L'un des derniers panneaux de Yad Vashem (le mémorial de la Shoah à Jérusalem) est la photo de la rencontre entre Adolf Hitler et Amin al-Husseini*, mufti de Jérusalem, figure du nationalisme palestinien des années 1930 et 1940, et collaborateur zélé du IIIe Reich. C'est la seule présence palestinienne (et arabe) dans une rétrospective retraçant la longue histoire des persécutions des Juifs européens jusqu'à la création de l'Etat d'Israël en passant par les camps de la mort.
Ce choix iconographique suggère sans nuance que l'opposition des Palestiniens au projet sioniste prolonge l'antisémitisme nazi. Ce raccourci alimente abondamment une littérature anti-arabe, comme une historiographie apparemment plus nuancée mais tout autant pétrie de préjugés, quand elle n'est pas mise au service d'une véritable guerre intellectuelle. Cette production imprègne profondément le consensus israélien, mais aussi l'opinion des décideurs américains, et tout particulièrement les néoconservateurs, et bon nombre d'esprits européens. Elle favorise les amalgames qui croient percevoir derrière tous les nationalistes arabes (Nasser, Saddam Hussein ou Arafat) l'ombre d'Hitler - sans parler d'Oussama Ben Laden et de Mahmoud Ahmadinejad.
Ainsi le conflit israélo-arabe ne se réduit pas aux guerres menées sur les champs de bataille du Moyen-Orient. Il comprend aussi une autre dimension, une guerre à coup de récits opposés et de négation des récits des autres, tournant autour des deux traumatismes à l'origine du conflit : la Shoah, la destruction des Juifs d'Europe, et la Nakba, le déracinement des Arabes de Palestine.
Or, face à cette littérature abondante et orientée n'existait aucune voix alternative. L'historien franco-libanais Gilbert Achcar, dans Les Arabes et la Shoah, s'est lancé dans l'entreprise titanesque de réexaminer avec rigueur les positionnements arabes face à la tragédie vécue par les Juifs. Avec certes le souci de réfuter les visions essentialisantes de l'Islam et des Arabes, mais sans aucune complaisance pour la stupidité du négationnisme que profèrent les islamistes ou ceux qui croient défendre les Palestiniens.
L'examen couvre le XXe siècle jusqu'à nos jours, puisque les attitudes actuelles s'enracinent largement dans la diversité des positionnements durant l'entre-deux-guerres. Confrontés au double défi de la tutelle britannique et de la colonisation sioniste en Palestine, sur fond de montée du nazisme en Europe, les nationalistes arabes se répartissent sur l'ensemble du spectre idéologique (démocrates, conservateurs, panislamistes, marxistes…). L'inspiration idéologique fasciste ne se retrouve finalement que dans des groupes minoritaires. Quant à la confusion Juif/sioniste, sa progression est indexée sur la montée des tensions en Palestine, et l'antisémitisme arabe aura rarement eu, à cette période, la caractère racialiste de l'antisémitisme européen.
Gilbert Achcar consacre un important développement au cas d'Amin al-Husseini, mais c'est autant pour exposer l'inconséquence politique de sa collaboration avec les nazis - et ses surenchères nationalistes qui auront finalement précipité la catastrophe palestinienne - que pour démontrer le peu d'impact qu'aura eu son engagement, pourtant surexploité par l'historiographie pro-israélienne. La diversité des opinions politiques et idéologiques est tout aussi grande aujourd'hui.
Son souci constant d'objectivité et de distance critique font de ses travaux une contribution majeure au débat visant à clarifier les réels enjeux au Moyen Orient, à savoir une reconnaissance pleine et mutuelle de la Shoah et de la Nakba, condition indispensable, selon l'auteur, pour que s'établisse un dialogue sincère entre Arabes et Israéliens.
*Par exemple, dans l’Encyclopedia of the Holocaust, publiée à New York en 1990 en association avec Yad Vashem, l’article traitant du Mufti est plus long que ceux consacrés à des dignitaires nazis comme Himmler, Goering, Goebbels, Heydrich ou Eichmann....
Entretien radio avec Gilbert Achcar
Les Arabes et la Shoah
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Le Bougnoulosophe
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10/31/2010
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Libellés : PALESTINE
Impérialisme et savoir

Le 1 et 2 mai 2010 se déroulait la Conférence « Impérialisme académique » à l' Université Al-Zahra de Téhéran. On pouvait y entendre l'intervention du Professeur Vinay Lal (UCLA) ; une intervention, intitulée « Impérialisme et savoir », qui se situait en droite file des travaux de Frantz Fanon (« Racisme et Culture») et d'Edward Saïd («Culture et Impérialisme»).
« Bien. Je suis le dernier intervenant. Je dois avouer que je suis impressionné par la discipline de mes prédécesseurs au micro dans leur respect du temps de parole, reste à savoir si j'en serais capable. Le poète britannique T.S. Elliot écrit dans son œuvre Four Quartets « L'histoire peut-être libération, l'histoire peut-être servitude ». Je voudrais suggérer que l'histoire a largement été servitude. Et je vais proposer en conclusion des façons de repenser l'idée même d'histoire. Si vous regarder la conquête britannique des Indes, la conquête française de l'Algérie et de l'Indochine, la conquête hollandaise de l'Indonésie etc. Il apparait clairement qu'il s'agissait ultimement, de conquêtes du Savoir. Le colonisateur est arrivé, il a infligé sa domination militaire, dans certains cas, pas tous, il avait une supériorité technologique, il avait sans l'ombre d'un doute une supériorité en terme de système bureaucratique, administratif. Mais il est néanmoins clair, si on regarde l'histoire du colonialisme, que longtemps après le départ du colonisateur, le colonisé reste colonisé. Et telle est notre condition fondamentale aujourd'hui. Et je voudrais avancer l'idée qu'une des modalité principale du colonialisme est dans le champ du savoir, en d'autre terme je veux dire qu'il ne faut pas aborder l'impérialisme seulement par les catégories de l'économie, militaires, administratives, il faut comprendre l'impérialisme comme un Projet de Savoir. En d'autres termes vous prenez les systèmes de savoir des colonisés, et vous les remplacez par vos propres systèmes. Et les systèmes de savoir ont une dimension politique.
Donc ma proposition centrale ici est que l'histoire fut un des principaux éléments des systèmes de savoir imposé par le colonisateur, je veux donc examiner le rôle de l'histoire dans le processus de colonisation des systèmes de savoir.
Évidemment l'histoire a plusieurs significations, ici je vais faire référence à l'histoire comme discipline, comme discipline de pensée et de recherche, mais l'histoire fait référence aussi à «ce qui s'est produit par le passé ». Comme par exemple dans cette phrase en anglais, si vous me permettez « Georges Bush is history » « Georges Bush c'est du passé », qui veut dire « il appartient au passé, oublions-le, il est parti ». C'est l'autre sens qu'on donne au mot histoire, histoire comme référence aux évènements du passé. Ce faisant, une chose regrettable se produit, les gens en viennent à considérer Histoire et Passé comme synonymes, ce qui n'est absolument pas le cas. C'est quelque chose sur lequel nous serons amené à revenir ensemble et je tenterais d'expliquer pourquoi c'est important.
Maintenant 3 points fondamentaux que je souhaite aborder en lien avec cette notion d'histoire.
Premièrement l'idée d'état-nation, deuxièmement l'idée de développement et troisièmement la notion de l'idéal, de modèle. Je soutiens que l'idée d'histoire a des liens inextricables avec ces 3 notions dominantes.
Le concept d'Histoire et l'État-nation ont connu une ascension simultanée. Et nous devons nous rappeler que l'Iran, l'Inde, la Chine, pour ne citer que ces trois-là, étaient des civilisations bien avant de devenir des états-nations, et en principe, les civilisations sont des entités bien plus riches que les états-nations. Selon moi, l'État-Nation est la forme la plus insidieuse de communauté jamais inventé depuis le début de l'humanité. Certes il est parfaitement clair, si vous regardez l'historiographie, qui incarne l'idée d'histoire et l'histoire devenue dominante, et oui je suis conscient que les grecs anciens et les chinois avaient un sens de l'histoire. Si vous remontez à la Grèce Antique, vous trouvez qu'un des plus grand personnage d'alors n'est autre que Thucydide, qui écrit sur l'histoire au V ème siècle avant J.C. Et les chinois avaient un sens de l'histoire.
Mais je veux simplement amener l'idée que l'universalisation de l'histoire comme discipline a un lien avec la montée de l'état-nation et le système d'États-Nations prend forme au XVII ème siècle avec les traités de Westphalie dans les années 1640. L'état-Nation est donc une entité relativement récente dans l'histoire humaine, et l'État-Nation ne se réalise que par la violence, je veux dire, exemple emblématique est la France, ou si vous examinez l'histoire de France, jusque dans les années 1830, et nombre d'entre vous seront surpris de l'apprendre, la grande majorité des gens, qui vivaient dans l'espace qu'on appelle aujourd'hui France ne parlaient pas français. Comment ces gens, ces peuples ont-ils été transformés en « français » ? Par l'usage de la violence, car ce que fait un État-Nation, c'est de produire un prototype de sujet homogène, sujet qui doit faire vœu de loyauté à l'État-Nation, par le biais de symboles comme le drapeau national, l'hymne nationale, et c'est mon argument par le biais aussi des manuels d'histoire.
Alors, selon moi, si on accepte que l'État-Nation est un concept d'une extrême pauvreté, un projet coercitif qui vise à faire rentrer les peuples dans une communauté pré-établie, on doit alors comprendre le rôle oppresseur de l'histoire dans la création de l'état-nation. Et ce n'est pas un hasard si dès la naissance d'un état-nation, la première chose qu'il fait est de produire une histoire autorisée, officielle de lui-même. C'est mon premier argument, fondamental, cette relation inextricable entre histoire et état-nation.
Deuxièmement, je vais examiner cette idée de "développement", qui est elle-même inséparable de l'idée d'histoire. Qu'est ce que le développement au fait ? Avant les années 1940, le mot était rarement utilisé dans le monde anglophone, on parlait alors plutôt de "transformations sociales". C'est dans la période d'après-guerre que le développement est devenu l'idéologie dominante, en fait si dominante qu' il était virtuellement impossible d'entrer en dissidence par rapport à cette idée de développement, si vous vous adressiez à un auditoire pour critiquer cette idée, la réponse invariablement était « pourquoi vous ne voulez pas qu'on se développe? ». D'accord ?
Nous devons alors nous demander, qu'est ce que le développement ? Et pourquoi est-ce que les génocides se sont produits essentiellement ces 4, 5 dernières décennies via le processus de développement ?
Prenons le cas de l'Inde, la situation étant similaire en Chine, si vous regardez ce qui est arrivé aux communautés rurales de Chine, le monde paysan y a été littéralement éviscéré, éradiqué, d'accord ?
Maintenant en Inde, nous savons que environ 70 à 80 millions de personnes ont été déplacées, par l'intermédiaire de projets de développement. Et les gens qui sont déplacés par ces projets n'appartient pas à l'élite, ils ne sont pas de la classe moyenne des grandes centres urbains, ce sont des gens qui vivent à la marge, ce sont des Adivasis, des tribus, ou des gens de basse-caste, et le développement est une forme lente de génocide. Un des aspect les plus insidieux du développement est bien sûr qu'il est impossible d'entrer en dissidence face à cette idée. Je veux dire par là, telle est la nature des systèmes totalisant de savoirs, ils ne vous laissent même pas la possibilité de vous rebeller. Et ce que je vous suggère, si vous examinez le développement, il y a une relation fondamentale avec la temporalité -le temps est bien sûr une unité essentielle pour comprendre l'histoire.
Qu'est ce que je veux dire par là? Laissez-moi vous le dire en termes très simples, il y aurait d'un côté le monde « développé» et de l'autre le monde dit « sous-développé ». Ce qui a été dit au monde sous-développé est que leur objectif est de rattraper le monde développé. En d'autres termes le présent des mondes sous-développés est le passé des mondes développés car ceux-ci ont déjà vécu cette histoire, nous cherchons à rejoindre cette histoire. Mais ça ne s'arrête pas là, car la personne « sous-développée », son avenir est en fait le présent de la personne « développée ». En d'autres termes ce que fait le développement, c'est qu'il prend en otage à la fois le présent et l'avenir de ceux qui se font décrire comme « sous-développés ». J'insiste ici sur le fait que le développement n'est pas une catégorie spatiale, la plupart des écrits sur le sujet vont décrire une catégorie sous-développée et dire « bon ça c'est le sud » incluant le Pakistan, l'Afrique etc. Une autre catégorie, le monde « développé » est identifié à l'occident, le nord industriel, le Japon, l'Australie etc.
Je vous suggère plutôt que l'essentiel pour le développement est la notion de temporalité, et ce que fait l'idéologie du développement, c'est qu'elle condamne les « sous-développés » a ne pas pouvoir vivre leur propre histoire mais l'histoire d'un autre, voilà pour l'essentiel le rôle du développement.
Troisièmement, je vais parler de l'histoire et du manuel. A la formation de l'état-nation, son premier projet est de produire et autoriser l'histoire de lui-même. Cette histoire sanctionnée officiellement est ensuite reproduite dans les manuels d'histoire. Et j'ai toujours été sidéré de voir que certains pays, et trois me viennent en tête spontanément, pour lesquels je connais les détails, États-Unis, Inde et Chine. 3 pays ou durant les 10, 15 dernières années, des controverses sur le contenu des manuels d'histoire. Fait stupéfiant, personne n'est entré en dissidence avec la notion même de manuel d'histoire. Et encore une fois, le manuel d'histoire est une invention relativement récente dans l'histoire humaine. Quel est le rôle d'un manuel d'histoire ? Il ne se contente pas de synthétiser, de résumer un corpus de savoir, il l'homogénéise. Dans le même ordre d'idée un manuel de science aura pour but de diminuer ou d'éliminer l'idée de pluralité des sciences, l'idée de pluralité des systèmes médicinaux. Prenez un manuel de médecine utilisé dans une faculté de médecine n'importe ou dans le monde et vous vous apercevez qu'il est basée sur une notion de la médecine qui est basée sur l'allopathie, la division.
Il faut donc s'interroger, pourquoi le manuel est devenu une figure si importante pour le monde moderne.
Maintenant à l'approche de la conclusion, je voudrais proposer de nouvelles façons de considérer le problème abordé.
Première suggestion, l'histoire n'est pas simplement une question de souvenir, de commémoration, le sens dominant que les gens veulent entendre, il n'y a pas sur terre, un seul groupe ethnique, racial, linguistique, social, qui ne veut pas sa propre histoire. Pour ma part, je pense que l'essentiel dans l'histoire n'est pas seulement du côté de la mémoire, il est aussi du côté de l'oubli. L'histoire ne peut-être que servitude, esclavage, à moins qu'elle ne deviennent dialectique de souvenir et oubli.
Seconde suggestion sur laquelle je vous invite à réfléchir, est qu'une des conséquences les plus tragique du colonialisme, est qu'il obscurcit, rend caduque si vous préférez ce terme, les formes d'Histoires qui ont existé bien avant lui. Beaucoup de gens, en Inde, en Chine, en Iran, en Afrique, pensent que c'est leur rencontre avec l'occident qui les a amené au monde moderne, que ce fut la première expérience multiculturelle avec le reste du monde, évidemment c'est faux. Si vous examinez le terme « Océan Indien » c'est un monde incroyablement riche, ou les gens d'Inde, de Chine, Asie du Sud-Est, Côte est de l'Afrique, du Golfe, interagirent sur une période de 6 ou 7 siècles.
En d'autres termes, bien avant que l'Inde, l'Iran, la Chine, même le Japon, rencontrent l'occident, ils s'étaient déjà rencontrés, fréquentés. Dans des conditions infiniment plus hospitalières, moins oppressives que sous la domination coloniale.
Si je devais conclure dans le langage le plus simple, nous devons entre autre songer à oublier l'occident. Nous devons avoir plus d'interactions et de dialogues, plutôt que d'inclure l'occident dans ces dialogues .
Merci. » (Vinay Lal)
Traduction : Karim Ramadan
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Le Bougnoulosophe
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10/28/2010
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Libellés : EMPIRE
L'Allemagne et l'Islam, de Goethe à Merkel...
Désormais, les débats en Europe se suivent et se ressemblent concernant l’immigration de manière générale et l’intégration des musulmans en particulier…
Il y a dix jours, à Potsdam, c’est la chancelière allemande Angela Merkel, dont la cote de popularité est en baisse dans les sondages, qui s’est démarquée avec son discours prononcé devant le Congrés des jeunes de sa formation, l’Union chrétienne-démocrate, interprété comme un signe de radicalisation conservatrice.
Annonçant l’échec complet du modèle «Multikulti» (le multiculturalisme) tant prisé où cohabiteraient harmonieusement diverses cultures, la dame de fer allemande et fille de pasteur a déclaré: «Nous nous sentons liés aux valeurs chrétiennes. Ceux qui ne l’acceptent pas n’ont pas leur place ici». Dans la même lignée, elle martelait peu avant, lors d’une autre assemblée: «Notre culture s’appuie sur des valeurs chrétiennes et juives depuis des centaines d’années, sinon des milliers d’années». En réaction aux propos du président Christian Wulff qui avait affirmé à l’occasion du vingtième anniversaire de la Réunification que «l’islam fait aussi partie de l’Allemagne», elle admit quant à elle: «Bien sûr, il y a aussi des musulmans en Allemagne. Mais il est important (...) que les valeurs représentées par l’islam correspondent à notre Constitution». «Ce qui s’applique ici, c’est la Constitution, pas la Charia».
Nul besoin d’insister sur le bien-fondé dans l’absolu d’une politique pragmatique, se disant «ouverte au monde» sans que cela ne pèse sur son «système social». Laissons le soin à d’autres également de commenter ce paradoxe, vacillant entre désir de limiter l’immigration et besoin de spécialistes étrangers. Le président de la Chambre de commerce et d’industrie allemande évoquait à cet égard un besoin d’environ 400.000 ingénieurs et personnels diplômés.
Passons également sur la contre-vérité d’ordre historique relative au rôle accordé aux valeurs juives dont il n’est nul besoin de rappeler les calvaires depuis le sinistre temps des pogroms moyenâgeux jusqu’à une page sombre pas si lointaine. Mais on ne peut cependant rester insensible à cette manière dichotomique et subliminale d’opposer les valeurs, d’un côté judéo-chrétiennes ; de l’autre, musulmanes.
C’est d’autant plus saisissant que cela intervient dans un contexte où le débat sur l’intégration des musulmans secoue l’Allemagne dans la foulée du thème global sur l’immigration, laissant le champ ouvert à quelques idées radicales. Celles-ci ont grimpé d’un cran depuis la publication à la fin du mois d’août dernier du brulot de Thilo Sarrazin lequel n’hésite pas à parler d’«abrutissement» de son pays sous le poids des immigrés musulmans.
Traduit par «L’Allemagne se détruira», ce pamphlet au vitriol, devenu rapidement un best-seller, se veut une satire réaliste (en fait un scénario catastrophe!) projeté dans un siècle pour donner l’image d’un pays où les Allemands seraient minoritaires, où l’allemand ne serait plus enseigné dans les écoles, où l’islam ferait la loi…
Son auteur, ténor du parti social-démocrate et ex-membre du directoire de la Bundesbank est connu pour son humour caustique et ses thèses iconoclastes, lui qui a été jusqu’à évoquer un «gène particulier des juifs», provoquant un tollé qui a précipité sa démission de la Banque centrale.
Thilo Sarrazin (dont le nom interpellerait tout féru de généalogie, étant dérivé de l’arabe via l’italien, Sarraceni, désignant un Cherqi, un Oriental, synonyme de musulman durant tout le Moyen-Âge européen. Bref, le comble en matière de patronymie!) est encore plus particulièrement réputé pour ses thèses racistes, d’abord dénoncées par la classe politique, avant que celle-ci n’assouplisse ses positions pour des raisons électoralistes évidentes, flattant les instincts les plus populistes. Quant aux larges tranches sociales, elles restent partagées. Selon une étude, publiée le 13 octobre par la fondation Friedrich Ebert, plus de 50% des Allemands tolèrent mal les musulmans ; plus de 35% estiment que l’Allemagne est «submergée» par les étrangers et 10% que le pays devrait être dirigé «d’une main ferme» par un «führer».
Même en admettant que dans une Allemagne (voire une Europe!) où l’élément musulman est relativement nouveau dans le tissu social, il faille du temps aux «autochtones» pour trouver les clefs d’une cohabitation dans la tolérance et l’acceptation des différences, il est difficile de rester impassible à cette thématique qui dépasse le cadre de la politique intérieure pour nous interpeller de l’autre côté de la Méditerranée.
Nos idées ne peuvent alors s’empêcher de voyager auprès de l’esprit éclairé façonné par la pensée des Lumières que fut Johann Wolfgang von Goethe. Né en 1749 à Francfort, mort en 1832 à Weimar, ce poète, romancier, dramaturge et grand penseur s’attela corps et âme, dans sa quête de sacré et de sagesse orientale à l’étude du Coran (dont il évoque le style «fort, immense, fécond», porteur d’»une vérité merveilleuse»), de la poésie arabe et persane qu’il s’agisse des Mou’allaqat ou de Hafiz de Chiraz, laissant des réflexions sur l’Islam qui méritent d’être davantage mises en exergue auprès de ses compatriotes dans ce contexte actuel.
Intéressé par toutes les dimensions de l’Islam, théologique, philosophique, poétique… ce fut nous dit le penseur iranien et professeur à l’université Georges Washington, Hossein Nasr, dans son ouvrage «La connaissance et le sacré», «la personnalité la plus notablement influencée à la fois sur le plan intellectuel et sur le plan artistique par les traditions orientales, particulièrement par l’islam».
De son côté, la germaniste américaine, Katharina Mommsen, rappelle dans son «Goethe et l’Islam» que le premier signe de cet attachement s’est manifesté à l’âge de 23 ans quand il composa une louange au Prophète ; tandis qu’à 70 ans, il déclarait qu’il voulait veiller les nuits pendant lesquelles le Coran a été révélé.
C’est en effet en 1772 qu’il rédigea le plan d’une pièce de théâtre nommée «Mahomet», accompagnée une année plus tard d’hymnes sous le titre «Chant de Mahomet» où transparaît une harmonie entre le Prophète et le poète.
Mais c’est sans doute dans son recueil lyrique paru en 1819, «Divan occidental-oriental» que ses réflexions apparaissent dans toute leur profondeur et leur universalité. Convaincu que l’Orient a fécondé l’Occident, en franchissant glorieusement la Méditerranée, il a en effet reconnu l’influence considérable que le monde musulman a exercé pendant des siècles sur l’Europe.
Le philosophe Hegel dira après lui dans ce cadre: «Dans la lutte avec les Sarrasins, la bravoure européenne s’est sublimée au degré d’une chevalerie belle et noble; les sciences et les connaissances, en particulier celles de la philosophie sont venues des Arabes à l’Occident ; une poésie noble et une imagination libre ont été allumées auprès des peuples germaniques, et c’est ainsi que Goethe pour sa part s’est tourné vers l’Orient et a fourni dans son Divan un collier de perles…».
Car ce mouvement de pensée n’est pas isolé comme en témoigne notamment l’œuvre de Herder, mentor du jeune Goethe et nous rappelle par ailleurs cette ère heureuse d’avant Thilo Sarrasin qui produisit, pour ne citer qu’eux, un Lessing ou un Schiller dont l’humanisme fait la marque des génies universels…
Mouna Hachim
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Le Bougnoulosophe
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10/27/2010
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Libellés : ISLAM
Pourquoi n’y a-t-il pas de « Justes » arabes à Yad Vashem ?

« Comme je l’ai souvent dit, nous sommes les victimes de victimes. Ce sont les conséquences de la seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste qui ont permis la fondation d’Israël. Le mouvement sioniste existait dés les années 1890, et il y avait déjà des colonies en Palestine bien avant la seconde Guerre mondiale. Il y a eu également un terrorisme juif qui s’est exercé contre les Anglais détenteurs d’un mandat pour administrer la Palestine. Tout ceci a été oublié. Ce dont les gens se souviennent, avec une certaine justesse, c’est que les Juifs d’Europe n’avaient nulle part où aller après la guerre. Ni les Européens ni les Américains ne voulaient d’eux. Selon moi, les Juifs ont fait le jeu des sionistes comme Ben Gourion qui les ont conduits en Palestine, déplaçant et dépossédant tout un peuple dans la foulée. La Palestine n’était pas inhabitée, elle avait déjà sa propre population de 800.0000 personnes qui en a été chassées en 1948. Nous le savons à présent grâce aux archives militaires israéliennes. Au cours des 60 dernières années Israël a bénéficié de la culpabilité ambiante européenne, américaine et chrétienne pour ce que les Juifs avaient subi en Europe. Malheureusement, ce sont les Palestiniens qui en ont payé le prix. Nous sommes toujours perçus comme des anti-juifs. C’est l’éternelle rengaine qui dit que nous tuons les enfants juifs, alors que nous sommes réduits à l’impuissance par l’une des plus grandes forces militaires du monde. Il est donc possible, légitime, de tuer des Palestiniens, pour la simple raison qu’ils perpétuent, d’une certaine façon, la tradition nazie… » (Edward Said)
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Le Bougnoulosophe
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10/24/2010
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Libellés : PALESTINE
Speak white !

« Nous savons que Liberté est un mot noir comme la misère est nègre, comme le sang se mêle à la poussière des rues d’Alger ou de Little Rock… »*
*L'insulte speak white (« Parlez blanc!») est une injonction raciste permettant d'agresser ceux qui appartiennent à un groupe minoritaire, et qui se permettent de parler une autre langue que l'anglais dans un lieu public. Dans le contexte colonial du Canada et des traites négrières de l'époque, l'injure signifie qu'un esclave ne peut parler sa langue et doit adopter celle de ses maîtres. Au Québec, l'usage de cette insulte a continué jusque dans les années 1960 à l'encontre des Canadiens français...
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Le Bougnoulosophe
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10/23/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Le sionisme et le garçon arabe
Depuis peu, les tenants du sionisme, ayant émoussé l'arme de l'accusation d'antisémitisme (employée ad nauseam il est vrai), tentent de changer leur fusil d'épaule. Et que nous sortent-ils de leur vieille besace fatiguée? un classique : le sexisme indigène... Et sur quoi se rencontre sionisme et pseudo-féminisme ? Au moins sur deux points : un occidentalisme forcené et un racisme postcolonial inassumé!
« Ce qui caractérise la situation actuelle du féminisme en France, c’est qu’il est victime à la fois de ses victoires et de ses défaites. Victime de ses victoires : parce qu’aujourd’hui en droit les discriminations sexistes sont interdites dans tout les domaines, toute contestation du sexisme qui prévaut en fait dans l’ensemble des sphères d’une société française (qui reste organisée selon une assignation préférentielle des femmes à la sphère familiale et domestique au détriment de sa carrière professionnelle) est disqualifié au nom du refus d’une "guerre des sexes" à l’américaine. De ce point de vue si les femmes ne parviennent pas à "concilier" leur vie personnelle avec leur vie professionnelle, ce n’est pas la faute du sexisme mais celle du féminisme lui-même qui les a conduit à penser qu’elles pouvaient avoir "tout". De ce point de vue, le féminisme est victime de sa défaite face à l’anti-féminisme qui continue à défendre l’idée que les hommes et les femmes sont différents par nature et que cette différence naturelle justifie à la fois objectivement et subjectivement des rôles et des trajectoires sociales différentes, c’est-à-dire en réalité hiérarchisées. Le féminisme est ainsi ringardisé et les rapports sociaux de genre dépolitisés, et la seule condition pour que le (pseudo) féminisme deviennent légitime - on l’a vu avec le consensus politique intégral à propos de NPNS et de la pétition Elle - c’est lorsqu’il participe à la croisade républicaniste et laïciste contre ces étrangers à la France que seraient les garçons arabes violents et les filles musulmanes voilées.
Ceux qui stigmatisent ces deux figures au nom de la modernité ont une modernité de retard : il est fini le temps des tranquilles certitudes coloniale, développementistes et scientistes quant aux bienfaits de la civilisation occidentale et de la modernisation, comme il est fini le temps où c’était pour leur bien qu’on devait faire des individus de bons citoyens, de bons soldats, de bons travailleurs, de bons chefs de famille, de bons Français et de bons indigènes musulmans. La seconde modernité est une modernité de l’incertitude qui ne peut résoudre les problèmes techniques, environnementaux, géopolitiques et culturels qu’elle produit elle-même qu’en acceptant de "prendre en compte" démocratiquement la diversité des points de vue avant de mettre en oeuvre des politiques qui doivent toujours être justifiées démocratiquement et non plus imposées au nom de valeurs sacralisées mises en dehors du politique. Ces clichés sont donc l’expression de la résistance réactionnaire (républicanisme, laïcisme, pseudo-féminisme*) des courants politiques et culturels aujourd’hui dominants en France....» (Eric Macé)
*Dans cette charmante liste, on peut bien évidemment ajouter « sionisme » ou « philosémitisme »!
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Le Bougnoulosophe
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10/22/2010
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Libellés : POSTCOLONIE
Le Nouveau Philosémitisme européen
« Il faut voir l’empressement avec lequel les intellectuels européens libéraux et de gauche invitent les musulmans à s’assimiler. Ils le font sans ciller, sans penser aux papillotes que l’on a tondues sur la tête de nos grands-pères juifs, sans penser à la xénophobie dont ont souffert nos parents. »
La relation est étroite entre ceux qui s’autoproclament « camp de la paix » en Israël et leurs homologues de la gauche européenne. Ce livre éclaire sans indulgence cette relation, particulièrement marquée dans le domaine littéraire. Il analyse la réception en Europe des ouvrages d’Amos Oz, A.B. Yehoshua ou David Grossman, il explore la manière dont ces auteurs sont chez nous travestis en hommes de paix, et les raisons de l’enthousiasme de la critique.
Il montre que les intellectuels israéliens - ashkénazes pour la plupart, laïques et travaillistes - sont perçus par leurs pendants européens comme faisant partie « des nôtres », à condition qu’ils restent là-bas, en Orient. Et que, symétriquement, ces mêmes intellectuels ont pour principal souci d’appartenir - ou de paraître appartenir, par tous les moyens - à l’intelligentsia européenne. Et de fait, ce que tous ont en commun, c’est la peur et la haine de l’Orient.
Note de lecture par Françoise Germain-Robin, l’Humanité, 21 novembre 2007
C’est un véritable pamphlet que ce petit livre de 120 pages, publié aux Éditions La Fabrique. Le titre lui-même joue la provocation en prenant délibérément le contre-pied du thème à la mode de la renaissance de l’antisémitisme en Europe. Pour l’écrivain et journaliste israélien Yitzhak Laor, ce n’est pas la haine des juifs qui affecte l’analyse et le jugement des Européens sur la situation au Proche-Orient, mais tout le contraire : « Les Occidentaux, écrit-il, ont pris l’habitude de nous considérer comme une partie d’eux-mêmes. » C’est-à-dire que dans l’affrontement entre l’Orient et l’Occident, Israël fait partie de l’Occident, et ce, dès avant sa création, dans la conception même du projet sioniste, qu’il définit très clairement comme un projet colonial.
Pour preuve, il cite le père du sionisme, Théodore Herzl, écrivant dans l’État juif : « Pour l’Europe, nous serons comme un rempart contre l’Asie, nous serons les défenseurs de la culture contre les sauvages. »
L’auteur montre que ce rôle d’avant-poste de l’Occident en Orient, Israël l’a tellement bien accepté que ceux de ses citoyens qui ne sont pas venus d’Europe, ceux que l’on appelle là-bas les « juifs orientaux », les séfarades (dont l’auteur fait partie), ont longtemps été traités en citoyens de seconde zone, et sont aujourd’hui encore priés de se « moderniser », c’est-à-dire de s’occidentaliser, d’oublier leurs racines, s’ils veulent réussir, faire partie de l’élite israélienne.
Mais la thèse la plus audacieuse défendue par Yitzhak Laor, celle qui lui vaudra des volées de bois vert dans son pays et ailleurs - y compris en France -, c’est l’analyse qu’il fait de l’utilisation de la Shoah « pour nier ce qui arrive aux Palestiniens ».
Il note que « l’irruption de la culture de la Shoah » est récente : ce n’est qu’en 2005 que l’ONU a institué une Journée mondiale de commémoration de la Shoah, l’Allemagne ayant ouvert la voie en 1996. Pour Laor, pas de doute, « il y a un lien entre la culture de la Shoah et la haine de l’islam qui fait rage en Europe. Tout tourne autour de cette idée : les uns sont comme nous, les autres sont différents ».
Malheureusement, l’État et la droite israéliens ne sont pas seuls à utiliser ce registre sinistre. Une certaine gauche aussi. L’auteur se livre à une attaque virulente contre cette gauche sioniste dont font partie nombre d’écrivains et d’intellectuels réputés pacifistes, courtisés en Europe, mais dont il démonte les faux-semblants avec la cruauté d’un scalpel de chirurgien.
Deux d’entre eux sont surtout visés : Amos Oz et A. B. Yehoshua. De ce dernier, il cite la terrible exclamation qu’il eut en juillet 2006, au déclenchement de la guerre contre le Liban : « Nous sommes enfin tombés dans une guerre juste ! »
Et sa prédiction de 2004, celle d’une « guerre totale » avec les Palestiniens, une « guerre de nettoyage ». « S’ils tirent des roquettes sur Askelon, nous couperons l’électricité à Gaza, nous priverons Gaza d’essence. Quand la souffrance des Palestiniens sera tout autre, beaucoup plus intense, ils mettront eux-mêmes fin au terrorisme. (...) Et quand nous nous serons retirés, je ne veux plus connaître leurs noms, je ne veux plus entendre parler d’eux. »
La démonstration est, hélas, accablante.
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10/20/2010
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Libellés : PALESTINE
Le nègre vous emmerde!

« Précisément, le racisme antinoir a une histoire, des formes particulières, une résistance singulière sans doute, qui le distinguent d’autres racismes. D’une certaine manière, avec l’antisémitisme, cette autre catastrophe de l’Europe moderne, le racisme antinoir est au fondement des racismes modernes ; il en constitue le soubassement essentiel. La notion moderne de race a été inventée pour qualifier spécifiquement les Noirs, en leur attribuant des particularités morales et intellectuelles irréductibles. La distinction raciale n’est pas une survivance prémoderne attendant d’être balayée par la modernité, l’éducation. Elle est au contraire constitutive de la rationalité moderne et de ses régimes de classification et de régulation. » (Pap Ndiaye, La condition noire)
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10/19/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Les Panthères Noires Israéliennes
* Encore en 1983, le journaliste Amnon Danker écrivait dans Haaretz qu’il se sent enfermé dans le pays avec les misrahim comme « dans une cage avec un babouin hystérique »!
Dans les années 1950-1960, en réaction à l’hégémonie ashkénase, des mouvements de protestation et de résistance orientaux émergent en Israël. Le plus célèbre fut celui des Panthères noires d’Israël, composé essentiellement de jeunes maghrébins juifs issus des quartiers et des cités populaires de Jérusalem. D’abord réprimées par les autorités israéliennes, puis récupérées par des groupes d’extrême gauche ou le parti communiste, et finalement écartées de la société israélienne, les Panthères noire - malgré leur brève existence - demeurent une référence pour les jeunes orientaux.
Il faut attendre les années 1980 pour voir apparaître en même temps que le Shas (parti religieux des Juifs orientaux) une critique intellectuelle laïque chez les Orientaux. Le titre de l’article d’Ella Shohat, « Le sionisme vu par ses victimes juives », en résume la teneur. Écrit en 1988, il fut publié pour la première fois en ouverture du numéro spécial de Social Text consacré au débat colonial. Traduit ici pour la première fois en français, il est considéré comme un texte fondateur et reste une référence pour toute une génération d’intellectuels qui analysent le sionisme comme une idéologie européenne à caractère orientaliste et colonial, orchestrant l’acculturation, la sécularisation et la destruction des références identitaires des Arabes juifs. Les intellectuels de cette mouvance, tout en insistant sur le désastre social et culturel que fut la « sionisation » des Arabes juifs, pensent leur propre histoire en rapport avec les autres victimes du sionisme, les Palestiniens.
« Jusqu’à présent, le discours critique alternatif sur Israël et le sionisme s’est essentiellement concentré sur le conflit israélo-palestinien, considérant Israël comme un État constitué allié au bloc occidental contre le bloc oriental, et dont la fondation même reposait sur la négation de l’Orient et des droits légitimes du peuple palestinien. Je voudrais ici élargir le débat et dépasser ces anciennes dichotomies (Orient contre Occident, Arabes contre Juifs, Palestiniens contre Israéliens) pour aborder un aspect que toutes les formulations précédentes ont éludé : la présence d’une entité médiatrice, à savoir les Juifs orientaux, également appelés misrahim, originaires dans leur grande majorité de pays arabes et musulmans. Une analyse plus complète doit, comme je m’efforcerai de le montrer, prendre en compte les effets négatifs du sionisme pour le peuple palestinien, et pour les misrahim qui représentent aujourd’hui la majorité de la population juive en Israël. De fait, le sionisme prétend parler au nom de la Palestine et du peuple palestinien, lui confisquant du même coup toute capacité de représentation indépendante, et il se veut en outre le porte-parole des Juifs orientaux. Or, en niant l’Orient arabe, musulman et palestinien, le sionisme a nié les Juifs “misrahim” (littéralement, “ceux d’Orient”) qui, tout comme les Palestiniens, ont eux aussi été spoliés de leur droit à la représentation - à travers des mécanismes certes plus subtils et moins franchement barbares. La voix dominante d’Israël, dans le pays même et sur la scène internationale, a presque toujours été celle des Juifs européens, les ashkénazes, tandis que celle des misrahim a été largement étouffée, voire réduite au silence. »
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10/18/2010
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Libellés : PALESTINE
Pas de justice, pas de paix....

« Peuple français tu as tout vu
Oui tout vu de tes propres yeux
Tu as vu notre sang couler
Tu as vu la police assommer les manifestants
Et les jeter dans la Seine
La Seine rougissante n’a pas cessé
Les jours suivants
De vomir
De vomir à la face du peuple de la commune
Les corps martyrisés
Qui rappelaient aux parisiens
Leur propre révolution
Leur propre résistance
Peuple français tu as tout vu
Oui tout vu de tes propres yeux
Et maintenant vas-tu parler
Et maintenant vas-tu te taire ? » (Kateb Yacine)
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10/15/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
« C'est la fin de la vie et le commencement de la survivance»

« Comment peut-on vendre ou acheter le ciel, la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraîcheur de l'air et le murmure de l'eau ne nous appartient pas, comment peut-on les vendre ?
Pour mon peuple, il n'y a pas un coin de cette terre qui ne soit sacré. Une aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère, tout est saint aux yeux et dans la mémoire de ceux de mon peuple. La sève qui monte dans l'arbre porte en elle la mémoire des Peaux-Rouges. Les morts des Blancs oublient leur pays natal quand ils s'en vont dans les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre si belle, puisque c'est la mère du Peau-Rouge. Nous faisons partie de la terre et elle fait partie de nous. Les fleurs qui sentent si bon sont nos sœurs, les cerfs, les chevaux, les grands aigles sont nos frères ; les crêtes rocailleuses, l'humidité des Prairies, la chaleur du corps des poneys et l'homme appartiennent à la même famille. Ainsi, quand le grand chef blanc de Washington me fait dire qu'il veut acheter notre terre, il nous demande beaucoup...
Les rivières sont nos sœurs, elles étanchent notre soif ; ces rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler tout cela et apprendre à vos enfants que les rivières sont nos sœurs et les vôtres et que, par conséquent, vous devez les traiter avec le même amour que celui donné à vos frères. Nous savons bien que l'homme blanc ne comprend pas notre façon de voir. Un coin de terre, pour lui, en vaut un autre puisqu'il est un étranger qui arrive dans la nuit et tire de la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas sa sœur, mais son ennemie ; après tout cela, il s'en va. Il laisse la tombe de son père derrière lui et cela lui est égal ! En quelque sorte, il prive ses enfants de la terre et cela lui est égal. La tombe de son père et les droits de ses enfants sont oubliés. Il traite sa mère, la terre, et son père, le ciel, comme des choses qu'on peut acheter, piller et vendre comme des moutons ou des perles colorées. Son appétit va dévorer la terre et ne laisser qu'un désert...
L'air est précieux pour le Peau-Rouge car toutes les choses respirent de la même manière. La bête, l'arbre, l'homme, tous respirent de la même manière. L'homme blanc ne semble pas faire attention à l'air qui respire. Comme un mourant, il ne reconnaît plus les odeurs. Mais, si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est infiniment précieux et que l'Esprit de l'air est le même dans toutes les choses qui vivent. Le vent qui a donné à notre ancêtre son premier souffle reçoit aussi son dernier regard. Et si nous vendons notre terre, vous devez la garder intacte et sacrée comme un lieu où même l'homme peut aller percevoir le goût du vent et la douceur d'une prairie en fleur...
Je suis un sauvage et je ne comprends pas une autre façon de vivre. J'ai vu des milliers de bisons qui pourrissaient dans la prairie, laissés là par l'homme blanc qui les avait tués d'un train qui passait. Je suis un sauvage et je ne comprends pas comment ce cheval de fer qui fume peut-être plus important que le bison que nous ne tuons que pour les besoins de notre vie. Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes avaient disparu, l'homme mourrait complètement solitaire, car ce qui arrive aux bêtes bientôt arrive à l'homme. Toutes les choses sont reliées entre elles.
Vous devez apprendre à vos enfants que la terre sous leurs pieds n'est autre que la cendre de nos ancêtres. Ainsi, ils respecteront la terre. Dites-leur aussi que la terre est riche de la vie de nos proches. Apprenez à vos enfants ce que nous avons appris aux nôtres : que la terre est notre mère et que tout ce qui arrive à la terre arrive aux enfants de la terre. Si les hommes crachent sur la terre, c'est sur eux-mêmes qu'ils crachent. Ceci nous le savons : la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Ceci nous le savons : toutes les choses sont reliées entre elles comme le sang est le lien entre les membres d'une même famille. Toutes les choses sont reliées entre elles...
Mais, pendant que nous périssons, vous allez briller, illuminés par la force de Dieu qui vous a conduits sur cette terre et qui, dans un but spécial, vous a permis de dominer le Peau-Rouge. Cette destinée est mystérieuse pour nous. Nous ne comprenons pas pourquoi les bisons sont tous massacrés, pourquoi les chevaux sauvages sont domestiqués, ni pourquoi les lieux les plus secrets des forêts sont lourds de l'odeur des hommes, ni pourquoi encore la vue des belles collines est gardée par les fils qui parlent. Que sont devenus les fourrés profonds ? Ils ont disparu. Qu'est devenu le grand aigle ? Il a disparu aussi. C'est la fin de la vie et le commencement de la survivance.»
Discours prononcé en 1854 par Seattle (v. 1786-1866), chef des tribus Duwamish et Suquamish, devant le gouverneur Isaac Stevens. Ce discours est la réponse du Chef Seattle en 1854 au gouvernement américain qui lui proposait d’abandonner sa terre aux blancs, et promettait une réserve pour le peuple indien.
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Le Bougnoulosophe
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10/15/2010
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Libellés : EMPIRE
Il est plus que temps de boycotter Israel!
Il est temps. Plus que temps. La meilleure stratégie pour mettre un terme à l’occupation tous les jours plus sanglante d’Israël est que cette occupation devienne la cible d’un mouvement mondial du même ordre que celui qui précipita la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud. En juillet 2005, une grande coalition de groupes palestiniens conçut un plan pour mener ce projet à terme. Elle appela tous « les gens de conscience, de toute la planète, à imposer un boycott massif à Israël et à mettre en oeuvre des initiatives de désinvestissement, comme ce fut le cas pour l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid». Ainsi naissait la campagne « Boycott, désinvestissement et sanction » (BDS).
Chaque jour qu’Israël bombarde Gaza fait de nouveaux convertis à la cause de la campagne BDS, y compris parmi les Juifs israéliens. Au beau milieu de l’offensive, à peu près cinq cent Israéliens, dont une douzaine d’artistes et d’universitaires célèbres, envoyèrent une lettre aux ambassadeurs étrangers présents sur le sol israélien. Ils en appelaient à « l’adoption de sanctions et de mesures restrictives immédiates » et faisaient explicitement référence à la lutte anti-Apartheid : «Le boycott en Afrique du Sud fut efficace, et pourtant on continue à ménager Israël.[…]Ce soutien international doit cesser. »
Certains d’entre nous sont tout bonnement incapables d’entendre ces appels. Les raisons de cette surdité sont complexes, émotionnelles et tout à fait compréhensibles. Mais elles ne sont pas pour autant acceptables. Les sanctions économiques restent les armes les plus efficaces de l’arsenal de la non-violence : rendre ces armes signifie se rendre coupable de complicité active. Exposons ici les quatre principales objections à la stratégie du BDS, ainsi que les contre-arguments correspondants.
1) Des mesures punitives radicaliseront plutôt qu’elles ne persuaderont les Israéliens.
La communauté internationale s’est déjà essayée à ce qu’elle appelle « l’engagement constructif», et elle a totalement échoué. Depuis 2006, Israël n’a pas cessé d’intensifier ses actions criminelles : expansion des colonies, déclenchement d’une guerre scandaleuse contre le Liban et punition collective des Palestiniens de la bande de Gaza au moyen d’un blocus assassin. Malgré cette escalade dans l’horreur, Israël n’a fait l’objet d’aucunes représailles de la part de la communauté internationale. Bien au contraire. Les armes et les trois milliards de dollars d’aide annuelle que les États-Unis envoient à Israël ne sont que la partie la plus visible de cet état de grâce. Israël a en effet bénéficié pendant cette période cruciale d’une incroyable embellie dans ses relations commerciales, diplomatiques et culturelles avec un certain nombre de pays alliés. Israël est, par exemple, devenu en 2007 le premier pays hors de l’Amérique latine à signer un accord de libre-échange avec le Mercosur. Au cours des neuf premiers mois de 2008, les exportations israéliennes vers le Canada ont augmenté de 45 %. Un nouvel accord commercial avec l’Union européenne va lui permettre de doubler ses exportations de denrées en conserve. Et, pour finir, en décembre dernier, les ministres européens ont « mis à jour » l’accord de partenariat entre l’Union Européenne et Israël, une récompense longtemps attendue par Jérusalem.
C’est dans ce contexte que les dirigeants israéliens ont lancé leur dernière guerre, avec la quasi-certitude que le prix n’en serait pas trop élevé. Il est à cet égard remarquable qu’en sept jours de guerre, l’indice de la Bourse de Tel-Aviv ait augmenté de 10,7 %. Lorsque les carottes ne fonctionnent plus, il est temps de sortir le bâton.
2) Israël n’est pas l’Afrique du Sud
C’est vrai. Mais l’intérêt du modèle sud-africain réside avant tout dans le fait qu’il nous prouve que, quand d’autres types d’actions ont échoué (manifestation, pétition, lobbying), la tactique du BDS peut encore s’avérer efficace. De plus, précisons que les territoires occupés en Palestine font tristement écho à l’Apartheid : les codes couleur des cartes d’identité, les permis de déplacement, les maisons rasées et les déportations, ou encore les routes réservées aux colons. Ronnie Kasrils, un grand homme politique sud-africain, a confessé que la structure de ségrégation qu’il avait pu observer en Cisjordanie et à Gaza était « infiniment pire que celle de l’Apartheid. » C’était en 2007, avant qu’Israël ne se lance dans une guerre totale contre la prison à ciel ouvert qu’est Gaza.
3) Pourquoi montrer Israël du doigt quand les États-Unis, l’Angleterre et d’autres pays occidentaux font exactement les mêmes choses en Irak ou en Afghanistan ?
Le boycott est une tactique, et non un dogme. La seule raison de mettre en oeuvre cette stratégie est d’ordre pratique : elle pourrait bien marcher dans un pays aussi petit et dépendant de son commerce extérieur.
4) Un boycott interromprait la communication. Or, nous avons besoin de plus de dialogue.
Je répondrai à cette objection en me permettant de raconter une histoire personnelle. Durant huit ans, mes livres ont été publiés en Israël par une maison d’édition commerciale nommée Babel. Mais, quand j’ai publié La Stratégie du choc, j’ai voulu respecter le boycott. Sur le conseil d’activistes du BDS, dont l’extraordinaire écrivain John Berger, j’ai pris contact avec un petit éditeur nommé Andalus. C’est une maison d’édition militante, très impliquée dans le mouvement anti-occupation, et sans doute la seule maison israélienne à se consacrer exclusivement à la traduction de textes arabes vers l’hébreu. Nous avons rédigé un contrat spécifiant que tous les bénéfices seraient reversés à Andalus. Tout ça pour dire que si je boycotte l’économie israélienne, je ne boycotte pas pour autant les Israéliens.
Ce projet a nécessité des douzaines de coups de fil, de courriers électroniques et de textos entre Tel-Aviv, Ramallah, Paris, Toronto et la ville de Gaza. Cela signifie que, à partir du moment où vous mettez en place une stratégie de boycott, le dialogue ne peut que s’intensifier. L’argument selon lequel le boycott nous couperait les uns des autres est particulièrement spécieux au regard du nombre d’outils de télécommunication mis à notre disposition et de leur faible coût. Nous « croulons » sous les manières de communiquer par delà les frontières, et aucun boycott n’est en mesure de mettre un terme à cette communication.
À l’instant même, j’imagine qu’un grand nombre d’orgueilleux sionistes se réjouissent à l’idée de pouvoir me rabattre le caquet : ne suis-je donc pas consciente que la plupart des jouets technologiques auxquels je fais allusion sortent directement des départements de R&D d’Israël, leaders mondiaux des infotechnologies ? Oui, mais pas tous.
Quelques jours après l’attaque de Gaza par Israël, Richard Ramsey, gérant d’une entreprise britannique de télécom spécialisée dans les services vocaux sur internet, envoya un courrier électronique à l’entreprise israélienne MobileMax : «Suite aux actions du gouvernement israélien au cours de ces derniers jours, je suis au regret de vous annoncer que nous ne pourrons plus faire affaire avec vous, ni non plus avec une autre entreprise israélienne. » Ramsey a soutenu que sa décision n’était absolument pas politique ; il désirait juste ne pas perdre de clients. « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre des clients ; ce n’était donc rien d’autre qu’une réaction de défense commerciale. » C’est ce genre de froid calcul commercial qui poussa il y a une vingtaine d’années un grand nombre d’entreprises à déserter l’Afrique du Sud. Et c’est précisément dans ce calcul que réside le plus réaliste des espoirs de rendre enfin justice à la Palestine.
Naomi Klein
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Le Bougnoulosophe
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10/13/2010
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Libellés : PALESTINE
« Sortir de la grande nuit - Essai sur l’Afrique décolonisée »
La décolonisation africaine n’aura-t-elle été qu’un accident bruyant, un craquement à la surface, le signe d’un futur appelé à se fourvoyer? C’est la question à laquelle Achille Mbembe répond dans un ouvrage annoncé aux Éditions La Découverte à Paris le 14 octobre prochain. « Sortir de la grande nuit - Essai sur l’Afrique décolonisée », tel est le titre de cet essai écrit dans une langue tantôt sobre, tantôt incandescente et souvent poétique, et dont l’éditeur dit qu’il constitue un « texte essentiel de la pensée contemporaine de langue française ». Achille Mbembe y montre qu’au-delà des crises et de la destruction qui ont souvent frappé le continent depuis les indépendances, de nouvelles sociétés sont en train de naitre. Il décrypte ces mutations, mais aussi les confronte aux évolutions des sociétés postcoloniales européennes – en particulier celle de la France dont il affirme qu’elle a décolonisé sans s’auto-décoloniser. Voici, en exclusivité, quelques extraits de cet ouvrage très attendu, que l'auteur dédie à son ami Paul Gilroy, ouvreur d’imaginaire. Achille Mbembe l'a aussi écrit en mémoire de deux penseurs du devenir illimité : Frantz Fanon et Jean-Marc Éla...
Avant-propos
« […] Un énorme travail de réassemblage est en cours, vaille que vaille, sur le Continent. Ses couts humains sont très élevés. Il touche jusqu’aux structures de la pensée. Au détour de la crise postcoloniale, une reconversion de l’esprit a lieu. Destruction et réassemblage sont d’ailleurs si étroitement liés que, l’un isolé de l’autre, ces processus deviennent incompréhensibles. A coté du monde des ruines s’esquisse une Afrique en train d’effectuer sa synthèse sur le mode de la disjonction et de la redistribution des différences. L’avenir de cette Afrique-en-circulation se fera sur la base de ses paradoxes et de sa matière indocile. C’est une Afrique dont la charpente sociale et la structure spatiale sont désormais décentrées ; qui va dans le double sens du passé et du futur à la fois ; dont les processus spirituels sont un mélange de sécularisation de la conscience, d’immanence radicale (souci de ce monde et souci de l’instant) et de plongée apparemment sans médiation dans le divin ; dont les langues et les sons sont désormais profondément créoles ; qui accorde une place centrale à l’expérimentation ; dans laquelle germent des images et des pratiques de l’existence étonnamment postmodernes.
Quelque chose de fécond jaillira de cette Afrique-glèbe, immense champ de labour de la matière, de l’esprit et des choses ; quelque chose susceptible d’ouvrir sur un univers infini, extensif et hétérogène, l’univers des pluralités et du large. Ce monde-africain-qui-vient, dont la trame, complexe et mobile, sans cesse glisse d’une forme à l’autre et détourne toutes les langues et les sonorités puisque ne s’attachant plus guère à aucune langue ni sons purs ; ce corps en mouvement, jamais à sa place, dont le centre se déplace partout ; ce corps se mouvant dans l’énorme machine du monde, on lui a trouvé un nom – afropolitanisme – l’Afrique du Sud en étant le laboratoire privilégié ».
Conclusion
« […] Si les Africains veulent se mettre debout et marcher, il leur faudra tôt ou tard regarder ailleurs qu’en Europe. Celle-ci n’est sans doute pas un monde qui s’effondre. Mais, lasse, elle représente désormais le monde de la vie déclinante et des couchers de soleil empourprés. Ici, l’esprit s’est affadi, rongé par les formes extrêmes du pessimisme, du narcissisme et de la frivolité.
L’Afrique devra porter son regard vers ce qui est neuf. Elle devra se mettre en scène et accomplir, pour la première fois, ce qui n’a jamais été possible auparavant. Il faudra qu’elle le fasse en ayant conscience d’ouvrir, pour elle-même et pour l’humanité, des temps nouveaux ».
Entretien avec Achille Mbembe
Bonnes feuilles
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Le Bougnoulosophe
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10/10/2010
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Libellés : POSTCOLONIE
Islamophobia on ice !
Fini les précautions oratoires, plus ou moins hypocrites, qui préconisaient d’éviter les amalgames, les temps sont à la décomplexion, au « sans tabou » et au portnawak, aussi les glissements sémantiques font flores. Ça glisse de partout. Ça glisse de « musulman » à « islamiste ». Ça glisse de « islam» à « intégration ». Ça glisse de « islam » à « peur » et de « musulmans » à « menace ». Ça glisse de « clocher » à « minaret». Ça glisse d’ « Occident » à « judéo-christianisme ». Ça glisse de « fascisme » à « stalinisme » et de « stalinisme » à « islamisme ». Ça glisse, ça glisse, ça glisse...Tout glisse dans ce gloubi-boulga idéologique de l’ère intello-glaciaire, où tout est dans tout et la vérité nulle part. Tout glisse dans la grande patinoire des lieux communs de la « haine ordinaire ». Tout glisse pour nous mener vers le chemin du binarisme (« nous »/« eux »), la voie royale qui conduit à la confrontation, celle du choc des civilisations. Qu’importe la confusion, les islamophobes à calculette, eux, retrouveront toujours leurs petits. Si Barthes observait que « Le petit-bourgeois est un homme impuissant à imaginer l'Autre. Si l'autre se présente à sa vue, le petit-bourgeois s'aveugle, l'ignore et le nie, ou bien il le transforme en lui-même. Dans l'univers petit-bourgeois, tous les faits de confrontation sont des faits réverbérants, tout autre est réduit au même. », cette absence d’imagination, cet aveuglement volontaire se sont transformés aujourd’hui en haine tenace. Pourtant l’homo democraticus de par ici, ce petit bourgeois indécrottable, plutôt que de pratiquer la glissade à tout va, ferait bien de s’y regarder dans la glace, ce Narcisse en patin y verrait sans nul doute le regard de la peur, de la haine et de l’intolérance. Il y verrait un tout « petit homme» qui révére les idoles de sa tribu, dussent-t-elles être de papier glacé!
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Le Bougnoulosophe
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10/07/2010
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Libellés : IDENTITE
N'est pas Angela Davis qui veut !
La haine de soi pour tout viatique, car jamais sa « bouche ne sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche» (*), larbine et imbue d’elle-même comme personne, stupidement fière d’être une pièce d’un dispositif qui la dépasse, béatement satisfaite d’être un petit pantin mélanoderme à date de péremption rapide, jobardement utile comme mercenaire exotique du « sans tabou », la rastignaquette à l’opportunisme infini et à la moralité zéro, notre Fadela Amara à nous (« du plat pays ») – qui elle n’est pas issue des quartiers populaires et ne sait pas parler wesh-wesh! -, j’ai nommé, Fatoumata S., porte plaine contre X pour « calomnie, diffamation et incitation à la haine raciale »*(sic)… Contre Malcolm X sans doute! Eh bien, n’en déplaise, cela coûtera ce que cela coûtera, la « dignité », elle, n’a pas de prix. Elle ne fait pas le tapin et n’est pas cotée à l’argus. Et comme dit mon frère Karl :
« Des esprits supérieurs me conseillent de modifier le sens de mon combat, de frapper les importunités sur un plan "plus général" et non à travers les personnes qui les représentent. Je sais qu’il serait plus aisé de remplir les pages de Die Fackel avec des accusations globales contre "l’ordre social", lequel, ainsi que me l’assurent des personnes d’expérience, est seul responsable du vol bancaire, de l’escroquerie de l’actionnariat et du timbre fiscal frauduleux de la presse. Plus aisé et surtout moins dangereux. Des personnes aimables, à qui le ton qu’adoptent les sociaux-démocrates contre la corruption de la presse semble encore trop brut, m’invitent à d’autres concessions encore et estiment que, si je ne puis me défaire de mon dégoût profondément ancré pour ce qui est, il convient que je tente de le faire en procédant par des variations sur le thème : "Le monde est mauvais." Comme je ne le rendrai pas meilleur, je ferais mieux de m’y essayer avec des soupirs plutôt qu’avec des attaques, avec des plaintes plutôt qu’avec des accusations. J’entends révéler aux conseillers amicaux de ma personne mes raisons qui sont aussi noires que la nuit : irriter ces salopards, que rien ne peut rendre meilleurs, est aussi une fin éthique. On le voit, rien ne peut me rendre meilleur, moi non plus. » (Karl Kraus)
* Quant à la « liberté d’expression », telle qu’elle existe aujourd’hui, on va finir par le savoir, elle ne sert qu’à stigmatiser certaines populations urbi et à légitimer les entreprises coloniales orbi !
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Le Bougnoulosophe
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10/06/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
De la résistance indigène

La cause est entendue : dans l'affaire du bidonnage sur la femme de polygame, Le Point a été "piégé". C'est un "coup monté". D'ailleurs, ils vont enquêter pour savoir quels intérêts occultes peut bien servir cette sombre manigance. Mais oui, je n'invente rien. C'est bien leur promesse. Giesbert , patron du Point, à l'AFP : "nous allons enquêter. Ca montre à quel point notre métier est difficile". En effet. Rien de plus difficile que la production spontanée de polygames, et de femmes de polygames, pour sucer la roue d'Hortefeux. C'est un métier ingrat. Quoique nécessaire à la démocratie.
Le Point devrait se poser une question, et une seule: s'il est vrai que la polygamie, comme le répète la chanson du gouvernement, est un des plus graves problèmes de l'heure, s'il est vrai que le mal se répand, alors comment se fait-il qu'avec vingt ans de métier, avec un carnet d'adresses gros comme ça, Jean-Michel Décugis, spécialiste du sujet au Point, ne parvienne pas à trouver un seul vrai ménage polygame dans la région parisienne ? Le spécialiste n'en a-t-il jamais rencontré directement ? Réponse attendue.
Je ne connais pas Jean-Michel Décugis, qui étale son désarroi depuis hier. Je crois évidemment à la sincérité de ce désarroi. Je suis tout prêt à croire que c'est un bon journaliste, qui ne pense pas à mal. Mais il me semble que certains détails lui échappent. Voici donc notre humble contribution à l'enquête du Point.
Dans un entretien à Rue89, parlant d'Abdel, Décugis assure qu'il n'a "aucun discours derrière pour étayer ce qu'il entend dénoncer". Quand, dans la même interview, on lui fait remarquer qu'il a ajouté dans son article des détails visuels, alors qu'il n'a pas rencontré "Bintou", Décugis répond : "je mets en images ce qu'Abdel m'a dit".
Et voilà, Décugis. Ce "joli visage légèrement scarifié", que vous n'avez jamais vu, et pour cause, est précisément ce qu'Abdel n'a pas supporté.
Abdel nous a envoyé son mail jeudi, en début d'après-midi. Il venait de lire Le Point. Un mail en trois lignes, révolté.
Vendredi matin à la première heure, quand il a déboulé dans le bureau avec son ordinateur, après nous avoir raconté l'histoire jeudi soir au téléphone, heureux et déjà épaté de la dimension que prenait sa blague, il ne savait pas où il arrivait. Notre site, il ne le connaissait pas. C'est son grand frère, qui lui a conseillé de contacter deux médias : le Canard enchaîné, et nous. Alors, il a regardé wikipedia en vitesse, il y a vu que les confrères nous appelaient "les boeufs carotte", la "police des polices", et il s'est senti en confiance.
Suite du "coup monté" : on commence à regarder sa video. On est morts de rire. Je lui dis qu'on veut la mettre toute entière sur le site. Et que j'aimerais l'interviewer sur le plateau, qu'on tourne dans une heure. Ah, il ne s'y attendait pas du tout. Il fait son apprentissage à toute vitesse.
Il semble hésiter. Le temps presse. Je crève un abcès : je lui dis qu'on ne le paiera pas. Les préjugés. Idiots, mais inévitables. J'ai honte, mais j'évacue quand même la question, pour qu'on n'y pense plus. Je lui explique que jamais on ne paie une information. Mais il me rassure. Sans une hésitation. Il n'attend pas d'argent. La chose ne lui avait même pas traversé l'esprit. Abdel est limpide et joyeux. Il est mû par une révolte très pure, très saine. J'aurais aimé que Décugis le voie, à cet instant-là.
Tout de même, il voudrait juste prendre conseil. Il appelle (son grand frère, j'imagine). Et revient me voir après cinq minutes : OK pour toute la vidéo, mais on n'aura pas l'exclusivité. "Je veux rester maître de mes images". Ca me va. On s'en fiche, de l'exclusivité.
Ensuite, le plateau, vous l'avez vu. Cette allégresse. Cette revanche, surtout, contre la grosse machine. On n'imagine pas, à quel point la grosse machine les écrase. Il faudrait pouvoir la regarder d'en dessous, la grosse machine, la voir exactement comme ils la voient, comme une représentation permanente, une sorte de nuage monstrueux qui leur a toujours bouché le ciel, depuis la naissance, sans aucune trouée. Dans quel désespoir ils vivent, écrasés par cette image qu'on leur renvoie, racailles, trafics, caïds, maffias de quartier, polygamie, zones de non droit, tout ce dispositif pujado-ferrarien, les grosses couvertures, "les vérités qu'on vous cache", tout ça. Cette représentation permanente qui a toujours été là, qui sera toujours là, parce qu'ils n'ont aucun, mais vraiment aucun moyen, de sortir de cette image. On a beau essayer, on ne l'imagine pas.
Et puis, un jour, il y a la goutte d'eau. Ce détail visuel supplémentaire, rajouté dans l'article, qui atteste de la mauvaise foi, de la triche. Et s'il y a triche, c'est bien qu'il y a un adversaire. Une volonté de nuire, quelque part. Implacable. Et tout d'un coup, l'injustice hier endurée comme une fatalité météorologique, devient insupportable. Et voilà comment on balance un mail de trois lignes, à un site qu'on ne connaît pas.
Osons le mot. Le gamin qui a déboulé hier matin, intègre et joyeux, pour nous raconter le bidonnage du Point, est un résistant d'aujourd'hui. Monté des profondeurs. Mû par quelque chose d'invincible. Je suis fier de l'avoir rencontré.
Il existe également une figure féminine de résistance indigène : Nabila Laïb (« fixeuse » à Vitry!)
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
10/03/2010
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