« La nouvelle islamophobie » de Vincent Geisser
La thèse centrale de cet essai repose sur un postulat : il y a en France, et notamment depuis les attentats du 11 septembre 2001, une phobie de l'islam en tant que religion et civilisation et, par delà, un rejet de ceux qui sont supposés en faire partie. Cette peur de l'islam et des musulmans qui « se déploie de façon autonome », V. Geisser la distingue du racisme anti-arabe ou anti-immigré « plus traditionnel » puisqu'elle s'exerce non plus sur un référent ethnique mais religieux et en l'occurrence « sur tout signe visible de l'islamité. »
Dès la première page de son introduction, V. Geisser nous donne à lire les deux rapports qui justifient sa prise de position et qui sont à la base de son constat :
a) Le rapport 2001 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH) (organisation officielle rattachée au Premier ministre) qui relève que « si les Maghrébins et les “beurs” issus de l'immigration étaient jusqu'à présent plus particulièrement visés, ces violences se sont souvent élargies aux communautés arabo-musulmanes. »
b) L'étude du réseau RAXEN (Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes) réalisée dans quinze pays de l'Union Européenne après les attentats du 11 septembre 2001 et qui montre « dans tous les pays, une islamophobie latente [qui] a mis à profit les circonstances présentes pour émerger, se concrétisant sous la forme d'actes d'agression physique et d'insultes verbales. »
Or, si le phénomène est constaté aussi bien en Europe qu'en Amérique du Nord, pour V. Geisser il existe bien une islamophobie « à la française » qui serait avant tout « une religiophobie » venue se greffer à un « contentieux historique » mêlant histoire coloniale, guerre d'Algérie mal « digérée », et anti-cléricalisme républicain. Tout au long de son ouvrage, l'auteur propose de nous éclairer sur les causes de cette nouvelle peur et les dangers quelle peut représenter pour notre société. Aussi décline-t-il sa démonstration en quatre parties correspondant aux quatre catégories d'islamophobes ou de « faciliteurs d'islamophobie » que son analyse a pu dégager.
Dans son premier chapitre « Islamophobie médiatique ; les journalistes et les intellectuels en question », l'auteur s'en prend ouvertement à ce qu'il appelle les « intellectuels médiatiques » largement responsables de la « diffusion et la banalisation de l'islamophobie au sein de la société française ». Pour V. Geisser, si les journalistes, notamment depuis la révolution khomeiniste de 1979, ne créent pas de l'islamophobie, ils « contribuent à la banaliser sous couvert d'investigation approfondies » en véhiculant clichés et stéréotypes du fait musulman présenté le plus souvent comme « une altérité radicale et conflictuelle ». Ainsi, l'auteur cite pêle-mêle les unes alarmistes des grands hebdomadaires hexagonaux (Marianne voilée du Figaro Magazine en 1985 ou jeune fille en tchador du Nouvel Observateur en 1989) ou « la traque » des télévisions d'une « prétendue réaction musulmane » aux attentats du 11 septembre 2001 « comme si les musulmans de France se devaient d'avoir nécessairement un avis sur Ben Laden ou les évènements en cours ». Mais le sociologue est plus irrité encore par le fait que les « intellectuels médiatiques » comme Alain Finkielkraut, Jean-François Revel ou Alexandre Adler, ont réussi à décrédibiliser et à marginaliser la parole des chercheurs spécialistes de l'islam, qu'ils soient islamologues, sociologues ou politologues, accusés d'angélisme et de ne pas avoir su prévoir le 11 septembre 2001.
Cette mise à l'écart des universitaires a permis la promotion médiatique d'experts sécuritaires – Antoine Basbous, Antoine Sfeir, Alexandre Del Valle ou Frédéric Encel – dont la notoriété s'appuie, sur un « prétendu réalisme » face au danger d'islamisation des banlieues hexagonales. Ces « nouveaux experts de la peur », dont il est question tout au long du deuxième chapitre, sont devenus, au grand regret de l'auteur, « les figures de références en matière d'islam et d'islamisme ». Pour V. Geisser, la figure la plus emblématique de ces « experts de le peur » est sans conteste A. Del Vale : ancien de l'extrême-droite « païenne » et militant de l'UMP de tendance souverainiste, il partage avec les experts militaires une même « haine de l'Amérique, le mépris de l'islam et des penchants pro-serbes ». Le 11 septembre 2001 est un véritable « événement providentiel » pour le jeune auteur puisqu'il passe en quelques jours des « milieux obscurs de la Nouvelle droite » aux projecteurs des plateaux de télévisions. Le plus dérangeant, pour l'auteur, est l'appui dont bénéficient ces experts de la part d'universitaires, ou de certains géopoliticiens qui prennent là une « revanche médiatique » sur le milieu académique qui les accepte mal ou certains chercheurs non spécialistes de l'islam. C'est le cas de la démographe de l'INED Michèle Tribalat ou du politologue du CNRS, Pierre-André Taguieff, qui « au nom d'un combat commun contre l'islamisme et la nouvelle judéophobie », en viennent à accorder des tickets d'entrée à des auteurs « peu scrupuleux sur l'origine de leurs informations et de leurs sources ».
Le troisième chapitre, consacré à cette « nouvelle judéophobie », est en fait le coeur de la démonstration de cet essai. En effet, nous ne pouvons comprendre le ton de La nouvelle islamophobie si nous oublions qu'il est une réponse, le titre est cependant là pour nous le rappeler, à celui de P-A. Taguieff, La nouvelle judéophobie, paru quelques mois auparavant (Paris, Mille et Une Nuits, 2002). La thèse centrale de ce livre est l'apparition en France, et singulièrement depuis les attentats du 11 septembre 2001, d'une nouvelle « judéophobie » (terme qu'il préfère à antisémitisme, trop lié à l'histoire européenne des XIXe et XXe siècles), fruit d'une « alliance » objective entre islamistes et certains militants de gauche et d'extrême-gauche pro-palestiniens, anti-américains et anti-mondialistes et qui aurait pour prétexte l'anti-sionisme et la critique d'Israël. Pour l'auteur, cette thèse, qui n'a jamais fait l'objet d'une véritable enquête de terrain, ne tient pas. Il reproche à ses promoteurs une vision « conservatrice de l'ordre social [...] » censée prévenir de l'« imminence de conflits communautaires sur notre territoire. » C'est finalement toutes ces thèses, qu'il appelle « huntingtonienne in societa », que V. Geisser combat. Selon lui, elles créent un climat malsain en désignant les jeunes « Arabo-musulmans », aidés en sous-main par des « intellogauchistes », comme les auteurs d'une nouvelle forme d'antisémitisme supplantant celui plus « traditionnel » des milieux d'extrême-droite et ourdissant de concert un prétendu « complot contre la République. »
Le quatrième et dernier chapitre est consacré à ce que V. Geisser appelle les « cautions ethniques » de la dialectique islamophobe : les acteurs politiques, intellectuels, religieux ou médiatiques « de culture musulmane » tirant leur légitimité d'une expertise « du vécu », se posant comme « décrypteurs autorisés des questions musulmanes » et tenant un discours catastrophiste, sur une « benladisation » supposée des banlieues françaises. Souvent proches du pouvoir algérien, ces personnalités diverses, du recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur au journaliste de Marianne Mohammed Sifaoui, ne perçoivent les enjeux de l'islam en France « qu'à travers le prisme du syndrome algérien, c'est-à-dire réduits à une lutte entre les “musulmans éclairés” et les “musulmans obscurantistes” ».
Oeuvre d'un chercheur au CNRS, La nouvelle islamophobie, aurait pu être une étude sociologique sur les comportements islamophobes dans notre société, de la part d'individus ou d'organisations diverses, mais les outils de la démonstration scientifique, entretiens et références théoriques par exemple, ne sont pas réunis. En effet, le chercheur a choisi, le temps de cet essai, de troquer le costume du sociologue pour celui de l'intellectuel engagé, en allant au-delà du simple diagnostic, en ne se contentant pas de comprendre et d'analyser le phénomène mais en le dénonçant. La nouvelle islamophobie tient donc à la fois de l'engagement intellectuel et du « coup de gueule » pamphlétaire.
L'ouvrage se lit d'une traite : l'auteur dénonce, raille, condamne. C'est un essai visiblement écrit rapidement et « sur le vif » qui est d'ailleurs le titre de la collection où le publie son éditeur. C'est un « J'accuse » dénonçant les différents « faciliteurs d'islamophobie » mais surtout la place qui leur est faite dans les médias. En effet, il s'agit avant tout d'une critique des médias et de l'image de l'islam et des musulmans qu'ils véhiculent. Les postures jugées islamophobes de certains intellectuels, experts ou « cautions ethniques » sont dénoncées parce qu'elles sont médiatiques et diffusent, loin de la réalité, une image « fantasmagorique du fait musulman. » Reste qu'au-delà des idées exprimées, et à l'instar de son alter ego P.-A. Taguieff, l'auteur de La nouvelle islamophobie pose par ses prises de positions sans concession, peu nuancées et en désignant nommément ses amis comme ses contradicteurs, la question de l'engagement public – engagement intellectuel bien sûr, mais également idéologique et partisan – de l'universitaire dans les débats qui agitent la société, notamment lorsque les dits débats rejoignent son champ de recherche habituel.
Mouloud Haddad
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1/30/2010
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Libellés : ISLAM
Hommage à Howard Zinn
Parmi les tenants d’une « histoire par le bas », il y eut Howard Zinn aux Etas-unis. Ses travaux visaient à adopter le point de vue de « l’opprimé », ce point aveugle des disciplines historiques (l’Indien, le Noir, le Chicano, le Portoricain, le minoritaire ethnique, mais aussi le soldat, le prisonnier, le gréviste, le sans-travail et la femme). Sa perspective historique se refusait à toute simplification, ainsi, l’esclave, chez lui, n’est ni le « Sambo » (terme générique pour désigner le Noir américain) détruit par l’univers concentrationnaire de la plantation, ni le super-africain qui affirme son identité conquérante dans l’adversité, mais un afro-américain dont les comportements complexes relèvent simultanément de l’accommodation et de la résistance… Voici un petit discours de la méthode en matière de politique (dans son sens noble ) :
« Le peuple américain n’a pas reçu l’histoire complète de la bataille contre l’esclavagisme. Le mouvement contre l'esclavagisme débuta de façon très modeste dans les années 1830. Il devint très puissant dans les années 1860 et poussa le président Abraham Lincoln et le Congrès à accepter petit à petit l’émancipation des Noirs.Si on ne raconte pas cela aux Américains, ils ont l’impression que l’esclavage a été aboli grâce aux bons sentiments de Lincoln et à la conscience sociale du Congrès. Aujourd’hui, les Américains n’ont pas une idée claire de ce qu’a été le mouvement des droits civiques des années 1960. A cette époque, les mouvements de Noirs dans le Sud ont poussé John Fitzgerald Kennedy, Lyndon B. Johnson et le Congrès à passer une loi qui permette enfin aux Noirs de voter. Sans ce pan de l’histoire, vous pouvez penser que les Noirs ont été aidés par des Blancs puissants comme Kennedy et Johnson. Cette lacune dans l’éducation des Américains perpétue l’idée que le président des Etats-Unis, et non les mouvements sociaux, est à même de régler les problèmes majeurs du pays. En omettant de l’enseigner, vous réduisez l’énergie des citoyens américains, vous en faites des observateurs passifs et non des participants actifs à la politique. » (Howard Zinn)
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1/29/2010
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Libellés : EMPIRE
Misère de l'assimilo-intégrationnisme
« Dans la plupart des colonies de l'empire français, le renoncement au statut personnel "indigène" (musulman, annamite, etc.) était une condition sine qua non pour devenir citoyen français: le reniement de sa religion devait s'effectuer avant d'être soumis au code civil français. A partir des années 1890, les administrations coloniales inventent des "critères de civilisation". Les candidats doivent maîtriser la langue française (écrit et oral), se détacher au maximum du groupe indigène du point de vue de leurs pratiques culturelles, de leurs fréquentations, etc. Depuis 1927, la définition du "bon assimilé" varie, mais on peut distinguer une constante: quelles que soient les modifications apportées au droit de la nationalité, le profil de l'assimilable ou du naturalisable correspond à la négation du profil de l'immigré, c'est-à-dire l'étranger célibataire, analphabète, pauvre et sans qualification. Ainsi, le célibat, l'analphabétisme, la pauvreté et l'absence de qualification sont implicitement ou explicitement condamnés par l'administration dont l'objectif populationniste est de "produire" de "bons Français" "utiles" à la société...» (Abdellali Hajjat)
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1/27/2010
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Libellés : POSTCOLONIE
Archaïsme et nouveauté
« Selon le concept d'innovation est innovateur celui qui veut détruire tout l'existant, sans se soucier de ce qui arrivera ensuite puisque, c'est bien connu, métaphysiquement toute destruction est création, et même on ne détruit que ce qu'on remplace par une nouvelle création. A ce concept romantique se joint un concept rationnel. On pense que tout ce qui existe est un « piège » tendu par les forts aux faibles, par les malins aux pauvres d'esprit. Le danger vient du fait que, « du point de vue rationel », ces mots sont pris à la lettre, matériellement.
La philosophie de la praxis est contre cette façon de voir. La vérité est au contraire : toute chose qui existe est rationnelle, c'est-à-dire qu'elle a eu ou qu'elle a une fonction utile. Que ce qui existe ait existé, c'est-à-dire ait eu sa raison d'être en tant que « conforme » au mode de vie, de pensée, d'action de la classe dirigeante, ne signifie pas que ce soit devenu « irrationnel » parce que la classe dominante a été privée du pouvoir et de sa force de donner impulsion à toute la société.
Une vérité que l'on oublie : ce qui existe a eu sa raison d'exister, a servi, a été rationnel, a « facilité » le « développement historique » et la vie. Qu'à partir d'un certain point cela n'ait plus eu lieu, que de modalités du progrès qu'elles étaient telles formes de vie soient devenues un empêchement et un obstacle, c'est vrai, mais n'est pas vrai « sur toute la ligne » : c'est vrai là où c'est vrai, c'est-à-dire dans les formes de vie les plus hautes, celles qui sont décisives, celles qui marquent la pointe du progrès, etc. Mais la vie ne se développe pas de façon homogène, elle se développe au contraire par des avancées partielles, de pointe, elle se développe pour ainsi dire par croissance « pyramidale ».
De tout mode de vie il importe donc d'étudier l'histoire, c'est-à-dire l'originaire « rationalité » puis, celle-ci reconnue, se poser la question pour chaque cas pris à part : cette rationalité existe-t-elle encore, pour autant qu'existent encore les conditions sur lesquelles cette rationalité se fondait ? Le fait auquel, au contraire, on ne prête pas assez attention est le suivant : les modes de vie apparaissent à qui les vit comme absolus, « comme naturels », comme on dit, et c'est déjà énorme d'en montrer l' « historicité », de démontrer qu'ils sont justifiés dans la mesure où existent telles conditions, mais qu'une fois changées ces conditions ils ne sont plus justifiés mais « irrationnels ». C'est pourquoi la discussion de telles façons de vivre et d'agir prend un caractère odieux, persécuteur, devient une affaire d' « intelligence » ou de « stupidité », etc. Intellectualisme, illuminisme pur, qu'il importe de combattre sans répit.
On en déduit : 1. que tout fait a été « rationnel » ; 2. qu'il est à combattre pour autant qu'il n'est plus rationnel, c'est-à-dire qu'il n'est plus conforme au but mais se traîne par la viscosité de l'habitude ; 3. qu'il ne faut pas croire, parce qu'une façon de vivre, d'agir, de penser, est devenue irrationnelle dans un milieu donné, qu'elle soit devenue irrationnelle partout et pour tous, et que seule la méchanceté ou la bêtise la maintiennent en vie ; 4. que pourtant, le fait qu'une façon de vivre de penser, d'agir, soit devenue irrationnelle quelque part a une grande importance - c'est vrai, et il importe de le mettre en lumière par tous les moyens : c'est ainsi qu'on commence à modifier les coutumes, en introduisant une forme de pensée « historiciste » qui facilitera les changements effectifs dès que les convictions seront changées, qui autrement dit rendra moins « visqueuse » la coutume routinière.
Un autre point à préciser : qu'une façon de vivre, d'agir, de penser se soit introduite dans toute la société parce qu'elle appartient proprement à la classe dirigeante, cela ne signifie pas qu'elle soit par elle-même irrationnelle et à rejeter. Si l'on y regarde de près, on voit que dans tout fait existent deux aspects : l'un « rationnel », c'est-à-dire conforme au but ou « économique », et l'autre relevant de la « mode », qui est une façon d'être déterminée du premier aspect rationnel. Porter des chaussures est rationnel, mais la forme déterminée de la chaussure est due à la mode. Porter le faux-col est rationnel, parce que cela permet de changer souvent cette partie du vêtement « chemise » qui se salit plus facilement, mais la forme du faux-col dépend de la mode, etc. On voit en somme que la classe dirigeante en « inventant » une utilité nouvelle, plus économique ou plus conforme aux conditions données ou au but donné a en même temps donné une « sienne » forme particulière à l'invention et à l'utilité nouvelle.
C'est penser avec des oeillères que de confondre l'utilité permanente (dans la mesure où permanence il y a) avec la mode. Au contraire la tâche du moraliste et du créateur de coutumes est d'analyser les façons d'être et de vivre, de les critiquer en séparant le permanent, l'utile, le rationnel, ce qui est conforme au but (dans la mesure où ce but subsiste) de ce qui est accidentel, de ce qui est snobisme, de ce qui est singerie, etc. Sur la base du « rationnel », il peut être utile de créer une mode originale, c'est-à-dire une forme neuve qui intéresse.
Que la forme de pensée critiquée ne soit pas juste, cela se voit au fait qu'elle a des limites : par exemple personne (à moins d'être fou) n'ira prêcher qu'il ne faut plus apprendre à lire et à écrire, parce que la lecture et l'écriture ont assurément été introduites par la classe dirigeante, parce que l'écriture sert à diffuser certaine littérature ou à écrire les lettres de chantage ou les rapports des mouchards. » (Gramsci, Cahiers de prison)
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1/26/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
« White men are saving brown women from brown men »
Conte Orientalo-franchouillard
Le sauveur...
...et les belles (1) captives
(1) «On ne désire pas une chose parce qu'elle est bonne, c'est parce que nous la désirons que nous la trouvons bonne... » (Baruch Spinoza)
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1/26/2010
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Libellés : POSTCOLONIE
Pour une « raison subalterne »
Au début des années '80, un nouveau courant de pensée apparaît en Inde, avec la création du groupe nommé Subaltern Studies, d’inspiration postcoloniale. S’inspirant tout particulièrement des travaux d'Antonio Gramsci, les historiens qui adoptent cette approche démontrent que le nationalisme indien, dont on connaît l'ambiguïté(1), qui animait ces « subalternres », paysans ou ouvriers, avait un caractère spécifique, tant en matière de stratégies que de méthodes politiques, particularités qui jusqu’ici étaient restées méconnues ou occultées. Par sa volonté d’adopter le point de vue des dominés, «la tradition des vaincus» (Walter Benjamin), cette perspective historique nouvelle ressemblait à l’« histoire d’en bas » chère à Eric Hobsbawm, elle mettait en lumière des mobiles de l’action révolutionnaire qui jusqu’ici avait été disqualifiés et ignorés (religiosité, mythe, millénarisme, utopie…).Par ailleurs, les historiens « subalternistes » refusaient la doxa historique selon laquelle tout ce qui s’est passé en Occident se doit de se passer en Inde à l’identique. Ils rejetaient également l’idée de « modernisation » comme schème d’intelligibilité de l’histoire des pays anciennement colonisés. Cette doxa bien établie leur inspirait le plus grand scepticisme et une forme de résistance. L’alternative à ce « grand récit » de la modernisation occidentale fut la proposition d’une « modernité autre ».
A partir de la fin des années ‘80, la thèse « d’une modernité alternative ou hybride » a été approfondie. On le sait, lorsqu’on emprunte la théorie classique de la modernisation, l’histoire de la modernité dans les pays colonisés est invariablement perçue en terme de déficit, de retard ou de rattrapage. Suivant le mot de Dipesh Chakrabarty, ces sociétés semblent avoir été renvoyées une fois pour toutes dans la « salle d’attente de l’histoire ».
Pourtant la prétention universalisante de la modernité occidentale occulte le fait qu’elle est elle-même située, qu’elle est le résultat de conditions locales. Aussi transposée à d’autres époques et en d’autres lieux, elle sera nécessairement modifiée par des conditions locales autres, elle serait Autre. Mais un « autre » de quel type ? Nouveau ? Original ? Bancal ? Comment considérer cette altération par rapport à la norme, par rapport à un idéal-type ? Si l’on accepte que ces créations de modernité alternatives sont légitimes qu’est-ce que cela implique ? Et bien cette acceptation signe la fin d’un monopole. Met à mal une hégémonie. Puisqu'il revient à « provincialiser l’Europe » et à affirmer l’identité d’autres cultures qui aspirent elles aussi à l’Universel.
L’approche « subalterniste » (nécessairement post-coloniale) permet par exemple de dépasser les faux débats qui se fondent sur des oppositions fallacieuses. Par exemple, l’opposition entre laïcité et communautarisme (« repli identitaire ») n’équivaut pas à une opposition entre modernité et archaïsme comme on l’entend trop souvent : les deux positions s’inscrivent dans la modernité, mais dans le cadre d’une modernité complexe, ouverte, en devenir.
Elle ouvre également une perspective nouvelle sur les controverses contemporaines notamment sur le statut de la femme, qu’on aime tant à instrumentaliser aujourd’hui. Ainsi, si il est vrai, que toutes les femmes vivant dans une société patriarcale occupent une position « subalterne ». Il n’est pas moins vrai que ces femmes possèdent aussi une identité de classe, de « race » et de communauté. Il est donc nécessaire, s’il l’on veut opérer un changement aussi efficace qu’ « honnête » de repérer la façon dont la construction des rapports sociaux de genre est complexifiée par l’interaction avec les identités de classe, de « race » et de communauté.
Elles permettent enfin de mettre à jour les stratégies concrètes, parfois très subtiles, que mettent en place les groupes subalternes dans leurs luttes pour la justice sociale et la reconnaissance. Stratégies qui renvoient à la représentation (« qui représente qui » et « dans quel but »?), visent à assurer une autonomie relative, à passer des alliances stratégiques avec d’autres groupes. Leur point commun est d’être très critique quant à la pertinence d’un programme de réformes juridiques décidé au sommet et de à se fonder sur une dynamique interne et par le bas, à mobiliser des ressorts propres à ces groupes.
Dans le monde des idées les nouveautés n'apparaissent pas par hasard, ni dans n'importe quel lieu, précisemment, ce n'est pas un hasard si cette « raison subalterne» est née et a pris son envol dans l'Inde d'aujourd'hui, cette Inde puissance émergente...
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Le Bougnoulosophe
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1/24/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
D’un « Juste » israélien
« Je suis un « bon garçon » typique de Tel Aviv, un produit banal du système éducatif israélien. Je ne viens pas d’une famille engagée et j’ai fait mon service militaire quand j’ai eu l’âge. J’ai même fait pire que ça : j’ai travaillé pour Shimon Perès pendant quatre ans... Pendant tout ce temps, on m’a dit que les Arabes étaient mauvais et cherchaient à nous détruire, qu’Israël était David et faisait face au Goliath Arabe. J’ai écouté Golda Meir quand elle disait qu’après la Shoah, les Israéliens pouvaient tout se permettre. J’aurais dû rester dans cet état d’esprit, normalement. Mais voilà, je suis allé dans les territoires palestiniens, j’y ai rencontré des gens, et j’ai évolué du tout au tout. Depuis 25 ans j’essaye de raconter au peuple israélien une histoire qu’il ne veut pas entendre. »
« Israël dispose de tout un réseau pour donner à ses citoyens des informations qui les rendent fiers d’eux-mêmes. Et les médias pratiquent l’auto-censure sur ces sujets. Sans leur collaboration depuis le début, l’occupation n’aurait jamais duré tant de temps. Vous savez, les Israéliens ne sont pas des monstres, ils ont des valeurs pour la plupart. Quand ils voient une vieille dame dans la rue, ils l’aident à traverser, parfois même quand elle ne veut pas (rires). Et je suis sûr qu’en ce moment même des avions d’aide humanitaire s’envolent pour Haïti. Mais tout change quand on parle de l’occupation et des Palestiniens. C’est en grande partie dû à une intense campagne médiatique de déshumanisation des populations arabes visant à montrer qu’elles sont en dehors des droits de l’homme, des normes internationales. Comme ce ne sont pas des êtres humains, personne ne s’émeut de ce qui arrive. Beaucoup de gens là-bas pensent qu’Israël est l’armée la plus morale du monde. Pas la deuxième, la première ! Ils en sont convaincus. Et pour eux, Gaza n’est qu’une seule chose : une base du terrorisme. Si on les écoute, Gaza regorgerait d’armes, serait un des plus grands arsenaux du monde, l’égal des États-Unis ou de la Russie. C’est ridicule. »
« À mes yeux, la seule bonne nouvelle c’est que les politiques et l’état-major israélien y réfléchiront peut-être désormais à deux fois avant d’attaquer. C’est en grande partie la conséquence de l’action d’un homme : Richard Goldstone.
Mais tout ce qu’Israël a trouvé à répondre aux accusations de cet homme, sioniste déclaré et juriste très réputé, c’est de déclarer qu’il était antisémite et que c’était un traître. Goldstone leur a proposé de mener eux mêmes le travail d’enquêtes, sur les bombes au phosphore, les écoles détruites, les 1 400 morts. A cela, Israël a répondu non, très brutalement, d’une manière qui rappelle l’Iran ou la Corée du Nord. Cependant, certains commencent à penser que des dirigeants israéliens pourraient être arrêtés à l’étranger pour crimes de guerre. Il y a des juriste qui en ce moment même montent à l’étranger des dossiers concernant le massacre de Gaza. De là à dire que les enfants de Gaza peuvent dormir sur leurs deux oreilles… »
« Israël est un pays très étrange qui ne connait pas ses frontières, géographiques et autres. C’est aussi le seul pays au monde qui peut se permettre d’avoir un rapport de superpuissance avec les EU. Et puis, tous les hommes politiques sont de droite, parlent d’une seule voix. Dans les années 1970, il y avait une blague qui disait : "Deux Israéliens partagent trois opinions." Aujourd’hui, ce serait plutôt : "Trois Israéliens ont une seule opinion."
Il y a une expérience simple. Si vous demandez à n’importe quel homme politique quelles seront les conséquence dans dix ans d’une politique continuant à augmenter les colonies et à poursuivre l’occupation, il ne saura pas quoi répondre. Vous lui demandez : vous voulez quoi, au fond ? Il ne peut pas répondre. Tous les hommes politiques que je connais pensent à court terme, deux semaines, un mois, un an tout au plus. Ils sont incapables d’avoir une vision d’avenir. » (*)
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1/23/2010
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Libellés : PALESTINE
Le mobile? Haïti regorge de ressources en matières premières...
Au moment où Avatar est nominé aux Golden Globes par tout Hollywood, à Haïti, on fait un remake de cette grosse production à la sauce Créole, qui lui est réellement en 3D, et dont les morts sont vraiment morts. Les Na’vis ici sont les Haïtiens et Pandora est Haïti… Et dans cette fiction qui n’en est pas une, trivialement, les Marines viennent chercher du pétrole et quelque autres substances, afin que l’Empire puisse se prolonger quelque peu… Toutefois, tout à l’inverse d’ Avatar, ici dans le réel, c’est un Na’vi du nom d’Obama qui a pris la forme d’un Marine, afin de mieux servir l’Empire… Depuis le 11 septembre © l’univers est devenu hollywoodien!
En cherchant un peu sur le web, on peut trouver un grand nombre d’indicateurs qui expliquent que Haïti, la plus petite partie de Hispaniola (l’autre, et plus grande partie de l’île, étant la République Dominicaine ou Saint-Domingue) représente un potentiel énorme en ressources pétrolières, aurifères, mais également en Iridium (métal rare du groupe du Platine qui est actuellement utilisé dans l’industrie militaire : missiles nucléaires, mais aussi dans le développement de l’industrie liée à la conquête de l’espace : fusées, système de mise en orbite, etc…).
Dans les années 70 des travaux géophysiques ont été entrepris en divers points d’Haïti. Les forages ont signalé la présence d’huile et de gaz révélateurs de l’existence de pétrole. Des réservoirs de pétrole ont été localisés dans les sédiments marins entre 6000 à 7000 mètres de profondeur dans le Canal de la Gonâve et spécifiquement dans la Baie de Rochelois à l’Ile de la Gonâve.
Parmi les zones d’intérêt potentiel, citons le Plateau Central, la partie terrestre de la Plaine du Cul-de-Sac et la Grande Caïmite. « L’état actuel des connaissances accumulées sur le potentiel pétrolier haïtien est suffisamment satisfaisant pour attirer des investissements. » conclut le rapport No 3 du Bureau des mines d’Haïti.
Mais pourquoi ne peut-on pas exploiter le pétrole d’Haïti et soulager la misère du Peuple haïtien ?
En 1949, le Gouvernement de Dumarsais Estimé avait déjà tenté d’exploiter les gisements pétrolifères haïtiens en faisant appel à la « Atlantic Reffining Company » (ATRECO). Les travaux de forage ont été exécutés avec l’assistance du Ministère de l’Agriculture et des Ressources Naturelles et du Développement Rural sous la supervision de l’Agronome Jean David.
Encore aujourd’hui, si l’on se rend sur la localité de Caradeux, entre l’Aéroport International et Pétion-Ville, on peut voir les traces des Derricks qui ont oeuvré dans la zone. La bouche du puit est scellée avec une plaque en cuivre portant la date de forage et le nom de la ATRECO.
L’ordre formel fut donné par Washington de cesser immédiatement les travaux, ATRECO fut dédommagée. Adieu pétrole haïtien!
Il n’est pas superflu de mentionner qu’en 1975 le Gouvernement de Jean Claude Duvalier a fait appel à la Crux Limited pour l’exploration des dites ressources pétrolières repérées dans la rade de Port-au-Prince près de la Gonâve, aussi bien qu’à Grande Saline.
L’INAREM ou Institut National des Ressources Minières dont le Coordinateur fut Henri P.Bayard a entamé des recherches pendant près de 6 mois de Port-au-Prince jusqu’à la frontière dominicaine comme l’aire possible du forage entrepris par la ATRECO dans la Plaine du Cul-de-Sac.
Ce puit se trouverait sur la route vicinale qui sort de Caradeux pour aller à la chapelle Ste Marie de Pétion-ville.
Des échantillons ont été prélevés et analysés dans le laboratoire du Bureau des mines. Les ingénieurs ont établi l’existence d’une nappe de pétrole sous-marine contiguë aux gisements pétrolifères du Venezuela (la capacité de cette nappe est estimée par certains, 5 fois supérieure à celle de son voisin continental). Une fois de plus, la Compagnie Crux Limited a été forcée d’abandonner les travaux d’exploration, pour les mêmes raisons qu’ATRECO en 1949 .
Quelques années plus tard, un ingénieur géologue haïtien, ministre des Mines a tenté de reprendre les travaux de concert avec les autorités vénézuéliennes, et si ce n’est grâce à la vigilance de la police vénézuélienne, il serait mort suite à une tentative d’assassinat dans la chambre d’hôtel où il se trouvait lors de son séjour au Venezuela pour mettre les accords au point.
De plus, l’ex-président de la Raffinerie Dominicaine de Pétrole (REFIDOMSA), Leopold Espaillat Nanita, a expliqué que l’une des solutions pour que l’Etat haïtien puisse sortir de cette dette externe sans fin, mais aussi, afin de résoudre ses problèmes socio-économiques, se trouverait dans l’exploitation de ces gisement aurifères ainsi que ceux d’autres minéraux que possède le territoire voisin de la République Dominicaine.
Espaillat Nanita a révélé que les études et les recherches géologiques réalisées sur le sol haïtien indiquent que cette nation possède conjointement avec Saint-Domingue, possiblement le terrain aurifère non exploité le plus grand du monde.
De même, il existe un gisement (en seconde position après l’Afrique du Sud, le principal fournisseur mondial), d’un minerai peu connu : l’Iridium, utilisé dans la construction de navettes spatiales, missiles tactiques et autres engins. Ces deux ressources sont suffisantes pour alléger la « pauvreté » du peuple haïtien…
Espaillat Nanita, qui est également architecte, dénonce le fait que ces ressources sont peu connues en raison d’une « conspiration » des multinationales, qui prétendent enlever aux Haïtiens leurs richesses naturelles.
L’ex-président de REFIDOMSA a dit que dans cette « conspiration », sont impliqués certains holdings pro-USA mais aussi des fonctionnaires d’Etat qui se dédient à entretenir la pauvreté et l’indigence en Haïti.
Dans ce sens, il appuie les déclarations du tout récent Premier ministre désigné, Jean-Max Bellerive, sur la recherche de nouvelles alternatives qui faciliteront la création d’emplois et attireront des investisseurs étrangers dans le plus petit des deux pays qui se partagent l’île d’Hispaniola au lieu de compter exclusivement sur la République Dominicaine.
Espaillat reconnaît qu’il existe en Haïti une classe nationaliste formée principalement d’hommes politiques et d’intellectuels – à laquelle appartient Bellerive (Désigné Premier ministre le 30 octobre 2009 par le président René Préval) – intéressée à ce que les problèmes d’Haïti trouvent des solutions sur son propre territoire et non dans une autre partie du monde, comme par exemple chez son voisin (Saint-Domingue).
L’ex-fonctionnaire de l’énergie a fait ces déclarations au cours d’un entretien réalisé par le programme de radio « Dejando huellas » sur Dominicana FM.
Jean Erich René et Espacinsular.org (traduit et mis en forme par Chevalier Jedi )
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1/22/2010
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Libellés : EMPIRE
Nous avons tous à devenir immigrés…
Appréhendé de l'extérieur à la sacro-sainte France, le «débat» sur la dite «identité nationale» se révèle stérile, nauséeux, infâme... bête. Nous ne crierons pas au scandale, non. L’atmosphère irrespirable que déploient les subjectivités sarkozyennes ne demande que cela, droguées qu’elles sont aux totalités imaginaires, aveugles à force de ne pas fermer les paupières.
Toutefois, je voudrais ici, sereinement, crier notre incompréhension voire notre exaspération, notre répulsion voire notre dégoût, notre tristesse finalement, par rapport à ce qui se passe… ou plutôt ne se passe pas et ne passe pas dans ce qu’il se passe. Tonalité affective douloureuse qui peut cependant se transformer en joie, en désir de créer de l’ intelligence collective qui renverrait à son innocuité méritée de telles absences de pensée. Nos propres défauts de pensée. Et ce, même et surtout parce que, comme disait G.Deleuze, «la bêtise a toujours raison».
Le mot de «débat» est déjà en lui-même biaisé, dès le départ. Nous nous devons de l’affirmer haut et fort.
Celui-ci pose en effet un voile sur les contextes (économiques, sociaux, psychiques, étho-écologiques,... plutôt misérables) qui le déterminent relativement. Chape de plomb oblitérant les ressorts qui font (ré)agir les initiateurs, leurs pulsions de maîtrise, leur absence d'intelligence (non pas au sens moral mais au sens étymologique- interlegere: interrelier), leur peste émotionnelle, leur bassesse, leur absence d'attention. Et ce, sous prétexte de se «décomplexer», d' «écouter le peuple».
Le peuple? Lequel? Les légitimations populistes, sont foncièrement ambigües, à plusieurs tranchants. En l’état, nous sommes face à des gouvernants ventriloques, attribuant leurs seuls choix à la fiction pseudo-statistique d'une «opinion publique».
Décomplexée, oui cette droite populiste le devient, en biffant d'un droit trait la complexité du monde, précisément, la puissance de rétention d'où naît la prise en considération commune des nombreuses questions enchevêtrées, passionnantes et dangereuses, qu'il nous incombe de poser urgemment. Ce droit trait est une ligne molle, faisant appel au «bon sens», à la «laïcité», à la «République», cette tiédeur abstractive, usant de concepts gros comme des dents creuses, niant le politique.
En annihilant toute forme de retenue pulsionnelle qui permet de poser les problèmes dans leur complexité, en utilisant de vulgaire mots d’ordre supposés consensuels, cette atmosphère devient de plus en plus asphyxiante. Nous? Oui, même les petits blancs, occidentaux, adultes, mâles. Majoritaires nous suffoquons dans leur sphère immunitaire-sécuritaire. Qu'est ce que cela doit être pour ceux qui dévient de l'Etalon!
En appeler au mot d'ordre du «pétainisme transcendantal» (cf. A.Badiou), à une forme de néofascisme leur rendrait la tâche trop aisée. L'accusation de «Fascisme» est beaucoup trop usitée dans certains milieux, et son inflation contribue à en atténuer la possible force explicative. Utilisée en tant que «microfascisme», moléculaire, comme Deleuze et Guattari, cette appellation serait néanmoins éminemment efficace pour décrire ce processus que je n'hésiterais pas à qualifier de «barbare». Une barbarie d'autant plus effective qu'elle se drape des oripeaux de la civilisation.
Le fragile verni de civilisation est dénié par les tenants de La Civilisation qui ne voit les pulsions de mort que chez ces soi-disant ennemis en les déniant chez eux-mêmes. Pauvre Edgar Morin.
Les tenants réactifs de grandes paroles sur «la civilisation» tiennent en réalité un discours extrêmement pervers qui consiste à récupérer, à détourner pour des motifs immuno-sécuritaires, la nécessité authentique devant laquelle nous sommes aujourd’hui de faire attention, dans un monde en pleine mutation.
Non, nous ne crierons pas au fascisme car, en un sens, ce qui se passe est beaucoup plus grave et difficile à diagnostiquer. Avez-vous vu l'affligeant clip des jeunesses populaires UMP? Celui-ci révèle, si cela était encore nécessaire, combien nous avons changé d'époque, résolument. Les politiciens dont devenus cools, dansants, colorés, pop'ositif, festifs, récréatiques, dégoulinants de bonnes intentions, édulcorés, allégés... décomplexés. Ils veulent «changer le monde», le poing levé.
La droite est devenue «révolutionnaire». Le capitalisme l’a toujours été.
La droite populiste: vitrine de magasin polie et policée tentant à coup d’effets d’annonce et de spots publicitaires de faire oublier l'arrière-boutique, plus ou moins délocalisée.
Leur ressentiment confus face aux immenses problèmes que recèle notre époque, mis en forme sans aspérité, sourit...
Tout va bien, disent-ils. N'est-ce pas les réactionnaires?! Toute mise en scène des conflits, du polemos qui devrait être le coeur vibrant de la démocratie, se voit taxée par eux d'archaïque ou de manichéenne.
Plutôt que de crier au scandale, en se drapant des oripeaux d’une gauche trop bien-pensante, il s'agit bien plutôt de dramatiser la question: où, quand, comment, pourquoi, qui, d'où, vers qui, vers quoi etc. En évitant autant que faire se peut les catégories morales, dont la gauche politicienne est si friande. Difficile à dire, mais ce débat aux relents nauséabonds est avant tout un symptôme de la faiblesse projective de la gauche de gouvernement, de l’absence de visée à long terme, d’incapacité à prendre à bras le corps les problématiques. Entre torpeur et cynisme, jusqu'à l'inévitable retour de bâton réactionnaire.
Nous qui nous sentons encore de gauche malgré tout, nous croyions en avoir fini avec le concept d'«Identité»... nous avions eu tort. La gauche politicienne se sépare à cet égard entre deux camps qui s’alimentent l’un l’autre. Mais, pourquoi plutôt que de se diviser entre les «belles âmes» qui crient au scandale et ceux qui «comprennent la nécessité du débat», n’élaborent-ils pas un discours cohérent qui, dans un même mouvement, accueillerait d’abord la réelle crainte d’une certaine population exophobique dans un monde en perpétuel mouvement, et enverrait cependant le débat ailleurs, radicalement ?
Ni faire la blanche colombe par rapport aux choses graves qui sont en train de se passer, ni «participer» de manière servile à un soi-disant débat dont les termes furent déterminés par une infime minorité. Les termes du débat importent. Ils conditionnent absolument les positions qui s’affirmeront à partir celui-ci.
Pourquoi, par exemple, ne pas substituer au concept d’«identité», bien trop exclusif, fermé et restreint, le concept de «singularité» ou de «processus d’identification»: mots ouverts, tendus vers l’avenir, nécessitant la pensée et l’action à même le monde contemporain, informé de son passé etc? (Vous rétorquez que ce sont des mots barbares? Pas moins que celui d’«Identité» et de «Nation»)
Aucune création ne naît de rien. «LaFrance», indéfinissable et infinie, grâce à ses nombreux apports, dispose de ressources extraordinaires.
Oui, problématisons ce que peuvent être les composants hétérogènes participant à la singularité de la France et ce qu’elle peut devenir si nous oeuvrons ensemble. Un «ensemble» qui ne soit ni la fusion, ni le face à face -ni le nous, ni le vous- au profit de ce qui se passe entre les êtres humains sur ce territoire France. Qu’est-ce qui pourrait rassembler chacun, en tant que singularité, dans un monde commun toujours à construire, autour de projets ambitieux? Lesquels projets offriraient un plan à partir duquel les différents acteurs, peu importe leur provenance et leur religion, pourraient travailler ensemble dans un mouvement qualitatif: tension permanente entre passé et avenir, dans le devenir présent d’une mémoire active?
Cette droite veut battre à la course le train de la mondialisation en se recroquevillant sur le vélo France, comme le Surmâle de A.Jarry, mort depuis longtemps mais continuant sur sa folle lancée.Cette France ubuesque, autophagique, nous désole.
Mais nous ne nous apitoierons pas… Nous ferons en sorte que de telles humiliations nous agissent, deviennent motrices d'autres modes d'existences, moins squelettiques et frileux.
On voudrait nous cantonner à l'opposition entre identité dissoute d'une mondialité anomique et l'identité agressive et monovalente des particularismes égoïstes?
Hé bien, nous affirmerons une infinité de manière d’exister. Celles qui éviteront autant l'uniformisation capitaliste et étatique que les nationalismes identitaires monolithiques qu'elle suscite en réaction:
Comme disait Félix Guattari, nous avons tous, quelque part, à devenir immigrés. C’est-à-dire à construire, à partir d’«identités» disparates et hétérogènes, ce qui fera la singularité d’un territoire, en perpétuel échange avec son dehors, d’où ce dernier émane aussi pour s’affirmer légitimement en tant que force active.
Ainsi, peut-être, nous commencerons à poser les problèmes, par le milieu, à même le milieu. Nous le pouvons, nous le devons, urgemment… parce que nous aimons non pas «La France», mais bien les virtualités que pourraient bien charrier ce nom propre. Nous sommes habités par ce que cette consistance «France» (en rapport avec l’Europe, le Monde, traversés par tant de flux, construite par tellement d’apports,…), peut devenir si nous oeuvrons en commun, si nous l’alimentons d’affects tendus vers l’à-venir, connectée avec une multitude de dimensions enchevêtrées.
Ce pseudo débat est un cache-misère. Celle, d’abord, de notre propre aphasie…
Emmanuel de Ruz
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1/21/2010
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Libellés : IDENTITE
Leçon de vie (et de mort)
"Les enfants de Gaza ont offert des jouets, des bonbons, des couvertures et un peu d’argent pour venir en aide aux victimes du tremblement de terre à Haïti", rapporte Al-Quds Al-Arabi. Cette initiative revient au Comité palestinien contre l’occupation qui se consacre habituellement à la lutte contre la pauvreté qui frappe les habitants de Gaza et à l’association Waed qui s’occupe des détenus palestiniens dans les prisons israéliennes. C’est la Croix rouge qui s’est chargé de faire sortir, le 18 janvier, cette donation du territoire palestinien toujours soumis au blocus imposé par l’Etat hébreu. Selon le responsable du Comité palestinien contre l’occupation, Jamal Al-Khodari, "les moyen dont dispose le peuple palestinien sont très limités, mais les Gazaouis sont prêts à envoyer également une délégation comprenant des médecins, des infirmiers et des ingénieurs". "A Haïti le séisme a fait des dizaines de milliers de victimes en quelques minutes et le monde entier s’est mobilisé pour leur venir en aide. En Palestine, la catastrophe liée à l’occupation israélienne et l’embargo dure depuis des dizaines d’années et personne ne bouge." (*)
Qui est l'exacte contrepoint de ceci :
"A seulement un peu plus d’une heure de voiture des bureaux des grands journaux d’Israël, un million et demi de personnes sont assiégées sur une île déserte depuis deux ans et demi. Qui se soucient que 80% des hommes, des femmes et des enfants qui vivent si près de nous sont tombés sous le seuil de pauvreté ? Combien d’Israéliens savent que la moitié des habitants de Gaza dépendent de l’humanitaire, que l’opération Plomb durci a fait des centaines d’amputés, que des eaux usées non traitées s’écoulent des rues vers la mer ?
La catastrophe d’Haïti est une catastrophe naturelle ; celle de Gaza est l’œuvre honteuse de l’homme. Notre œuvre. Les FDI n’envoient pas d’avions cargos bourrés de médicaments et d’équipements médicaux dans Gaza. Les missiles que les avions de combat de l’armée de l’air israélienne y ont tirés, il y a un an, ont touché près de 60 000 maisons et usines, transformant 3 500 d’entre elles en tas de ruines. Depuis, 10 000 personnes y vivent sans eau courante, 40 000 sans électricité. 97% des établissements industriels de Gaza n’ont plus d’activités à cause des restrictions imposées par le gouvernement israélien sur l’importation des matières premières pour l’industrie. Bientôt, cela fera un an que la communauté internationale s’est engagée à faire don de 4,5 milliards de dollars pour la reconstruction de Gaza. L’interdiction par Israël de faire venir des matériaux de construction a fait perdre cet argent.
Quelques jours seulement avant que les médecins israéliens se précipitent pour aller sauver la vie des Haïtiens blessés, nos autorités au check-point d’Erez (nord de la bande de Gaza) empêchaient le passage de 17 personnes qui voulaient se rendre à l’hôpital de Ramallah pour une transplantation urgente de la cornée. Peut-être avaient-elles voté Hamas. Dans le même temps où des psychologues israéliens s’emploient à soigner des orphelins d’Haïti avec dévouement, les inspecteurs israéliens s’assurent que personne ne tente de camoufler une poupée, un carnet ou une tablette de chocolat dans un container de produits de première nécessité pour Gaza. Alors, que faire si la commission Goldstone demande qu’Israël lève le blocus sur la bande de Gaza et mette fin à la punition collective contre ses habitants ? Ce ne pourrait être que des gens qui haïssent Israël qui feraient rendre justice contre le pays qui fut le premier à installer un hôpital de campagne à Haïti. "(*)
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1/19/2010
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Libellés : PALESTINE
Ce peuple n'a jamais lu Césaire !

Quoi de plus légitime que ce coup de gueule de Raphaël Confiant ! Quoi de plus attendu que la réaction des couchés de toujours, de ces inconséquents qui ne supportent pas qu’on leur fasse remarquer leur inconséquence… La manière en dit long sur ce qu’ils sont : hargneux entre eux et dociles envers leur maître… La chasse aux sorcières colle à l’homme du ressentiment comme la pulpe au fond de la bouteille d’Orangina… Aliénés infantiles qui cherchent exutoire pour oublier leur propre situation. Malheur à celui par qui vient le scandale, la haine du vrai est le divertissement pascalien du dominé qui aime sa domination… Surtout ne vous taisez pas monsieur Confiant ! Secouez-nous tout ça ! La Martinique et les Antilles en ont besoin. Les complaisants tartufes ne sont jamais vos amis…Car qui aime bien, châtie bien et vice versa!
Les réactions quasi-hystériques à mon encontre suite à l’article que j’ai écrit au soir du vote honteux du 10 janvier dernier prouvent au moins une chose: les Martiniquais – y compris les césairiens, les césairistes et les césairolâtres – n’ont jamais lu Césaire!!! Sinon ils connaitraient le poème suivant. Sinon ils sauraient que Césaire leur avait déjà dit leur fait de manière aussi violente et injurieuse (j’assume!) que moi. Oui, j’assume car j’ai ressenti ces 80% de «cri d’amour envers la France» (Sarkozy) comme un véritable crachat lancé à mon visage et à celui de ces milliers de Martiniquais qui depuis plus d’un demi-siècle se sont battus (et continuent de se battre) pour faire advenir le peuple martiniquais.
Or, quand on me crache au visage, je riposte! Man sé an chaben.
Mais, chers lecteurs (-trices), revenons à ce fameux poème de Césaire. Prenez trois minutes de votre temps pour le lire. Lentement. Très lentement et à haute voix si possible.
«Ah, vous ne partirez pas que vous n’avez senti
La morsure de mes mots sur vos âmes imbéciles
Car, sachez-le, je vous épie comme ma proie…
Et je vous regarde et je vous dévêts au milieu de vos mensonges et de vos lâchetés
Larbins fiers petits hypocrites filant doux
Esclaves et fils d’esclaves
Et vous n’avez plus la force de protester de vous indigner de gémir
Condamnés à vivre en tête-à-tête avec la stupidité empuantie sans autre chose qui vous
tienne chaud au sang que de regarder ciller jusqu’à mi verre votre rhum antillais…
âmes de morue.»*
Explication de texte
Ce n’est pas que je veuille vous contraindre à faire une explication de texte, chers lecteurs. La classe de quatrième est loin derrière nous. Mais enfin tout de même, vous avez bien lu! Vous avez lu tout comme moi:
•«la morsure de mes mots»
•«vos âmes imbéciles»
•«vos mensonges et vos lâchetés»
•«larbins fiers»
•«petits hypocrites»
•«esclaves et fils d’esclaves»
•«condamnés à vivre avec la stupidité empuantie»
•«âmes de morue»
Ce ne sont pas des injures peut-être?!! Bon, Césaire était un poète de génie, donc cette diatribe adressée au «peuple;» martiniquais passe mieux que mon texte qui est celui d’un prosateur de talent. Je n’ai jamais confondu, pour ma part, le génie et le talent. Mais, enfin, cette considération mise à part, je n’ai fait que répéter exactement la même chose que l’auteur du «Cahier d’un retour au pays natal». EXACTEMENT! Donc quand je vois ces nullards du site-web césairiste «Politiques publiques» (drôle de titre! Ça existe les «Politiques privées»?), entre autres, se livrer à une curée à mon endroit, je mesure à quel point ces gens-là, à quel point les gens du néo-PPM, n’ont jamais lu une seule ligne de Césaire de toute leur vie. A quel point ils utilisent, sans vergogne, son image pour faire avancer leurs misérables ambitions sans même savoir que Césaire a toujours été très dur envers lui-même mais aussi envers le peuple martiniquais.
Ames de morue
Car Césaire a toujours dit son fait au peuple martiniquais!
Croyez-en quelqu’un qui a dû relire toute son œuvre littéraire, lire tous ses discours à l’Assemblée nationale et la plupart des ouvrages consacrés à sa personne tant en français qu’en anglais afin de pouvoir écrire «Aimé Césaire – Une traversée paradoxale du siècle»! Alors, oui, c’est vrai, que probablement contraint par son entourage, il a dû, dans son action politique, souvent baisser la garde, flatter les gens dans le sens du poil, se rétracter, «moratoirer», c’est vrai, mais dans son œuvre intellectuelle, dans ses écrits, il n’a jamais molli: l’expression «âmes de morue» est suffisamment explicite à cet égard.
Aujourd’hui, après le vote honteux du 10 janvier (car aux 80% de «NON», il faut ajouter les abstentionnistes, ceux qui n’ont pas jugé bon de se déplacer pour faire avancer la Martinique de quelques pas, ce qui fait en réalité 99% de «NON»), Césaire ne doit pas se retourner dans sa tombe. Non, il doit simplement se dire: «Heureusement que je ne suis plus de ce monde!».
Je dédie donc ce poème de Césaire à tous ceux qui, par milliers, sur RFO-radio, ATV, Bondamanjak, Politiques Publiques et ailleurs m’ont vilipendé, cloué au pilori, appelé au lynchage physique de ma personne, traité de psychopathe et autre nom d’oiseaux. Quand j’en aurai le temps, je m’expliquerai et mon texte s’intitulera «Quand on vous crache au visage, vous ripostez!».
Pour l’heure, comme j’ai d’autres chats à fouetter, je vous dis un mot que Césaire affectionnait beaucoup: MERDE!
*extraits de Et les chiens se taisaient, Tragédie de Aimé Césaire, Présence Africaine, 1958, Acte III, p.102 et Acte I, p.7
Raphael Confiant
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1/18/2010
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Libellés : POSTCOLONIE
Le testicule droit de l’Enfer : histoire d’un holocauste haitien
Le soutien américain à Haiti se résume-t-il à un envoi de Marines et de mercenaires armés (Blackwater) ? Mais où s'arrêtera le cynisme géopolitique ?
1 – Que Dieu bénisse le Président pour avoir envoyé pratiquement immédiatement des équipes de secours. Je parle du Président Olafur Grimsson de l’Island. Mercredi, l’agence de presse AP a informé que le Président des Etats-Unis avait promis qu’ « un contingent initial de 2000 marines pourrait être déployé dans le pays ravagé par un séisme dans les prochains jours ». Dans les prochains jours M. Obama ?
2 – Il n’y a pas de catastrophe « naturelle ». 200.000 Haïtiens ont été massacrés par des constructions de bidonvilles et les plans d’austérité du FMI.
3 – Une amie m’a appelé. Elle voulait savoir si je connaissais un journaliste qui pouvait faire passer des médicaments à son père. Elle a ajouté, tout en étouffant des sanglots, « ma sœur est sous les décombres. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui peut l’aider ? Quelqu’un ? » Dois-je lui répondre qu’Obama « déploiera des marines d’ici quelques jours » ?
4 – la Chine a déployé en 48 heures des sauveteurs accompagnés de chiens renifleurs. La Chine, M. le Président. Chine : 12.000 km. Miami : 1000 km. Sans parler des bases militaires US à Porto Rico, juste à côté.
5 – Robert Gates , le ministre de la défense d’Obama, a dit « je ne sais pas comment ce gouvernement aurait pu réagir plus rapidement ou mieux ». Nous savons que Gates ne sait pas.
6 – De par ma propre expérience sur le terrain, je sais que la FEMA (organisation chargée de gérer les catastrophes naturelles aux Etats-Unis – mise en cause dans sa « non » gestion des inondations de la Louisiane – NdR) possède, et prêts à expédier, de l’eau potable, des générateurs, des équipements médicaux mobiles et plus encore pour les secours en cas de cyclones. Tout est là. Le Général Russel Honoré, qui a été commandant d’une force d’intervention rapide après le cyclone Katrina, a déclaré au Christian Science Monitor, « Je croyais que nous avions appris les leçons de Katrina, distribuer de la nourriture, de l’eau et évacuer les gens. » Peut-être que la leçon a été apprise, mais Gates et son Ministère de la Défense avaient séché les cours ce jour-là.
7 – Envoyer les Marines. C’est la réponse typique de l’Amérique. C’est notre spécialité. Le porte avions USS Carl Vinson s’est finalement pointé au bout de trois jours. Avec quoi ? Déployé en urgence – sans aucun matériel de secours. Il transportait des missiles « Sidewinder » et 19 hélicoptères.
8 – Mais pas de souci, l’Equipe de Secours International, équipée de la tête aux pieds et disposant d’une autonomie de sept jours sur le terrain, a immédiatement déployé dix mètres cubes d’outils et d’équipement, trois tonnes d’eau, des tentes, d’appareils de communication de pointe et des systèmes de purification d’eau. Le tout en provenance d’Island.
9 – Gates refusait d’envoyer de la nourriture et de l’eau parce que, disait-il, il n’y avait « pas de structure pour garantir la sécurité » Pour Gates, qui fût nommé par Bush et autorisé à continuer à trainer dans les parages par Obama, c’est la sécurité avant tout. C’est ça ce qu’il a retenu de Katrina. Blackwater avant eau potable. (Blackwater – litt. « eau noire » et nom d’une société de sécurité sous-traitante de l’armée US – NdR)
10 - D’autres présidents américains avant lui ont réagi bien plus rapidement pour envoyer des troupes sur l’île. Haïti occupe une partie de l’île d’Hispaniola. On la qualifie de testicule droit de l’Enfer. Le testicule gauche, c’est sa voisine la République Dominicaine. En 1965, lorsque les Dominicains ont réclamé le retour de leur président élu Juan Bosch, qui avait été renversé par un coup d’état militaire, (le président US) Lyndon Johnson a réagi rapidement devant la crise et 45.000 marines ont débarqué sur les côtes pour empêcher le retour du président élu.
11 – Comment Haïti s’est-elle retrouvée dans une telle situation économique, où toutes les infrastructures, des hôpitaux jusqu’aux égouts, sont hors-fonction ou inexistants – il n’y a que deux casernes de pompiers dans tout le pays – un pays si affaibli qu’il n’attendait plus qu’un coup du sort « naturel » pour l’achever ?
N’allez pas accuser Mère Nature pour tous les morts et destructions. Un tel déshonneur revient à Papa Doc et Bébé Doc, la dictature de la famille Duvalier, qui a pillé le pays pendant 28 ans. Papa et Bébé ont empoché environ 80% de l’aide économique versée à Haïti – avec la complicité du gouvernement US heureux d’avoir leurs Duvalier et leur milice vaudou, les Tonton Macoutes, comme alliés dans la Guerre Froide. (Une guerre gagnée haut la main : les escadrons de la mort des Duvalier ont assassiné 60.000 opposants au régime).
12 – Ce que Papa et Bébé n’ont pas emporté avec eux dans leur fuite, le FMI est venu l’achever avec ses « plans d’austérité ». Un plan d’austérité est une sorte de rituel vaudou exécuté par des économistes transformés en zombies par une croyance mystique qui prétend que la suppression des services sociaux pourra, d’une manière ou d’une autres, améliorer la situation économique d’un pays.
13 – En 1991, cinq ans après la fuite du sanguinaire Bébé, les Haïtiens ont élu un prêtre, Jean-Bertrand Aristide*, qui a résisté aux diktats du FMI. Quelques mois plus tard, il fut renversé par l’armée sous les applaudissements de Papa George HW Bush.
L’Histoire se répète, d’abord comme une tragédie, ensuite comme une farce. La farce ici est incarnée par George W. Bush. En 2004, après la réélection du prêtre Aristide, ce dernier fut enlevé et déporté, sous les applaudissements de Bébé Bush.
14 – Haïti était jadis un pays riche, le plus riche du continent, un pays qui valait plus, écrivait Voltaire au 18eme siècle, que la colonie rocailleuse et glacée appelée Nouvelle Angleterre. La source de ses richesses était l’or noir : les esclaves. Mais les esclaves se sont rebellés – et n’ont jamais cessé d’en payer le prix.
De 1825 à 1947, la France a obligé Haïti à verser une indemnisation annuelle en guise de compensation des pertes subies par les esclavagistes français après la révolte des esclaves. Au lieu de réduire des individus à l’esclavage, la France a trouvé qu’il était finalement plus efficace de réduire toute une nation à l’esclavage.
15 – Le Ministre Gates nous dit « Il y a certaines réalités dans la vie qui font que certaines choses ne peuvent se faire qu’à une certaine vitesse » Le navire-hôpital de la Navy arrivera dans une semaine environ. Beau boulot mon pote !
16 – Je viens de recevoir un message de mon amie. Sa sœur a été retrouvée morte ; et son autre sœur a du l’enterrer. Et son père a besoin de ses médicaments. Ca aussi, c’est une certaine réalité de la vie, M. le Président.
*La carrière d'Aristide s'avère beaucoup moins respectable que ne l'affirme l'auteur de l'article ... (L.B.)
Greg Palast
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1/18/2010
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Libellés : EMPIRE
Les «nègres debout» d'Haïti...
« Nous sommes tous Haïtiens!» Vous ne l’avez pas lu dans Le Monde bien sûr… Vous n’avez été conviés à aucune minute de silence, vous avez eu droit aux images ambiguës et morbides qui passent en boucle sur toutes les télés, à toute cette pornographie compassionelle, peut-être même que vous avez appréciée cela, normal cela signifiait « malgré toute mes embrouilles personnelles, je m’en tire pas mal, je m’en tire mieux que ces pauvres bougres d’Haïtiens!»… Les Haïtiens morts à Port-au-Prince ne sont pas des chiffres (de 50.000 à 100.000 morts), ils ont un nom, ce sont des hommes…Tout ce pathos compassionnel et pseudo-unanimiste ne nous fera pas oublier que la situation d’Haïti a une histoire, une généalogie…
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Le Bougnoulosophe
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1/16/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Immigration mahgrébine : résistance en chanson !
Les « intellectuels organiques » de l’immigration maghrébine étaient ces bardes du scopitone !
Les travailleurs immigrés n’ont pas été ces « hommes silencieux », « taiseux » et « sans voix » généralement dépeints. Mais, pour s’en rendre compte, encore faut-il les écouter, et chercher à les comprendre dans leur propre contexte. Tel est en substance le postulat du Tactikollectif, groupe politico-culturel toulousain à qui l’on doit le refrain « Motivés, motivés, il faut rester motivés », scandé dans les mobilisations de rue depuis une décennie. Ce mot d’ordre, militant et festif à la fois, figure dans une reprise d’hymnes célèbres chantés le poing levé (Le Chant des Partisans, Bella Ciao, Le Temps des Cerises, Hasta Siempre etc.). On y trouve aussi Nekwni S Warrach N Lezzayer (Nous les enfants d’Algérie), un texte du poète kabyle Aït Menguellet qui « évoque au scalpel le désespoir d’une jeunesse [algérienne] qui se dit championne toutes catégories de la galère [1] ».
« tu as dilapidé ton temps et tu continueras à le faire »
Lors de sa sortie en 1997, cette reprise du poète kabyle ne suscita guère l’attention. Elle fut même considérée comme une petite coquetterie identitaire, en clin d’œil à l’origine algérienne de Magyd Cherfi et des frères Mouss et Hakim Amokrane, les porte-parole du groupe de rock Zebda qui n’ont de cesse de rappeler par ailleurs leur « francité ». Plusieurs événements les touchant directement vont par la suite crisper la relation à leur « altérité ». En 2001 ils participent aux municipales à Toulouse sous les couleurs de la liste Motivé-e-s, qui obtient 12,38 % au premier tour. Leur chanson de circonstance, Ouste, Douste, devient un tube de campagne de la gauche. La riposte de la droite, emmenée par Philippe Douste-Blazy, est cinglante : « Pas d’Arabes au Capitole », entend-on de tous côtés, avec l’assentiment de certaines franges de la gauche. Psychologiquement, le coup est rude. Et il ne passe pas. L’album Utopie d’occase (Zebda, 2002) confirme les désillusions ambiantes. « Qui sommes-nous et quelle reconnaissance est-on en droit d’attendre de la société française ? » s’interroge alors le chanteur Mustapha Amokrane.
Symptomatiquement, cette question revient comme un leitmotiv dans la chanson de l’exil revisitée depuis les années 90 par Rachid Taha (ex-Carte de Séjour), l’Orchestre National de Barbès ou encore Amazigh Kateb, fils de l’écrivain algérien Kateb Yacine. « Écoute-moi camarade / Ne compte plus sur ses promesses / Elle t’aimera pas / Même à cent ans / Elle t’a joué la double face / Elle changera à chaque instant » prévenait Mohamed Mazouni, chanteur des années 1960-70. Rachid Taha, qui reprendra cette chanson dans son album Diwan 2 en 2006, l’interprète aussi dans un clip vidéo. Sa ressemblance avec Mazouni y est sidérante, surtout pour qui a pu revoir dans Trésors de scopitones [2] un extrait de Clichy où le dandy d’autrefois chante sur un chantier, en guise d’adresse à sa tante : « Dans les tranchées la pelle m’a fatigué / Avec le chef que des embrouilles / Le chômage fait des ravages / Pour l’Arabe c’est toujours Non ! / Y’a pas d’embauche c’est trop tard / Le directeur il n’est pas là / Tu t’appelles Ali et pas Bernard. »
La (re)découverte de ce type de chanson d’une résonance très actuelle permet de lever bien des a priori sur les pleurnicheries des « anciens », a priori bien souvent entretenus par les enfants d’immigrés eux-mêmes. Jusque-là, la génération de Mouss et Hakim avait certes été imprégnée par la musique écoutée par les parents dans le salon familial autour du radio-transistor, de l’électrophone ou des débuts de Mosaïque sur FR3, la seule émission de télévision française donnant à écouter des chanteurs de l’immigration, mais les jeunes ne se souciaient vraiment pas du sens de paroles chantées dans des langues plus ou moins incompréhensibles pour eux. Leur truc c’était James Brown, Jimmy Hendrix, Carlos Santana, Bob Marley ou The Clash. Au mieux, ils commencent à s’intéresser aux artistes folk-rock comme Idir ou Djamel Allam, ou encore au raï des chebs (Khaled, Mami, Fadela et Sahraoui, etc.), qui s’expriment en kabyle ou en arabe dialectal, et jouent des airs virevoltant à grand renfort de guitares, de batterie ou de claviers électroniques.
Les jeunes d’alors étaient très loin d’imaginer que leurs parents, désespérément discrets à leurs yeux, aient pu eux aussi investir la musique comme moyen d’expression de leurs vécus, attentes et aspirations, voire en faire un usage subversif. Et cela bien avant les yéyés arabes ou berbères des scopitones. Certes, beaucoup de chansons de la Ghorba (l’exil) évoquent, avec un remords lancinant, les égarements de « l’étranger dans le pays des autres », telle Ya Rayah (Toi le partant) de Dahmane El Harrachi, devenu un tube world-music depuis sa reprise par Rachid Taha en 1996. « Tu as dilapidé ton temps et tu continueras à le faire », sermonne-t-il, apostrophant ses semblables par des monologues intérieurs empreints d’une morale suggérant parfois l’auto-ségrégation : « Ni ami ni voisin, je préfère rester seul / Plutôt que de fréquenter des gens mal intentionnés. » « Garde tes limites, ne les agresse pas. Reste parmi nous tu verras : le racisme, les racistes, cela n’existe pas ! » dit un interlocuteur immigré cité par Abdelmalek Sayad, sociologue proche de Pierre Bourdieu qui s’est beaucoup inspiré de la poésie chantée de Slimane Azem pour affiner sa théorie de la « double absence ». Ce barde kabyle, qui trouvait son inspiration tout en travaillant à l’usine (Longwy) ou sur les chantiers du métro parisien, résume avec justesse le dilemme des immigrés, seuls ou en famille : « Rester ou s’en aller / S’en aller ou rester / Il s’en est allé un jour mais en pensée / Il est revenu avant d’être parti. »
Kamel Hamadi, auteur-compositeur-interprète prolifique, chante lui aussi, avec sa femme Noura, les tourments de l’exil, la nostalgie du pays et la famille délaissée. Mais il se démarque en 1955-1956 des lamentations mélancoliques et résignées : « Si aujourd’hui tu endures des misères, demain ce sera la joie / L’impatience est de mauvais aloi ! / Quelle que soit la situation, résiste ! », clame-t-il à la radio, entre Alger et Paris. Ses exhortations à goûter aux « Charmes de la vie » — c’est le nom de l’émission — et à la résistance sont diffusées dans les émissions en langues arabes et berbères (Elab) sous la surveillance de plus en plus sourcilleuse des autorités [3].
« nous voilà chenus avant l’âge »
De fait, le contrôle de l’expression culturelle des indigènes et des migrants constitue un enjeu important depuis belle lurette. En 1931, le musée de la Parole et du Geste profite ainsi de la tenue à Paris de l’exposition coloniale pour « fixer sur disques la musique et les parlers coloniaux », prétendant ainsi « entreprendre, en même temps qu’une œuvre scientifique, une œuvre de large propagande française ». 173 disques 78 tours sont alors produits et portés au catalogue Pathé [4].
Il s’agit d’allumer des contre-feux au développement d’une expression culturelle populaire liée au mouvement nationaliste naissant, emmené par l’Étoile Nord-Africaine (Ena), organisation lancée dans l’immigration par Messali Hadj en 1926. Depuis les années 1920, ouvriers, éboueurs ou marchands ambulants se retrouvent en effet dans des cafés-hôtels, tenus principalement par des Kabyles, pour jouer de la musique, des sketchs de théâtre, ou déclamer des poèmes. Pour ces travailleurs souvent analphabètes et sans formation musicale savante, l’improvisation avec le public prédomine. Les thèmes abordés ont trait à l’expérience du quotidien, mais aussi à la nécessité de réveiller les consciences. Dans une chanson ultérieure, Akli Yahiaten décrira cet état d’esprit autodidacte : « Nous voilà chenus avant l’âge / Par un quotidien de misère / Nous avons tant vu et nous verrons encore / Nous avons fréquenté chaque peuple / Et compris la vie / Même si nous ne savons pas lire / Notre parole est clairement édictée / Sans pour autant l’avoir écrite / Nous n’avons pas de complexe à nous faire entendre. »
Si les immigrés se réunissent dans les cafés ouvriers arabes, ils fréquentent aussi les cabarets orientaux du Quartier Latin où ils côtoient des « maîtres à penser » de la musique moderne du Moyen-Orient, parmi lesquels le célèbre Mohamed Abdelwahab. Sans oublier les salles de cinéma où sont diffusées les fameuses comédies musicales du cinéma égyptien. Les cabarets, les cinémas spécialisés et la chanson égyptienne sont alors vecteurs de diffusion des aspirations nationalistes. À ce titre, ils sont dans le collimateur de la censure. La salle de cinéma Le Roxis (Paris IXe), qui programme à la fois des films, des concerts et du théâtre, est fermée sur ordonnance de la préfecture de police pour « subversion caractérisée ». Idem pour le Tam-Tam, cabaret où se produisait la future diva Warda Eldjazaïria. Tenu par son père, ex-gérant d’un foyer d’ouvriers à Boulogne-Billancourt, le lieu était identifié comme un repère du FLN.
Restent les nombreux cafés, estimés en 1958 à 860 dans Paris intra-muros, qui servent de lieu de réunion pour les tajmaat, ou assemblées villageoises, et qui accueillent les tournées d’artistes sillonnant le pays. Comme ces représentations génèrent des revenus non négligeables, des collecteurs de fonds du FLN passent régulièrement pour réclamer aux artistes leur cotisation. Parmi eux Akli Yahiaten qui, arrêté, composera en prison sa fameuse chanson El Menfi (Le Banni). Hanifa, une des rares femmes à chanter dans des cafés exclusivement masculins, aurait elle aussi participé à la collecte de « l’impôt révolutionnaire ».
Au lendemain des indépendances et de la guerre israélo-arabe de juin 1967, les artistes « orientaux » vont chèrement payer leur engagement : les grandes sociétés françaises du disque arrêtent leur production. Anticipant cette évolution, le producteur indépendant Si Soulimane crée sa propre maison d’édition, La Voix du Globe. Ahmed Hachelaf, longtemps directeur des Elab sur Paris-Inter, rachète une partie du catalogue Pathé et fonde le Club du disque arabe, contribuant ainsi à sauvegarder une partie du patrimoine sonore de l’immigration. Et des artistes comme Akli Yahiaten, Salah Saadaoui ou encore Mohand Saïd Oubélaïd, ex-ouvrier de Billancourt viré en 1962 de chez Philips alors même que les ventes de ses disques se comptaient par centaines de milliers, ouvrent des cafés ou des boutiques pour continuer leurs activités : « La quinzaine de Renault est bonne. Elle atténue l’exil pour qui sait l’utiliser », assume Saïd Oubélaïd.
Salah Saadaoui monte aussi son propre label, renouant avec la pratique de l’édition à compte d’auteur, pratiquée par de nombreux artistes amateurs qui faisaient ensuite diffuser leurs disques par Mme Sauviat, disquaire à Barbès. L’autonomie d’action ainsi acquise lui donnera une plus grande latitude pour s’exprimer librement, sans devoir systématiquement avoir recours au khafia (sens caché, longtemps encore utilisé au Maroc par des groupes critiques vis-à-vis du pouvoir comme Nass el Ghiwane). Pendant la guerre, Saadaoui avait célébré les liens entre artistes de différentes cultures, Arabes, Berbères et Juifs constituant une véritable « société des musiciens ». La « fraternité de l’exil » entre artistes se perpétuera un temps : Saadaoui jouera parfois ainsi de la darbouka en compagnie de Slimane Azem, personna non grata en Algérie. Dans Le Bœuf reconnaît son frère (1965), ce dernier dénonce le « lien rompu » entre les dirigeants d’alors, Ben Bella et Boumediene. La chanson, ramenée clandestinement par les immigrés en vacances au pays, circulera sous le manteau. Salah Saadaoui et son frère Hamou fréquentent aussi Kateb Yacine, qui délaisse la littérature romanesque pour se consacrer au théâtre populaire, plus à même selon lui de développer l’arabe dialectal, en opposition à la langue de bois officielle : l’arabe classique.
Cependant Alger reste une plaque tournante du tiers mondisme et de son effervescence culturelle initiale. Ainsi le festival panafricain de 1969 accueille-t-il pêle-mêle la jeune kabyle Malika Domrane, Abdelkader Chaou et ses mélodies chaâbi renouvelées, Mamadou Keïta et son djembé guinéen ou encore Archie Shepp, figure de proue du free jazz, accompagné par des musiciens gnawas nord-africains.
« j’y suis j’y reste »
Les rencontres culturelles et politiques au Festival panafricain d’Alger vont avoir des répercussions jusque dans l’immigration, et plus particulièrement dans les foyers. Depuis 1969, des grèves contre les conditions de logement ont éclaté à Saint-Denis et à Pierrefitte-sur-Seine. Pour les animer, un groupe de militants africains parmi lesquels Mamadou Konté — alias « camarade Mathieu » [5] — diffuse des films sur l’action des Black Panthers, partisans de « l’insurrection musicale » version Archie Shepp. Survient l’idée d’inviter un groupe de free jazz noir américain. En faisant la tournée des foyers, ils découvrent l’ampleur de la pratique musicale des résidents, africains ou arabo-berbères. Des artisans y fabriquent des instruments avec les moyens du bord. Les jeunes ouvriers, coupe afro et pattes d’eph’, s’enthousiasment eux pour la pop music. Quant aux étudiants-travailleurs politisés, majoritairement tunisiens ou marocains, ils entonnent inlassablement les chants de Marcel Khalifa ou de Cheikh Imam, dédiés à la cause palestinienne, symbole de la lutte contre l’ensemble des régimes arabes compromis avec l’impérialisme. Par ailleurs les sketchs théâtraux chantés, popularisés par la pièce Mohamed prends ta valise de Kateb Yacine, ou par la troupe Al Assifa et le groupe Le Bendir déchiré — proches du Mouvement des Travailleurs Arabes —, font des émules. Le principe de l’inter action entre comédiens et spectateurs, théorisé par Augusto Boal (Théâtre de l’opprimé) séduit en effet bien plus que les discours de meeting jugés trop idéologiques. Les militants anti-franquistes espagnols et les Portugais en pleine révolution des œillets s’invitent eux aussi dans la mêlée, introduisant au passage la pratique des émissions radio pirates.
Un indescriptible mélange des genres s’opère ainsi à l’occasion de fêtes improvisées dans le cadre de la lutte pour la reconnaissance des droits des résidents : jusque-là, le règlement intérieur interdisait le droit de réunion et de libre expression ! Désormais, des groupes culturels répètent au sein même des foyers et font la tournée des sites en grève. Ils donnent aussi des spectacles dans des usines où des ouvriers immigrés ont déclenché des luttes autonomes sur la question des papiers et des conditions de travail. Et lors des rassemblements les travailleurs eux-mêmes scandent leurs revendications en claquant des mains et en dansant sur des airs populaires détournés avec humour, tel l’entraînant Sidi Mansour, Ya Baba. La cassette audio, désormais accessible à tous, est entre-temps devenue un mode de communication très prisé par les immigrés qui multiplient les enregistrements politiques ou culturels plus ou moins « sauvages », avant de les diffuser dans les foyers, sur les marchés ou sur les chaînes de montage. Des lettres-cassettes sont aussi expédiées à la famille. En retour, les immigrés reçoivent des cassettes regorgeant d’histoires croustillantes et d’enregistrements musicaux du pays.
Fait marquant des années 70, les artistes immigrés se produisent devant leurs publics traditionnels à l’occasion de nombreuses initiatives culturelles auto-organisées [6], mais ils s’adressent aussi directement aux Français, pour exprimer leurs préoccupations face à l’aggravation de la situation sociale, à la recrudescence du racisme et aux menaces persistantes de refoulement. En réaction au « million Stoléru » censé inciter les immigrés au retour, la génération des chanteurs de l’exil produit plusieurs morceaux sur la carte de résidence aux allures de protest-songs. « De l’exil je n’ai plus rien à espérer / Dépose la carte de résidence / Arabe retourne chez toi, ces terres haïssent mon cœur », chante Fatima Soukarassia. L’ambiguïté entre rester ou partir, Mazouni, Azem, ou encore Saadaoui en jouent aussi, dans des textes déclamés pour la circonstance sur un mix linguistique franco-arabo -berbère. « On me dira plus jamais bicot, bougnoule / va-t’en rentre chez toi » s’insurge Saadaoui. « Les racistes c’est des mahbouls. Je fais mon déménagement ! » Plus sobrement, Slimane Azem conclut : « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, si je dois vous dire adieu / Sachez que mes aïeux ont combattu pour la France. » Comme un mémo pour l’histoire.
Finalement, on sait que très peu d’immigrés repartiront. Et, même lorsque c’est le cas, ils revendiquent la liberté d’aller et venir dans la dignité. Les nouvelles générations émergeant à partir des années 80, héritières de « l’exil qui a trop duré », se sentiront dès lors légitimes pour exprimer leur détermination : « Ils pleurent mais moi je reste / Et je le dis sans conteste / J’y suis j’y reste », s’exclame Zebda dans Utopie d’occase. « Moi c’est décidé je reste / J’y suis j’y reste » répète le groupe comme en lointain écho à Lounis Lounès, chanteur de l’épopée Rock against Police qui proclamait « On me rayera pas d’ici ! ».
Par un curieux hasard de l’histoire, au moment même où les jeunes s’affirment « ici et maintenant » dans l’espace public, disparaissent les grandes voix de la Ghorba, Dahmane El Harrachi, Hanifa et Slimane Azem. Il faudra attendre le tournant du siècle pour voir un réel processus de réappropriation de ce patrimoine vivant de la culture de l’immigration. Avec, il faut le dire, des risques sérieux de récupération multiples par le show biz, les « entrepreneurs de la mémoire » et autres adeptes d’une (ré)écriture institutionnelle de l’histoire de l’immigration réduite à son inscription dans le seul « roman national ».
Mogniss H. Abdallah (MIB)
[1] Livret-pochette du disque Motivés !. Pour leur reprise du répertoire des chansons de l’immigration, cf. la revue Origines contrôlées, n°3, 2007, ou le site www.tactikollectif.org.
[2] Documentaire de Michèle Colléry et Anaïs Prosaïc, Canal +. Pour une critique du décalage texte/images dans les scopitones des années 70 diffusés dans les cafés arabes, cf. Johanne Larrouzé, L’Exil a duré, La Compagnie, Marseille, 2007.
[3] Cf. Mehenna Mahfoufi, Chants kabyles de la guerre d’indépendance, éd. Séguier, 2002.
[4] Pascal Cordereix, « Les enregistrements du musée de la Parole et du Geste à l’Exposition coloniale, Entre science, propagande et commerce », Vingtième siècle, revue d’Histoire n° 92 — 2006 / 4.
[5] Fondateur en 1978 d’Africa Fête.
[6] Parmi lesquelles les Fêtes de l’unité des foyers Sonacotra et les festivals de théâtre populaire des travailleurs immigrés, organisés au niveau national entre 1975 et 1982.
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
1/14/2010
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