Pages

La journée de la Burqa

Je regrette, infiniment (euphémisme) que la gauche de la gauche en la personne de M. Gérin, main dans la main avec la sarkozyste Mme Amara, se mettent en tête maintenant d'interdire le port de la burqa et du voile intégral dans notre pays. Quand le sociétal remplace le social, quand la Journée de la jupe devient un film culte, le néocolonialisme et le choc des civilisations ont de beaux jours devant eux.

Ce sinistre projet est clairement islamophobe, c'est le projet des petits bourgeois donneurs de leçons occupés par leur "mission civilisatrice". C'est dramatique.

Je n'ignore pas que beaucoup de femmes sont victimes du machisme dans les pays musulmans, et que la burqa fonctionne comme une prison pour beaucoup d'entre elles.

Cependant je reste libéral en matière vestimentaire. Tout ce qui ne conduit pas à l'incitation au viol et à la corruption des mineurs doit être autorisé. La burqa ne relève pas de ce registre.

En outre je ne peux pas ignorer que
1) le port de la burqa ou du voile intégral est très minoritaire en France, même parmi les musulmanes ;
2) certaines femmes musulmanes souhaitent sincèrement porter ce vêtement qu'elles rattachent à leur tradition.

Si l'on veut libérer les femmes musulmanes, attachons nous à les instruire, elles et leurs frères, leurs maris, et à leur faire une place dans notre société, plutôt que de leur imposer la violence de la loi. Et avant même que de les libérer, commençons par les entendre. Le "projet civilisateur" n'est pas à sens unique, et nous avons aussi à nous laisser "civiliser". Entendons notamment ce qu'ont à nous dire les peuples musulmans.

Quand certaines de leurs autorités cultuelles expliquent que les femmes occidentales ploient sous la dictature de la séduction, de l'apparence, du corps mince, du maquillage, du narcissisme et de la volonté de plaire, n'ont-elles pas raison ? Si une loi veut règlementer la "dictature" de la burqa, ne doit-elle pas aussi alors règlementer celle de l'industrie de l'habillement, et celle de l'industrie de la nudité, qui créent tant de frustrations et tant d'inégalités entre femmes jeunes et vieilles, belles et laides ? N'y a-t-il point là un enfer pour les femmes qui n'a peut-être rien à envier à l'enfer de la burqa ?

Si le voile, intégral ou non, est pour certains un moyen de soustraire les femmes à la loi de leur marchandisation, c'est un argument que l'on doit entendre, autant que celui des féministes occidentales qui y voient un instrument d'aliénation sans trouver pourtant à redire à la dictature du string. Et faisons preuve de la plus grande circonspection devant ces projets législatifs remplis de bonnes intentions, dont le fondement réel est le refus de comprendre l'autre, la volonté aveugle de lui imposer notre morale, nos valeurs, notre propre aliénation. Il est vrai qu'on oublie si bien ses propres chaines en prétendant libérer autrui...

Un ami me disait que nous devrions créer un mouvement "Pas en notre nom" comme le mouvement anti-guerre de 2002 qui objecterai à chaque aberration de nos gouvernants en matière de politique étrangère ou de relation avec le cultures que leurs erreurs n'engagent pas les citoyens qu'ils entendent représenter. Le thème de la loi sur la burqa serait un bon sujet pour ce genre d'action. Et si demain la burqa venait à être interdite, nous devrions tous, hommes et femmes, sortir dans cette tenue en signe de refus de ce fascisme de la political correctness.

Frédéric Delorca

Monsieur Jourde fait de la propagande

« Cette idée, indéfiniment ressassée, tout en donnant bonne conscience, masque souvent deux comportements : soit, tout bonnement, l'ordinaire lâcheté d'un monde intellectuel où l'on préfère éviter les ennuis, où l'on ne prend de risque que si l'on en attend un quelconque bénéfice, où dire du bien peut rapporter beaucoup, et dire du mal, guère ; soit le refus de toute attaque portée à une œuvre littéraire, comme si, quelle que soit sa qualité, elle était à protéger en tant qu‘ objet culturel ; le fait qu'on ne puisse pas toucher à, un livre illustre la pensée gélatineuse contemporaine : tout est sympathique. Le consentement mou se substitue à la passion. Ne parler que des bonnes choses ? Cela ressemble à une attitude noble, généreuse, raisonnable. Mais quelle crédibilité, quelle valeur peut avoir une critique qui se confond avec un dithyrambe universel ? »(1)

L'extrait ci-dessus, témoigne de toute la clairvoyance dont jouissait Pierre Jourde dans une vie antérieure, du temps où il avait encore toute sa tête et toutes ses facultés. Il dit toute la contradiction et aussi la régression intellectuelle de son auteur aujourd'hui, trait à sa position partisane inspirée de la situation conflictuelle entre Israël et le mouvement de résistance Hamas. Pierre Jourde n’est pas juif, pas plus que Raël n’est Israélien, comme le souligne un intervenant du forum de la Ligue de Défense Juive (groupe paramilitaire d’autodéfense sioniste fasciste), dont l’article, publié par Le Monde, lundi 21 janvier 2008, a été repris dans son intégralité pour les besoins de la «hasbara» sur ce site.

S’il n’est pas juif, Pierre Jourde arbore au moins une sympathie sioniste à la boutonnière, au lu des thèses et des lieux communs exposés prosaïquement. Monsieur Jourde, pourtant, écrivain et critique, qui nous a habitués à d'autres pertinences, d'autres critiques littéraires subtiles et drolatiques, s'avère être, dans cette charge, vraiment un batracien sirupeux, palmé et sans estomac de la « Hasbara sioniste ».

L’homme, a un cumul de 61 ans de retard, de confusion au compteur, et ne se rend même pas compte qu’il fait en gâte-sauce de gargote borgne dans le salmigondis réchauffé. Alors pourquoi cette imprévisible saute d’humeur, ici et maintenant, chagrin d'amour, déficit d'affection ou coup de lune ?

On s'en fiche de connaître les raisons, même si M. Jourde ne semble pas avoir une grande actualité ou un samovar russe à nous revendre. On n’apprend rien d’inédit ou d'extra, qui n’eut été déjà, par force tambourinage médiatique mensonger, chantonné, ici et là, et colporté par les petites abeilles chantantes du sionisme en France. Il répète sans savoir avec cette effronterie qu’ont parfois les perroquets de découvrir le langage. Ou les autruches sans estomac à avaler des réveils-matin sans le moindre rôt.

Si Monsieur Jourde peut se prévaloir (quand il est inspiré) d’être un fin critique littéraire, il n'est sûrement pas un bon observateur de la chose politique. Quand bien même il le voudrait, son champs de vision est si rétréci, si morne, qu'il n'égalise même pas le commun des champs de patates. De là, oser nous faire des protocoles sur la culpabilité universelle des juifs, dès lors qu'il ne s'agit benoîtement, que de sionisme et de colonialisme dégénératifs attardés. C'est vraiment, avec toute l'excuse qu'on doit aux taupes, manquer d'acuité et de vision!

On a envie de rire, mais par décence on se retient devant un tel inventaire de philosémitisme gélatineux, on n’ose pas, au risque de passer pour de cauteleux antisémites, lui intimer d'en faire des bocaux pour l'hiver prochain. Car il n’y a pas plus comique qu’un con pathétique monté sur son escabeau de valeurs et crachant à la face du monde via son porte-voix ses commandements, alors qu'aucun avis de tempête n'est signalé et qu'aucun homme n’est tombé à la mer. C’est comme une fouine qui tombe sur un couteau suisse multi-fonctions.

Monsieur Jourde en fait une montagne de Sion, sans que Dieu l’ait sonné pour l’apéro ni pour le rapport, de là, à se présenter effrontément, devant lui en panoplie de Zorro, gagnée à la Foire à Neuneu, il y a des audaces avec lesquelles le protocole vestimentaire ne transige pas. Et nous consternés de voir ce bouloché, tombé du lit de l’histoire, à peine réveillé du tout outré, par ce qu’il dégoise et moins encore par ce que le commun des Palestiniens endure depuis 61 ans, on a deux choses à lui rappeler, sans pour autant casser l’ambiance : la première c'est que la période de Carnaval est passée pour continuer à dormir avec son costume de Zorro en feutrine et la seconde c'est que l’affaire Dreyfus c’était en 1894 !

(1) La littérature sans estomac, Esprit des Péninsules, 2002.

Mohamed Marhoum

A quoi sert l'absence de statistiques ethniques ?

La police française pratique à grande échelle des "contrôles au faciès". Une étude scientifique, conduite dans la plus grande confidentialité, montre que les forces de l'ordre effectuent des contrôles d'identité discriminatoires vis-à-vis des Arabes et des Noirs : pour les premiers, la probabilité d'être contrôlé est globalement 7,8 fois plus élevée que pour les Blancs; pour les seconds, elle est six fois plus importante. Ces résultats, publiés mardi 30 juin, ont été obtenus par l'observation du travail policier à Paris (gare du Nord et Châtelet-les Halles) entre octobre 2007 et mai 2008.

Financés par une fondation américaine créée par le milliardaire Georges Soros, l'Open society institute - imperméable aux débats actuels sur la pertinence des statistiques ethniques dans le modèle français - les enquêteurs ont ainsi secrètement décrypté 525 opérations de police, relevant notamment l'âge, le sexe, la tenue et le profil ethnique des individus contrôlés pour les comparer avec ceux des personnes (37 000 au total) passant à proximité. Sans tabou : contrairement aux traditions françaises, ces individus, qui restent anonymes, sont désignés par la couleur de leur peau ("Blanc", "Noir", "Arabe", etc.).

L'étude confirme, en lui donnant un caractère scientifique, ce qu'expriment, depuis des années, les minorités visibles en France. Jusqu'à présent, en effet, les enquêtes réalisées s'appuyaient uniquement sur des sondages déclaratifs, sans vérification possible et avec des échantillons réduits. "L'étude a confirmé que les contrôles d'identité effectués par les policiers se fondent principalement sur l'apparence : non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu'ils sont, ou paraissent être", indique le rapport, rédigé par deux chercheurs du CNRS, Fabien Jobard et René Lévy.

Les chercheurs constatent que les tenues portées sont aussi des critères décisifs dans les choix policiers. "Bien que les personnes portant des vêtements aujourd'hui associés à différentes "cultures jeunes" françaises (" hip hop", "tecktonic", "punk" ou "gothique", etc.) ne forment que 10 % de la population disponible, elles constituent jusqu'à 47 % de ceux qui ont effectivement été contrôlés". Comme deux personnes sur trois arborant ce type de tenues (capuches, etc) font partie des minorités visibles, les auteurs retiennent l'hypothèse que les vêtements sont aussi, indirectement, des marqueurs ethniques.

La plupart des quelque 500 contrôles observés se sont déroulés sans incident. Dans la moitié des cas, les contrôles ont toutefois débouché sur une fouille ou une palpation de sécurité – sans que les pratiques soient significativement différentes entre Arabes, Noirs et Blancs. Ce que confirment les personnes contrôlées, interrogées ensuite, discrètement, par les scientifiques : seules 3 % ont déclaré avoir perçu un traitement raciste ou insultant; 76 % ont émis un jugement neutre sur l'attitude des fonctionnaires; 6 % ont souligné que la police s'était comportée de manière respectueuse et polie. Mais le bon déroulement des contrôles n'empêche pas les populations ciblées d'exprimer leur colère, surtout face à leur caractère répétitif.

Les auteurs parlent d'"effets délétères" pour les rapports entre la population et les policiers, citant les nombreuses émeutes intervenues en France depuis 2005. "Les contrôles sont en effet fréquemment au cœur de l'antagonisme entre les policiers et les jeunes, plus particulièrement vivant dans les zones urbaines reléguées. Ces derniers se plaignent depuis longtemps d'être la cible de contrôles d'identité répétés, dépourvus de nécessité et relevant du harcèlement". Ils soulignent que le cadre juridique "permissif" laisse aux policiers "un large pouvoir discrétionnaire".

L'Open society institute émet une série de recommandations. D'abord en suggérant l'enregistrement par les patrouilles du profil ethnique des personnes contrôlées pour vérifier, a posteriori, l'impartialité des opérations – une démarche interdite en l'état du droit. Ensuite en modifiant le code de procédure pénale pour limiter les risques de discriminations. Enfin, en exigeant des policiers qu'ils expliquent systématiquement les motifs du contrôle aux citoyens concernés.

Contactée, la préfecture de police de Paris a fait part de son "intérêt" pour ces résultats. "L'étude peut apporter des enseignements, explique la commissaire Marie Lajus, porte-parole de la préfecture. Mais n'oublions pas que la pratique policière se fonde sur des paramètres empiriques incontournables, notamment l'apparence, l'âge, le sexe ou l'origine géographique. Le travail policier ne peut pas s'apparenter à un sondage où on chercherait à être représentatif de la population. Notre mission, c'est de prévenir des délits et des crimes, pas de représenter la société".

Luc Bronner

Ma BHL parano




« Cher Bernard, cher Henri, cher Lévy. Trois personnes en un seul dieu : ce mystère de De trinitate, tu en es l’illustration cathodique. Pourquoi relever, te reprocher tes reniements, toi qui est, mieux qu’une girouette, une véritable rose des vents à toi tout seul ? Hauteur de l’infatuation, largeur de la surface médiatique, profondeur dans la pose pour photographe ; constance dans l’inconsistance, dogmatismes alternés, tes prises de décisions se succèdent et se contredisent… » « Ton agitation interlope ne cesse de transiter entre les deux formes de reniement, de gauche et de droite. Le chantage à l’antisémitisme, au fascisme, ne t’a servi qu’à restaurer, comme seul rempart contre les mauvais instincts des foules, la théologie la plus répressive. Inventeur du « retour au sacré » par utilitarisme, aimable Torquemada d’une inquisition de théâtre, belle âme de troc et de trucs, ton périple patine dans le lac gelé des illusions perdues en arabesque imprévisible. » « Drogué aux médias, à la popularité, tu ne tiens qu’à l’applaudimètre. Ton existence morale, chevalier du vide, révèle l’inexistence, sous l’armure, des croisés de notre génération blanche. Et cette inexistence est inscrite en tes initiales, BHL. Tu n'as même pas de nom à toi, rien qu'un sigle, comme RATP, ou SNCF. » (Guy Hocquenghem)

Le fait divers fait diversion...

La France est en émoi.
Chiffres du chômage? Crise financière? Nouvelle rolex présidentielle?
Non, non, rien de tout cela. La « burqa », ma brave dame. Et c'est mieux d'accompagner le mot d'une moue dédaigneuse.

L'heure est grave, en effet. Il faut que les trois femmes vêtues de cette pièce de tissu soient plus scandaleuses et surtout plus visibles que les 700 000 « emplois» qui vont être détruits cette année dans le secteur privé (Insee/Le Monde daté du 20 juin 2009).

Derrière l'autre burqa « bien de chez nous » qui escamote la suppression des 700 000 emplois, il y a aussi 700 000 individus - et leurs familles - dont la dignité devrait être défendue avec autant de fougue.

Mais, à Versailles comme à l'Elysée, on ne badine pas avec le sérieux danger que représentent les centimètres d'étoffe superflus sur le corps des femmes musulmanes.

Aussi, le président, incité par la proposition d'un élu prétendu-communiste, a jugé bon de mentionner le port du voile intégral par une infime minorité des musulmanes, créant de toutes pièces un problème pour travailler en profondeur l'opinion française, et lui rendre acceptable l'idée d'une guerre - pourquoi pas? - contre l'Iran.

Déjà, le 15 septembre 2007, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, avait declaré sur LCI: « Il faut se préparer au pire [avec l'Iran], c'est-à-dire à la guerre ». La peur en politique, c'est comme les parapluies: les gens prévoyants savent que ça peut toujours servir.

Sarkozy a ajouté: « Ce n'est pas l'idée que la République se fait de la dignité de la femme ». La République qui se fait des idées sur « la femme » (?) à Versailles, c'est assez savoureux. Surtout quand on sait que c'est la même République qui a accordé le droit de vote aux femmes le 29 avril 1945. Vous savez, après tous les autres pays européens, y compris la Turquie.

Enfin, pour prolonger cette perspective historique, Didier Boulaud, sénateur prétendu-socialiste a fait malicieusement observer que depuis Napoléon aucun chef d'Etat n'avait prononcé de discours devant les Assemblées. Il peut donc s'avérer utile de rappeler au Roi Soleil en talonnettes cette phrase de Marx dans le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte: « Hegel fait remarquer quelque part que, dans l'histoire universelle, les grands faits et les grands personnages se produisent, pour ainsi dire, deux fois. Il a oublié d'ajouter: la première fois comme tragédie, la seconde comme farce.»

Princesse de Clèves

La burqa invisible

C'est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe. Si vous êtes un homme, imaginez-vous en jupe, plutôt courte, et essayez donc de vous accroupir, de ramasser un objet tombé par terre sans bouger de votre chaise ni écarter les jambes... La jupe, c'est un corset invisible, qui impose une tenue et une retenue, une manière de s'asseoir, de marcher. Elle a finalement la même fonction que la soutane. Revêtir une soutane, cela change vraiment la vie, et pas seulement parce que vous devenez prêtre au regard des autres. Votre statut vous est rappelé en permanence par ce bout de tissu qui vous entrave les jambes, de surcroît une entrave d'allure féminine. Vous ne pouvez pas courir ! Je vois encore les curés de mon enfance qui relevaient leurs jupes pour jouer à la pelote basque.

La jupe, c'est une sorte de pense-bête. La plupart des injonctions culturelles sont ainsi destinées à rappeler le système d'opposition (masculin/féminin, droite/gauche, haut/bas, dur/mou...) qui fonde l'ordre social. Des oppositions arbitraires qui finissent par se passer de justification et être enregistrées comme des différences de nature. Par exemple, avec " tiens ton couteau dans la main droite ", se transmet toute la morale de la virilité, où, dans l'opposition entre la droite et la gauche, la droite est " naturellement " le côté de la virtus comme vertu de l'homme (vir).

La jupe, ça montre plus qu'un pantalon et c'est difficile à porter justement parce que cela risque de montrer. Voilà toute la contradiction de l'attente sociale envers les femmes : elles doivent être séduisantes et retenues, visibles et invisibles (ou, dans un autre registre, efficaces et discrètes). On a déjà beaucoup glosé sur ce sujet, sur les jeux de la séduction, de l'érotisme, toute l'ambiguïté du montré-caché. La jupe incarne très bien cela. Un short, c'est beaucoup plus simple: ça cache ce que ça cache et ça montre ce que ça montre. La jupe risque toujours de montrer plus que ce qu'elle montre. Il fut un temps où il suffisait d'une cheville entr'aperçue!...

Les injonctions en matière de bonne conduite sont particulièrement puissantes parce qu'elles s'adressent d'abord au corps et qu'elles ne passent pas nécessairement par le langage et par la conscience. Les femmes savent sans le savoir que, en adoptant telle ou telle tenue, tel ou tel vêtement, elles s'exposent à être perçues de telle ou telle façon. Le gros problème des rapports entre les sexes aujourd'hui, c'est qu'il y a des contresens, de la part des hommes en particulier, sur ce que veut dire le vêtement des femmes. Beaucoup d'études consacrées aux affaires de viol ont montré que les hommes voient comme des provocations des attitudes qui sont en fait en conformité avec une mode vestimentaire. Très souvent, les femmes elles-mêmes condamnent les femmes violées au prétexte qu'" elles l'ont bien cherché ". Ajoutez ensuite le rapport à la justice, le regard des policiers, puis des juges, qui sont très souvent des hommes... On comprend que les femmes hésitent à déposer une plainte pour viol ou harcèlement sexuel

Tout le monde est soumis aux regards. Mais avec plus ou moins d'intensité selon les positions sociales et surtout selon les sexes. Une femme, en effet, est davantage exposée à exister par le regard des autres. C'est pourquoi la crise d'adolescence, qui concerne justement l'image de soi donnée aux autres, est souvent plus aiguë chez les filles. Ce que l'on décrit comme coquetterie féminine (l'adjectif va de soi !), c'est la manière de se comporter lorsque l'on est toujours en danger d'être perçu.

Je pense à de très beaux travaux d'une féministe américaine sur les transformations du rapport au corps qu'entraîne la pratique sportive et en particulier la gymnastique. Les femmes sportives se découvrent un autre corps, un corps pour être bien, pour bouger, et non plus pour le regard des autres et, d'abord, des hommes. Mais, dans la mesure où elles s'affranchissent du regard, elles s'exposent à être vues comme masculines. C'est le cas aussi des femmes intellectuelles à qui on reproche de ne pas être assez féminines. Le mouvement féministe a un peu transformé cet état de fait - pas vraiment en France la pub française traite très mal les femmes ! Si j'étais une femme, je casserais ma télévision ! - en revendiquant le natural look qui, comme le black is beautiful, consiste à renverser l'image dominante. Ce qui est évidemment perçu comme une agression et suscite des sarcasmes du genre " les féministes sont moches, elles sont toutes grosses"…

On ne mesure pas l'ascèse et les disciplines qu'impose aux femmes cette vision masculine du monde, dans laquelle nous baignons tous et que les critiques générales du " patriarcat " ne suffisent pas à remettre en cause. J'ai montré dans La Distinction que les femmes de la petite bourgeoisie, surtout lorsqu'elles appartiennent aux professions de " représentation ", investissent beaucoup, de temps mais aussi d'argent, dans les soins du corps. Et les études montrent que, de manière générale, les femmes sont très peu satisfaites de leur corps. Quand on leur demande quelles parties elles aiment le moins, c'est toujours celles qu'elles trouvent trop " grandes" ou trop " grosses " ; les hommes étant au contraire insatisfaits des parties de leur corps qu'ils jugent trop " petites ". Parce qu'il va de soi pour tout le monde que le masculin est grand et fort et le féminin petit et fin. Ajoutez les canons, toujours plus stricts, de la mode et de la diététique, et l'on comprend comment, pour les femmes, le miroir et la balance ont pris la place de l'autel et du prie-dieu....

Pierre Bourdieu

Les vautours de la vidéosphère

Les vautours de la vidéosphère se nourrissent, se repaissent, se délectent d’images sanglantes pour illustrer leurs préjugés au 20 Heures... Les vautours de la vidéosphère aiment tout autant les symboles télégéniques que l’hémoglobine fraîche, cela leur permet de reconduire une fois encore la « mythologie démocratique », elle qui prend pourtant l’eau de toute part… Les vautours de la vidéosphère nous resservent de l’auto-consécration, le culte de l’entre-soi par l’intermédiaire de tragédies du bout du monde, dont finalement ils ne comprennent rien et ne veulent rien comprendre… Les vautours de la vidéosphère aiment le faux pathos et l’émotion en toc à condition qu’ils servent leurs (troubles) intérêts, à courte vue, car à vrai dire ce qui se passe là-bas, ils n’en ont pas grand chose à faire…


Les vautours de la vidéosphère, vautrés dans « la mondialisation des affects, la synchronisation des émotions collectives dans le continuum audiovisuel », sont des pervers impuissants qui fournissent des schèmes de pensées, des scénarios, des répertoires d’images à des spectateurs, qu'ils imaginent, tout aussi pervers et impuissants qu'eux, et qu'on doit pouvoir rassurer en démontrant qu'il y a plus malheureux que leur sort… Les vautours de la vidéosphère à bien y regarder, « se trompent sur tout, et ne peuvent que déraisonner sur des mensonges », ce sont des naufragés qui veulent se faire guide, des jobards qui veulent vendre de l'intelligence… Les vautours de la vidéosphère « ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter » et ces experts de l'égarement - in Girum imus nocte et consumimur igni - tiennent à transmettre ce si beau « modèle » à qui n'en veut pas, par contagion comme une épidémie se diffuse...

Italie : la burqa et la putain

Pendant que l’Islam est en passe de devenir l’aphrodisiaque des Français, pendant que la « burqa » devient le filtre d’amour qui permet, au pays des veaux, de faire oublier tous les maux du monde, en Italie, plus vieille école, plus pragmatique, même si elle a aussi connu son Affaire Burqa, et grâce aux conseils avisés de son conduttore, on a opté, pour ce faire, plus classiquement pour la prostitution… Spectacle ou putanat, on ne le dira jamais assez, en Occident, la femme est l’avenir de l’homme !

Ce devait être la nuit américaine de Silvio Berlusconi. Celle du résultat des élections aux Etats-Unis qui a vu, le 4 novembre, la victoire historique de Barack Obama. Le chef du gouvernement italien était attendu à une réception de la fondation Italia USA, laquelle avait invité 500 personnes dont une centaine de parlementaires. Le président du Conseil n’arrivera finalement jamais, préférant demeurer au palais Grazioli, sa résidence dans la capitale. Son absence pour des motifs personnels aurait pu passer inaperçue. Mais depuis quelques jours, les détails de sa soirée privée s’étalent dans la presse italienne avec en toile de fond une histoire de prostitution, la rancœur d’une gourgandine déçue et un président du Conseil piégé par ses invitées particulières. Le tout dans un climat de trahison politique, de suspicion et d’enquête de la magistrature de Bari (Pouilles) pour une affaire de corruption.

Après sa présence mystérieuse, en mai dernier, dans un sordide restaurant de la banlieue de Naples, à la fête d’anniversaire des 18 ans de Noemi Letizia, qui l’appelle «papounet» et qui a provoqué la demande de divorce de sa femme, Veronica Lario, la soirée du 4 novembre 2008 de Berlusconi est désormais passée au crible par la presse italienne, chaque jour apportant son lot de révélations. Avec, au bout du compte, le soupçon qu’un réseau de prostitution ait été mis en place pour satisfaire le Cavaliere et ses invités, à Rome ou dans sa somptueuse résidence sarde de villa Certosa.

Le soir des élections américaines, Silvio Berlusconi aurait ainsi reçu à dîner, après 23 heures, le jeune entrepreneur de Bari Giampaolo Tarantini, accompagné de trois femmes dont Patrizia d’Addario. Ce n’est pas la première fois que celle-ci, âgée de 42 ans, se rend au palais Grazioli. Un mois plus tôt, elle avait été invitée et avait reçu pour sa présence la somme de 1 000 euros au lieu des 2 000 euros prévus, parce qu’elle «n’était pas restée». Entendue par le parquet de Bari qui enquête sur Giampaolo Tarantini pour une affaire de pots-de-vin dans le secteur de la santé et qui, en parallèle, a ouvert un dossier pour «incitation à la prostitution», Patrizia d’Addario a confirmé ses propos dans un entretien au Corriere della Sera : «Avec deux autres filles, nous sommes arrivées au palais dans une berline aux vitres teintées. Puis nous sommes entrées dans un grand salon où nous avons retrouvé une vingtaine d’autres filles. Il y avait des petites pizzas et du champagne. Peu après, est arrivé Silvio Berlusconi.» Pour sa seconde visite, le 4 novembre, elle raconte : «Il les caressait mais c’est moi qu’il regardait. Puis il a décidé que je devais rester seule avec lui et les autres sont sorties avec Giampaolo [Tarantini].» Les faits ont été confirmés par les deux autres femmes «invitées». Et la conversation avec le chef du gouvernement aurait été entièrement enregistrée.

A la suite d’une mésaventure avec un autre homme, Patrizia d’Addario aurait en effet pris l’étrange habitude de tout enregistrer, en secret, de manière quasi maniaque. Selon la presse, elle aurait ainsi fourni aux magistrats six cassettes audio. Dans l’une d’elles, on entendrait Silvio Berlusconi l’invitant à l’attendre dans le «grand lit» le temps qu’il prenne une douche. Le lendemain, il l’aurait appelé sur son portable et se serait étonné de sa voix rauque, ajoutant ironiquement que la nuit précédente il n’avait pas entendu de «cris». Patrizia d’Addario aurait également pris de nombreuses photos, remises récemment à la justice.

Car elle n’aurait pas apprécié le traitement qui lui a été ensuite réservé. Pour la nuit passée au palais Grazioli, elle n’aurait reçu comme compensation qu’un petit bijou représentant une tortue alors qu’elle souhaitait que Berlusconi l’aide à régler un problème de construction immobilière dans les Pouilles. Selon son récit, qui comporte encore de nombreuses zones d’ombre, elle aurait refusé par la suite de se rendre à nouveau chez le président du Conseil. En revanche, elle aurait été, en avril, présentée aux élections locales sur une liste de droite et sévèrement battue. Les deux autres recrues de Tarantini convoquées par les magistrats de Bari auraient en substance corroboré les propos de Patrizia d’Addario. Barbara Montreale, 23 ans, précisait en outre que toutes les filles qu’elle a rencontrées chez Silvio Berlusconi l’appelaient «papounet».

Celui-ci, visiblement nerveux, dénonce une campagne «ordurière» et assure «que son gouvernement ne tombera pas». Mais dans son propre camp, les critiques apparaissent au grand jour. Son ancien porte-parole et directeur du quotidien Il Foglio, Giuliano Ferrara, parle de «situation grave» et évoque le 24 juillet 1943, veille de la révolution de palais contre Mussolini. Dans l’opposition, l’ancien ministre Pier Luigi Bersani estime que «le jugement moral n’appartient pas aux partis politiques», mais Francesco Rutelli, ex-maire de Rome, dénonce «la distance entre la rhétorique de la droite sur la famille et les comportements quotidiens». Le journal des évêques, L’Avvenire, est également intervenu pour faire part «d’un embarras de moins en moins supportable».

Eric Jozsef

Twitter ou l'impérialisme web 2.0

Tant pis pour certains fans du Web 2.0 qui claironnaient que Twitter avait cédé à l'amicale pression de ses utilisateurs. Certains s'étaient mobilisés sur le réseau, en ponctuant leurs messages du mot-clé "#nonmaintenance", ("non à la maintenance"). Le mot-clé était devenu très populaire dans la conversation en ligne. Mais la réalité est très différente : en reportant un arrêt technique pour ne pas priver les anti-Ahmadinejad d'un moyen de communication jugé essentiel, Twitter a simplement obéi à une demande du gouvernement américain.

Sur demande officielle du ministère des Affaires Etrangères américain, Twitter a donc fonctionné sans interruption lundi dernier, le jour de la plus grande manifestation pro-Moussavi, et l'interruption de service n'a eu lieu que le lendemain mardi, durant la nuit iranienne.

"Hillary Rodham Clinton a défendu mercredi les interventions américaines pour s'assurer que le réseau social Twitter reste disponible pour que les manifestants iraniens puissent l'utiliser, l'Iran se plaint d'une ingérence américaine." explique le site du Los Angeles Times.

"Clinton a déclaré qu'elle considérait comme important de garder «cette ligne de communication ouverte pour permettre aux gens de partager des informations, particulèrement au moment où il n'y avait pas beaucoup d'autres source d'information... C'est un droit fondamental pour les gens d'avoir la possibilité de communiquer.»"

Le Los Angeles Times ajoute que l'Iran a officiellement protesté contre les ingérences américains dans les affaires intérieures du pays auprès de l'ambassade de Suisse à Téhéran, qui représente les Américains en Iran, faute d'ambassade américaine.

"Avec Twitter, Washington utilise une nouvelle arme diplomatique" titre l'article du New York Times du jeudi 17 juin, qui explique sur une demi-page que lundi après-midi, Jared Cohen, officiel du Département d'Etat (ministère des Affaires étrangères américain) a "envoyé un email à Jack Dorsey, co-fondateur de Twitter, lui demandant de retarder ses opérations de maintenance qui auraient pu couper le service alors que les Iraniens utilisaient ce service pour échanger des informations et informer le reste du monde des manifestations en cours à Téhéran."

Twitter a répondu positivement à cette demande, et annoncé le report de l'opération de maintenance sur son blog officiel lundi soir. Mais la société n'a pas joué la transparence, elle n'a pas mentionné la demande des autorités américaines. Elle a par contre mis avant, et remercié son partenaire technique.

"Nos partenaires de NTT America reconnaissent le rôle que Twitter joue actuellement comme outil de communication en Iran."

La réalité est plus prosaïque : ce n'est pas NTT America qui s'intéresse au rôle de Twitter, c'est le gouvernement américain qui utilise Twitter dans sa stratégie contre le pouvoir iranien, tout simplement.

A l'origine de la demande, un théoricien de la "révolution passive"

Le New York Times cite un commentaire du Département d'Etat qui précise que "M. Cohen n'a contacté Twitter que trois jours après le vote, et bien après que les manifestations aient commencé."

Une manière de tenter de faire valoir que les USA d'Obama n'ont pas provoqué ou soutenu le mouvement de protestation des partisans de Moussavi, et qu'ils ont seulement aidé sa communication.

En intervenant activement pour maintenir les outils de communication utilisés par les anti-Ahmadinejad, Cohen peut sembler placer sa hiérarchie dans l'embarras. Dans ses rares déclarations publiques sur le sujet, Barack Obama a en effet toujours pris soin de ne pas manifester de préférence en faveur de l'un ou l'autre des candidats. Le Département d'Etat est-il sur une ligne différente ? la "gaffe" de Cohen sert-elle, au final, l'administration Obama, très attaquée par les Républicains pour sa prudence dans l'affaire iranienne ? Toutes ces hypothèses restent ouvertes.

Qui est Jared Cohen ?

Internet donne de nombreuses informations sur la carrière et les opinions du jeune fonctionnaire. Jared Cohen est présenté sur le site de son ministère comme responsable, au sein du service, du "planning", du contre-terrorisme, du monde mulsulman et, entre autres, des nouvelles technologies.

Cohen a séjourné en Iran en 2004, avant de publier, en 2005, un article sur la "révolution passive" en Iran, sur l'opposition silencieuse et discrète au pouvoir dans la revue Hoover Digest de la fondation Hoover (basée à l'université de Stanford en Californie). Cette fondation n'est pas réputée pour être très progressiste. Considérée comme un fief républicain, elle a été au service de la politique américaine contre l'Union Soviétique, à l'époque de l'URSS.

La première partie de sa conclusion était claire : "Ce n'est pas un secret, les Etats-Unis voudraient une alternative au régime iranien." Rien de surprenant, mais ensuite, de manière plus étonnante, ce qui a dû plaire à l'administration de l'époque, il écrit : "L'atout numéro un des Etats-Unis, c'est que 70 pour cent de la population iranienne a moins de 30 ans et semble massivement soutenir les Etats-Unis et le président Bush."

En 2008, après avoir voyagé dans plusieurs pays du Proche-Orient, Cohen publie un livre, Les enfants du Djihad. Dans sa promo-télé, il dépeint une jeunesse arabe (ou iranienne) tout aussi technophile que la jeunesse américaine, amatrice de télé par satellite, de téléphones portables, et d'Internet.

Le New York Times est d'ailleurs clair sur l'utilisation du Web 2.0 américain, comme bras armé de la politique extérieure américaine : "M. Cohen, diplômé de l'université de Stanford, est le plus jeune membre du service du planning du departement d'Etat, il a travaillé avec Twitter, YouTube, Facebook et autres pour soutenir des initiatives diplomatiques en Irak et ailleurs. Le mois dernier, il a organisé une visite à Bagdad pour Dorsey [un co-fondateur de Twitter, ndlr] plus d'autres responsables de la Silicon Valley, et de son équivalent new-yorkais, la Silicon Alley. Ils ont rencontré le Premier ministre irakien pour évoquer la reconstruction du réseau d'information du pays et vanter les vertus de Twitter."

Gilles Klein

Voir aussi

La complainte d’André Gerin

Il y eut le congrès de Tours, il y eut la scission de la SFIO, il y eut (et il y a encore) l’Humanité, mais il n’y a pas de con comme André Gerin...

Il y eut le front populaire, il y eut la CGT, il y eut les Brigades Internationales, mais il n’y eut pas aussi con qu' André Gerin...

Il y eut le pacte germano-soviétique, il y eut les F.T.P.- M.O.I, il y eu Maurice Thorez, mais comme con André Gerin reste inégalable…

ll y eut Budapest 56, il y eut le Printemps de Prague, il y eut mai 68, mais il n’y eut pas un con de l’ampleur d’ André Gerin

Il y eut le « programme commun », il y eut l’abandon de la « dictature du prolétariat », il y eut le « bilan globalement positif », mais il n’y eut pas de con à la hauteur d’André Gerin

Il y eut la banlieue rouge, il y eut le journal de Pif le chien, il eut la gouaille de George Marchais, mais il n’y eut pas plus con que André Gerin

Il y eut l’Eurocommunisme, il y eut l’invasion soviétique en Afghanistan, il y eut la descente en dessous de la barre des 10 %, mais des cons comme André Gerin, on n’en fait plus…

Il y eut Marie-Georges Buffet qui remplaça un nain de jardin, il y eut la fuite des électeurs vers le FN, il y eut la Gauche plurielle et le Front de gauche, mais il n’y eut pas de con de l’envergure d’un André Gerin...

Quand, pour sortir de l'anonymat, on sert la soupe à ce point, et sans s’en apercevoir, à monsieur bling-bling et à ses amis, qui rêvent d’une expédition coloniale en Iran, quand on atteint un tel degré de bêtise, qui permet de mettre au point une arme de distraction massive de cet acabit, nul espoir n'est permis, c'est irrémissible, on mérite de porter la Burqua à vie !

Dédé, l'oublieux, te souviens-tu lorsqu'on t'appelait l'Imam rouge à Vénissieux, aussi ferme ta gueule, car, bien plus con que tu n’es communiste, tu fais honte à Lenine...

Liban, Iran : De la sempiternelle interférence occidentale

Peut-on dire que la victoire du Mouvement du 14 mars aux élections législatives va changer la situation libanaise ?

Georges Corm. Cette victoire, c’est un peu un retour à la case départ, celle des élections de 2005. Nous sommes en face des mêmes problèmes quoique avec des logiques différentes. Et encore une fois, du fait du système électoral et d’autres facteurs, nous avons une majorité populaire en faveur de l’opposition et une majorité parlementaire, celle du 14 mars. Reste que les problèmes sont toujours là. Pour les pays arabes dits modérés et les pays occidentaux, il s’agit de la question des armes du Hezbollah. Et pour les Libanais dont je suis, le problème économique et social reste le problème numéro un. Ce point a été complètement évacué du débat électoral essentiellement focalisé sur les armes du Hezbollah et sur l’influence iranienne au Liban. On a vu les médias de la majorité au pouvoir ainsi que les médias arabes et occidentaux créer une atmosphère de panique en laissant entendre qu’on aurait une réédition du scénario de Cisjordanie et de Gaza de 2006, avec à la clé une communauté internationale qui se fâcherait, en prenant des sanctions politiques et financières, dans le cas où l’opposition l’aurait emportée. D’autant que le Mouvement du14 mars avait annoncé que si l’opposition remportait les élections, il refuserait de participer à un gouvernement d’union nationale. On a même vu le patriarche maronite, s’érigeant en censeur spirituel, demandant à voter pour la majorité sortante. Ce qui est du jamais-vu dans l’histoire du Liban et des chrétiens maronites.

Dans ces conditions, est-ce que ce gouvernement d’union nationale est encore d’actualité ?

Georges Corm. Oui, cette question est d’actualité puisque le courant du 14 mars dit tendre la main à l’opposition. Mais sa conception d’un gouvernement d’union nationale exclut l’octroi d’une minorité de blocage que réclame l’opposition, de façon que ce gouvernement ne prenne pas de décisions qui pourraient entraîner une déstabilisation du pays comme ç’a été le cas fin 2006 à propos du Tribunal international et le 5 mai 2008 à propos du démantèlement du réseau de communication du Hezbollah, ce qui a provoqué trois journées de violence.

Qu’en est-il du désarmement du Hezbollah que réclamait la majorité ?

Georges Corm. Aujourd’hui, le chef de la majorité, Saad Hariri, ainsi que Walid Djoumblatt considèrent que cette question n’est plus urgente, et pas à l’ordre du jour du dialogue national entre les tendances politiques libanaises présidées par le chef de l’État pour résoudre la question des armes du Hezbollah. À mon avis, ça peut être une position tactique en attendant une autre conjoncture pour la reposer. Il faut rappeler qu’en 2005, Saad Hariri et Walid Djoumblatt étant alors alliés au Hezbollah dans un même gouvernement, la déclaration ministérielle considérait que les armes de la résistance étaient tout à fait légitimes. Cela n’a pas empêché, suite aux pressions américaines, que ces mêmes partis demandent le désarmement du Hezbollah.

À propos de ces armes détenues par le Hezbollah, ne pensez-vous pas, au regard des développements de la scène politique moyen-orientale (discours de Netanyahu, tensions internes iraniennes) que le Liban risque d’être entraîné dans un conflit régional ?

Georges Corm. En réalité, le discours de Netanyahu a eu des échos très négatifs dans tous les pays arabes modérés. Au Liban, tous les responsables ont dénoncé les propos de Netanyahu. Son discours a eu un effet contraire : il a rapproché toutes les tendances politiques libanaises pour faire face éventuellement à ce qui pourrait se passer à l’échelle régionale, notamment dans le contexte des élections iraniennes…

Précisément, quelle est votre analyse des événements iraniens ?

Georges Corm. Les élections iraniennes se sont déroulées là encore (comme au Liban) avec des interférences médiatiques massives des pays occidentaux. Au Liban, ça a commencé par l’Égypte, qui a prétendu avoir démantelé un réseau du Hezbollah, puis il y a eu l’article du Spiegel affirmant, sur la base d’informations glanées auprès du Tribunal international, que le Hezbollah était derrière l’assassinat de Rafik Hariri. Puis, il y a eu les déclarations américaines, dont celles du vice-président Joe Biden, disant que si l’opposition gagnait au Liban, Washington pourrait revoir sa politique à l’égard du Liban. On a entendu aussi des propos réduisant la compétition électorale libanaise à une compétition entre des démocrates pro-occidentaux et une opposition derrière laquelle se cacherait autour du Hezbollah une cinquième colonne iranienne. En Iran, on assiste au même type de pressions.

Mais est-ce que la réélection contestée d’Ahmadinejad, accusé de vouloir se doter de l’arme nucléaire et dont on dit qu’il est proche du Hezbollah, ne va pas attiser les tensions régionales ?

Georges Corm. Pour moi, ce sont des batailles de médias, de propagande, de systèmes d’informations qui font du lavage de cerveau… Quand vous voyez qu’Israël a un arsenal atomique impressionnant, je ne vois pas pourquoi on fait tout ce raffut de l’Iran qui essaie de se doter d’une capacité de fabriquer de l’uranium enrichi. Il y a aussi le Pakistan, un État au bord de la rupture et qui n’est pas particulièrement sympathique, qui dispose d’un arsenal atomique assez impressionnant. Personnellement, je reste froid devant ces attaques contre l’Iran…

Vous ne redoutez pas que la réélection d’Ahmadinejad ait des conséquences régionales négatives, notamment dans les pays où vivent d’importantes communautés chiites, comme le Liban ?

Georges Corm. Là aussi, il faut laisser les pays tranquilles. Il faut arrêter avec ces interventions massives dans leurs affaires intérieures. Dès lors qu’il s’agit de régimes qui ne sont pas alignés sur la politique occidentale, qu’il s’agisse de la Chine, de la Russie, de l’Iran, ils sont harcelés médiatiquement. Dans mon dernier ouvrage L’Europe et le mythe de l’Occident, je dénonce cela. Si un pays comme le Liban se mettait à commenter toutes les cinq minutes les élections américaines ou françaises et que ses responsables donnaient des conseils aux électeurs américains ou français sur comment voter, comment l’opinion publique et les responsables occidentaux prendraient-ils une telle attitude ?

On a vu quand même les occidentaux soutenir Mir Moussavi contre Ahmedinejad tout en jouant sur les divisions inter-iraniennes ?

Georges Corm. Je ne comprends pas d’ailleurs comment un candidat comme Moussavi peut accepter d’être adopté par des puissances extérieures, d’autant qu’il s’agit d’un candidat issu de l’establishment. Ça rappelle ce qui s’est passé dans l’ex-URSS où des apparatchiks se sont reconvertis en libéraux pour profiter du soutien occidental. Je ne trouve pas cela très glorieux.

Pensez-vous qu’avec Obama, Israël pourrait évoluer dans le bon sens, vers la reconnaissance d’un État palestinien ?

George Corm. Le discours d’Obama au Caire est un beau discours rhétorique, avec de belles paroles, des citations du Coran, mais sur le fond il ne constitue nullement une rupture avec la politique américaine. Bien plus, il a été clair, expliquant que l’alliance avec Israël n’était pas une question de lobby pro-israélien américain, mais qu’elle résultait d’une sympathie profonde au niveau populaire unissant les deux peuples.

Il a quand même demandé l’arrêt des colonisations…

Georges Corm. Soyons sérieux : quand on veut l’arrêt de quelque chose, on prend des sanctions. La question est pourquoi des sanctions ne sont-elles pas prises contre Israël, alors que des sanctions sont prises contre l’Iran, la Chine… Pour moi, quelque part, l’élection d’Obama a sauvé les États-Unis en tant que puissance impériale parce que Bush les a amenés au fond de l’abîme. Une Amérique régénérée, une fois que l’on aura passé le gros de la crise économique, restera l’Amérique que nous connaissons. Il n’y a aucune raison qu’elle change, d’autant que l’Europe est totalement alignée sur la politique de Washington.

Ne redoutez-vous pas dans ces conditions qu’Israël agresse l’Iran ?

Georges Corm. Ça peut être des menaces destinées à déstabiliser la société iranienne. Je ne suis pas sûr que Washington laisserait Israël bombarder les installations nucléaires iraniennes. Je pense que l’on table plutôt sur des discordes internes qui paralyseraient le régime iranien.

Entretien réalisé par Hassane Zerrouky

La dame sur la photo

La dame sur la photo me rappelle que dans une dictature on ne vote pas, il n’est donc pas besoin de trafiquer des élections. Aussi l’irraison et l’incohérence du propos n’est pas là où l’on croit…

La dame sur la photo me rappelle que lorsque se déroulaient les élections grotesques des Ubus qui règnent en Egypte, en Tunisie…, vous n’aviez pipé mot… Illustrant la devise de la CIA : ce sont des fils de putes, mais ce sont nos fils de putes !

La dame sur la photo me rappelle que les femmes en tchador, que vous méprisez tant, peuvent, elles aussi, avoir des opinions, car sous le tchador il est des femmes qui pensent et agissent de leur propre chef… Pouvez-vous en dire autant vous Psittacidés postmodernes?

La dame sur la photo me rappelle que les Iraniennes sont des femmes qui veulent croire, chose qu’il vous est impossible de concevoir, armés de vos imaginations boiteuses et synthétiques… Aussi quand elles manifestent contre le régime, ne vous en déplaise, c’est au cri de Allah o Akbar!…

La dame sur la photo me rappelle que Moussavi, que vous faites passer pour le champion de l’Occident, est un pur produit du régime exécré, puisqu’il a été le Premier ministre d’Iran de 1981 à 1989. Mais vous n’en êtes pas à une contradiction près…

La dame sur la photo me rappelle que lorsque, au Liban, les élections reconduisent au pouvoir un milliardaire saoudien (allié à des phallangistes), c'est le triomphe de la démocratie, tandis que lorsqu’elle reconduisent au pouvoir un président iranien ou le Hamas, c'est la fin du monde… Et il faudrait s'étonner que l'Occident n'ait plus aucune crédibilité dans ces contrées-là !

La dame sur la photo me rappelle que les USA et l'UE n’aiment pas perdre les élections, surtout lorsqu'elles se déroulent hors de leur territoire. Aussi le mieux, c'est plus simple, c'est qu'elle ne se déroula pas en ces territoires...

La dame sur la photo me rappelle qu’il n'y a pas si longtemps en Inde, la plus grande démocratie du monde, le parti du congrès de Sonia Gandhi avait remporté frauduleusement les législatives et que l’Occident n’y a rien trouvé à redire…

La dame sur la photo me rappelle que vous, qui suivez les évènements iraniens minutes après minutes, vous qui n'êtes jamais en reste de déclarations matamoresques, vous êtes restés étrangement absents lorsque un peuple désarmé se faisait massacrer par des F16, des hélicoptères Apache et des chars Merkava…

La dame sur la photo me rappelle qu’alors vous ne vous étiez pas plaint de l’impossibilité de vos journalistes, à la déontologie si parfaite, de travailler dans la grande prison à ciel ouvert qu'est Gaza…

La dame sur la photo me rappelle surtout que vous êtes des tartuffes assoiffés de puissance et d’hydrocarbures, que toute la moraline et les droits de l'Homme que vous invoquez ne sont que manière d'installer vos hégémonies et vos ignorances dogmatiques durablement !

Comment peut-on être Persan ?

Une fois de plus, les Iraniens nous ont surpris(1). On attendait le « bon » Mir Hossein Moussavi et sa « vague verte » annoncée par la presse. Voilà qu’on se retrouve avec « le vilain » Mahmoud Ahmadinejad, connu pour ses diatribes anti occidentales, réélu à une large majorité, président de la République.

Que s’est-il passé ? Les explications sont multiples. Fraude massive ! dénoncent les partisans du vaincu Moussavi, qui portait les espoirs de la jeunesse, des femmes et – maladroitement sans doute - de l’Occident, et qui ont choisi de protester dans la rue.

Invoquer des bourrages d’urnes massifs, lorsque le vainqueur rassemble 62% des voix peut certes paraître osé. Mais le régime iranien dispose bel et bien d’une « réserve » de voix – 10% voire même 15%, selon des experts – que ses affidés peuvent mobiliser, s’ils constatent que la République islamique est menacée par un challenger ou des partisans, un peu trop bruyants dans la rue.

C’est ce qui s’était déjà passé, entre les deux tours de la présidentielle de 2005, lorsque le tentaculaire appareil d’état avait massivement reporté ses voix sur Ahmadinejad, faisant perdre contre toute attente Ali Akbar Rafsandjani, l’un des piliers pourtant de la République islamique.

« Cette fois-ci, le régime a de nouveau eu peur des grandes manifestations populaires pro Moussavi, comme celles qui ont eu lieu à Téhéran avant le premier tour », relève un ancien diplomate en poste en Iran. « Toute cette foule de jeunes scandant des slogans hostiles à Ahmadinejad a crispé le régime qui a décidé de passer à l’action », ajoute-t-il.

Le pouvoir dispose de puissants leviers pour activier cette « réserve » de voix, à commencer par les centaines de millers de Pasdarans (les Gardiens de la révolution) et de les bassidjs (une force supplétive), sans compter tous les fonctionnaires zélés du ministère de l’Intérieur, que le président sortant avait pris soin de verrouiller depuis un an.

« Vous savez qu’en Iran, on vote en inscrivant le nom du candidat sur le bulletin, explique un homme d’affaires, quand on est illétré au fin fonds du pays - et il y en a quand même pas mal - un Pasdaran dans le bureau de vote peut vous aider par exemple à bien voter », dit-il.

Qu’il y ait eu fraude fait guère de doute. Mais, seule, elle ne suffit sans doute pas à expliquer la réélection de Mahmoud Ahmadinejad.

« On a sous estimé son ancrage dans la société », estime l’ancien diplomate. Nejad est « une redoutable bête politique ». Il est populaire. Depuis 2005, il a davantage gouverné par la subvention que par la répression, même si celle-ci s’est abattue sur des opposants, et que l’inflation a fait fondre le pouvoir d’achat. Pour y remédier, il a distribué aux pauvres, aux ouvriers, aux ménages. Il a prétendu avoir rompu avec l’affairisme. Il a aussi flaté la fierté historique de tout un peuple, en tenant tête à l’Occident sur la question du nucléaire.

N’oublions pas encore qu’il a cadenassé l’appareil d’état, en nommant une majorité de gouverneurs dans les provinces qui ont massivement voté pour lui. Bref, Ahmadinejad s’est assuré un solide réseau de soutiens électoraux à travers le pays. Et puis, il a pu compter sur l’appui du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khameneï, le numéro un du régime iranien. Même si ces dernières semaines, Khameneï s’était fait discret, ses prises de positions de début de campagne en faveur du candidat qui saura le mieux « résister aux pressions occidentales » n’ont trompé personne.

Et derrière, le Guide, c’est une bonne partie des ficelles du pouvoir, dont Ahmadinejad pouvait disposer. Et tous ne souhaitaient pas un second tour qui aurait vu l’ultraconservateur président affronter Moussavi, soutenu alors par tous les autres candidats. Priorité était donc de gagner dès vendredi.

L’ultime explication de cette surprise nous est fournie par un bon connaisseur de l’Iran : « la presse comme les diplomates en poste à Téhéran se concentrent trop sur les quartiers nord de Téhéran, où vivent les bourgeois et les jeunes occidentalisés qui portent des ray ban. Mais ce n’est pas l’Iran. L’Iran c’est 75 millions d’habitants. Or, vous comme nous avons beaucoup de mal à appréhender l’Iran des profondeurs, ou l’Iran des pauvres qui nous est inaccessible »*.

Georges Malbrunot
*« Je suis resté en Iran une semaine afin de couvrir les élections iraniennes de 2009. Depuis mon arrivée, il ne fait pas de doute que le Président Mahmoud Ahmadinejad va gagner. Mon chauffeur de taxi à l'aéroport m'a rappelé qu’ au cours des quatre dernières années, le président s'est rendu deux fois dans chaque province. "L'Iran n'est pas Téhéran", m’a-t-il dit. Et quand je questionnais les supporters de Mousavi, leurs réponses étaient remplies d’un optimisme Obamesque teinté de doute : « Oui, on peut », « Je l'espère», «Si vous votez ». Ainsi, la question qui occupait les médias internationaux (occidentaux), à savoir « Comment Mousavi peut-il perdre? » ne se posait pas en Iran. Elle reflète cette perception particulièrement enracinée chez les occidentaux : le refus obstiné de comprendre le rôle que la religion joue en Iran.» (Abbas Barzegar).

Le dernier honneur du journalisme

J’ai fait mes débuts dans le journalisme en tant que reporter, chargé du logement au sein d’une station de radio locale, affiliée à NPR (National Public Radio). A Philadelphie, l’une des plus vieilles villes des Etats-Unis, les problèmes de logement étaient alors très nombreux : on pouvait parler d’un délabrement généralisé, surtout dans les quartiers où vivaient les Noirs, les Portoricains et les Blancs les plus démunis. Lorsque je me repenche sur ces années, (…) impossible d’oublier la manifestation contre les mauvaises conditions d’habitat organisée par les locataires d’une résidence de Southwest Philadelphia, une partie de la ville que j’avais jusque-là maintes fois longée en voiture sans oser m’y aventurer…

Les façades du bâtiment étaient plutôt belles, stylisées, et se démarquaient du reste de la rue grâce à leurs moulures ornementales, symboles d’une ère révolue où les bâtisseurs, véritables artisans, se souciaient de beauté. Lorsque l’un des organisateurs de la manifestation m’a appelé pour m’alerter, je me suis immédiatement rendu à l’immeuble. Ma première réaction a été un haut-le-cœur : les plafonds étaient dangereusement affaissés, suspendus au-dessus des enfants ; la tuyauterie était bouchée et le bâtiment était si peu entretenu qu’il menaçait la sécurité de ses occupants.

Les meneurs de la manifestation ne cachaient pas leur colère. En repensant à cet événement aujourd’hui, je réalise que le sujet n’était pas, en soi, le logement. Le sujet, c’était la résistance. C’est cela qui donnait du sens à cette histoire symptomatique de ce que vivent les gens de la classe ouvrière, qui affrontent, au quotidien, des conditions de vie injustes et inacceptables. De nombreuses années plus tard, au fond de ce que j’appelle l’American House of Pain (ma prison), ce serait mon lot.

Les milliers de personnes incarcérées autour de moi pourraient chacune faire l’objet d’un reportage : sur les raisons les ayant conduites en prison ou, bien plus souvent, sur les procédures utilisées pour leur condamnation. Le système judiciaire américain s’apparente à un broyeur à viande : vus de près, ses rouages sont répugnants. J’ai rédigé maint articles sur des détenus condamnés injustement ou illégalement, soumis à de terribles violences, victimes de sidérantes aberrations bureaucratiques ou de cruautés à vous glacer le sang.

En 1995, j’ai fait l’objet de sanctions pour m’être « adonné à des activités de journaliste ». Il m’aura fallu des années de lutte contre le système judiciaire, dont plusieurs semaines de présence dans une salle d’audience, assis avec des chaînes serrées à en faire enfler et saigner mes chevilles, pour faire enfin admettre que le 1er amendement de la Constitution américaine protège de telles activités (ce fut l’affaire Abu-Jamal contre Price). Je ne regrette nullement ce combat.

Pendant longtemps, pour rédiger mes articles, j’ai été contraint de les écrire sur un bloc-notes, avec un stylo ou parfois même avec un simple tube de 10 centimètres en plastique souple et transparent, c’était comme si j’écrivais avec une nouille.

Deux de mes livres ont été écrits avec de tels instruments, puis envoyés à des amis ou à des éditeurs pour les faire taper.

Les ordinateurs n’ont pas encore fait leur entrée dans le monde carcéral (ou, tout du moins, pas en Pennsylvanie). Je suis souvent amusé de recevoir des lettres de personnes bien intentionnées qui me donnent spontanément leur adresse de courriel ou de site Web. J’en conclus qu’elles pensent que je dispose, là, dans ma cellule, d’un ordinateur personnel, ou que cette prison propose aux détenus des points d’accès à l’Internet. Pas du tout.

Ici, il n’y a ni ordinateurs, ni I-pod, ni CD, ni cassettes (l’ironie est que l’on peut acheter des lecteurs de cassette à l’intendance ! ). Nous ne sommes guère que des dinosaures qui vivons dans un autre temps, figés dans une ère où nous faisons "sans".

Un détenu surnommé Amin (Harold Wilson), qui avait été acquitté lors d’un nouveau procès sur des accusations de meurtre non fondées, a été libéré après deux décennies passées dans le quartier des condamnés à mort. Il a quitté la prison centrale de Philadelphie avec tous ses biens réunis dans un sac poubelle, et un jeton d’autobus. Un détenu portoricain qui avait été libéré de la même prison au même moment a été si touché par l’expression de désarroi sur son visage qu’il lui a offert son téléphone portable. Amin a regardé en plissant les yeux le petit appareil au creux de sa main et a demandé : « Ça sert à quoi, ce truc ? »

Il n’avait aucune idée de la façon de faire marcher cet étrange objet car il n’en avait jamais vu ou tenu un auparavant. Plus tard, il m’a dit : « Oh là là, on aurait dit un gadget directement sorti de Star Trek ! »

Il y a parfois des histoires qu’on aurait préférer ne pas connaître. Il y a plusieurs mois, Bill Tilley, apprécié pour son sens de l’humour dans les couloirs de la mort, mais usé par trop d’années de coups de tête contre l’épaisse muraille judiciaire et redoutant que de récents problèmes de santé ne soient le prélude d’un cancer, s’est levé à l’aube et s’est servi de la grille d’une bouche d’aération de sa cellule pour effilocher les lacets de ses tennis et faire un nœud coulant. Il s’est pendu.

Suite à son décès, des rumeurs ont circulé selon lesquelles il était effectivement atteint de cancer, mais que le personnel médical de la prison n’en avait pas parlé car, s’agissant d’un condamné à mort, l’Etat ne voulait pas gaspiller d’argent en soins pour un patient qui allait de toute manière mourir.

Plusieurs semaines avant sa mort, Tilley avait confié à quelques amis qu’il pensait qu’il s’agissait d’un cancer, compte tenu de la sévérité de ses symptômes, mais que, quoi qu’il en soit, il avait tellement souffert qu’il ne voulait « plus jamais, jamais, passer par cela ». Ce que nous ignorions alors, c’est qu’il nous annonçait du mieux qu’il pouvait son projet de suicide. Peut-être essayait-il de nous dire en quelques mots qu’il avait plus peur de souffrir que de mourir. Tilley a mis fin à ses jours à moins de 12 mètres de la porte de la cellule dans laquelle ont été écrit ces mots.

J’ai "sorti" cette affaire, mais sans aucun plaisir. Des affaires à sortir, il y en a des dizaines de milliers dans cette « Maison de la Peine ». Elles m’ont inspiré des centaines d’articles.

Je "couvre" un univers caché que même les journalistes les plus intrépides ne peuvent pénétrer.

Cet univers, c’est mon domaine, et j’entends y faire mon travail avec la même rigueur et le même professionnalisme que ceux qui m’animaient dans le passé.

Car même s’il s’agit d’un monde caché, loin des millions de regards, il s’agit bien d’un monde public, bâti et entretenu grâce à l’argent du contibuable. Ce dernier n’est-il pas en droit de savoir où passent ses impôts ?

Je l’en informe du mieux que je peux, plusieurs fois par mois, par écrit au travers d’articles ou de recueils de commentaires. Je me bats contre le fait que je suis ici, mais je suis ici ; et tant que cela durera, c’est ici que je poursuivrai cette vie.

Mumia Abu-Jamal

Manuel Valls lave plus "blanc"...

L'Assemblée Nationale française un ghetto de blancs, de whites, de blancos ? Itou pour le PS français*? Luttons contre le communautarisme blanc et les zones de non-droit qu'il occasione en France (lol)...


*« C’est au parti socialiste que j’ai compris que j’étais une immigrée. Ce n’est pas dans la société française mais au sein du PS que l’on m’a expliquée que, comme je m’appelais Chafia, je ne pouvais pas accéder à un certain nombre de responsabilités. » (Chafia Mentalecheta)

Angela Davis et George Jackson

Au cours des années soixante, dans le cadre du mouvement pour les droits civiques, la montée des contestations face à la stratégie non violente de Luther King entraîne la création d’organisation radicales qui justifient l’autodéfense face une police raciste et violente. En 1966, Huey P. Newton et Bobby Seale fondent le Black Panther Party (BPP) à Oakland (Californie), avec pour mission initiale :

- de protéger les communautés locales des brutalités policières et du racisme.
- d’établir des cliniques pour les familles pauvres qui ne peuvent pas se soigner convenablement.
- de procurer de la nourriture aux écoliers.

L’audience croissante du BPP, grâce notamment au soutien de personnalités emblématiques comme Elridge Cleaver ou Angela Davis, consterne les forces de police. Ces dernières harcèlent les militants du BPP et leurs cherchent des chicanes afin de les discréditer. Désormais, les membres du BPP sont traqués et emprisonnés dès que possible. La stratégie des Panthers qui consiste à former des coalitions rassemblant les classes populaires, quelque soit la couleur ou l’origine des individus, inquiète beaucoup.

Entre 1966 et 1971, le BPP et la police se livrent une guerre de tous les instants. Presque tous les leaders des Panthers sont emprisonnés à un moment donné, souvent pour des délits mineurs, et certains meurent en prison. George Jackson, condamné à un an de prison pour un vol de 70 dollars. Transféré dans le quartier de haute sécurité de la prison de Soledad à San Quentin, il y crée une antenne du BPP et se consacre aussi son temps à l’écriture (Soledad brothers : letters from prison). Désormais, les autorités l'accusent du meurtre d’un gardien de la prison

Son cas intéresse alors Angela Davis. Cette militante du parti communiste et des Black Panthers, devient enseignante à l’Université de San Diego, en 1969. Elle milite à l’intérieur du parti communiste et des Black Panthers. Son activisme politique déplaît fortement au conseil directeur de l'université dont fait partie le gouverneur de l'État de Californie, un certain Ronald Reagan. Elle est congédiée avant même d'avoir pu donner son premier cours.

Celle qui se revendique comme "femme noire, communiste, révolutionnaire", ne se laisse pas impressionner et entame alors un bras de fer judiciaire avec Reagan. Le tribunal la rétablit dans ses fonctions, mais en juin 1970, l'Université l'expulse de nouveau. Désormais, Angela est surveillée de près par le gouvernement. Symbole du militantisme noir, elle devient vite une personnalité de premier plan aux Etats-Unis et au-delà.

Depuis plusieurs mois, Angela Davis participe à de nombreux comités de libération de militants des Panthers emprisonnés, comme les fondateurs du BPP, Huey Newton et Bobby Seale. Or, depuis février 1970, elle s'intéresse au cas George Jackson avec lequel elle entretient des relations épistolaires suivies (certaines de ses lettres figurent dans Soledad Brothers, Letters from prison). Davis étudie alors le dossier et considère qu'il n'existe pas de preuves contre Jackson et deux autres détenus, John Clutchette et Fleeta Drumgo, eux aussi accusés du meurtre d'un gardien de prison. A ses yeux, les autorités de la prison reprochent surtout aux trois hommes de prêcher la révolution auprès des autres prisonniers.

Dans le recueil de lettres Soledad Brothers, George Jackson dénonçait le racisme des autorités carcérales du pays. Pour Jackson, un grand nombre des délits reprochés à des Afro-américains s'expliquent avant tout par les conditions socio-économiques déplorables de la communauté noire. Angela Davis qui partage les analyses de Jackson s'engage alors dans une campagne active pour "libérer les frères de Soledad".

Le 7 août 1970, une prise d’otages menée par Jonathan Jackson, le frère du prisonnier, visant à libérer George Jackson tourne mal. Quatre personnes sont abattues (un juge, deux prisonniers et Jonathan) et trois autres sont grièvement blessées. Angela, en tant que membre du comité de soutien de George Jackson, est accusée par le FBI d’avoir procuré les armes qui ont permis ce coup de force. Activement recherchée, Angela Davis reste insaisissable pendant près d'un mois et son aura grandit. De nombreuses pancartes font bientôt leur apparition sur les murs et les portes : « Angela notre sœur, tu es la bienvenue dans cette maison ».

Arrêtée à New York, le 13 octobre 1970, de très lourdes charges pèsent sur elle puisqu'elle est accusée de meurtres et de séquestration. Elle risque donc la peine de mort. Davis demeure en détention provisoire pendant seize mois au « Women’s Detension Center » de New York. L’opinion publique internationale se mobilise en sa faveur à l'instar de John Lenon et Yoko Ono qui lui dédient la chanson « Angela » ou encore les Rolling Stones qui composent pour elle « Sweet Black Angel ».

Prévert lui écrit un poème. Durant sa captivité, un mouvement de soutien international se crée (Free Angela Davis Movement). Des manifestations rassemblent des foules très nombreuses dans de très nombreuses villes. A Paris, 100.000 personnes demandent sa libération (Aragon et Sartre se trouvent en tête du cortège).

Lors de son procès, la machination montée montée par le FBI fait long feu et l'accusée est acquittée le 4 juin 1972. Angela Davis devient une figure clef de la contestation. Universellement connue, elle multiplie les combats: pour la paix au Viêt Nam, l’égalité des femmes, contre le racisme et l’oppression au sein du National Alliance against racist and political oppression.

George Jackson, quant à lui, est assassiné à la prison de Saint Quentin, le 28 août 1971. Les gardiens plaident la légitime défense face à une tentative d'évasion supposée. L'autopsie démontre pourtant que Jackson a été abattu d'une balle dans le dos alors qu'il était probablement allongé…

J. Blottiere

Omar Bongo est mort, vive la Françafrique !

Le président du Gabon, Omar Bongo Odimba,73 ans, est décédé d’un cancer dans une clinique privée de Barcelone où il avait été transporté trois semaines plus tôt.

Le disparition du doyen des chefs d’états africains a suivi de peu la mort de son épouse Edith Bongo, qui était aussi la fille de Sassou Nguesso, le président du Congo Brazzaville.
Après 42 ans de règne, Omar Bongo emporte avec lui des pans entiers de l’histoire du Gabon mais aussi de nombreux secrets entourant la relation entre la France et ses anciennes colonies. Lorsque le Gabon accède à l’indépendance en 1960, Albert-Bernard Bongo travaille dans les réseaux de renseignements mis sur pied par Jacques Foccart, secrétaire général de l’Elysée aux affaires africaines et malgache. Placé aux côtés du président Léon M’ Ba, lui aussi intronisé avec le soutien de Paris, Bongo prend les commandes du pays en 1967. En 1968, il fonde le Parti démocratique gabonais qui se développera sur le modèle du parti unique.

Par la suite, Albert-Bernard Bongo nouera des relations personnelles avec tous les présidents français. Le soir du scrutin, il sera souvent le premier à féliciter les Georges Pompidou, Valery Giscard d’Estaing, Jacques Chirac… Et lorsqu’en 1981 François Mitterrand, porté par la gauche, s’avisa de nommer Jean-Pierre Cot à la Coopération, Bongo se chargera rapidement de le faire changer d’avis…Son avis qui avait d’autant plus de poids qu’il avait contribué à financer la campagne du PS…

A Paris, le président du Gabon a longtemps joui d’un crédit presque illimité. Tout d’abord grâce à la stabilité qu’il a imprimée au Gabon, d’autant plus appréciée que les pays voisins, les deux Congo, le Tchad, la Centrafrique étaient souvent en proie aux désordres et aux guerres. La seconde raison, la plus importante, c’est le rapport paradoxal que le président Bongo a entretenu durant des décennies avec la classe politique française, inversant les termes de l’échange. Au fil des années, Bongo, utilisa largement sa fortune personnelle (tirée de la rente du pétrole) pour passer du statut de protégé à celui de protecteur, entretenant dans l’ancienne métropole un très large réseaux de relations et n’hésitant jamais à soutenir financièrement les campagnes électorales. Une phrase souvent citée décrit cette relation très particulière : « l’Afrique sans la France, c’est la voiture sans le chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est la voiture sans carburant. »

C’est que le Gabon, qui exporte en 1960 du bois précieux, l’okoumé et exploite des mines de fer, de manganèse, d’uranium s’est transformé par la suite en véritable « émirat » : le pétrole, exploité par Elf Gabon, dirigé par André Tarallo, irrigue largement les relations entre les deux pays et permet au Gabon de devenir membre de l’Opep.

Pour l’occasion, Albert Bernard Bongo, d’abord catholique, puis franc maçon, membre de la Grande loge nationale de France, se convertit à l’Islam et devient el Hadj Omar Bongo.

Durant des décennies, cet homme petit de taille, mais qui impressionne par sa vivacité d’esprit et son humour multiplie les médiations sur la scène africaine. L’historien Elikia M’Bokolo (Médiations africaines, éditions l’ Archipel) trace d’Omar Bongo un portrait nuancé, rappelant ses innombrables interventions pour ramener la paix au Tchad, en République centrafricaine, dans les deux Congo, reprenant le rôle de doyen naguère dévolu au président de Côte d’Ivoire Houphouet Boigny.

Si la population gabonaise n’a guère bénéficié de la rente pétrolière qui représente plus de 50% du PNB et risque, le pétrole épuisé, de se retrouver aussi démunie qu’avant, en revanche le pays est demeuré stable, attirant des centaines de milliers de travailleurs migrants venus de toute la sous région ainsi qu’une importante communauté française. Cependant, malgré quatre décennies de bons et loyaux services rendus à l’ancienne métropole, l’heure de l’ingratitude avait sonné : à la suite d’une plainte déposée par trois associations françaises (dont Survie) pour recel de détournements de biens publics, la police française avait dressé en 2008 une liste de « biens mal acquis » supposés appartenir au président Bongo et à sa famille, dont plus de 33 appartements et hôtels particuliers équivalant à 150 millions d’euros ! Le 13 février certains des comptes bancaires détenus en France par le président étaient saisis par la justice et le 5 mai 2009, une plainte était déposée par Transparency International France accusant Bongo, son gendre Sassou Nguesso et Teoforo Obiang président de Guinée Equatoriale de posséder en France des biens immobiliers financés par de l’argent détourné.

A Libreville, le parti du président suggérait alors au Parlement de « revoir en profondeur les accords de coopération entre la France et le Gabon ». Avant même la disparition physique du doyen de la Françafrique, une page se tournait…

Colette Braeckman

Les non-dits éloquents du discours d'Obama

Sur ce que projetait de dire Obama dans son discours du 4 juin au Caire, en Egypte, CNN titrait: " Obama cherche à atteindre l'âme du monde musulman".

Peut-être cela résume-t-il bien son propos, mais plus significatif est le contenu qui se cache derrière les tournures rhétoriques, ou plus exactement, ce qui a été omis.

Si on ne s'en tient qu'à ce qu'il a dit au sujet d'Israël et de la Palestine (il n'y avait rien d'essentiel sur tout le reste), Obama a appelé les Arabes et les Israéliens, à ne pas se "montrer du doigt" ou "à ne pas considérer ce conflit sous un seul angle". Il y a pourtant un troisième angle, celui des Etats-Unis, qui ont joué un rôle décisif en soutenant le conflit actuel. Obama n'a donné aucune indication que leur rôle devait changer.

Ceux qui connaissent bien cette histoire en concluront rationnellement alors qu'Obama poursuivra sur la voie du réjectionisme unilatéral US.

Une fois de plus, Obama a fait l'éloge de l'Initiative de Paix arabe, disant seulement que les Arabes devraient la considérer comme "un début significatif, mais pas la fin de leurs responsabilités".

Comment l'administration Obama doit-elle voir cela? Obama et ses conseillers sont sûrement conscients que cette initiative ne fait que reprendre l'ancien accord international qui appelait à la création de deux états indépendants avec les frontières définies par la communauté internationale (donc d'avant juin 1967), peut-être avec des "modifications mineures et consenties par les deux parties", pour reprendre les termes employés par le gouvernement américain jusqu'à ce qu'il rompe brutalement dans les années 70 avec l'opinion internationale. C'est-à-dire quand les Etats-Unis avaient opposé leur veto à une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU soutenue par les états arabes "de confrontation" (Egypte, Iran, Syrie) et tacitement par l'OLP, avec le même contenu essentiel que l'Initiative de Paix Arabe, sauf que cette dernière va plus loin en appelant les états arabes à normaliser les relations avec Israël dans le contexte de cet accord politique.

Obama a appelé les états arabes à poursuivre la normalisation, en ignorant soigneusement, cependant, les accords politiques cruciaux qui la conditionnent. Cette initiative ne peut pas être un "point de départ" si les Etats-Unis continuent d'en refuser les principes essentiels, voire de les reconnaître.

Derrière tout cela figure l'objectif du gouvernement Obama, énoncé très clairement par le sénateur démocrate du Massachusetts, John Kerry, président du comité des affaires étrangères du sénat, de créer une alliance entre Israël et les états arabes "modérés" contre l'Iran. Le terme de "modéré" n'a rien à voir avec la spécificité de l'état en question, mais indique son empressement à souscrire aux exigences des Etats-Unis. Qu'est censé donner Israël en contrepartie des mesures prises par les Arabes pour normaliser leurs relations?

La position la plus ferme jusqu'à présent de l'administration Obama, c'est qu'Israël devait se conformer à la Phase I de la Feuille de Route de 2003 , qui stipule: "Le gouvernement d'Israël gèle toute activité de colonisation (même lorsqu'il s'agit de l'expansion naturelle des colonies)".
Toutes les parties affirment accepter cette feuille de Route en fermant toutefois les yeux sur le fait qu'Israël avait immédiatement fait ajouter 14 réserves qui la rendent caduque.

Ce qui a été négligé dans le débat sur les colonies, c'est que même si Israël devait accepter la Phase I de la Feuille de Route, cela laisserait en place l'ensemble du projet de colonisation qui a déjà été développé, grâce au soutien décisif des Etats-Unis, et qui permet de s'assurer qu'Israël récupèrera bien les terrains précieux qui ont été enclavés par le "mur de séparation" illégal (y compris les ressources en eau de la région), ainsi que la vallée du Jourdain, ce qui engloberait tout le reste, fragmenté en cantons constitués de colonies et d'infrastructures qui s'étendent loin vers l'est.

Ce dont il n'a pas été question non plus, c'est qu'Israël est en train de s'approprier le Grand Jérusalem, site de ses principaux projets de développement actuels, en délogeant de nombreux Arabes de façon à ce que ce qui restera aux Palestiniens sera séparé du centre de leur vie culturelle, sociopolitique et économique.

Ce qui n'a pas été dit non plus, c'est que tout cela se fait en violation des conventions internationales, telles qu'elles avaient été acceptées par le gouvernement d'Israël après la conquête de 1967, et réaffirmées par les résolutions du Conseil de Sécurité et de la Cour Internationale de Justice.

N'ont pas été évoquées non plus, les manoeuvres réussies d'Israël depuis 1991 pour séparer la Cisjordanie de Gaza, devenue depuis une prison où la survie est à peine possible, et qui anéantissent davantage les espoirs de créer un état palestinien viable.

Il est bon de se rappeler qu'il y a eu une seule rupture dans le réjectionisme Etats-Unis - Israël.
Le président Clinton avait reconnu que les conditions qu'il avait offertes lors du sommet de Camp David en 2000, et qui s'était soldé par un échec, n'étaient pas acceptables pour un Palestinien et en décembre, il avait proposé ses "paramètres", vagues, mais plus amènes. Il avait ensuite annoncé que les deux parties acceptaient ces paramètres, alors qu'elles avaient toutes deux émis des réserves.

Les négociateurs israéliens et palestiniens s'étaient rencontrés à Taba, en Egypte, pour aplanir les différences, et avaient considérablement progressé. Une résolution décisive pourrait être adoptée dans quelques jours, annonçaient-ils lors d'une conférence de presse commune. Mais Israël avait annulé les négociations prématurément et elles n'avaient jamais été reprises officiellement.

Cette seule exception indique que si un président américain est prêt à accepter des négociations diplomatiques constructives, un accord peut très certainement être conclu. Il est également bon de se rappeler que l'administration Bush est allée plus loin que les discours dans ses critiques contre les projets de colonies illégales d'Israël, à savoir, en refusant de leur apporter un soutien financier.

En revanche, selon le New York Times (Helene Cooper, 1 juin), les hauts responsables du gouvernement d'Obama ont déclaré que de telles mesures n"'étaient pas à l'ordre du jour" et que les pressions sur Israël pour qu'il se conforme à la Feuille de Route seront "largement symboliques".

Il y a plus à dire, mais cela n'est pas pour améliorer le tableau sinistre qu'Obama a peint, avec quelques touches supplémentaires, dans le discours, annoncé en fanfare, qu'il a adressé au Monde Musulman le 4 juin.

Noam Chomsky (traduit par emcee)