American Arabitude
Mais après la guerre de 1973, les Arabes ont partout paru plus menaçants. On rencontre constamment des dessins humoristiques représentant un cheikh arabe debout à côté d'une pompe à essence. Pourtant, ces Arabes sont clairement des "Sémites" : leur nez nettement crochu, leur mauvais sourire moustachu rappellent à l'évidence (à des gens qui, dans l'ensemble, ne sont pas sémites) que les "Sémites" sont à l'origine de toutes "nos" difficultés, qui, dans le cas présent, consistent dans la pénurie de pétrole. L'animosité antisémite populaire est passée en douceur du juif à l'Arabe, puisque l'image est presque la même.
Ainsi, si on fait attention à l'Arabe, c'est comme à une valeur négative. On le voit comme l'élément perturbateur de l'existence d'Israël et de l'Occident, ou, sous un autre aspect de la même chose, comme un obstacle, qui a pu être surmonté, à la création de l'État d'Israël en 1948. Dans la mesure où cet Arabe a une histoire, celle-ci fait partie de l'histoire que lui ont donnée (ou prise : la différence n'est pas grande) la tradition orientaliste et, plus tard, la tradition sioniste. La Palestine était considérée - par Lamartine et les premiers sionistes - comme un désert vide qui attendait de fleurir; les habitants qu'il pouvaient avoir n'étaient, pensait-on, que des nomades sans importance, sans véritable droit sur la terre et, par conséquent, sans réalité culturelle ou nationale.
L'Arabe est ainsi conçu à partir de maintenant comme une ombre qui suit le juif. Dans cette ombre - parce que les Arabes et les juifs sont Sémites orientaux -, on peut placer toute la méfiance traditionnelle et latente qu'un Occidental éprouve à l'égard de l'Oriental. En effet, le juif de l'Europe prénazie a bifurqué : ce que nous avons maintenant c'est un héros juif, construit à partir d'un culte reconstruit de l'orientaliste-aventurier-pionnier (Burton, Lane, Renan) et de son ombre rampante, mystérieusement redoutable, l'Arabe oriental. Isolé de tout sauf du passés qu'a créé pour lui la polémique orientaliste, l'Arabe est enchaîné à une destinée qui le fixe et le condamne à une série de réactions périodiquement châtiées par ce que Barbara Tuchman appelle, d'un nom théologique, "l'épée terrible et rapide d'Israël".
En dehors de son antisionisme, l'Arabe est un fournisseur de pétrole. C'est une autre caractéristique négative, puisque la plupart des exposés sur le pétrole arabe mettent en parallèle le boycottage de 1973-1974 (qui a principalement bénéficié aux compagnies pétrolières occidentales et à une petite élite de dirigeants arabes) avec l'absence de toute qualification morale des Arabes à posséder de si grandes réserves de pétrole. Si on la débarrasse des circonlocutions habituelles, voici la question que l'on pose le plus souvent : pourquoi des gens comme les Arabes ont-ils le droit de tenir sous leur menace le monde développé (libre, démocratique, moral) ? De ce genre de questions, on passe souvent à l'idée que les marines pourraient envahir les champs de pétrole arabes.
Le cinéma et la télévision associent l'Arabe soit à la débauche, soit à une malhonnêteté sanguinaire. Il apparait sous la forme d'un dégénéré hypersexué, assez intelligent, il est vrai, pour tramer des intrigues tortueuses, mais essentiellement sadique, traître, bas. Marchand d'esclaves, conducteur de chameaux, trafiquant, ruffian haut en couleur, voilà quelques-uns des rôles traditionnels des Arabes au cinéma. On peut voir le chef arabe (chef des maraudeurs, de pirates, d'insurgés "indigènes") grogner en direction de ses prisonniers, le héros occidental et la blonde jeune fille (l'un et l'autre pétris de santé) : "Mes hommes vont vous tuer, mais ils veulent d'abord s'amuser." En parlant, il fait une grimace suggestive : c'est cette image dégradée du cheikh de Valentino qui est en circulation. Les bandes d'actualité et les photographies de presse montrent toujours les Arabes en grand nombre : rien d'individuel, pas de caractéristique personnelle, la plupart des images représentent la rage et la misère de la masse ou des gestes irrationnels (donc désespérément excentriques). Derrière toutes ces images se cache la menace du jihâd. Conséquence : la crainte que les musulmans (ou les Arabes) ne s'emparent du monde.
Régulièrement sont publiés des livres et des articles traitant de l'Islam et des Arabes, qui ne diffèrent en rien des virulentes polémiques anti-islamiques du Moyen Age ou de la Renaissance. Sur ce seul groupe ethnique ou religieux on peut dire ou écrire pratiquement n'importe quoi, sans se heurter à la moindre objection ou à la moindre protestation. Le guide des études de l'année 1975 publié par les undergraduates de Columbia College écrite, à propos des cours d'arabe, qu'un mot sur deux de cette langue concerne la violence et que l'esprit arabe qu'elle "reflète" est toujours plein d'emphase. Dans un article récent d'Emmett Tyrell paru dans Harper's Magazine, la calomnie raciste est encore plus marquée : selon lui, les Arabes sont foncièrement des assassins, et leurs gènes portent la violence et la fraude. Une étude sur les Arabes dans les manuels américains (The Arabs in American Textbooks) révèle des erreurs étonnantes, ou plutôt des représentations d'un groupe ethnico-religieux qui font preuve de dureté et d'insensibilité. L'un des manuels affirme que "peu de gens dans cette zone arabe savent même qu'il existe un mode de vie meilleur", et se demande ensuite, de manière désarmante : "Qu'est-ce qui lie entre eux les peuple du Moyen-Orient?" La réponse, donné sans hésitation, est : "Leur lien le plus fort est l'hostilité des Arabes - leur haine - à l'égard des juifs et d'Israël." Dans un autre livre, on trouve ceci sur l'islam : "La religion musulmane, appelé islam, a commencé au 7ème siècle. Elle a été lancée par un riche homme d'affaires d'Arabie qui s'appelait Mohammed. Il se disait prophète. Il trouva des fidèles chez d'autres Arabes. Il leur dit qu'ils étaient choisis pour dominer le monde." Ce morceau de science est suivi d'un autre, tout aussi exact : "Peu après la mort de Mohammed, son enseignement fut noté dans un livre appelé le Coran. Il devint le livre saint de l'Islam." Ces idées grossières sont soutenues, et non contredites, par les universitaires dont le travail est d'étudier le Proche-Orient arabe....»
Edward Saïd
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12/30/2010
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Libellés : EMPIRE
L’histoire et la loi
« Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :
* L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.
* L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique.
* L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui.
* L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas.
* L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’Etat, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire.
C’est en violation de ces principes que des articles de lois successives notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.
Nous demandons l’abrogation de ces dispositions législatives indignes d’un régime démocratique. »
Pierre Vidal-Naquet
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12/29/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
La laïcité lepénisée
La laïcité était un marqueur d’une identité de gauche, elle a glissé de plus en plus vers la droite dure, avec en prime quelques nostalgiques du stalinisme ou d’ex-gauchistes en déroute. Maintenant, Marine Le Pen peut s’autoproclamer championne toutes catégories de la laïcité, puisqu’on a faussé son sens.
Depuis des années, je tente de dénoncer cette dérive. La réponse est souvent de me prêter des positions que je n’ai pas pour pouvoir mieux ne pas entendre ce que je cherche à dire.
Mais, maintenant, l’heure est peut-être, pour toutes et tous, à prendre conscience de ce qui menace réellement la laïcité : son emploi fallacieux pour sortir du cadre démocratique.
Il est grand temps de remettre les compteurs à zéro, et de cesser d’interdire, à coup d’oukases, un libre débat sur ce qu’est la laïcité, comment elle se concrétise et s’actualise. Ce libre débat, sans excommunication, serait la meilleure réponse à ce développement de la capture de la laïcité.
La loi de 1905 a été le fruit d’un mûrissement de 3 ans, où diverses conceptions de la laïcité, de tel ou tel de ses éléments, se sont confrontés. Son élaboration, sa maturation montre qu’il est stupide, et démocratiquement dangereux, de croire qu’il suffit (pour parodier de Gaulle) « de crier ‘laïcité’, ‘laïcité’ en sautant comme des cabris », pour être un promoteur de la laïcité.
On n’est plus à la vaine querelle : adjectif ou pas adjectif.
On est dans une situation où il faut réaffirmer le lien entre laïcité et démocratie.
Et si on est d’accord que ce lien est fondamental, alors il faut ne plus surfer sur des affaires médiatiquement construites, il faut être dans une délibération de fond.
Il faut ne pas céder à la peur de l’autre car l’intelligence s’arrête là où la peur commence.
Au lieu de concerner au premier chef l’Etat, on prétend que la laïcité concerne avant tout l’individu, ou du moins certains individus. Résultat : l’Etat laïque fait du surplace, voire recule… et on se sert du mot « laïcité » pour stigmatiser une partie de la population de notre pays.
Certes la laïcité implique pour chacun le respect de l’autre, et le respect d’un ordre public démocratique qui permet la coexistence de tous. Mais c’est avant tout un attribut de l’Etat : indépendant à l’égard des religions et des convictions particulières, séparé d’elles, l’Etat peut ainsi être un arbitre impartial.
Quand on vous dit « laïcité », ne prenez pas ce mot comme un terme magique ; demandez de quoi il est question.
Plus que jamais, relisez La Fontaine : le chêne est impressionnant, mais il entraîne vers des catastrophes. Le roseau semble trop fragile. Il résiste aux bourrasques.
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12/26/2010
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Libellés : LAICISME
Petite leçon palestinienne aux universalistes de pacotille qui peuplent l’Europe
Leçon deux. Mouvement : « J'ai l'impression parfois d'être un flot de courants multiples. Je préfère cela à l'idée d'un moi solide, identité à laquelle tant d'entre nous accordent tant d'importance. Ces courants, comme les thèmes de nos vies, coulent tout au long des heures d’éveil et si tous se passe bien n’ont pas besoin de s’accorder ou de s’harmoniser. Ils sont « à côté » et peuvent être « décalés », mais au moins ils sont toujours en mouvement, dans un temps et dans un lieu, s’organisent en toutes sortes de combinaisons étranges et se déplacent, pas nécessairement vers l’avant, parfois dans des sens opposés les uns aux autres, en contrepoint mais sans thème central. Une forme de liberté. C'est ce que j'aime penser, même si je suis loin de croire que c'est vrai. » (Edward Saïd)*
*La nation palestinienne compte aujourd’hui 10 millions d'individus dont 3,7 millions vivent en Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est, 2,6 millions en Jordanie, 1,2 millions en Israël, 500 000 sur le continent américain, tandis que le reste est réparti dans le monde arabe.
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12/26/2010
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Libellés : IDENTITE
L'éloge de l'argumentum ad Hominem
« Attaquez la presse ou les intellectuels qu’elle consacre, et vous êtes aussitôt antisémite, fasciste ! « En passant la ligne sacrée de la bienséance, expliqua Pierre Bourdieu, on donne des armes à ceux qui n’ont pour eux que le respect de la bienséance, qui fait la dignité du corps des professionnels. Tous ces dignes dignitaires, ils ont ça : leur petit corset de vertu négative. » A force de boire ou de lire de la camomille, nous avons amoindri nos dispositions les plus vigoureuses et le souvenir de quelques traits.
C’est Voltaire dénonçant « l’immense canaille des écrivains subalternes », les « charlatans » et les « fripons adroits ». Marx stigmatisant en Thiers un « nabot malfaisant, aimant s’exhiber, comme tous les nains, avide de pouvoir et de lucre, passé maître dans la petite fripouillerie politique, un virtuose du parjure rompu à tous les bas stratagèmes ». Et Tocqueville décrivant ainsi Blanqui : « Un homme que je n’ai vu que ce jour-là, mais dont le souvenir m’a toujours rempli de dégoût et d’horreur ; il avait des joues hâves et flétries, des lèvres blanches, l’air malade, méchant, immonde, une pâleur sale, l’aspect d’un corps moisi, point de linge visible, une vieille redingote noire collée sur des membres grêles et décharnés ; il semblait avoir vécu dans un égout et en sortir. Il me faisait l’effet d’un serpent auquel on pince la queue.»
Ce que Marx pouvait se permettre contre Thiers, et Tocqueville contre Blanqui, serait donc désormais proscrit contre les « fripons adroits » et les « nains malfaisants » du jour ? Mais au nom de quelle « modernité » protégeant quelle dignité ?
Parfois, en lisant les actuelles publications contestataires, y compris les plus radicales, leurs pages exsangues, lourdes comme du plomb, lardées de cuistrerie universitaire, on aimerait qu’elles n’eussent pas délaissé à ce point le registre de la faconde, de l’humour, de la démesure. Qu’elles s’interdisent d’interdire une certaine verdeur – une certaine vie – au prétexte imbécile que la truculence caractériserait le style de l’extrême droite. Comme Voltaire ? Marx ? Tocqueville ?
La gauche a déjà beaucoup souffert (et fait souffrir) en se moulant dans les pratiques et les discours les plus technocratiques, en passant d’un registre cassant parce que trop assuré de son expertise à un ton geignard parce que douloureusement empreint de bonnes intentions. Et de nombreux « nains frisés de la bourgeoisie », comme les qualifiait Paul Nizan, se sont fait une spécialité de morigéner tous ceux qui parlent un peu trop fort, leur opposant qu’il ne faudrait réveiller ni les vivants ni les morts, que tout pamphlet allume les bûchers, qu’une « attaque personnelle » déchaîne les chasses aux sorcières. Il est plaisant de voir certains de ces Narcisses qui ne vivent que pour « se faire un nom » s’indigner sitôt qu’on associe le leur à leur dignité de profiteurs du système, et qu’on le fait non pas pour orienter vers eux ceux qui pourraient leur procurer de quoi en profiter davantage, mais pour les combattre.
En 1975, la déclaration d’intention de la revue Actes de la recherche en sciences sociales expliquait déjà : « Dans un univers où les positions sociales s’identifient souvent à des “noms”, la critique scientifique doit parfois prendre la forme d’une critique ad hominem. Comme l’enseignait Marx, la science sociale ne désigne “des personnes que pour autant qu’elles sont la personnification” de positions ou de dispositions génériques – dont peut participer celui qui les décrit. Elle ne vise pas à imposer une nouvelle forme de terrorisme mais à rendre difficiles toutes les formes de terrorisme. »….. »
Serge Halimi
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12/25/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Que faire du concept de culture nationale ?
L’énoncé «toute culture est hybride», balaie un espace intellectuel très vaste, entre la borne de l'hybridité et celle de l’identité. Et cet énoncé commande bien évidemment que l’on ne puisse rabattre son contenu ni sur l’une, ni sur l’autre des positions proposées. Si bien qu’il pourrait s’avérer inopérant, s’il n’ouvrait pour le coup à la seule interrogation intéressante, qui est celle de la question des opérations d'identification et de discrimination à l’œuvre au sein de ce que nous nommons culture. Question dont on aurait alors tôt fait de découvrir le vrai contexte d’énonciation : politique et non culturel.
La rhétorique des cultures, largement inefficace, rappelait le théoricien des cultures Stefan Nowotny lorsqu’il se penchait précisément sur cette problématique, largement inefficace donc dans sa confrontation aux culturalismes néo-racistes, ne l’est ainsi peut-être que parce que sous ce mot de culture, les opérations les plus louches sont menées. Dont celles qui, au cœur des constructions culturelles, relèvent de ces fameuses «négociation»s (le terme et le procès qu’il désigne relève de la problématique de l’hybridation construite par Bhabha), constitutives de toute démarche culturelle, orientant pour des raisons souvent extra-culturelles vers tel segment identitaire plutôt que tel autre, le tout selon une intentionnalité encore une fois plus politique que culturelle. Opérations qui ont pour effet de déguiser des mécanismes d’exclusion en choix culturels.
En fin de compte, le concept de "culture" semble bien ne plus pouvoir être compris que comme l'effet de pratiques discriminatoires, visant uniquement la production de différentiations culturelles «en tant que signe d'autorité» (Edith Butler). Sa seule fonction serait ainsi de «créer des marques de pouvoir, qui ne sont autre chose que les symptômes d'une société qui ne veut pas trouver d'issues politiques à ses problèmes», ainsi que l’affirmait Stefan Nowotny, dans sa communication faite sur ce sujet à l’université de Stuttgart, en 2002. Une communication que l’on pourrait relire aujourd’hui en l’élargissant, même si l’exercice pourra paraître grossier, au problème de la création artistique dans son ensemble, affirmant sous des discours d’apparence anodine -l’art du métier-, rien d’autre que la production de signes d’autorité renforçant culturellement un ordre politique qui conduit à l'exclusion juridique des non-citoyens de l'Etat-Nation - les émigrés par exemple, les Rroms, voire toute minorité «culturellement» disqualifiable…
Reste tout de même que si l’emploi du terme de culture est devenu non sans raison problématique, sa disqualification ne satisfait pas, quand bien même il s’apparenterait à ses termes fourre-tout dont le flou assure une rentabilité épistémologique indéniable. Mais peut-être au fond que cette problématisation récente, nécessaire, finira par ouvrir droit à une conception du fait culturel éloignée de ces signes d’autorité dont la culture contemporaine se montre par trop friande.
Joël Jégouzo
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12/23/2010
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Quand la laïcité « à la belge » s'exporte....
Ce matamore aphone, mou et flasque, au charisme d'une serpillière usagée, qui s'était fait virer du Parti Populaire (parti xénophobe et populiste de Belgique) pour cause de délation, ce militaire trafiquant en godes et autres sex toys pour grabataires esseulés, ce géo-politologue (pour de rire) de chez «Mickey parade » n'est en réalité qu'une insulte, une abjection, une infamie faite à l’immigration prolétarienne italienne. Tant, pour celle française qui se faisait pogromer à Aigues-Mortes (en 1893), que pour la belge qui paya le prix fort dans les charbonnages de Marcinelle :
« Le matin du 8 août 1956, un incendie éclate au fond du puits Saint-Charles au charbonnage du Bois du Cazier à Marcinelle. Une fumée noire était visible de loin car le charbonnage domine la vallée de la Sambre par le Sud. L'encageur du niveau 975 introduit un wagonnet plein dans la cage servant à remonter le charbon en surface. Le wagonnet plein qui arrive doit pousser automatiquement le wagonnet vide hors de la cage. Le mécanisme est défectueux. Les deux wagonnets dépassent de part et d'autre. Quand la surface rappelle la cage, les wagonnets heurtent immédiatement une poutrelle. Une canalisation d'huile éclate en même temps, des câbles électriques sont sectionnés. Instantanément un incendie naît, aspiré vers le fond, se répandant au passage dans toutes les galeries. Le drame s’est produit dans le puits d’entrée d’air et s’est propagé dans les galeries vers le puits de sortie d’air. De partout du quartier des Haies, la population se précipite vers les grilles fermées du charbonnage. Ces grilles seront l’endroit de l’espoir et de désespoir pour des centaines de familles. C’est par un puits en construction tout proche que les sauveteurs interviennent. Ils ne ramènent que 6 survivants. Les derniers corps ne seront remontés que 4 mois plus tard. De nombreuses victimes reposent dans le cimetière de Marcinelle situé à côté du Bois du Cazier. Leurs tombes sont regroupées autour d’un monument. A la sortie du puits, les victimes étaient méconnaissables, totalement calcinées : deux cent soixante-deux mineurs, principalement italiens mais aussi de différentes nationalités (136 Italiens, 94 Belges, huit Polonais, six Grecs, quatre Allemands, quatre Français, trois Hongrois, trois Algériens, deux Russes, un Anglais, un Argentin) vont y trouver la mort. Ils laissent derrière eux 204 veuves et 417 orphelins... » (*)
A ton retour Aldo, toi l'oublieux du statut de « métèque » de tes ancêtres, nous n'oublierons pas de t'accueillir avec du goudron et des plumes!
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12/20/2010
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Libellés : LAICISME
L'invité surprise des «Assises contre l'islamisation»...
Comment peut-on douter que l'histoire de France ne soit faite de bien plus de continuités que de ruptures....?
« L’intolérance des peuples sémitiques est la conséquence nécessaire de leur monothéisme. Les peuples indo-européens, avant leur conversion aux idées Sémitiques (juives, chrétiennes ou musulmanes), n’ayant jamais pris leur religion comme la vérité absolue, mais comme une sorte d’héritage de famille ou de caste, devaient rester étrangers à l’intolérance et au prosélytisme : voilà pourquoi on ne trouve que chez ces peuples la liberté de penser, l’esprit d’examen et de recherche individuelle. Les Sémites au contraire, aspirant à réaliser un culte indépendant des provinces et des pays, devaient déclarer mauvaises toutes les religions différentes de la leur. L’intolérance est bien réellement en ce sens un fait de la race sémitique, et une partie des legs bons et mauvais qu’elle a faits au monde. Le phénomène extraordinaire de la conquête musulmane n’était possible qu’au sein d’une race incapable comme celle-ci de saisir les diversités, et dont tout le symbole se résume en un mot : Dieu est Dieu. Certes la tolérance indo-européenne partait d’un sentiment plus élevé de la destinée humaine et d’une plus grande largeur d’esprit; mais qui osera dire qu’en révélant l’unité divine et en supprimant définitivement les religions locales, la race sémitique n’a pas posé la pierre fondamentale de l’unité et du progrès de l’humanité?
On comprend maintenant comment cette race, si éminemment douée pour créer les religions et les propager, devait, dans toutes les voies profanes, ne point dépasser la médiocrité. Race incomplète par sa simplicité même, elle n’a ni arts plastiques, ni science rationnelle, ni philosophie, ni vie politique, ni organisation militaire. La race sémitique n’a jamais compris la civilisation dans le sens que nous attachons à ce mot ; on ne trouve dans son sein ni grands empires organisés, ni esprit public, rien qui rappelle la cité grecque, rien aussi qui rappelle la monarchie absolue de l’Egypte et de la Perse. Les questions d’aristocratie, de démocratie, de féodalité, qui renferment tout le secret de l’histoire des peuples indo-européens, n’ont pas de sens pour les Sémites. La noblesse sémitique est toute patriarcale : elle ne tient pas à une conquête, elle a sa source dans le sang. Quant au pouvoir suprême, le Juif, comme l’Arabe, ne l’accorde rigoureusement qu’à Dieu. L’infériorité militaire des Sémites tient à cette incapacité de toute discipline et de toute organisation. Pour se créer des armées, ils furent obligés de recourir à des mercenaires : ainsi firent David, les Phéniciens, les Carthaginois, les khalifes. La conquête musulmane elle-même s’accomplit sans organisation et sans tactique; le khalife n’a rien d’un souverain ni d’un chef militaire; c’est un vice-prophète. Le plus illustre représentant de la race sémitique de nos jours, Abd-el-Kader, est un savant, un homme de méditation religieuse et de fortes passions, plutôt qu’un soldat. Aussi l’histoire ne nous offre-t-elle aucun grand empire fondé par des peuples sémitiques; le judaïsme, le christianisme, l’islamisme, voilà leur œuvre, œuvre toujours identique et toujours dirigée vers le même but : simplifier l’esprit humain, bannir le polythéisme, écrire en tête du livre des révélations ce mot qui a rendu à la pensée humaine un si grand service en effaçant les complications mythologiques et cosmogoniques où se perdait l’antiquité profane : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. »......» (Ernest Renan)
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Le Bougnoulosophe
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12/17/2010
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Libellés : IDENTITE
La mort de Lumumba
Mais si l’on s’avisait d’attraper dans un coin un de ces Congolais, de l’interroger, alors on s’apercevait que quelque chose de très grave se tramait contre l’indépendance du Congo et contre l’Afrique.
Des sénateurs, des députés congolais aussitôt après les fêtes de l’indépendance se sauvaient hors du Congo et se rendaient... aux Etats-Unis. D’autres s’installaient pour plusieurs semaines à Brazzaville. Des syndicalistes étaient invités à New-York. Là encore, si l’on prenait l’un de ces députés ou de ces sénateurs dans un coin et qu’on l’interrogeait, il devenait patent que tout un processus très précis allait se mettre en route.
Dès avant le 1er juillet 1960, l’opération Katanga était lancée. Son but ? Bien sûr, sauvegarder l’Union Minière. Mais au-delà de cette opération, c’est une conception belge qui était défendue. Un Congo unifié, avec un gouvernement central, allait à l’encontre des intérêts belges. Appuyer les revendications décentralisatrices des diverses provinces, susciter ces revendications, les alimenter, telle était la politique belge avant l’indépendance.
Dans leur tâche, les Belges étaient aidés par les autorités de la Fédération Rhodésies-Nyassaland. On sait aujourd’hui, et M. Hammarskjoeld mieux que quiconque, qu’avant le 30 juin 1960, un pont aérien Salisbury-Elizabethville alimentait le Katanga en armes. Lumumba avait certain jour proclamé que la libération du Congo serait la première phase de la complète indépendance de l’Afrique Centrale et Méridionale et il avait très précisément fixé ses prochains objectifs : soutien des mouvements nationalistes en Rhodésie, en Angola, en Afrique du Sud.
Un Congo unifié ayant à sa tête un anticolonialiste militant constituait un danger réel pour cette Afrique sudiste, très proprement sudiste, devant laquelle le reste du monde se voile la face. Nous voulons dire devant laquelle le reste du monde se contente de pleurer, comme à Sharpville, ou de réussir des exercices de style à l’occasion des journées anticolonialistes. Lumumba, parce qu’il était le chef du premier pays de cette région à obtenir l’indépendance, parce qu’il savait concrètement le poids du colonialisme, avait pris l’engagement au nom de son peuple de contribuer physiquement à la mort de cette Afrique-là. Que les autorités du Katanga et celles du Portugal aient tout mis en œuvre pour saboter l’indépendance du Congo ne nous étonne point. Qu’elles aient renforcé l’action des Belges et augmenté la poussée des forces centrifuges au Congo est un fait. Mais ce fait n’explique pas la détérioration qui s’est installée progressivement au Congo, ce fait n’explique pas l’assassinat froidement décidé, froidement mené de Lumumba, cette collaboration colonialiste au Congo est insuffisante à expliquer pourquoi en février 1961 l’Afrique va connaître autour du Congo sa première grande crise.
Sa première grande crise car il faudra qu’elle dise si elle avance ou si elle recule. Il faudra qu’elle comprenne qu’il ne lui est plus possible d’avancer par régions, que, comme un grand corps qui refuse toute mutilation, il lui faudra avancer en totalité, qu’il n’y aura pas une Afrique qui se bat contre le colonialisme et une autre qui tente de s’arranger avec le colonialisme. Il faudra que l’Afrique, c’est-à-dire les Africains, comprennent qu’il n’y a jamais de grandeur à atermoyer et qu’il n’y a jamais de déshonneur à dire ce que l’on est et ce que l’on veut et qu’en réalité l’habileté du colonisé ne peut être en dernier ressort que son courage, la conception lucide de ses objectifs et de ses alliances, la ténacité qu’il apporte à sa libération.
Lumumba croyait en sa mission. Il avait une confiance exagérée dans le peuple. Ce peuple, pour lui, non seulement ne pouvait se tromper, mais ne pouvait être trompé. Et de fait, tout semblait lui donner raison. Chaque fois par exemple que dans une région les ennemis du Congo arrivaient à soulever contre lui l’opinion, il lui suffisait de paraître, d’expliquer, de dénoncer, pour que la situation redevienne normale. Il oubliait singulièrement qu’il ne pouvait être partout à la fois et que le miracle de l’explication était moins la vérité de ce qu’il exposait que la vérité de sa personne.
Lumumba avait perdu la bataille pour la présidence de la République. Mais parce qu’il incarnait d’abord la confiance que le peuple congolais avait mise en lui, parce que confusément les peuples africains avaient compris que lui seul était soucieux de la dignité de son pays, Lumumba n’en continua pas moins à exprimer le patriotisme congolais et le nationalisme africain dans ce qu’ils ont de plus rigoureux et de plus noble.
Alors d’autres pays beaucoup plus importants que la Belgique ou le Portugal décidèrent de s’intéresser directement à la question. Lumumba fut contacté, interrogé. Après son périple aux États-Unis la décision était prise : Lumumba devait disparaître.
Pourquoi ? Parce que les ennemis de l’Afrique ne s’y étaient pas trompés. Ils s’étaient parfaitement rendus compte que Lumumba était vendu, vendu à l’Afrique s’entend. C’est-à-dire qu’il n’était plus à acheter.
Les ennemis de l’Afrique se sont rendu compte avec un certain effroi que si Lumumba réussissait, en plein cœur du dispositif colonialiste, avec une Afrique française se transformant en communauté rénovée, une Angola « province portugaise » et enfin l’Afrique orientale, c’en était fini de « leur » Afrique au sujet de laquelle ils avaient des plans très précis.
Le grand succès des ennemis de l’Afrique, c’est d’avoir compromis les Africains eux-mêmes. Il est vrai que ces Africains étaient directement intéressés par le meurtre de Lumumba. Chefs de gouvernements fantoches, au sein d’une indépendance fantoche, confrontés jour après jour à une opposition massive de leurs peuples, ils n’ont pas été longs à se convaincre que l’indépendance réelle du Congo les mettrait personnellement en danger.
Et il y eut d’autres Africains, un peu moins fantoches, mais qui s’effraient dès qu’il est question de désengager l’Afrique de l’Occident. On dirait que ces Chefs d’Etat africains ont toujours peur de se trouver en face de l’Afrique. Ceux-là aussi, moins activement, mais consciemment, ont contribué à la détérioration de la situation au Congo. Petit à petit, on se mettait d’accord en Occident qu’il fallait intervenir au Congo, qu’on ne pouvait pas laisser les choses évoluer à ce rythme.
Petit à petit, l’idée d’une intervention de l’O.N.U. prenait corps. Alors on peut dire aujourd’hui que deux erreurs simultanées ont été commises par les Africains.
Et d’abord par Lumumba quand il sollicita l’intervention de l’O.N.U. Il ne fallait pas faire appel à l’O.N.U. L’O.N.U. n’a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l’homme par le colonialisme, et chaque fois qu’elle est intervenu, c’était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur.
Voyez le Cameroun. De quelle paix jouissent les sujets de M. Ahidjo tenus en respect par un corps expéditionnaire français qui, la plupart du temps, a fait ses premières armes en Algérie ? L’O.N.U. a cependant contrôlé l’autodétermination du Cameroun et le gouvernement français y a installé un « exécutif provisoire ».
Voyez le Viet-Nam.
Voyez le Laos.
Il n’est pas vrai de dire que l’O.N.U. échoue parce que les causes sont difficiles.
En réalité, l’O.N.U. est la carte juridique qu’utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force brute a échoué.
Les partages, les commissions mixtes contrôlées, les mises sous tutelle sont des moyens légaux internationaux de torturer, de briser la volonté d’indépendance des peuples, de cultiver l’anarchie, le banditisme et la misère.
Car enfin, avant l’arrivée de l’O.N.U., il n’y avait pas de massacres au Congo. Après les bruits hallucinants propagés à dessein à l’occasion du départ des Belges, on ne comptait qu’une dizaine de morts. Mais depuis l’arrivée de l’O.N.U. on a pris l’habitude chaque matin d’apprendre que les Congolais par centaines s’entremassacraient.
On nous dit aujourd’hui que des provocations répétées furent montées par des Belges déguisés en soldats de l’Organisation des Nations Unies. On nous révèle aujourd’hui que des fonctionnaires civils de l’O.N.U. avaient en fait mis en place un nouveau gouvernement le troisième jour de l’investiture de Lumumba. Alors on comprend beaucoup mieux ce que l’on a appelé la violence, la rigidité, la susceptibilité de Lumumba.
Tout montre en fait que Lumumba fut anormalement calme.
Les chefs de mission de l’O.N.U. prenaient contact avec les ennemis de Lumumba et avec eux arrêtaient des décisions qui engageaient l’Etat du Congo. Comment un chef de gouvernement doit-il réagir dans ce cas ? Le but recherché et atteint est le suivant : manifester l’absence d’autorité, prouver la carence de l’Etat.
Donc motiver la mise sous séquestre du Congo.
Le tort de Lumumba a été alors dans un premier temps de croire en l’impartialité amicale de l’O.N.U. Il oubliait singulièrement que l’O.N.U. dans l’état actuel n’est qu’une assemblée de réserve, mise sur pied par les Grands, pour continuer entre deux conflits armés la « lutte pacifique » pour le partage du monde. Si M. Iléo en août 1960 affirmait à qui voulait l’entendre qu’il fallait pendre Lumumba, si les membres du cabinet Lumumba ne savaient que faire des dollars qui, à partir de cette époque, envahirent Léopoldville, enfin si Mobutu tous les soirs se rendait à Brazzaville pour y faire et y entendre ce que l’on devine mieux aujourd’hui, pourquoi alors s’être tourné avec une telle sincérité, une telle absence de réserve vers l’O.N.U. ?
Les Africains devront se souvenir de cette leçon. Si une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis. Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs parce que précisément, l’amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat.
Mais les pays africains de leur côté, ont commis une faute en acceptant d’envoyer leurs troupes sous le couvert de l’O.N.U. En fait, ils admettaient d’être neutralisés et sans s’en douter, permettaient aux autres de travailler.
Il fallait bien sûr envoyer des troupes à Lumumba, mais pas dans le cadre de l’O.N.U. Directement. De pays ami à pays ami. Les troupes africaines au Congo ont essuyé une défaite morale historique. L’arme au pied, elles ont assisté sans réagir (parce que troupes de l’O.N.U.) à la désagrégation d’un Etat et d’une nation que l’Afrique entière avait pourtant salués et chantés. Une honte.
Notre tort à nous, Africains, est d’avoir oublié que l’ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas.
Notre tort est d’avoir cru que l’ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité. Si Lumumba gêne, Lumumba disparaît. L’hésitation dans le meurtre n’a jamais caractérisé l’impérialisme.
Voyez Ben M’Hidi, voyez Moumié, voyez Lumumba. Notre tort est d’avoir été légèrement confus dans nos démarches. Il est de fait qu’en Afrique, aujourd’hui, les traîtres existent. Il fallait les dénoncer et les combattre. Que cela soit dur après le rêve magnifique d’une Afrique ramassée sur elle-même et soumise aux mêmes exigences d’indépendance véritable ne change rien à la réalité.
Des Africains ont cautionné la politique impérialiste au Congo, ont servi d’intermédiaires, ont cautionné les activités et les singuliers silences de l’O.N.U. au Congo.
Aujourd’hui ils ont peur. Ils rivalisent de tartufferies au tour de Lumumba déchiqueté. Ne nous y trompons point, ils expriment la peur de leurs mandants. Les impérialistes eux aussi ont peur. Et ils ont raison car beaucoup d’Africains, beaucoup d’Afro-Asiatiques ont compris. Les impérialistes vont marquer un temps d’arrêt. Ils vont attendre que « l’émotion légitime » se calme. Nous devons profiter de ce court répit pour abandonner nos craintives démarches et décider de sauver le Congo et l’Afrique.
Les impérialistes ont décidé d’abattre Lumumba. Ils l’ont fait. Ils ont décidé de constituer des légions de volontaires. Elles sont déjà sur place.
L’aviation katangaise sous les ordres de pilotes sud-africains et belges a commencé depuis plusieurs jours les mitraillages au sol. De Brazzaville, des avions étrangers se rendent bondés de volontaires et d’officiers parachutistes au secours d’un certain Congo.
Si nous décidons de soutenir Gizenga, nous devons le faire résolument.
Car nul ne connaît le nom du prochain Lumumba. Il y a en Afrique une certaine tendance représentée par certains hommes. C’est cette tendance dangereuse pour l’impérialisme qui est en cause. Gardons-nous de ne jamais l’oublier : c’est notre sort à tous qui se joue au Congo.
Frantz Fanon
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Le Bougnoulosophe
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12/10/2010
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Libellés : CONGO
L'heure n'est plus qu'aux sanctions !
Chacun comprend bien que la poursuite de cette colonisation rend totalement invraisemblable l'idée d'un Etat palestinien viable, et annule l'objet même de la négociation, le territoire, la terre.
La déclaration des Etats Unis marque la fin des 10 ans de recherche d'un « compromis » par la méthode douce avec Israël. Etat qui n'a cessé de pratiquer pendant ces dix ans, la méthode dure : occupation, expropriation, colonisation, violation des droits humains, crimes de guerres...
L'Union Européenne ne peut plus échapper à ses responsabilités à présent. La colonisation est un crime au regard du droit international; La CIJ a confirmé l'illégalité du mur, et demandé des pressions contre Israël. Le rapport Goldstone a confirmé les crimes de guerre pendant l'opération « plomb durci »; crime de guerre est la qualification de l'arraisonnement meurtrier de la flottille Free Gaza dans les eaux internationales le 31 mai dernier.
L'accord d'association entre l'Union Européenne et Israël est soumis au respect de son article 2 par la clause conditionnelle du respect des droits humains.
Aucun des produits israéliens, qu'ils proviennent des colonies ou non, ne peut prétendre légalement au bénéfice à ce jour de cet accord.
L'Union Européenne doit suspendre immédiatement l’accord d'association avec Israël, sauf à considérer qu'elle accorde de fait à cet Etat une impunité permanente et une excuse absolutoire quels que soient ses crimes.
Ce que la communauté internationale peut faire de mieux pour la paix aujourd'hui c'est:
- prendre acte du refus israélien du minimum exigible pour de véritables négociations,
- constater l'échec de dix ans de tentatives internationales de compromis avec cet Etat qui se trouve aujourd'hui totalement «hors la loi»,
- en tirer toutes les conséquences et appliquer les sanctions qui s'imposent
Tous les citoyens d'Europe doivent exiger l'application des sanctions prévues par le droit international. Toute organisation soucieuse de la défense des droits des peuples dans le monde doit exprimer une telle exigence.
Le bureau national de l’UJFP*
En Belgique
* A ne pas confondre avec UPJB dans lequel sévissent notamment un ex-maoiste et fils prodigue qui n’en finit pas de faire son retour dans la bonne bourgeoisie juive bruxelloise (le rôle de « paria conscient » ne nourrissant pas son homme), un « Jivaro lacanien » qui essaie de transcender son interminable cure par une improbable chasse à la licorne (comme la réduction des têtes est punie par la Loi, il se contente de raccourcir les noms, ordre symbolique oblige) et une pauvre fille, qui sans « certificat de judéité », mais plein de zèle, voudrait se faire plus juive que Moïse…
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Le Bougnoulosophe
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12/09/2010
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Libellés : PALESTINE
De l'indigénat bruxellois
« Pour le colonisé, l'objectivité est toujours dirigée contre lui...» (Frantz Fanon)
Nous l’avions écrit quelque part, la lecture de la presse belge est pour nous une épreuve. Mais voici que le masque grimaçant de la belgitude, son nihilisme speculoos notamment, s'impose une nouvelle fois à nous. Il n’est décidément nul exil dans le « village global » d’aujourd’hui…
Ainsi, dans le dernier numéro du Monde Diplomatique (Août 2008), on peut lire un article intitulé « Avec les jeunes de Bruxelles enfermés dans leurs quartiers», écrit par Olivier Bailly, Madeleine Guyot, Almos Mihaly et Ahmed Ouamara, quatre paires de bras cassés qui ont de l’entregent...
Les articles traitant du Bruxelles sociologique sont tellement rares, dans la grande presse, que ce texte mérite qu’on s’y arrête un peu. Comme souvent en lisant ce type de production pseudo-savante on apprend plus sur les auteurs, et leur géographie mentale, que sur leur objet d’étude. Et puis qu'ont-ils à nous apprendre sur la dirty old town, le «sépulcre blanchi» cher à Conrad, où nous sommes né ? Ainsi, sous les dehors euphémisés de la science, drapé derrière une « objectivité » de façade, on distingue un racisme de classe (1), voire un racisme tout court.
Objectivons l’objectivation et déterminons d’où ça parle très exactement. Qu'y voit-on ? A l'évidence, les valeurs petites-bourgeoises des auteurs - petite-bourgeoisie dans sa variante culturelle (Yuppies, Bobos…) - qui sont aussi situées socialement et historiquement, affleurent partout dans l'article. On y trouve, sous-jacentes, la rédemption par la « culture », pourtant démontée par Bourdieu depuis belle lurette ; la valorisation de la « diversité » dont Sarkozy est le chantre outre-Quiévrain et l’exigence de « mobilité », du je bouge donc je suis, qui confine à la névrose. Soit les lieux communs idéologiques les mieux partagés actuellement.
L'ironie - mais en est-ce vraiment une?- est qu'ils le sont aussi par les aménageurs urbains du jour ; chez eux ce discours sert essentiellement, d'une part, à gentrifier la ville - embourgeoisement des quartiers populaires - et, d'autre part, à développer une « urbanité factice » (Mike Davies) à l'usage des élites déterritorialisées, bref, à chasser les « indigènes » désargentés de celle-ci.
En quoi serait-il plus légitime de jouer au foot dans un club que dans la rue ? En quoi boire un verre aux Halles Saint-Géry, plutôt qu’à Cureghem, permettrait-il de s’émanciper ? De quelles plus-values le nomadisme contemporain, par rapport à la Street corner society des classes populaires, peut-il se prévaloir ? Hoggart parlant du rapport au « local » de la classe ouvrière, observait que pour celle-ci, « il suffit de franchir le seuil de l’habitation ou de s’asseoir sur une des marches de l’entrée, par une chaude soirée d’été, pour se trouver plongé sans transitions dans la vie du quartier » (2). Mais, par delà ces jugements de valeurs sommaires, à l’emporte pièce, discours descriptif qui trahit un discours prescriptif de contrebande, la manière même dont est considérée la jeunesse des classes populaires est plus qu’ambiguë. Tout dans sa description relève d’une rhétorique du manque, du lacunaire. Cette jeunesse est « engluée », « cloisonnée », dotée d’ « une palette d’identité extrêmement réduite », en « déficit de capital social, culturel, économique », « incapable de rencontrer l’autre »… Bref, une jeunesse, et une humanité, par défaut !
Mais au déficient, il faut ajouter la menace. En creux, car le discours pseudo-scientifique aime le non-dit et l'implicite, cette jeunesse issue des classes laborieuses, appartient aussi aux classes dangereuses, puisqu’elle est productrice « de fantasmes et de rumeurs sur l’autre » qui se finissent en « heurts » comme on le sait. Eh oui, si cette jeunesse suscite des représentations douteuses, elle ne le doit qu’à elle même, elle n’avait qu’à pas être, ainsi va la pensée réactionnaire, soft et new look, d’à-présent…
Soit un portrait de cette jeunesse qui est surtout un portrait des préjugés de classe des auteurs dont le dispositif scientifique élude, dissimule la position sociale de ceux-ci. Un portrait sans nuance, sans relief, coulé dans du béton qui emprunte les ressorts stéréotypiques les plus éculés du discours qu’il voulait dénoncer. On n’échappe pas à son ethos de classe - que l'appartenance de classe soit de fait ou en terme d'aspiration !
Un portrait qui fait très peu de cas du point de vue des « indigènes », sinon, ils auraient remarqué qu’ils sont, eux aussi, dotés de complexité, d’intelligence et d’inventivité ; ils auraient remarqué que sous l’aliénation apparente, on peut y voir des ruses subtiles, des tactiques de résistance, de l'imaginaire bricolé (ethnoscape) et une volonté d’émancipation qui s'exprime à leur manière (3), car le « droit à la ville » ne se reçoit pas, il se prend.
Mais le point de vue misérabiliste et paternaliste aime le roman de l'émancipation dont il serait le héros. Et ce héros aime à parler à la place de... On l'aura compris, ce point de vue sert - encore et toujours - à asseoir un rapport de force. Devinez qui en est le bénéficiaire ? Et devinez au détriment de qui il se fait ?
Le Bougnoulosophe
(1) « Il faut avoir à l’esprit qu’il n’y a pas un racisme, mais des racismes : il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. » (Bourdieu)
(2) Richard Hoggart, La culture du pauvre, Traduction Française, Editions de Minuit, 1970, coll. « Le Sens Commun ».
(3) « Nous devrions accepté les limites de notre imaginaire quant au pouvoir et au principe d'organisation qui sont les leurs - les dominés - , et donc accepter qu'ils imaginent des choses que nous ne pouvons saisir facilement.» (Edward Saïd, Réflexions sur l'exil et autres essais)
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Le Bougnoulosophe
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12/05/2010
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