mercredi, septembre 30, 2009

De quoi Mustapha Kessous est-il le nom ?

Malgré l'humiliation d'avoir parfois dû s'appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l'immigration dont descend Mustapha Kessous n'ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d'anti-racisme bien-pensant en arguant qu'il s'abstient de faire usage de son prénom, on s'interroge... Sur qui se cache derrière son nom.

Le courage de rien

Certains se défendent de tout larmoiement, de toute victimisation sous prétexte qu'ils se retrouvent dans les propos de Kessous. Pourtant, c'était bien l'esprit général de la déferlante de bons sentiments qui a fait suite à son article. En plus d'être simpliste, et contrairement au rôle que nombreux commentateurs voudraient lui assigner, celui-ci ne pèse pas lourd dans la lutte contre les discriminations. Un effet d'annonce de plus, maquillé en pavé dans la mare, qui se contente en réalité de mettre en avant les symptômes d'un mal sociétal sans aller en chercher les causes structurelles.Mais pour ça, encore faut-il faire preuve de courage. Oui, de courage...

Celui, en journaliste qui se respecte, de poser la question du pourquoi de ce «racisme ordinaire» qu'on fait mine de découvrir. De faire le lien et poser, par exemple, le débat de la diversité ethnique au sein de sa profession, notamment dans son propre journal. Mais non... Plus facile de donner indirectement un certificat de bonne conduite à son employeur – y assurant sa place en se créant un halo d'intouchabilité au passage – via un mauvais procès en racisme. Mauvais procès car mauvaise démarche que celle qui s'appuie et se contente des anecdotes d'un Arabe mis en avant, par un hasard bien opportuniste, juste après la sortie de Brice Hortefeux.

Nous sommes tous... des baltringues

Une façon de faire soutenue par un système médiatique hypocrite et un troupeau de moutons tout juste bons à braire en choeur la chanson Lily de Pierre Perret. Ce qui nous amène à dire, quitte à en irriter plus d'un, que Alain Finkielkraut («Finky» pour les non-intimes que nous sommes) aurait ici cent fois raison de les reprendre tous de volée pour leur approche convenue et sans nuance, qui prête le flanc à l'accusation de «vomir la France». Pour cette méthode de culpabilisation collective, déjà usée jusqu'à la corde par SOS Racisme, au point de susciter l'exaspération puis la défiance de nombreux «Gaulois» de bonne volonté. Sans compter, puisque c'est la loi du genre, la tentation de pleurniche communautaire. Aujourd'hui le bicot, demain le négro, après-demain la face de craie... On va aller loin comme ça.

Parmi les soutiens évoqués, n'oublions pas tous ces cons de militants «issus de la diversité» qui ont relayé, en levant le pouce, un mec qui leur mettait un doigt sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Un mec balançant sans gêne que sa carte de presse devait lui permettre de se mettre à l'abri du racisme. Lui permettre, en quelque sorte, de franchir le mur d'apartheid séparant ceux qui subissent et la caste des journalistes. Tel Fifty Cents assennant son «Get rich or die trying», il nous fait comprendre : «Bazanés de France, grattez une bonne place. Sinon, tant pis pour vous, vous l'aurez mérité!» Une mentalité de planqué qui banalise la xénophobie en la subordonnant au statut social. Qui tente de faire avaliser une conception individualiste d'un combat, alors que celui-ci ne vaut que par la solidarité de ceux qui le mènent. Personne ne le relève, mais Kessous ne dit rien d'autre que cela. Si, comme il en rêvait, le journalisme l'avait démarqué de «ses semblables», l'article, centré sur sa petite personne, n'aurait jamais vu le jour. Et dire qu'il y en a encore, dans cette chialerie générale, pour oser des «Nous sommes tous des Mustapha Kessous»...

C'était bien le Ramadan, Kessous ?

Comment s'étonner que de futures mères hésitent à donner un prénom «typé» à leurs enfants ? Comment s'étonner de voir des Amine vassalisés à coups de blagues néocoloniales et le revendiquer ? Puisqu'on applaudit celui qui cherche plus à se mettre à l'abri du racisme qu'à le combattre. Puisqu'on acclame celui qui a pourtant contribué à entretenir les clichés stigmatisants qu'il prétend dénoncer... Car, si Kessous se plaint entre autres d'avoir été traîté d'islamiste, ce n'est finalement qu'un juste retour de bâton pour celui qui a sciemment présenté Tariq Ramadan comme un manipulateur, le qualifiant de «sophiste» dans un article intitulé La longue dérive de Vénissieux et publié dans... Le Monde. Un choix éditorial participant à l'entreprise de diabolisation de l'intellectuel qui, sur ce point, rapproche notre journaliste des grands confrères que sont Caroline Fourest, Mohamed Sifaoui et, le hasard faisant bien les choses, Eric Zemmour... A ce dernier, Tozer exprime tous ses voeux de rétablissement suite à la fessée infligée par l'islamologue dans On n'est pas couché. Signalons qu'une mauvaise blague court depuis : «Qui veut des poils de cul de Zemmour, serre la main à Ramadan!» Enfin... Gageons que Kessous viendra lui talquer le postérieur s'il lui en fait la demande.

Ca suffit les bougnouleries

N'en déplaîse aux bonnes âmes qui pleurent leurs mères à coups de colères narcissiques ou de blogs opportunistes, la «Kessous mania» n'est, dans le fond, rien qu'une opération de com. Et, à l'image de son bénéficiaire, elle ne dit pas son nom. Un buzz malheureusement alimenté par des anti-racistes dont le manque de pragmatisme et de maîtrise de soi empêche d'être pris au sérieux. Ils le seront le jour où ils se débarrasseront de ce réflexe pavlovien basé sur l'émotion, qui amène à sauter, sans discernement, sur toutes les occasions de cracher leur frustration. Le jour où ils ne céderont plus à la satisfaction éphémère et revencharde d'être artificiellement pris en compte via des complaintes qui n'apportent rien de concret. Et il serait bien que ce jour arrive. Car depuis le temps que ça dure, viendra le moment où le terme «complices» sera plus pertinent que celui d'«idiots utiles» pour les qualifier. A bon entendeur...En attendant... Pour avoir naïvement et égoïstement conçu une profession au service du public comme un bouclier anti-raciste... Pour avoir alimenté une certaine politique de diabolisation destinée à priver certains animateurs du débat public de leur liberté d'expression... Pour avoir cédé aux avances de l'anti-racisme le plus éculé... Pour n'avoir été que le nom d'une posture médiatique de plus...


Mustapha Kessous : I TOZ YOU !!!


Jack Tozer

Les Classes et quartiers populaires. Paupérisation, ethnicisation et discrimination

Saïd Bouamama revient dans son dernier livre (1) sur vingt ans d’observation et de - recherche concernant les rapports entre la paupérisation des quartiers populaires, leur ethnicisation et les idéologies libérales qui en tirent profit. Le sociologue dissèque le culturalisme, présenté souvent comme la seule explication des problèmes des quartiers populaires : leurs habitants ne s’en sortiraient pas du fait d’une religion, d’une culture ou d’un mode de vie différents. Saïd Bouamama dénonce cette posture stigmatisante qui évacue les causes socio-économiques du contexte difficile dans lequel évoluent certains territoires.

L’idéologie de la méritocratie républicaine est de plus en plus prégnante et sans cesse mise en avant par Nicolas Sarkozy, notamment à destination des quartiers populaires. Comment analysez-vous ce discours ?

Saïd Bouamama. Il y a deux manières de - répondre aux revendications d’une population qui vit une injustice. La première consiste à s’attaquer aux causes structurelles et à ce qui produit de la précarité. La seconde permet de ne pas toucher à la structure du système inégalitaire, tout en donnant l’illusion d’agir. C’est-à-dire ouvrir le système à la marge en faisant monter une couche moyenne issue des milieux populaires et de l’immigration. Ce fonctionnement n’est pas sans rappeler la formation d’une élite indigène à l’époque coloniale. Automatiquement les personnes promues deviennent individualistes et reproduisent le discours d’une réussite uniquement due à leurs propres efforts. Les dominants n’ont guère besoin de leur demander de cracher sur les milieux populaires, ils le font spontanément.

Dans votre livre, vous constatez l’émergence d’un nouveau rapport de classes fondé sur l’ethnicisation. Comment fonctionne-t-il ?

Saïd Bouamama. Progressivement, un marché ethnicisé du travail s’est mis en place avec des secteurs et des emplois dont les modes de recrutement et de promotion interne sont fondés sur des critères ethniques. On pourrait croire à une forme de favoritisme ; en réalité, la vraie question est de savoir quelle est la nature de ces emplois ? L’immigration étant une variable d’ajustement structurelle, les populations précaires et immigrées sont les premières entrées mais aussi les premières sorties. Cette gestion ethnicisée s’appuie sur une source externe, les sans-papiers, et une source interne, les jeunes issus de l’immigration. Ces derniers sont contraints à cause de la discrimination de revoir à la baisse leurs prétentions. Combien de jeunes femmes issues de l’immigration, avec des bac+4, des bac+5, sont forcées de travailler dans le nettoyage industriel ? C’est aberrant. Le marché ethnique du travail est un outil parmi d’autres de la précarisation de la condition salariale.

Comment s’explique cette situation de discrimination par le travail ?

Saïd Bouamama. Pour que ce système puisse fonctionner correctement, il faut ajouter une idéologie qui rende cette situation non révoltante. Par exemple, les Noirs seraient meilleurs pour les emplois de videurs, parce qu’ils seraient plus diplomates… Les Maghrébins, eux, seraient - naturellement bons dans le bâtiment ; les Asiatiques, minutieux pour la confection… Il y aurait ainsi des capacités ethniques, des qualités plutôt que des qualifications. La stratégie consiste à faire admettre au plus grand nombre l’évidence de cantonner les Noirs ou les Maghrébins à un certain profil de postes. Dans les entretiens d’embauche, il existe des mécanismes discriminatoires qui ne nécessitent pas d’être raciste pour les appliquer. Le recruteur aura tendance à prendre quelqu’un qui lui ressemble. Mais, comme les populations issues de l’immigration n’ont pas historiquement accès à certains postes, chacun - reproduit à son niveau. Je ne pense pas que la solution soit dans la morale, dans l’éducation civique ou dans l’antiracisme. Même s’il est nécessaire de maintenir une lutte contre l’intolérance et contre les racismes, il s’agit plus ici de combattre les inégalités socio-économiques.

L’ethnicisation des rapports s’intègre dans une grille de lecture explicative plus large, que vous appelez le culturalisme. De quoi s’agit-il ?

Saïd Bouamama. Le culturalisme est l’explication de la réalité sociale à partir du seul facteur culturel. Il s’est imposé par une - récupération libérale d’une aspiration et d’une revendication justes et progressistes : la reconnaissance de la diversité culturelle française et le refus de la logique assimilationniste. Pendant les années cinquante et soixante, les quartiers populaires d’une part et l’immigration d’autre part sont analysés à partir des concepts de « classes » et de « lutte des classes ». Les décennies 1970 et 1980 seront, elles, caractérisées par des luttes visant à intégrer la diversité des - composantes de la classe ouvrière et des milieux populaires dans les revendications. En France, la Marche pour l’égalité de 1983 et le mouvement Convergence 84 pour l’égalité revendiquent la nécessité du droit à la différence à partir de la dissociation entre citoyenneté, nationalité et culture. Et les think tanks libéraux de la décennie 1980 vont, comme pour d’autres thèmes, récupérer une revendication juste en la détournant de sa cible. En absolutisant le facteur culturel, les libéraux visent à éliminer les explications sociales et économiques des faits. Le culturalisme a alors été adopté non pas comme prise en compte de la diversité, mais comme négation du facteur social. La - culture devient peu à peu la seule explication des difficultés rencontrées dans les milieux populaires. L’État libéral y gagne considérablement puisque les difficultés ressenties sont désormais imputées à la « culture des pauvres » ou à la « culture des immigrés ». Ainsi, en novembre 2005, les - révoltes des quartiers populaires ont-elles été présentées par le chef de l’État lui-même comme « culturelles » : la polygamie, l’intégrisme, les parents démissionnaires, etc.

Ces arguments culturalistes sont souvent repris pour expliquer les violences dans les quartiers. Reprenons l’exemple des parents démissionnaires. Comment l’analysez-vous ?

Saïd Bouamama. On peut dire que l’ampleur de la crise économique amène un certain nombre de parents à gérer d’autres problèmes que ceux de l’éducation de leurs enfants. Il arrive qu’ils se sentent dépassés. Et heureusement que les mécanismes associatifs leur permettent de ne pas rester seuls face à ces questions. Si les parents peuvent se sentir impuissants, ils n’ont jamais été dans la démission. C’est un terme scandaleux. Tous les parents, qu’ils y arrivent ou pas, veulent le meilleur pour leurs enfants. Je n’ai jamais rencontré une personne souhaitant le pire à ses enfants. La thèse de la démission des parents permet, à mon sens, d’éluder la question des enjeux sociaux. On glisse un peu vite d’une fragilisation des parents issue des politiques mises en oeuvre par les classes dominantes à une vision culturaliste capacitaire selon laquelle ils ne sont pas aptes à s’occuper de leurs enfants. On revient alors doucement à ce discours développé sur les familles ouvrières, qui avaient besoin d’être « moralisées » par des assistantes sociales. Historiquement, l’idée demeure que les gens du peuple ne savent pas éduquer leurs enfants. C’est d’un mépris extraordinaire qui permet de justifier toutes les exclusions de droit.

En quoi cette conception culturaliste va-t-elle instaurer des divisions entre « dominés » ?

Saïd Bouamama. Si le facteur culturel est la principale explication des problèmes d’une certaine frange de la population, alors quel est le point commun entre deux personnes qui ont des cultures différentes ? Lorsque le niveau de classe sociale, qui unissait auparavant les précaires, devient secondaire, il ne reste que la différence de culture. En plus de cela, l’arrivée d’une crise économique signifie toujours une concurrence accrue pour les biens rares. Chacun va tenter de mettre en avant ce qu’il estime être des atouts pour accéder à des biens.

D’où viennent ces catégorisations essentialistes ?

Saïd Bouamama. Ces catégories viennent d’un imaginaire colonial non déconstruit et non combattu par la société française. Les manuels d’histoire ont fait l’impasse sur l’analyse de ces imaginaires. Car, une fois la guerre d’Algérie terminée, l’État français a considéré qu’il pouvait tourner la page. Or, le départ des soldats français et des colons n’ont pas du tout suffi à décoloniser les imaginaires. Les entretenir revient à faire un excellent cadeau au libéralisme pour diviser les pauvres entre eux.

Les médias parlent souvent des « jeunes de banlieue » comme d’une entité dangereuse et violente. À quoi correspond cette diabolisation ?

Saïd Bouamama. Il suffit de répondre par une autre question : quelle est la catégorie aujourd’hui qui est entrée en lutte dans toutes ses composantes : lycéennes, ouvrières, sans-emplois ? Ce sont les jeunes. Quand on observe le traitement des mouvements lycéens et celui des quartiers populaires, la différence est flagrante. Il y a les bons jeunes et les mauvais. Imaginons qu’une diversité des jeunesses cesse de s’opposer les unes contre les autres. Imaginons que les divisions ne fonctionnent pas, ce serait un ciment de contestation à craindre par le pouvoir. Présenter la jeunesse des quartiers populaires comme une classe dangereuse relève d’une stratégie politique. Cela ne veut pas dire que la violence n’existe pas dans les quartiers populaires, ni qu’elle n’est pas de plus en plus déstructurée. Simplement, cette violence est d’abord subie avant d’être agie. Quand on interroge des jeunes des quartiers sur leurs rêves, les réponses ne sont pas irrationnelles ou désordonnées. Pour le dire vite : ils veulent un boulot, un logement et une voiture. Ce qui est scandaleux, c’est que ce minimum de « normalité » soit vécu comme inaccessible pour une grande partie de la jeunesse. Cela conduit, pour certains jeunes, à une mise en scène d’un rejet du travail. Ils disent souvent : « Moi, je ne veux pas être un esclave. » C’est là transformer une contrainte en choix pour garder la tête haute. Il y a de l’exigence de dignité dans tout cela.

Vous expliquez en partie le bouleversement de la sphère familiale par les déréglementations économiques. Quelles ont été les étapes de cette déstructuration ?

Saïd Bouamama. La culture ouvrière a été massivement déstabilisée dans certains territoires, où le taux de chômage est passé en vingt ans de 8 % à 45 %. Non seulement les gens ont été mis à la rue, mais on a réussi à leur faire croire qu’ils en étaient responsables. Le travail cristallisait l’image de la famille. La montée du chômage est allée de pair avec un fort recul de la fierté d’être ouvrier. Un père que j’interrogeais me disait : « Comment je peux interdire à mon fils de rentrer au-delà d’une certaine heure, si je ne le nourris même plus et que je vis de ses allocations ? » La perte objective des emplois n’a même pas pu être compensée par un réseau associatif, culturel ou politique valorisant. Les dégâts auraient été moindres si on avait eu une offensive culturelle ouvrière.

Y a-t-il eu un abandon des quartiers populaires par les partis de gauche ?

Saïd Bouamama. Pour moi, la gauche française a eu une vision essentialiste des quartiers populaires. C’est-à-dire qu’elle a sous-estimé la diversité des milieux populaires et les clivages qui pouvaient exister. Les clivages ne sont pas insurmontables si et seulement si on les travaille. Le discours du « tous des ouvriers » a masqué les inégalités qui étaient en train de se construire. Par ailleurs, la gauche française a considéré les enfants issus de l’immigration comme acquis à la gauche. Elle n’avait donc pas d’efforts à faire. Autre écueil des partis de gauche : un rapport paternaliste. La gauche n’a pas décolonisé ses esprits et n’a pas pris la mesure du combat. Pour que ces jeunes Français puissent se reconnaître dans les autres combats, encore faut-il qu’ils soient pris en compte sur leur propre oppression.

Considérez-vous le modèle d’intégration français comme un échec ?

Saïd Bouamama. Pour moi, ce n’est pas un échec mais un mythe. Le concept d’intégration nous empêche de penser la réalité. L’intégration n’est pas une formule magique. Il s’agit d’un mythe car même pour les immigrations européennes, il n’y a pas eu « d’intégration nationale » mais une « intégration de classes ». Il paraît impossible de demander aux immigrés des anciennes colonies françaises d’être dans une logique d’assimilation. Cela impliquerait l’abandon de leur trajectoire. Le mythe est encore plus problématique et visible pour les jeunes Français issus de l’immigration qui, eux, sont nés français, socialisés et culturellement français. À ces derniers on pose toujours la question de l’attestation française. Il s’agit d’une parade pour éluder la vraie question : celle des discriminations racistes comme vecteur de la reproduction des inégalités sociales.

Pendant longtemps, l’école a été considérée comme un moyen de réussite. Pourquoi ?

Saïd Bouamama. L’école républicaine a permis à « l’élite » des classes populaires de pouvoir tirer la famille vers une promotion sociale. Mais l’école reste aussi le lieu, y compris au moment des Trente Glorieuses, où on orientait massivement les enfants d’ouvriers vers des emplois manuels. La sélection à base de catégories sociales a toujours existé. Le système scolaire continue à fonctionner comme un mécanisme de tri des orientations en fonction de la classe sociale d’appartenance, mais aussi en fonction de la couleur de peau. On cultive cette focalisation des parents sur l’école comme fonction de réussite sociale. Du coup, lorsque l’école ne remplit pas le contrat, les parents la fustigent. Ils finissent par perdre de vue que l’école peut d’autant moins pallier les problèmes sociaux que l’État lui enlève les moyens nécessaires pour donner à tous un enseignement de qualité. Le mythe d’une école qui aurait été inégalitaire permet d’opposer parents et enseignants alors qu’ils sont victimes des mêmes politiques libérales.

L’idée des quartiers comme repaires de communautaristes fait-elle partie de la stratégie de stigmatisation d’une catégorie de la population ?

Saïd Bouamama. Oui. Si on observe la manière dont se structurent les territoires, on se trouve face à des politiques sociales qui restreignent le champ des possibles pour certains. Donc, il s’agit avant tout de productions systémiques. Ceux qui précisément ne choisissent pas de vivre ensemble et dont la situation sociale ne permet pas d’aller ailleurs que dans les cités HLM sont taxés de communautaires. Or, il y a communautarisme à partir du moment où on choisit volontairement de se regrouper. S’il faut parler de communautarisme, c’est celui des riches qu’il faut analyser car eux choisissent de vivre dans l’entre-soi. Le repli communautaire serait lié à la culture des gens et serait la cause des problèmes. Ce repli n’est en fait que la conséquence des politiques sociales. Dans le discours sur le communautarisme des quartiers populaires, il y a aussi le discours sur l’islam. Les jeunes issus de l’immigration seraient plus musulmans que leurs parents et surtout adeptes d’un islam plus agressif. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas plus religieux que leurs parents. Simplement, ils sont Français et ne veulent plus de l’injonction d’invisibilité qui était faite à leurs parents. De manière plus globale, ces jeunes se sentent regardés comme non-Français et comme immigrés. Pourquoi l’injonction d’aimer la France leur est demandée et pourquoi ne l’est-elle pas aux « autres jeunes ». Je ne connais aucun Français qui aime toute la France. On ne peut pas aimer à la fois les Communards et les Versaillais.

(1) Vient de paraître Les Classes et quartiers populaires. Paupérisation, ethnicisation et discrimination, de Saïd Bouamama. Éditions du Cygne, 2009.

Ixchel Delaporte

mardi, septembre 29, 2009

Agression de Gaza : "un nom sur chaque balle"

Gideon Levy, éditorialiste et membre de la direction du quotidien Haaretz, que Le Monde a surnommé "une épine dans le flanc d’Israël", est l’honneur du journalisme israélien. Il a signé dans l’édition électronique d’Haaretz du 17 septembre dernier un texte poignant, traduit en français par Info-Palestine sous le titre d’Eviter la honte à La Haye. Nous le publions à notre tour, en le dédiant à ceux des nombreux juifs de notre pays si aveugles dans leur défense inconditionnelle de l’Etat hébreu. Aux dirigeants du Crif, aux Bernard-Henri Lévy, Alexandre Adler ou autre André Glucksmann, ainsi qu’à nos gouvernants complices, nous proposons de méditer la proposition suivante : les Justes d’aujourd’hui sont aux côtés du peuple palestinien opprimé.

"Il y a un nom sur chaque balle, et un responsable pour chaque crime. Le voile de teflon dont Israël s’était recouvert depuis l’opération "Plomb durci" a été arraché une fois pour toute, et maintenant il va lui falloir affronter les questions difficiles. Il est maintenant superflu de demander si des crimes de guerre ont été commis à Gaza, car la réponse nette et qui fait autorité a déjà été donnée. Aussi la question qui doit être posée maintenant est : qui est responsable ? Des crimes de guerre ont été commis à Gaza, il s’ensuit qu’il y a des criminels de guerre en liberté parmi nous. Ils doivent en être tenus responsables et punis. Telle est la conclusion rigoureuse qu’il faut tirer du rapport concis des Nations unies.

Depuis presque un an, Israël essaie de soutenir que le sang versé à Gaza n’était que de l’eau. Un rapport suit un autre rapport, avec les mêmes résultats effroyables : un siège, du phosphore blanc, le mal fait à des civils innocents, une infrastructure anéantie ; des crimes de guerre, dans tous les rapports sans exception. Après la publication du rapport le plus important et le plus accusateur de tous, celui établi par la Commission conduite par le juge Richard Goldstone, les tentatives d’Israël aujourd’hui pour le discréditer sont ridicules, et les fanfaronnades creuses des porte-paroles d’Israël sont pathétiques. (...)

Nul ne peut douter des compétences juridiques de Goldstone, comme juriste de niveau international avec une réputation irréprochable. L’homme qui a découvert la vérité sur le Rwanda et la Yougoslavie a agi de même pour Gaza. L’ancien procureur en chef du Tribunal pénal international de La Haye n’est pas seulement une autorité juridique, il est aussi une autorité morale ; par conséquent, les reproches portés contre lui ne tiennent pas la route. A la place, on ferait mieux de regarder de plus près l’accusé, et il est temps. Ces responsables, ce sont d’abord et avant tout Ehud Olmert*, Ehud Barak et Gabi Ashkenazi. Jusqu’alors et de façon incroyable, aucun d’entre eux n’a payé le moindre prix pour ses méfaits.

"Plomb durci" a été une agression sans retenue, où une population civile totalement démunie de protection n’a montré quasiment aucun signe de résistance pendant l’opération. Cette agression aurait dû soulever un tollé immédiat en Israël. Elle fut un Sabra et Chatila, perpétré cette fois par nous-mêmes. Mais s’il y eut une tempête de protestations dans le pays après Sabra et Chatila, après "Plomb durci", on a décerné des citations.

Il aurait dû suffire de regarder la disparité effroyable dans les victimes - 100 Palestiniens tués pour chaque Israélien - pour secouer la société israélienne tout entière. Il n’y avait nul besoin d’attendre Goldstone pour comprendre que quelque chose d’épouvantable s’était produit entre le David palestinien et le Goliath israélien. Mais les Israéliens ont préféré regarder ailleurs, ou se tenir avec leurs enfants sur les collines autour de Gaza et applaudir à chaque bombe qui faisait son carnage.

Sous couvert de médias engagés, d’analystes et spécialistes criminellement partiaux - qui tous ont empêché les informations de paraître - avec un lavage de cerveau d’une opinion publique sans vigilance, Israël s’est comporté comme si rien n’était arrivé. Goldstone a mis un terme à cela et pour cela, nous devons le remercier. Après, son travail est fini, des mesures concrètes évidentes vont être abordées.

Il aurait mieux valu pour Israël d’avoir eu le courage de changer de cap pendant qu’il était encore temps, et sans attendre Goldstone, d’enquêter véritablement sur la question et non pas ordonner ces investigations grotesques des Forces de défense d’Israël. Il faut faire payer le prix à Olmert et Tzipi Livni de leur décision scandaleuse de ne pas coopérer avec Goldstone, même si à ce point, ça ne sert à rien. Maintenant que le rapport est mis sur la voie du Tribunal pénal international et que des mandats d’arrêt peuvent être délivrés, tout ce qui reste à faire c’est de mettre en place immédiatement une commission d’enquête afin d’éviter la honte à La Haye.
Peut-être que la prochaine fois que nous nous lancerons dans une nouvelle guerre, vaine et misérable, nous prendrons en compte non seulement le nombre de victimes que nous sommes susceptibles d’assumer, mais aussi les dommages politiques lourds que provoquent de telles guerres.

A la veille du Nouvel An juif, Israël devient, et c’est justifié, un pays rejeté et détesté. Nous ne devons pas l’oublier une seule minute."

Gideon Levy

Même si nous applaudissons à tout rompre ce texte, nous demeurons extrêmement sceptique sur sa conclusion - mais Gideon Levy la croit-il lui-même ? Il nous surprendrait en effet beaucoup, malgré les preuves accablantes, qu’un dirigeant israélien soit effectivement traduit devant le Tribunal pénal international... Ce ne serait pourtant et de toute évidence que justice.
*Nous l’écrivions dès le 17 juillet 2006, durant la guerre du Liban : Ehud Olmert, criminel de guerre.



Plume de presse

samedi, septembre 26, 2009

Y a ceux qui...

Aujourd’hui, s’entendre dire “sale nègre” ou “sale bougnoule” en face est moins commun que du temps de nos parents. Eux et ceux qui les ont enfantés sont nés au temps des colonies. Cette époque bénie où l’on pouvait aller au zoo pour jeter des cacahuètes aux macaques en même temps qu’à ces africains qu’on faisait venir des même forêts. On vivait alors l’âge d’or de la Science où l’on débattait à la fois des premières théories de physique quantique et de la biologie de l’espèce “nègre”. “Sont-ce des hommes? Sont-ce des bêtes sauvages? Sont-ce des primates un peu plus sophistiqués?”
Passionnant.

Aujourd’hui, c’est vrai, on imaginerait moins ce genre de débat sur France 2. Le législateur s’en est mêlé et il a décidé de punir les insultes à caractère raciste. Du coup, l’invective xénophobe a rejoint la colonne des gaz rares du tableau périodique de Mendeleiev… on en entend beaucoup moins sur la place publique. C’est que le racisme s’est aristocratisé! Il est maintenant confiné aux salons littéraires de ceux qui n’ont jamais touché un bouquin: les français moyens qui confondent 30 millions d’amis et RFO. Aujourd’hui négrophobie et islamophobie riment avec pédophilie. Si l’actualité nous a prouvé que c’est dans le cercle familiale qu’on se livre à d’honteuses partouzes qui mettent en scène de petits nienfants, l’expérience montre que c’est dans ce même cercle intimiste qu’on se laisse aller aux réflexions les plus gluantes. Au repas de Noël par exemple, où tonton Gaspard, vétéran de la Guerre d’Algérie et adhérent de la première heure du parti à la flamme tricolore, montre qu’il aurait pu tenter sa chance au Jamel Comedy Club :

- Qu’est ce que 500 bougnoules au fonds l’Océan?
… silence…
- Un bon début!


Hilarant. Tatie Danielle, dans son rôle de chauffeuse de salle brandit sa pancarte “applause please” et c’est toute la famille qui s’esclaffe en choeur. Ahhh Noël… son esprit de famille, ses papillotes, son sapin, ses guirlandes… ses soirées au coin du feu.
Parfois, ces commentaires s’invitent subtilement au boulot ou dans le métro. Ils blessent. Ils agacent… et les réactions de ceux qui en sont les témoins directs ou celles des passifs auditeurs à qui l’on rapporte ces fâcheuses anecdotes, diffèrent.
Il y a ceux qui vocifèrent, crient et gesticulent.
Il y a ceux qui pleurent, ceux qui écrivent des articles et des pamphlets contestataires, ceux qui tentent d’initier une chaîne d’emails virale avec pour titre “SCANDALEUX! A ENVOYER A TOUS VOS CONTACTS”.
Il y a ceux qui s’en plaignent à leurs collègues.
Et il y a ceux qui écoutent ces mêmes collègues qui, les yeux pleins de compassion, leur donnent une tape paternelle dans le dos et leur conseillent d’abandonner leur pleurnicheries tout en leur prescrivant du tranxen 500. “Ca calmera ta logorrhée victimaire… tu verras. Un comprimé matin, midi et soir”.
Il y a ceux qui s’indignent, ceux qui attaquent en justice.
Il y a ceux qui s’organisent en association, ceux qui manifestent, ceux qui pensent que la Marche des Beurs c’était bien et qu’il faut refaire quelque chose de semblable aujourd’hui… La Marche des Beurs 2. Ceux qui se disent que si ça a marché Terminator ça peut marcher pour ça aussi. Il y a ceux qui rejoignent les clubs. Club Averroès. Club 21ème siècle. Club de la BAC.
Il y a ceux qui rejoignent la Police croyant qu’en passant de l’autre côté de la barrière ils seront plus respectés… avant de vite déchanter.
Et puis il y a ceux qui sucent. Ceux qui embrassent la rhétorique de la “droite decomplexée” pour qui se plaindre d’avoir ete victime de racisme c’est forcement victimaire. Ceux qui minimisent les souffrances des leurs pour faire plaisir a Papa Sarkozy. Ceux qui acceptent qu’on les prennent pour du bétail. Les self-hating rebeux/renois. Ceux qui rejoignent le FN. Ceux qui rejoignent l’UMP. Ceux qui rejoignent le PS. Il y a ceux qui défendent un Minisitre après qu’il les ait humiliés publiquement. Celles qui sucent (au propre comme au figuré cette fois) pour être au gouvernement. Ceux qui sucent pour un Bounty. Il y a ceux qui sucent et ont regretté… pour en sucer un autre. Il y a ceux qui sucent le PAF et qui quittent le navire comme des rats quand leur ami sombre.

Il y a tous ceux là…
… et il y a ceux qui ont tout compris. Ceux qui savent que “Touche pas a mon pote”, “SOS Racisme”, "Vraie Pute Toute Soumise” instrumentalisent les simples d’esprit et ne sont que les trépieds d’ambitieux qui se foutent des banlieues, des rebeux et des renois comme de l’an 40. Eux ne sucent pas…
et surtout, ils n’habitent plus ici.

Jeune Rebeu Millionnaire

vendredi, septembre 25, 2009

De l’identité de Darwish

Ou de l'identité palestinienne comme métaphore (résistance, exil, universalité concrète...)
« Le cas Darwish est compliqué. En premier lieu, il a grandi en Israël. Ce n’était pas un Palestinien, comme la plupart des membres de l’OLP. Il n’était pas issu de la diaspora. Il est resté sur place et est devenu un citoyen israélien. Il parle aussi bien l’hébreu que l’arabe. Il est connu comme un des premiers « poètes de la résistance », ainsi qu’on les appelle. En d’autres termes, il traitait de sujets nationalistes et, avant tout de l’affirmation de l’identité palestinienne. Son poème le plus célèbre s’intitule Carte d’identité et commence par « Enregistre ! Je suis Arabe ! » Ce poème s’inspire en fait de son expérience personnelle, lorsqu’il devait se déclarer dans un bureau militaire israélien. Jusqu’en 1966, les Palestiniens d’Israël vivaient sous la loi martiale ; ils avaient constamment à se présenter aux autorités, à se faire enregistrer. Ainsi annonce-t-il au préposé, avec une sorte de défiance : « Enregistre le fait que je suis un Arabe ». Ces mots prononcés presque spontanément ont formé le premier vers d’un poème.

Plus tard, lorsque Darwish quitte la Palestine au début des années soixante-dix pour vivre en Égypte, puis à Beyrouth et à Paris, il devint un poète de l’exil. Je pense qu'il est certainement, avec Nizar Qabbani et Adonis, l'un des grands poètes du monde arabe toujours vivant et actif. Darwich attire d'immenses foules, des miliers de personnes qui viennent l'écouter réciter sa poèsie. C’est un lecteur insatiable, et, en dépit de sa longue affiliation à l’OLP, c’est un homme plutôt réservé, prenant rarement position en public. Ses goûts et ses vues sont franchement cosmopolites. Au cours de vingt dernière années, durant lesquelles il s’est montré extrêmement productif, il a développé un autre style de poésie, que j’appellerai méditatif et lyrique. Il a traité de poésie à partir d’une grande variété de sujet, allant de l’Andalousie à l’Indien d’Amérique, de la gravité de sa maladie jusqu’à, fort récemment, sa dernière grande ode – le terme arabe est qasida – intitulée État de siège. Ce poème est un compte-rendu de l’encerclement de la Cisjordanie durant l’invasion israélienne au printemps 2002

Darwish est un poète aux multiples facettes : sans nul doute une figure publique, mais également un poète profondément personnel et lyrique. Et, à l’échelle mondial, je pense qu’il est certainement l’un des meilleurs. Sa maîtrise du langage le place aux côté de Derek Wolcott et de Seamus Heaney pour citer deux prix Nobel, l’un né aux Caraïbes, l’autre en Irlande. Il réussit à assembler un grand nombre d’images issues de la tradition de l’arabe coranique, mais le fait d’un point de vue profane. Darwish n ‘est pas du tout un poète religieux, mais il utilise dans un grand nombre des ses poèmes le langage du Coran et des Évangiles. Il est aussi influencé par Lorca, Neruda et Ïevtouchenko. Ayant passé quelque temps en Russie, il est pleinement familiarisé avec la tradition de ce pays, aussi bien qu’avec certains des poètes les plus récents, tels que Brodsky...» (Edward Saïd, Culture et résistance)

Chavez, par-delà le bien et le mal

"Obama, rejoins le socialisme", a dit le président vénézuélien devant l'Assemblée générale de l'ONU à son homologue américain, l'appelant à rejoindre "l'axe du mal"

Le président vénézuélien Hugo Chavez a appelé jeudi son homologue américain Barack Obama à se montrer cohérent avec les idées qu'il défend et à rejoindre "l'axe du mal", lors d'un discours devant l'Assemblée générale de l'ONU à New York.

"Obama, rejoins le socialisme !", a dit Hugo Chavez, un habitué du sarcasme et des tirades antiaméricaines. "Nous t'invitons à rejoindre l'axe du mal !".

La précédente administration américaine de George W. Bush avait introduit cette expression pour désigner des pays comme l'Iran ou la Corée du Nord, soupçonnés de se procurer des armes de destruction massive et de soutenir le terrorisme.

"Who are you, Obama ?"

Le président vénézuélien a abordé de nombreux thèmes lors de son discours, depuis le socialisme comme moyen de "sauver" le monde du capitalisme, jusqu'à la crise politique au Honduras.

A chaque fois, il a eu pour le président américain quelques mots, parfois élogieux, parfois ironiques. Il l'a notamment invité à lever l'embargo contre Cuba et à s'abstenir d'utiliser des bases militaires en Colombie.

A propos du Honduras, il a accusé l'armée américaine d'avoir été complice du coup d'Etat du 28 juin, tout en laissant entendre que Barack Obama pouvait aussi avoir été impliqué.

"Y aurait-il deux Obama?", a demandé le chef de file de la gauche en Amérique latine aux représentants des 192 Etats membres de l'ONU. "Who are you, Obama?" ("Qui es-tu Obama?"), a-t-il ajouté en anglais, mi-ironique mi-provocant.

Plus long qu'Obama, moins que Kadhafi

Hugo Chavez a néanmoins souligné que l'opinion qu'il avait de Barack Obama était différente de celle qu'il avait de son prédécesseur George W. Bush, qu'il avait qualifié de "diable" en 2007 à cette même tribune, ajoutant que sa présence faisait que ça sentait le "soufre".

"Hier [Barack Obama] a parlé ici, ça ne sent plus le soufre", a dit Hugo Chavez, riant comme à chaque fois de ses propos. "Ca sent plutôt autre chose : ça sent l'espoir", a-t-il ajouté.

Le discours du président vénézuélien a duré un peu plus d'une heure. "Je ne vais pas parler plus longtemps que [Mouammar] Kadhafi", a-t-il dit, provoquant l'hilarité de la salle. La veille, le leader libyen avait prononcé un discours-fleuve de plus d'une heure et demie dans lequel il s'en était pris à l'Occident.

"Kadhafi a parlé pour nous tous", a ajouté Hugo Chavez, provoquant de nouveaux rires et des applaudissements. "Je ne vais pas non plus parler moins qu'Obama", a-t-il averti. Le discours du président américain, la veille, avait duré 40 minutes.

Nouvel Obs

mercredi, septembre 23, 2009

Lettre à Caroline Fourest, Editrice (?)

Salut Caroline,

J’ai ici un manuscrit autobiographique. Un genre de « Candide » d’aujourd’hui. Et, jusqu’ici, je n’arrive pas à trouver un éditeur. Tu les connais dans le monde de l’édition, je vais pas te faire un dessin, toutes des couilles molles capitulardes, toujours près à se coucher devant l’EURABIA qui se profile.

Le pitch du manuscrit le voici :

C’est l’histoire d’un jeune homosexuel Arabe, Amine, tendance bear, qui se fait enlever lors d’une tournante dans un parking d’une cité du 9-3 par son grand frère salafiste qui voulait le forcer à porter la burqa et à se faire exciser (à l’aide d’un couteau sino-suisse) par une guérisseuse malienne de Tombouctou. Ce qui arrangeait parfaitement Amine, car la promiscuité avec un mouton apostat (certains le disaient Hébreu) destiné à être égorgé dans une baignoire d’un F4 lui devenait de plus en plus intolérable. Échappant, sans le vouloir, tout en le voulant, à ce communautarisme aussi archaïque que zoologique. Il fut donc expédié dans un container de dattes israéliennes, transitant par Dubai, vers l' Afghanistan par la filière ouighoure, où il fut livré au Mollah Omar et à ses Talibans. Qui, après de multiples sévices sexuels et esthétiques (le Taliban a des goûts de chiottes !), l’échangèrent à Ahmadinejad, par le biais de Jihadistes originaire qui de Vénissieux, qui du Londonistan, contre 300 g d’uranium enrichi (mais genre nouveau riche !). Et c’est à Qom, que, camouflé sous un tchador, il assista à une messe noire, un sabbat islamo-gauchiste animé par Tariq Ramadan et des membres des Indigènes de la République, dont il distingua clairement les pieds fourchus et la langue de vipère. Il put voir également comment dans des madrasas Baloutches on lavait le cerveau de jeunes enfants à l’aide de mantras célébrant la victimisation et l'anticolonialisme, mantras répétés jusqu’à la nausée. Après de multiples tribulations qu’il serait trop long de narrer ici, il fut sauvé, in extremis, d’un écartèlement (à quatre bourricots), l’empalement lui aurait été trop plaisant à cet inverti !, par un contingent de paras français qui était en reconnaissance dans la région, « mission civilisatrice » dans le Golf Arabo-Persique oblige. C’est alors que, en un éclair, par une fulgurance peu commune, Amine compris le sens de son existence jusqu’ici, il entonna « La Marseillaise », sachant que le caporal auvergnat H., chef de l’unité, qui venait de le libérer était à l'évidence l’amour de sa vie…

Qu’est-ce que t’en penses, Caro ? Ça le fait ? Pourrais-tu également transmettre ce résumé à Mohamed Sifaoui ?

De l'Islam de Belgique

« Lorsqu'on évoque l'Islam, l'histoire, la politique, l'économie ne comptent pas...» (Edward Saïd, Covering Islam)

Il est une constante de la représentation institutionnelle de l’islam en Belgique, elle a toujours été pensée en dehors des problèmes concrets des musulmans du lieu ; hétéronomie qui indique le caractère postcolonial de sa gestion. Ainsi, la loi du 19 juillet 1974 fut adoptée à l’initiative du ministère des affaires étrangères, en pleine crise énergétique, afin de favoriser le partenariat avec les pays exportateurs de pétrole. Les différentes étapes de l’institutionnalisation suivent les tribulations de la politique pétrolière de cette époque : la loi de 1974 est votée quelques semaines avant la visite prévue du roi Fayçal d’Arabie saoudite ; le 6 mai 1978 est promulgué, deux jours avant la tournée de son successeur, le roi Khaled, un arrêté royal d’exécution de la loi de 1974. Le pavillon oriental du Cinquantenaire, ancien bâtiment de l'Exposition nationale de Bruxelles de 1880 construit à l'initiative de Léopold II, fut offert par le roi Baudouin au monarque saoudien, afin d'être réaffecté en mosquée ; ce bâtiment devint le siège du Centre Islamique et Culturel de Belgique.

Au cours des années 1980, au nom de « l’islam de Belgique », on développe l’idée d’une naturalisation de l’islam, on s'interroge sur la nécessité de l'autochtoniser. Notamment en déterminant les pratiques qui peuvent être acceptables (foulard...), en élaborant une politique de formation des imams, etc. En juin 1990 est reconnu un interlocuteur, le Conseil provisoire des sages, dont les membres sont choisis uniquement en raison de leur participation aux débats sur l’immigration. Cet organisme reproduit même les différentes divisions partisanes du pays : chaque parti, chaque région, chaque communauté avaient son quota équitable de musulmans (autant de proches des socialistes que des sociaux-chrétiens, autant d’habitants de la région flamande que de la région wallonne, alors que 40 % des musulmans vivent à Bruxelles). Soulignons au passage que dans ce processus de naturalisation, les convertis de souche, dont le rôle est central dans un tel dispositif, sont le symétrique de la figure de l'évolué dans les colonies - «celui qui est presque blanc, mais pas tout à fait... » -, puisqu'ils sont la garantie de l'occidentalisation de cet Islam de Belgique (égalité homme/femme, culture démocratique...).

A partir du milieu des années 1990, à la suite de nombreuses « affaires » médiatique (foulard, création d’une école islamique...), les différents protagonistes cherchent à dédramatiser le problème, en invoquant son aspect technique. Cette nouvelle approche n’en demeure pas moins un élément d’enjeux politiques et sociaux les plus divers. Les différents règlements électoraux reflètent ainsi avant tout les débats internes de la société belge : crainte d’un danger intégriste (sélection des candidats par la sûreté d’Etat), naturalisation de l’islam (prime aux convertis), thématique de l’immigration (division en collèges par nationalité d’origine et non en fonction des rites ou écoles religieuses), opposition à la gestion diplomatique de l’islam (inéligibilité des personnes détentrices d’un passeport diplomatique), imaginaire d’une intégration réussie par l’école.

Soit grosso modo trois étapes. Au cours des années 1970 et dans le cadre d’une orientation « diplomatique », l’interlocuteur reconnu des autorités est le Centre islamique et culturel, qui n’est autre que le représentant de la Ligue mondiale islamique, émanation de l’Arabie saoudite. Dans les années 1980, les représentants sont considérés devoir l’être non des musulmans ou des associations cultuelles islamiques, mais de la réussite des politiques d’intégration. Par leurs professions et statuts sociaux (chercheur, syndicaliste, médecin, avocat...), les membres du Conseil provisoire des sages sont censés matérialiser l’intégration réussie de l’immigration musulmane en Belgique. De fait, de nombreux musulmans laïques participeront à cet organe, dont les fonctions sont pourtant uniquement de gestion des affaires du culte. Au milieu des années 1990, la notion de « représentant » connaît une nouvelle mutation. Il s’agit désormais d’entériner une « ethnicisation » des musulmans et les élections y ont contribué. Les fonctions de l’exécutif élu ne sont ainsi nullement liées au culte islamique en Belgique, ni aux difficultés pratiques rencontrées par les musulmans dans le respect quotidien de leurs convictions. Il est mis en place en tant que porte-parole d’un groupe qualifié de « musulmans » - quels que soient les convictions et le degré de pratique religieuse des membres.

A cette ethnicisation en tant que musulman s'ajoute une fragmentation par nationalité, - se fondant sur une taxinomie aux résonances (post)-coloniales, où l'on trouve les catégories suivantes : « marocain », « turc », « autres nationalités » et « convertis » - , à laquelle des ministres belges ont activement participé, en négociant l’institutionnalisation de l’islam belge, voire sa sous-traitance par les ambassades de Turquie et du Maroc notamment. Cette délégation vers des institutions et des personnes tierces qu'on présume être de même origine a elle aussi des relents coloniaux.

Il est à remarquer, signe d'une exceptionnalité de l'Islam en terme de traitement, que l’ Exécutif des musulmans de Belgique, définit une représentation générale ; alors que pour les institutions des autres cultes, la détermination religieuse s’élabore sous la forme d’un qualificatif (Consistoire israélite, Synode protestant...) sans présager de la portée de la représentation de l’organe reconnu. On construit ainsi une ethnicité musulmane de Belgique, dont les usages sont assez prévisibles (fabrique d'une Altérité radicale).

Pour échapper à cette logique postcoloniale, où le screening par la Sureté nationale belge n'est finalement que la continuité et l'aboutissement des manières de faire successives, il convient de s'interroger sur les enjeux politiques qui dictent la recherche d’une représentation de l’islam. En Belgique, comme ailleurs en Europe, il convient donc de mettre à jour intérêts et imaginaires qui structurent cette stratégie, qui, pour l'essentiel, sont étrangers aux difficultés quotidiennes rencontrées par les musulmans du royaume. Cette stratégie peut se résumer comme suit : les musulmans de Belgique, mineurs sempiternels, sont une population inaccomplie en terme de citoyenneté, qui ont un éternel besoin d'être mise en tutelle, d'être cornaquée par une instance supérieure. Nous nous attèlerons à le démontrer...

Le non-prototype du Monde

Brice Hortefeux a trop d'humour. Je le sais, il m'a fait une blague un jour. Jeudi 24 avril 2008. Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale doit me recevoir dans son majestueux bureau. Un rendez-vous pour parler des grèves de sans-papiers dans des entreprises. Je ne l'avais jamais rencontré. Je patiente avec ma collègue Laetitia Van Eeckhout dans cet hôtel particulier de la République. Brice Hortefeux arrive, me tend la main, sourit et lâche : "Vous avez vos papiers ?"

Trois mois plus tard, lundi 7 juillet, jour de mes 29 ans. Je couvre le Tour de France. Je prépare un article sur ces gens qui peuplent le bord des routes. Sur le bitume mouillé près de Blain (Loire-Atlantique), je m'approche d'une famille surexcitée par le passage de la caravane, pour bavarder. "Je te parle pas, à toi", me jette un jeune homme, la vingtaine. A côté de moi, mon collègue Benoît Hopquin n'a aucun souci à discuter avec cette "France profonde". Il m'avouera plus tard que, lorsque nous nous sommes accrédités, une employée de l'organisation l'a appelé pour savoir si j'étais bien son... chauffeur.

Je pensais que ma "qualité" de journaliste au Monde allait enfin me préserver de mes principaux "défauts" : être un Arabe, avoir la peau trop basanée, être un musulman. Je croyais que ma carte de presse allait me protéger des "crochets" balancés par des gens obsédés par les origines et les apparences. Mais quels que soient le sujet, l'endroit, la population, les préjugés sont poisseux.

J'en parle souvent à mes collègues : ils peinent à me croire lorsque je leur décris cet "apartheid mental", lorsque je leur détaille les petites humiliations éprouvées quand je suis en reportage, ou dans la vie ordinaire. A quoi bon me présenter comme journaliste au Monde, on ne me croit pas. Certains n'hésitent pas à appeler le siège pour signaler qu'"un Mustapha se fait passer pour un journaliste du Monde !"

Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom lorsque je me présente au téléphone : c'est toujours "M. Kessous". Depuis 2001, depuis que je suis journaliste, à la rédaction de Lyon Capitale puis à celle du Monde, "M. Kessous", ça passe mieux : on n'imagine pas que le reporter est "rebeu". Le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag, m'avait avoué, en souriant : "Je croyais que vous étiez de notre communauté."

J'ai dû amputer une partie de mon identité, j'ai dû effacer ce prénom arabe de mes conversations. Dire Mustapha, c'est prendre le risque de voir votre interlocuteur refuser de vous parler. Je me dis parfois que je suis parano, que je me trompe. Mais ça s'est si souvent produit...
A mon arrivée au journal, en juillet 2004, je pars pour l'île de la Barthelasse, près d'Avignon, couvrir un fait divers. Un gamin a été assassiné à la hachette par un Marocain. Je me retrouve devant la maison où s'est déroulé le drame, je frappe à la porte, et le cousin, la cinquantaine, qui a tenté de réanimer l'enfant en sang, me regarde froidement en me lançant : "J'aime pas les Arabes." Finalement, il me reçoit chez lui.

On pensait que le meurtrier s'était enfui de l'hôpital psychiatrique de l'endroit : j'appelle la direction, j'ai en ligne la responsable : "Bonjour, je suis M. Kessous du journal Le Monde..." Elle me dit être contente de me recevoir. Une fois sur place, la secrétaire lui signale ma présence. Une femme avec des béquilles me passe devant, je lui ouvre la porte, elle me dévisage sans me dire bonjour ni merci. "Il est où le journaliste du Monde ?", lance-t-elle. Juste derrière vous, Madame : je me présente. J'ai alors cru que cette directrice allait s'évanouir. Toujours pas de bonjour. "Vous avez votre carte de presse ?, me demande-t-elle. Vous avez une carte d'identité ?" "La prochaine fois, Madame, demandez qu'on vous faxe l'état civil, on gagnera du temps", riposté-je. Je suis parti, évidemment énervé, forcément désarmé, avant de me faire arrêter plus loin par la police qui croyait avoir... trouvé le suspect.

Quand le journal me demande de couvrir la révolte des banlieues en 2005, un membre du club Averroès, censé promouvoir la diversité, accuse Le Monde d'embaucher des fixeurs, ces guides que les journalistes paient dans les zones de guerre. Je suis seulement l'alibi d'un titre "donneur de leçons". L'Arabe de service, comme je l'ai si souvent entendu dire. Sur la Toile, des sites d'extrême droite pestent contre "l'immonde" quotidien de référence qui a recruté un "bougnoule " pour parler des cités.

Et pourtant, s'ils savaient à quel point la banlieue m'était étrangère. J'ai grandi dans un vétuste appartement au coeur des beaux quartiers de Lyon. En 1977, débarquant d'Algérie, ma mère avait eu l'intuition qu'il fallait vivre au centre-ville et non pas à l'extérieur pour espérer s'en sortir : nous étions parmi les rares Maghrébins du quartier Ainay. Pour que la réussite soit de mon côté, j'ai demandé à être éduqué dans une école catholique : j'ai vécu l'enfer ! "Retourne dans ton pays", "T'es pas chez toi ici", étaient les phrases chéries de certains professeurs et élèves.

Le 21 décembre 2007, je termine une session de perfectionnement dans une école de journalisme. Lors de l'oral qui clôt cette formation, le jury, composé de professionnels, me pose de drôles de questions : "Etes-vous musulman ? Que pensez-vous de la nomination d'Harry Roselmack ? Si vous êtes au Monde, c'est parce qu'il leur fallait un Arabe ?"

A plusieurs reprises, arrivant pour suivre un procès pour le journal, je me suis vu demander : "Vous êtes le prévenu ?" par l'huissier ou le gendarme en faction devant la porte du tribunal.
Le quotidien du journaliste ressemble tant à celui du citoyen. Depuis plusieurs mois, je cherche un appartement. Ces jours derniers, je contacte un propriétaire et tombe sur une dame à la voix pétillante : "Je m'appelle Françoise et vous ?" "Je suis M. Kessous ", lui répondis-je en usant de mon esquive habituelle. "Et votre prénom ?", enchaîne-t-elle. Je crois qu'elle n'a pas dû faire attention à mon silence. Je n'ai pas osé le lui fournir. Je me suis dit que, si je le lui donnais, ça serait foutu, qu'elle me dirait que l'appartement avait déjà été pris. C'est arrivé si souvent. Je n'ai pas le choix. J'hésite, je bégaye : "Euhhhhh... Mus... Mustapha."

Au départ, je me rendais seul dans les agences immobilières. Et pour moi - comme par hasard - il n'y avait pas grand-chose de disponible. Quand des propriétaires me donnent un rendez-vous pour visiter leur appartement, quelle surprise en voyant "M. Kessous" ! Certains m'ont à peine fait visiter les lieux, arguant qu'ils étaient soudainement pressés. J'ai demandé de l'aide à une amie, une grande et belle blonde. Claire se présente comme ma compagne depuis cet été et fait les visites avec moi : nous racontons que nous allons prendre l'appartement à deux. Visiblement, ça rassure.

En tout cas plus que ces vigiles qui se sentent obligés de me suivre dès que je pose un pied dans une boutique ou que ce vendeur d'une grande marque qui ne m'a pas ouvert la porte du magasin. A Marseille, avec deux amis (un Blanc et un Arabe) - producteurs du groupe de rap IAM -, un employé d'un restaurant a refusé de nous servir...

La nuit, l'exclusion est encore plus humiliante et enrageante, surtout quand ce sont des Noirs et des Arabes qui vous refoulent à l'entrée d'une boîte ou d'un bar. Il y a quatre mois, j'ai voulu amener ma soeur fêter ses 40 ans dans un lieu parisien "tendance". Le videur nous a interdit l'entrée : "Je te connais pas !" Il aurait pourtant pu se souvenir de ma tête : j'étais déjà venu plusieurs fois ces dernières semaines, mais avec Dida Diafat, un acteur - dont je faisais le portrait pour Le Monde - et son ami, le chanteur Pascal Obispo.

Fin 2003, je porte plainte contre une discothèque lyonnaise pour discrimination. Je me présente avec une amie, une "Française". Le portier nous assène le rituel "Désolé, y a trop de monde." Deux minutes plus tard, un groupe de quinze personnes - que des Blancs - entre. Je veux des explications. "Dégage !", m'expédie le videur. La plainte sera classée sans suite. J'appellerai Xavier Richaud, le procureur de la République de Lyon, qui me racontera qu'il n'y avait pas assez d'"éléments suffisants".

Que dire des taxis qui après minuit passent sans s'arrêter ? Que dire de la police ? Combien de fois m'a-t-elle contrôlé - y compris avec ma mère, qui a plus de 60 ans -, plaqué contre le capot de la voiture en plein centre-ville, fouillé jusque dans les chaussettes, ceinturé lors d'une vente aux enchères, menotté à une manifestation ? Je ne compte plus les fois où des agents ont exigé mes papiers, mais pas ceux de la fille qui m'accompagnait : elle était blonde.

En 2004, une nuit à Lyon avec une amie, deux policiers nous croisent : "T'as vu le cul qu'elle a !", lance l'un d'eux. "C'est quoi votre problème ?" rétorqué-je. Un des agents sort sa matraque et me dit en la caressant : "Il veut quoi le garçon ?" Le lendemain, j'en ai parlé avec Yves Guillot, le préfet délégué à la police : il m'a demandé si j'avais noté la plaque de leur voiture. Non...

En 2007, la brigade anticriminalité, la BAC, m'arrête sur les quais du Rhône à Lyon : j'étais sur un Vélo'v. On me demande si j'ai le ticket, si je ne l'ai pas volé. L'autre jour, je me gare en scooter sur le trottoir devant Le Monde. Je vois débouler une voiture, phares allumés : des policiers, mains sur leurs armes, m'arrêtent. Je leur dis que je travaille là. Troublés, ils me demandent ma carte de presse, mais pas mon permis.

Des histoires comme celles-là, j'en aurais tant d'autres à raconter. On dit de moi que je suis d'origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un "beurgeois", un enfant issu de l'immigration... Mais jamais un Français, Français tout court.

Mustapha Kessous

mardi, septembre 22, 2009

De la rhétorique de l'intégration

On a vu et revu la vidéo par laquelle est venu le scandale, cette vidéo où le ministre des « mimiles », égale à lui même, énonce intempestivement l’inconscient de la République. Mais il est une séquence très particulière qui mérite toute notre attention, c’est la séquence qui traite de « l’intégration » proprement dite. Tant la séquence en soi que le compte rendu critique qui a été fait par deux éminents chercheurs en sciences humaines (Stéphane Beaud et Gérard Noiriel). Ecoutons les :

« Mais brutalement une autre logique s’impose. Des propos politiques viennent en effet se greffer sur la scène. On entend quelqu’un affirmer : "Ça, c’est l’intégration !" Puis un autre participant, invisible à l’écran, enchaîne : "Lui (en parlant d’Amine), il parle arabe." Cette phrase est perçue comme une mise en question de la bonne intégration d’Amine. Sans doute que, pour les militants de l’UMP, on ne peut pas être "intégré" et parler l’arabe. C’est pourquoi Copé intervient à nouveau en s’efforçant cette fois de focaliser l’attention sur l’ennemi socialiste. Commentant les propos qui viennent d’être tenus, il dit à l’intention d’Amine, en le vouvoyant : "Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés."

Mais une autre intervenante (sans doute la secrétaire départementale UMP des Landes), soucieuse de prouver qu’Amine est "vraiment" intégré, se livre à une surenchère révélatrice des préjugés qui règnent dans ce parti : "Il est catholique, il mange du cochon et il boit de l’alcool." Et joignant le geste à la parole, sans doute pour féliciter le jeune homme d’avoir fait autant d’efforts pour devenir "comme nous", elle se rapproche de lui et lui fait la bise.

Ce commentaire et ce geste suscitent un surcroît de rires et l’approbation générale. Il semble donc que tout le monde soit d’accord pour penser que l’intégration puisse être définie à partir de critères religieux, et pour considérer que la seule communauté qui pose problème à cet égard, ce sont les musulmans. C’est dans ce contexte précis, de rigolade franchouillarde, dans ce moment de "déconne" (comme dira Jean-François Copé) que Brice Hortefeux donne un deuxième aperçu de l’étendue de son humour. Au lieu de critiquer les stéréotypes qui viennent d’être énoncés, il affirme à propos d’Amine : "Il ne correspond pas du tout au prototype, alors." Ce qui revient à affirmer qu’il existerait un "prototype" de l’Arabe, défini de manière quasi exclusive par son appartenance religieuse (islam) et par le respect des interdits alimentaires (le porc, l’alcool).
»(*)

A première vue l’analyse apparaît honnête, perspicace et de bonne tenue, mais à y regarder de plus près on s’aperçoit que la critique se loge dans le contenu de ce que les membres du parti d’Hortefeux entendent par « intégration » (à savoir être Arabe, être musulman, manger du porc...). Rien que dans le contenu. Jamais plus. Il n’est fait mention ni de la légitimité ni de la pertinence de son usage. Pourtant l’emploi de ce concept, de cette catégorie ne releve pas de l' évidence, il aurait du être interrogé. Cet usage, pour tout dire, est plus que tendancieux. Si le concept d’ intégration est douteux, l’usage de celui-ci relève d’une logique de l’injonction paradoxale, du type « sois naturel ». Soit d’un usage à la perversité avérée. Dans ce dispositif, le discours de l’intégration se fait toujours au détriment de « l’intégré », tandis que celui qui en use en tire profit, suivant une logique de bénéfice secondaire. Cette rhétorique est au mieux la marque d’une situation « problématique » et au pire le signe que la chose est « impossible » à réaliser. Cette ambiguïté intéressée de « la rhétorique de l’intégration », qui mieux que Abdelmalek Sayad a pu la relever et l’expliquer :

« Il convient de rappeler qu’il en est de l’immigration et de l’intégration (des immigrés) comme de nombres d’autres objets sociaux (et surtout d’états mentaux), où l’on se met « à vouloir ce qui ne peut être voulu ». C’est comme de vouloir oublier, comme de vouloir être naturel, comme de vouloir dormir. Il suffit de vouloir oublier pour ne pas oublier, il suffit de vouloir être naturel pour ne pas paraître naturel. L’intégration est, elle aussi, de cet ordre : à poursuivre une intégration qui, à proprement parler, ne dépends pas objectivement de la volonté des agents, on risque de tout rater. L’intégration derrière laquelle on court a pour caractéristique, comme tous les autres états, de ne pouvoir se réaliser que comme effet secondaire d’actions entreprise à d’autres fins. Quand bien même on convient de ne pas entendre l’intégration comme une simple forme de promotion sociale, elle est au bout d’efforts qui n’ont pas besoin de se donner l’intégration comme objectif. Aussi l’invite à l’intégration, la surabondance du discours sur l’intégration ne manquent pas d’apparaître aux yeux des plus avertis ou des plus lucides, quant à leur positions au sein de la société, en tous les domaines de l’existence, comme un reproche pour manque d’intégration, voire même comme une sanction ou un parti pris sur une intégration « impossible », jamais totale, jamais totalement et définitivement acquise. » (La double absence)

Et il se fait que, sans fausse modestie, nous soyons les plus avertis, les plus lucides et surtout les moins dupes…

On a pu dire que l’enfer était pavé de bonnes intentions, et bien, « la rhétorique de l’intégration », sous ses dehors bonhommes, peu importe celui qui la tient, c’est l’enfer du descendant d’immigré ! Ce n'est pas Amine Benalia-Brouch qui nous contredira...

samedi, septembre 19, 2009

« Eurabia », mon amour !

En 2005 un nouveau genre littéraire est né. Dont finalement l’on se serait bien passé. Une variation besogneuse sur le thème de la dystopie, cette contre-utopie cauchemardesque à la manière du 1984 d’Orwell, du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ou du Maître du Haut Château de Philip K. Dick… Il a pour nom « Eurabia ».

L’initiatrice de ce genre nouveau, au répertoire thématique aussi orienté que limité, est une journaliste britannique d'origine juive égyptienne, Giselle Littman, dont le nom de plume est Bat Ye'or (qui signifie fille du Nil en Hébreux). L'ouvrage paradigmatique de cette si belle découverte fut Eurabia : l'Axe euro-arabe.

La thèse du genre littéraire douteux qu'est « Eurabia » est la suivante : l'Europe, à courte échéance, sera phagocytée par le monde arabo-musulman, à cause, d’une part, de la trahison des élites européennes, et d’autre part, du fait de l 'immigration galopante et du taux de fécondité des immigrés. Ainsi à terme les populations musulmanes seront majoritaires et donc dominantes en Europe. Rien moins que ça !

C’est armé d’un concept, un bien grand mot, emprunté à Bachir Gemayel, que Giselle Littman-Bat Ye'or, veut nous persuader de cela, il s’agit de la « dhimmitude », à savoir une attitude de faiblesse, de concession et d’apaisement stérile envers l’islam. Soit tout un imaginaire de lâcheté où Neville Chamberlain est invité bien évidemment...

On pourrait se demander : qui peut prendre au sérieux une théorie aussi farfelue, tant elle a été déconstruite de nombreuse fois (*)? Et pourquoi ? C’est oublier, au moins, un précédent célèbre, qui montre l’efficace d’une fiction quand elle apparaît dans un contexte donné, un certain « horizon d’attente ». Fiction littéraire qui n'a pas plus besoin d’être régie par la rationalité que de dépendre du « principe de réalité ». Je veux parler bien sûr du « Protocole des Sages de Sion » avec lequel le genre « Eurabia » a bien des points communs : théorie du complot, alarmisme, schématisme essentialiste, sans parler de la cible qui est, elle aussi, sémite symboliquement… C'est là toute l'ironie et la perversité de la chose, puisque s'il faut en croire la doxa médiatique, le monde arabo-musulman est le vecteur par excellence de l'antisémitisme nouveau !

Tandis que, depuis le 11 septembre 2001, ceux qui veulent croire à de telles théories se font de plus en plus nombreux. Il y a ceux qui se nourrissent (dans tous les sens du terme) de cette théorie de manière explicite : Bat Ye'or, Oriana Fallaci, Robert Spencer, Daniel Pipes, Ayaan Hirsi Ali, Melanie Phillips, Mark Steyn, Bernard Lewis, Bruce Bawer... Et puis il y a les seconds couteaux qui y recourent sans l’avouer, de manière plus honteuse, plus cryptique : Philippe Val, Caroline Fourest, Yvan Rioufol etc.

On pourrait croire que tout cela est daté, quaujourd’hui on est passé à autres choses. Eh bien rien n’est moins sûr, on constate même tout le contraire, le climat n’a jamais été aussi islamophobe qu’il ne l’est aujourd’hui en Europe, voyez-vous même :

« L’Europe est-elle sur le point d’être submergée par les musulmans ? C’est ce que semble penser un certain nombre d’éminents politiques et journalistes européens et américains. "Une société musulmane jeune à l’est et au sud de la Méditerranée est en passe de coloniser – le terme n’est pas trop fort- une Europe sénescente", prédit ainsi l’historien britannique Niall Ferguson. Et, à en croire, le journaliste américain Christopher Caldwell – que The Observer qualifiait récemment "d’observateur lucide et vivifiant de l’angélisme européen"-, les musulmans sont en train de conquérir "les villes européennes, rue après rue". Dans son livre « Réflexions sur la Révolution en Europe : immigration, islam et Occident », Caldwell écrit : "Les minorités peuvent imprimer leur marques sur les pays. Elles peuvent les conquérir . Il y avait sans doute moins de Bolcheviks dans la Russie de 1917 qu’il n’y a d’ islamistes en Europe aujourd’hui." Visiblement, à l’en croire, ce n’est pas seulement l’islamisme, mais aussi la forte croissance démographique des musulmans, qui transforme l’Europe en « Eurabia ». Les cultures « avancées », affirma Caldwell dans son livre, ont maintes fois par le passé sous-estimé leur vulnérabilité face aux cultures « primitives » ». Comme le disait récemment le Daily telegraph, citant Caldwell, la Grande Bretagne et l’union européenne n’ont pas fait cas de " la bombe démographique à retardement " qui se cache en leur sein. Le journaliste canadien Mark Steyn, salué par le romancier Marin Amis comme un " grand diseur de l’indicible ", n’hésite pas, lui, à proposer des solutions dans son best seller de 2006 « L’Amérique seule : la fin d’une époque » : "A l’ère de la démocratie, il n’y a qu’une seule façon de lutter contre la démographie – la guerre civile. Les Serbes l’ont compris, comme le comprendrons d’autre pays d’ Europe continentale dans les années à venir : si vous ne pouvez pas faire plus d’enfants que l’ennemi, éliminez-le" » (Pankaj Mishra, Guardian)

Cela donne froid dans le dos, n'est-ce pas ? C'est en tout cas une superbe illustration de ce qu'Appadurai appelait la peur des petits nombres. Et bien maintenant que vous voilà au fait, lorsqu’il vous parviendra, peu importe la manière, un compte rendu démographique (chiffré) des musulmans d' Europe, vous pourrez enfin savourer toute la dimension littéraire de la chose…

jeudi, septembre 17, 2009

Le championnat du monde des « mimiles »



Il se déroule aujourd’hui en France un concours des plus insolites : le championnat du monde des « mimiles ». Toutes catégories. Épreuve dont on nous dit qu'elle sera très disputée. Qui remportera la médaille d’or, si convoitée ? Sans nul doute un enfant du pays, tant les ressources de la patrie des droits de l'homme en la matière sont inépuisables, on y touche du doigt le sublime, l'infini cher à Pascal… Jusqu’ici, on avait pu croire que le trophée, les lauriers de la gloire, la consécration du « mimile d’élite » reviendrait, tout naturellement, à Brice Hortefeux, le tigre (de papier) d’Auvergne, avec son fameux lancé, aussi précis que la descente d’un ballon de rouge au bistrot d'en face, « Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes… », mais c'était allé bien vite en besogne, car sur la dernière ligne droite (extrême-droite ?), par une échappée (rétrospective) de dernière minute, George Frèche, le lion (fou) de Septimanie, double le tigre avec une maestria fabuleuse faite d’érudition et d’intelligence : « Qui c’est qui à fait l’Algérie ? c’est nous ? L'Algérie a été colonisée quatre fois… Les Algériens la plupart sont analphabètes…» (*). Le concours n’étant pas fini restons prudents, toutes les options restent ouvertes, tout peut encore arriver, y aura-t-il un troisième homme qui viendra départager les deux monstres sacrés, ces Titans de la franchouillardise ? Le danger viendra-t-il du baroud d'honneur, d'une saillie qui tue du « cylcope de Saint-Cloud » ? Qui sait ? L'avenir nous le dira... Roland Barthes l’avait remarqué, il y a de l’épique, du divin dans le sport. Quel que soit le sport!

mercredi, septembre 16, 2009

Il y a 27 ans à Sabra et Chatila







Il y a 27 ans, de la nuit du 16 au matin du 18 septembre (1982), les forces militaires israéliennes occupant le Liban, sous le commandement direct de l’ancien ministre israélien de la Défense Ariel Sharon, ont fourni la logistique militaire pour le massacre de milliers de civils palestiniens dans les camps des réfugiés de Sabra et Chatila par les milices Phalangistes libanaises. Qui s'en souvient ?

Il y a 27 ans, jour pour jour, nuit pour nuit, Ariel Sharon planifia l'entrée de milices Phalangistes libanaises qui, durant 36 à 48 heures, ont massacré les habitants tandis que l’armée israélienne sensée garder les camps, les éclairait de nuit à l’aide de fusées lumineuses...

Il y a 27 ans, jour pour jour, nuit pour nuit, on pouvait voir dans ces camps de réfugiés des piles de corps jonchant les rues, des fosses communes construites à la hâte, des bâtiments rasés par des bulldozers passant sur des cadavres...

Il y a 27 ans, jour pour jour, nuit pour nuit, tout cela se passait au vu et au su de la communauté internationale, cette grande muette qui recouvre la parole quand il est question d'Iran par exemple. Et à ce jour, aucun des commandants ou officiers responsables du massacre n’a été tenu pour responsable ou poursuivi pour crimes contre l’humanité.

Cela fait 27 ans d'impunité la plus totale tant pour les commandants de l’armée israélienne que pour les membres des milices Phalangistes, alors que les milliers de victimes civiles palestiniennes de Sabra et Chatila sont toujours enterrées dans des fosses communes à Beyrouth, au Liban.

Et que l'on nous parle pas de la Loi dite de compétence universelle, cette blague belge...


mardi, septembre 15, 2009

Abdelkrim le surréaliste

Les Surréalistes ne furent pas (qu') une bande d'hurluberlus, une avant-garde d’artistes traînant leurs savates sur Saint-Germain, une clique de poètes maudits narcissiques et coupés du monde. Ce sont là des images d'Epinal destinées aux étudiants des Beaux-Arts. La « bande à Breton », au sortir de la première guerre mondiale, avait une conscience aiguë des maux de son époque. Aussi savait-elle prendre des risques. Elle s’est ainsi engagée à corps perdu contre le colonialisme, et tout particulièrement contre la guerre du Rif qui sévissait dans les années '20. Cette guerre, dont Abdelkrim fut la figure majeure, annonciatrice des mouvements de décolonisation d’après-guerre, sonnait le glas d’une prétendue supériorité ontologique de l’Occident... Cette guerre fut le prélude aux sanglots longs de « l’homme blanc » !

« L’idée de patrie nous répugne, le patriotisme est une hystérie » « la France n’existe pas ! » « Nous n’acceptons pas l’esclavage que fait peser sur le monde la haute finance internationale, nous n’acceptons pas les lois de l’économie et de l’échange, nous sommes des barbares puisque cette sorte de civilisation nous écœure, nous nous déclarons en insurrection contre l’histoire » « Non seulement l’appareil de guerre moderne est mis en branle contre les peuplades soulevées, mais on demande aux intellectuels de justifier la répression. » « Nous souhaitons de toutes nos forces, que les révolutions, les guerres et les insurrections coloniales viennent anéantir cette civilisation occidentale dont vous défendez jusqu’en Orient la vermine, et nous appelons cette destruction comme l’état de choses le plus acceptable pour l’esprit. » « Vivent les Rifains !» « Vive Abdelkrim ! » (André Breton )

« Nous aurons raison de tout. Et d’abord nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère, où vous êtes moulés comme des fossiles dans le schiste. Monde occidental, tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe, prenez garde, ou plutôt non : riez encore. Nous pactiserons avec tous vos ennemis, nous avons déjà signé avec ce démon le Rêve, le parchemin scellé de notre sang et de celui des pavots. Nous nous liguerons avec les grands réservoirs de l’irréel. Que l’Orient, votre terreur, enfin, à notre voix réponde. Nous réveillerons partout les germes de la confusion et du malaise. Nous sommes les agitateurs de l’esprit. Juifs, sortez des ghettos. Bouge, Inde aux milles bras, grand Brahma légendaire. A toi, Egypte. Soulève-toi, monde. Riez bien. Nous sommes ceux-là qui donneront toujours la main à l’ennemi. » (Louis Aragon)

« Tuer n’est jamais voler.
Un bâton pour lui, un drapeau pour toi, les coups pour les autres.
Une arme suffit pour montrer la vie.
Tout ce qui vole n’est pas rose.
Avant le déluge, désarmez les cerveaux.
Un clou chasse Hercule.
Qu’ils soient sans canne ou qu’ils ne soient pas.
Incendie et mitrailleuse sont les deux mamelles de la France.
Les aigles ne se prennent pas avec les mots.
Duvet cotonneux des médailles.
Honore Sébastien si Ferdinand est libre. » (Paul Eluard )




Merci à CFM