Certains diront : encore un livre sur les discriminations ! Ce sont les mêmes qui disent : « Assez de repentance ! » - comme s’il y avait eu le début de l’ombre d’une repentance - applaudis par tous ceux pour qui le pire cauchemar serait d’avoir à s’excuser de leurs ignominies ou de celles de leurs pères et frères. Arrogance du dominant, et arrogance française. Ou peut-être retard français : peut-on imaginer les Anglais parler aujourd’hui de la colonisation de l’Inde et la défendre en disant : « mais nous avons fait des routes et des hôpitaux » ?
Eh bien non, ce n’est pas « encore » un livre sur les discriminations mais enfin un livre sur les discriminations. Les discriminations racistes. Mais enfin, dira-t-on, depuis le temps qu’on parle du racisme ! C’est vrai. Mais de quoi parle-t-on ? Qu’entend-on par racisme ? Depuis le temps qu’on en parle, que des universitaires, des chercheurs du CNRS, des sociologues, des philosophes, écrivent des livres sur le sujet ? Ces livres, pour la majorité d’entre eux, parlent des individus racistes et de leurs idées. Ils ne sont pas à dédaigner, loin de là. Mais, quand dans son livre pionnier, paru en 1972, Colette Guillaumin parlait de l’
Idéologie raciste, elle incluait dans l’idéologie les représentations et les pratiques, pas seulement les idées. Puis, dans les années 80, les idées des racistes - ou des sexistes - leurs « préjugés », sont devenus le seul centre d’intérêt des chercheurs. Les plus connus des spécialistes du racisme en France sont les chercheurs qui ont analysé les théories racistes, qui ont distingué des époques, des nuances, des écoles : le racisme « biologique » précédant le racisme « culturel », le racisme du prolétariat à distinguer du racisme des bourgeois ; le racisme nazi, le racisme français, le racisme espagnol ; l’histoire des idées racistes, la structure philosophique des idées racistes. Ce n’est pas inintéressant. Et cela meuble : pendant ce temps, on avait l’impression que le terrain était occupé, et certainement, sur le plan de l’institution universitaire, il l’était ; l’impression qu’on progressait dans la connaissance du racisme, qu’on allait pouvoir lutter contre.