Non, le sexisme, ce n’est pas les «autres»!

Depuis quelques années, la question des violences contre les femmes fait l’objet d’une attention toute particulière. De la dénonciation des « tournantes » aux « crimes d’honneurs » attribués aux hommes d’origine étrangère en passant par la récente loi interdisant le port du voile intégral au nom de la « dignité des femmes », rarement la condition féminine a autant monopolisé le débat médiatique et politique. Mais si l’on y regarde de plus près, c’est la condition de certaines femmes qui semble focaliser toutes les attentions.

Miraculeusement, les débats ayant précédé l’interdiction du port de la « burqa » dans l’espace public ont converti certains de nos représentants politiques au féminisme : au nom des droits des femmes, il est soudainement devenu urgent de sauver les « opprimées » du port du voile intégral.

Que certains de ces nouveaux défenseurs de la cause féminine (Jacques Myard, Lionel Luca ou Thierry Mariani entre autres) se soient par le passé opposés à la réforme de l’IVG et de la contraception, ne semble étonner personne. Ni le fait que ce féminisme à géométrie variable soit manifesté par des élus qui siègent sans états d’âme dans une Assemblée où trônent 82% d’hommes.

C’est dans ce contexte, que le Nantais Liès Hebbadj, est devenu le macho le plus populaire des faits divers. Il faut dire qu’avec son invraisemblable accoutrement, ce boucher barbu, musulman, marié à une femme intégralement voilée et « polygame » de surcroit, avait le profil idéal pour incarner le sexiste arabe qui fait trembler la ménagère de moins de 50 ans. Et pour détourner l’attention du sexisme pourtant si ordinaire en France.

Pour achever de dresser ce sombre tableau, le mois dernier, le documentaire « La Cité du Mâle » traitait pour la énième fois de la question des violences sexistes dans les banlieues populaires. Une fois de plus, le film donnait la curieuse impression que les femmes « des quartiers » vivaient dans un monde parallèle obéissant à des règles particulières et victimes du sexisme bien spécifique de « leurs » hommes, qui n’a bien évidemment aucun lien avec celui qui sévit dans le reste de la société…

Pendant que les médias, dénoncent à grand renfort de sensationnalisme, ces pratiques « d’un autre âge », et relaient les cris d’orfraie poussés par nos politiques, dont l’énergie anti-sexiste semble vouée à lutter contre des morceaux de tissus, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son compagnon. Pendant ce temps, la plupart des 75 000 viols qui ont lieu chaque année ne se déroulent pas dans les sombres caves des cités, mais dans le cadre de relations conjugales. Et les « Monsieur tout le monde » sont, sans doute, plus nombreux parmi les auteurs de ces violences que les bouchers polygames ou « caïds » de banlieue.

La violence contre les femmes n’est ni l’apanage des pauvres de « banlieue », ni le fait de minorités culturelles. Les chiffres prouvent chaque année qu’elle a cours dans tous les milieux sociaux.

Tant que les politiques et les médias détourneront le regard de la majorité des responsables de ces violences pour n’accuser qu’une partie de la population, tant qu’ils refuseront d’ouvrir les yeux sur la cruelle banalité des agressions dont sont victimes des centaines de milliers de femmes chaque année en France, ces femmes, nos sœurs, nos amies, nos collègues, nos voisines, seront condamnées à l’invisibilité.

Rokhaya Diallo

4 commentaires:

valerie a dit…

A propos du terme "crime d'honneur" qui ne cesse de me surprendre. ON le sait, c'est censé désigner, un homme d'origine étrangère qui tue une femme pour l'honneur.
Mais pourquoi les multiples meurtres de femmes commis par des maris jaloux, frustrés et pas du tout d'origine étrangère ne sont-ils pas qualifiés des mêmes termes ?
Delphy le montre ici http://lmsi.net/Geographie-du-sexisme
dire que l'Autre est sexiste - par nature ou culture - permet aussi de s'affranchir de toute réflexion sur ce qu'on est.

Je rappelerai que nous sommes dans un pays ou l'assemblée nationale a fait une minute de silence pour un député qui s'était suicidé... après avoir assassiné sa femme.

Zaz a dit…

Voilà qui nous change de ces racailles opportunistes de "Ni Putes, ni Soumises"!

ledaron a dit…

La construction de l'imaginaire passe par mise en place du repoussoir absolu.
-homme,Arabe,Musulman,issu des "quartiers" ( sous entendu quartiers populaires).
Cette nouvelle classe dangereuse est censée cacher tous les défauts,erreurs et fautes des autochtones.Elle est dans tout les cas bien commode pour s'exonérer du peu de cas que la société française fait de l'équité vis à vis des femmes ( salaire,représentation institutionnelle,etc...)
Le "barbare" ultime est alors paré de toutes les mauvaises intentions du monde,intentions bien souvent projettées par des "bien pensant" en mal de sensations.
Le politique qui à besoin d'un "méchant" pour péréniser son pouvoir sait utiliser l'ignorance et le pathos de la population.Ce jeu dangereux risque de mettre à mal la quiétude de la société en stigmatisant une de ses composantes.
L'avenir semble compromis par des stratégies électoralistes de mise sous tension d'une société qui à surtout besoin de calme et de recul.

"Il est plus facile de casser des atômes que des préjugés"
Albert Einstein

marginalia a dit…

En Italie, le "crime d'honneur" (delitto d'onore)ètait prevu par la loi, c'est-à-dire, un homme qui avait tué sa femme (ou fille ...) pour défendre "l'honneur" avait une réduction de la peine. Le "crime" d'honneur a été abolie seulement en 1981, avec la loi n.442.
Malgré ce passé (et le fait que chaque jour, une femme est tuée, battue ou violée par le mari, père, amant italien), aujourd'hui, en Italie, il travaille le même mécanisme analysé (et critiqué) par Delphy: le véritables sexistes sont seuls les hommes "Arabes" ou "étrangers"...

(Désolé pour mon français!)