L'épreuve par l'image

En 2005 pour montrer au monde entier la bonne foi d'Israël d'évacuer Gaza, Ariel Sharon mobilisa à des fins propagandistes tous les médias internationaux. Si cette stratégie eut une portée médiatique en Occident, où l'État d'Israël a ses affidés. Dans les médias arabes, cette illusion d'optique n'eût par contre aucun effet d'éblouissement.

Le regard de la rue arabe est solidaire de la tragédie palestinienne, n'est pas aussi formaté comme l'est le regard occidental, conditionné par une désinformation permanente et par une lecture partiale, souvent biaisée et orientée, nourrie sciemment d'amalgames et de contre-vérités.

Conscient de l'impact de l'image sur l'opinion internationale, Israël en a toujours soigné et contrôlé la sienne, pour légitimer sa politique d'agression, de répression et de colonisation métastasique de la Palestine, tout en se drapant dans sa sempiternelle position victimaire, des habits de la commisération.

Mais depuis l'avènement des chaînes satellitaires arabes, comme Al-Jazeera (Novembre 1996), Al Manar, Al Arabiya et bien d'autres, la donne a complètement changé et le paysage audiovisuel proche oriental se retrouva bouleversé et par ricochet, le paysage médiatique international aussi. AI-Jazeera a supplanté CNN, Fox News, NBC et le restant des Networks américains, qui avaient jusque là, le monopole de l’information et de l’image et dont la neutralité journalistique n'était pas souvent conforme à l'éthique du métier, du coup l'hégémonisme médiatique changea soudain de camp.

Les foyers arabes habitués à une information monolithique et soporifique servie par une télévision d'état ennuyeuse et courtisane dédiée au culte de la personne des gouvernants locaux, se retrouvent révolutionnés par cette petite lucarne audacieuse par laquelle s’est engouffré un grand vent de fraîcheur et de liberté.

Lors de l'invasion de l'Irak en mars 2003, le black-out sera imposé par les Américains sur l'information, les journalistes incorporés « embedded » seront recadrés, pour un meilleur contrôle de l'information pour des raisons toujours d'image et d'autres sécuritaires et géostratégiques.

C'est Al-Jazeera qui déverrouillera ce black-out, et le contournera en arrosant les foyers du monde arabe d'images et de vidéos choc en direct, au prix même de la vie, et de l’incarcération de ses journalistes pour collusion terroriste (Mort de Tarik Ayyoub en Irak, emprisonnement à Guantanamo de Sami Al Haj arrêté en Afghanistan et de Tyssir Allouni en Espagne, harcèlement de Iliès Karam à Nahariya lors de la dernière agression d’Israël sur Gaza)

Le succès de la chaîne est tel qu'il gagnera le coeur et l'esprit des masses, libérées soudain d'une frustrante aliénation et du joug médiatique de l'Occident.

Ce succès engrangé en si peu de temps, ne tardera pas à générer des ressentiments allant même jusqu'à la diabolisation de la chaîne. Par les Américains et les occidentaux d'abord, qui la considèrent comme la boîte postale et vocale des messages vidéos d'Oussama Ben Laden, un paradoxe pour ces donneurs de leçons en liberté d’expression! Et par les dirigeants arabes des régimes en place ensuite, qui ne tolèrent ni son ton, ni son trop plein de liberté, par crainte d’une contagion médiatique. Plus de 200 plaintes ont été formulées par ces régimes auprès des autorités du Qatar.

Les Américains useront de pressions, voire même de menaces, mais en vain. Certains régimes arabes gêneront le mouvement des journalistes en leur refusant et l'accès et l'autorisation de reportage sur le théâtre des événements, comme ce fut le cas à Rafah lors de l'agression de Gaza par Israël. Ce qui démontre l'implication de ces régimes «aux ordres» dans le drame palestinien, en l'occurrence le régime égyptien depuis ses accords de paix froide, moyennant la récupération de ses terres, et une aide annuelle américaine substantielle en qualité de gendarme de l'État hébreu.

Si en 2005, les médias du monde entier étaient conviés à la première de la «pièce» montée sur l'évacuation de Gaza, en 2008, l'État d 'Israël préfèrera que le drame soit joué à huis-clos, loin de toute présence et de toute indiscrétion médiatique, de sorte qu'il n'y ait pas de témoins pour ce massacre planifié depuis la déroute de l'armée israélienne au Liban en 2006. Une occasion pour Israël de redorer son blason au sang même d'innocentes victimes civiles, auprès de sa propre population traumatisée par le revers infligé par le Hezbollah à celle-ci et dans l’intérêt aussi des régimes modérés qui souhaitent voir la résistance liquidée.

Malgré les précautions prises pour ne pas maculer son image et l'activisme militant des groupes sionistes sur les médias occidentaux, l'étendue de l'homicide finira par éclabousser les consciences même en Israël. Tant les clichés illustrant ce massacre au m2 et le comportement des militaires dépassent dans leur insoutenable horreur ceux d'Abou Ghraib. Et c’est Al-Jazeera qui informera encore une fois l’opinion publique israélienne, privée d’informations.

Fait singulier, les médias français, d'habitude prompts à intervenir lorsqu'il s'agit du sort d'Israël en sollicitant les interventions du communicant israélien de l'armée Olivier Raphaëlovitch, se sont illustrés par une modestie et une retenue dans le commentaire qui en disent long sur leur gêne, le parti pris cette fois-ci mis en berne. Alors qu' Al-Jazeera, dont les images alimentent les télévisions du monde, diffusait à flux tendu et à la minute près le film des événements et les conséquences de ce carnage dans les foyers arabes déchirés par la douleur et l'impuissance.

Malgré le millier de pertes humaines palestiniennes subies et le lourd bilan des destructions massives de toute l'infrastructure de Gaza dans ce rapport de forces asymétrique, Israël ne réussira ni à retourner la population par l'envoi de tracts incitant à la désobéissance, à la délation et à la collaboration, ni à éradiquer la résistance des combattants islamiques de Hamas, ni à satisfaire le voeu de certains états périphériques de l'axe modéré, parties prenantes dans ce conflit qu'elles ont financées en argent, en renseignement et en hommes, allant même jusqu'à former et mobiliser des forces alternatives aux frontières dans l'espoir de voir la résistance vaincue. Ce qui hélas ne se produisit pas, faisant capoter du coup tous les plans prémédités qui tendraient vers une normalisation gratuite avec l'État Hébreu et l'éradication définitive de la résistance considérée par ces mêmes parties tierces comme une cheville ouvrière de l'Iran en Palestine.

De cause sacrée pour les régimes arabes en place qui en ont usé et abusé surtout leurs peuples pour leurs intérêts propres et leur maintien en place, la cause est aujourd'hui bradée au profit d'un leadership régional. Entre un Iran nucléarisé chiite qui soutient la résistance et entre une pétromonarchie sunnite wahhabite l'Arabie Saoudite qui voudrait reprendre son hégémonie sur la région quitte à la solder pour une normalisation avec Israël qui satisferait son protecteur et parrain Américain. Cette situation était en partie le mobile de l'habile discours de Barack Obama, lancé le 5 juin au monde Arabe et musulman depuis l'université du Caire.

Comme en juillet 2006, ces mêmes voix arabes modérées qui avaient morigéné le Hezbollah « aventurier » selon leur expression se sont encore une fois, illustrées et fait entendre, pour jeter, à présent, le discrédit sur le Hamas, responsable du chaos provoqué.

Fait étrange et signe des temps et de l’évolution des enjeux et des alliances, Israël n’est plus l’ennemi à abattre, l'ennemi aujourd'hui c'est la résistance, qu’elle soit libanaise, palestinienne ou autre. L'ennemi c'est celui qui résiste. Drôle de paradoxe et drôle d’alliance particulièrement contre-nature. Il est vrai, qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et à notre surprise, les pays Arabes de l’axe modéré, qui n’avaient jusque là aucun avis, se décident enfin à en avoir un. Et il est d’une consternante imbécillité puisqu'il tend à réhabiliter l’ennemi intime et héréditaire (le dédouanant de ses crimes passés et récents) au détriment d’un nouvel ennemi de désignation récente et en phase de de diabolisation ascensionnelle

On est sidéré par l'allégeance renouvelée, d'un président américain l'autre, sans parler des chefs d'États européens, à l'existence et à l'attachement indéfectible à l'État Hébreu qui comptabilise un capital sympathie non négligeable. Alors que les dirigeants Arabes ne manifestent aucune solidarité et aucune mansuétude à la Palestine. Drôle de contraste!


Mohamed Marhoum

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Il faut aussi remarquer que l'influence de l'iran et la peur d'israel d'un tel adversaire est aussi en train de changer les donnees au moyen orient.