«...la contre-histoire qui naît avec le récit de la lutte des races (1), va parler du côté de l’ombre, à partir de cette ombre. Elle va être le discours de ceux qui n’ont pas la gloire, ou de ceux qui l’ont perdue et qui se trouvent maintenant, pour un temps peut-être, mais pour longtemps sans doute, dans l’obscurité et dans le silence. Ce qui fait que ce discours - à la différence du chant ininterrompu par lequel le pouvoir se perpétuait, se renforçait en montrant son antiquité et sa généalogie - va être une prise de parole irruptive, un appel : « Nous n’avons pas, derrière nous, de continuité ; nous n’avons pas, derrière nous, la grande et glorieuse généalogie où la loi et le pouvoir se montre dans leur force et leur éclat. Nous sortons de l’ombre, nous n’avions pas de droit, nous n’avions pas de gloire, et c’est précisément pour cela que nous prenons la parole et que nous commençons à dire notre histoire ». Cette prise de parole apparente ce type de discours non pas tellement à la recherche de la grande jurisprudence ininterrompue d’un pouvoir fondé depuis longtemps, mais à une sorte de rupture prophétique. Ce qui fait que ce nouveau discours va se rapprocher d’un certain nombre de formes épiques ou mythiques ou religieuses qui, au lieu de raconter la gloire sans taches sans éclipses du souverain, s’attachent au contraire, à dire, à formuler le malheur des ancêtres, les exils et les servitudes. Il va énumérer moins les victoires que les défaites sous lesquelles on se courbe pendant tout le temps où il faut encore attendre la terre promise et l’accomplissement des vieilles promesses qui rétabliront justement et les anciens droits et la gloire perdue… » (Michel Foucault)
L'autre histoire...
«...la contre-histoire qui naît avec le récit de la lutte des races (1), va parler du côté de l’ombre, à partir de cette ombre. Elle va être le discours de ceux qui n’ont pas la gloire, ou de ceux qui l’ont perdue et qui se trouvent maintenant, pour un temps peut-être, mais pour longtemps sans doute, dans l’obscurité et dans le silence. Ce qui fait que ce discours - à la différence du chant ininterrompu par lequel le pouvoir se perpétuait, se renforçait en montrant son antiquité et sa généalogie - va être une prise de parole irruptive, un appel : « Nous n’avons pas, derrière nous, de continuité ; nous n’avons pas, derrière nous, la grande et glorieuse généalogie où la loi et le pouvoir se montre dans leur force et leur éclat. Nous sortons de l’ombre, nous n’avions pas de droit, nous n’avions pas de gloire, et c’est précisément pour cela que nous prenons la parole et que nous commençons à dire notre histoire ». Cette prise de parole apparente ce type de discours non pas tellement à la recherche de la grande jurisprudence ininterrompue d’un pouvoir fondé depuis longtemps, mais à une sorte de rupture prophétique. Ce qui fait que ce nouveau discours va se rapprocher d’un certain nombre de formes épiques ou mythiques ou religieuses qui, au lieu de raconter la gloire sans taches sans éclipses du souverain, s’attachent au contraire, à dire, à formuler le malheur des ancêtres, les exils et les servitudes. Il va énumérer moins les victoires que les défaites sous lesquelles on se courbe pendant tout le temps où il faut encore attendre la terre promise et l’accomplissement des vieilles promesses qui rétabliront justement et les anciens droits et la gloire perdue… » (Michel Foucault)
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6/30/2011
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Ouvrez au monde le champ de votre identité !
* « Dans identité, il y a identique : être identique à soi-même, mais à condition que le "moi" qu'on se fabrique ne soit pas un moi de complaisance , un moi mythique, produit d'une fantasmagorie de la distinction et de la sélection (il y a moi et il y a les autres, l'excellence étant bien sur du côté du moi...). Dérive qui, de problème d'origine, de source, de racine peut faire précipiter le propos dans la fallacieuse opposition de "l'authentique" et de "l'inauthentique", avec tout ce que cette opposition peut comporter de risques, risques de contre-sens et risques de perversion, tant intellectuelle que politique: d'un côté, identité et authenticité flatteusement identifiées l'une avec l'autre, au bénéfice du moi, bien sûr; de l'autre côté, altérité et inauthenticité, elles aussi confondues, aux dépens de l'autre, bien sûr - on devine alors l'inclination fascisante vers laquelle peut conduire cette opposition trop facilement pervertible, comme cela se produit toutes les fois qu'on se laisse aller à l'investir de quelque intention étrangère, intention d'auto-célébration ou de revanche, toutes deux étant complémentaires, voire équivalentes. » (Abdelmalek Sayad, Histoire et recherche identitaire)
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6/30/2011
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Libellés : IDENTITE
Articulation
* « Walls turned sideways are bridges » est le titre du sixième chapitre de l'Autobiographie d'Angela Davis .
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6/27/2011
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Aux USA, viol et racisme sont de vieux compagnons de route
Concernant “l’affaire DSK”, voici un singulier point de vue, provenant d’un célèbre ouvrage d’Angela Davis, qui permet une mise en perspective historique particulièrement salutaire...
« Aux Etats unis et dans d’autres pays capitalistes, les lois sur le viol ont généralement été conçues pour protéger les hommes des classes dirigeantes dont la femme ou la fille se ferait agresser. Ce qui arrivait aux femmes de la classe ouvrière ne préoccupait guère les tribunaux. En conséquence, coupable ou innocent, peu de blancs ont été poursuivis pour violence sexuelle. Par contre, les Noirs, coupables ou innocents, ont été aveuglement poursuivis. Ainsi, parmi les 455 hommes exécutés pour viol entre 1930 et 1967, 405 étaient noirs.
Dans l’histoire des Etats-Unis, la fausse inculpation du viol est l’un des plus énormes subterfuges que le racisme ait inventé. On a systématiquement brandi le mythe du violeur noir chaque fois qu’il a fallu justifier une nouvelle vague de violence et de terrorisme contre la communauté noire. L’absence remarquée des femmes noires dans les rangs du mouvement contre le viol peut s’expliquer par son indifférence à l’accusation de viol comme alibi raciste. Trop d’innocents ont été sacrifiés dans les chambres à gaz et ont croupi dans les prisons pour que les femmes noires se joignent à celles qui cherchent souvent assistance auprès des policiers et des juges […]
Au début du mouvement contre le viol, peu de théoriciennes féministes ont sérieusement analysée le viol des femmes noires du point vue social. On vient seulement d’ établir un lien historique entre les agressions subies par les femmes noires – violé systématiquement par les Blancs - et les violences dirigées contre les hommes noirs - blessées et assassinés par des émeutiers racistes après une fausse inculpation de viol. Chaque fois qu’elles ont dénoncé le viol, les femmes noires ont montré que l’inculpation de viol servait d’alibi à la violence raciste. Un écrivain perspicace affirme : « le mythe du Noir violeur de femme blanche est parallèle à celui de la mauvaise femme noire. Tous deux servent à justifier et à faciliter l’exploitation des Noirs, hommes et femmes. Les femmes noires qui ont pris conscience de ce phénomène se sont trouvé très tôt aux premiers rangs de la lutte contre le lynchage. » […]
Ce n'est pas parce qu'elles ne s'étaient pas jointes massivement au mouvement que les femmes noires s'opposaient aux mesures prises contre le viol. Avant la fin du XIXe siècle, les pionnières noires des clubs organisèrent une des premières manifestations publiques contre les agressions sexuelles. Une tradition de quatre-vingt ans de luttes contre le viol avait montré l'étendue et la gravité de la menace qui pèse sur les femmes noires. Historiquement, le Blancs, surtout les détenteurs du pouvoir économique, ont toujours prétendu avoir un droit incontestable sur le corps des femmes.
L'esclavage reposait autant sur les contraintes sexuelles que sur l'usage du fouet. Cette quasi-institutionnalisation du viol n'était pas l'expression d'irrépressibles besoins sexuels, véritables ou imaginaires, des blancs. La violence sexuelle étaient l'une des dimensions essentielles des relations sociales entre maître et esclave. En d'autres termes, le droit que s'octroyait les propriétaires d'esclaves sur le corps des femmes noires n'était autre que l'expression de leur prétendu droit de propriété sur le peuple noir dans son ensemble. Le droit de violer émanait de cette impitoyable domination économique et la favorisait : elle était la marque infamante de l'esclavage.
Il était si profondément ancré dans les esprits qu'il survécut même à l'esclavage. Les viols collectifs perpétrés par le Ku Klux Klan et autres organisations terroristes nées après la guerre de Sécession servirent ouvertement d'arme politique pour faire obstacle au mouvement pour l'égalité des Noirs. Pendant l'émeute de Memphis, en 1866, les meurtres terroristes s'accompagnèrent de viols prémédités de femmes noires. Après les émeutes, nombreuses furent celles qui témoignèrent devant le Congrès des violences effroyables qu'elles avaient subies [...]
Bien sur, l'agression sexuelle ne s'est pas toujours manifestée aussi ouvertement. Ces innombrables viols anonymes de femmes noires par des blancs sont les drames quotidiens du racisme; les hommes sont convaincus que leur attitude n'est que naturelle. Ces crimes ont eu l'approbation morale des hommes politiques, des universitaires, des journalistes et des écrivains, qui ont souvent dépeint les femmes noires comme des femmes impudiques et immorales. Même Gertrude Stein, écrivain célèbre, décrit l'une de ses héroïnes noires en utilisant des terme comme « amoralité primaire et impudeur des Noirs ». Quand les blancs de la classe ouvrière eurent repris cette théorie à leur compte, la propagation de l'idéologie raciste remporta une victoire.
Le racisme a toujours profité de sa faculté à encourager la violence sexuelle. Les noires et leurs sœurs de couleur sont depuis toujours les principales cibles de ces agressions racistes, mais les femmes blanches les ont également subies. Lorsque les Blancs furent persuadés qu'ils pouvaient violer impunément les femmes noires, leur attitude à l'égard des femmes de leur race ne pouvait que s'en trouver modifiée. Le racisme est une provocation au viol, et les Américaines blanches en ont nécessairement subi le contrecoup. Voilà un des nombreux exemples où le sexisme se nourrit du racisme, faisant indirectement des Blanches les victimes d'une forme d'oppression spécifique réservée à leur sœurs de couleur.» (Angela Davis, Femmes, Race et classe)
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6/22/2011
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Libellés : EMPIRE
Est-il antisémite d'amalgamer les Juifs?
Cette "poignée d’auteurs antisionistes militants" n’inclut pas moins que le Bureau des Etudiants Administrateurs (BEA) et les principaux Cercles politiques de l’ULB, Amnesty International-ULB ainsi que des scientifiques de diverses universités. Et elle ne dénonce pas tant la censure à l'ULB que "la virulente campagne de diffamation orchestrée [à mon encontre] par le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), également professeur à l’ULB, Maurice Sosnowski, et une parlementaire bruxelloise, Viviane Teitelbaum".
Christophe Goossens lui n'est autre que l'avocat de Viviane Teitelbaum dans une affaire également relative en partie à la critique d'Israël. Sans dévoiler sa cliente, l'élégance eût voulu que Maître Goossens annonça un plaidoyer pro domo. Sous le couvert d'une réaction à la dénonciation du BEA et de ses cosignataires, l'avocat de Mme Teitelbaum s'inscrit, sans surprise, dans la campagne de calomnie initiée par sa cliente et M. Sosnowski au lendemain de la dernière conférence de rentrée académique du Librex (Cercle du Libre Examen de l'ULB).
Dans sa lettre ouverte au Conseil d'administration de l'ULB, publiée dans Le Soir sous le titre "On a laissé la haine du Juif se développer au sein de l’ULB", M. Sosnowski fait part de sa "honte" que je sois "autorisé à gaver [mes] étudiants de propos haineux" et exige une condamnation des "propos vomitifs sur la Shoa et les Juifs" que j’aurais tenus lors de la conférence du Librex. Il accuse également le Vice-Recteur de l’ULB, M. Van Damme modérateur de ladite conférence, "au mieux d’incompétence" (sic) pour avoir laissé "la haine du juif se développer dans l’enceinte de l’ULB". Le président du CCOJB conclut son réquisitoire par un aveu éloquent: la conférence du Librex, "cette soirée nauséabonde n'est au fond que la conséquence de l’importation du conflit du Moyen Orient. Elle nous aura appris une fois de plus que certains par haine d’Israël, remettent en cause, sans complexe, la Shoah et menacent la dignité des Juifs ". Au delà de la désinformation criante et patente sur un débat pourtant disponible sur la toile, c'est donc bel et bien la critique de la politique israélienne qui est fondamentalement au cœur de la polémique. C’est ainsi au moment précis où j'évoque Israël dans ce bien nommé "débat sur la liberté d'expression dans notre société" que M. Sosnowski provoque une première interruption des débats.
En sa séance du 14 mars 11, le Conseil d'Administration de l’ULB a classé sans suite la plainte de M. Sosnowski sur la proposition du Recteur, M. Didier Viviers, qui après information et audition de l'enregistrement de la conférence controversée en conclut que je n’y ai tenu aucun propos antisémite ou négationniste. Dans un courrier envoyé le 5 avril 11 à M. Sosnowski et à l'auteur, le Recteur confirme: "j'estime que [Souhail Chichah] n'est ni négationniste, ni antisémite".
Goossens me reproche aussi de vouloir "assimiler les Juifs d’hier aux immigrés d’aujourd’hui". L'ignominie! J'établis un parallèle entre l’immigration des années ’30 et celle d'aujourd'hui. Comme Badiou et Hazan: "l’antisémitisme d’opinion des années trente était une composante du sentiment antipopulaire qui stigmatise toujours les derniers arrivants : (…); après la guerre de 14-18, les Polonais, les Juifs de l’Est, les Espagnols ; après la seconde Guerre mondiale, les Portugais et, avec une forte composante raciste supplémentaire, exacerbée par les guerres coloniales, les Algériens et les Marocains. Si l’on ne saisit pas cette continuité, on ne peut comprendre ni l’antisémitisme d’avant-guerre, ni la situation actuelle". En Belgique, la grande majorité des Juifs d’avant-guerre est bel et bien d’immigration récente et de condition modeste, ce qui n’a rien de déshonorant dans la bouche d’un fils d’ouvrier marocain. N'en déplaise à mes infatigables détracteurs peu férus d’histoire. Et si comme le prétend Goossens, l’évocation des stéréotypes de l’époque sur les Juifs offense la mémoire des parents de M. Sosnowski et de Mme Teitelbaum, que ces derniers ne se méprennent, j’aime autant qu’eux mes parents qui souffrent toujours aujourd’hui de ce même capital symbolique négatif, à l'instar de tant d'immigrés.
Goossens me porte également grief de "regretter à demi-mot qu’il y ait "une vérité officielle" sur le génocide juif. Bien plus, je regrette ouvertement la ratio legis mémorielle, qu'elle soit relative à l’un des génocides nazis ou qu’elle "exprime sa reconnaissance à l'œuvre accomplie par la France (…) dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française" (sic). Pour toutes les raisons développées par l’appel "Liberté pour l’Histoire" cosigné par des historiens aussi suspects de judéophobie que Badinter ou encore Barnavi. Comme l'explique par ailleurs l’historien Staszewski, les lois mémorielles sont évidemment contre-productives dans la lutte contre le négationnisme. Pour ma part, la question du négationnisme ne m’intéresse pas. Je ne vois en effet aucune raison de remettre en question la réalité génocidaire nazie. Encore moins de la minimiser au regard de l'inquiétante xénophobie ambiante. Mais ne faut-il pas laisser à chacun la liberté de questionner tout élément de connaissance ou de croyance?
Si l'argumentaire de Goossens repose sur un décadrage malicieux de mes propos, l'avocat n'honore pas plus sa déontologie lorsqu’il suggère - sans pouvoir me citer - que j’aurais "nazifié" Israël. De fait, film de la conférence à l'appui, je n’ai pas établi un parallèle entre les régimes israélien et nazi mais me suis en réalité prononcé sur la légalité d’une telle mise en perspective. La nuance échappe sans doute à notre brillant juriste. Ainsi, j’apportais un complément d'information à une question posée à l’un des orateurs de la soirée qui regrettait que l’on ne puisse critiquer Israël sans se faire traiter d’antisémite. Cette question posée précisément par Maître Goossens, décidément fort présent, demandait à ce conférencier, avocat également, s’il pouvait étayer sa dénonciation du chantage à l’antisémitisme d’un seul exemple de poursuite judiciaire dans le cadre d’une critique d’Israël. Le second homme de lois interpellé n’eut aucune peine à répondre en évoquant un procès qu’il venait de remporter. J’ai dans ce contexte rappelé un jugement interpellant eu égard à l'objet du débat de la soirée. Pour un montage vidéo qui comparait un ministre israélien à Hitler et Tsahal à l'armée nazie pour en conclure "même crime, même histoire", un premier juge avait retenu les infractions de négationnisme et d’incitation à la haine raciale. La Cour d’Appel de Bruxelles a cependant acquitté de ces deux préventions. La Cour d’Appel a ainsi rejeté la prévention de négationnisme au motif que les intéressés "n'avaient eu nullement pour intention de nier, de minimiser, de justifier ou d'approuver le génocide commis par le régime national-socialiste allemand mais bien, au contraire, d'en rappeler l'horreur et de souligner celle qu'ils reprochaient au gouvernement israélien".
La Cour d’Appel a également rejeté la prévention d’incitation à la haine raciale. En effet, elle a considéré que cette vidéo "apparaît plutôt comme la critique de la politique [israélienne], présentée comme intransigeante, raciste et violente - principalement à l'égard des populations civiles". La jurisprudence autorise donc le constat que Maître Goossens mobilise à contre-vérité : "Il est permis aujourd’hui dans notre pays de comparer les dirigeants d’Israël à des Nazis". Ce que notre rhéteur, encore plus distrait que malicieux, sait fort bien puisqu’il fut l’avocat de Vivianne Teitelbaum, partie civile déboutée au procès susmentionné.
Mais, comme le défend Goossens, "est-ce une exagération irresponsable d'associer le traitement des Palestiniens à l'atrocité des crimes commis par les Nazis? Je ne crois pas" répond sans ambages le Rapporteur Spécial pour les Nations Unies et professeur de droit international à Princeton, Richard Falk. "Seuls ceux qui utilisent le mal-étalon non comme une boussole morale mais comme une matraque idéologique répugnent à de telles mises en parallèle" tranche Finkelstein. Est-ce en écho à la terrible déclaration du président israélien Shimon Peres qualifiant "ces gens du Hamas de bêtes humaines" que Burg, ancien président de la Knesset, identifie "les Arabes israéliens d’aujourd’hui [aux] Juifs allemands d’hier" ? S’il fallait comparer l'ethnocratie israélienne au fascisme, je rappellerais de prime abord que le chef de la diplomatie de l’Etat " juif " (sic) n’est autre que l’homme fort de l’extrême-droite israélienne, le ministre des Affaires étrangères Liberman. Mais "il semble que, même les crimes les plus atroces tels les massacres de type génocidaire commis à Gaza, soient considérés comme des phénomènes marginaux sans aucun rapport avec des évènements du passé, ne pouvant en aucune manière être associé à une quelconque idéologie ou régime" regrette l'historien israélien Pappé.
"Est-il antisémite de comparer Israël au nazisme ?" interroge Maître Goossens pour mieux conclure: "en comparant les dirigeants d'Israël à des nazis, on favorise l'antisémitisme, qu'on le veuille ou non". Ce n'est pourtant pas l'avis de la Cour d'Appel qui a débouté cette conclusion mal fondée. "Mais la critique d'Israël ne peut servir de prétexte aux antisémites qui, au nom des droits de l'homme [sic], trouvent un malin plaisir à accuser les Juifs de commettre un crime aussi épouvantable que celui dont ils ont été victimes" ose Goossens. Accablant! "La critique d'Israël" reviendrait "à accuser les Juifs" !? Effroyable témoignage une fois encore de l'inacceptable confusion qui amalgame les Juifs pour les identifier à Israël. Ce n’est pas "en comparant les dirigeants d’Israël à des Nazis que l’on favorise l’antisémitisme" mais bel et bien en amalgamant les Juifs pour les identifier à la politique sociocidaire d'Israël. Faut-il rappeler que le ressort premier du racisme est précisément l'amalgame?
Ceux qui comme Christophe Goossens amalgament "les Juifs", à l’instar des antisémites, ceux-là portent une écrasante responsabilité morale dans "l'impossible amalgame" qui conduit tristement certains à confondre critique d'Israël et antisémitisme. Pour ma part, la seule liste de Juifs que je souffre est celle de ces milliers d’intellectuels, artistes, citoyens, israéliens ou non, auxquels je m’associe dans la condamnation de la politique raciste, ségrégationniste et coloniale du régime israélien. En tête de cette liste, le trop absent Marcel Liebman avec qui nous affirmons que si nous, post-sionistes, "critiquons et rejetons le sionisme, nous le faisons non par hostilité envers les Juifs, mais bien au contraire, par refus de tout racisme, qu'il soit dirigé contre les Arabes, contre les Juifs ou contre toute minorité nationale ou ethnique".
La poutre porteuse de la construction idéologique de Christophe Goossens se fait apparente en sa conclusion paranoïde : "l’antisémitisme est aujourd’hui, en France et sans doute en Belgique, la forme de racisme la plus violente, qui s’exprime dans une relative indifférence du grand public." Il faut oser pareille allégation au moment où la France s’illustre tristement par sa politique d’expulsion massive des Roms et impose un régime discriminatoire à ceux de nationalité française obligés de se munir d’un livret de circulation à faire viser régulièrement. En dépit du génocide nazi des Roms, le carnet anthropométrique de sinistre mémoire n'y fut aboli qu’en 1969. A l'heure où Amnesty International dénonce la France et la Belgique pour leur politique migratoire, les élucubrations de Christophe Goossens confirment tristement Balibar et Wallerstein: "Ainsi l’identification du racisme à l’antisémitisme, (…), fonctionne comme un alibi : elle permet de dénier le caractère raciste de la "xénophobie" qui vise les immigrés". Arendt nous prévient pourtant qui rappelle qu'un Juif n'est pas un autre, d'abord et surtout s'il est étranger: "Le seul antisémitisme durable en France fut lié à une xénophobie générale. Après la Première Guerre mondiale en particulier, les Juifs étrangers devinrent le stéréotype de tous les étrangers".
Souhail Chichah
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Le Bougnoulosophe
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6/22/2011
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Libellés : PALESTINE
Libye, les non-dits du messianisme occidental
L’intervention de l’Otan a évidemment détruit non seulement des armes, mais aussi des vies humaines ; et l’on ne retiendra pas la distinction fallacieuse, proposée par la Cour pénale internationale, entre victimes visées volontairement (celles de Muammar al-Kadhafi) et victimes atteintes involontairement (celles de l’Otan) : les bombes sont faites pour détruire et tuer. Simplement, les victimes chez l’ennemi ne sont jamais comptabilisées ni même mentionnées. On n’inclut pas non plus parmi les «dommages collatéraux» les réfugiés fuyant un pays en guerre, qui s’imaginent que l’Europe voisine serait heureuse de les accueillir et qui s’entassent dans des embarcations de fortune : on estime à au moins 1 200 le nombre de morts par noyade au large des côtés libyennes.
Le but de l’intervention n’est plus vraiment d’imposer un cessez-le-feu ni de protéger la population civile, mais d’écarter Kadhafi du pouvoir : but d’abord sous-entendu, ensuite de plus en plus clairement affirmé. Ce qui explique que les bombardements de l’Otan se concentrent non plus autour des villes assiégées par les loyalistes mais sur la capitale Tripoli. Officiellement, l’élimination de Kadhafi ne fait pas partie des objectifs, mais l’Alliance bombarde avec assiduité tous les lieux où il risque de se trouver, centres de commandement, de contrôle et de communication ; s’il est tué, ce ne serait pas intentionnellement !
L’Occident a choisi d’appeler «peuple» les adversaires de Kadhafi et «mercenaires» ou «populations soumises» ses partisans, et opté pour les premiers contre les seconds. Il les gratifie aussi de qualificatifs comme «démocrates», dont on voit mal la justification. Il faut rappeler que les dirigeants des insurgés sont d’anciens dignitaires du régime de Kadhafi, celui-là même que nous décrivons comme une dictature sanglante. Leurs forces armées sont commandées par le général Abdelfattah Younis, ancien ministre de l’Intérieur et chef des troupes spéciales chargées de la répression, compagnon d’armes de Kadhafi de 1969 jusqu’à 2011 ! Leur dirigeant civil, qui a fait la tournée des capitales européennes, est Moustapha Abdeljalil, ex-ministre de la Justice, responsable entre autres du calvaire infligé, quelques années plus tôt, aux «infirmières bulgares». Dans ce conflit qui oppose le numéro 1 du régime aux anciens numéros 2 et 3, est-il approprié d’invoquer constamment les droits de l’homme et la liberté du peuple ?
Dans son discours du 28 mars, Obama a fourni une légitimation globale à l’intervention en Libye, comme il l’avait fait auparavant pour l’Afghanistan. Les Etats-Unis sont «le garant de la sécurité globale et le défenseur de la liberté humaine», ils ont une responsabilité de dirigeant par rapport au reste du monde. Ils doivent donc intervenir chaque fois que se produit, dans un coin du globe, un désastre naturel, mais aussi pour «prévenir les génocides, assurer la sécurité régionale et maintenir la liberté de commerce» (on le voit, les intérêts économiques ne sont pas oubliés). Cette mission leur est confiée, non par Dieu ni par l’accord des nations, mais découle simplement de leur statut de «la nation la plus puissante du monde» : voici comment la force se pare des couleurs du droit.
L’intervention en Libye confirme donc le schéma messianique familier aux démocraties occidentales : elles considèrent que leur supériorité militaire leur attribue le droit, ou même le devoir, de gérer les affaires du monde entier (exception faite des autres membres permanents du Conseil de sécurité et de leurs protégés), en imposant aux pays mal notés les valeurs jugées par elles supérieures et, en pratique, les gouvernements estimés aptes à conduire la politique appropriée. Variante moderne de la formule de Kipling, ce n’est plus du «fardeau de l’homme blanc» qu’il s’agit, mais de celui de l’homo democraticus. La cause humanitaire (empêcher le bain de sang) se révèle être une sorte de cheval de Troie, un bon prétexte pour intervenir militairement et contrôler l’orientation politique des Etats rebelles. Il faut constater que les efforts déployés par les puissances occidentales pour «moraliser» les guerres ne concernent pour l’instant que l’emballage médiatique.
Peut-on dire au moins que cette intervention est, dans l’état actuel des choses, un moindre mal ? Après tout, le colonel Kadhafi apparaît bien comme un dictateur impitoyable qui fait du tort à son peuple. Le chasser du pouvoir, voire le tuer, n’est-il pas préférable à l’impunité dont il jouit ? Mais raisonner ainsi implique que, pour atteindre son but, tous les moyens sont également bons. On pouvait pourtant imaginer une solution différente de la crise libyenne, solution qui du reste était demandée par les autres pays africains - mais dont l’opinion était tenue pour négligeable. Après l’intervention initiale qui a détruit les forces aériennes du régime et stoppé l’offensive vers les villes aux mains des insurgés, il était possible d’imposer un cessez-le-feu à tous les belligérants, loyalistes comme insurgés. A la suite de quoi devaient s’engager des pourparlers politiques, de préférence sous l’égide de l’Union africaine. Le départ de Kadhafi aurait pu être négocié dans ces conditions ; si aucun accord n’était trouvé, une transformation du pays en fédération, voire sa partition se serait imposée. Solutions certes provisoires et imparfaites, mais libres de la démesure qui anime l’idée d’une guerre jusqu’à la victoire finale, quel qu’en soit le coût.
Tzvetan Todorov
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Le Bougnoulosophe
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6/20/2011
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Libellés : EMPIRE
« Les intellectuels faussaires »
N’écoutant que la probité qui l’anime, et se laissant guider par sa plume avide de transparence dans un microcosme politico-médiatique nébuleux, Pascal Boniface, directeur de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), signe là une quête de vérité captivante, qui éclaire nos lanternes de manière lumineuse.
Pas téméraires pour un sou, 14 éditeurs ont déclaré forfait à la lecture du manuscrit qui brûle les doigts, les motifs du refus variant : « Certains étant des éditeurs universitaires le trouvaient trop polémique, d’autres estimaient que je mettais en cause certains de leurs auteurs. Mais il y eut également le cas fréquent d’éditeurs me disant qu’ils avaient apprécié le livre, qu’ils en ont partagé les analyses et démonstrations mais qu’ils ne pouvaient pas prendre le risque de le publier car ils ne voulaient pas se fâcher avec des gens puissants dans le milieu de l’édition et des médias » explique Pascal Boniface, qui a fini par dénicher son alter ego de l’édition, aussi intrépide que lui, en la personne de Jean-Claude Gawsewitch.
Qui sont donc ces maîtres incontestés de la manipulation des esprits, ces illusionnistes de la science infuse, dont le prisme déontologique sélectionne soigneusement les causes à défendre en fonction des intérêts supérieurs qu’elles servent, et du profit personnel qu’il y a à en tirer ?
Pour le savoir, un préalable livresque audacieux, quasi « kamikaze », que certaines bonnes âmes de l’édition qualifieront de « suicidaire », s’imposait : arracher les oripeaux dorés du mensonge organisé, et mettre à nu le noyau dur de ses colporteurs.
Les noms familiers s’égrènent au fil des pages, accompagnés de leur portrait respectif sans fard, qui dépeint l’ampleur de l’imposture avec force détails, nous procurant la savoureuse jubilation de voir la fine fleur de la mystification épinglée, elle qui porte la morale des bien-pensants à la boutonnière, par un intellectuel debout, pour qui l’éthique n’est pas un vain mot.
C’est un cercle de « clercs » bien peu vertueux qui est brossé, confortant nos intimes convictions…
En tête de liste, il y a l’influent Bernard Henry-Lévy, alias BHL le « seigneur et maître des faussaires », dont le« moralisme se mue en Maccarthysme », redoutable dans l’art d’exercer le « terrorisme intellectuel », alors même que ses fiascos retentissants disqualifieraient sur-le-champ bien moins omnipotent que lui. Alain Finkielkraut le talonne de près, lui « qui a contribué à alimenter la peur d’une grande partie de la communauté juive en grossissant de façon démesurée l’antisémitisme en France ». Puis vient Alexandre Adler « un défenseur acharné et inconditionnel d’Israël, et le pourfendeur intransigeant de tous ceux qui osent émettre des doutes sur la politique d’Ariel Sharon », suivi de Caroline Fourest, croquée en « serial-menteuse », naturellement douée pour « attribuer à ses adversaires des positions qui ne sont pas les leurs, ou des faits répréhensibles… inexistants », qui a emprunté la voie royale pour se faire une place au soleil : jouer la « pasionaria de la lutte contre l’islamisme » avec, dans sa ligne de mire, la proie de choix qui booste les carrières, Tariq Ramadan, tout en dénonçant avec force« l’antisémitisme, les juifs et Israël étant aussi menacés par l’islamisme ». Le carriérisme de Mohammed Sifaoui n’est pas épargné non plus, démasqué dans son rôle du « pourfendeur utile de l’islamisme » écumant tous les plateaux de télévision, qui a parfaitement compris que s’afficher en tant que « musulman et pro-israélien » était le plus sûr chemin vers la gloire. François Heisbourg, Pascal Bruckner, Philippe Val, et d’autres encore complètent cette grande fresque du cynisme banalisé qui ne cesse de prospérer au pays des Lumières.
La malhonnêteté intellectuelle a ses stars, qui lorgnent toutes sur la consécration médiatique en s’engageant utile et dans le sens du vent, sur le dos d’un ennemi commun, monté de toutes pièces, et très tendance« l’islamofascisme », et de peurs irrationnelles à faire frémir dans les chaumières « l’islamophobie ».
Le « triomphe médiatique des experts en mensonge », comme le met si bien en exergue Pascal Boniface, sonne le glas de la haute idée de la France et de leur devoir que se faisaient les illustres signatures qui ont gravé leur nom au panthéon français : Voltaire, Hugo, Zola, Malraux.
Et c’est une vraie nostalgie qui nous étreint, de celle qui élève l’âme en proie au « spleen » et non qui libère la fureur « Zemmourienne », quand Pascal Boniface nous fait remonter le temps, jusqu’à cet âge d’or des intellectuels prompts à s’engager pour des causes universelles, de manière désintéressée, quitte à se mettre en danger : « Leur prestige est à la hauteur de leur dévouement et des risques encourus, car leurs combats se font alors contre les pouvoirs en place » souligne-t-il, en forme du plus bel hommage.
« Les intellectuels faussaires » de Pascal Boniface, une saine critique à lire d’urgence pour identifier et décoder ces nouveaux censeurs qui nous entourent, et les déchoir de leur piédestal usurpé.
Rédaction Oumma
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6/17/2011
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Une flottille pour lever le blocus de la bande de Gaza
Juin 2007 : après la prise du pouvoir par le Hamas, les autorités israéliennes renforcent leur siège de manière drastique. Le territoire est bouclé, les postes frontières fermés, plus rien ne passe, à l'exception des biens humanitaires les plus basiques.
Les raisons sécuritaires invoquées par Israël ne résistent pas à l'épreuve des faits. Le siège témoigne d'un véritable acharnement contre la population de Gaza. La liste des produits interdits, révélée en 2010 par l'ONG israélienne Gisha, est ubuesque : sauge, cumin, coriandre, gingembre, chips, fruits secs, plâtre, bitume, ciment, fer, glucose, tissus pour vêtements, cannes à pêche, filets de pêche, papier format A4, instruments de musique, jouets, machines à coudre…
Qui pourra sérieusement prétendre que de telles restrictions peuvent être justifiées par des considérations sécuritaires ? Il s'agit en fait d'une sanction collective, illégale au regard du droit international, en contradiction flagrante avec la résolution 1860 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui appelait en janvier 2009 "au libre approvisionnement et à la libre distribution à travers Gaza de l'aide humanitaire, y compris de la nourriture, du carburant et des médicaments".
Cette punition est infligée à une population qui a été déclarée "entité hostile" par l'Etat d'Israël. L'enfermement, imposé, de la société gazaouie a aujourd'hui engendré un véritable repli sur soi et exacerbé les violences et la radicalisation de la société. Le blocus a non seulement des implications sur la vie économique de Gaza, mais surtout des conséquences désastreuses en termes de développement. Sans ciment pour reconstruire, après l'attaque israélienne "Plomb Durci", qui a fait plus de 1 400 morts, les hôpitaux et les écoles restent à l'état de ruines, et les droits fondamentaux d'accès à la santé et à l'éducation ne sont plus que chimères.
Depuis quatre ans maintenant, ce blocus est régulièrement dénoncé par des dizaines d'ONG internationales, y compris israéliennes, mais aussi par de nombreuses agences de l'ONU dont l'UNRWA (United Nations Relief and Works Agency), chargée des réfugiés palestiniens, ainsi que par diverses personnalités morales. Ecoutons-les, pour une fois : "Mon message à la communauté internationale est que notre silence et notre complicité, en particulier sur la situation à Gaza, est une honte pour nous tous" (Desmond Tutu, combattant anti-apartheid, prix Nobel de la paix en 1984) ; "Il faut briser le blocus de Gaza en envoyant des navires pour procurer des approvisionnements à la population" (John Ging, coordinateur de l'UNRWA à Gaza)…
A la fin du mois de mai 2010, la première "flottille de la liberté", chargée d'aide humanitaire et de matériaux de construction, a été violemment interceptée par l'armée israélienne. Les réactions internationales à cet abordage qui a fait 9 morts et 28 blessés parmi les passagers, ont été nombreuses. L'attaque israélienne a été condamnée, parfois du bout des lèvres, et nombre de voix se sont élevées pour exiger la fin du blocus. Aujourd'hui, un an plus tard, les agences de l'ONU et les ONG confirment que "l'allègement" du blocus est essentiellement cosmétique.
Les restrictions draconiennes sur les importations de ciment et de produits chimiques sont maintenues, les infrastructures détruites en 2008-2009 comme les stations de traitement des eaux usées, n'ont pu être reconstruites. Les centrales électriques fonctionnent très irrégulièrement et la distribution d'eau potable est des plus problématiques. Les plus récents chiffres de l'ONU indiquent qu'au moins 70 % des Gazaouis dépendent des aides alimentaires internationales, que plus des 2/3 d'entre eux vivent avec moins d'un dollar par jour.
Les dirigeants des pays occidentaux déplorent régulièrement "l'impasse" des négociations entre Israéliens et Palestiniens. Ne devraient-ils pas cesser de s'émouvoir et agir concrètement pour que le droit international soit enfin respecté, en exigeant la mise en œuvre de leurs propres déclarations ? Les gouvernements européens, France en tête, doivent faire réellement pression sur Israël, pour qu'enfin cet Etat se conforme au droit international, respecte les conventions de Genève et applique les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. "Condamner" régulièrement l'Etat d'Israël, sans mettre en place des sanctions, est vain.
Il faut des actes.
C'est parce qu'ils ne supportaient plus cette passivité que les passagers de la première flottille ont embarqué pour Gaza. C'est parce que l'inaction perdure qu'une deuxième flottille fera route, dans quelques semaines, vers l'enclave palestinienne, à laquelle se joindra pour la première fois un bateau français.
Nous, membres de la société civile française, soutenons sans réserve cette deuxième flottille de la liberté, pacifique et non-violente, et le signe d'espoir qu'elle représente pour la population palestinienne de Gaza. Nous demandons au gouvernement français de confirmer l'élan que représente cette initiative citoyenne.
Bertrand Badie, politologue, professeur à Sciences-Po ;
Didier Billion, chercheur spécialiste du Moyen-Orient ;
Sonia Dayan-Herbrun, sociologue, professeure de sociologie à Paris-VII ;
Vincent Geisser, sociologue, chargé de recherches au CNRS ;
Nacira Guénif, sociologue ;
Alain Joxe, directeur d'études à l'EHESS ;
Rachid Benzine, Islamologue ;
Julien Salingue, enseignant en sciences politiques et doctorant à Paris-VIII.
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Le Bougnoulosophe
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6/16/2011
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Libellés : PALESTINE
De la haine du peuple bigarré des périphéries
D'habitude, que ce soit à la radio ou à la télévision (pour voir, c'est alors plus facile), on voit notre publiciste réactionnaire hirsute, énervé, ne supportant pas la parole de l'autre, dévoré par sa moraline rance et dépourvu de toute nuance. Là, ce matin, il était bien calme, notre filousophe. Il avait de quoi être apaisé, il faut bien le dire. Ses invités étaient Jean-Christophe Bailly et, surtout, Richard Millet dont l'avant-dernier dernier "livre", L'Opprobre est une suite de phrases sans âge et haineuses contre la France réelle, c'est à dire mondialisée et faite des gens de partout (pour avoir cependant une idée plus précise de la prose digne de Je suis partout de M. Millet, je renvoie à un billet de Sylvain Bourmeau - c'est ici).
Il était donc bien calme ce matin, notre maurrassien compatible avec les valeurs du CRIF. Il était aux anges. Son émission fut un déluge de haine mezzo voce (entre gens bien nés, bien mis et de ce fait respectables) malgré les protestations de J.-C. Bailly face aux délires de MM. Finkielkraut et Millet. Ceux que Victor Hugo appelle dans Les Misérables "les civilisés de la barbarie" tenaient donc salon, ce matin, sur les ondes d'une radio publique, et déversaient paisiblement leur haine du peuple des banlieues. Celui-ci (et singulièrement sa composante musulmane ou d'origine maghrébine), à n'en pas douter, est constitué pour Alain Finkielkraut et Richard Millet (qui, au passage, disait des choses d'une insigne stupidité sur la langue dont il nie la structurelle évolution) de sous-hommes, de voyous, de criminels en puissance (ah, qu'il était content, Finkielkraut, de pouvoir s'appuyer sur Gatignon à Sevran pour étayer son délire haineux et racial !). Pour M. Millet, qu'après plusieurs générations, une famille arabe persiste à appeler ses enfants Mohamed ou Djamila est un acte de barbarie et/ou de guerre civile, pas moins ! Pis, notre écrivain, qui cite Joseph de Maistre pour valider ses thèses, explique, sous la bienveillance d'Alain Finkielkraut, que dans le RER, avec tous ces étrangers subsahariens et/ou musulmans, il se sent victime d'un nouvel apartheid...
A la suite de toutes ces horreurs proférées sur un ton badin, l'inamovible Finkielkraut (qu'on le vire, vite ! Je ne comprends même pas qu'après une telle émission, nul ne songe à porter plainte) a moqué l'accent des jeunes de banlieue (il a répété plusieurs fois le mot accent avec un dégoût marqué), a raillé l'équipe de France de football dont, pense-t-il, on peut douter du caractère français et/ou européen, a fait un sort au rap en deux phrases et a précisé que les gens des banlieues n'étaient pas l'équivalent du peuple aimé par Victor Hugo. Non, forcément... Pourtant, l'équivalent d'antan des Finkielkraut et Millet, à coup sûr, détestaient l'argot puis la Tour Eiffel. Le peuple, voilà l'ennemi !
La ficelle est facile mais qu'elle le soit, en même temps, illustre la gravité de la situation. Ecoutez l'émission Répliques du 11 juin 2011, écoutez-là jusqu'au bout et remplacez les noms des proscrits de l'émission (lycéens et collégiens des banlieues, immigrés,...) par juifs. Si, par un minuscule effort, vous vous transposez dans les années 1930, vous avez, désormais radio-diffusée, La Gerbe !
La haine républicaine est odieuse, même si répandue. On entend beaucoup d'inepties sur les banlieues et cette proscription de gens qui sont déjà privés de tant de choses (d'argent, pour commencer, et donc de confort) est proprement insupportable. Finkielkraut raconte toujours les mêmes anecdotes mais je ne reconnais toujours pas la banlieue qu'il hait et qu'il décrit. Voilà 10 ans que je travaille en Seine-saint-Denis et que je ne renonce pas à l'exigence (cette année, par ex., j'ai fait Bossuet avec une classe de Première). Jamais, jamais !, je n'ai rencontré ce que raconte Finkielkraut (en revanche, j'ai eu vent, il y a 10 ans, d'une grave agression de la part d'élèves contre un enseignant d'un lycée de Versailles, preuve que tout coller aux banlieues ouvrières est un peu rapide). Certes, il y a eu les incidents de la Toussaint mais cela avait lieu devant le lycée. En outre, à chaque fois que j'ai emmené des classes au théâtre, en dépit des cris d'orfraie et les a priori des petits-bourgeois dérangés par ces intrus, il n'y a jamais eu de problème. Au contraire. Cela ne veut pas dire que la banlieue est idyllique mais que les problèmes à l'Ecole n'y sont pas insurmontables, surtout si l'Etat considère comme une priorité l'instruction de tous. Inclure la jeunesse des banlieues dans l'espace public et commun à tous est un pas radical vers la paix civile.
Les positions de Finkielkraut et consorts sont détestables et qu'elles ne soient dénoncées que par l'extrême gauche est gravissime. J'ai vu des loulous adorer Victor Hugo ("C'est trop bien, m'sieur, il a le flow, Hugo !") et la ligne politique, hélas consensuelle, de l'animateur de Répliques sue la haine de la démocratie.
M. Finkielkraut se trompe gravement. D'abord, la culture est pour lui synonyme de naphtaline. Il est à notre temps ce qu'étaient à la fin du XIXème siècle ceux qui préféraient Sully-Prudhomme à Stéphane Mallarmé. Sa haine du rap est risible ; il devrait lire Joy Sorman sur NTM et écouter le rap américain. Son prisme exclusif de perception du monde est celui du mépris de classe. Plus singulièrement, sa haine des Arabes semble homogène à celle du Likoud israélien. C'est du reste, comme l'ont notamment montré Hazan et Badiou, une des nouveautés politiques réactionnaires de la période : l'extrême droite aime désormais l'Etat d'Israël (après tout, Drieu la Rochelle écrivait dans son journal qu'il mourait antisémite sauf à l'égard des juifs sionistes).
Ensuite, comme disait Antoine Vitez (par ailleurs militant du communisme), "l'élitisme pour tous". Notre maurrassien sioniste est aux antipodes de cette idée-là. Rien pour les pauvres, singulièrement pour ceux qui ne sont pas de chez nous ! M. Finkielkraut est l'un des noms de la nouvelle extrême droite, l'extrême droite 2.0.
Je me prends toutefois à rêver. Un vieux juif du ghetto, par quelque miracle, revient parmi nous, un peu comme dans l'épisode du grand inquisiteur des frères Karamazov et, entendant Finkielkraut dans ses insanités, lui dit, avec un accent yiddish à couper au couteau, "Mais comment ça, tu parles des fils d'Agar comme l'Action française de nous il y a 75 ans ? Quelle honte !"
Yvan Najiels
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6/12/2011
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Libellés : POSTCOLONIE
La conception du « pouvoir » chez Foucault
« Par pouvoir, je ne veux pas dire « le Pouvoir », comme ensemble d’institutions et d’appareils qui garantissent la sujétion des citoyens dans un Etat donné. Par pouvoir, je n’entends pas non plus un mode d’assujettissement qui, par opposition à la violence, aurait la forme de la règle. Enfin je n’entends pas un système général de domination exercé par un élément ou un groupe sur un autre, et dont les effets, par dérivations successives, traverseraient le corps social tout entier.
L’analyse, en terme de pouvoir, ne doit pas postuler, comme données initiales, la souveraineté de l’Etat, la forme de la loi ou l’unité globale de domination ; celles-ci n’en sont plutôt que les formes terminales. Par pouvoir, il me semble qu’il faut comprendre d’abord la multiplicité des rapports de force qui sont immanents au domaine où ils s’exercent, et sont constitutifs de leur organisation ; le jeu qui par voie de luttes et d’affrontements incessants les transforme, les renforce, les inverse ; les appuis que ces rapports de force trouvent les uns dans les autres, de manière à former chaîne ou système, ou, au contraire, les décalages, les contradictions qui les isolent les uns des autres ; les stratégies enfin dans lesquelles ils prennent effet, et dont le dessin général ou la cristallisation institutionnelle prennent corps dans les appareils étatiques, dans la formulation de la loi, dans les hégémonies sociales.
La condition de possibilité du pouvoir, en tout cas le point de vue qui permet de rendre intelligible son exercice, jusqu’en ses effets les plus « périphériques », et qui permet aussi d’utiliser ses mécanismes comme une grille d’intelligibilité du champ social, il ne faut pas la chercher dans l’existence première d’un point central, dans un foyer unique de souveraineté d’où rayonneraient des formes dérivées et descendantes ; c’est le socle mouvant des rapports de force qui induisent sans cesse, par leur inégalité, des états de pouvoir, mais toujours locaux et instables.
Omniprésence du pouvoir : non point parce qu’ il aurait le privilège de tout regrouper sous son invincible unité, mais parce qu’il se produit à chaque instant, en tout point, ou plutôt dans toute relation d’un point à un autre. Le pouvoir est partout ; ce n’est pas qu’il englobe tout, c’est qu’il vient de partout. Et « le » pouvoir dans ce qu’il a de permanent, de répétitif, d’inerte, d’autoreproducteur, ce n’est que l’effet d’ensemble, qui se dessine à partir de toutes ces mobilités, l’enchaînement qui prend appui sur chacune d’elles et cherche en retour à les fixer. Il faut sans doute être nominaliste : le pouvoir, ce n’est pas une institution, et ce n’est pas une structure, ce n’est pas une certaine puissance dont certains seraient dotés : c’est le nom qu’on prête à une certaine situation stratégique complexe dans une société donnée. Faut-il alors retourner la formule et dire que la politique, c’est la guerre poursuivie par d’autres moyens ?
Peut-être, si on veut toujours maintenir un écart entre guerre et politique, devrait-on avancer plutôt que cette multiplicité des rapports de force peut être codée - en partie et jamais totalement - soit dans la forme de la « guerre », soit dans la forme de la « politique » ; ce serait là deux stratégies différentes (mais promptes à basculer l’une dans l’autre) pour intégrer ces rapports de force déséquilibrés, hétérogènes, instables, tendus.
En suivant cette ligne, on pourrait avancer un certain nombre de propositions :
- que le pouvoir n’est pas quelque chose qui s’acquiert, s’arrache ou se partage, quelque chose qu’on garde ou qu’on laisse échapper ; le pouvoir s’exerce à partir de points innombrables, et dans le jeu de relations inégalitaires et mobiles;
- que les relations de pouvoir ne sont pas en position d’extériorité à l’égard d’autres types de rapports (processus économiques, rapports de connaissance, relations sexuelles), mais qu’elles leur sont immanentes ; elles sont les effets immédiats des partages, inégalités et déséquilibres qui s’y produisent, et elles sont réciproquement les conditions internes de ces différenciations ; les relations de pouvoir ne sont pas en relation de superstructure, avec un simple rôle de prohibition ou de reconduction; elles ont, là où elles jouent, un rôle directement producteur ;
- que le pouvoir vient d’en bas ; c’est-à-dire qu’il n’y a pas, au principe des relations de pouvoir, et comme matrice générale, une opposition binaire et globale entre les dominateurs et les dominés, cette dualité se répercutant de haut en bas, et sur des groupes de plus en plus restreints jusque dans les profondeurs du corps social. Il faut plutôt supposer que les rapports de force multiples qui se forment et jouent dans les appareils de production, les familles, les groupes restreints, les institutions, servent de support à de larges effets de clivage qui parcourent l’ensemble du corps social. Ceux-ci forment alors une ligne de force générale qui traverse les affrontements locaux, et les relie ; bien sûr, en retour, ils procèdent sur eux à des redistributions, à des alignements, à des homogénéisations, à des aménagements de série, à des mises en convergence. Les grandes dominations sont les effets hégémoniques que soutient continûment l’intensité de tous ces affrontements ;
- que les relations de pouvoir sont à la fois intentionnelles et non subjectives. Si, de fait, elles sont intelligibles, ce n’est pas parce qu’elles seraient l’effet, en terme de causalité, d’une instance autre, qui les « expliquerait », mais, c’est qu’elles sont, de part en part, traversées par un calcul : pas de pouvoir qui s’exerce sans une série de visées et d’objectifs. Mais cela ne veut pas dire qu’il résulte du choix ou de la décision d’un sujet individuel ; ne cherchons pas l’état-major qui préside à sa rationalité ; ni la caste qui gouverne, ni les groupes qui contrôlent les appareils de l’Etat, ni ceux qui prennent les décisions économiques les plus importantes ne gèrent l’ensemble du réseau de pouvoir qui fonctionne dans une société (et la fait fonctionner) ; la rationalité du pouvoir, c’est celle de tactiques souvent fort explicites au niveau limité où elles s’inscrivent - cynisme local du pouvoir - qui, s’enchaînant les unes aux autres, s’appelant et se propageant, trouvent ailleurs leur appui et leur condition, dessinent finalement des dispositifs d’ensemble : là, la logique est encore parfaitement claire, les visées déchiffrables, et pourtant, il arrive qu’il n’y ait plus personne pour les avoir conçues et bien peu pour les formuler : caractère implicite des grandes stratégies anonymes, presque muettes, qui coordonnent des tactiques locales dont les « inventeurs » ou les responsables sont souvent sans hypocrisie ;
- que là où il y a pouvoir, il y a résistance et que pourtant, ou plutôt par là même, celle-ci n’est jamais en position d’extériorité par rapport au pouvoir. Faut-il dire qu’on est nécessairement « dans » le pouvoir, qu’on n’y échappe pas, qu’il n’y a pas, par rapport à lui, d’extérieur absolu, parce qu’on serait immanquablement soumis à la loi ? Ou que, l’histoire étant la ruse de la raison, le pouvoir est la ruse de l’histoire - celui qui toujours gagne ? Ce serait méconnaître le caractère strictement relationnel des rapports de pouvoir. Ils ne peuvent exister qu’en fonction d’une multiplicité de points de résistance : ceux-ci jouent, dans les relations de pouvoir, le rôle d’adversaire, de cible, d’appui, de saillie pour une prise. » (Michel Foucault, Histoire de la sexualité, I, La volonté de savoir)
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Le Bougnoulosophe
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6/10/2011
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Le syndrome de l’Oncle Tom
A l’image de Blaise Diagne, député du Sénégal, qui a activement contribué au recrutement des troupes coloniales lors de la Première Guerre Mondiale, ils étaient les alibis des colons légitimant leur bonne parole auprès des « leurs » colonisés, tout en jouissant du prestige attaché à leur fonction. De nos jours, le subterfuge est moins grossier, mais la pratique persiste. Ces minorités (dont la mission est de faire « le sale boulot ») sont victime de ce que j’appelle le « syndrome de l’Oncle Tom ».
Notre société valorisant les dominants, il parait difficile pour les minorés de conserver intacte leur estime de soi. L’infamie associée au caractère minoritaire alimente un tel complexe d’infériorité chez certains d’entre eux qu’ils n’ont qu’une envie : disparaître !
Déjà, au siècle dernier, Walter White, dirigeant de la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People, organisation historique de lutte pour les droits civiques) se désole que « chaque année, 12000 Noirs à la peau blanche disparaissent. Leur disparition n’est en rien due à l’immigration ou à la mort ». Il désigne ainsi les Noirs à la peau claire, qui pouvant passer pour des blancs (comme lui avec son teint clair et ses yeux bleus), choisissent de « disparaître » en tant que personnes noires en se « fondant » dans la majorité pour échapper à la stigmatisation raciale
Les personnes non-blanches qui interviennent sur la scène politique et médiatique font souvent l’objet d’une forme de bienveillance qui n’est pas sans rappeler le paternalisme d’antan. Alors que certains sont cantonnés au rôle d’éternels jeunes, d’autres font l’objet d’un concert de louanges dés lors qu’ils alignent trois mots cohérents. Dans l’autre sens, on cultive le misérabilisme. On accorde à Fadela Amara, ministre estampillé « banlieue », le droit de s’exprimer dans un français chaotique et d’adapter l’improbable look « tailleur-baskets ». « C’est déjà bien pour une Arabe ! » doivent-il se dire.
Pratiquant parfois une indulgence excessive, les majoritaires ont le sentiment de faire la charité en offrant des ministères à des incompétents, supposant que les personnes compétentes n’existent pas parmi les minorités (ou pour les plus cyniques, s’octroyer la reconnaissance éternelle des minorités qui, même dans leurs rêves les plus fous, n’imaginaient pas atteindre de tels sommets). Les minorités sont condamnées à l’excellence ou à la médiocrité. Entre les deux, point de salut.
Savoir rester à sa place
Les minorités sont appréciées lorsqu’elles ressemblent aux clichés qu’elles sont censées incarner. Certaines personnalités politiques ont construit leur carrière en prenant soin de toujours surjouer leur ethnicité. Cette posture les rend crédibles dans le registre « les Arabes parlent aux Arabes » et leur confère toute légitimité pour s’exprimer sur les questions dont elles sont censées être expertes. Et les minorités qui ne se comportent pas comme on l’attendrait d’eux le payent très cher […]
Accabler les siens
Le fait d’être désigné comme le « bon » de son groupe minoritiare donne des ailes à certains. L’envie de se démarquer peut les rendre extrêmement virulents à l’égard des personnes de leur « groupe », ce qui leur garanti de ne jamais être confondues avec les minorités dénoncées préalablement. Ainsi ceux qu’on appelle, « beurgeois intégrés », loin des figures haïssables de banlieue, sont raffinés et savent apprécier les bons vins – qualité qui fait habituellement défaut aux tristes musulmans. Ces minorités peuvent également servir à véhiculer - ou à excuser - des idées et propos racistes. Insoupçonnables (« Mais enfin comment ce Noir pourrait être raciste ? »), elles peuvent se permettre des excès que des extrémistes hésiteraient à entonner.
Certes, l’appartenance a une minorité ne doit pas empêcher une prise de parole contre un membre de cette minorité ou visant à dénoncer un phénomène qui y a trait. Il n’en demeure pas moins que des paroles prononcées par un membre d’une minorité contre celle-ci ont un effet décuplé, dans la mesure ou l’on présume que le minoré « sait de quoi il parle ». Pour cette raison, certains partis politiques s’adjoignent les services de minorités, solides remparts contre toute accusation de racisme. Hélas, les efforts multipliés pour « ressembler » aux dominants sont rarement payant, les « civilisés » obtiennent rarement la considération de leurs maîtres, qui les gratifient au mieux d’une tape dans le dos et qui ne manquent de leur adresser d’humiliant rappel à l’ordre lorsqu’ils se laissent griser. »
(Rokhaya Diallo, Racisme : Mode d'emploi)
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Le Bougnoulosophe
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