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La Palestine est déjà un Etat

Quel Etat ? Quelles frontières ? Comment assurer le droit au retour des réfugiés ? Quel statut pour Jérusalem ? C’est aux Palestiniens, et à eux seuls de décider.

 Je peux, comme vous, avoir une opinion. Mais au regard de ce que souffre le peuple palestinien depuis un siècle, au regard des enjeux pour la vie quotidienne des Palestiniens, non, vraiment, je dois m’abstenir de tout ce qui peut conduire à penser à la place des autres. Le colonialisme commence par le celui de de la pensée. Ce n’est pas le genre de la maison.

En revanche, tout n’est pas en débat. Il existe des points de droit certains, et l’importance du moment, comme la confusion entretenue, appellent à mettre les points sur quelques « i ».

Brève histoire du concept de discrimination systémique

Nous voulons proposer dans ce texte quelques éléments d’une histoire du concept de discrimination systémique, afin d’éclairer le débat sur les discriminations racistes en France. En particulier, pour mettre en évidence le rôle joué par ce concept a celui qu’il peut jouer encore, à la fois dans le débat politique et la recherche scientifique dans le champ des questions liées à la place de l’immigration dans notre société, et des réalités des inégalités vécues par ses représentants.

 Nous nous intéresserons ici à l’émergence de ce concept dans le champ de la recherche scientifique, délaissant pour l’instant celui lié aux mouvements de revendication des premiers concernés et la manière dont ils ont pu contribué à sa production ou bien à le mobiliser, à s’en emparer, etc. ; puisque, dans tous les cas, les traces historiques de cette utilisation sont fragmentaires, c’est d’autant plus vrai dans le champ « militant ».

Réflexions sur l’expression « racisme anti-Blanc » (Françoise Vergès)



Depuis quelques années, des responsables politiques et des d’intellectuels interviennent pour dénoncer un « racisme anti-Blanc » en France.(1) Selon leurs déclarations, il ne ferait pas bon d’y être « blanc », cette couleur de peau incitant des insultes, des formes d’exclusion et même des coups de la part de « jeunes » dans certains quartiers. Les anecdotes s’accumulent sur la crainte, la peur, et le sentiment de ne plus être « chez soi », un « chez soi » menacé par des personnes qui ne partageraient par « nos valeurs ». Dans cette réorganisation du champ des victimes de discriminations, les « Blancs » seraient devenus des cibles mais sans recours parce que le racisme ayant été construit par les « anti-racistes professionnels » comme concernant exclusivement des personnes non-Blanches, ces nouvelles victimes du racisme ne seraient pas écoutées. D’où des protestations, des pétitions. (2)

Contre le racisme. Devoir d'insolence.

Le rappeur Saïdou du groupe Z.E.P (Zone d’expression populaire) et le sociologue et militant Saïd Bouamama ont été mis en examen pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » sur une plainte de l’Agrif, un groupe d’extrême droite nostalgique de l’Algérie française. En cause, un ouvrage et une chanson du même nom, Nique la France, qui assènent en refrain :

« Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes / Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes. »

Gaza : un message pour le monde...


En cette Journée des enfants… C’est le septième jour de l’escalade israélienne contre Gaza.

J’avoue que je ne suis pas assez forte pour supporter toutes ces choses horribles, c’est tellement difficile de voir un innocent tué d’une manière si atroce. Des civils sont tués, des personnes âgées sont tuées, des femmes sont tuées et des enfants aussi sont tués… De quoi sont-ils coupables pour mériter ce qui leur est arrivé ? Quelle scène ironique, alors que le monde célèbre la Journée des enfants, l’agression sioniste a tué plus de 26 enfants de Gaza. Alors qu’Israël est le pays le plus démocratique du Moyen-Orient. Alors j’emmerde une telle démocratie !

Indiens de Palestine

« D’un bout à l’autre, il s’agira de faire comme si le peuple palestinien, non seulement ne devait plus être, mais n’avait jamais été. Les conquérants étaient de ceux qui avaient subi eux-mêmes le plus grand génocide de l’histoire. De ce génocide, les sionistes avaient fait un mal absolu. Mais transformer le plus grand génocide de l’histoire en mal absolu, c’est une vision religieuse et mystique, ce n’est pas une vision historique. Elle n’arrête pas le mal ; au contraire, elle le propage, elle le fait retomber sur d’autres innocents, elle exige une réparation qui fait subir à ces autres une partie de ce que les juifs ont subi (l’expulsion, la mise en ghetto, la disparition comme peuple). Avec des moyens plus “froids” que le génocide, on veut aboutir au même résultat.

Mort lente : punition par les détails


Outre les inconvénients physiques évidents, la longue maladie inspire un terrible sentiment d’impuissance, mais elle offre aussi des moments de lucidité qui sont évidemment précieux. Ces trois derniers mois, j’ai été hospitalisé plusieurs fois, et j’ai eu des journées marquées par de longs et pénibles traitements, des transfusions sanguines, des analyses interminables, des heures et des heures improductives passées à regarder le plafond, à drainer la fatigue et la maladie, incapable de travailler normalement, et à penser, penser, penser.

« Le mythe de l’islamisation. Essai sur une obsession collective » (Introduction)

Au milieu des années 2000, un mot étrange commence à imprégner les débats publics dans la plupart des sociétés européennes : islamisation. Les musulmans, dont le nombre s’accroîtrait dangereusement, chercheraient à submerger et, in fine, à dissoudre les cultures nationales. Des mouvements se fédèrent autour de cette angoisse nouvelle. L’English Defense League, issue de supporters de football fanatiques, puis la Dutch Defense League, la Ligue de défense française, le Bloc identitaire, l’European Defense League ou l’Observatoire de l’islamisation sont autant d’associations apparues en ce début de XXIe siècle entièrement vouées à la lutte contre l’islam.

 Ces organisations très actives sont idéologiquement nourries de thèses conspirationnistes, dont une des plus populaires, connue sous le nom d’« Eurabia », a été lancée en 2005 par l’universitaire britannique née en Égypte Bat Y’eor. Selon celle- ci, il existerait un axe secret arabo musulman-européen : une Europe moralement décadente et économiquement fragilisée depuis les chocs pétroliers des années 1970 aurait été en quelque sorte corrompue (soudoyée en particulier à coup de pétrodollars) par les pays arabes en échange de l’ouverture béante de ses frontières aux musulmans et de sa complaisance illimitée face à l’islam. Du point de vue des relations internationales, une politique aveuglément pro-arabe en général et pro palestinienne en particulier serait une des illustrations de cette entente secrète. Du point de vue intérieur, le laisser faire face à l’immigration massive de musulmans déferlant sur l’Europe – et devenus de plus en plus revendicatifs – serait une autre preuve de la vassalisation progressive du continent.

« Black and Red. Les mouvements noirs et la gauche américaine» (Introduction)

À la fin du mois d’août 2005, l’ouragan Katrina frappait le golfe du Mexique, dévastant des zones entières du Mississippi, de la Louisiane et de l’Alabama[1]. Katrina révéla quelles étaient les priorités du gouvernement des États-Unis, qui abandonna des milliers de personnes à leur sort. Katrina montra également – ou, plus exactement, montra à nouveau – que les Afro-Américains étaient les victimes d’un racisme profondément enraciné. Alors que les écrans de télévision du monde entier diffusaient des images de dévastation et de désespoir, le chef de la Federal Emergency Management Agency, l’agence gouvernementale chargée de la gestion de pareils désastres, reprochait en substance aux victimes d’être là où elles se trouvaient. Après tout, expliquait Michael Chertoff, le secrétaire du Department of Homeland Security[2], les gens auraient dû quitter la ville comme le leur avaient conseillé les autorités locales[3].

 Il omettait d’informer que l’ordre d’évacuation avait été donné tardivement et qu’une forte proportion des pauvres de la Nouvelle-Orléans – Noirs pour la plupart – n’avaient ni les moyens de quitter la ville ni nulle part où aller. Le message de l’administration Bush était clair : « Si vous êtes pauvre et noir, vous n’avez vraiment pas de chance. Vous n’êtes pas une priorité. »

« Les discriminations racistes : une arme de division massive » (Préface)

Certains diront : encore un livre sur les discriminations ! Ce sont les mêmes qui disent : « Assez de repentance ! » - comme s’il y avait eu le début de l’ombre d’une repentance - applaudis par tous ceux pour qui le pire cauchemar serait d’avoir à s’excuser de leurs ignominies ou de celles de leurs pères et frères. Arrogance du dominant, et arrogance française. Ou peut-être retard français : peut-on imaginer les Anglais parler aujourd’hui de la colonisation de l’Inde et la défendre en disant : « mais nous avons fait des routes et des hôpitaux » ?

Eh bien non, ce n’est pas « encore » un livre sur les discriminations mais enfin un livre sur les discriminations. Les discriminations racistes. Mais enfin, dira-t-on, depuis le temps qu’on parle du racisme ! C’est vrai. Mais de quoi parle-t-on ? Qu’entend-on par racisme ? Depuis le temps qu’on en parle, que des universitaires, des chercheurs du CNRS, des sociologues, des philosophes, écrivent des livres sur le sujet ? Ces livres, pour la majorité d’entre eux, parlent des individus racistes et de leurs idées. Ils ne sont pas à dédaigner, loin de là. Mais, quand dans son livre pionnier, paru en 1972, Colette Guillaumin parlait de l’Idéologie raciste, elle incluait dans l’idéologie les représentations et les pratiques, pas seulement les idées. Puis, dans les années 80, les idées des racistes - ou des sexistes - leurs « préjugés », sont devenus le seul centre d’intérêt des chercheurs. Les plus connus des spécialistes du racisme en France sont les chercheurs qui ont analysé les théories racistes, qui ont distingué des époques, des nuances, des écoles : le racisme « biologique » précédant le racisme « culturel », le racisme du prolétariat à distinguer du racisme des bourgeois ; le racisme nazi, le racisme français, le racisme espagnol ; l’histoire des idées racistes, la structure philosophique des idées racistes. Ce n’est pas inintéressant. Et cela meuble : pendant ce temps, on avait l’impression que le terrain était occupé, et certainement, sur le plan de l’institution universitaire, il l’était ; l’impression qu’on progressait dans la connaissance du racisme, qu’on allait pouvoir lutter contre.

« L'islam imaginaire » (Introduction)

La République, la télévision et leurs « musulmans »

« Il ne faut surtout pas partir en guerre contre une religion ni lui donner le sentiment d’être victime d’un ostracisme. Cela étant, tout dépend de l’image que donnera l’islam de lui-même. Si telle ou telle religion a un comportement agressif, il ne faut pas s’étonner que cela suscite des réactions », indiquait au Monde, en juillet 2003, le médiateur de la République Bernard Stasi[1].

Il venait d’être nommé par Jacques Chirac à la tête de la commission de réflexion sur la laïcité qui proposera quelques mois plus tard une loi interdisant les « signes ostensibles » dans les établissements scolaires. Une religion a-t-elle des « sentiments », des « comportements » ?

« Nous, les nègres »

Trois entretiens de 1963, avec une préface inédite d’Albert Memmi, posant d’emblée que les Noirs d’Amérique ont subi deux traumatismes : celui de l’esclavage, et celui de la décolonisation, mais oubliant le troisième traumatisme : celui de la décolonisation, qui n’aura été qu’une privatisation de la colonisation, et dont un pays comme la France porte toujours les stigmates.

 Trois entretiens menés par Kenneth B. Clark, interrogeant des trajectoires individuelles, suscitant chaque fois un récit de vie, réticent dans le cas de Malcom X, souvent exaspéré par ce ton de conversation qu’il refuse à juste titre, contredisant Kenneth Clark pour le ramener à ce qui seul compte à ses yeux : l’état des lieux de la souffrance noire, quand Clark voudrait construire autour d’eux une sorte de mythe, en faire des effigies commodes derrière lesquelles dissimuler, justement, et la souffrance et la colère noire.

Obama, le nouveau logo de la marque Amérique

Soirée électorale US à la TV : Emmanuel Cassandre Todd est invité à commenter à chaud l’élection de Barack Obama. Et là, on apprécie l’autisme médiatique. Dés que Todd tente de sortir de l’obamania ronronnante, le grondeur Bourdin (BFMTV) adopte aussitôt un regard vitreux, fixe et vide ; il ponctue toute analyse objective de Todd sur la déliquescence des USA par des "oui, oui, oui" automatiques et boudeurs. Quand décidément le récalcitrant Todd peine à entrer dans la communion obamaesque exigée de lui, un exaspéré "Mais vous n’êtes pas anti-américain ?" est lancé. Excédé, Bourdin interroge le correspondant à Washington : "Avez-vous un sentiment d’irrationnel dans cette victoire ?" Alors le correspondant, d’un air inspiré : "Non, ici dominait surtout l’émotion"... l’ingénu ! Et cela a continué sur Europe 1 où le journaliste, frappé d’extase, annonce, trémolos à l’appui, que le temps est exceptionnellement beau pour cet embrasement électoral.

Portrait de l’intellectuel colonisé


L’intellectuel colonisé est une créature de l’Empire. Ainsi il a fait de brillantes études dans une de ses grandes universités. Il a été un étudiant modèle et il maîtrise parfaitement les savoirs qu’on lui a inculqués. Sa maîtrise est d’ailleurs telle qu’elle parvient à épater les interlocuteurs de l’Empire. Ils sont surpris par son éloquence et sa faculté à dompter la langue dominante, faculté qui est de loin supérieure à celle des autochtones. Il n’a le plus souvent aucun accent et il sait démêler toutes les nuances de la langue. Il ne le s’avouera jamais mais il éprouve une réelle satisfaction quand ses confrères, les intellectuels de l’Empire, reconnaissent son talent. Et rien n’est plus agréable que d’accéder à la légitimité aux yeux de ceux qui, depuis toujours, le fascinent. Il est ainsi ravi quand on lui dit que ‘vous parlez notre langue merveilleusement bien’ ou encore ‘vous êtes l’un des nôtres’. Il a toujours désiré cette reconnaissance, elle lui démontre, de façon incontestable, qu’il est quelqu’un.

Racisme légal


A la fin du dix-neuvième siècle, en France, le gouvernement républicain mené par son chef, Jules Ferry, entame une lutte acharnée contre les congrégations religieuses, qui dominent le monde de l’éducation, et entreprend d’instaurer l’école laïque obligatoire. Ce combat trouvera son dénouement avec la loi de 1905, dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui renvoie le clergé à ses seules occupations spirituelles. Cette lutte contre la mainmise du religieux sur la vie civile constitue, de l’avis général, une étape importante dans l’émancipation de la conscience humaine.

 Cet idyllique tableau mérite toutefois d’être relativisé. Pour les mouvements d’extrême gauche de l’époque (dont alors la majeure partie des socialistes), il ne s’agissait ni plus ni moins que de la poudre aux yeux, destinée à donner l’impression d’une avancée démocratique majeure, mais sans toucher à l’ordre social. Bien au contraire, sous ce vernis de modernisme, une nouvelle classe dominante – la bourgeoisie d’affaires – prenait définitivement les commandes en faisant coup double: elle portait un coup fatal à la mouvance monarchiste, qui avait pu compter en tout temps sur son allié le clergé pour asseoir sa domination à grands renforts de superstition et de trahison de la parole chrétienne originelle, et donnait au peuple l’impression de se préoccuper du bien collectif. Pour l’historien Henri Guillemin, «Jules Ferry a remplacé le curé par l’instituteur comme supplétif du pouvoir.» Et Jules Guesde, leader du Parti socialiste de France, flairant la manœuvre, déclarait en 1904: «On n’a rien fait contre le congrégations les plus dangereuses, celles qui spéculent sur la misère, la faim et la maladie ouvrières. L’anticléricalisme dont on fait parade a surtout pour but de détourner les travailleurs de leur lutte contre le capitalisme