De l' « intellectuel indigène », hommage à Frantz Fanon
« Si j’ai tant cité Fanon, c’est parce qu’il exprime en termes plus tranchés et décisifs que tout autre un immense basculement culturel, du terrain de l’indépendance nationale au champ théorique de la libération. [...] Fanon est inintelligible si l’on ne voit pas que son œuvre est une réaction à des constructions théoriques produites par la culture du capitalisme occidental tardif, reçue par l’intellectuel indigène du tiers monde comme une culture d’oppression et d’asservissement colonial. Toute l’œuvre de Fanon est un effort pour surmonter les limites invétérées de ces constructions théoriques par un acte de volonté politique, de les retourner contre leur auteur, afin de pouvoir, selon l'expression qu'il emprunte à Césaire, inventer des âmes nouvelles. Avec une grande perspicacité, Fanon lie la conquête de l'Histoire par le colon au mode de vérité de l'impérialisme, auquel préside les grands mythes de la culture occidentale. Le colon fait l'histoire. Sa vie est une épopée, une odyssée. Il est le commencement absolu : « Cette terre, c'est nous qui l'avons faite ». Il est la cause continuée : « Si nous partons, tout est perdu, cette terre retournera au Moyen Age ». En face de lui, des êtres engourdis, travaillés de l'intérieur par la fièvre et les « coutumes ancestrales », constituent un cadre quasi minéral au dynamisme novateur du mercantilisme colonial. Comme Freud fouillait les soubassements de l'édifice de la raison occidentale, comme Marx et Nietzsche réinterprétaient les données réifiées de la société bourgeoise en montrant l'élément primitif mais productif de la domination et de l’accumulation, Fanon lit l'humanisme occidental en transférant physiquement l'imposant bloc cyclopéen du « socle gréco-latin » dans la zone engagée par le colonialisme, où « cette sentinelle factice est pulvérisée ». Juxtaposé à son avilissement quotidien, par les colons européens, l'humanisme occidental ne peut survivre. Dans l'éloquence subversive de l'écriture de Fanon, un esprit très conscient répète délibérément, et ironiquement, la tactique de la culture qui a son sens l'a opprimé. La différence entre Freud, Marx, Nietzsche et l' « intellectuel indigène » de Fanon, c'est que ce penseur colonial tardif situe ses prédécesseurs géographiquement – ils sont d'Occident – pour mieux libérer leurs énergies de la matrice culturelle répressive qui les a produite. En les percevant contradictoirement comme interne au système colonial et potentiellement en guerre contre lui, Fanon clôt le chapitre contre l'Empire et annonce une ère nouvelle...». (Edward Saïd, Culture et impérialisme)
Les Damnés de la Terre (en PDF)
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7/29/2011
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Les identités prédatrices
« Je qualifie de prédatrices ces identités dont la construction et la mobilisation sociales exigent l'extinction d'autres catégories sociales proches, considérées comme des menaces pour l'existence d'un certain groupe défini comme un « nous ».
Les identités prédatrices émergent périodiquement de paires d’identités – et parfois d’ensembles supérieurs à deux – ayant une longue histoire de contacts proches, de mélanges, et d’un certain degré de stéréotypage mutuel. Cette histoire a pu se ponctuée ou non de violences occasionnelles, mais elle implique toujours un certain niveau d’identification par contraste.
L’un des éléments de ces paires d’identité devient souvent prédateur en se mobilisant et en se concevant comme une majorité menacée. Ce type de mobilisation est le mouvement clé qui transforme une identité sociale bienveillante en une identité prédatrice.
La transformation d’un ethnos en une nation moderne sert souvent le fondement à l’émergence d’identités prédatrices affirmant que leur propre survie dépend de l’extinction d’une autre collectivité. Les identités prédatrices sont presque toujours des identités majoritaires, fondées sur l’affirmation d’une majorité menacée et parlant en son nom. En fait, dans bien des cas, il s’agit de prétention de majorités culturelles cherchant à être exclusivement ou exhaustivement liées à l’identité de la nation.
Ces prétentions sont parfois formulées en terme de majorités religieuses, linguistiques, raciales ou d’autres sortes. Le discours de ces majorités mobilisées contient souvent l’idée qu’elles sont en danger de devenir elles-mêmes des minorités à moins qu’une autre ne disparaisse, ce qui explique que ces groupes prédateurs aient souvent recours à des arguments pseudo-démographiques sur le taux de natalité galopant chez leur ennemi de la minorité cible. Les identités prédatrices surgissent donc dans ces circonstances où les majorités et les minorités peuvent plausiblement être perçues comme en danger d’échanger leurs places.
Les ingrédient historiques de cette transformation semblent être les suivants : la capture de l’Etat par des partis ou d’autres groupes ayant misé politiquement sur une idéologie nationaliste racialisée ; la disposition d’instruments et de techniques de recensement qui encouragent les communautés énumérées à devenir des normes pour l’idée de communautés elle-même ; une sensation de décalage entre les frontières politiques et des populations communautaires qui redonnent vie à une famille ethnique politiquement abandonnée ; et une campagne de peur à l’intention des majorités numériques, qui les persuadent qu’elles sont en danger d’être détruites par les minorités… » (Arjun Appadurai, Géographie de la colère)
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7/27/2011
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Libellés : IDENTITE
Le mythe de l’Europe islamisée
L’Europe est-elle sur le point d’être submergée par les musulmans ? C’est ce que semblent penser un certain nombre d’éminents politiques et journalistes européens et américains. “Une société musulmane jeune à l’est et au sud de la Méditerranée est en passe de coloniser – le terme n’est pas trop fort – une Europe sénescente”, prédit ainsi l’historien britannique Niall Ferguson. Et, à en croire le journaliste américain Christopher Caldwell – que The Observer qualifiait récemment d’“observateur lucide et vivifiant de l’angélisme européen” –, les musulmans sont en train de conquérir “les villes européennes, rue après rue”. Peu importe que les musulmans ne représentent que 3 % à 4 % des 493 millions d’habitants de l’Union européenne. Dans son livre Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam, and the West [Réflexions sur la révolution en Europe : immigration, islam et Occident], Caldwell écrit : “Les minorités peuvent imprimer leur marque sur les pays. Elles peuvent les conquérir. Il y avait sans doute moins de bolcheviks dans la Russie de 1917 qu’il n’y a d’islamistes en Europe aujourd’hui.”
Visiblement, à l’en croire, ce n’est pas seulement l’islamisme, mais aussi la forte croissance démographique des musulmans, qui transforme aujourd’hui l’Europe en “Eurabie”. Le taux de natalité chez les immigrés musulmans est en baisse et se rapproche des moyennes nationales, selon une récente étude publiée par le Financial Times. Mais les cultures “avancées”, affirme Caldwell dans son livre, “ont maintes fois par le passé sous-estimé leur vulnérabilité face aux cultures ‘primitives’”. Comme le disait récemment The Daily Telegraph, citant Caldwell, la Grande-Bretagne et l’Union Européenne (UE) n’ont pas fait cas de la “bombe démographique à retardement” qui se cache en leur sein. Caldwell se garde d’émettre des hypothèses sur ce que l’Europe fera ou devrait faire pour expier l’erreur d’avoir permis à une minorité perfide de prospérer. Le journaliste canadien Mark Steyn, salué par le romancier Martin Amis comme un “grand diseur de l’indicible”, n’hésite pas, lui, à le faire dans son best-seller de 2006 America Alone: The End of the World as We Know It [L’Amérique seule : la fin d’une époque], où l’on peut lire : “A l’ère de la démocratie, il n’y a qu’une façon de lutter contre la démographie – la guerre civile. Les Serbes l’ont compris, comme le comprendront d’autres pays d’Europe continentale dans les années à venir : si vous ne pouvez pas faire plus d’enfants que l’ennemi, éliminez-le.”
“Seule façon de lutter contre la démographie : la guerre civile”
L’essayiste américain Bruce Bawer, dont le livre de 2006 While Europe Slept: How Radical Islam Is Destroying the West from Within [Pendant que l’Europe dormait : comment l’islam radical détruit l’Occident de l’intérieur] avait été sélectionné pour le Prix américain de la critique, propose que les fonctionnaires européens, qui sont “en mesure d’expulser des gens par charters entiers chaque jour”, “commencent dès demain le sauvetage de l’Europe”. On trouve même désormais des politiques prêts à faire l’“indicible”. Le député néerlandais Geert Wilders, dont le parti [islamophobe et antieuropéen] a été l’un des grands vainqueurs à droite des élections européennes de juin dernier, propose d’expulser d’Europe des millions de musulmans. De nombreux politiques et commentateurs se refusent à dénoncer le foulard islamique comme étant une “opération terroriste”, selon les termes du philosophe français André Glucksmann, ou à considérer la polémiste et ancienne députée néerlandaise d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, employée à l’heure actuelle par un think tank néoconservateur américain, comme le Luther de l’islam. Mais ces sceptiques, juge Bruce Bawer dans son nouveau livre Surrender: Appeasing Islam, Sacrificing Freedom [Capitulation : ménager l’islam, sacrifier la liberté], sont autant les dupes de l’“islamo-fascisme” que le sont les tenants du multiculturalisme.
Lors d’une conférence privée en Suède, il y a deux ou trois ans, j’ai vu certains des universitaires, journalistes et éditorialistes anglo-américains les plus en vue dénoncer l’essayiste anglo-néerlandais Ian Buruma, l’historien britannique Timothy Garton Ash et d’autres détracteurs d’Ayaan Hirsi Ali avec plus d’acharnement encore que ce que Caldwell appelle “l’indigence, la servitude, la violence et la médiocrité des sociétés musulmanes du monde entier”. Cette rage et ce mépris étaient proprement stupéfiants. Unique représentant du monde musulman parmi nous, un universitaire turc protesta à plusieurs reprises, en vain. Il déplora par la suite dans la presse l’“islamophobie”, qui complique d’autant plus l’adhésion de son pays à l’UE. Alors qu’elle a emprunté quasiment toutes les voies de la modernité occidentale, la Turquie découvre que l’Europe a plutôt envie de l’utiliser comme repoussoir. Pour l’extrême droite autrichienne du FPÖ, la vieille rivale de la chrétienté n’est pas la bienvenue en Europe, car “elle n’a vécu ni la Renaissance ni le siècle des Lumières” et parce que “l’une des valeurs les plus chères aux Européens, la tolérance, ne compte pas en Turquie”.
Pourtant, comme le souligne l’historien Tony Judt, l’idée moderne d’Europe – incarnation présumée de la démocratie, des droits de l’homme, de l’égalité entre les sexes et de bien d’autres bonnes choses – efface bien opportunément de la mémoire collective les crimes brutaux dont tous les Etats européens ou presque furent complices.
Les enquêtes d’opinion ne cessent de montrer que le musulman européen moyen est pauvre, conservateur sur les questions de société, qu’il se sent discriminé, mais aussi, le plus souvent, satisfait, plein d’espoir pour ses enfants et tout aussi désireux que son semblable non musulman de continuer à vivre normalement. D’abord élevé, le taux de natalité chez les musulmans d’Europe diminue à mesure qu’augmente leur niveau d’instruction. Le contact avec la modernité laïque éloigne par ailleurs nombre de ces immigrés de leur religion traditionnelle : en France, seuls 5 % des musulmans se rendent régulièrement à la mosquée et, ailleurs aussi, les “musulmans culturels” non pratiquants sont la majorité.
Les musulmans ordinaires d’Europe, démoralisés à force d’être en permanence l’objet de la suspicion et du mépris, sont loin de se considérer comme une communauté politiquement puissante, ou même soudée, et a fortiori comme des conquérants. Comment expliquer, dès lors, cette prolifération de best-sellers aux titres tonitruants ? Aucun de leurs auteurs, le plus souvent américains et néoconservateurs, n’était connu auparavant pour sa connaissance des sociétés musulmanes ; tous tombent dans le travers de ce que le philosophe canadien Charles Taylor appelle la “pensée en bloc”, pensée qui “amalgame une réalité variée en une unité indissoluble”. L’idée d’un islam européen monolithique est particulièrement peu convaincante quand on voit la diversité des origines, des langues, des situations juridiques et des pratiques culturelles et religieuses des musulmans d’Europe. De nombreux “musulmans” venus de la Turquie laïque ou des cultures syncrétiques du Sindh ou de Java se verraient condamnés pour apostasie en Arabie Saoudite, pays dont le fondamentalisme wahhabite influence le plus souvent l’idée que l’on se fait de l’islam en Occident.
Le chômage, la discrimination, ainsi que la désorientation qu’éprouvent souvent les enfants et petits-enfants d’immigrés accroissent la vulnérabilité des jeunes musulmans d’Europe face aux formes mondialisées de l’islam politique, dont de nombreuses versions intégristes colportent auprès d’individus désemparés l’aphrodisiaque d’une oumma retrouvée. Seule une infime minorité toutefois est séduite par la violence terroriste ou prête à la justifier. Rien d’étonnant, d’ailleurs, à ce que la plupart de ces musulmans-là vivent en Grande-Bretagne, le pays d’Europe le plus impliqué dans cette calamiteuse “guerre contre la terreur” dont le chef de la diplomatie britannique, David Miliband, à l’instar de Barack Obama, admet désormais qu’elle pouvait être comprise comme une guerre contre les musulmans.
Peut-on tolérer l’expression des différences religieuses ?
Entretenue par la presse tabloïd et par des politiciens opportunistes, une paranoïa assimilant les musulmans à l’extrémisme couve en Europe depuis le 11 septembre 2001. Début août, une mini-émeute a éclaté à Birmingham après un accrochage entre un groupe disant représenter “le peuple anglais, des milieux d’affaires aux hooligans”, qui manifestait contre l’“islam radical”, et des hommes originaires du sous-continent indien. Heureusement, le bon sens et les bonnes manières de la grande majorité des Européens continuent de prévaloir au quotidien dans les échanges au sein de la société civile ; ce bon voisinage instinctif pourrait se révéler plus efficace que les nombreuses initiatives des Etats pour assurer la paix entre les différentes communautés.
Comme tant d’autres néoconservateurs, Christopher Caldwell semble moins préoccupé par une révolution musulmane – dans laquelle il a sans doute l’intelligence de ne voir qu’un concept accrocheur parfait pour les plateaux de télévision – que par les capitulards européens, sur lesquels il ne faudra pas compter pour prêter main-forte à la puissance déclinante des Etats-Unis.
Le héros grincheux du roman de Saul Bellow La Planète de M. Sammler [Gallimard, 1972] peste contre “l’Amérique blanche et protestante qui n’a pas su maintenir l’ordre” dans les années 1960 et “a lâchement capitulé” devant des minorités agressives. Sammler, néoconservateur avant l’heure, est convaincu que les vieilles élites américaines “aspirent secrètement à se rabaisser et à se mélanger avec toute la populace issue des minorités et à hurler contre elles-mêmes”. Caldwell semble être exaspéré de la même manière par la haine de soi des Européens blancs de gauche. “Pour la première fois depuis des siècles, écrit-il, les Européens vivent dans un monde qu’ils n’ont pour l’essentiel pas fait eux-mêmes.” Plus alarmant encore, la responsabilité de faire le monde commence désormais à échapper aux Etats-Unis eux-mêmes et, même si Caldwell ne le reconnaît jamais explicitement, l’angoisse et la peur assombrissent chaque page de son livre.
Un conservateur mieux avisé que Caldwell aurait utilement examiné comment le capitalisme néolibéral, tout en enrichissant les élites transnationales de l’Europe, a détricoté les vieilles cultures et solidarités du continent. En Europe comme en Inde ou en Chine, la mondialisation suscite de grandes peurs liées aux inégalités et au chômage, alimentant de nouveaux nationalismes xénophobes et un sentiment de rejet à l’égard des minorités ethniques et religieuses. Comme le remarque le sociologue et anthropologue Arjun Appadurai dans Géographie de la colère : la violence à l’âge de la globalisation (Payot, 2007), les minorités sont les principaux “sites où se déplacent les angoisses de nombreux Etats quant à leur propre minorité ou marginalité (réelle ou imaginée) dans un monde marqué par une poignée de macro-Etats, par des flux économiques sans entraves et des souverainetés compromises”.
Cela explique au moins en partie que quelques centaines de femmes portant le foulard aient pu déchaîner à ce point les passions dans un Etat-nation dont l’insignifiance géopolitique et culturelle de ces dernières années n’a été que partiellement masquée par l’hyperactivité de son président, Nicolas Sarkozy. Dans The Politics of the Veil [La politique du voile], l’historienne américaine Joan Wallach Scott explique que l’interdiction d’un morceau d’étoffe couvrant la tête et le cou était une façon d’affirmer une “France imaginée”, “laïque, individualiste et culturellement homogène”, “qui devenait réelle dès lors que l’on excluait de la nation les dangereux ‘autres’”. Elle montre que les jeunes musulmanes françaises, pourtant directement concernées par la loi sur le foulard, ont été “étonnamment absentes du débat” en France, débat dominé par des intellectuels et des politiques cherchant désespérément à définir cet “autre” dangereux.
Accéder à la sphère publique ou basculer dans l’extrémisme
On a fait du voile, écrit Joan Wallach Scott, un “signe de la différence irréductible entre l’islam et la France”. Ailleurs aussi, politiciens et journalistes, de droite comme de gauche, se demandent de façon purement rhétorique si l’“islam”, censé imposer une loi divine implacable à l’ensemble des musulmans, est compatible avec les valeurs “européennes” de raison et de tolérance, censément issues des Lumières. En réalité, les choix quotidiens de la plupart des musulmans d’Europe sont plus dictés par leur expérience des économies et des cultures mondialisées que par le Coran ou la charia. Beaucoup de musulmans européens souffrent des pathologies habituelles chez les communautés rurales traditionnelles transplantées dans des cultures urbaines laïques : la rencontre avec l’individualisme socio-économique provoque immanquablement une crise de l’autorité au sein de la cellule familiale et des maux tels que le mariage forcé, les mauvais traitements infligés aux femmes ou le sectarisme radical. Dans la pratique, toutefois, des millions de musulmans, qui ont souvent fait l’amère expérience d’Etats autoritaires, vivent une coexistence paisible et reconnaissante avec des régimes attachés à la démocratie, la liberté de culte et l’égalité devant la loi.
Pour nombre de ces musulmans aspirant à être des citoyens égaux et à part entière, deux questions pressantes se posent : la tradition de tolérance de nombreux Etats-nations européens, qui a toujours présupposé l’homogénéité culturelle, est-elle compatible avec les identités minoritaires ? Les communautés majoritaires en Europe peuvent-elles tolérer l’expression des différences culturelles et religieuses ? Une partie du clergé intellectuel laïque, qui n’existe que dans l’opposition théologique qu’elle fait entre les Lumières et l’islam, estime que non.
Ce suicide identitaire attendu a de sinistres précédents dans l’Europe des Lumières. Voltaire a terni son blason de défenseur de la raison par des attaques contre des Juifs “ignorants” et “barbares” qui, esclaves de leurs livres saints, “sont tous nés avec un fanatisme rageant dans leur cœur”. Accusés de maltraiter leurs femmes et de proliférer sournoisement, et poussés à abandonner leur bagage religieux et culturel, beaucoup de Juifs du XIXe siècle payèrent bien plus cher leur “intégration” que les musulmans de la France actuelle. Enquêtant dans les années 1920 sur les communautés juives exposées à une recrudescence particulièrement virulente de l’antisémitisme, le romancier allemand Joseph Roth dénonçait l’assimilation comme une dangereuse illusion, dont l’échec s’expliquait selon lui par “le préjugé habituel qui préside aux actions, aux décisions et aux opinions de l’Européen de l’Ouest moyen”.
Roth, qui croyait plus à la vieille “crainte de Dieu” de l’Europe qu’à son “prétendu humanisme moderne”, mettait en doute la “mission civilisatrice” des empires européens en Asie et en Afrique. “De quel droit des Etats européens vont-ils répandre la civilisation et la morale dans des contrées étrangères et pas chez eux ?” Joan Wallach Scott montre dans son livre que le violent préjugé à l’égard de l’altérité religieuse et ethnique était l’une des raisons de la “mission civilisatrice” européenne. Selon son analyse, le voile, érigé en symbole de l’arriération de l’islam dans la France du XIXe siècle, servit à justifier la pacification brutale des musulmans d’Afrique du Nord et à leur refuser une citoyenneté pleine et entière.
Le statut initial de “travailleurs temporaires” tout juste tolérés conféré aux musulmans ne pouvait pas créer les conditions d’une intégration rapide. Les musulmans appartenant à une jeune génération mondialisée et très politisée sont aujourd’hui prêts soit à accéder aux sphères publiques qui leur sont ouvertes, soit à basculer dans l’extrémisme ou encore, comme beaucoup de leurs parents, à se replier dans un ressentiment passif. Leur choix sera fonction du temps et de la bonne volonté que leurs “hôtes” (les citoyens européens et leurs gouvernements) mettront à les faire se sentir chez eux. Les véhémentes invocations des Lumières ou d’une quelconque essence de l’Europe s’apparentent de plus en plus à des symptômes de décalage intellectuel et de défense culturelle. L’Europe multiethnique est un fait incontestable et nécessite une identité plus ouverte, moins restrictive, issue davantage de son présent pluriel et relativement paisible, et de son avenir supranational, que de son violent passé nationaliste et impérialiste. Ecrivant en 1937 sur la minorité alors la plus méprisée d’Europe, Joseph Roth prédisait : “Les Juifs n’accéderont à l’égalité totale et à la dignité de la liberté extérieure que lorsque leurs ‘nations d’accueil’ auront accédé à leur propre liberté intérieure, ainsi qu’à la dignité que confère la compréhension des souffrances d’autrui.” C’était manifestement trop en demander à l’Europe de 1937. Mais le défi moral reste entier, et les dangers qu’il y a à ne pas le relever sont incalculables.
Pankaj Mishra
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Le Bougnoulosophe
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7/25/2011
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Libellés : ISLAM
Qui sont les barbares ?
Pour avoir un début de réponse à cette question, allez donc jeter un oeil dans les commentaires des lecteurs du Figaro...
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Le Bougnoulosophe
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7/24/2011
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Horizon d'attente
« Le présent du passé, c'est la mémoire, le présent du présent, c'est la vision, et le présent du futur, c'est l'attente.» (Saint Augustin).
Ô rage ô désespoir
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Le Bougnoulosophe
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7/23/2011
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
La colonie pénitentiaire
« – Je ne sais, dit l’officier, si le commandant vous a déjà expliqué l’appareil.
Le voyageur fit de la main un geste vague ; l’officier n’en demandait pas davantage, car dès lors il pouvait lui-même expliquer l’appareil. Il empoigna une manivelle, s’y appuya et dit :
– Cet appareil est une invention de notre ancien commandant. J’ai travaillé aux tout premiers essais et participé également à tous les travaux jusqu’à leur achèvement. C’est à lui seul, néanmoins, que revient le mérite de l’invention. Avez-vous entendu parler de notre ancien commandant ?
Non ? Eh bien, je ne m’avance guère en affirmant que toute l’organisation de la colonie pénitentiaire, c’est son œuvre. Nous qui sommes ses amis, nous savions déjà, à sa mort, que l’organisation de la colonie était si cohérente que son successeur, eût-il en tête mille projets nouveaux, ne pourrait rien changer à l’ancien état de choses pendant au moins de nombreuses années. Nos prévisions se sont d’ailleurs vérifiées ; le nouveau commandant a dû se rendre à l’évidence. Dommage que vous n’ayez pas connu l’ancien commandant !… Mais je bavarde, dit soudain l’officier, et son appareil est là devant nous. Il se compose, comme vous voyez, de trois parties. Chacune d’elles, avec le temps, a reçu une sorte de dénomination populaire. Celle d’en bas s’appelle le lit, celle d’en haut la traceuse, et là, suspendue au milieu, c’est la herse.
– La herse ? demanda le voyageur.
Il n’avait pas écouté très attentivement, ce vallon sans ombre captait trop violemment le soleil, on avait du mal à rassembler ses idées. L’officier ne lui en paraissait que plus digne d’admiration, sanglé dans sa vareuse comme pour la parade, avec lourdes épaulettes et aiguillettes pendantes, exposant son affaire avec tant de zèle et de surcroît, tout en parlant, maniant le tournevis pour resserrer çà et là. L’état du voyageur semblait être aussi celui du soldat. Il avait enroulé la chaîne du condamné autour de ses deux poignets, il était appuyé d’une main sur son fusil, laissait tomber la tête en avant et ne se souciait de rien. Le voyageur n’en fut pas surpris, car l’officier parlait français, et c’était une langue que ne comprenait certainement ni le soldat ni le condamné. Il n’en était que plus frappant, à vrai dire, de voir le condamné s’efforcer de suivre tout de même les explications de l’officier. Avec une sorte d’obstination somnolente, il tournait sans cesse ses regards dans la direction qu’indiquait l’officier et, lorsque celui-ci fut interrompu par une question du voyageur, il regarda ce dernier, tout comme le fit l’officier.
– Oui, la herse, dit celui-ci, le nom convient. Les aiguilles sont disposées en herse, et puis l’ensemble se manie comme une herse, quoique sur place et avec bien plus de savoir-faire. Vous allez d’ailleurs tout de suite comprendre. Là, sur le lit, on fait s’étendre le condamné. – Je vais d’abord, n’est-ce pas, décrire l’appareil, et ensuite seulement je ferai exécuter la manœuvre. Comme cela, vous pourrez mieux la suivre. Et puis il y a dans la traceuse une roue dentée qui est usée ; elle grince très fort, quand ça marche ; et alors on ne s’entend presque plus ; les pièces détachées sont hélas fort difficiles à se procurer, ici. – Donc, voilà le lit, comme je le disais. Il est entièrement recouvert d’une couche d’ouate ; à quelle fin, vous le saurez bientôt. Sur cette ouate, on fait s’étendre le condamné à plat ventre et, naturellement, nu ; voici pour les mains, et là pour les pieds, et là pour le cou, des sangles qui permettent de l’attacher. Là, à la tête du lit, à l’endroit où l’homme à plat ventre, comme je l’ai dit, doit poser le visage tout de suite, se trouve cette protubérance rembourrée qu’on peut aisément régler de telle sorte qu’elle entre exactement dans la bouche de l’homme. Ceci afin d’empêcher les cris et les morsures de la langue. Naturellement, l’homme est contraint de prendre ça dans sa bouche, sinon il a la nuque brisée par la sangle qui lui maintient le cou.
– C’est de la ouate ? demanda le voyageur en se penchant.
– Mais certainement, dit l’officier en souriant, touchez vous-même. Saisissant la main du voyageur, il la lui fit passer sur la surface du lit et poursuivit : C’est une ouate traitée spécialement, c’est pour cela que son aspect est si peu reconnaissable.
Le voyageur trouvait déjà l’appareil un peu plus attrayant ; la main au-dessus des yeux pour se protéger du soleil, il le parcourut du regard, du bas jusqu’en haut. C’était un ouvrage de grandes dimensions. Le lit et la traceuse étaient de taillé équivalente et ressemblaient à deux caissons de couleur sombre. La traceuse était disposée à deux mètres environ au-dessus du lit ; ils étaient rattachés l’un à l’autre, aux quatre coins, par quatre montants de cuivre jaune qui, au soleil, lançaient presque des rayons. Entre les deux caissons était suspendue, à un ruban d’acier, la herse. » (Kafka, La colonie pénitentiaire)
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Le Bougnoulosophe
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7/20/2011
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Libellés : PALESTINE
Du mimétisme et de son double
Du double grotesque : « L'Antillais, bourré à craquer de morale blanche, de culture blanche, de préjugés blancs, étale dans ses plaquettes l'image boursouflée de lui-même. D'être un bon décalque d'homme pâle, lui tient lieu de raison sociale aussi bien que de raison poétique. » (René Ménil)
De la langue : « Tout peuple colonisé - c'est-à-dire tout peuple au sein duquel a pris naissance un complexe d'infériorité, du fait de la mise au tombeau de l'originalité culturelle locale - se situe vis-à-vis du langage de la nation civilisatrice, c'est-à-dire de la culture métropolitaine. Le colonisé se sera d'autant plus échappé de sa brousse qu'il aura fait siennes les valeurs culturelles de la métropole. Il sera d'autant plus blanc qu'il aura rejeté sa noirceur, sa brousse. Dans l'armée coloniale, et plus spécialement dans les régiments de tirailleurs sénégalais, les officiers indigènes sont avant tout les interprètes. Ils servent à transmettre à leurs congénères les ordres du maître, et ils jouissent eux aussi d'une certaine honorabilité. » (Fantz Fanon)
Asymptote : « A l’effort obstiné du colonisé de surmonter le mépris […], à sa soumission admirative, son souci appliqué de se confondre avec le colonisateur, de s’habiller comme lui, jusque dans ses tics et sa manière de faire la cour, le colonisateur oppose un deuxième mépris : la dérision. […] Car jamais il n’arrivera à s’identifier à lui, pas même à reproduire correctement son rôle. Au mieux, s’il ne veut pas trop blesser le colonisé, le colonisateur utilisera toute sa métaphysique caractérologique. Les génies des peuples sont incompatibles ; chaque geste est sous-tendu par l’âme entière, etc. Plus brutalement, il dira que le colonisé n’est qu’un singe. Et plus le singe est subtil, plus il imite bien, plus le colonisateur s’irrite ». (Albert Memmi )
Ambivalence et subversion : « Le mimétisme colonial est le désir d’un Autre réformé, reconnaissable, comme sujet d’une différence qui est presque le même, mais pas tout à fait. Ce qui revient à dire que le discours du mimétisme se construit autour d’une ambivalence ; pour être efficace, le mimétisme doit sans cesse produire son glissement, son excès, sa différence. » (Homi K.Bhabha)
Bilan : « La décolonisation, pour une ancienne colonie, ne consiste pas simplement à démanteler les habitudes et les modes de vie coloniaux, mais aussi à dialoguer avec le passé colonial. Rien ne donne une meilleure idées des complexités et des ambiguïtés de ce dialogue que les vicissitudes du cricket dans les pays qui ont autrefois constitué l'Empire britannique. Prenons le cas de l'Inde. Les aspects culturels de la décolonisation y affectent profondément chaque domaine de la vie publique, depuis le langage et les arts jusqu'aux idées sur la représentation politique et la justice économique. Chaque débat public de quelque importance est toujours plus ou moins sous-tendu par la question suivante : que faire des fragments et des lambeaux épars de l'héritage colonial ? » (Arjun Appadurai)
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Le Bougnoulosophe
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7/18/2011
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Libellés : POSTCOLONIE
Anniversaires infâmes
1911
Sur un pays qui ne s’appelait pas encore la Libye, d’un avion italien fut larguée une bombe : c’était le premier bombardement aérien dans l’histoire de l’humanité. En septembre, l’Italie avait fait, en bonne dernière, son entrée dans la course impérialiste. L’Afrique ayant été depuis longtemps partagée entre les grandes puissances européennes, il ne lui restait plus que la Tripolitaine, débris lointain de l’empire ottoman. La flotte italienne arriva en vue de Tripoli le 25 septembre et les canons du cuirassé Vittorio-Emanuele écrasèrent ce qui n’était qu’un oasis dans le désert. Les troupes débarquées à Tobrouk s’emparèrent facilement du littoral, mais la résistance, animée par des officiers turcs parmi lesquels Mustafa Kemal, le futur Atatürk, s’organisa autour de Benghazi.
Le corps expéditionnaire italien, grossi jusqu’à compter près de 100 000 hommes, avait du mal à s’imposer face aux Arabes et aux Bédouins, et c’est alors que l’idée germa d’envoyer des avions larguer des bombes sur les combattants et la population civile. Ainsi, la Tripolitaine s’ouvrait enfin à la civilisation, dont elle n’est du reste pas encore sortie.
1921
Le 21 juillet de cette année fut une journée retentissante : une armée espagnole forte de 60 000 hommes écrabouillée par quelques milliers de paysans dans le Rif, bande montagneuse dans le nord du Maroc. Cette déroute d’Anoual (plus de 15 000 hommes tués ou blessés, des dizaines de canons, des centaines de mitrailleuses prises par les Rifains, le suicide du général espagnol Fernandez Silvestre) était la première victoire d’une troupe« indigène » contre une armée occidentale.
Le nom d’Abd el-Krim allait devenir célèbre dans le monde entier et les Français, inquiets de la contagion dans le Protectorat, s’allièrent aux Espagnols pour mater l’insurrection – ce qui n’empêcha pas Abd el-Krim de proclamer la République du Rif. Lyautey, plutôt réticent à faire cette guerre, fut remplacé par le maréchal Pétain, qui coordonna son action avec Primo de Rivera, commandant des troupes espagnoles ayant sous ses ordres, entre autres, un certain capitaine Francisco Franco. « On devrait, écrivait Pétain, engager le moins possible d’infanterie, et utiliser tout le matériel moderne dont nous disposons : aviation de bombardement, chars d’assaut, automitrailleuses, etc. »
De fait, les bombardements au gaz moutarde seront déterminants dans la défaite d’Abd el-Krim après cinq ans de lutte : avec les Irakiens, gazés vers la même époque par les Anglais, les Rifains peuvent se disputer l’honneur d’avoir été les premiers civils à bénéficier des effets de l’ypérite.
En France, la guerre du Rif fut l’occasion de la première (la dernière ?) campagne antimilitariste et anticolonialiste violente menée par le Parti communiste, sous l’impulsion de son étoile montante, le jeune Jacques Doriot.
1931
Un an après avoir solennellement commémoré le centième anniversaire de la prise d’Alger, la France organise l’Exposition coloniale internationale. Elle est inaugurée le 6 mai par Gaston Doumergue, président de la République, le maréchal Lyautey, commissaire général de l’exposition, et Paul Reynaud, ministre des Colonies. Dans le bois de Vincennes, sur des centaines d’hectares, des Canaques, des Africains, des Indochinois et d’autres indigènes sont présentés dans des villages reconstitués, comme des animaux au zoo (voisin, construit pour la circonstance).« La colonisation, dit Paul Reynaud, est le plus grand fait de l’histoire. »
Les surréalistes publient un tract, « Ne visitez pas l’Exposition coloniale » : « Aux discours et aux exécutions capitales, répondez en exigeant l’évacuation immédiate des colonies et la mise en accusation des généraux et des fonctionnaires responsables des massacres d’Annam, du Liban, du Maroc et de l’Afrique centrale. » A la porte Dorée, on a construit sur les plans d’Albert Laprade le Palais des Colonies, devenu récemment l’ignoble Cité de l’immigration.
Et l’on pourrait continuer :1941 ou le grand pogrom de Jassy que raconte Malaparte dans Kaputt (éd. Gallimard, 1972) ; 1951 ou le triomphe du maccarthysme aux Etats-Unis ;1961 ou les Algériens massacrés le 17 octobre par la police de Papon et leurs corps jetés dans la Seine ; 1971 ou l’entrée des troupes américaines et sud-vietnamiennes au Laos et au Cambodge, précédée par le pilonnage des B 52…
En choisissant d’autres années, d’autres événements, chacun peut faire son propre journal de l’infamie colonialiste et raciste : une histoire différente, celle qu’il faut raconter aux enfants au lieu de leur farcir la tête avec les images d’Epinal de la saga laïque et républicaine.
Eric Hazan
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
7/13/2011
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
De la « symbiose judéo arabe » et de ses ennemis (le cas du Maroc)
On me dira, on m’a dit, pourquoi, aujourd’hui, se préoccuper encore du judaïsme marocain? Laissons se réduire à sa plus simple expression, par les départs, cette communauté, les quelques irréductibles ne poseront alors plus de problème.
En fait, cette étude vise le judaïsme marocain dans son entier, celui qui subsiste ici, celui qui, est dispersé et déraciné en Occident, celui qui s’est trouvé transplanté dans un Etat dont le nom était si chargé de symbole pour tout juif et qui y découvre, actuellement, que sous ce nom se cache une entreprise de prolétarisation, d’anéantissement culturel et une aventure militariste et raciste
Cette entreprise qui a ainsi mystifié le judaïsme marocain, dans le cadre d’une mystification générale du judaïsme, a couronné l’oeuvre coloniale de déracinement commencée il y a un siècle.
A travers la synthèse de ce processus, nous voulons faire partager notre conviction, qui n’a été que renforcée par l’étude des documents tant du passé que du présent, que la prise de conscience de cette mystification est inéluctable, que le judaïsme dans le monde arabe, prisonnier du sionisme, prendra conscience de sa solidarité profonde avec la révolution arabe et contribuera ainsi à faire éclater la dernière entreprise historique du capitalisme à enfermer les juifs dans un ghetto, et quel ghetto… à l’échelle mondiale
Pour contribuer à cette prise de conscience, la recherche rigoureuse de la vérité est indispensable. L’auteur de ces lignes ne prétend pas y être plus apte que d’autres. Mais l’appui sur les critères et les principes du socialisme scientifique peut permettre d’échapper, autant que faire se peut, au subjectivisme. Ce qui ne veut pas dire que cette démarche ne doive pas tenir compte, au contraire, des facteurs super structurels, de culture, d’idéologie, de religion. Mais l’histoire même du sionisme montre, par ses impasses qui se dessinent et se développent, que l’on ne peut isoler et déformer indéfiniment ces facteurs
Par ailleurs, nous nous efforcerons, dans cette étude, de citer le moins de noms possible. Non que l’Histoire n’ait un jour à régler ses comptes avec certains. L’heure en sonnera lorsque les chemins d’une nouvelle symbiose judéo arabe seront retrouvés. Mais nous n’hésiterons pas à fustiger ceux qui continuent aujourd’hui, y compris au sein de l’Etat sioniste, leur travail de mensonge.
Pour accélérer cette prise de conscience, le mouvement national doit, en ce qui le concerne, critiquer ses propres démarches de nationalisme bourgeois plus ou moins tenté d’interpréter le sionisme comme un phénomène isolé et lié aux seuls facteurs religieux. Dans le monde arabe, El Fath a montré la voie, et dès avant juin 1967.
Saluons le fait, lourd de conséquences pour l’avenir, que les hommes politiques qui furent longtemps seuls, ici, à se placer sur ce terrain soient maintenant rejoints par l’ensemble des organisations nationales. Il reste à en faire une réalité dans la vie quotidienne, à retrouver ainsi et à reconstruire la réalité nationale.
I. Le Judaïsme marocain avant son déracinement
Précisons. Le déracinement n’est pas daté. C’est un processus. Aujourd’hui, ce qui subsiste du judaïsme marocain, ici, vit replié sur lui-même, de plus en plus concentré sur Casablanca, ville typique du déracinement. Mais l’époque de communautés florissantes et vivantes est encore toute récente.
Les fêtes des mellahs de Fès, de Sefrou, de Salé, et bien d’autres, la symbiose des communautés de l’Atlas et du Sud, éclataient encore il y a dix ans. Malgré un siècle d’effort colonial relayé et développé par le sionisme!
Sur ce passé, tout a été dit, et pourtant, tout reste à dire. Les observateurs sont tous partis de la référence occidentale. Colonisateurs ou sionistes, pour déformer, le plus souvent sciemment, ce passé. Patriotes ou simplement observateurs plus objectifs, pour le situer dans une impasse historique, présenté, certes, comme un «âge d’or», mais sans raccord, autre que sentimental, avec l’avenir. Seule la remise en cause de la référence occidentale et l’élaboration d’une perspective d’avenir spécifique, dont l’entreprise prend corps dans le monde arabe depuis juin 1967, permettent de resituer ce passé, de le vivifier et le raccorder à l’avenir.
Ceci étant, il faut tout de même balayer le mensonge colonial et sioniste, et avec lui, les menteurs André Chouraqui, qui fut secrétaire général de l’Alliance israélite Universelle, consacra plusieurs ouvrages au judaïsme nord-africain et marocain. Sous couvert de l’objectivité juridique, l’un de ses ouvrages permettait au journal sioniste «Noar», qui empoisonna la jeunesse juive marocaine de 1945 à 1952, de proclamer en janvier 1951, que, grâce à la France, «le juif a été libéré de l’arbitraire sans limite qui le maintenait livré au bon plaisir de ses maîtres.»
Que pensent, non pas M. Chouraqui qui se trouve bien placé dans l’Etat sioniste, mais ceux qu’il a contribué à tromper, s’ils se souviennent d’une conférence du Vice-président de l’Alliance, en 1947, déclarant que si celle-ci désirait un foyer juif pour les survivants du nazisme, elle «se pose également la question de savoir quel sera l’avenir de la Palestine. Elle ne saurait répondre de manière certaine, mais sa conviction est que cela «s’arrangera». Car, soulignait l’orateur, «le contraire serait une véritable catastrophe» (Noar, n° 9, mai 1947).
Revenons à cet «arbitraire». Curieux arbitraire qui permettait à des communautés isolées dans les montagnes et dans le Sud de se perpétuer au cours des siècles, intactes, avec leurs coutumes, leurs biens et leurs droits.
La symbiose judéo arabe n’a pas été seulement celle d’une éclatante civilisation, de cette civilisation qui a fait écrire à un auteur juif contemporain: «L’Islam est fait de la chair et des os du judaïsme. Il est pour ainsi dire une refonte et un élargissement de celui-ci, exactement comme la langue arabe est très étroitement apparentée à la langue hébraïque. Le judaïsme a pu par conséquent puiser dans cette civilisation ambiante, et en même temps préserver son indépendance et son intégrité beaucoup plus facilement que dans la société hellénistique d’Alexandrie ou dans le monde moderne. …Jamais le judaïsme ne s’est trouvé dans des relations si étroites et dans un état de symbiose si fécond que dans la civilisation médiévale de l’Islam arabe».
Si la culture judéo arabe connut le recul de tout le monde arabe encerclé par l’expansion du capitalisme, la vie quotidienne des communautés poursuivait cette symbiose.
Là, il faut éclairer le statut de «dhimmi», de protégé. Deux communautés coexistaient, toutes deux basées sur une conception totale de l’homme, totalement inséré dans sa communauté. Les structures mises au point organisaient cette coexistence, dans le respect mutuel, avec toutefois et effectivement, une différence: la communauté dominante, la musulmane, avait la responsabilité de l’Etat, ou de la tribu, sur le plan politique et militaire, cette responsabilité incluant le respect de la communauté minoritaire. Bien sûr, la reconstruction de la symbiose judéo arabe devra bannir toute discrimination de toute sorte, y compris politique. Mais nullement dans la conception mécaniste d’une laïcité stérilisée à l’occidentale. Palestine laïque, rejetant l’Occident pour participer à la construction du monde arabe, n’a de sens et de perspective que dans la conception de «l’Etat démocratique» dont parlait Marx dans sa «Question juive» et non de «l’Etat politique» de la démocratie bourgeoise.
Par rapport à la réalité historique dont nous avons situé le schéma, les historiens de la colonisation ou de l’assimilation coloniale, des idéologues du Contrôle Civil à ceux qu’un fils de la grande colonisation appelait, avec ce mépris raciste caractéristique, des «éléments avancés, ambitieux et inquiétants» de la communauté juive, ont recherché les textes à l’appui de leurs thèses coloniales et isolé les excès, dus à tel aventurier local, ou à tel souverain assoiffé de violence, en oubliant, comme cet ouvrage d’un ancien Président de la Communauté Israélite de Casablanca, que ces excès s’étendaient aussi aux musulmans, en oubliant que le peuple musulman lui-même réprouvait ces excès.
Mais comment prouver que telle thèse est plus vraie que l’autre? En opposant des textes à d’autres textes, des faits nécessairement isolés par le processus même de la recherche historique à d’autres faits isolés? Non pas.
Les juifs marocains qui ont vécu cette symbiose, leurs enfants que l’organisation sioniste a pu, culturellement et idéologiquement, isoler de la nation, pourront, les yeux décillés par la réalité du sionisme, refaire surgir les faits concrets, la vie quotidienne dominante, l’amitié profonde. Aux personnes de bonne foi qui n’ont pas vécu cette amitié, nous demanderons de réfléchir sur la signification de quelques données concrètes:
Les sources du statut de «dhimmi», beaucoup plus que par les textes juridiques, sont éclairées par l’analyse de la réalité concrète, avant qu’elle ne soit déformée par les structures capitalistiques et par la colonisation, ou détruite par le sionisme. Tel était le cas des communautés rurales, où vivait environ 25% du judaïsme marocain, dispersées dans les régions montagneuses du Sud, le Haut Atlas, et les plateaux présahariens.
Dans ces douars, les relations entre juifs et musulmans s’étaient développées sans entrave extérieure, dans le cadre culturel de ces communautés rurales. L’une des rares études sur cette réalité porte sur le droit coutumier des tribus du Tafilalet.
Elle montre que, si chaque juif de ces vieilles communautés paysannes recherchait, non un «Seigneur», comme on l’a prétendu, ni «un protecteur, ni exactement un tuteur, mais un «répondant» au sens entier du terme», c’était pour des raisons bien précises liées aux coutumes juridiques des deux communautés. Le recours en justice, particulièrement, était basé sur la prestation de serment, pour le juif à l’intérieur de la synagogue, pour le musulman devant le Cadi. En cas de conflit entre juif et musulman, le répondant musulman du juif prêtait serment devant le Cadi en lieu et place du juif. Ce répondant se considérait tenu de prendre les armes pour défendre ou venger le juif en cas de crime.
Ceci n’empêchait pas les juifs, au même titre que les musulmans, de pouvoir «louer, acheter ou vendre des biens meubles et immeubles, locaux d’habitation ou terrains de culture sis dans la tribu.» Ils disposaient même parfois, en outre, d’un droit de préemption «dans le cas d’une aliénation consentie par un de leurs parents juifs.»
Ainsi s’organisait la vie de ces deux communautés, dans ces structures «pré capitalistes», où, pour reprendre la phrase de Marx, « la production était organisée pour l’homme, et non l’homme pour la production.» Des voyageurs européens juifs, attachés encore au contenu humain du judaïsme et non aliénés à la culture occidentale, découvraient aussi dans la vie des communautés urbaines, imprégnées des mêmes bases culturelles, de la même symbiose fraternelle avec la communauté musulmane, le sentiment de «plénitude» et comprenaient alors la «nostalgie du mellah».
Cette vie était à la fois close et en symbiose avec la communauté musulmane. Ce n’était pas le ghetto encerclé par un monde hostile.
Aux faits déjà donnés, ajoutons le rappel, entre autres, et qui subsistent encore, des manifestations d’amitié et d’affection des Musulmans aux juifs lors des fêtes religieuses, notamment des cadeaux les soirs de Mimouna, le fait, relevé avec étonnement par les observateurs européens, de la vénération par les musulmans des saints juifs.
Précisons. Ce judaïsme était total. Il comportait également l’idéal de «retour à Israël», la prière de Pessah «l’an prochain à Jérusalem». C’est l’ambiguïté de cet idéal et de cette prière qui a été détournée et utilisée par le sionisme. Il faut dire que dans la société européenne, déformée par le capitalisme et l’idéologie coloniale, les aspects négatifs de cette ambiguïté ont pu prendre corps et donner naissance à l’idéologie sioniste. Mais, tout de même, indépendamment de toute croyance personnelle, le fait objectif demeure que cet idéal et cette prière plongent dans ce qui fait la conception d’universalité et d’humanisme du judaïsme. L’idéal d’ «Israël» est celui des fils de Dieu, plongés dans la souffrance, et promis à l’avènement, sur cette terre, du Royaume de Dieu. «L’an prochain à Jérusalem» est lié à la conception du Messie et de l’avènement de ce Royaume pour tous les hommes.
Il ne s’agit ni du règne du Veau d’Or et de la Banque Rothschild, ni de prendre Moshé Dayan comme Messie. Le sionisme l’a d’ailleurs si bien compris qu’il s’est efforcé de déraciner cette croyance en le Messie: l’un des organisateurs du sionisme au Maroc, et qui aujourd’hui continue son entreprise dans l’Etat sioniste, Prosper Cohen, écrivait en 1944 une sorte d’exhortation à la communauté juive à abandonner l’espoir dans le Messie et dans l’humanité. «Qu’est-ce que le Messie? En réalité, tu ne sais pas plus qu’un autre peuple ce qu’est ou ce que sera le Messie… Viendra-t-il ce roi juif? S’ouvrira-t-elle pour les juifs cette ère de bonheur? Tu sais bien que non, peuple entêté! Tu sais bien que l’humanité est à jamais perdue… ».
Ce même prophète du sionisme exhalait son mépris des juifs du peuple après le fiasco des élections aux communautés, organisées en 1948 sous la double égide du sionisme et de la Résidence Générale: «Peut-on, après le ridicule fiasco des dernières élections, lancer un appel en vue d’une action quelconque? Il semble, en effet, que la torpeur d’un grand nombre de nos coreligionnaires soit congénitale et qu’il n’y ait décidément aucun remède susceptible de la combattre. » (Noar, nº 14, février 1948).
Où l’on voit que sionisme, racisme, colonialisme et mépris des hommes sont identiques!
Le peuple, qu’il soit musulman ou juif, sentait bien, lui, dans sa chair, cette espérance commune en le Royaume de Dieu. L’amitié et la fête commune des soirs de Mimouna clôturant le Pessah en étaient l’une des expressions vivantes, symbolisant la fin commune de ce désert d’injustice que traversent les hommes.
Tout ceci, qui demande d’autres développements, d’autres recherches, d’autres réflexions, n’est pas que de l’histoire. Il faut préparer la construction de l’avenir, d’une société où de nouveau la production sera organisée pour l’homme, d’une société où l’homme pourra de nouveau trouver une plénitude désarticulée par le capitalisme et la culture occidentale, d’une société de créateurs où les hommes ré exprimeront leurs valeurs culturelles pour projeter l’avenir.
II. Du déracinement des «Elites» à l'encadrement sioniste
L’objectif de conquête du monde arabe par le capitalisme européen date des prémisses de sa mutation en impérialisme moderne. Cet objectif contint d’emblée l’effort de division entre juifs et musulmans. Précurseur à la fois de la «gauche» européenne et de l’impérialisme, Napoléon lança de Gaza, en 1799, une proclamation aux juifs d’Afrique et d’Asie au nom, avoué, des «idéaux» de la Révolution française, et, plus réel, des appétits de conquête de la bourgeoisie.
Dans la deuxième moitié du 19e siècle, l’entreprise de colonisation s’organisa, cet effort de division jouant son rôle avec la participation empressée et intéressée des grands banquiers juifs. Edmond de Rothschild (déjà!) créait en Palestine le premier établissement colonial, et, forme nouvelle de la traite, y importait 5.000 juifs de Russie. Parallèlement, et avec des fonds de même source, l’Alliance Israélite Universelle était fondée, et créait ses premiers établissements scolaires dans le bassin méditerranéen, et notamment au Maroc. Le banquier anglais Sir Moses Montefiore effectuait un voyage «philanthropique» au Maroc, manifestant «l’inquiétude», largement renouvelée depuis par le colonialisme européen, pour le sort des communautés juives dans le monde arabe.
Laissons parler notre Mouillefarine déjà cité: «Ce serait une erreur singulière de croire que le Protectorat est le fait pur et simple de la conquête militaire; il faut y voir l’aboutissement d’une politique patiente, intelligente et méthodique qu’on a justement appelé la «pénétration pacifique». Les armes n’ont fait que consacrer et consolider une possession déjà acquise par un long travail d’approche des liens économiques créés avec les autorités chérifiennes et les grands chefs des tribus berbères. Or, de cette oeuvre de rapprochement, des officiers et négociants français furent les principaux artisans, aidés par les israélites du pays, grâce à la nouvelle formation qu’ils recevaient de l’Alliance.»
Ce raciste, bien sûr, confondait quelques collaborateurs juifs et la masse des juifs. Car s’il est vrai que l’un des premiers élèves de la première école de l’Alliance, celle de Tétouan, devint le fondateur du sionisme au Maroc, les artisans juifs du Rif travaillaient pour l’armement des troupes d’Abdelkrim el-Khattabi.
Mais il est vrai que les quelques milliers de juifs marocains ainsi formés constituaient, à partir des années 1920, la seule «élite», la seule manifestation publique de la communauté juive.
La société traditionnelle devait se dépasser pour affronter l’impact de la colonisation. La résistance nationale, issue des profondeurs du peuple, a été une «résistance», mais n’a jamais été, malgré certaines aspirations plus ou moins diffuses, une «révolution», qui soit à la fois rejet de l’impact colonial et dépassement de la société traditionnelle. L’idéologie nationale plus ou moins élaborée n’a cessé d’osciller entre le repli sur cette société et l’adoption des valeurs de la société bourgeoise occidentale. Même le courant socialiste, jusqu’aux efforts entrepris depuis ces récentes années, n’offrait de perspective que techniciste.
Rien d’étonnant donc que cette «élite» juive, déracinée dès le départ, intégrée par son style de vie, ses intérêts, à la culture occidentale, n’ait offert, dans le meilleur des cas, aucune perspective nationale concrète à la masse de la communauté juive marocaine, quand elle ne l’a pas, tout simplement, canalisée vers le sionisme. Dans une structure sociale où l’autonomie culturelle était déjà très forte, cette communauté s’est vue ainsi abandonnée à une telle «élite». Ceux des marocains juifs, nombreux à un moment, qui venaient au mouvement national dans le cadre du seul parti qui inscrivait la lutte nationale dans l’objectif d’avenir de construction du socialisme, se trouvaient, par une application mécaniste des principes du socialisme scientifique, amenés à sous-estimer, sinon ignorer, la nécessité d’une lutte spécifique dans la communauté juive, la laissant ainsi à cet abandon.
La situation de juin 1967 est venue ainsi couronner un siècle de pénétration et de division coloniales, et un quart de siècle d’abandon de la communauté juive marocaine à l’encadrement sioniste.
Les étapes du déracinement se situent ainsi:
Jusqu’en 1940, formation et occidentalisation de la bourgeoisie juive marocaine. Typique est à ce sujet le numéro spécial consacré en décembre 1928 à l’essor du judaïsme marocain, par le journal mensuel «L’Avenir Illustré», édité par quelques européens juifs installés an Maroc et des marocains juifs issus de cette «élite» occidentalisée.
Ce numéro, dédié au Résident Général Steeg, se situe, comme le souligne l’éditorial, «Sous l’égide de la France». L’un des rédacteurs, qui fut aussi l’un des promoteurs de la Fédération Sioniste du Maroc, y écrivait :
«Qu’étaient nos frères du Maghreb il y a seulement une vingtaine d’années? Une tribu d’Israël, isolée du reste du monde juif et en marge de la civilisation occidentale… Les juifs du Maroc, en entrant un jour dans la grande famille française, y formeront nécessairement une «province spirituelle».
La «grande famille française» devait, en 1940, «enrayer» ces ambitions.
2) La mise en place de l’encadrement sioniste. Si, dans les années d’application des lois raciales de Vichy, l’opposition de Mohammed V à ces lois et la fraternité musulmane devait confirmer à la masse des marocains juifs leurs raisons d’attachement au pays, cette «élite» ne pouvait limiter là son ambition.
Comme l’écrivait l’un d’eux, «Nous avons connu des israélites marocains dont la tenue vestimentaire, le genre de vie, la culture ne se distinguaient plus des européens, qui préféraient, dans un procès contre un arabe, se faire condamner par défaut plutôt que de se présenter au Makhzen, et d’avoir à se déchausser et à s’accroupir humblement devant le pacha».
L’arrivée de l’armée américaine, en novembre 1942, devait ouvrir de nouvelles perspectives.
Dès 1943, avec la collaboration d’officiers américains et anglais, un amalgame analogue à celui qui avait créé «l’Avenir Illustré» mit en place les bases de l’organisation sioniste. La bourgeoisie juive marocaine abandonnait l’objectif assimilationniste pour se rallier, dans sa quasi-totalité, à l’objectif sioniste.
Le même auteur qui évoquait le tribunal du Pacha comme un «ghetto moral» situait ainsi ces deux courants: «Les deux positions peuvent se résumer sous cette forme: si l’Alliance, oeuvrant pour donner aux Juifs, avec l’instruction, la dignité et la possibilité de conquérir une place plus honorable dans leur pays, luttait ainsi dans le domaine politique et diplomatique, «pour que les juifs ne souffrent plus de la qualité de juifs», S.D. Lévy et les sionistes pensaient qu’il fallait certes libérer le judaïsme des pays arriérés, de la misère, de l’ignorance et des préjugés, mais avec l’espoir suprême de leur procurer le retour dans le pays de leurs aïeux».
En 1945, d’après ce même auteur, le deuxième courant l’avait emporté complètement, tout au moins au niveau des leviers de contrôle, organique et idéologique, de la communauté juive.
Basé sur les fonds du «Joint», organisme américain dont les activités dans le monde en soutien du sionisme ont des formes parallèles à celles de la CIA, le sionisme mit en place en particulier l’encadrement de la jeunesse juive marocaine.
Mais la masse des marocains juifs restait attachée à l’amitié avec les musulmans et aussi à ses racines culturelles. Aussi le sionisme se présentait, notamment dans la jeunesse, comme une entreprise de contestation de l’occidentalisation et de l’assimilation, et de rénovation des sources culturelles, tout en proclamant l’amitié avec les «Arabes». Le secrétaire général de la Fédération sioniste du Maroc, européen juif que le journal Noar présentait comme «l’âme du sionisme marocain», déclarait: «Nous insistons sur le fait que les rapports entre Juifs et Arabes doivent être cordiaux comme ils le sont déjà en Eretz (Israël)… Tous les juifs du Maroc doivent savoir que le sionisme n’est pas un idéal contraire aux intérêts de qui que ce soit, ni dirigé contre un groupe ou un pays ou des intérêts quelconques, mais la solution humaine du problème juif et la fin d’une tragédie deux fois millénaire, qui s’est révélée à nos regards terrifiés après la triste expérience du nazisme ayant sa source dans l’antisémitisme».
3) Les provocations coloniales. Les efforts des sionistes se voyaient, non seulement tolérés, mais appuyés par les autorités du Protectorat qui cherchaient à diviser et à détourner de la voie juste le mouvement national. La vieille complicité entre Herzl et le Ministre de l’Intérieur tsariste se voyait ainsi renouvelée. En février 1948, les élections aux communautés juives du Maroc, organisées alors que la répression du général Juin s’appesantissait sur le mouvement national, étaient, malgré les efforts conjugués de la Résidence et des sionistes, un véritable fiasco. A Casablanca, sur une population de 70.000 marocains juifs, il y eut 352 votants; à Marrakech, sur 20.000 marocains juifs, il y eut 153 votants.
Le journal Noar qui rapportait ces résultats sous le titre «Vous n’avez pas fait votre devoir» ajoutait que «les résultats des autres centres ne sont guère plus brillants».
Aussi la Résidence passa à des actes plus conformes à son style. Après un échec d’une tentative de provocation au Mellah de Fès le soir de Mimouna, échec dû à la réaction immédiate de militants du Parti Communiste Marocain, le Contrôleur Civil Chennebault organisa à Oujda et Jerada les 7 et 8 juin 1948, le massacre d’une centaine de marocains juifs. La Résidence réussit ainsi, et dans le contexte de la création de l’Etat sioniste, à la fois le premier choc massif en faveur du sionisme, choc qui entraîna une première vague d’émigration (évaluée par A. Chouraqui à 10% de la population juive marocaine), et la dissolution de la Fédération des Mineurs, dont les responsables étaient inculpés d’être les organisateurs de ces massacres.
Ce processus de provocation n’était d’ailleurs pas particulier aux autorités coloniales françaises, ni à la seule organisation sioniste au Maroc.
4) Compromis et échecs de l’indépendance. Le deuxième semestre de 1955 reste, pour tous les Marocains, y compris les Marocains juifs, la période inoubliable et triomphante qui vit le retour de Mohammed V. Cependant, dès Aix-les-Bains, les compromis s’élaboraient, qui devaient peser lourdement sur l’indépendance, y compris sur l’intégration de la communauté juive.
Dans la période précédente du développement de la lutte, y compris armée, contre le Protectorat, des marocains juifs de plus en plus nombreux, surtout parmi les jeunes étudiants et intellectuels, s’étaient ralliés au Mouvement National, contribuant ainsi à la reconquête d’un Maroc fraternel. Mais à l’étranger, «l’opinion publique internationale», bien connue, «s’inquiétait», à l’approche de l’indépendance, du «sort» des juifs marocains.
Dans ce contexte, le «Jewish Observer and Middle East Review» du 26 août 1955 put annoncer que l’émigration de 45.000 juifs marocains serait organisée entre septembre 1955 et août 1956. Cette quantité était le «maximum dont Israël pouvait organiser l’absorption -excepté sous des conditions d’urgence aiguë. Heureusement, de telles conditions n’existent pas à présent au Maroc grâce à l’approche éclairée des principaux dirigeants nationalistes à cette question des relations avec les juifs du Maroc.» Le journal rappelle à ce sujet les déclarations publiques et une attitude générale dans des «rencontres avec des représentants du Congrès Juif Mondial, qui, semble-t-il, ont lieu depuis quelque temps.»
Les moyens matériels étaient en place. R. Aflalo, dans une étude publiée par l’Avant-garde des 23 et 30 août 1959, rappelle que, à partir de 1953: «les mouvements sionistes étrangers et leurs agents mettent en place un réseau serré dont les ramifications traversent tous les mellahs et atteignent les plus petites localités du sud; créent le camp d’hébergement de la route d’El Jadida et s’installent pour la grande campagne. A partir de ce moment, les nombreux effectifs de ces organisations ne cesseront de circuler librement parmi les masses juives, de les assaillir avec acharnement, de les encourager à tout abandonner et profitent évidemment de cette période d’incertitude de confusion et de troubles pour semer la panique. C’est l’âge d’or des mouvements sionistes au Maroc.»
L’apogée fut atteinte précisément dans la période de fin 1955 à juin 1956, et la description qui suit, vue de l’intérieur, est à rapprocher de l’objectif tracé en août 1955 par l’organisation sioniste internationale: R. Aflalo rappelle que cette période a connu le «rythme le plus rapide et qui a fait le plus grand nombre de victimes. Sachant le gouvernement préoccupé par des tâches urgentes et majeures, les organisations sionistes «travaillaient» vite, conscientes du moment de confusion éphémère dont elles tiraient alors parti. Nul n’a encore oublié cette fièvre dans laquelle les agents étrangers parcouraient les quartiers juifs, semant la panique, parvenant à créer une véritable psychose de peur collective, aidés dans cette étourdissante course contre la montre par de nombreuses et incessantes campagnes de presse étrangères, qui prédisaient à l’unisson aux Juifs du Maroc «un nouveau cauchemar hitlérien».»
Voici donc ce que les mains libres données au sionisme firent de l’Indépendance pour nombre de marocains juifs! Le ministre juif, l’amitié judéo musulmane au niveau d’organisations bourgeoises comme El Wifaq, la référence à la démocratie de style occidental, se situaient dans une autre sphère. Les intellectuels et techniciens juifs marocains pensaient, quant à eux, qu’il suffirait de s’en tenir à faire bien son travail et à se donner à la construction nationale.
L’émigration, cependant, alors que le camp sioniste de la Kadimah n’était fermé qu’en 1959, stagna dans les années suivantes. Au recensement de 1960, la population israélite comprenait 160.000 personnes. Les chiffres correspondants, ex-Zone Nord et Tanger compris, de 1951 et 1950 donnent 215.000 personnes. Compte tenu des naissances, il est permis d’évaluer les départs à un peu plus de 90.000 personnes en neuf ans, dont la ponction de 45.000 personnes dont nous avons parlé. En dehors de cette «campagne» sioniste, et malgré les pressions subies par les marocains juifs, les départs se situent donc, en moyenne, pour les huit années encadrant l’indépendance, à quelque 6.000 personnes par an.
L’emprise sioniste était loin, donc, d’avoir fait son oeuvre. Mais l’impunité dont jouissait l’organisation sioniste, la tolérance dont elle a bénéficié à l’exception de la courte période de 1959 à 1961, ne pouvait pas manquer de peser sur une communauté sur laquelle cette organisation a exercé, depuis 1944, un entier monopole idéologique.
5) L’émigration. Elle s’est développée, régulière, massive, depuis 1961. Les statistiques officielles permettent de situer les départs, depuis cette date, à une moyenne de 12.000 par an. L’échec de la tentative réformiste de créer une démocratie bourgeoise à l’occidentale fut consacré par l’orientation politique prise depuis 1960 et par la stagnation économique qui suivit.
Cet échec et cette stagnation permirent enfin au sionisme de faire apparaître à la majorité des juifs marocains la solution du départ comme la seule possible, d’autant plus facilement que la grande bourgeoisie marocaine tentait de camoufler son appétit de compromission économique avec l’impérialisme par une phraséologie nationaliste et un racisme larvé. La néo-féodalité affairiste qui s’est organisée depuis était, elle, plus conséquente: utilisation, sans discrimination, de courtiers, musulmans, juifs ou étrangers; protectionnisme camouflant mal le mépris pour la masse des juifs; répression indignée contre les «Lévy rouges».
Le tournant fut nettement marqué en 1961: en janvier 1961, une provocation sioniste montée à l’occasion de la venue au Maroc du Président Nasser, alimentée par les excès de certains (contre les enfants!) et des articles de presse racistes, fut mise en échec par la réaction publique d’un nombre important de marocains juifs.
Ceci montre que la possibilité d’explication et d’information antisioniste était encore sensible. Mais le lourd manteau qui pèse sur la vie politique du pays n’était guère favorable à son développement.
Le sionisme, quant à lui, était bien organisé. Comme par hasard, à ce même moment, un petit bateau, le «Pisces», chargé de 42 émigrants, incapable de tenir la mer, coulait devant les côtes méditerranéennes du Maroc, son capitaine sauvant, quant à lui, sa peau! Lorsqu’on connaît l’efficacité de l’organisation sioniste, peut-être ne faut-il pas s’étonner de cette «coïncidence fortuite» qui permit à un journaliste sioniste d’écrire «Le Maroc a désormais son Exodus».
Dans des conditions qui restent à préciser, devant «l’émotion» de «l’opinion publique internationale», les portes de l’émigration s’ouvrirent. Cet aboutissement a été ainsi résumé par une observatrice informée et objective du judaïsme marocain: «Aussi, dans cette recherche et dans son effort d’intégration dans une culture occidentale, le juif marocain ne pouvait éviter de se poser la question de son identité: pendant des siècles, le juif maghrébin avait bien été lui-même «juif en pays musulman». Cette condition, il l’avait acceptée avec ses conséquences. Au contact de la civilisation occidentale, l’équilibre séculaire a été rompu. Lorsque le jeune lycéen commença à se demander: Qu’est-ce qu’un juif?», ses maîtres laïcs répondaient: « Au Maroc, il n’y a ni juifs, ni musulmans, il n’y a que des Marocains». Lorsqu’il se posa en Marocain devant les musulmans, on lui affirma que tous les sujets du Sultan étaient égaux, mais on lui fit sentir, dans la réalité de l’existence, que certains droits n’étaient pas pour le dhimmi. Quant aux autorités du Protectorat, elles le considéraient comme «israélite marocain». Quand, enfin, il se décida à émigrer en Israël, on le considérait, pour la première fois, comme «Marocain»».
En effet, devant la réalité de l’Etat sioniste, sa crise économique, le racisme contre les juifs «orientaux», le reflux prenait corps en 1966 et jusqu’en mai 1967. Juin 1967 donna lieu, au Maroc, à de nouvelles provocations sionistes dont l’objectif fut alimenté, une fois de plus, par la réaction raciste d’une certaine presse bourgeoise. L’émigration reprit. Mais juin 1967 contenait pour le monde arabe, et finalement, l’Histoire le montrera et commence déjà à le montrer, pour le judaïsme dans le monde arabe, l’émergence de ce qui fera la fin du cauchemar sioniste et raciste.
III. Juin 1967 et la perspective
Nous ne ferons pas ici l’analyse détaillée, qui mériterait d’être faite, sur le plan sociopolitique, de juin 67. Au-delà même de toute construction intellectuelle, la réalité du concept de nation arabe est apparue vivante. Pour le Maroc, cette date sera un nouvel août 53.
On nous dira: si la «nation arabe» est vraie, pourquoi pas le «peuple juif»? Nous nous proposons de reprendre, en profondeur, ces thèmes. Mais retenons ceci, même si ce ne peut être compris aujourd’hui par tous: ce qui fait la réalité d’une donnée sociologique, c’est son devenir.
Le concept de «nation arabe» s’inscrit dans la perspective historique des mouvements de libération nationale et de liquidation de l’impérialisme. Le concept de «peuple juif» tend à faire ressurgir une démarche tribale, et encore, au stade le plus primitif, démarche que la philosophie même du judaïsme, à travers les Prophètes, a contribué à faire dépasser en exprimant une conception universaliste de l’Homme.
Il reste clair que l’avenir du judaïsme marocain, pas plus que celui de toute la nation marocaine, n’est désormais dissociable de l’avenir de la Palestine. L’ «élite» faillie qui a fait, directement ou indirectement, le sionisme au Maroc et qui se tait depuis juin 67 voudrait sans doute, avec d’autres fausses élites, couvrir cette réalité de l’oubli. Mais chacun sait que cela n’est plus possible.
A tous ceux, ici ou ailleurs, des marocains juifs, qui sentent au fond d’eux-mêmes, consciente ou subconsciente, l’angoisse de l’isolement et du déracinement, à tous ceux qui, au fur et à mesure que la réalité et l’impasse du sionisme apparaît, réfléchissent, nous demandons de s’informer, de briser, d’abord en eux-mêmes, le monopole de l’information sioniste et la mystification par l’Occident impérialiste.
La réalité de l’Etat d’Israël, lisez-la à travers cet ouvrage d’un auteur sioniste qui cherche, en vain, l’issue aux impasses du sionisme(*).
L’effondrement du rêve humaniste des juifs trompés par le sionisme, découvrez-le à travers cet autre auteur qui affirme pourtant que le «peuple juif» est une notion «sui generis»(*). Le crime permanent commis contre le judaïsme, réfléchissez-y à travers l’oeuvre d’Emmanuel Lévyne et le combat qu’il mène depuis qu’il découvrit, sur l’Exodus, la réalité du sionisme. La réalité du juif marocain dans l’Etat sioniste peut être perçue à travers la sécheresse objective d’études comme celle de cette sociologue juive marocaine, même si celle-ci n’a pu dépasser la perspective «occidentale»(*). La réalité du racisme dans l’Etat sioniste ressort dramatiquement des deux études conjointes de deux citoyens de cet Etat, l’un musulman, l’autre juif. La réalité du sionisme comme entreprise impérialiste, la réalité du sionisme comme entreprise d’aventuriers qui n’ont jamais voulu créer un foyer pour les juifs persécutés, mais construire un Etat raciste et expansionniste, enclave de l’impérialisme, ceux qui ne la percevraient pas à travers la réalité vivante actuelle, peuvent lire l’étude de Maxime Rodinson (*) et l’important ouvrage de Nathan Weinstock (*).
La réalité du fascisme à la tête de l’Etat sioniste peut être perçue à travers l’effrayant autoportrait que Moshé Dayan trace de lui-même dans son interview à «l’Express» en mai dernier, et dans cette lettre que lui adresse une mère juive, Miriam Galili. La réalité de la «culture occidentale», de sa «technique», saute en éclats sous la poussée des peuples, d’abord du peuple vietnamien, et, de plus en plus, pour le monde arabe, des combattants palestiniens.
La réalité du «désert» fructifié, en quoi diffère-t-elle de la réalité coloniale et néo-coloniale que nous connaissons, en quoi diffère-t-elle des orangeraies du Sousse? Ceux qui oublient que le pays de Canaan n’a pas attendu la technique occidentale pour être le pays du lait et du miel, ceux qui accordent quelque valeur aux orangeraies nouvelles qui y ont été plantées depuis vingt ans, qu’ils s’interrogent sur ce cri de Roger Benhaïm, juif algérien qui vit l’angoisse de son déracinement en France: «Sur la terre de dieu, de Moise, des Prophètes, de Jésus, sur cette terre où coulent le lait et le miel, où pousse l'oranger et le pamplemousse, un homme est mort sous la torture et ses tortionnaires étaient des Juifs, mes frères.». (2º discours dans le désert, dédié à Kassem Abou Akar, torturé à mort par les sionistes).
Face à cette impasse, face à ces crimes commis au nom du judaïsme, se dresse la perspective du monde arabe fraternel de demain. Dans la lutte du peuple palestinien pour une Palestine laïque, unifiée et démocratique se dresse, entre autres, la figure du Palestinien William Nassar, commandant du secteur de Jérusalem de Al-Assifah, torturé par les sionistes, de père chrétien, de mère juive.
Bibliographie
(Abraham Serfati, Revue Souffles)
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
7/06/2011
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