Le ridicule et aussi le pathétique sont aujourd’hui atteints par le spectacle que les occidentaux livrent sur la question des droits de l’homme en prenant le Tibet comme cas d’étude. Si l’adage nous apprend que "le ridicule ne tue pas" alors là nous avons la parfaite illustration.
Voir l’occident parler des droits de l’homme c’est comme si Napoléon était subitement pris de passion pour les noirs ou encore comme voir les nazis déclarer leur amour aux noirs ou aux tsiganes. Comme tout ceci n’a pu être possible par le passé, le lecteur averti comprend mieux le nouveau jeu de distraction de nos Amis occidentaux. La roublardise est tellement grosse qu’on se pose même la question de savoir si les roublards eux-mêmes ne se sentent pas pris à leur propre jeu.
Deux raisons au moins prouvent que l’on est dans une pure agitation dans laquelle la condescendance occidentale prend un sacré coup et tous les moyens sont bons pour sauver la face.
Tout ce qu’il reste à l’occident face à la puissance chinoise est la gesticulation sur les droits de l’homme et se servir du Tibet pour essayer de déstabiliser la Chine. Aurait-il eu les moyens d’aller exercer sa violence comme c’est le cas là où ils savent que leur nuisance a des effets, les occidentaux n’hésiteraient pas une seconde, car seule la violence militaire régit ses rapports avec les autres. Mais là ce n’est plus l’Afghanistan, ce n’est pas l’Irak, ni l’Afrique ou la Palestine. Entretenir le mythe illusionniste des droits de l’Homme. Cette gesticulation a pour autre effet d’entretenir une illusion hautement dangereuse pour les peuples qui ont la faiblesse de croire aux discours et bons sentiments des respects de droits de l’Homme tels que les occidentaux les clament. Or toute l’histoire des occidentaux est parsemée des faits qui prouvent que, lorsqu’ils parlent des droits, ils ne pensent qu’à eux et ce qui chez les autres, constituent leurs intérêts. Une illustration parfaite de cette supercherie savamment orchestrée est bien décryptable dans ce qu’on a universellement et très abusivement appelé le siècle des lumières. Car si lumières il y a eu, elles ont servi a illuminer l’obscurantisme sauvage et barbare dans lequel vivait l’occident, en proie à des guerres séculaires. L’illusion a servi par le passé et continue à servir aujourd’hui à l’occident d’exporter sa barbarie ailleurs en allant ensauvager d’autres peuples tout en se parant du bouclier des droits de l’Homme, lorsqu’il ne crée pas les conditions pour exporter la violence dans d’autres contrées. Est-ce un hasard si tout le cru relevant de cette idéologie illusionniste et mythique était hautement négrophobe ?
C’est cette idéologie issue de cette orgie négrophobe qualifiée de siècle de lumières qui a bien décomplexé Jules Ferry qui, porté par la frénésie affirmait "La déclaration des droits de l’homme n’avait pas été écrite pour les Noirs de l’Afrique équatoriale ". Une vérité que Aimé Césaire a rappelée dans son excellent "Discours sur le colonialisme". Et l’on notera très précisément le pilonnage, le pillage de cette partie du continent bien sous l’emprise de la Françafrique et tout ceci n’est en rien un hasard. Le terrain d’expérimentation de toutes les horreurs de la politique française qui, si elles avaient été commises ailleurs, on les nommerait sans ambigüités de crimes contre l’humanité.
Seulement et encore une preuve d’une condescendance mal placée et presque naturelle chez nos Amis occidentaux. Ce que Jules Ferry comme nombre de ces illusionnistes des droits de l’homme oublient, même dans ce domaine, l’Afrique n’a pas de leçon à recevoir, mieux, l’occident n’a pas de leçon à distiller aux noirs, et à quiconque d’ailleurs ; car ces derniers non pas attendu la déclaration des droits de l’homme telle que les occidentaux l’ont conçus, pour en parler. Sans remonter jusqu’aux pharaons "noirs", il suffit de rappeler à nos Amis que, au 13 ème siècle déjà, l’empire du Mali édictait et reconnaissait de vrais droits à tous, comme on peut le lire ici.
En conclusion, le monde est aujourd’hui conscient que l’occident n’a jamais défendu les droits de l’Homme quand il s’agit d’autres peuples, mais bel et bien de ce qu’il considère être ses intérêts. Et à ce jeu, ils semblent bien pris dans ses propre contradictions par plus forts que lui. L’illusion voire le mythe de cette défense est aujourd’hui éculé et ne fait plus recette, car son histoire ne fait aucun mystère sur ce qu’il est vraiment : "Civilisation, civilisation, orgueil des Européens, et leur charnier d’innocents (...) Tu bâtis ton orgueil sur des cadavres (...) " ainsi le rappelait René Maran.
Comme le rappelait aussi John Stuart Mill, "Les vérités, lorsqu’elles ne sont pas soumises à une réévaluation permanente, finissent par "cesser d’avoir un effet de vérité par leur exagération qui les transforme en mensonges".
L’occident a t-il jamais eu la légitimité de parler des droits de l’Homme ? La question est ouverte.
Mboa
La grande tartufferie des droits de l'homme en "Occident"
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5/31/2009
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Libellés : EMPIRE
Hannah Arendt et le sionisme
« Un nationalisme inspiré de l’Allemagne, (qui) soutient qu’une nation est un corps organique éternel, le produit de la croissance naturelle et inévitable de qualités inhérentes et (qui) explique les peuples non pas en termes d’organisations politiques mais de personnalités biologiques supra-humaines ».
« Les sionistes étaient en un sens les seuls qui désiraient sincèrement l’assimilation, à savoir la “normalisation” du peuple (“être un peuple comme les autres”) alors que les assimilationnistes souhaitaient que les Juifs conservent leur position exceptionnelle ».
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Le Bougnoulosophe
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5/30/2009
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Libellés : PALESTINE
Lettre de prison
« N'importe quel chibani de Belleville est plus sage dans ses paroles qu'aucun de nos soi-disant dirigeants dans toutes ses déclarations. » (L'insurrection qui vient)
Que signifie pour vous le mot terrorisme?
Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d'expliquer non plus la soudaine transmutation du "terroriste" en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d'Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré" de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.
Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d'avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s'exécutera avec promptitude. Qui n'étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – "terroristes" devenus l'un premier ministre d'Israël, l'autre président de l'Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.
Le flou qui entoure la qualification de "terrorisme", l'impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l'on peut, elle, très bien définir : l'antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L'antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite "psychologique", pour rester poli.
L'antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi l'on produit, positivement, l'ennemi politique en tant que terroriste. Il s'agit, par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance, d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l'"action psychologique", de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la "menace subversive" en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur.
L'essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des cœurs et des esprits" où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l'ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l'exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l'humilier publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. "La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l'arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu'une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l'effort de guerre de la façon la plus discrète possible", conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.
Une fois n'est pas coutume, dans notre cas, l'antiterrorisme a fait un four. On n'est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l'échec; comme est compréhensible l'acharnement un peu mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d'emprise sur l'institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu'auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des "proches de Julien Coupat".
Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d'autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d'autres encore la crédibilité qu'ils n'ont jamais eue et qu'ils n'auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie...
Vous lisez "Surveiller et punir" de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?
La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l'existence dite "normale". Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l'école, l'innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.
Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l'effet d'une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d'une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d'autre des barbelés et à cause d'eux.
Si l'on traque avec tant d'avidité les témoignages "de l'intérieur" qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c'est pour mieux occulter le secret qu'elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.
Toute l'indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l'administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du "sens de la peine", bref : tout ce débat sur l'horreur de l'incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu'elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment "civilisé". Le petit système d'espionnage, d'humiliation et de ravage que l'Etat français dispose plus fanatiquement qu'aucun autre en Europe autour du détenu n'est même pas scandaleux. L'Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n'est de toute évidence qu'un début : la vengeance est l'hygiène de la plèbe.
Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu'il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N'importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n'importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n'importe quel flic sait ce qu'il faut d'illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l'on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.
Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l'illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l'on juge opportun de poursuivre et ceux qu'on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même, il n'est donc pas question pour mes camarades et moi de "clamer notre innocence", ainsi que la presse s'est rituellement laissée aller à l'écrire, mais de mettre en déroute l'hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l'esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.
Julien Coupat
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5/28/2009
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
« Barbarie sarkozyenne », fourvoiement de l'éléctoralisme etc
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5/28/2009
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Vers la quatrième guerre mondiale ?
« Pendant des décennies, on a parlé du “conflit israélo-arabe”. Depuis les accords d’Oslo, on évoque plutôt un “conflit israélo-palestinien ”. Mais, contrairement à ce que cette nouvelle appellation pourrait laisser croire, le conflit, loin d’avoir été ramené à de moindres proportions, est devenu plus emblématique et central, se situant désormais au coeur d’un éventuel choc généralisé entre le monde occidental et le monde musulman. S’il ne s’agit plus, en effet, d’un conflit israélo-arabe au niveau étatique, le conflit s’est accentué au niveau des peuples arabes et même musulmans. Le sort du monde peut se jouer sur quelques kilomètres carrés. Israéliens et Palestiniens ne sont plus devenus, sans y aspirer, que les dépositaires d’un éventuel changement de paradigme des conflits. Ils sont à leur corps défendant responsables de l’éventuelle survenance d’un conflit civilisationnel majeur. C’est pourquoi, plus que pour des raisons compassionnelles envers les populations concernées, ce conflit ne peut plus être laissé dans les mains de ses seuls protagonistes, si ceux-ci persistaient à ne pas le régler. Désormais, il ne leur appartient plus. Il est devenu, une fois encore, plus pour des raisons stratégiques que morales, l’affaire de tous. Si le conflit ne prend pas fin, il risque non seulement d’entraîner dans un suicide mutuel les peuples israélien et palestinien, mais également de précipiter le monde vers un choc généralisé. Sans être les protagonistes directs de ce conflit, les Occidentaux y sont partie prenante, c’est ce qui en fait l’originalité. »
C’est ainsi qu’à partir du conflit israélo-palestinien Pascal Boniface situe le choix crucial de notre époque : ou la paix dans la justice ou une bataille « cosmique » entre le Bien et le Mal. Les lecteurs de Pour La Palestine retrouveront ici les lourdes préoccupations que nous exprimons depuis un certain temps quant aux risques qu’induit la non-solution politique du conflit. Ils retrouveront aussi les qualités pédagogiques et de synthèse que possède l’auteur pour présenter son sujet. Le livre prend en compte les transformations historiques post-guerre froide du scénario international, un monde monopolaire où la « guerre préventive contre le terrorisme » a remplacé la force du droit international par le retour brutal de la loi du plus fort. Il regroupe un ensemble d’éléments souvent présentés de manière séparée pour proposer une synthèse historique et stratégique efficace de l’évolution du conflit.
Palestine, miroir d’enjeux mondiaux
Avec ce travail, on voit d’une manière limpide qu’après la confirmation électorale des néoconservateurs aux Etats-Unis, l’après-Arafat reconfirme la place du petit peuple palestinien au coeur des grandes et dramatiques questions mondiales. La Palestine redevient, comme elle l’a été pendant toute son histoire, le miroir du monde et en subit pour le meilleur et pour le pire ses transformations...
Aujourd’hui en particulier où s’affirme la radicalisation du conflit entre les courants fondamentalistes chrétiens et juifs d’un côté et islamiques de l’autre, la Palestine est l’épicentre de leur opposition frontale. De nouveau la Palestine et son peuple se trouvent, sans nécessairement en avoir été la source initiale, au centre d’un conflit qui tend à embraser le monde sans pour cela obtenir une solidarité et un soutien suffisants des forces qui s’opposent à cette dégénérescence. Tel est le scénario international et idéologique que nous dessine Pascal Boniface, à travers un ensemble de chapitres qui constituent autant de synthèses concises et bien documentées. On retiendra surtout les chapitres consacrés au concept de choc des civilisations, à l’alliance singulière - véritable osmose - entre Etats- Unis et Israël, à la guerre contre le terrorisme et au rôle possible de l’Europe...
Peut-être aurait-on souhaité un développement plus complet sur l’environnement arabe et musulman et sur la stratégie américaine visant à désagréger les Etats arabes sunnites à partir des différentes minorités internes non sunnites ou non arabes, que ce soit en Arabie saoudite, en Irak ou au Liban... Le tout au bénéfice aussi d’Israël. On aurait ainsi mieux montré les risques d’extension du conflit à partir d’une stratégie du chaos interethnique qui contribue davantage encore à isoler le combat national palestinien.
De même, les risques de nucléarisation du conflit à partir du développement du système nucléaire israélien et de son adaptation à des frappes préventives contre l’Iran ou tout autre pays de la région considéré comme menaçant auraient mérité une mise à jour. Peut-être enfin, aurait-il été utile de consacrer à Jérusalem et à ses enjeux une place plus importante en raison de son rôle symbolique majeur.
Finalement, en fermant ce livre, on mesure combien ces changements radicaux qui s’opèrent sous nos yeux dans la nature même du conflit n’ont en aucune manière conduit à repenser le concept de sécurité au-delà de sa dimension militaire. Pour George W.Bush comme pour Ariel Sharon, la paix comme concept et comme philosophie des relations internationales n’existe pas. La guerre permanente est la forme spécifique dans laquelle l’un et l’autre tendent à organiser leur système de domination du Moyen-Orient.
Aujourd’hui, face à la quatrième guerre mondiale en gestation, la lutte pour les droits du peuple palestinien est, en dernière analyse, une lutte pour la paix où doivent se rejoindrent les peuples pour la construction d’un monde plus juste et par conséquent peu disposé à la guerre.
Tel est le message de cet important ouvrage marqué par un sain pessimisme qui nous oblige à agir avant qu’il ne soit trop tard.
Bernard Ravenel
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Le Bougnoulosophe
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5/28/2009
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Libellés : EMPIRE
Guantanamo : surveiller et punir
« La bourgeoisie nationale se découvre la mission historique de servir d'intermédiaire. Comme on le voit, il ne s'agit pas d'une vocation à transformer la nation, mais prosaïquement à servir de courroie de transmission à un capitalisme acculé au camouflage et qui se pare aujourd'hui du masque du néo-colonialisme. La bourgeoisie nationale va se complaire, sans complexes et en toute dignité, dans le rôle d'agents d'affaires de la bourgeoisie occidentale. L'aspect dynamique et pionnier, l'aspect inventeur et découvreur de mondes que l'on trouve chez toute bourgeoisie nationale est ici lamentablement absent. La bourgeoisie des pays sous-développés est une bourgeoisie en esprit. Ce ne sont ni sa puissance économique, ni le dynamisme de ses cadres, ni l'envergure de ses conceptions, qui lui assurent sa qualité de bourgeoisie. Aussi est-elle à ses débuts et pendant longtemps une bourgeoisie de fonctionnaires. Ce sont les postes qu'elle occupe dans la nouvelle administration nationale qui lui donneront sérénité et solidité. » (Frantz Fanon)
Pizza et jus d'orange : le bonheur tient à peu de chose. Voilà sept ans et sept mois que Lakhdar Boumediene n'avait pas mangé comme ça. Sept ans et sept mois qu'il ne s'était pas assis dans un restaurant pour déjeuner en famille.
En ce lundi 25 mai, sous un soleil de plomb, en banlieue parisienne, Lakhdar Boumediene, 43 ans, goûte sa première journée de liberté retrouvée. "Je suis un homme normal", répète-t-il. Le 20 novembre 2008, un juge américain l'a innocenté des accusations de terrorisme qui lui ont valu d'être enfermé au camp de Guantanamo de janvier 2002 au 15 mai 2009. Matricule 10005 : "C'était mon nom là-bas. C'est comme ça qu'on m'appelait. Jamais Lakhdar ou Boumediene. Pour aller plus vite, les gardes disaient 10K5." Il avait été livré aux Américains en décembre 2001 par les autorités bosniaques, qui le soupçonnaient de vouloir fomenter un attentat contre l'ambassade américaine de Sarajevo.
Visage émacié, barbe grisonnante bien taillée, polo gris à manches courtes, pantalon blanc, les yeux noirs enfoncés, Lakhdar Boumediene est un rescapé de 58 kilos. Il y a tout juste dix jours, le 15 mai, il débarquait d'un avion de l'US Air Force sur la base aérienne d'Evreux (Eure) en provenance de Cuba. Neuf heures de voyage mains et pieds menottés, avec seize gardes armés qui se sont relayés par groupe de quatre pendant toute la durée du vol. Sa hantise ? Etre pris d'un besoin pressant.
"Je me souvenais qu'au voyage aller, on n'avait pas le droit d'aller aux toilettes. Alors cette fois, j'avais pris mes précautions : je n'avais ni mangé, ni bu avant mon départ", raconte-t-il.
De nationalité algérienne, Lakhdar a été accueilli en France. Son épouse et ses filles qui, après son arrestation, étaient rentrées en Algérie, l'ont retrouvé ici grâce à l'intervention des autorités françaises. "Surtout n'oubliez pas de remercier le président Nicolas Sarkozy, les ambassadeurs de France à Washington et à Alger et le consul français à Oran", insiste-t-il.
Pour le moment, la famille Boumediene a choisi de vivre en France. Lakhdar y a de la famille et se dit attaché à la culture française. Peut-être retournera-t-il en Algérie un jour, mais l'heure n'est pas venue de dresser des plans sur la comète.
Lakhdar vient de sortir de l'hôpital militaire Percy de Clamart (Hauts-de-Seine), il y a à peine trois heures, et le voilà qui se promène librement au bras d'Abassia, son épouse, de Radjaa, 13 ans, et Raham, 8 ans, ses deux filles qu'il n'a pas vu grandir. "Bien sûr, je ne les ai pas reconnues", s'excuse-t-il.
Lui qui revient de l'enfer s'applique à renouer avec les gestes simples de l'existence. Se débarrasser de Guantanamo, dont il a tout de même ramené sa tenue de prisonnier : un pantalon et une veste kaki. S'échapper du camp 6, où le jour ne pénétrait pas et où le froid dans la cellule, avec la climatisation réglée au maximum, gelait les os. Il raconte : "Réveil à 5 heures pour la prière du matin. Après retour dans la cellule. 6 heures, les gardes viennent te chercher et t'amènent dans une salle. On t'assied sur une chaise, pieds et mains menottés et on te nourrit de force par intubation dans les voies nasales". Lakhdar ne parle à personne. Il respire l'air du dehors une fois par jour, moins d'une heure, "tantôt dans la journée, tantôt la nuit, c'est chacun à son tour", ne croise jamais un codétenu.
Pendant plus de deux ans, de février 2006 jusqu'à sa sortie, il a refusé de se nourrir. Sauf à deux reprises. Le jour de la victoire d'Obama en novembre 2008 - "J'étais content car on avait évité le pire avec Mc Cain" - et le jour où les juges l'ont blanchi. Il a perdu un peu plus de 20 kg.
L'épreuve la plus difficile remonte à février 2003. Son cauchemar. Ses gardes l'interrogeaient sans relâche. "Ils voulaient des informations sur les associations caritatives musulmanes en Bosnie et sur les Arabes qui étaient installés à Sarajevo, mais moi je ne savais rien là-dessus", dit-il. Alors en février 2003, ils l'ont soumis à un interrogatoire serré pendant 16 jours et 16 nuits : " Ça commençait à minuit, ça durait jusqu'à 5 heures du matin. Ça s'arrêtait quelques heures, puis ça reprenait. Ils se sont relayés à six ou sept. Au bout de la troisième ou cinquième nuit, j'ai été ausculté par un médecin de l'armée qui a dit aux geôliers que tout allait bien et qu'ils pouvaient continuer."
Lakhdar Boumediene a été arrêté à Sarajevo en octobre 2001 en compagnie de quatre autres Algériens qui demeuraient comme lui dans la capitale bosniaque. Il était arrivé en Bosnie en avril 1997, où il travaillait pour le Croissant-Rouge, l'équivalent musulman de la Croix-Rouge. Il est parti de Saïda en Algérie, en 1990. "Je voulais aller travailler dans les pays du Golfe parce qu'en Algérie j'étais employé dans une cimenterie et c'était mauvais pour ma santé", assure-t-il.
Après un séjour à Sanaa, au Yémen, il s'est installé pendant deux ans au Pakistan - en 1991 et 1992 - non loin de Peshawar, où il s'occupait d'orphelins dans une école. Il est ensuite retourné au Yémen, où il a été surpris par la guerre de 1994 qui opposait le Yémen du Nord au Yémen du Sud. Il en a profité pour s'inscrire à l'université de Sanaa tout en suivant des cours au Centre culturel français. De là, il a rejoint un copain de Saïda en Albanie, où il a commencé des missions avec le Croissant-Rouge qui l'a finalement envoyé à Sarajevo.
En décembre 2000, lors d'une visite à sa famille en Algérie, il est interpellé par la police alors qu'il vient de franchir la douane à l'aéroport d'Alger. Son passeport confisqué, il est sommé de rester dans la capitale, le temps que les enquêteurs procèdent à des vérifications.
A cette époque, pour fuir l'Algérie et rejoindre le djihad, de nombreux combattants du GIA ont gagné les camps afghans via le Pakistan. Les autorités algériennes le suspectent d'être l'un de ces islamistes. Au bout de cinq ou six jours, on lui rend son passeport, mais après lui avoir délivré un certificat d'amnistie, comme les autorités algériennes en délivraient aux islamistes repentis. "Je n'ai jamais été islamiste, jure-t-il. Je crois que c'est cet épisode qui est à l'origine de mon arrestation."
Des listes de ressortissants algériens passés par le Pakistan ont-elles été transmises aux Américains après le 11-Septembre ? Sans trop s'appesantir, Lakhdar Boumediene pense que oui.
Yves Bordenave
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Le Bougnoulosophe
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5/27/2009
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Libellés : EMPIRE
Mais où se trouve l'extrême-droite sur le curseur ?
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Le Bougnoulosophe
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5/26/2009
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Libellés : IDENTITE
Un autodafé à géométrie variable
Pendant que trois racailles sionistes, et pas des moindres, l'une d'elles, allez savoir comment, a chopé le Nobel de la Paix en 1986, s’offusquent, par le biais, d’une tribune dans Le monde, de la possibilité qu’un sous-homme égyptien, nommé Farouk Hosni, préside l’UNESCO. Soit une saine réaction à la tentative de durbanisation de ladite institution en quelque sorte. Quelle horreur ! Pas une ligne des vigilants, amis de la culture et des Droit de l’Homme, sur l’interdiction du Festival palestinien de littérature. Et il y a encore des crétins - mais à ce stade est-ce encore de la crétinerie ?-, pour nous expliquer doctement que le « deux poids et deux mesures » sont un fantasme et que « l’hégémonie culturelle » des sionistes en France est un délire paranoïaque …
Souvenez-vous, je m'auto-cite:
Un mouvement similaire a eu lieu pour le boycott du Salon du livre à Paris. Question qui n'a eu aucun écho médiatique, sauf une «préparation» en amont, contre le boycott. Le 16 février, au sujet du boycott du salon de Turin, Marek Halter titre sa tribune du Monde: «Au secours, on brûle les livres!». L'article est halluciné, ce qui fait que, certes, on brûle les livres, mais TF1 n'en fait pas la Une du lendemain. Le 13 mars, journée de l'inauguration, tout est prêt pour le Monde, qui fait soudain du sujet que tout le monde ignorait le thème de son éditorial, «Le Salon en otage» (l'appel au boycott est qualifié de «fatwa»: «Boycotter les livres, voire récuser une langue, a toujours été l'arme des dictatures.»), et complète avec un article pathétique de Caroline Fourest, «Israël, le boycottage et la raison» (ne pas aller au Salon du Livre «rappelle le temps où l'on brûlait des livres et des juifs après les avoir boycottés»). Le soir même, inaugurant le Salon, Shimon Peres, sans concertation aucune avec ce vaste mouvement d'indignation international contre le boycott, a ce commentaire totalement original: «Ceux qui veulent brûler les livres, boycotter la sagesse, empêcher la réflexion, bloquer la liberté se condamnent eux-mêmes à être aveugles, à perdre la liberté». Ce qui s'appelle une communication parfaitement maîtrisée.
Pour ce qui est des faits, voilà:
La police israélienne a fait fermer le Théâtre national palestinien à Jérusalem-Est, samedi 23 mai, pour empêcher la tenue du Festival palestinien de littérature, rapportent le Guardian et le Palestine Telegraph.
Ce festival, qui devait durer tout le week-end, accueille des auteurs internationaux et palestiniens, dont Henning Mankell, Michael Palin et Ahdaf Soueif. Quelques minutes avant l'ouverture de l'évènement culturel, la police a fait fermer le théâtre, estimant qu'il s'agissait d'une manifestation à caractère politique, liée à l'Autorité palestinienne, rapporte le Guardian. Le festival est financé par l'Unesco et la Grande-Bretagne, notamment.
Loubnan ya Loubnan
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Le Bougnoulosophe
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5/26/2009
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Vous n'étiez pas là en Irak et bien, en Iran, vous y serez !
S’implanter militairement, et de façon permanente, dans le golfe Persique, tout en conjuguant cet effort avec d'importantes ventes de technologie et d'aéronautique françaises aux riches émirats de la région : la diplomatie de Nicolas Sarkozy s'est fixé ces deux objectifs, mêlant considérations géopolitiques et intérêts commerciaux.
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
5/25/2009
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Libellés : EMPIRE
La Palestine en attendant Godot…
« Observez exhaustivement la situation palestinienne aujourd’hui, ce que l’on voit défie tout bonnement quiconque de la représenter de manière adéquate. On voit une nation de plus de cinq millions de gens éparpillés dans diverses juridictions, sans nationalité officielle, sans souveraineté, sans drapeau, sans passeport, sans autodétermination et sans liberté politique. Pourtant on perçoit toujours leurs ennemis comme ayant droit de les maintenir dans cet état et de recevoir de la puissance dominante actuelle, la plus grosse somme d’aide étrangère dans le cadre du programme d’aide le plus considérable de l’histoire.
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5/25/2009
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Libellés : PALESTINE
Derrière la "Nation" française, il y a toujours "l'Empire colonial" français, il faut pouvoir l'assumer...
Nation : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire à une province : «Tu m'appartiens, je te prends». Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu'un en cette affaire a droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à s'annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le voeu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir. » (Ernest renan, Qu’est-ce qu’une nation ?)
Empire colonial : « La régénération des races inférieures ou abâtardies par les races supérieures est dans l’ordre providentiel de l’humanité. L’homme du peuple est presque toujours, chez nous, un noble déclassé, sa lourde main est bien mieux faite pour manier l’épée que l’outil servile. Plutôt que de travailler, il choisit de se battre, c’est-à-dire qu’il revient à son premier état. Regere imperio populos, voilà notre vocation. Versez cette dévorante activité sur des pays qui, comme la Chine, appellent la conquête étrangère. Des aventuriers qui troublent la société européenne, faites un ver sacrum, un essaim comme ceux des Francs, des Lombards, des Normands, chacun sera dans son rôle. La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise, d’une dextérité de main merveilleuse sans presque aucun sentiment d’honneur; gouvernez-la avec justice, en prélevant d’elle, pour le bienfait d’un tel gouvernement, un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite; une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre; soyez bon pour lui et humain, et tout sera dans l’ordre; une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. Réduisez cette noble race à travailler dans l’ergastule comme des nègres et des Chinois, elle se révolte. Tout révolté est, chez nous, plus ou moins, un soldat qui a manqué sa vocation, un être fait pour la vie héroïque, et que vous appliquez à une besogne contraire à sa race, mauvais ouvrier, trop bon soldat. Or, la vie qui révolte nos travailleurs rendrait heureux un Chinois, un fellah, êtres qui ne sont nullement militaires. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait, et tout ira bien. » (Ernest Renan, La réforme intellectuelle et morale)
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Libellés : POSTCOLONIE
Le son des cailleras
« S’il n’existe pas d’art populaire au sens de la classe ouvrière urbaine, c’est peut-être que cette classe ne connait d’autres hiérarchies que celles, toute négatives, qui se mesurent à la distance et à l’insécurité absolues du sous-prolétariat, et reste définie fondamentalement par la relation de dépossédé à dépossédant qui l’unit à la bourgeoisie, en matière de culture comme ailleurs.
Ce que l’on entend communément par art populaire, c’est-à-dire l’art des classes paysannes des sociétés capitalistes et précapitalistes, est le produit d’une intention de stylisation qui est corrélative de l’existence d’une hiérarchie : les isolats relativement autonomes à base locale ont aussi leur hiérarchie de luxe et de nécessité que les marques symboliques, vêtements, meubles, bijoux redoublent en les exprimant. Là aussi, l’art marque des différences, qu’il présuppose.
Ce n’est pas par hasard que le seul domaine de la pratique des classes populaires où le style en soi accède à la stylisation est celui de la langue, avec l’argot, langue de chefs, de « caïds », qui enferme l’affirmation d’une contre-légitimité, par exemple par l’intention de dérision et de désacralisation des « valeurs » de la morale et de l’esthétique dominante ». (Bourdieu, La Distinction)
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Libellés : MANIERES DE FAIRE
Du postnational
« Le terme « postnational » a plusieurs implications. La première est temporelle et historique. Elle suggère que nous sommes engagés dans un processus menant à un ordre mondial où l’Etat-nation est devenu obsolète et où d’autres formations d’allégeance et d’identité ont pris sa place.
La seconde est l’idée que les formes qui émergent sont de puissantes alternatives pour l’organisation du trafic international de ressources, d’images et d’idées - des formes contestant activement l’Etat-nation ou constituant des alternatives de paix pour des loyautés politiques à grande échelle.
La troisième implication est la possibilité que les nations (1) continuent d’exister, tandis que l’érosion permanente des capacités d’Etats-nation à monopoliser la loyauté encourage la diffusion de formes nationales ayant largement divorcé des États territoriaux.
Ce sont là des sens pertinents du terme « postnational », mais aucun d’eux n’implique que l’Etat-nation, sous sa forme territoriale classique, soit pour l’instant en faillite. Il est certainement en crise, et une part de cette crise est la violence croissante de la relation qu’entretient l’Etat-nation avec ses Autres postnationaux…
Dans le monde postnational que nous voyons émerger, la diaspora va dans le droit fil - et non à rebours - de l'identité, du mouvement et de la reproduction. Tout le monde a des parents travaillant à l'étranger. Beaucoup de gens se retrouvent en situation d'exilés sans avoir pour autant bougé très loin : les Croates en Bosnie, les Hindous au Cachemire, les Musulmans en Inde.
D'autres en revanche se trouvent dans des modèles de migrations répétés. Les Indiens qui sont allés en Afrique de l'Est au XIXe et au début du XXe siècle, qui ont été chassés d'Ouganda, du Kenya, de Tanzanie dans les années 1980 et on retrouvé des emplois et des opportunités en Angleterre et aux Etats-unis, envisagent aujourd'hui de retourner en Afrique.
De même les Chinois de Hong Kong qui achètent aujourd'hui des immeubles à Vancouver, les commerçants gujariti d'Ouganda qui ouvrent des motels dans le New Jersey et des kiosques à journaux à New York, les taxis sikhs de Chicago et de Philadelphie sont autant d'exemples d'un nouveau monde où la diaspora est dans l'ordre des choses... » (Arjun Appadurai, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation)
(1) Il est possible de détecter des transnations (certaines ethniques, d'autres religieuses, linguistiques, philantropiques...) qui dessinent les éléments d'un imaginaire postnational.
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5/21/2009
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Libellés : IDENTITE
Les Docteurs Folamour israéliens
Le bombardement par Israël des installations nucléaires iraniennes n'est pas à l'ordre du jour. En tout cas, certainement pas avec un feu vert américain. La première rencontre officielle, lundi 18 mai à Washington, entre le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et le président américain, Barack Obama, aura permis d'établir avec certitude que les deux alliés, s'ils restent proches, ne sont plus tout à fait sur la même longueur d'onde. Ni à l'endroit des Palestiniens, que la droite israélienne au pouvoir entend maintenir aussi longtemps que possible sans Etat ni indépendance ; ni à l'égard de l'Iran, avec lequel Israël pourrait vouloir en découdre tandis qu'Obama veut le dialogue - au moins jusqu'en janvier...
Il y a au moins deux ans que, de diverses sources américaines et israéliennes, on sait que certains, à Jérusalem et Washington, plaident ouvertement pour "la destruction militaire préventive" des installations nucléaires que Téhéran présente comme "pacifiques". En septembre 2008, dans les derniers mois de l'administration Bush, le premier ministre Ehud Olmert avait demandé à Washington la livraison de nouvelles bombes sophistiquées et d'avions ravitailleurs destinés à réapprovisionner en fuel ses bombardiers en vol. Au grand soulagement de beaucoup, George W. Bush, concentré sur "sa" guerre en Irak et refusant à son allié "l'ouverture d'un nouveau front", avait rejeté la demande.
Largement plus ouvert que son prédécesseur au dialogue avec Téhéran, Barack Obama, par ailleurs engagé dans la guerre d'Afghanistan, paraît encore moins disposé à se lancer dans un nouveau conflit. La nouvelle administration est tout aussi décidée que l'ancienne à empêcher l'armement nucléaire de l'Iran, mais elle veut donner sa chance à la diplomatie. "L'important, a dit M. Nétanyahou, qui réclamait une date limite pour ce dialogue américano-iranien, ce qu'il n'a pas obtenu, est que l'on s'engage à ce que l'Iran ne développe pas sa capacité nucléaire militaire. J'espère, a-t-il ajouté, que le plan du président (Obama) réussira. (...) Israël, en tout cas, se réserve le droit de se défendre."
Dans le cas improbable où il déciderait "d'y aller" seul, l'Etat juif, première puissance nucléaire du Proche et Moyen-Orient, a-t-il aujourd'hui la capacité de mener, jusqu'en Iran, une opération de destruction d'envergure ? Dans une étude approfondie de 114 pages, publiée en mars par le prestigieux et très influent Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington, deux des meilleurs experts mondiaux des questions stratégiques et de défense, Abdullah Toukan et Anthony Cordesman, estiment que oui, c'est techniquement "possible" (http://www.csis.org/).
Mais, ajoutent les auteurs qui passent en revue tous les scénarios possibles d'une attaque sur les installations nucléaires iraniennes, "l'opération serait complexe, hautement risquée et rien n'en garantit le succès". Correspondant militaire du quotidien israélien de centre gauche Haaretz, Reuven Pedatzur, ancien pilote de chasse, s'est livré, le 15 mai, dans son journal, à une analyse complète du rapport des deux experts. C'est ce texte que Le Monde a décidé de publier. Pedatzur s'y range sur la même ligne de "prudence" que les auteurs. Il va plus loin et souligne "l'erreur qu'a commise Israël en agitant la menace iranienne".
Contrairement à ce que répète M. Nétanyahou sur tous les tons, et avant lui M. Olmert, "le régime de Téhéran, selon lui, est certes un adversaire acharné et inflexible, mais il est loin de représenter une menace vitale pour Israël". Et Pedatzur d'apostropher le leadership de son pays : "Cessons de brandir l'épouvantail d'une menace existentielle, écrit-il. Gardons-nous de toute déclaration belliqueuse susceptible d'enclencher une escalade fatale." Quand on sait qu'être "correspondant défense" d'un grand journal en Israël implique un rapport de confiance avec l'establishment militaire et sécuritaire du pays, on prend la mesure de ces fortes paroles...
Pour le journaliste d'Haaretz, l'intérêt des 114 pages de Cordesman et Toukan reste cependant entier en ce qu'elles "exposent l'ensemble des informations disponibles sur les capacités militaires d'Israël et son programme nucléaire, ainsi que les développements nucléaires et les défenses aériennes de l'Iran".
Pedatzur relève notamment la livraison par Washington, en 2008, à Israël, d'au moins "600 bombes surnommées "bunkers busters" (briseuses de bunkers)" qui pourraient être utilisées avec succès contre les installations souterraines, à condition que les pilotes israéliens visent leurs cibles "avec une précision absolue et à un angle optimal". Ce n'est là qu'un des aspects du problème.
Les services de renseignements américains et israéliens ne sont pas tout à fait sur la même ligne en ce qui concerne l'urgence d'une éventuelle intervention. L'Etat juif affirme que la bombe iranienne sera prête à l'emploi "entre 2009 et 2012". La CIA pense 2013.
Autre problème, "on ignore si l'Iran dispose d'installations secrètes d'enrichissement d'uranium", notent les experts américains. Si elles existent, le programme se poursuivrait alors même qu'Israël bombarderait les quatre sites nucléaires connus (Ispahan, Natanz, Arak et Bouchehr), au risque de tuer "des milliers, voire des centaines de milliers de civils en Iran et dans la région". Pour Reuven Pedatzur, il est urgent d'attendre.
Patrice Claude
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5/20/2009
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Du courage des Grignois
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5/20/2009
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« Aucun Etat palestinien ne s’établira à l’ouest du Jourdain »
Je suis de plus en plus convaincu que si Obama ne se prononce pas maintenant, ce sera la mort de la solution à deux Etats, à jamais.
Les efforts de paix du président Clinton avaient été contrariés par le Premier ministre israélien ; le nouveau président doit faire mieux.
Je n’ai pas souvenir d’une rencontre plus importante entre un ancien président américain et un Premier ministre israélien que celle d’aujourd’hui entre le président Obama et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. L’administration Obama aura-t-elle le courage de tenir tête à Netanyahu, ou tous les discours sur le changement vont-ils s’évaporer devant le double crochet concerté de Netanyahu et de l’AIPAC (Comité aux affaires publiques israélo-américaines) ?
Je suis de plus en plus convaincu que si Obama ne se prononce pas maintenant, ce sera la mort de la solution à deux Etats, à jamais. Une nouvelle embrouille à Washington - après en avoir connu pendant huit années - relèguera Jérusalem, la Cisjordanie et la solution à deux Etats à un expansionnisme israélien qui va submerger les capacités des cartographes à concocter un Etat palestinien viable.
C’est maintenant ou, presque certainement, jamais. Si Obama n’a pas la volonté politique de faire front à Netanyahu maintenant, il n’en aura pas la capacité plus tard. Et au moment où Obama quittera ses fonctions, il sera trop tard pour sauver quoi que ce soit d’autres qu’un archipel de bantoustans palestiniens. Nous, les Palestiniens, nous voulons la liberté, pas l’apartheid et pas des villages comme ceux de Potemkine [en cartons] pour la Cisjordanie, que Netanyahu essaie de faire passer auprès de l’Occident pour des villes bientôt en plein boom économique pour des Palestiniens désespérés. Oui nous voulons le progrès économique, mais la meilleure façon d’y parvenir passe par le contrôle de nos propres vies, de nos frontières et de nos ressources.
Le nouveau ministre des Affaires étrangères d’Israël, Avigdor Lieberman, a affirmé lors d’une interview en avril, « L’Amérique accepte toutes nos décisions ». J’étais à Washington en février et je n’ai pas trouvé que c’était le cas. L’administration Obama, et j’ai été bien aise de l’entendre, a prévu de n’être ni dans la poche des Israéliens, ni dans celle des Palestiniens. C’est tout ce que les Palestiniens ont toujours demandé.
Pourtant, tout comme dans les années 90, Netanyahu se prend pour la force qui conduit le monde et il croit qu’un président démocratique doit le suivre. Dans sa biographie, l’ancien chef négociateur américain, Dennis Ross, parle d’un président Clinton exaspéré, se plaignant d’un Netanyahu qui se comportait comme s’il était convaincu que la superpuissance était Israël et non les Etats-Unis. On dirait que cela n’a pas changé. Sinon, comment expliquer la récente affirmation d’officiels israéliens disant que les Etats-Unis devaient traiter - et apparemment à la satisfaction d’Israël - la question du programme nucléaire de l’Iran, avant qu’Israël ne s’occupe de celle des négociations israélo-palestiniennes ? La fausse relation Iran/Palestine me trouble parce les Israéliens qui la mettent en avant pensent que l’Iran est une préoccupation immédiate, et que la liberté palestinienne peut être une nouvelle fois enfoncée d’un coup de talon dans la terre. Danny Ayalon, vice-ministre des Affaires étrangères d’Israël et membre du parti extrémiste Yisrael Beiteinu de Lieberman, a déclaré en avril que « l’horloge iranienne devait se mesurer en mois », mais que le calendrier palestinien était « extensible à loisir ».
Ce qu’Ayaloon, Lieberman et Netanyahu n’arrivent pas à comprendre, c’est que le monde s’aperçoit de plus en plus qu’ils sont en train de décider du calendrier pour la liberté d’un autre peuple. C’est inacceptable au 21è siècle.
Et pourtant, ce que veut Netanyahu, c’est soit un calendrier sur une durée affreusement longue, soit pas d’Etat palestinien du tout. En mai 2002, lorsque le comité central du Likoud a voté une résolution déclarant que, « aucun Etat palestinien ne s’établira à l’ouest du Jourdain » Netanyahu avait pressé les membres de son parti de soutenir la résolution. A ce jour, il n’a toujours pas réussi à accepter l’idée d’un Etat palestinien, même si la solution à deux Etats a été la politique officielle d’Israël pendant des années. Il espère détruire l’idée, de facto, en atermoyant, pour poursuivre la colonisation.
Plus récemment, Netanyahu a ajouté une nouvelle exigence : que les Palestiniens reconnaissent Israël en tant qu’Etat juif. Le but était de créer la confusion et de retarder les négociations de paix. Et c’était une erreur. Les Palestiniens dans les Territoires occupés n’ont pas qualité pour renoncer aux droits qui sont ceux des citoyens palestiniens d’Israël pour faire venir Israël à la table des négociations. Pour dire la vérité, nous ne croyons pas qu’Israël puisse être en même temps, une démocratie véritable et un Etat exclusivement juif. Et les dirigeants israéliens semblent oublier - ou prétendent avoir oublié - pourquoi les Palestiniens refusent de reconnaître à Israël le statut d’Etat juif.
De plus en plus, Israël se trouve en décalage avec un monde qui dévale en plein dans le 21è siècle avec Obama. Ce n’est plus le monde ségrégationniste du président Truman et de David Ben Gurion à l’époque de la création d’Israël. Pourtant, le choix de Netanyahu pour Lieberman, celui qui a déclaré, « les minorités représentent le plus grand problème dans le monde » illustre la surdité d’Israël à l’évolution du monde.
Le choix d’Israël est, ou deux Etats, ou se retrouver de plus en plus isolé dans un mode qui n’acceptera pas un apartheid déguisé en plan de développement économique. Tragiquement, ce seront les Palestiniens qui vont subir les conséquences d’un nouveau retard et de plus de répression, tant dans les Territoires occupés que dans un Etat toujours plus exclusivement juif, et dont l’autodétermination se fait aux dépens des citoyens palestiniens.
Mustafa Barghouti
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5/20/2009
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Du nationalisme aujourd'hui
« Le nationalisme, aujourd’hui, n’est plus un programme politique global, comme on aurait pu le dire, et comme on la dit, au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Il est tout au plus un facteur de complication ou un catalyseur d’autres phénomènes.
On peut de façon plausible présenter l’histoire du monde eurocentrique du XIXe siècle comme celle de la « formation de nations ». C’est ainsi qu’était présenté l’histoire des principaux Etats d’Europe après 1870, comme le suggère le livre d’Eugen Weber, Transformer les paysans en Français. Quelqu’un pourrait-il écrire en ces termes l’histoire mondiale de le la fin du XXe et du début du XXIe siècle ? C’est très improbable.
Au contraire, il faudrait inévitablement l’écrire comme l’histoire d’un monde qui ne peut plus être contenu, sur le plan politique, économique, culturel ou même linguistique, dans les limites des « nations » et des « Etats-nations» tels qu’on les définissait habituellement. Elle serait en grande partie supranationale et infranationale, mais même l’infranationalité, qu’elle revête ou non le costume de quelque mininationalisme, reflétera le déclin de l’ancien Etat-nation en tant qu’entité opérationnelle.
Elle considérera les « Etats-nations » et les « nations » ou les groupes ethno-linguistiques essentiellement comme des forces en régression, résistant ou s’adaptant à la nouvelle restructuration supranationale du globe, ou bien étant absorbées ou disloquées par elle. Les nations et les nationalisme resteront présents dans cette histoire, mais n’y tiendront que des rôles secondaires et souvent assez mineurs. « Nation » et « nationalisme » ne sont plus des termes adéquats pour définir, et moins encore pour analyser, les entités politiques proposées sous ces termes, ni même les sentiments qu’ils recouvraient jadis.
Il n’est pas impossible que le nationalisme décline en même temps que l’Etat-nation, sans lequel être anglais ou irlandais ou juif, ou une combinaison des trois, n’est qu’une façon dont les gens définissent leur identité, parmi beaucoup d’autres qu’ils utilisent selon les circonstances.
Le fait même que les historiens commencent enfin à progresser dans l’étude et l’analyse des nations et du nationalisme laisse entendre que, comme souvent, le phénomène a dépassé son zénith. La chouette de Minerve qui apporte la sagesse, disait Hegel, prend son envol au crépuscule. Qu’elle tournoie autour des nations et du nationalisme est un bon signe... » (Eric Hobsbawm, Nations et nationalisme)
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5/19/2009
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Eduquer ou civiliser la banlieue ?
Lettre ouverte au président de la République française à propos de l'éducation du peuple
Il s’agit d’une très vieille tradition, qui n’est propre ni à la France ni même à l’Europe : celle de l’adresse au maître, au chef, au roi ou, de nos jours, au président. Adresse qui prend, ici et là, des formes diverses, se faisant tantôt supplique haranguée en place publique, tantôt lettre ouverte publiée dans la presse ou encore opuscule fiévreux qui doit se lire d’une traite.
Nasser Demiati, banlieusard mais/et diplômé, a choisi cette dernière forme pour dire à Nicolas Sarkozy son fait quant à la question de l’éducation populaire. Pour le président français, en effet, le « mal des banlieues », comme le disent pudiquement les magazines germanopratins, proviendrait tout à la fois de l’absence d’encadrement parental et de l’échec de l’école républicaine. Les jeunes voyous, dans leur grande majorité africains et maghrébins, la racaille, pour employer un mot devenu célèbre, font le commerce de la drogue, agressent les honnêtes gens, brûlent des voitures le samedi soir (ou des bibliothèques et des écoles lors des émeutes) parce que l’autorité de l’État aurait déserté les « quartiers sensibles », autre euphémisme qu’affectionnent les éditorialistes bien pensants. Il s’agit donc d’abord d’y rétablir la loi et l’ordre (en renforçant la présence policière), puis, à travers l’institution scolaire, d’arracher les élèves à l’obscurantisme parental (fortement teinté d’islam) dans lequel ils baignent.
On comprend que Nasser Demiati ait fait de l’insolence une sorte de devoir. Mais il s’agit d’une insolence cultivée, brillante même, qui dénote une solide connaissance de l’histoire de France tout autant qu’une aptitude remarquable à utiliser les théories sociologiques les plus modernes au service de sa démonstration. Mêlant ainsi l’analyse la plus rigoureuse à l’anecdote personnelle, il nous conduit au galop, mais sans raccourcis réducteurs, au cœur même du problème : la mythique école républicaine de papa est morte et bien morte. Elle s’est fracassée contre cette résistance têtue, tantôt muette tantôt braillarde, que lui ont opposée, depuis les années soixante, ceux qui aiment, pour certains, à s’appeler « les Indigènes de la République ». (extrait de la préface de Raphaël Confiant)
Nasser Demiati, chargé d'enseignement en sociologie à l'université d'Évry-Val-d'Essonne, est notamment co-auteur de l'ouvrage Quand les banlieues brûlent... Retour sur les émeutes de novembre 2005 (La Découverte, 2007), et de différents articles sur les banlieues, l'éducation populaire et l'islam.
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5/18/2009
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Les Jacobins noirs (C.L.R. James)
Cette remarquable étude sur la seule révolte d’esclaves qui ait réussi est devenu un classique. Elle reste un modèle de recherche historique, fine par son analyse politique des événements, mais aussi passionnante dans leur narration.
En 1791, dans la Caraïbe, l’île de Saint-Domingue, la plus prospère des colonies française et marché important pour le commerce des esclaves, est prise dans l’engrenage de la révolution ; la révolution revue et corrigée par le contexte tropical.
Pendant douze ans, les esclaves révoltés vont se dresser contre les maîtres blancs, affronter successivement les armées françaises, espagnoles et anglaises et remporter une victoire décisive sur l’expédition envoyée par Bonaparte en 1803, victoire qui instaurera l’État noir d’Haïti. Toussaint Louverture – lui-même esclave jusqu’à l’âge de 45 ans–, fut le chef de cette gigantesque entreprise.
Quel fut le processus qui engendra cette révolution ? Comment produisit-elle ce chef hors du commun et de quelle manière la porta-t-il à son tour jusqu’à sa conclusion triomphale ? Tels sont quelques-uns des thèmes principaux abordés dans ce grand livre.
Une synthèse
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Le Bougnoulosophe
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5/18/2009
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Imbroglio Dieudo
Si les « extrémistes sionistes » que dénonce Dieudonné existent bel et bien, si leurs positions tant sur le conflit israélo-palestinien que sur la politique intérieure française sont plus que détestables, si certains d’entre eux tiennent effectivement des discours inacceptables invoquant « l’unicité de la Shoah » pour relativiser la gravité des autres crimes contre l’humanité, il faut pourtant reconnaître que ces extrémistes sionistes ne sont ni les seuls ni même les principaux responsables de l’occultation du tort fait aux Noirs.
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Le Bougnoulosophe
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5/18/2009
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Libellés : POSTCOLONIE
J'accepte...
« J'accepte... j'accepte... entièrement, sans réserve...
ma race qu'aucune ablution d'hysope et de lys mêlés ne pourrait purifier
ma race rongée de macules
ma race raisin mûr pour pieds ivres
ma reine des crachats et des lèpres
ma reine des fouets et des scrofules
ma reine des squasmes et des chloasmes
(oh ces reines que j'aimais jadis aux jardins printaniers et lointains avec derrière l'illumination de toutes les bougies de marronniers!).
J'accepte. J'accepte.
et le nègre fustigé qui dit : « Pardon mon maîtres »
et les vingt-neuf coups de fouet légal
et le cachot de quatre pieds de haut
et le carcan à branches
et le jarret coupé à mon audace marronne
et la fleur de lys qui flue du fer rouge sur le gras de mon épaule
et la niche de Monsieur Vaultier Mayencourt, où j'aboyai six mois de caniche
et Monsieur Brafin
et Monsieur de Fourniol
et Monsieur de la Mahaudière
et le pian
le molosse
le suicide
la promiscuité
le brodequin
le cep
le chevalet
la cippe
le frontal… »
Aimé Césaire
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5/17/2009
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Libellés : IDENTITE
Du soralisme et de l'UOIF
Le fascisme est un mouvement contemporain inhérent au capitalisme et à ses crises qui le nourrissent. Ce mouvement politique et idéologico-culturel, apparut après la guerre 1914-1918, ne naît pas de manière spontanée, même s’il existe toujours des éléments réactionnaires, y compris dans les périodes de développement du capitalisme. L’essence du fascisme est de s’opposer à toute contestation sociale et à toute remise en cause des rapports de domination permettant le processus de reproduction sociale. Toutefois, il reste difficile de donner une définition précise au fascisme car c’est un mouvement possédant de multiples visages en fonction des conjonctures nationales ou des moments historiques. Comme le notait Georges Jackson : « jamais nous n’aurons une définition complète du fascisme, parce qu’il est en constante évolution, montrant un visage nouveau chaque fois qu’il doit affronter une série donnée de problèmes, de menaces contre la prédominance de la classe dirigeante, traditionaliste et capitaliste ». Cette volonté de préserver l’hégémonie des classes dominantes est l’une des caractéristiques essentielles du fascisme.
Au moyen de l’idéologie fasciste, les classes dominantes cherchent à imposer leur conception du monde à l’ensemble des classes subalternes et par là même à renforcer leur hégémonie sur le plan politique, social et culturel. Prenant pour base sociale les classes moyennes directement menacées par la crise du capitalisme, dans sa phase de conquête du pouvoir, le fasciste est une réponse calculée des classes dominantes à la mobilisation positive des classes subalternes. Il a pour but la désagrégation et la neutralisation des éléments organisés des classes subalternes. Ainsi, le fascisme se présente sous la forme d’une entreprise de propagande pour faire dévier les masses de la contestation de l’ordre social au profit d’entreprises racistes et chauvines permettant de sauvegarder les intérêts matériels et symboliques des classes dominantes. Le fascisme intervient préventivement contre toute forme de contestation sociale ; il est la « troupe de choc » que la réaction utilise lorsque ses intérêts sont menacés. En conséquence, le fascisme fut un outil essentiel des dominants pour préserver leur hégémonie.
Face à cela, dans leur résistance contre l’oppression et l’exploitation, les dominés développent un point de vue en rapport avec leur expérience, leur pratique immédiate, leur vécu car les rapports d’exploitations et d’oppressions sont pratiqués par les individus. Le dominé est pris dans des rapports réels d’exploitation et de domination et il a l’expérience de cette situation. A partir de connaissances sensibles, les représentations des dominés portent en eux une représentation divisée du monde social qui se fonde sur une division réelle de la société. Antonio Gramsci écrivait qu’« une théorie est précisément « révolutionnaire » dans la mesure où elle est élément conscient de séparation de distinction entre deux camps, dans la mesure où elle est un sommet inaccessible au camp adverse ». Le refus ou l’acceptation de cette position de dominé se manifeste dans le degré d’acceptation ou de révolte vis-à-vis de l’ordre du monde divisé. Le refus inhérent à toute domination est à la base de la résistance des dominés.
En opposition à cette contestation, dans les périodes de crise et de contestation sociale, les dominants ont historiquement soutenu la formation de groupes fascistes et de partis politiques organisés niant les contradictions et les antagonismes sociaux. Les programmes de ces groupes et partis visent à modifier les conceptions conservatrices « traditionnelles » que dans la mesures où ils conçoivent le maintient de l’ordre sociale sur un mode nettement autoritaire. Ce projet répond à une volonté de résistance totale à toute remise en cause des hiérarchies sociales. Toutefois, sur le fond, les dominants proposent toujours des représentations qui ont pour essence la collaboration, la « réconciliation », entre les dominants et les dominés, entre les oppresseurs et les opprimés. Le dominant n’ignore pas le conflit entre le dominant et le dominé puisqu’il reste pour lui un problème permanant, mais il entend pérenniser la légitimité de sa domination. Le discours du dominant nie donc que la contradiction l’opposant au dominé prépare sa ruine. Tout l’effort du dominant tend à résorber le caractère antagonique de la résistance du dominé.
Contre la contestation sociale, les fascistes portent un projet d’ordre social et d’unité nationale réunissant tous les nationaux, ou ceux qu’ils identifient comme tels. Pour cela, les fascistes font des concessions sociales aux classes subalternes et présentent un visage « social ». Ils se disent même « socialistes » ou « révolutionnaires » sans évidement que leur « socialisme » ou leur « révolution » ne remettent en cause l’ordre social et ses hiérarchies. Ces discours « sociaux » qui sont essentiellement portés durant les périodes de lutte pour leur accession au pouvoir, leur permettent d’avoir une certaines audiences dans les classes moyennes et dans certains secteurs des classes subalternes. Toutefois, si la volonté de préserver l’ordre social et ses hiérarchies est une constante du fascisme, cet ordre social et ses hiérarchies se transforment en fonction de l’espace et du temps. Les hiérarchies sociales n’étant pas les mêmes dans la France des années 2000 que dans le France des années 1930, les lieux de contestation sociale étant aussi différents, le fascisme d’aujourd’hui ne peut plus avoir le même visage que celui des ligues de l’entre deux guerre.
La colonisation puis le néo-colonialisme et l’impérialisme français ont provoqué une immigration de masse vers la France de populations du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. Cette immigration qui commença au lendemain de la guerre 1914-1918, prit une ampleur particulière après la guerre 1939-1945. L’immigration post-coloniale a profondément bouleversé la composition et la culture des classes populaires en France en posant de nouvelles questions sociales et politiques. Les mouvements nés dans l’immigration, depuis la constitution de l’Etoile Nord Africaine au milieu des années 1920, mettent l’accent sur la double domination, de classe et de « race », que subissent les prolétaires appartenant à des groupes minoritaires. Cela est d’autant plus prégnant que les immigrés constituent une sous-classe victime de la domination du prolétariat français et de ses organisations, notamment le PCF et la CGT.
A partir des années 1980, de la marche pour l’égalité de 1983, les questions politiques portées par les mouvements de l’immigration ont pris une importance particulière dans la vie sociale, en se posant dans un espace spécifique, celui des banlieues. Mis en branle par des mouvements violents ou plus pacifiques, les banlieues sont devenues l’un des lieux principaux de remise en cause de l’ordre social. Dénonciation des oppressions sociales et raciales, des violences policières ou de la ségrégation urbaine, les banlieues, contrairement à un discours dominant, ont été des lieux de luttes, de réflexions et d’innovations politiques majeures ces trente dernières années.
De fait, pour les classes dominantes, l’ennemi principal cessa de plus en plus d’être le mouvement ouvrier en déliquescence pour devenir les expressions politiques des banlieues. L’arrivée au pouvoir de François Mitterrand favorisa ce changement d’ennemi principal pour les classes dominantes. Le tournant de 1983, au nom du « réalisme », est venu mettre en application une orientation largement favorable au capital contre le travail donc aux classes dominantes contre les classes subalternes. Alors qu’en 1981, la part du capital a atteint son étiage le plus bas, 27,1 %, il remonta, en 1988, à la fin du premier septennat de François Mitterrand, à 35,6%, c’est-à-dire son meilleur score depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le premier septennat de François Mitterrand fut objectivement l’une des présidences françaises les plus libérales en manière économique malgré son étiquette de « gauche ». Idéologiquement, les discours qui appellent à « réconcilier » le travail avec l’entreprise, font apparaître le ralliement des courants majoritaires de la « gauche traditionnelle » au capital contre le travail. Le renouveau du fascisme, depuis les années 1980, est donc aussi le résultat d’une déception des masses populaires devant l’incapacité de la social-démocratie à améliorer la situation sociale.
Contre la contestation sociale et politique issue des banlieues, dans un premiers temps, les dominants ont utilisé leur vieille arme leur permettant de préserver leur position : la social-démocratie. De la fondation de SOS Racisme au lendemain de la marche de 1983 à la création du Ni Putes Ni Soumises, les satellites du Parti Socialiste ont eu pour tâche de manipuler, de désarmer et de délégitimer toutes formes de contestations portées par l’immigration et les banlieues. Toutefois, les limites de cette politique qui n’était pas à même de contenir la résistance des banlieues, sont apparues de plus en plus nettement.
Les fortes mobilisations en faveurs de la Palestine au début des années 2000, puis celles contre l’agression états-unienne de l’Irak, ont montré l’émergence politique des banlieues qui s’organisaient de manière autonome indépendamment, voire même en opposition, avec les forces politiques traditionnelles. La participation du Mouvement de l’Immigration et des Banlieues [MIB] ou du Collectif des Musulmans de France [CMF] au Forum Social Européen en 2003 ou à d’autres évènements du même type, fit sortir les problématiques des banlieues des espaces où elles étaient traditionnellement discutées pour avoir une caisse de résonance plus large. Cette affirmation de plus en plus forte d’une voix politique autonome remettant en cause l’ordre social et ses hiérarchies était intolérable pour les dominants qui cherchèrent à museler cette opposition grandissante. Les méthodes de contestations organisées gagnant du terrain en banlieues, les classes dominantes partisanes de l’ordre furent contraintes de se réarmer pour défendre leur hégémonie.
C’est dans ce contexte de contestation de l’ordre social par des mouvements autonomes issues des banlieues qu’a émargé la figure médiatique d’Alain Soral. Paradant sur les plateaux télévisés, celui qui se dit ostracisé par les médias, a eu pour rôle, derrière une phraséologie pseudo contestatrice, d’attaquer ceux qui remettaient en cause l’ordre social existant. Ainsi, Soral dénonce « les Franco-magrébins musulmans » qui « se mettent à leur tour au communautarisme, cette « arabian pride », à la fois fierté des origines et droit à la solidarité sur le modèle du « communautarisme victimaire » . Pour Soral, le problème, ce sont les militants de l’immigration et des banlieues qui s’auto-organisent et remettent en cause l’ordre post-colonial c’est-à-dire les hiérarchies sociales car il défend les intérêts des dominants, comme tout idéologue fasciste.
Interrogé par Guysen Israel News, notre militant « anti-sioniste » dénonçait les « banlieusards » et expliquait ses conceptions sociales conservatrices : « Quand tu es pauvre, tu dois travailler deux fois plus pour réussir et t’intégrer, pour faire ta place, c’est comme ça dans toutes les sociétés du monde ». Part là, il condamnait toute action politique collective visant à remettre en cause l’ordre social notamment lorsqu’il était porté par les militants de l’immigration et des banlieues. Dans la plus pure logique dominante, pour Soral, la « réussite » sociale ne dépend nullement de l’environnement mais uniquement de la volonté individuelle de chacun.
Mais la « réussite » sociale, la « moyennisation », d’une petite minorité de musulmans est pour lui nécessaire pour maintenir l’ordre social actuel et ses hiérarchies : « Je suis un Nationaliste et je suis pour l’Ordre. […] L’accession aux classes moyennes d’une certaine élite arabo-musulmane atténuera la délinquance, les musulmans cesseront leur agressivité émotionnelle, preuve d’un profond malaise identitaire ». Chez Soral, comme dans l’ensemble du discours des dominants, la résistance et la révolte du dominé sont perçues comme un « désordre », une transgression de la « loi » qui fait du révolté un « délinquant », un « hors la loi ». Le contestataire n’est qu’un « délinquant » violant le « contrat social » fondant les hiérarchies réelles. De même, par « agressivité émotionnelle », Alain Soral entend, bien évidement, toute contestation radicale de l’ordre social.
Au-delà de la phraséologie, nous ne voyons pas en quoi la position d’Alain Sroal est nouvelle par rapport aux idéologies des partis et des idéologues « bourgeois » traditionnels ? Nous sommes face à une série d’affirmations qui ne sont pas nouvelles en elles-mêmes mais ressassent de vieux arguments de polémique politique éculé et remis au gout du jour par la manie de nouveauté qui tourmente les intellectuelles organiques des classes dominantes menacées.
Certains n’ont pas compris que l’Union des Organisation Islamique de France [UOIF] ouvre grand ses portes à Alain Soral lors de son Congrès annuel. Pourquoi l’organisation islamique qui cherche depuis plusieurs années à devenir « l’interlocuteur respectable » des autorités françaises, se rapprocherait-elle d’un activiste d’extrême droite à la réputation « sulfureuse » ? Pourquoi l’une des principales « têtes pensantes » de l’UOIF, Tareq Oubrou, anime-t-il une conférence organisée par « Egalité et Réconciliation » en compagnie d’Alain Soral ?
La réponse est que l’UOIF et Alain Soral partagent un même projet social réactionnaire visant à s’opposer à toute forme de remise en cause de l’ordre social et de ses hiérarchies. L’UOIF qui représente la bourgeoisie musulmane néo-compradores, cherche à jouer le rôle d’intermédiaire entre la communauté musulmane et l’Etat français afin de retirer les bénéfices de son rôle d’encadrement. Pour cela, l’UOIF s’emploie à promouvoir l’idée de « réussite » individuelle par le travail et à lutter contre toute forme de contestation sociale. Ce rôle de défenseur de l’ordre social au profit des dominants lui est indispensable pour être pleinement reconnue comme « interlocuteur respectable » par l’Etat français.
Ainsi, défendant les intérêts des dominants, l’UOIF fit édicter une « fatwa » pour condamner les révoltes de novembre 2005 et appeler au « calme ». La contestation de l’oppression et de l’exploitation était condamnée par l’organisation islamique au nom du respect de l’ordre.
C’est cette même volonté de préserver l’ordre social et ses hiérarchies qui expliquent ce rapprochement entre Alain Soral et l’UOIF. D’ailleurs ce qui intéresse Soral dans la religion musulmane ce n’est pas son « contenu » propre mais la fonction d’« opium du peuple » qu’il espère lui voir remplir. L’islam, pour Soral, doit prévenir toute forme de contestation sociale et préserver les vieilles hiérarchies : « la culture musulmane, elle, ne produit pas des délinquants drogués et suicidaires, mais des hommes élevés dans des valeurs. Des valeurs de dignité et de respect qui ressemblent beaucoup, finalement, à celles qu’on inculquait aux hommes de France, et à moi-même, avant la déferlante du néo-matriarcat à l’américaine importé par mai 68 ». Evidemment, l’islam conservateur prêché par l’UOIF s’accorde parfaitement avec le projet social de Soral.
De fait, le rapprochement entre Alain Soral et l’UOIF repose sur un projet social commun et non sur une commune opposition au sionisme comme certains pourraient le penser. Toutefois, même sur cette question, l’UOIF et Alain Soral partagent des points de vue relativement proches puisqu’ils ont fait les mêmes efforts pour dépolitiser le soutien à la résistance du peuple palestinien car elle est un facteur de politisation de l’immigration et des banlieues. Soral comme l’UOIF ne veulent pas d’un soutien politique réel à la Palestine car cela va à l’encontre de leur projet social réactionnaire.
L’UOIF a lutté contre ce soutien politique en cantonnant la question de la solidarité avec la Palestine dans la sphère humanitaire et Soral en dénonçant le « communautarisme » et « l’importation du conflit ». Ainsi, se désolidarisant d’Euro-Palestine qu’il avait soutenu dans un premier temps, Soral reprenait la rhétorique des dominants voulant casser le mouvement de solidarité avec la Palestine, en dénonçant « l’importation du conflit » : « Importer la seconde Intifada en banlieue, faire passer aux yeux de l’ensemble du peuple de France, les Français de première génération originaire d’Afrique et du Maghreb pour la cinquième colonne du Hamas, est-ce vraiment un service à leur rendre ? ». Cette rhétorique néo-conservatrice est, en tous points, éloignée des positions des militants des banlieues qui sont engagés dans le soutien à la Palestine depuis des années.
La très forte mobilisation de l’immigration et des banlieues après l’attaque sioniste de Gaza en décembre dernier a obligé l’UOIF et Soral à réviser leur position vis-à-vis du soutien à la Palestine. Face à cette forte mobilisation qui participe d’un processus plus large de volonté d’action politique pouvant aboutir à la remise en cause de l’ordre social, les dominants qui hier se détournaient de tout soutien actif à la Palestine, ont été obligés de prendre en compte la colère populaire. Pour canaliser cette colère, les habituels hymnes à la « paix », visant à annuler les antagonismes, ont été ressortis alors que face à l’oppression seule la résistance libère.
De même, pour canaliser la colère populaire et pour ne pas se couper totalement de la population musulmane, l’UOIF décida de descendre dans la rue. A la fin du mois de janvier, Alain Soral et son association « Egalité et Réconciliation » firent de même avec la volonté de récupérer un mouvement de solidarité avec la Palestine dont ils étaient totalement absents.
Pour endiguer toute forme de contestation et de remise en cause des hiérarchies sociales qui sont portées en germe dans le mouvement de solidarité avec la résistance du peuple palestinien, aujourd’hui Alain Soral et l’UOIF mettent au cœur de leur discours la question de la lutte contre le sionisme et la Palestine : grand artisan de la dépolitisation du soutien à la Palestine, Fouad Alaoui consacre l’essentiel de son allocution au Congrès annuel de l’UOIF à la Palestine ; Alain Soral qui condamnait Euro-Palestine et dénonçait « l’importation du conflit », souhaite se présenter aux prochaines élections européennes sur une liste « anti-sioniste ». Ces retournements de positions, ne sont qu’une manœuvre des dominants visant à annuler la résistance des dominés, de l’immigration et des banlieues, et à la faire dévier vers des positions idéalistes sans prise sur la réalité sociale.
L’intitulé de l’association d’Alain Soral, « Egalité et Réconciliation », est le symbole même de cette volonté d’annuler la résistance des dominés, de l’immigration et des banlieues, et de la faire dévier. En effet, l’« égalité » prônée par Soral n’est qu’une égalité formelle, « bourgeoise », qui n’a jamais été en mesure d’assurer une égalité réelle. Cette « égalité » formelle n’est qu’une manière pour les dominants de garantir, au-delà des rapports d’oppressions et d’exploitations concrets, une égalité abstraite. Face au inégalités concrètes, le discours « bourgeois », celui d’Alain Soral, propose une « égalité », toute théorique, devant la loi afin d’annuler la résistance du dominé. De même, la « réconciliation » qui est une forme de reconnaissance des contradictions existantes entre les oppresseurs et les opprimés, vise à annuler la résistance du dominé à qui les dominants proposent la fin des « hostilités » sans modifier les rapports sociaux à la base de la résistance du dominé. Ainsi, dans le discours d’Alain Soral, comme dans celui de tous les dominants, les antagonismes apparents ne sont aux mieux que des différences, des contradictions non antagoniques, c’est-à-dire conciliables. L’imaginaire social d’Alain Soral, reprenant les invariants de celui de tous les dominants, est un mythe qui tend à dissoudre les éléments antagoniques opposant le dominant au dominé et qui tend à refouler la résistance de ce dernier.
Si, sur le plan des idées, nous méprisons la rhétorique fascisante d’Alain Soral, tactiquement nous devons prendre en compte l’influence réelle qu’elle a sur les banlieues. Cette influence risque d’annuler, au moins partiellement, la résistance des banlieues et de détourner des luttes réelles de certains de ses éléments les plus actifs vers des combats purement idéalistes et individualistes : volonté d’intégration-assimilation, défense du « patriotisme » français ou de « réussite » purement individuelle. Ce rapprochement est donc directement tourné contre ceux qui ont intérêt à contester les hiérarchies sociales, et seuls les dominants en tireront les bénéfices.
Mais le rapprochement entre Alain Soral et l’UOIF doit aussi être considéré comme un signe de faiblesse des dominants qui ne sont plus en mesure d’exercer leur hégémonie en utilisant les satellites associatifs de la social-démocratie. De fait, les dominants sont obligés de recourir à des organisations réactionnaires et fascisantes pour canaliser la résistance des banlieues. La crainte des dominants de perdre leur hégémonie sociale, politique et idéologique favorise le développement du fascisme. Cela est le signe que les dominants n’ont plus la force idéologique de contenir la dissidence qui se manifeste en banlieue et qu’ils sont obligés de recourir à l’ultime arme leur permettant de défendre leurs privilèges sociaux et « raciaux », le fascisme.
Youssef Girard
Publié par
Le Bougnoulosophe
à
5/17/2009
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