus de la colonisation. Ce sont aussi toutes les questions liées aux quartiers populaires qui font les frais d’un déficit d’engagement de la part du mouvement social. Pour preuve le peu de personnes militant contre les violences policières et les crimes racistes et sécuritaires.
Les populations issues de la colonisation, qu’elles soient noires, arabes, musulmanes, habitantes des quartiers populaires, ont décidé de ne plus rester à la place où l’on veut les assigner et s’affirment comme forces politiques en s’auto-organisant. Nous devons avancer côte à côte et lutter contre le racisme sous toutes ses formes, de toutes nos forces.
L’islamophobie dominante, encouragée par tous les pouvoirs occidentaux, est aussi l’occasion de diviser ceux qui devraient s’unir, et unir ceux qui devraient être divisés. Dans une société régie par le Spectacle, elle a en outre pour fonction de jeter de vastes écrans de fumée sur les réalités sociales. Ne tombons donc pas dans le piège !
Enfin ce problème pose aussi la question d’une sorte d’injonction à l’athéisme, condition sine qua non pour prendre part à la guerre sociale et militer dans une organisation libertaire. Il serait donc impossible ou infondé d’exprimer sa foi si l’on est croyant, tout en partageant certaines convictions progressistes. Nous nous opposons à l’essentialisation des croyants et du phénomène religieux, qui se fait sans donner la parole aux premiers concernés, et qui nous conduit aujourd’hui aux pires amalgames.
Notre opposition sans concession à l’islamophobie, en tant que libertaires, doit se faire entendre sur cette question. Nous sommes aussi le reflet d’un certain nombre de contradictions: de même que nous sommes traversés par les rapports de domination sexistes ou homophobes, ce qui est aujourd’hui (plus ou moins!) reconnu par le mouvement libertaire, nous devons reconnaitre l’être aussi par les rapports de domination racistes, postcoloniaux et faire le travail qui s’impose, dans le contexte social où l'on se trouve.
Contre cette arme coloniale de division massive et de « régénération du racisme » qu’est l’islamophobie, contre la construction d’un nouvel ennemi intérieur, nous affirmons en tant que libertaires notre solidarité avec celles et ceux qui luttent et s’auto-organisent contre cette oppression, et appelons au sursaut antiraciste partout pour les mois et les années à venir.
Akye
1. Pierre Tevanian et Saïd Bouamama : Caroline Fourest, l'incendiaire qui crie « au feu! »
2. Voir les propos du très libéral Nasser Suleyman Gabryel qui récuse carrément l’usage du mot : Critique du concept d'islamophobie
3. Edward W. Saïd, L’Islam dans les médias.
4. Frantz Fanon, Les damnés de la terre.
Premiers signataires : Nicolas Pasadena (Alternative Libertaire), Skalpel, E.one et Akye (BBoyKonsian-Première Ligne), Fred Alpi, Samuel Idir (Journal L'Autrement), Docteur Louarn (CNT- Brhz), K-listo (Soledad), Aodren Le Duff (CNT), Subversive ways, Yly, Sophie B (CNT), George Franco, Marouane Taharouri (Alternative Libertaire), JM Smoothie (CNT-BBoyKonsian), Elie Octave (Sud-Etudiant), Haythem Msabhi - Mouvement Désobéissance (Tunisie), Rabaa Skik (Artiste plasticienne), Zack O'Malek (Journal L'Autrement), Rola Ezzedine (Professeur d'histoire), Isabelle Vallade (Collectif Bordonor)...
Pour figurer parmi les signataires, envoyez un mail à cette adresse: akye@bboykonsian.com
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
9/28/2012
3
commentaires
Libellés : ISLAMOPHOBIE
Féminismes islamiques (extraits)
« L’association des termes féminisme et islam ne se pose qu’à l’interrogatif : « existe-t-elle? », « est-elle possible? ». Or, il faudrait vraisemblablement commencer toute interrogation associant les termes « femme », « féminisme » et « islam » par la déconstruction de l’évidence d’une telle question. Traiter de la question de « la femme en Islam », s’interroger aujourd’hui sur le « statut » des femmes musulmanes et l’adéquation possible entre l’islam et l’égalité des sexes est le fruit d’une élaboration historique. On ne s’interroge pas aussi fréquemment sur les « femmes dans le judaïsme », on ne voit pas exposée ici et là la question de la « femme en chrétienté ». Or, il est certain que cela ne tient pas à la nature des textes sacrés juifs et chrétiens, et encore moins aux conditions des vies des femmes chrétiennes et juives qui varient considérablement selon qu’elles vivent au Nord ou au Sud. Dès lors, il saute aux yeux que seules les musulmanes sont désignées par leur religion, c’est-à-dire qu’on impute à l’islam une influence fondamentale sur leurs conditions de vie.»
« Dans le contexte récent des « révolutions arabes » certains observateurs ont considéré que ces mouvements de protestation populaires, dans leur remise en question de l'autoritarisme, ont aussi impulsé un questionnement quant à l'islam de pouvoir et à l'orthodoxie musulmane. La présence massive des femmes dans les rangs des manifestants et la centralité de leur implication dans les processus révolutionnaires replacent les questions de genre au coeur des mouvements sociaux et populaires. Il faudra suivre les répercussions réelles de l'activisme et de l'engagement massif des femmes dans les révoltes arabes, que ce soit sur le plan des mentalités, de la pensée musulmane et dans le domaine législatif ».
« A cette étape de l'histoire, on peut affirmer sans trop se tromper qu'en terres d'islam, un grand nombre de femmes ont pris conscience de l'apport libérateur du message spirituel du Coran. Elles ont parfaitement compris que ce n'est pas l'islam qui les empêche de se libérer. Ce discours ne tient plus car elles sont de plus en plus nombreuses à avoir pris conscience de la manipulation dont elles ont été les victimes au nom du sacré. Elles ont compris que cette fois, l'histoire du monde musulman, toujours en marche, ne se fera pas sans elles. En témoigne, entre autres, leur présence massive et effective lors des récentes révolutions arabes ... »
« ... à travers ce croisement entre champ féministe et champ islamique, le féminisme musulman introduit des remises en questions fondamentales à l'intérieur des deux champs. Dans le champ féministe, il remet en question la domination du modèle occidental colonial et néocolonial qui s'est imposé comme étant l'unique voie de libération et d'émancipation, ainsi que l'idée que le féminisme serait antinomique au religieux et imposerait une mise à distance de celui-ci ... cette critique féministe postcoloniale, guidée par le lien conceptuel entre racisme, impérialisme et colonialisme, s'est vigoureusement attaquée à la prétention du féminisme colonial à déterminer pour les femmes du Sud les modalités de leur émancipation. »
« ... de façon ironique, aussi bien l'assimilation à l'islam d'idées et de coutumes non-musulmanes venues d'Occident que les tentatives pour résister à cette assimilation peuvent expliquer nombre des transmutations et des distorsions qui existent dans l'islam actuellement. »
« Les représentations sociales de la femme musulmane européenne tels qu'elles apparaissent dans l'idéologie coloniale féministe semblent avoir un impact sur l'appréhension du concept de féminisme musulman par certaines féministes en Europe. Cette vision stéréotypée nous renvoie à la substance d'un discours qui se revendique universaliste mais qui essentialise le statut des femmes musulmanes pour justifier une posture de supériorité en terme de projet d'émancipation. »
« Le discours des féministes musulmanes en Europe s'inscrit dans un cadre purement et simplement islamique, mais il est aussi important de mettre en évidence qu'il s'agit d'un féminisme à l'intérieur du féminisme. Il part d'une appartenance religieuse pour arriver à des principes universels, il part des particularités pour défendre des valeurs communes ».
« En France, les musulmanes féministes ne reconnaissent pas de hiérarchie entre, d’un côté, lutter contre la domination masculine et promouvoir des lectures de l’islam en accord avec leurs convictions féministes et, de l’autre, lutter contre le racisme, l’islamophobie qui les stigmatisent elles et leurs frères, les renvoyant à cet Autre, archaïque et obscurantiste. Cette imbrication de l’antisexisme à l’antiracisme n’est pas une question de choix, c’est une posture face à une double oppression. Partant de cela, les musulmanes se réapproprient le féminisme, le redéfinissent, le nourrissent et contribuent ainsi à son renouvellement. Cette militance nouvelle, par la diversité des composantes (sociales, religieuses, générationnelles, en terme de parcours militants, etc.), permet en réalité de décloisonner le féminisme, de le placer au coeur des débats sur les inégalités sociales, raciales et de genre. »
Zahra Ali
Voir aussi
« Dans le contexte récent des « révolutions arabes » certains observateurs ont considéré que ces mouvements de protestation populaires, dans leur remise en question de l'autoritarisme, ont aussi impulsé un questionnement quant à l'islam de pouvoir et à l'orthodoxie musulmane. La présence massive des femmes dans les rangs des manifestants et la centralité de leur implication dans les processus révolutionnaires replacent les questions de genre au coeur des mouvements sociaux et populaires. Il faudra suivre les répercussions réelles de l'activisme et de l'engagement massif des femmes dans les révoltes arabes, que ce soit sur le plan des mentalités, de la pensée musulmane et dans le domaine législatif ».
« A cette étape de l'histoire, on peut affirmer sans trop se tromper qu'en terres d'islam, un grand nombre de femmes ont pris conscience de l'apport libérateur du message spirituel du Coran. Elles ont parfaitement compris que ce n'est pas l'islam qui les empêche de se libérer. Ce discours ne tient plus car elles sont de plus en plus nombreuses à avoir pris conscience de la manipulation dont elles ont été les victimes au nom du sacré. Elles ont compris que cette fois, l'histoire du monde musulman, toujours en marche, ne se fera pas sans elles. En témoigne, entre autres, leur présence massive et effective lors des récentes révolutions arabes ... »
« ... à travers ce croisement entre champ féministe et champ islamique, le féminisme musulman introduit des remises en questions fondamentales à l'intérieur des deux champs. Dans le champ féministe, il remet en question la domination du modèle occidental colonial et néocolonial qui s'est imposé comme étant l'unique voie de libération et d'émancipation, ainsi que l'idée que le féminisme serait antinomique au religieux et imposerait une mise à distance de celui-ci ... cette critique féministe postcoloniale, guidée par le lien conceptuel entre racisme, impérialisme et colonialisme, s'est vigoureusement attaquée à la prétention du féminisme colonial à déterminer pour les femmes du Sud les modalités de leur émancipation. »
« ... de façon ironique, aussi bien l'assimilation à l'islam d'idées et de coutumes non-musulmanes venues d'Occident que les tentatives pour résister à cette assimilation peuvent expliquer nombre des transmutations et des distorsions qui existent dans l'islam actuellement. »
« Les représentations sociales de la femme musulmane européenne tels qu'elles apparaissent dans l'idéologie coloniale féministe semblent avoir un impact sur l'appréhension du concept de féminisme musulman par certaines féministes en Europe. Cette vision stéréotypée nous renvoie à la substance d'un discours qui se revendique universaliste mais qui essentialise le statut des femmes musulmanes pour justifier une posture de supériorité en terme de projet d'émancipation. »
« Le discours des féministes musulmanes en Europe s'inscrit dans un cadre purement et simplement islamique, mais il est aussi important de mettre en évidence qu'il s'agit d'un féminisme à l'intérieur du féminisme. Il part d'une appartenance religieuse pour arriver à des principes universels, il part des particularités pour défendre des valeurs communes ».
« En France, les musulmanes féministes ne reconnaissent pas de hiérarchie entre, d’un côté, lutter contre la domination masculine et promouvoir des lectures de l’islam en accord avec leurs convictions féministes et, de l’autre, lutter contre le racisme, l’islamophobie qui les stigmatisent elles et leurs frères, les renvoyant à cet Autre, archaïque et obscurantiste. Cette imbrication de l’antisexisme à l’antiracisme n’est pas une question de choix, c’est une posture face à une double oppression. Partant de cela, les musulmanes se réapproprient le féminisme, le redéfinissent, le nourrissent et contribuent ainsi à son renouvellement. Cette militance nouvelle, par la diversité des composantes (sociales, religieuses, générationnelles, en terme de parcours militants, etc.), permet en réalité de décloisonner le féminisme, de le placer au coeur des débats sur les inégalités sociales, raciales et de genre. »
Zahra Ali
Voir aussi
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
9/26/2012
0
commentaires
Tout cela n'est que de l'humour...
On lit des fois, chez Wikipédia, d’intéressantes contributions, qui éclairent l’actualité d’une lumière nouvelle.
C’est le cas, par exemple, de celle qui narre que les auteurs des illustrations – et autres infectes « œuvres » - antisémites du Moyen-Âge ne dédaignaient point d’user du « thème du cochon », qui visait « à humilier », puisque, dans la religion juive, « le porc est considéré comme un animal impur et interdit à la consommation selon les lois de la cacherouth ».
On lit là que les productions de ces caricaturistes remplissaient « trois fonctions principales ». Il s’agissait, d’abord et « cela supposait déjà des préjugés anti-Juifs chez le spectateur », de « livrer les Juifs à la dérision de la population, tout en faisant allusion à leurs soi-disant comportements typiques ».
Mais aussi – deuxièmement - de « stabiliser ces préjugés en les limitant envers les Juifs », et d’«encourager de façon indirecte des actions contre ceux-ci ».
Et encore, troisièmement : d’« attaquer les Juifs eux-mêmes dans leur propre image religieuse de soi et les blesser intérieurement ».
À cette fin : « Ces caricatures grossières représentaient une intimité entre l’animal et les personnes avec fréquemment des phénomènes de sécrétions et de digestion, visaient une calomnie efficace par une aggravation extrême et symboliquement réduite du message "typique" à faire passer ». De telle sorte que : « L’obscénité des images conduisait le spectateur à un sentiment de dégoût, de honte et de haine. Ceci avait pour but de dénigrer en public les fidèles de la religion juive de façon particulièrement humiliante, et à les exclure de la communauté des humains. »
Cette imagerie médiévale montrait, dans la plupart des cas – il convient d’y insister un peu –, « un cochon en contact intime avec des gens. Les figures humaines » étaient « très identifiables » et portaient « des indices permettant d’identifier les Juifs, tels que le chapeau juif de l’époque ».
Dans certaines de ces représentations : les Juifs caricaturés chevauchaient un « cochon à l’envers, avec le visage tourné vers l’anus de » l’animal, « et recevant en plein visage l’urine qui gicle ». Dans d’autres variantes : « Ils enlaçaient et embrassaient le cochon ». Ainsi, « pour le spectateur, l’image suggérait que les Juifs, en faisant ces choses repoussantes, n’étaient plus des êtres humains, mais d’une espèce voisine de celle du cochon. Cela leur déniait la dignité d’homme. »
Par la suite – dans de plus tardives époques : la tradition de ces abjectes caricatures s’est renforcée. Et bien sûr : les nazis l’ont perpétuée - dans les pages, notamment, de l’hebdomadaire Der Stürmer, qui ne dédaignait point d’user, pour mieux diffuser son venin antisémite, de la « pornographie » et des « caricatures ». Aujourd’hui, ces atrocités tombent évidemment sous le coup de la loi, qui les punit sévèrement (1). Mais heureusement, il reste les musulmans : ça serait quand même dommage, que Charlie Hebdo ne puisse plus faire d’humour…
Sébastien Fontenelle
On lit là que les productions de ces caricaturistes remplissaient « trois fonctions principales ». Il s’agissait, d’abord et « cela supposait déjà des préjugés anti-Juifs chez le spectateur », de « livrer les Juifs à la dérision de la population, tout en faisant allusion à leurs soi-disant comportements typiques ».
Mais aussi – deuxièmement - de « stabiliser ces préjugés en les limitant envers les Juifs », et d’«encourager de façon indirecte des actions contre ceux-ci ».
Et encore, troisièmement : d’« attaquer les Juifs eux-mêmes dans leur propre image religieuse de soi et les blesser intérieurement ».
À cette fin : « Ces caricatures grossières représentaient une intimité entre l’animal et les personnes avec fréquemment des phénomènes de sécrétions et de digestion, visaient une calomnie efficace par une aggravation extrême et symboliquement réduite du message "typique" à faire passer ». De telle sorte que : « L’obscénité des images conduisait le spectateur à un sentiment de dégoût, de honte et de haine. Ceci avait pour but de dénigrer en public les fidèles de la religion juive de façon particulièrement humiliante, et à les exclure de la communauté des humains. »
Cette imagerie médiévale montrait, dans la plupart des cas – il convient d’y insister un peu –, « un cochon en contact intime avec des gens. Les figures humaines » étaient « très identifiables » et portaient « des indices permettant d’identifier les Juifs, tels que le chapeau juif de l’époque ».
Dans certaines de ces représentations : les Juifs caricaturés chevauchaient un « cochon à l’envers, avec le visage tourné vers l’anus de » l’animal, « et recevant en plein visage l’urine qui gicle ». Dans d’autres variantes : « Ils enlaçaient et embrassaient le cochon ». Ainsi, « pour le spectateur, l’image suggérait que les Juifs, en faisant ces choses repoussantes, n’étaient plus des êtres humains, mais d’une espèce voisine de celle du cochon. Cela leur déniait la dignité d’homme. »
Par la suite – dans de plus tardives époques : la tradition de ces abjectes caricatures s’est renforcée. Et bien sûr : les nazis l’ont perpétuée - dans les pages, notamment, de l’hebdomadaire Der Stürmer, qui ne dédaignait point d’user, pour mieux diffuser son venin antisémite, de la « pornographie » et des « caricatures ». Aujourd’hui, ces atrocités tombent évidemment sous le coup de la loi, qui les punit sévèrement (1). Mais heureusement, il reste les musulmans : ça serait quand même dommage, que Charlie Hebdo ne puisse plus faire d’humour…
Sébastien Fontenelle
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
9/20/2012
2
commentaires
Caroline Fourest, l'équation...
Une ambition : Une Rastignac-journaliste prête à tout (mensonge, amalgame, calomnie, absence de rigueur, opportunisme…) pour faire sa place dans le champ politico-médiatique parisien. Elle est devenue l'expert ès médiatique de l'intégrisme religieux et en particulier l'Islamisme (par le biais de Tariq Ramadan, son meilleur ennemi) :
(http://bougnoulosophe.blogspot.com/2009/08/caroline-fourest-et-son-double.html )
Un usage : Tout comme Philippe Val son ancien patron (Charlie-Hebdo), et sur le sillage de BHL, elle est le compagnon de route des néo-conservateurs, elle a été le passeur, le vecteur par lequel la rhétorique du « choc des civilisations » a été vendue à la gauche française, et pour ce faire, elle a été traduite dans l'idiome Républicain :
(http://www.voltairenet.org/article17482.html )
Elle est également le think tank officieux et la boite à idée du FN et du Sarkozysme finissant :
(http://www.lexpress.fr/actualite/politique/comment-nicolas-sarkozy-va-lancer-sa-candidature_1079171.html)
Une identité : Une « communautariste » gay et lesbien ; dans la modernité occidentale, dont Fourest représente la version narcissique et arrogante (« occidentaliste »), tous les communautarismes ne se valent pas bien évidemment, il faut savoir hiérarchiser ceux-ci, il est des « communautarismes » légitimes et d’autres qui ne le sont pas. Et tout en bas, devinez qui il y a ? :
(http://www.respectmag.com/node/1221 )
Une méthode : La diffamation, le mensonge, la calomnie, l'approximation grossière, la mythomanie... :
La calomnie : (http://lmsi.net/spip.php?article203 )
Le mensonge :(http://www.communautarisme.net/Reponse-de-Pascal-Boniface-a-Caroline-Fourest_a867.html )
L'amateurisme journalistique : (http://www.islamlaicite.org/article261.html )
L'intimidation : (http://lmsi.net/article.php3?id_article=236)
Le terrorisme intellectuel : (http://www.islamlaicite.org/article279.html)
La mythomanie : (http://www.lmsi.net/spip.php?article319 )
Le « oui mais » : (http://cppn.over-blog.com/article-oui-certes-mais-les-grecs-sont-quand-meme-des-salauds-86474454.html)
Le racisme voilé : (http://www.regards.fr/idees/le-nouveau-visage-du-racisme,5430 )
Les tropes du néo-réactionnaire : ( http://lmsi.net/Retour-de-flamme)
Un dispositif : Une lesbienne, donc une femme, et qui plus est, de « gauche ». Soit trois sauf-conduits, boucliers idéaux pour s’attaquer aux musulmans en toute bonne conscience. Elle inaugure le principe du « racisme vertueux et exemplaire ». S'opposer à elle, fait de vous, comme par enchantement, un homophobe, un misogyne et un réactionnaire. Et si vous avez le moindre signe d'arabitude, un islamiste, une catégorie qu'elle a rendu infiniment élastique. Le concept Caroline Fourest ©, car c'est un concept publicitaire, une marque déposée, a donc pour fonction, d'une part, de servir de machine de guerre contre une catégorie de la population française très particulière. Et, d'autre part, elle est un convertisseur. Elle permet de draper le racisme le plus obscure, le plus ténébreux des atours des Lumières (à savoir, la laïcité, l'Universalisme, la République, l'égalité homme/femme...). En temps de crise économique, ce savoir-faire, ce procédé, qu'on pourrait définir par cet oxymoron, la « victimisation des dominants », devient, pour l'oligarchie contemporaine, un instrument redoutable de gouvernance, une « technologie du pouvoir » (diversion, division, bouc-émissairisation, désignation de l'ennemi ...). C'est ce qui explique son omniprésence médiatique (inquestionnée).
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
9/18/2012
0
commentaires
Libellés : MANIERES DE FAIRE
Caroline rime avec Marine
Cette lettre envoyée le 10 septembre 2012 à la direction de la fête de l’Huma 2012 au sujet de l’invitation lancée à Caroline Fourest de participer à un débat, n’a encore reçu à ce jour aucune réponse.
Paris le 10 septembre 2012
Le bureau national de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP)
à la direction de la Fête de l’Humanité
Chers amis,
Il n’est bien évidemment pas de notre rôle de donner un avis sur les invités du PCF et de l’Humanité à leur fête, à laquelle nous participons bien volontiers. Et nous savons bien que les responsables de la Fête ont à cœur d’inviter des personnes ayant des orientations très différentes, y compris ne se situant pas toujours à gauche.
Mais l’invitation lancée à Caroline Fourest de participer à un débat précisément sur la lutte contre le Front national nous a surpris et heurtés.
En effet, nous considérons qu’un des vecteurs les plus pervers du développement du Front national est, en se parant d’un discours sur la laïcité, une islamophobie plus ou moins assumée.
Or le FN n’hésite pas pour cela à puiser explicitement son argumentation chez Caroline Fourest elle-même, qui dans sa lutte contre l’islam a été prise déjà en flagrant délit de mensonge (voir par exemple à ce sujet le chapitre à elle consacré par Pascal Boniface dans son livre "les intellectuels faussaires").
Nous savons que de nombreuses voix, dont celles de beaucoup de nos partenaires dans la lutte pour les droits du peuple palestinien comme dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes, se sont élevées pour dire leur étonnement et/ou leur colère devant cette invitation.
Dans la recherche de l’unité la plus large contre le Front national, cette invitation ne nous semble pas qu’une faute de goût.
Salutations fraternelles,
Le bureau national de l’UJFP
Paris le 10 septembre 2012
Le bureau national de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP)
à la direction de la Fête de l’Humanité
Chers amis,
Il n’est bien évidemment pas de notre rôle de donner un avis sur les invités du PCF et de l’Humanité à leur fête, à laquelle nous participons bien volontiers. Et nous savons bien que les responsables de la Fête ont à cœur d’inviter des personnes ayant des orientations très différentes, y compris ne se situant pas toujours à gauche.
Mais l’invitation lancée à Caroline Fourest de participer à un débat précisément sur la lutte contre le Front national nous a surpris et heurtés.
En effet, nous considérons qu’un des vecteurs les plus pervers du développement du Front national est, en se parant d’un discours sur la laïcité, une islamophobie plus ou moins assumée.
Or le FN n’hésite pas pour cela à puiser explicitement son argumentation chez Caroline Fourest elle-même, qui dans sa lutte contre l’islam a été prise déjà en flagrant délit de mensonge (voir par exemple à ce sujet le chapitre à elle consacré par Pascal Boniface dans son livre "les intellectuels faussaires").
Nous savons que de nombreuses voix, dont celles de beaucoup de nos partenaires dans la lutte pour les droits du peuple palestinien comme dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes, se sont élevées pour dire leur étonnement et/ou leur colère devant cette invitation.
Dans la recherche de l’unité la plus large contre le Front national, cette invitation ne nous semble pas qu’une faute de goût.
Salutations fraternelles,
Le bureau national de l’UJFP
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
9/15/2012
0
commentaires
Libellés : LAICISME
L’esprit du temps ou l’islamophobie radicale
La grande question du XXIème siècle est et sera celle de l’islamophobie. L’islamophobie est en effet le mal du siècle présent, à l’image de ce que fut l’antisémitisme au cours du siècle précédent. Si la haine a changé de cible, elle n’a pas changé de méthode. La ‘bête infâme’ est toujours là et rôde autour de sa proie avec le même appétit prédateur. Les loups sont entrés dans Paris, Washington, Londres ou Jérusalem. Aujourd’hui, ce sont les Musulmans qui sont les principaux bouc-émissaires de la haine ordinaire des peuples occidentaux et de leurs élites et qui risquent de payer très cher le peu de cas que nous autres, citoyens des Lumières et enfants gâtés de la démocratie, faisons de leur sort peu enviable.
L’Occident, une fois le cadavre du communisme jeté dans les bas-fonds de l’histoire, a su faire de l’Islam le mal absolu, l’ennemi à combattre, le nouveau totalitarisme qui menacerait nos libertés, nos terres, nos identités. Moyen astucieux pour détourner les colères légitimes des peuples occidentaux contre les prédations répétées de leurs élites qui, pour s’enrichir à outrance, n’ont pas trouvé de meilleure solution que d’expédier les emplois de leurs concitoyens dans des contrées lointaines après avoir ouvert les vannes de l’immigration économique pour faire pression sur les salaires de leurs travailleurs nationaux. Face à la faillite d’un système libéral dominé par la finance et l’esprit de lucre, il fallait brandir une menace qui puisse canaliser toutes les vieilles rancoeurs des peuples, fruits des échecs successifs de nos sociétés capitalistes.
L’islamophobie a ses théoriciens respectés et reconnus dans le cercle étroit de nos élites atlantistes : tel un Samuel Huntington avec son “choc des civilisations” qui est, en quelques sortes, une invitation à la guerre éternelle, un bréviaire de la haine de l’autre au nom des intérêts géostratégiques d’une poignée d’Occidentaux ; ou une Bat Ye’or avec son concept “d’Eurabia” (“Eurabia : l’axe euro-arabe”), qui voudrait étendre à l’Europe le modèle d’apartheid et de discrimination à l’œuvre en Israël afin de résister à l’invasion des nouveaux ‘barbares’.
Nos élites islamophobes n’ont pas seulement leurs théoriciens, elles ont aussi leurs guerriers qui sont allés porter la guerre en terres musulmanes pour prouver leurs théories nauséeuses. Il leur fallait donner de la substance à leur paranoïa, du prestige à leur volonté de nuisance et pratiquer la physique des crimes après avoir épuisé toutes les ressources de la métaphysique des peurs. Leurs chefs de guerre sont revenus de leur croisade afghane, irakienne, libyenne, bouffis d’héroïsme sanglant, après avoir massacré des innocents, torturé des enfants qui défendaient leur village avec une pierre ou un bout de bois, après avoir ravagé les campagnes et les villes avec des armes interdites par les conventions internationales, après s’être accaparé les richesses des pays agressés, ils sont revenus donc, pour proclamer sans nuance : “ils nous détestent”, “ils nous haïssent”, “ils nous maudissent”. Ils ont osé justifier leurs guerres par cette haine prétendue que les peuples lointains nourriraient à notre égard, en feignant d’ignorer que cette haine, lorsqu’elle existe, n’est que la conséquence directe des guerres que nous menons au nom de la démocratie contre ces peuples sans défense [i].
L’ensemble des intellectuels atlantistes [ii], autrement dit, ceux que nous entendons dans les médias occidentaux, partagent, avec plus ou moins de virulence, plus ou moins de nuance, les présupposés islamophobes et guerriers de ces ‘théories du complot islamiste’. Celui qui ne suit pas à la lettre la doctrine atlantiste et ne participe pas au lynchage intellectuel et médiatique des Musulmans tombe vite dans la catégorie des suspects d’antisémitisme.
Par une sorte de tragique ironie de l’histoire, l’antisémitisme supposé des uns est devenu l’alibi de l’islamophobie avérée des autres : c’est ainsi que pour cacher son islamophobie radicale, tel ou tel intellectuel atlantiste ira de sa dénonciation de l’antisémitisme ambiant, soulignera avec effroi la dangereuse progression de l’antisémitisme dans nos sociétés toujours habitées par les démons du passé. Qu’importe que les faits et les chiffres invalident ces propos et que, si l’antisémitisme n’a pas disparu, pas plus que le racisme ou le sexisme, il est aujourd’hui marginal à l’échelle de nos sociétés (évidemment pas à l’échelle des personnes qui peuvent le subir). Qu’importe que l’antisémitisme soit l’allié naturel du sionisme qui a besoin de son contraire pour exister et se justifier, ce qui compte c’est de noyer l’islamophobie sous les paroles généreuses de celui qui combattrait l’antisémitisme. On peut s’acheter ainsi une vertu médiatique à bon compte et espérer monter dans la hiérarchie atlantiste.
Les islamophobes radicaux vont encore plus loin : ils cherchent des têtes à couper en permanence, et comme le Père Duchène ou l’Ami du Peuple qui, sous la Terreur, réclamaient toujours plus de sang pour épurer le corps politique de ses excroissances incongrues, ils dénoncent comme antisémites (avec le courage inouï de ceux qui ne risquent que l’approbation de leur maîtres) tous ceux qui prendraient la défense des Musulmans ou ne seraient pas assez agressifs à leur égard, ou encore, quiconque oserait émettre une critique envers l’Occident sans y aller de son couplet sur les mœurs dénaturés de l’Islam [iii]. Toute critique de l’Occident passe, en effet, pour un manque d’islamophobie, et, par conséquent, pour un acte antisémite. D’une manière générale, toute personne qui se pose des questions sur le monde qui l’entoure devient suspect et est immédiatement mis à l’index de la pensée dominante. On l’aura compris, les atlantistes accusent leurs adversaires d’antisémitisme pour ne pas se voir accusés eux-mêmes d’être des islamophobes radicaux.
Pour parvenir à leurs fins, ils utilisent toute une panoplie de procédés dignes des procès de Moscou : amalgame, confusionnisme, rhétorique de disqualification, accusations en miroir, etc. Rien ne les arrête pour dénicher l’anti-atlantiste, le faire sortir de l’ombre et l’abattre en place publique pour édifier les peuples. Et le plus surprenant, c’est qu’ils réussissent, malgré l’indigence de leur raisonnement et la haine radicale qui les anime. Les victimes de leur vindictes sont en retrait, elles demeurent sur la défensive et passent leur temps à essayer de se justifier d’un brin d’humanité. Elles ne savent ni n’osent répliquer.
Or, il est impérieux de réagir, pour être fidèle aux principes des Lumières, pour être les bons élèves du devoir de mémoire ou, enfin, pour garder le respect de soi-même. Il ne faut plus baisser la tête devant les islamophobes radicaux qui vous accusent d’être antisémites parce qu’ils sont à court d’arguments rationnels. Il faut combattre avec vigueur leurs méthodes inquisitoriales au nom des valeurs des Lumières qu’ils mettent en danger. Il convient de démonter méthodiquement leur paranoïa maladive qui voit des complots et des haines antisémites partout pour se dispenser d’affronter leur propre islamophobie.
Ainsi, au nom de l’islamophobie tout leur semble aujourd’hui permis à l’encontre des Musulmans dans les médias atlantistes : les dérapages verbaux, les insultes directes ou indirectes, les stigmatisations en tous genres, le mépris, les caricatures outrancières, les moqueries condescendantes. « Tous des terroristes », « tous des délinquants », « tous antisémites » ; « des délinquants qui deviendront des terroristes » ; « des profiteurs du système » ; « des parasites » : ce sont là quelques uns des messages que les islamophobes distillent quotidiennement dans nos médias. Jusqu’à la fameuse affirmation que « le peuple Palestinien n’existe pas », condensé de tout le reste qui peut se comprendre comme une manière de nier le droit à l’existence d’un peuple pour s’autoriser à l’anéantir à petit feu comme un Slow Motion Holocaust. Apres cela il ne faudra pas s’étonner que la mort d’un Musulman sous les bombes occidentales ne soit jamais considéré autrement que comme un dommage collatéral, un détail sans importance dans la glorieuse histoire de l’Occident, rempart de la civilisation face au néant de ‘l’autre’.
“L’islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n’avaient rien d’autre à faire – pardonnez-moi – que d’enculer leurs chameaux.” Plateforme, Michel Houellebecq, éd. Flammarion, 2001, p. 261
Qu’importe que les principaux crimes de masse dans le monde, depuis la chute du mur de Berlin, soient l’œuvre des Occidentaux. Qu’importe que le terrorisme islamiste soit le résultat d’une instrumentalisation sordide réalisée par les Occidentaux et leurs alliés wahhabites (comme on l’a vu le 11-Seprembre aux États-Unis, ensuite en Libye et en Syrie). Ce qui importe est d’affirmer avec conviction son islamophobie tout en la déguisant sous les habits de la laïcité, de l’humanisme, du féminisme, de la lutte contre les extrémismes, des Lumières mêmes, puisqu’on n’est plus à une contradiction ou à un reniement près.
Nous sommes descendus si loin dans le trou noir de l’irrationalité que, par une étrange logique, il n’est pas besoin de prouver un complot ou un attentat qui impliquerait des Musulmans ; quelques soupçons suffisent pour établir la liste des coupables et faire de la conviction des accusateurs des vérités officielles qu’on ne peut contredire sans risquer de se voir soumis à l’opprobre de ses contemporains. Si des Musulmans ont pu participer à un attentat, c’est qu’ils en sont les responsables et que les faits sont incontestables. À l’opposé, il devient impossible de prouver un complot qui serait l’œuvre des Occidentaux ; toute preuve, tout faisceau d’indices, tout soupçon étayé ne sont jamais suffisants pour les tenants de l’innocence fondamentale des hommes blancs ; il leur faut toujours plus.
Ainsi, s’interroger sur le 11-Septembre et l’implication des Occidentaux dans leur réalisation c’est refuser la diabolisation systématique et immédiate des Musulmans et rejeter la théorie officielle du complot qui est, d’une certaine manière, une théorie du bouc émissaire se fondant dans le carcan du choc des civilisations. La théorie officielle du complot sur le 11-Septembre est, en effet, une théorie raciste et fondamentaliste qui veut mettre les grands crimes contemporains sur le dos des ‘autres’, sans preuve, sans examen critique et afin de dédouaner les ‘siens’, a priori et sans recours intellectuels possibles, de tout crime et de toute culpabilité.
“On est dans un moment épouvantable. Le milieu intellectuel parisien est dans une dérive parareligieuse, dans une islamophobie latente. Il existe une forme de crispation identitaire, une angoisse à la désoccidentalisation du monde, une rupture entre le clan des dominants et le monde multipolaire. Cette doctrine occidentaliste, qui veut que l’Occident soit riche et dominateur éternellement, m’inquiète”. Emmanuel Todd – El Watan. 3 novembre 2008.
Cette logique du ‘Musulman coupable par nature’, parce que Musulman, est à la base de l’institutionnalisation de la torture par les États-Unis qui peuvent ainsi soumettre à des traitements inhumains des milliers de personnes à travers le monde (Guantanamo n’étant que l’un de ces camps de torture dirigés par l’administration américaine) sur la base d’un simple soupçon de ‘terrorisme’, soupçon qui ne fait l’objet d’aucun contrôle judiciaire. La culpabilité d’un Musulman n’a pas besoin d’être prouvée, elle se déduit de son être même. Il s’agit là d’une forme d’essentialisme, qui est lui-même une forme radicale de racisme.
Les démocraties occidentales, et tout particulièrement les États-Unis, qui se définissent comme des États de droit, ont peu à peu créé, au nom de la lutte contre le terrorisme islamique, des zones de non-droit, des no man’s land juridiques destinés à rejeter hors de leur espace légal les ‘terroristes’, les ‘nouveaux barbares’, les ‘autres’, essentiellement les Musulmans, pour les soumettre à des régimes d’exception où les condamnations sans preuve, la torture, les humiliations en tous genres sont admis et encouragés[iv]. Le rejet de groupes humains dans un espace para-légal, au sein même des sociétés démocratiques ou dans des lieux soumis à leur souveraineté, est la traduction politique et administrative d’un essentialisme dont le ressort principal est la peur frénétique de l’autre.
« Les individus incarcérés à Guantanamo – n’étant ni des prisonniers ni des accusés, mais de simples détenus – se trouvent dès lors sous le joug d’une autorité sans réalité légale. Comme leur détention échappe entièrement à la loi et à toute autorité juridique, elle est illimitée dans le temps et de nature indéterminée. La seule chose à laquelle on peut comparer ce phénomène est la situation des Juifs dans les camps nazis qui, en plus de leur citoyenneté, avaient perdu tout statut légal, sinon qu’ils conservaient encore leur identité de juifs »[v]. Giorgio Agamben, Sovereign Power and Bare Life, Stanford University Press, 1998.
Cet essentialisme, on le retrouve, pour prendre un exemple médiatique, dans les caricatures de Mahomet, publiées en France dans le journal Charlie Hebdo en février 2006. Dans le contexte actuel de stigmatisation des Musulmans, ces caricatures correspondent à celles des Juifs des années 30 dans la presse antisémite. Et c’est au nom de la liberté d’expression qu’on nous fait tolérer cette presse de caniveau dont les dirigeants sont des partisans déclarés de l’atlantisme et du choc des civilisations [vi]. Bel exemple également de transmutation des valeurs.
(a) : « Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût » ; «Les Musulmans se multiplient comme des rats » ; « Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d'Allah] passent leur temps avec le derrière en l’air à prier cinq fois par jour », Oriana Fallaci, La Rage et l’Orgueil, Plon, 2002. (b) : « Fallaci vise juste, même si elle peut choquer par certaines formules », Pierre-André Taguieff, Actualité juive, 20 juin 2002. (c) : « Oriana Fallaci a l’insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux. Elle met les pieds dans le plat, elle s’efforce de regarder la réalité en face », Alain Finkielkraut, Le Point, 24 mai 2003.
L’islamophobie radicale prend peu à peu le dessus sur toutes les autres haines. C’est la nouvelle peste du siècle, la nouvelle passion grégaire d’une humanité occidentale à la recherche du mépris des autres pour tenter de comprendre le sien. On observe ainsi que l’ensemble des extrêmes droites européennes se rallient peu à peu à l’islamophobie radicale tout en abandonnant leur antisémitisme traditionnel (ce que l’on peut saluer) et prennent pour modèle le sionisme. Car les extrêmes droites voient dans le sionisme tous les éléments de leur philosophie : rejet de l’autre, discriminations raciales, nationalisme, apartheid. C’est ainsi que l’on peut comprendre le geste fou de Breivik en Norvège : c’est, en partie, au nom du sionisme qu’il a commis son acte atroce, si l’on se réfère au manifeste qu’il a lui-même écrit. Ses victimes étaient des jeunes militants préparant des actes de boycott d’Israël afin de dénoncer le sort réservés aux Palestiniens. Le meurtrier était un islamophobe radical, lecteur et admirateur de Samuel Huntington et de Bat Ye’or. Dire cela, c’est s’exposer à être traité d’antisémite, même si l’on est Juif soi-même.
Cette islamophobie ambiante est radicale en ce sens qu’elle permet de légitimer l’usage, à une échelle globale, par les Occidentaux, de la violence la plus extrême (guerres, tortures, dommages collatéraux, terrorisme d’État) contre des populations musulmanes qui sont présentées comme coupables des crimes qu’elles subissent. Torturer un Musulman est considéré comme un acte de recherche de la vérité et non pas comme un acte barbare, cruel et inhumain. D’une certaine manière, l’islamophobie radicale implique la mise à mort de ‘l’autre’ Musulman au nom de la bonne conscience à toute épreuve de l’homme blanc occidental.
L’islamophobie radicale est également une idéologie totalitaire parce qu’elle prétend offrir une compréhension du monde totalisante et unique, un prisme universel à travers lequel tout devrait recevoir une explication simple, logique, définitive et qui donne systématiquement raison aux Occidentaux et à leurs crimes. Elle vise tout Musulman, d’ici ou d’ailleurs et est diffusée à travers l’ensemble des moyens médiatiques de masse qui reflètent et façonnent la représentation du monde des Occidentaux (dans les écrits des intellectuels de tous bords, les films ou séries télévisées).
Cette idéologie totalitaire est, enfin, un instrument de la géopolitique de la peur développée par les élites occidentales afin de continuer leurs prédations (coloniales) antérieures. Elle construit un ennemi imaginaire (le méchant musulman qui veut tuer le gentil blanc) à qui elle donne corps et substance à force de le désirer et, avec cet épouvantail, obtient, par la peur et l’effroi, le consentement (volontaire ou tacite) de ses populations à ses aventures capitalistes guerrières.
Le paradoxe apparent de l’islamophobie radicale, c’est que ses promoteurs s’allient volontiers avec l’Islam, lui aussi radical, d’inspiration wahhabito-salafiste, pour mettre en œuvre le choc des civilisations. Cela relève d’un faux paradoxe et d’une ambiguïté propre à servir les intérêts géopolitiques des Occidentaux et des Wahhabites.
Du côté de l’Occident, on développe le mal que l’on prétend combattre pour lui donner une réalité qu’il n’aurait pas autrement. En effet, sans l’appui apporté par l’Occident au terrorisme islamique wahhabite de l’Arabie saoudite et du Qatar (en Afghanistan, Serbie, Tchétchénie, Libye, Syrie ou lors du 11-Septembre, etc), ce terrorisme serait resté localisé et n’aurait jamais pu avoir l’envergure internationale qu’il a aujourd’hui. Sans ce terrorisme islamique globalisé, les guerres de conquête de l’Occident, sous couvert de lutte contre le terrorisme, n’auraient pas pu aussi facilement trouver les pretexes nécessaires à leur lancement tous azimuts. Du côté des salafistes, l’islamophobie occidentale justifie la mobilisation de l’islam radical face à l’Occident meutrier des Musulmans et donne le change aux populations musulmanes (principalement sunnites) opprimées par leurs dirigeants décadents qui font leurs emplettes à Paris, Londres ou New-York.
Il faudra beaucoup de courage aux citoyens de tous horizons religieux ou politiques pour oser défendre les Musulmans après tout les monceaux de haines et de calomnies qui auront été déversés sur eux. Il leur en faudra beaucoup aussi pour rester fidèles aux valeurs des Lumières qui font de tous les êtres des semblables, des égaux, des frères humains.
Aucun peuple ne mérite de critiques excessives, ni aucun peuple de louages exagérées. Ni haine ni angélisme, juste prendre ‘l’autre’ pour ce qu’il est : une part de nous-mêmes, ni meilleure, ni pire, juste le miroir de notre humanité.
Aujourd’hui l’inhumanité qui habite l’Occident s’en prend aux Musulmans comme hier elle s’en prenait aux Juifs. C’est cela qu’il faut avoir le courage de dire et de dénoncer. Parce que dénoncer les puissants, ce n’est pas de la délation, mais du civisme. Pour que cesse cette infamie des temps présents et que l’esprit des Lumières reprenne le dessus sur le soleil noir de l’Occident ; pour qu’un jour il ne soit pas interdit et considéré comme criminel de tendre la main à un Musulman.
[i] “La haine de l’Occident”, Jean Ziegler, chez Albin Michel, 2008.
[ii] Pour ce qui est du monde francophone, et sans vouloir être exhaustif, on peut citer les personnalités et groupes d’influence principaux qui se revendiquent de l’atlantisme/néoconservatisme et qui expriment des idées islamophobes, le plus souvent sous couvert de discours universitaires, géopolitiques, sociologiques, anthropologiques, etc. ; Alain Finkielkraut, André Glucksmann, Bernard Kouchner, Bernard-Heni Lévy, Alexandre Adler, Caroline Fourest, Frédéric Encel, Philippe Val, Francois Heisbourg, Mohamed Sifaoui, Jean-Claude Casanova, Pierre Rosanvallon, Alain Minc, Jean Daniel, Pierre-André Taguieff ; la revue Commentaire, la Fondation Saint Simon (dissoute en 1999), le Cercle de l’Oratoire, l’Institut Turgot, l’Atlantis Institute, les revues Le Meilleur des Mondes, La Règle du Jeu, etc.
[iii] Deux exemples frappants : (i) le licenciement de Richard Labévière de RFI en 2008 en raison de ses positions trop critiques envers Israël ; (ii) le livre de Stéphane Hessel “Indignez-vous” qui a valu à ce dernier d’être traité d’antisémite pour avoir dit dans son ouvrage que Gaza était la plus grande prison à ciel ouvert du monde.
[iv] Voir sur ce sujet, pour le monde anglo-saxon, le livre de Sherene Razack, “La chasse aux Musulmans”, Futur Proche, 2011.
[v] Citation reprise de “La chasse aux Musulmans”, op. cit, page 39.
[vi] “Les intellectuels faussaires”, Pascal Boniface, Éditions Gawsewitch, 2011.
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
9/14/2012
0
commentaires
Libellés : ISLAMOPHOBIE, MANIERES DE FAIRE
De l'organisation politique
Théorie et praxis : « L'organisation est la forme de la médiation entre la théorie et la pratique. Et comme dans tout rapport dialectique, ici aussi, les membres de la relation dialectique n'acquièrent réalité que dans et par leur médiation. Ce caractère de l'organisation, médiatrice entre la théorie et la praxis, apparaît le plus clairement dans le fait que l'organisation manifeste, pour la divergence entre les tendances, une sensibilité beaucoup plus grande, plus fine et plus sûre que tout autre domaine de la pensée et de l'action politiques. Alors que, dans la pure théorie, les conceptions et les tendances les plus diverses peuvent coexister en paix, leurs oppositions ne prenant que la forme de discussions qui peuvent se dérouler tranquillement dans le cadre d'une seule et même organisation sans la faire obligatoirement éclater, les mêmes questions se présentent, quand elles s'appliquent aux questions d'organisation, comme des tendances rigides et s'excluant l'une l'autre. Cependant, toute tendance ou divergence d'opinion « théorique » doit instantanément se transformer en question d'organisation, si elle ne veut pas rester simple théorie, opinion abstraite, si elle a réellement l'intention de montrer la voie de sa réalisation. Mais ce serait également une erreur de croire que la simple action est capable de fournir un critère réel et sûr pour juger de la justesse de conceptions qui s'opposent l'une à l'autre ou même de la possibilité ou de l'impossibilité de les concilier. Toute action est - en soi et pour soi - un entremêlement d'actions particulières d'hommes et de groupes particuliers qu'il est également faux de concevoir comme un devenir historique et social « nécessaire » motivé de façon parfaitement suffisante ou comme la conséquence de « fautes » ou de décisions « correctes » d'individus. Cet entremêlement confus n'acquiert sens et réalité que s'il est saisi dans sa totalité historique, c'est-à-dire dans sa fonction dans le processus historique, dans son rôle médiateur entre le passé et l'avenir. Or, une problématique qui saisit la connaissance d'une action comme connaissance de ses leçons pour l'avenir, comme réponse à la question : « Qu'y a-t-il à faire ? », pose déjà le problème sur le plan de l'organisation. Elle cherche à découvrir, dans l'estimation de la situation, dans la préparation et la direction de l'action, les moments qui, de la théorie, ont conduit nécessairement à une action qui lui soit le plus possible appropriée ; elle recherche donc les déterminations essentielles qui relient théorie et praxis.» (Lukacs)
Déclin inéluctable de la forme Parti : « Un ancien dispositif politique se défait. Les partis emportés par la logique institutionnelle ont perdu la capacité de porter une politisation populaire de plus en plus exigeante depuis une trentaine d’année déjà, tant sur les nouveaux champs de la politique que sur les formes contemporaines de l’action collective. Les années 70 ont vu l’affirmation des mouvements féministes ou écologistes et la montée de la thématique de l’autogestion. Les années 80 ont été celles de la question urbaine et des coordinations dans le champ des luttes sociales (cheminots, infirmières). Les années 90 celles du mouvement de décembre 1995, des sans papiers, du mouvement des chômeurs, de Seattle et de Porto Alegre, d’Act-up, du DAL, et de la démocratie participative. Mais cette visibilité de « l’extension du domaine de la lutte » a laissé en friche deux questions épineuses. D’abord l’apparition de nouveaux acteurs n’a pas occupé la place laissée vide par la disparition symbolique et politique d’un ancien acteur qui fut en son temps pensé comme central : la classe ouvrière. Là n’est pas la moindre des origines de l’oubli politique des couches populaires et de leur division symbolique dans le discours public entre les jeunes, les banlieues, les exclus, les immigrés et les autres. La dynamique de ressentiment qui en est résulté, de part et d’autre, conduit à des positionnements électoraux plus ou moins fluctuants de mise à l’écart qui vont de l’abstention au vote Front national en passant par le vote Lutte ouvrière. Et il est illusoire de penser que ce fossé pourra se combler par la résurrection volontariste d’une thématique de classe à l’ancienne. D’autre part, l’élargissement des espaces de mobilisation et de politisation, s’il a été plus ou moins pris en compte par le discours partisan, n’a pas été pris en compte dans une de ses dimensions essentielles : celle d’une remise en cause des conceptions traditionnelles de la politique dont la forme parti est un véritable condensé. De l’autogestion des années 70 à la démocratie participative d’aujourd’hui, en passant par le succès des notions de contre-pouvoir, ou par les pratiques de lobbying de certaines associations pourtant fort « politiques » dans leurs analyses, a-t-on pris la mesure du décentrage profond et large de la politique telle qu’elle se vit par rapport aux enjeux de pouvoir centraux ? On a parlé à ce propos de crise de la représentation ou de remise en cause de la délégation de pouvoir. A-t-on assez vu qu’à une nouvelle façon de construire du commun à partir de l’engagement individuel correspondait une nouvelle articulation du particulier et du général ? Que dans cette nouvelle culture en gestation, il est difficilement pensable de mettre les seuls enjeux institutionnels et gouvernementaux comme opérateurs centraux de la mise en cohérence ? L’allongement du catalogue programmatique, de ce point de vue est d’un effet limité. Autrement dit la « forme parti » n’est plus adéquate parce que le parti tel qu’il a été conçu au XX°siècle ne peut plus ramener à lui la multiplicité des politisations. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a plus besoin de moment politique généraliste et donc d’organisation spécifiquement politique. Cela veut dire que, les partis existant ne pouvant plus jouer ce rôle et la place étant laissée libre, la question de la médiation nécessaire entre la politique populaire et l’État est laissée en déshérence. Mais la crise, ou si l’on veut la combinaison de ces deux crises, ne se manifeste pas uniquement par une déconstruction de l’ancien. Certes, l’abstention des oubliés de la politique se combine avec celle de l’extériorité institutionnelle. Mais de part et d’autre se construisent aussi de nouvelles pratiques pour tenter de continuer de peser sur les choix collectifs malgré obstacles et ruptures. Le succès des populismes s’y enracine incontestablement. D’un autre côté on a vu s’exprimer aussi, dans la conjoncture courte, une pratique de masse, et finalement assez élaborée, d’instrumentalisation de la politique institutionnelle... À un moment où le mot de refondation est à la mode comme jamais, il nous faut prendre la mesure du point où nous en sommes : c’est toute la question de la constitution politique du « peuple » qui est à reprendre.» (Alain Bertho)
Protopolitique : « Le bidonville consacre la décision biologique du colonisé d’envahir coûte que coûte, et s’il le faut par les voies les plus souterraines, la citadelle ennemie. Le lumpen-prolétariat constitué et pesant de toutes ses forces sur la « sécurité » de la ville signifie le pourrissement irréversible, la gangrène installée au cœur de la domination coloniale. Alors les souteneurs, les voyous, les chômeurs, les droit commun, sollicités, se jettent dans la lutte de libération comme de robustes travailleurs.Ces désœuvrés, ces déclassés vont, par le canal de l’action militante et décisive retrouver le chemin de la nation. Ils ne se réhabilitent pas vis-à-vis de la société coloniale ou de la morale du dominateur. Tout au contraire, ils assument leur incapacité à entrer dans la cité autrement que par la force de la grenade ou du revolver. Ces chômeurs et ces sous-hommes se réhabilitent vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis de l’histoire. Les prostituées elles aussi, les bonnes à 2000 francs, les désespérées, tous ceux et toutes celles qui évoluent entre la folie et le suicide vont se rééquilibrer, vont se remettre en marche et participer de façon décisive à la grande procession de la nation réveillée.» (Frantz Fanon)
De l'infra-politique : « Jusqu’à il y a peu, la majeure partie de la vie politique active des groupes subalternes a été ignorée parce qu’elle a souvent lieu à un niveau que l’on reconnaît rarement comme politique. Pour les démocraties libérales occidentales modernes, seule l’action politique visible s’empare de ce qui fait sens dans la vie politique. Les succès historiques des libertés politiques d’expression et d’association ont considérablement réduit les risques et la difficulté d’une expression politique publique. Cependant, il n’y a pas si longtemps en Occident, et aujourd’hui encore, pour la plupart des minorités les moins privilégiées et pour les pauvres marginalisés, l’action politique au grand jour est loin d’être la part la plus importante de leur action politique en général. Porter une attention exclusive à la résistance déclarée ne nous permettra pas plus de comprendre le processus par lequel de nouvelles forces et exigences politiques germent avant de finalement fleurir sur la scène publique. Comment, par exemple, pourrions-nous comprendre le bouleversement manifeste qu’a représenté le Mouvement pour les droits civils ou le Mouvement du Black Power dans les années 1960, sans comprendre le discours « en coulisse » parmi les étudiants, les hommes d’églises et leurs paroissiens noirs ? Un long regard historique suffit pour se rendre compte que le luxe d’une opposition politique ouverte relativement protégée est à la fois rare et récent. La vaste majorité des gens ont toujours été et continuent d’être non pas des citoyens mais des sujets. Tant que notre conception du « politique » est réduite aux activités ouvertement déclarées, nous sommes amenés à conclure que la vie politique fait essentiellement défaut aux groupes subalternes ou se borne tout au plus à d’exceptionnels moments d’explosion sociale. Ce faisant, nous manquons le terrain politique immense qui existe entre inactivité et révolte et qui, qu’on s’en réjouisse ou non, constitue l’environnement politique des classes soumises. C’est se centrer sur l’arbre de la politique visible et ne pas voir la forêt qui se cache derrière. Toute forme de résistance déguisée, d’infra-politique, est le partenaire silencieux d’une forme de résistance publique bruyante. Ainsi, squatter la terre lopin par lopin est le pendant infra-politique des grandes invasions nomades : tous deux visent à éviter l’appropriation de la terre. Le squat ne peut avouer ses buts et constitue une stratégie qui convient parfaitement aux sujets qui n’ont pas de droits politiques. De même, la rumeur et les contes populaires de vengeance sont les pendants infra-politiques des gestes non dissimulés de mépris ou de profanation : c’est la dignité et le rang qui ont été retirés aux groupes subalternes que tous deux cherchent à restaurer. Rumeurs et contes ne peuvent agir directement et dire haut et fort leurs intentions et constituent ainsi une stratégie qui convient parfaitement aux sujets qui n’ont pas de droits politiques. De même encore, l’imaginaire millénariste et les renversements symboliques de la religion populaire sont les pendants infra-politiques des contre-idéologies radicales et publiques : c’est le symbolisme public de la domination idéologique que tous deux cherchent à nier. L’infra-politique est donc essentiellement une forme stratégique que la résistance des sujets doit prendre lorsqu’elle est soumise à un trop grand danger. Les impératifs stratégiques de l’infra-politique ne la rendent pas seulement différente en degré des politiques publiques des démocraties modernes : ils imposent une logique totalement différente de l’action politique. Aucune revendication publique n’est faite, aucune ligne symbolique n’est tracée. Toute action politique prend des formes conçues pour masquer ses intentions ou pour les dissimuler derrière un sens apparent. Pratiquement, personne n’agit en son nom pour des raisons voulues : cela irait à l’encontre du but recherché. C’est précisément parce qu’une telle action politique est scrupuleusement conçue pour être anonyme ou pour nier son but, que l’infra-politique appelle davantage qu’une interprétation réductrice. Les choses ne sont pas exactement ce qu’elles semblent être. La logique du déguisement suivie par l’infra-politique s’étend à son organisation autant qu’à sa substance. Une fois encore, la forme d’une organisation naît d’une nécessité politique autant que d’un choix politique. Parce que l’activité politique au grand jour est pratiquement exclue, la résistance est vouée à se construire dans des réseaux plus informels regroupant des membres de la famille, des voisins, des amis ou des membres de la communauté. Tout comme la résistance symbolique, que l’on trouve dans les différentes formes de culture populaire, peut contenir une signification innocente, les unités organisationnelles élémentaires de l’infra-politique ont une existence erratiquement innocente. Les attroupements au marché, les assemblées informelles de voisins, de familles ou de membres d’une même communauté fournissent une structure et une couverture à la résistance. Celle-ci est parfaitement adaptée pour éviter la surveillance car elle est menée individuellement, en petits groupes, et, lorsqu’elle est menée à plus grande échelle, a recours à l’anonymat de la culture populaire ou à de réels déguisements. Il n’y a pas de meneurs à serrer, pas de listes de membres à éplucher, pas de manifestes à dénoncer, pas de manifestations publiques qui attirent l’attention. Ces assemblées informelles sont, pourrait-on dire, les formes élémentaires de la vie politique sur lesquelles des formes plus élaborées, ouvertes et institutionnelles, peuvent être bâties, et dont ces mêmes formes sont susceptibles de dépendre pour garder leur vitalité. Ces formes élémentaires expliquent également pourquoi l’infra-politique échappe à l’attention. Si l’organisation politique publique et formelle appartient au royaume des élites (par exemple aux avocats, hommes politiques, révolutionnaires et chefs de partis), à celui de la trace écrite (résolutions, déclarations, nouvelles histoires, pétitions, procès) et à celui de l’action politique, l’infra-politique appartient quant à elle au royaume du leadership informel et de l’absence d’élite, à celui de la conversation et du discours oral, à celui de la résistance clandestine. La logique de l’infra-politique est de laisser peu de traces dans son sillage. En protégeant ses arrières, elle ne minimise pas seulement les risques encourus par ceux qui y participent, mais élimine également une grande partie des documents écrits susceptibles de convaincre les spécialistes de sciences humaines et les historiens que de la vraie politique serait en jeu. L’infra-politique est, à n’en point douter, de la vraie politique. À maints égards, elle est conduite de façon plus entière, a de plus grands enjeux et doit surmonter de plus grandes difficultés pour parvenir à ses fins, que la vie politique des démocraties libérales. On gagne du vrai terrain, ou on en perd vraiment. Les armées sont défaites et les révolutions facilitées par les désertions de l’infra-politique. De facto, les droits de propriété sont établis et remis en question. Les États sont confrontés à des crises fiscales ou budgétaires quand les petits stratagèmes accumulés par leurs sujets leur font perdre de la main d’œuvre et des impôts. Des sous-cultures vantant la dignité et les rêves de vengeance voient le jour et prennent de l’ampleur. Des discours contre-hégémoniques sont élaborés. Ainsi, comme nous l’avons montré précédemment, l’infra-politique explore, éprouve et attaque constamment les limites de ce qui est permis. Le moindre relâchement dans la surveillance ou la répression, le moindre atermoiement, menace de se transformer en grève déclarée, les contes populaires d’agression oblique menacent de se transformer en mépris avoué et en défit frontal, et les rêves millénaristes menacent de se transformer en politique révolutionnaire. De ce poste d’observation, on peut penser que l’infra-politique est une forme élémentaire de la politique — élémentaire dans le sens de fondamental. C’est la composante sans laquelle l’action politique élaborée et institutionnalisée n’existerait pas. Sous la tyrannie et la persécution, qui est la condition commune de la plupart des sujets historiques, c’est la vie politique. Et quand on détruit ou réduit les rares participations citoyennes à la vie politique publique, comme cela est souvent le cas, les formes élémentaires de l’infra-politique perdurent comme le moyen de défense souterrain des « sans pouvoir »....» (James C. Scott)
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
9/04/2012
0
commentaires
Libellés : MANIERES DE FAIRE
Inscription à :
Articles (Atom)







