Misère de l'anti-impérialisme (rudimentaire)
Voici neuf points caractérisant cet anti-impérialisme de farce et attrape qui sévit aujourd’hui un peu partout :
1. Les formules rhétoriques creuses : par exemple, l’incantatoire « impérialisme » qui nous est servi ad nauseam comme une formule magique, un mantra, un « Sésame, ouvre-toi!»… Surtout ne leur demandez pas de quoi il s'agit très exactement.
2. La paresse intellectuelle : notamment la « reductio ad hydrocarburum », la géopolitique du pauvre en esprit, où TOUT se ramène en dernière instance au Pétrole. N'allez pas chercher plus loin l'or noir c'est l'Alpha et l'Oméga …
3. Les lieux communs exprimés sur un ton docte : par exemple, « les États n’agissent jamais sans intérêt », « les droits de l’homme sont le masque vertueux des volontés de puissance des États occidentaux »…, non tu crois ?
4. L'impuissance complaisante aux senteurs de « moraline » : soit une variation sur la figure de « la belle âme » chère à Hegel. De manière pratique et concrète, quelles ont été les relations nouées entre la gauche européenne et les insurgés arabes jusqu'ici ? Wallou!
5. Le racisme larvé, épistémique* : la bonne parole, la vérité sur la Libye nous vient du Venezuela, dans le monde arabe, dans le monde Africain, monsieur on ne pense pas, c'est le désert intellectuel, l’on ne trouve pas un être pensant « en soi et pour soi »…
6. Le binarisme : il y a deux camps qui s'affrontent en un éternel combat, les gentils et les méchants, « l’Empire » et le reste du monde, aussi « les ennemis des ennemis sont nos amis », vous comprenez bien monsieur que je ne peux partager des positions avec Sarkozy et BHL, mais par contre je peux en partager avec Jean-Marie Le Pen… Le problème c'est qu'il y a ici, au moins, trois acteurs autonomes : l'Empire, les insurgés et les forces de Kadhafi.
7. La vision grossière du monde : absence d’un point de vue dialectique qui tienne compte de la complexité des situations et de l'Histoire, sachant que ni « l’Empire », ni le Monde Arabe, ni les « pays émergents » ne sont des entités homogènes aux intérêts convergents…
8. Les approximations douteuses : la comparaison avec la guerre du Golf première mouture... Et pour toutes preuves? Les images verdâtres des bombardements nocturnes qui ressemblaient à celles de CNN en 1990-91!
9. Les procès en sorcellerie : le « qui n’est pas avec nous est contre nous », le « vous êtes un allié objectif de l’Empire » qui fleurent si bon le stalinisme d'antan etc…
*Le postulat selon lequel il n'existe qu'une seule tradition épistémique permettant d'atteindre la vérité et l'universalité (cfr. Ramon Grosfoguel).
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
3/23/2011
2
commentaires
Liens vers ce message
Libellés : EMPIRE
L'antisémitisme partout?
« La morale de cette histoire est que la construction et l’usage du terme « antisémite » composent aujourd’hui une variante de « l’exception française », une des formes que prend cette « exception » quand elle confère sa singularité à une donnée très tenace de notre histoire : l’existence opiniâtre, surtout depuis notre Grande Révolution, d’une puissante réaction politique et intellectuelle. »
Alain Badiou
Alain Badiou est né en 1937 à Rabat (Maroc). Philosophe, mais aussi romancier et dramaturge, Alain Badiou cherche dans la pensée et dans l’art d’écrire tout ce qui est compatible avec une politique égalitaire. On citera, en philosophie, Logique des mondes (Seuil, 2006) ; pour le roman, Calme bloc ici-bas (POL, 1997) ; pour le théâtre, Ahmed le subtil (Actes Sud, 1993) ; pour les essais politiques, Le Siècle (Seuil, 2004).
Eric Hazan
Eric Hazan est né à Paris en 1936. Pendant plus de vingt-cinq ans, il est chirurgien hospitalier, puis en 1983, il reprend les éditions Hazan, la maison paternelle spécialisée dans la publication de livres d’art. En 1998, il fonde avec un groupe d’ami-e-s La fabrique éditions, avec le projet de faire entendre une petite voix discordante dans le consensus politico-intellectuel ambiant. Il est également l’auteur de L’Invention de Paris, il n’y a pas de pas perdus (Le Seuil, 2002), Chroniques de la guerre civile (La fabrique, 2004), Changement de propriétaire. La guerre civile continue (Le Seuil, 2007).
A écouter : Là-bas si j'y suis
*« Hormis l’hypothétique désir de défendre les juifs, on peut s’interroger sur les raisons qui poussent certains intellectuels à user de la très grave accusation « vous êtes un antisémite » comme stigmatisation passe-partout. Ces raisons sont diverses, mais on peut en dégager le fond commun : soutien à l’ordre existant, collusion avec le pouvoir en place, anticommunisme historique, conviction que l’armée américaine est le dernier rempart des « libertés », défense de l’État d’Israël, sans compter un bien compréhensible souci d’autopromotion. N’oublions pas que parmi ceux qui ont été maos dans leur prime jeunesse, certains pensaient réellement qu’ils allaient prendre le pouvoir. C’est quand ils se sont aperçus que les choses étaient un peu plus compliquées, qu’elles allaient durer beaucoup plus longtemps et qu’elles demandaient un âpre et obscur travail dans les usines et les quartiers, qu’ils ont viré de bord et organisé, sous le nom d’antitotalitarisme, la nouvelle idéologie réactive. Rien de plus « nouveau », dans certaines circonstances, qu’un recyclage de l’ancien : les arguments des « nouveaux philosophes » n’étaient qu’une reprise des arguments anticommunistes des années cinquante. Nos ex-maos ont ainsi mis en scène l’idée que la contradiction n’était plus entre prolétariat et bourgeoisie, ou entre socialisme et impérialisme, mais entre démocratie et totalitarisme, soit, pour s’en tenir au vocabulaire de leurs maîtres américains, entre « dictature communiste » et « monde libre ». Bon calcul après tout : ce virage leur a rapporté beaucoup plus que leur maoïsme antérieur.»
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
3/11/2011
3
commentaires
Liens vers ce message
Libellés : MANIERES DE FAIRE
Les Arabes, les frontières et la mer
Du Maroc à la Chine, une formidable onde de choc traverse les mers, les continents, les frontières.
C’est d’abord cela que les révoltes arabes nous ont permis d’entrevoir : cette solidarité des opprimés capable de générer une éthique que n’enfermeraient plus ces rhétoriques lamentables qui nous tiennent lieu de pensée.
C’est cela que ce Printemps des Peuples nous offre, déjà : la remise en cause de la cristallisation géographique -les peuples ne connaissent pas les frontières.
Ce Peuple dont la notion même nous était devenue parfaitement incongrue – relisez les pages de Foucault à ce sujet, analysant avec une rare lucidité la longue, lente, roborative transformation, dans nos démocraties néo-libérales, de la notion de Peuple (qui est une catégorie politique) en populations (qui est une catégorie biologique). Voici que soudain le Peuple fait de nouveau irruption dans le champ de l’Histoire. Et que, repartant de l’humain, il nous apprend que le politique ne s’épuise pas dans les dispositifs gouvernementaux.
Le Printemps Arabe qui se poursuit aura remis en cause avec une belle santé l’idée de frontière, qui est une idée politiquement régressive, une invention coercitive destinée à enfermer dans un destin masochiste les populations prises à son piège. C’est cela, déjà, la grande victoire de ces révoltes, qui visent rien moins qu’à dénoncer l’extension planétaire de la civilisation néo-libérale exportant partout ses barbelés pour enfermer les Peuples et les dresser les uns contre les autres.
Car nous sommes bien face à une guerre absolue. Et de ce point de vue, les révoltes arabes sont notre seul espoir de reconstruire un monde nouveau.
A l’idée de populations, préférons donc celle de Peuple et affirmons avec force que l’indétermination nationale des peuples est aujourd’hui notre chance. Il faut imaginer et multiplier les transgressions par rapport aux frontières, autant géographiques que politiques, culturelles qu’intellectuelles. Il faut combattre la sédentarisation morphologique des nations, des cultures, des identités. Refuser la fin de l’âge du projet politique telle qu’elle nous est prescrite par nos démocraties fantoches. Car ici, ne nous détrompons pas, nous ne faisons que subir la mise en scène de l’idée de démocratie. Une mise en scène pitoyable, éprouvante dans un pays tel que le nôtre, où l’on ne cesse d’agiter le chiffon de la haine de l’Islam, réalisez : au moment même où les Peuples Arabes nous invitent à repenser le monde !
La démocratie française est devenue le gouvernement du déficit démocratique. Il est de la plus extrême urgence d’ouvrir de nouvelles possibilités thématiques qui ne soient pas celles du repli sur soi, ainsi que leur fameux débat contre l’islam nous y invite ! Et nous rappeler que ce qui doit définir l’homme, c’est son indétermination, pas son identité.
Joël Jegouzo
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
3/10/2011
0
commentaires
Liens vers ce message
Libellés : MANIERES DE FAIRE
Eric Zemmour, un Drumont de farce...
Les arguments développés par Zemmour pour sa défense (Cf. Libération du 11/1/2011) peuvent être synthétisés ainsi :
1. Je dis des vérités (des « réalités ») que le lobby antiraciste refuse d’admettre. (« Mes propos sont brutaux, mais la réalité est brutale », « la réalité n’existe pas pour ces Messieurs », etc ).
2. Si je suis inculpé, c’est parce que je suis victime de ce lobby. Il est tellement puissant que les Français n’osent plus dire ce qu’ils pensent.
3. Je continuerai mon combat car je parle au nom des Français brimés et je défends la liberté d’expression gravement menacée aujourd’hui par le « politiquement correct »
La croisade de Zemmour est fortement soutenue par une partie de l’UMP. Le député Jacques Myard l’approuve car il pense lui aussi qu’il « faut appeler un chat un chat et (faire) cesser l'hypocrisie ». La députée villiériste, Véronique Besse, s’inquiète pour sa part « que la France ne soit plus aujourd'hui le pays de la liberté d'expression, mais celui de la surveillance généralisée de la pensée». Une trentaine de députés de droite (dont Marc Le Fur, vice-président de l'Assemblée nationale) se sont même regroupés au sein d’un « Collectif parlementaire pour la liberté d'expression » pour soutenir Zemmour. Ils s’insurgent qu’on puisse vouloir « faire taire un journaliste qui exprime une opinion, qu'elle soit vraie ou non, parce qu'elle dérange». Selon eux, ce procès « en dit long sur la dérive qui conduit à bâillonner la liberté d'expression par les tyranneaux de la pensée unique de l'antiracisme ».
Contrairement à ce qu’affirment ces élus, ce genre de polémiques n’a rien de nouveau. La rhétorique (entendue comme l’art de la persuasion) de Zemmour rappelle irrésistiblement celle qu’Edouard Drumont, le fondateur de l’antisémitisme moderne en France, a inventée dès les années 1880 (même si son style est beaucoup moins violent et moins insultant que celui de Drumont). Cette rhétorique est à mes yeux une perversion des principes démocratiques. Ce n’est pas par hasard si La France Juive (le livre qui a rendu Drumont célèbre) est paru cinq ans seulement après la loi de 1881 sur la liberté de la presse, à un moment où apparaissent les premiers journaux de masse, dictés par la loi du profit et de la concurrence, à un moment où s’impose aussi ce qu’on appelle depuis cette époque : « l’actualité ».
Journaliste obscur de la presse catholique, Drumont a trouvé dans ce livre la recette miracle permettant d’acquérir de l’audience : faire scandale en surfant sur les évidences du « sens commun » (ce que tout le monde sait parce que les journaux, et aujourd’hui la télévision, en ont parlé) pour servir la soupe aux dominants, tout en se présentant comme une victime. Le thème de l’immigration est un sujet en or pour tous ceux qui poursuivent ce genre d’objectif. Dans les années 1880, l’ennemi n’est pas le terroriste islamiste mais l’espion allemand et le clivage gauche/droite prend la forme d’un combat entre les républicains laïques et les conservateurs catholiques. Drumont construit son discours antisémite en établissant une équivalence entre juifs et Allemands, ce qui permet de fabriquer une nouvelle figure de l’ennemi. Les juifs ont pris le pouvoir dans les banques (Rotschild) et ruinent notre économie. Espions, criminels, anarchistes, ils sapent nos institutions pour nous livrer pieds et poings liés aux Allemands. Mais comme ils sont partout, on ne peut plus les critiquer sans se faire condamner par le « lobby juif ». Les vrais Français, victimes de leurs méfaits, n’osent plus se plaindre. C’est pourquoi ajoute Drumont, aujourd’hui « nous sommes dans l’obligation de nous défendre ». Traîné lui aussi en justice par ses adversaires, Drumont y voit la preuve qu’il est persécuté par les juifs parce qu’il dit des vérités qui dérangent. « Insulté, diffamé » (…) Ma mission de sociologue est de vous montrer (les faits) tels qu’ils sont ».
Les preuves que brandit Drumont sont du même type que celles de Zemmour. Les premières sont empruntées à la rubrique des faits divers jugés « significatifs ». Chaque fois qu’un juif (ou un individu présenté comme tel par Drumont) est impliqué dans une affaire criminelle, Drumont y voit une confirmation de ses thèses. Les autres preuves sont d’ordre statistique. Bien que la IIIe République ait interdit les catégories ethniques et religieuses, Drumont assomme ses lecteurs de chiffres, notamment pour « démontrer » la sur-représentation des juifs dans la fonction publique[1].
J’insiste (pour éviter les fausses polémiques qui occultent toujours les vrais débats) sur le fait qu’il ne s’agit pas ici de mettre sur le même plan le contenu des propos de Zemmour et ceux de Drumont, mais de souligner la similitude de la rhétorique utilisée par l’un et par l’autre pour avoir un impact dans l’opinion. Dans les deux cas, il y a une véritable obsession de la « vérité », de la « réalité ». Mais cette « réalité » est construite de façon arbitraire, comme l’illustre le fait de définir publiquement des personnes à partir de l’origine ou de la « race », alors que tous les gens sérieux savent que c’est le critère social qui est déterminant pour expliquer la délinquance.
Un autre point commun entre Zemmour et Drumont réside dans ce que Marc Bloch appelait « l’inégalité retournée », typique du discours de droite et d’extrême droite. Ceux qui occupent objectivement une position dominante dans la société (sur le plan économique, social, politique et culturel) se présentent comme des victimes et dénoncent les dominés comme des dominants qui les agressent. Ils peuvent ainsi apparaître comme des intellectuels qui disent la vérité au pouvoir au nom des opprimés, tout en captant la confiance de ceux qui rendent les étrangers responsables de leur malheur.
Terminons par un dernier point commun (mais la liste est loin d’être exhaustive) : Zemmour et Drumont appartiennent à la catégorie des journalistes hantés par le désir de reconnaissance. Ne parvenant pas à se faire reconnaître par la valeur de leurs écrits, il ne leur reste que la ressource du scandale. Mais ils veulent apparaître dans le même temps comme des penseurs profonds. C’est ce qui les incite à multiplier les signes extérieurs de la pensée (cf. les mots « vérité », « réalité », l’usage des chiffres etc).
[1] Pour une analyse plus détaillée, cf. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France, Fayard, 2008.
Gérard Noiriel
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
3/07/2011
1 commentaires
Liens vers ce message
Libellés : MANIERES DE FAIRE
L'Europe a-t-elle des racines chrétiennes ?
Racines auxquelles elle serait restée attachée à travers un tourbillon d’agitations matérielles et morales, tout au long de vingt siècles ? La religion est seulement un des traits physionomiques d’une société, trait élu autrefois comme caractéristique de celle-ci ; à notre époque désacralisée, on élit plutôt le rapport de cette société à l’Etat de droit.
Une religion est une des composantes d’une civilisation, elle n’en est pas la matrice, même si elle a pu quelque temps lui servir de désignation conventionnelle, être son nom de famille : « la civilisation chrétienne ». […].
On ne peut pas non plus, comme le faisait Paul Valéry, attribuer au christianisme le mérite de l’individualisme ou de l’universalisme.
Ainsi, l’individualisme serait-il censé être catholique parce que chaque âme a une valeur infinie et que le Seigneur veille sur elles une par une ? Oui, pour vérifier si elles sont humbles et soumises à sa Loi. Et que veut dire individualisme ? Une attention attachée par un individu à sa personne, comme exemplifiant la condition humaine ? Une priorité ontologique ou encore une priorité éthique de l’individu sur la collectivité ou sur l’Etat ? Un non-conformisme, un dédain des normes communes ? La volonté de se réaliser plutôt que de rester à son rang ?
Le catholicisme est étranger à ceci comme à cela. […] Si la liberté est le noyau de l’individualisme, alors celle-ci serait-elle chrétienne parce qu’il n’est méritoire d’obéir à la Loi chrétienne que si on obéit librement ? Peut-être, mais on n’est pas libre de ne pas y obéir, et cette prétendue liberté n’est qu’autonomie dans l’obéissance à l’Eglise et à ses dogmes.
Le mot d’universalisme est non moins trompeur ; parler d’une religion exclusive et prosélyte serait plus juste : le christianisme est ouvert à l’univers et se dit le seul vrai. [Mais] les penseurs païens étaient [aussi] universalistes car ils s’exprimaient en philosophes : tous, Grecs et Barbares, libres et esclaves, hommes et femmes avaient également accès à la vérité et à la sagesse ; les capacités humaines étaient virtuellement les mêmes chez tous les hommes.
Saint Paul, en revanche, est un sergent recruteur : il engage tout le monde à entrer dans une Eglise qui est ouverte à tous et se referme sur eux […] Le paganisme aussi était ouvert à tous mais moins exclusif : tout étranger pouvait adorer un dieu grec et n’était pas damné s’il ne l’adorait pas. […]
S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, notre modernité pourrait nommer Kant ou Spinoza ; quand celui-ci écrit dans l’Ethique que « porter secours à ceux qui en ont besoin dépasse largement les forces et l’intérêt des particuliers ; le soin des pauvres s’impose donc à la société tout entière et concerne l’intérêt commun », il est plus proche de nous que de l’Evangile. […]
Ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions. […] Aussi bien la morale que pratiquent aujourd’hui la plupart des chrétiens ne se distingue-t-elle pas de la morale sociale de notre époque... » (Paul Veyne)
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
3/05/2011
0
commentaires
Liens vers ce message
Libellés : IDENTITE
De Rabat à Manama
Depuis la chute des présidents tunisien Ben Ali et égyptien Hosni Moubarak sous la pression de la rue, inimaginable il y a encore deux mois, et avec d'autres révoltes dans la région, des milliers d'internautes, de Tunis à Sanaa, proclament leur enthousiasme pour leur "arabité".
"Je suis née en Tunisie, j'ai vécu en Egypte, donné mon sang en Libye, j'ai été battue au Yémen, en passant par Bahreïn. Je grandirai dans le monde arabe ... jusqu'à atteindre la Palestine. Je m'appelle Liberté", écrit Karim Saif sur une page Facebook.
Intitulée simplement "Je suis arabe", cette page (http://www.facebook.com/#!/Ana.3araby?v=wall), qui réunit plus de 3.000 membres, dit avoir pour mission de soutenir ces révolutions.
D'autres pages similaires, "Arabe et fier de l'être" ou "Un monde arabe uni" parmi d'autres, sont le lieu d'expression de sentiments de solidarité et de fraternité entre les peuples arabes.
"La Tunisie aime Bahreïn" ou encore "Tous les Arabes avec la Libye", peut-on y lire notamment.
"Nous sommes passés d'une nation (arabe) muette, qualifiée d'apathique et d'humiliée, à une nation dont les révolutions sont commentées dans le monde entier", s'énorgueillit Arij Abdoulrazzaq Alfaraj, Saoudienne de 24 ans.
Cette diplômée en médecine contactée via Facebook dit espérer une révolution également "sociale et culturelle" à l'image de la Révolution française. "Je suis fier de voir que les jeunes Arabes sont capables de changer les choses", dit Aamar el-Ojaili, Irakien de 36 ans.
Suspendus à leur petit écran ou à leur ordinateur, les citoyens de la région suivent minute par minute les images inoubliables de "leur" Histoire en marche, ce "printemps arabe" dont ils ont secrètement rêvés à l'ombre d'Etats policiers et répressifs.
La plupart des pays arabes avaient déjà connu l'euphorie, avec la décolonisation ou encore le "rêve" d'une union arabe incarné par le leader égyptien charismatique Gamal Abdel Nasser.
Mais les événements de 2011 sont totalement "inédits", d'après les experts.
"Il y a toutes les couches sociales, toutes les classes d'âge, sans aucun slogan idéologique ou partisan, dans un langage merveilleusement clair et sans figure charismatique", explique à l'AFP Georges Corm, spécialiste du Moyen-Orient. "C'est une grande innovation dans l'Histoire, du moins contemporaine", soutient cet historien et économiste qui évoque une "très belle interaction entre droits de l'Homme et technologies modernes".
Libérés de la peur, aspirant à la liberté et à la démocratie, beaucoup s'en prennent à rêver de nouveau à une union arabe.
"Au diable les différences religieuses, tribales et géographiques, regardez comment l'Europe s'est unie malgré les différences de langues, pourquoi pas nous!", dit Arij.
Pour Sari Hanafi, professeur de sociologie à l'Université américaine de Beyrouth, l'image stéréotypée de l'arabe "barbu" chez les pays Occidentaux a été ébranlée. "Ils ont vu quelque chose de nouveau, des gens civilisés et pacifiques".
Selon lui, certains responsables étrangers sont encore dans l'"ignorance" et craignent l'islamisation d'une région souvent perçue comme "un réservoir de terroristes", surtout après les attaques du 11-Septembre.
Dans "Considérations sur le malheur arabe", l'intellectuel libanais Samir Kassir, qui militait pour une démocratie laïque dans la région avant d'être assassiné en 2005, écrivait: "Il ne fait pas bon être arabe de nos jours".
Sept ans plus tard, le quotidien anglophone saoudien Arabnews lançait en pleine révolution égyptienne: "C'est cool d'être arabe de nouveau".
Rana Moussaoui
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
3/04/2011
1 commentaires
Liens vers ce message
Libellés : IDENTITE






