Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary

Pour comprendre la genèse des néo-conservateurs à la française (Glucksmann, Bruckner, Kouchner, BHL, Finkielkraut, July...), dont l'aura désastreuse déborde largement l'Hexagone, repentis de '68, qui, sévissent plus que jamais aujourd'hui, par leur passion de la guerre, leur fascination du pouvoir, leur mercenariat de tous les instants, leur reniement à répétition, leur occidentalo-centrisme forcené... La lecture de ce livre de Guy Hocquenghem, leur ancien compagnon de route, s'impose.

Un extrait :

«Séquence contestable : ces boat people fuyant quelque Khomeiny anonyme, venus d’on ne sait quel pays d’Afrique du Nord, ou du Proche-Orient, et qui menacent, à force de s’échouer sur les plages du midi de la France, d’envahir et de déstabiliser le pays », écrivait Jacques Amalric (Le Monde) à propos de l’émission « La guerre en face », en reconnaissant que « le bouchon […] est poussé là un peu loin ». Poussé jusqu’à s’échouer sur les côtes du racisme, de la xénophobie, de l’appel à la panique anti-tiers-monde, entre une séquence à la gloire du métier militaire et un appel à la défense de l’Occident. Qui était l’interprète et auteur de ce scénario-catastrophe, propagande ouverte pour le rejet à la mer, en tirant s’il le faut,des basanés et des Jaunes ? Le Kirk Douglas à fossettes de l’aide au tiers-monde, le grand embrasseur devant caméra d’enfants martyrs subtilisés au tiers monde, le camarade Kouchner lui-même. Où est-il passé, valeureux Médecins sans frontières et de nuit, ton absolu d’autrefois : « La solidarité européenne varie-t-elle suivant les nuances de la peau ? […] Devant les réticences européennes [à accueillir les réfugiés du Vietnam], la France, qui maintient son effort d’accueil, […] devrait réagir. […] On verra si la liberté d’entrer et de sortir, si les articles 12 et 13 de la Déclaration des droits de l’homme, valent pour d’autres que les Occidentaux.» (Le Monde). Le médecin tiers-mondiste est passé garde-chiourme des races inférieures, comme l’humaniste patenté est aujourd’hui de service aux côtés de Marie-France Garaud quand elle réclame le retour à la peine de mort. La « spécialité » tiers-monde, humanisme, sert précisément à légitimer le racisme et le sécuritarisme. Double jeu ; que tu sois grimpé d’une fraction (oppositionnelle) des étudiants communistes, il y a vingt ans, au business de la charité médiatique, de l’aide au Vietcong, au Polisario, aux Kurdes et aux Palestiniens à la mobilisation anti-communiste pour les Afghans et les boat people, personne ne te le pouvait reprocher. Mais ce premier train de reniements en cachait un autre, et le spécialiste du tiers-monde s’est mué en son pire adversaire. Le « fantasme d’invasion du Nord par le Sud », inventé par Jean-Claude Guillebaud pour l’émission « La guerre en face », il fallait que ce soit toi, précisément, qui l’accomplisses et le joues, parce que ta qualité de bon docteur pour Jaunes faisait passer la pilule ; et le message d’un nouveau Drumont contre l’envahissement des métèques revêt la blouse immaculée des grands principes. De là à la chasse aux sorcières contre le Comité catholique contre la faim et pour le développement, il n’y avait qu’un pas. Tu le franchis, aux applaudissements du Figaro Magazine, avec ton livre : Charité Business. Même la charité catholique est trop pour toi, à présent… »

Guy Hocquenghem

Le déshonneur perdu de Karel De Gucht

Lettre ouverte au ministre belge des Affaires étrangères...

Vous prétendez que, puisque la Belgique donne de l’argent au Congo, cela vous confère en échange « le droit moral d’émettre des critiques sur ce qui ne va pas au Congo ». Vous vous posez, vous et le gouvernement belge, en défenseurs désintéressés des intérêts du peuple congolais et censés protéger ce peuple contre ses propres dirigeants, mais ne pensez-vous pas que ce soit un peu tiré par les cheveux ? » Vous savez bien, en effet, que, pour chaque euro qui ira au Congo, on espère qu’il en reviendra au moins trois à l’économie belge.

Vous avez cité vous-même l’exemple du port de Matadi où, selon vous, malgré plusieurs années de collaboration avec le port, d’obscurs contrats en sous-main auraient été signés avec une entreprise des Émirats arabes unis. Vous ne vous êtes pas excusé quand, par la suite, il a été clairement établi que le terme de « contrats en sous-main » n’était pas conforme à la vérité. En effet, un appel public d’offres avait été annoncé pour la gestion du port. Une entreprise espagnole l’avait remporté et des négociations sont en cours, concernant de grands travaux de remise en service (pour un montant de 2 milliards de dollars), avec une entreprise des Émirats, mais cet accord n’a toujours pas été signé. Les Belges n’avaient pas participé à l’élaboration de ces accords parce qu’ils ne cadraient pas avec leurs possibilités et que les Belges mêmes étaient partisans d’une gestion dans laquelle le gouvernement congolais aurait hérité des postes déficitaires et l’entreprise belge des bénéfices.

Mais, avec vos protestations, vous avez en fait admis que l’argent belge du développement, avec lequel un des dix quais du port de Matadi avait pu être remis en état, devait servir en fin de compte à confier la totalité de la gestion et de la remise en état du port de Matadi aux mains d’entreprises belges et ce, aux conditions de ces dernières. Au rythme auquel les Belges voulaient retaper le port de Matadi, il aurait fallu quarante ans pour y arriver alors que, très bientôt, de grandes quantités de conteneurs sont attendus de la Chine et que les Congolais ont besoin de leur port le plus vite possible. Sur 1,2 million d’euros de l’argent du développement consacrés à ce projet, 500.000 ont d’ailleurs servi à payer les salaires et frais de fonctionnement belges.

D’ores et déjà, vous faites de la lutte contre la corruption au Congo le thème de votre prochaine campagne électorale. Mais nous aurions de loin préféré vous voir combattre la corruption congolaise là où, durant des années, vous avez eu la compétence pour le faire : en tant que membre du gouvernement belge, c’est-à-dire en Belgique. Pourquoi les nombreux mobutistes qui possèdent des villas et des propriétés à Rhode-Saint-Genèse, Waterloo, etc. n’ont-ils jamais été interrogés sur l’origine de leurs fortunes ? Durant des années, tous ces Kengo Wa Dondo, Bemba et autres Kinkey Mulumba ont pu profiter de permis de séjour et de visas et ils ont pu dépenser en Belgique, sans la moindre difficulté, leurs « bas de laine » amassés via la corruption et la guerre. Cela aurait-il quelque rapport avec les excellents liens que, des décennies durant, votre parti a entretenus avec le dictateur Mobutu et sa cour ?

Vous vous dites préoccupé par le sort des enfants congolais dans l’Est du Congo, où des seigneurs de guerre continuent à se livrer à des atrocités innommables. Mais Jean-Pierre Bemba, le plus grand seigneur de guerre qui ait été protégé et utilisé par l’Ouganda au cours des cinq années de la guerre d’agression, a été admis dans le gouvernement congolais de transition sur l’insistance, entre autres, de votre propre parti. Après qu’il eut perdu les élections, à chaque provocation qu’il a organisée à Kinshasa, il a toujours été pris sous votre aile protectrice. Vous avez en effet estimé que la démocratie, en République démocratique du Congo, ne pouvait être réellement démocratique s’il n’y avait pas une opposition « forte » et vous avez condamné le président Kabila parce qu’il ne tolérait pas que Bemba entretînt une armée privée en plein centre de la capitale Kinshasa. Vous avez exigé une attitude plus conciliante de la part de Kabila. Aujourd’hui, il s’avère que Bemba est un criminel de guerre de la pire espèce. Kabila n’avait-il donc pas raison de mater la rébellion de Bemba à Kinshasa, après des mois de négociations infructueuses ?

Il semble aujourd’hui que le Premier ministre Leterme veuille prendre contact avec son homologue à Kinshasa. Vous savez que le Premier ministre Antoine Gizenga et son parti constituent une importante exception au sein de la classe politique congolaise. Gizenga a été vice-Premier ministre du Premier ministre Patrice Lumumba. Il n’a jamais été un révolutionnaire comme Pierre Mulele ou Laurent-Désiré Kabila mais, en tant que démocrate convaincu, il n’a jamais oublié l’assassinat de Lumumba et est demeuré des décennies durant un opposant au dictateur Mobutu, dans le même temps que celui-ci était pleinement soutenu par votre parti, entre autres. Gizenga et son parti n’ont jamais été impliqués dans la corruption. En dehors de la fonction de Premier ministre, le parti de Gizenga s’est également vu confier les ministères des Finances, des Mines et de la Justice. Il s’agit de postes importants pour combattre la corruption. La semaine dernière encore, Martin Kabwelulu, ministre des Mines et compagnon de parti de Gizenga, a fait fermer l’entreprise chinoise Congo Dong Sang International Mining pour des raisons de fraude et de mauvais traitements infligés aux travailleurs. Ce même ministre a également supervisé l’audit des 60 plus gros contrats miniers conclus au Congo : tous ont été jugés frauduleux ou non légaux. Vous savez que cela fait des mois que Kabila est mis sous pression pour rompre son alliance avec Gizenga et éloigner le parti de ce dernier du gouvernement, de sorte que des poids lourds corrompus du type Kengo Wa Dondo puissent venir occuper les places désormais vacantes. Pourtant, vous n’hésitez pas à attaquer ce gouvernement et de qualifier toute la classe politique sans la moindre distinction de « kleptocratie ».

Personne ne prétend qu’à propos de la situation problématique grave du Congo, il ne puisse y avoir de remarques critiques mutuelles entre Belges et Congolais. Ces derniers pourraient par exemple se plaindre de l’attitude passive de la Belgique lors de la guerre d’agression ou des nombreuses promesses que la Belgique n’a pas respectées. Mais qui peut contester que le président congolais et son gouvernement soient confrontés à une tâche infiniment lourde ? Après que Joseph Kabila fut parvenu à faire cesser la guerre d’agression et se fut arrangé pour que les armées étrangères quittent en grande partie le pays, il a dû lutter contre les multinationales occidentales qui spéculent sur les matières premières congolaises et qui soutiennent discrètement toutes sortes de seigneurs de guerre. En outre, il lui faut combattre la situation de délabrement total dans laquelle l’État congolais a été ramené depuis nombre de décennies, ainsi que l’immense corruption qui va de pair avec ce genre de situation. Vous demandez que « les dirigeants congolais fassent des efforts »… Oseriez-vous comparer la situation actuelle avec celle de la période 1998-2003 ? Pourtant, c’est durant cette période que l’écrasante majorité des cinq millions de Congolais victimes de la guerre ont perdu la vie.

Il s’avère que le « droit moral de formuler des critiques » dont vous avez la bouche pleine n’est autre que le droit réclamé par le maître de donner des ordres à son valet sans la moindre possibilité pour celui de le contredire.

Au cours de l’entretien que vous avez eu avec le président Kabila au nom de la délégation ministérielle, on a pu noter des phrases comme « vous devez réformer votre gouvernement et me tenir au courant de la chose » ou « je vous dis que les accords que vous avez conclus avec la Chine ne seront pas entérinés par le parlement (congolais) ».

À propos de la décision du président Kabila d’engager, en automne 2007, des moyens militaires pour arrêter le seigneur de guerre Nkunda, il a été dit, dans les milieux diplomatiques belges : « Nous le lui avions pourtant interdit. » Votre consul à Bukavu va en outre négocier avec le chef rebelle Nkunda. Et, si le gouvernement congolais proteste, vous balayez tout simplement ces protestations de la table. Ce sont des formes d’ingérence directe qui compromettent gravement la souveraineté de la République démocratique du Congo.

Si on vous reproche d'être néo-colonial, vous répondez « si on considère ainsi le fait de dire que les dirigeants congolais doivent faire des efforts, alors je suis effectivement un néo-colonialiste convaincu, ce sera tout à mon honneur ». Mais vous vous trompez, monsieur De Gucht, « néocolonialiste » est un terme qui n'a jamais été et ne sera jamais un terme dont on peut être fier. La Belgique n'a jamais eu le droit moral de son côté, ni à l'époque du colonialisme ni à celle du néocolonialisme. De plus, elle n'a plus, depuis bien longtemps, le poids nécessaire pour revendiquer un tel rôle.

Tony Busselen


Fragments à l'usage d'un journaliste analphabète...

«Le journaliste est stimulé par l'échéance : il écrit plus mal quand il a le temps.» (Karl Kraus)

«Ne pas avoir d'idées et savoir les exprimer: c'est ce qui fait le journaliste » (Karl Kraus)

« Un des grands obstacles à la constitution de forces de résistance est le fait que les dominants contrôlent les médias comme jamais dans l’histoire. […]De nos jours, tous les grands journaux français sont complètement contrôlés, très directement ; des journaux apparemment autonomes comme Le Monde sont des sociétés d’actionnaires dominées par les grandes puissances d’argent. Donc l’autonomie relative des médias, qui rendrait possible une certaine représentation fictive, et du même coup un certain soutien aux forces de résistance, tout ça disparaît. […] L’univers médiatico-journalistique des intellectuels médiatiques ou des journalistes intellectuels, tout cet univers-là est globalement parvenu à un état de soumission qui est pathétique...» (Bourdieu)

« Il a besoin en face de "ce différent de lui" de se défendre, c'est-à-dire de caractériser l'Autre. L'Autre sera le support de ses préoccupations et de ses désirs » (Frantz Fanon)

« Le passé ressemble plus au futur qu'une goutte d'eau à une autre goutte d’eau » (Ibn Khaldoun)

« Je préfère rester dans l'ombre avec ses foules plutôt que de consentir à les haranguer dans l'éclairage artificiel que manipule les hypnotiseurs. » (Debord)

« Tout ce qui est profond aime le masque [...] Tout esprit profond a besoin d’un masque. » (Nietzsche)

Guy Verstraeten, tâcheron du Soir, nous répond, youpie...!

Quelle violence!, dirait Claudy Focant, dans Dikkenek. Cela vous prouve, cher monsieur, quelles sont les références culturelles qui alimentent mes réflexions. En fait, qui êtes-vous exactement pour tenir des propos aussi durs sur quelqu'un dont vous ne connaissez rien. Enfin rien... Vous savez que j'officie comme pigiste au Soir, c'est que je ne vous suis pas si inconnu que cela. Pour ce qui est du fond (la forme laisse à penser que vous êtes un intellectuel en souffrance, mais j'arrête là la psychologie de comptoir), j'ai essayé, au travers des deux ou trois articles que j'ai écrit sur la question des violences urbaines à Anderlecht, de faire passer un message qui me semblait être le plus nuancé possible dans l'espace qui m'était imparti. Dès le départ, j'ai parlé du racisme des hooligans présents, mais dès que j'ai pu, j'ai souligné que nombre d'habitants de la place de Linde encourageaient ces hooligans, notamment dans le papier que j'ai consacré, le lundi, aux émeutiers des deux camps. Oui, il y a un racisme que je sens de plus en plus profond autour de moi et j'ai essayé, peut-être naïvement,de le dénoncer en soulignant que les autorités publiques avaient tout intérêt à se pencher sur le fossé qui séparait les deux groupes en présence. Ma fiancée est d'origine africaine et elle a des difficultés à trouver un appartement à cause de la couleur de sa peau ( tiens, tout d'un coup, une sorte de rage me donne envie, moi aussi, de vous insulter. mais je me contiens).
Quant à la reconnaissance ethnique immédiate, sur un simple coup d'oeil: à moins d'avoir vécu toute sa vie à la campagne ( personnellement, je vis à 2 minutes de Saint-Guidon depuis près de 15 ans), de ne pas avoir côtoyé de jeunes d'origine marocaine dans son parcours ( à peu près 70% de mes amies et amies), difficile de passer à côté du fait que la plupart des jeunes casseurs de vendredi dernier étaient d'origine immigrée, plus précisément nord-africaine. Un sentiment conforté par toutes les données récoltées auprès des éducateurs de rue et des agents de prévention. Désolé de ne pas avoir pu pousser plus en avant mon analyse, mais la place qui est impartie aux journalistes dans un quotidien n'est pas toujours celle qu'ils souhaiteraient avoir. Je connais la théorie du retournement du stigmate et parler de jeunes d'origine immigrée ne m'a semblé utile, dans ce contexte, que pour marquer la différence entre les "blancs" d'un côté et les "colorés" de l'autre, différence qui prenait toute son importance quand on entendait les "bougnoules enculés" des supporters d'Anderlecht. Si vous ne l'avez pas perçu dans mon article, écrit à la hâte entre 21h15 et 21H45 ( je me défends pour le style et pour le sentiment d'immédiateté), tant pis.
Vous connaissez mon nom, j'aimerais maintenant connaître le vôtre. Vous êtes si prompt à lancer les insultes les plus dures et les jugements les plus définitifs que vous devez probablement pouvoir en discuter à visage découvert.
Sur ce, refaite un tour dans le traitement que les autres médias ont fait de l'événement, juste pour voir si l'élément raciste de ces violence a été aussi largement évoqué par quelqu'un d'autre. On est toujours l'imbécile de quelqu'un, mais en lisant l'aigreur et l'agressivité de vos propos (conjugués avec un certain sens de la formule et de la référence), je ne suis pas si mécontent d'être le vôtre.

Guy Verstraeten

De la nouvelle diplomatie belgicaine

Assez d'hypocrisies, terminé les faux semblants, basta le double langage :Karel De Gucht, notre ministre fédéral des Affaires étrangères, a décidé d'apporter un souffle nouveau à la diplomatie belge, espérant que l'exemple sera suivi dans le monde entier. Et, comme chacun sait, il a donné le coup d'envoi de cette nouvelle politique à Kinshasa en tenant des propos décapants à des hôtes congolais aussi médusés que les autres membres du gouvernement Leterme dont De Gucht avait toléré la présence à ses côtés.

«Il faut arriver à canaliser les richesses au bénéfice de l'État et du bien-être général. La bonne gouvernance, cela signifie s'attaquer aux privilèges fabuleux de certains. Il faut s'attendre à une farouche résistance de tous ceux qui n'hésitent pas à sacrifier le bien-être de la population pour leur enrichissement personnel», a notamment dit le chef de la diplomatie belge.

Le Président Kabila a immédiatement adhéré à la nouvelle «méthode De Gucht» en adoptant à son tour une phraséologie assez peu convenue. Il a rappelé que le Congo a acquis son indépendance en 1960 au terme d'une «lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire».

Fort du succès qu'il considérait avoir enregistré au Congo, Karel De Gucht s'en fut aussitôt après à Milan pour rencontrer Silvio Berlusconi. Une rencontre cette fois entourée de discrétion, mais – vous vous en doutez – notre journal avait un envoyé spécieux sur place (moi-même) et rien ne lui a échappé des passionnants échanges entre les deux hommes. Notre ministre des Affaires étrangères se planta devant l'homme-d'affaireschanteur- de-charme-magnat-de-latélé- escroc-premier-ministre italien et lui tint à peu près ce langage : «Silvio, il faut arriver à canaliser les richesses au bénéfice de l'État et du bien-être général. La bonne gouvernance, cela signifie s'attaquer aux privilèges fabuleux de certains. Il faut s'attendre à une farouche résistance de tous ceux qui n'hésitent pas à sacrifier le bienêtre de la population pour leur enrichissement personnel».

Peu habitué encore à la nouvelle méthode diplomatique belge, le chanteur-de-charme-escroc-magnat-de- la-télé-premier-ministre italien s'est exclamé aussitôt : «Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des ritals. Qui oubliera qu'à un Italien on disait "tu", non certes comme à un ami, mais parce que le "vous" honorable était réservé aux seuls Belges ?». Et comme on ne se refait pas, il ajouta quelques paroles bien senties sur les effets du charme des travailleurs transalpins sur les femmes belges, que la bienséance nous interdit de reproduire ici. Que pouvait-on espérer d'autre de cet énergumène, qui ensuite a flanqué De Gucht à la porte sans plus de cérémonie ?

Nullement décontenancé, notre brave ministre des Affaires de plus en plus étrangères, s'est arrêté à Paris – c'était sur son chemin – où Nicolas Sarkozy fut très heureux d'entendre ses conseils amicaux. Il est vrai que le naguère über-Président français était dans ses petits souliers, après la lecture des derniers sondages, et se préparait à infliger à la France un numéro télévisé d'hypnotiseur d'une heure et demie. Aussi fut-il très attentif tandis que Karel De Gucht lui expliqua que pour retrouver grâce aux yeux des Françaises et des Français, il ne suffit pas de s'afficher avec un top model échappé de l'enfer berlusconien, mais qu'il faut aussi «arriver à canaliser les richesses au bénéfice de l'État et du bien-être général. La bonne gouvernance, cela signifie s'attaquer aux privilèges fabuleux de certains. Il faut s'attendre à une farouche résistance de tous ceux qui n'hésitent pas à sacrifier le bienêtre de la population pour leur enrichissement personnel». Les portes de l'Élysée sont mieux insonorisées que celles du bureau de Berlusconi, et nous devons donc piteusement avouer que nous ignorons la teneur de la réponse de Nicolas Sarkozy. Mais en sortant Karel De Gucht, qui n'est pourtant pas un bleu, était quand même fort rouge, surtout du côté des oreilles.

Pas découragé pour autant, il s'est aussitôt envolé pour les Etats-Unis d'Amérique. Il a, nous dit-on, rendez-vous avec les trois principaux candidats à la succession de George Bush, à qui – nous a confié un de ses proches conseillers – il se propose d'expliquer qu'il leur faudra «arriver à canaliser les richesses au bénéfice de l'État et du bien-être général. La bonne gouvernance, cela signifie s'attaquer aux privilèges fabuleux de certains. Il faut s'attendre à une farouche résistance de tous ceux qui n'hésitent pas à sacrifier le bien-être de la population pour leur enrichissement personnel».

À son retour, il a pris rendez-vous avec Didier Reynders. Il sera question, dit-on, des «intérêts notionnels». Peut-être va-t-il lui expliquer qu'il est temps de «canaliser les richesses au bénéfice de l'État et du bien-être général. La bonne gouvernance, cela signifie s'attaquer aux privilèges fabuleux...»?

Post-scriptum important : Je crains d'avoir un peu mélangé mes notes en rédigeant ce papier. Les citations réponses prêtées ci-dessus MM. Kabila et Berlusconi sont extraites du discours prononcé le 30 juin 1960, jour de l'indépendance du Congo, par le Premier ministre Patrice Lumumba, assassiné 200 jours plus tard par des hommes de main, au nom de la conception que, déjà, la Belgique officielle se faisait de la «bonne gouvernance» .

Luc Delval

Les gêneurs (plus que jamais!)

Qu'est-ce qui a changé depuis trente ans concernant la question palestinienne ?

Pourquoi les palestiniens seraient-ils des « interlocuteurs valables » puisqu'ils n'ont pas de pays ? Pourquoi auraient-ils un pays, puisqu'on leur a ôté ? On ne leur a jamais donné d'autres choix que de se rendre sans condition. On ne leur propose que la mort. Dans la guerre qui les oppose à Israël, les actions d'Israël sont considérées comme des ripostes légitimes (même si elles apparaissent disproportionnées), tandis que celles des palestiniens sont exclusivement traitées de crimes terroristes. Et un mort arabe n'a pas la même mesure ni le même poids qu'un mort israélien.

(…) Pour une « solution finale » du problème palestinien, Israël peut compter sur une complicité presque unanime des autres états, avec des nuances et des restrictions diverses. Les palestiniens, gens sans terre ni Etat, sont des gêneurs pour tout le monde.

(…) Cette population du sud Liban n'a pas cessé depuis plusieurs années de partir et de revenir, en perpétuel exode, sous les coups de force israéliens dont on ne voit pas très bien ce qui les distingue d’actes terroristes. L’escalade actuelle a jeté sur le chemin 200 000 personnes sans abri. L'État d'Israël applique au Sud-Liban la méthode qui a fait ses preuves en Galilée et ailleurs en 1948 : il « Palestine » le Sud-Liban.

Les combattants palestiniens sont issus des réfugiés. Israël ne prétend vaincre les combattants qu’en faisant des milliers d'autres réfugiés, d'où naîtront de nouveaux combattants.

Ce ne sont pas seulement nos rapports avec le Liban qui nous font dire : l'État d'Israël assassine un état fragile et complexe. Il y a aussi un autre aspect. Le modèle Israël-Palestine est déterminant dans les problèmes actuels du terrorisme, même en Europe. L'entente mondiale des Etats, l'organisation d'une police et d'une juridiction mondiale, telles qu’elles se préparent, débouchent nécessairement sur une extension où de plus en plus de gens seront assimilés à des « terroristes » virtuels. (…)

Aujourd'hui, c'est l'État d'Israël qui mène l'expérimentation. Il fixe un modèle de répression qui sera monnayé dans d'autres pays, adapté à d'autres pays. (…) Israël a toujours considéré que les résolutions de l'ONU qui le condamnait verbalement lui donnaient en fait raison. L'invitation à quitter les territoires occupés, il la transformait en devoir d'y installer des colonies. Actuellement il considère que l'envoi de la force internationale au Sud-Liban est excellent... à condition que celle-ci se charge à sa place de transformer la région en une zone de police ou en désert contrôlé.

Gilles Deleuze (Le Monde, 7 avril 1978)

Anderlecht : émeute urbaine, cécité collective…

"Les Noirs américains n’ont pas de patrie. Ils sont en Amérique chez eux et aliénés, comme les autres Américains, mais eux savent qu’ils le sont." (Debord).

Nous nous sommes remis à lire le Soir, vous savez cet infame canard, cet hégémonique torchon de notre Belgique toujours grande et belle, qui vous tombe des mains tellement il est mal écrit. Nous avons rechuté il y a peu, à la faveur des violences urbaines se déroulant ce vendredi soir à Anderlecht... A notre grand désarroi, mais sans réel étonnement, nous avons pu constater qu’aucune amélioration notable n’y est perceptible… Ainsi, un imbécile du nom de Guy Verstraeten, qui y officie comme pigiste, feint de s’étonner de l’ampleur du racisme qui règne dans notre si belle contrée ; racisme qui est essentiellement structurel, ce dont le dit imbécile n’a aucune idée. L’amusant, car le réel aime l'ironie, c’est que notre journaliste benêt, dans son semblant d’article, pensant le combattre, l’illustre de la meilleure manière qui soit, car comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, Monsieur Verstraeten pratique ce racisme intuitivement et avec quel talent…Ainsi notre ethnologue à la petite semaine, façon Henri Valois, qui sévit dans le quotidien vespéral - ethnologie dont Lévi-Strauss lui-même disait qu’elle était la petite fille du colonialisme… - sait reconnaître à coup sur, à partir du faciès (ah la biométrie !), l’origine de jeunes émeutiers anderlechtois… Quelle science ! Vous connaissiez les statistiques ethniques, voici la reconnaissance ethnique automatique du Professeur Verstraeten… Tandis que des hooligans du Sporting d’Anderlecht, eux, sont sans origine, la leur en tout cas n’a ni valeur d’explication, n'est ni preuve à charge, le « mauve et blanc » et la bière suffisent… Ainsi va la raison passée à l'eau de Javel ! Mais que l’on ne se trompe pas, Monsieur Verstraeten n’est pas tout seul, le racisme systémique c’est un racisme dans l’air du temps, qui prend sa source dans le passé en l'actualisant dans le présent le plus brûlant, il est dans toutes les têtes, y compris celles des victimes, et c’est précisément ce qui le rend invisible… Le racisme en Belgique, et tout particulièrement à Bruxelles, n’est pas simplement le fait de quelques supporters éméchés, ce serait trop facile et si utile, il touche la société belge dans sa totalité et dans toute sa profondeur, il l’organise, la façonne, l'oriente, la structure (sous-citoyenneté, sous-logement, sous-emploi, sous-scolarité, état d'exception dont bénéficient certaines populations et certaines croyances…). Ces événements ne sont qu'un lapsus de plus qui en révèle l'ordre caché. Qui n’a de cesse d’employer le terme de «nouveaux belges», « belges de papier » ? Qui parle à tout bout de champ d'« allochtones » ? Qui parle de « reconquête des quartiers » du centre ville ? Qui fait l’impasse sur la répétition, pour le moins suspecte, de meurtres racistes en Belgique ? A qui la faute si en RBC l’on a les taux de chômage les plus hauts de Belgique, alors qu'elle est la région la plus prospère du pays ? Qui attribue à une certaine « jeunesse » violence et dangerosité intrinsèque ? Qui en fait le bouc émissaire emblématique de tous les maux urbains ? Qui insiste, à coup de statistiques plus que douteuses, sur la démographie galopante des musulmans à Bruxelles? Qui fait de la présence d’enfants d’immigrés dans une école le marqueur de dégradation du niveau scolaire ? Sont-ce les supporters enragés d’Anderlecht, sont-ce de pauvres skinheads demeurés (juste bons à agresser des femmes et des enfants), vraiment ?

UN NEGRE EN PALESTINE...

Pendant la pacification du Liban, l’Etat d’Israël poursuit sa guerre « presque oubliée » contre les Palestiniens des Territoires occupés. Incursions militaires et bombardements sur Gaza conjugués à l’asphyxie de l’économie palestinienne. Parti au Proche-Orient avec une mission d’observation du CNCD , Olivier Mukuna raconte son voyage dans le Gri-Gri.

23 août 2006 - Jenine 

 Dans la camionnette de Noor, notre chauffeur palestinien, le Président du CNCD, Fouad Lahssaini, et son directeur financier, Souhail Chichah, Belges d’origine marocaine. Evelyn Lernout et Mirjam Van Belle d’Oxfam, Jessica de l’ONG Solsoc (Solidarité socialiste), puis Waba, un Palestinien travaillant pour Solsoc. Avant Jenine, nous nous arrêtons dans deux villages qui partagent une caractéristique : la spoliation de leurs terres cultivables après l’apparition du « Mur de sécurité ». Vice-président du Conseil de Jalboun, Samir décrit le quotidien de ses administrés : « Avant, l’agriculture était pour nous un revenu d’appoint. Depuis le Mur, c’est fini ! Aucun Palestinien ne passe ! L’exploitation agricole est le seul revenu possible, mais nos terres cultivables se trouvent derrière le Mur. Idem pour l’eau ! Il nous est interdit de creuser des puits. Nous avons l’autorisation de récolter l’eau de pluie ». Les ONG occidentales, dernier espoir pour éviter l’exode ...

Seize heures. De retour vers Jérusalem, notre route est stoppée près de Sa Nur, en Territoires occupés. Un check point volant. Un soldat nous vise avec sa mitraillette M-16. Noor se dirige d’un pas très décontracté vers les soldats. « Que pourraient-ils me faire de plus ? Ai-je autre chose à perdre que cette vie d’oppression ? ». Fouille militaire du véhicule. Une heure plus tard, nous apprenons notre arrestation ! « Security reasons ! » ... Le plus jeune militaire semble gêné : « Vous êtes la dernière chose dont nous ayons besoin ici ! Vous ne devriez pas être là ! ». Les coups de fils ne donnent rien. Une interlocutrice du Consulat belge raccrochera même au nez du Président du CNCD... Nous sommes finalement escortés jusqu’au check point fixe de Um Rehan, situé à une quinzaine de kms de... Jenine. Autre heure d’attente. « Eh ! Attention, l’idiote ! » ou « Plus vite, toi ! On vous a dit de marcher en groupe ! » à un vieil homme qui peine à rattraper ses proches. Prévenance et causette polie envers les Occidentaux. Racisme et humiliations en série envers les Palestiniens.

Un policier s’approche. Seuls les deux Palestiniens de notre groupe sont interrogés. Pour les Européens : nouvelle exhibition de passeports et fouille des bagages. C’est une jeune Falacha qui s’y colle. Elle ne m’accordera pas un regard. Le désarroi a pu me faire croire qu’une « solidarité africaine » allait dessiner sur son visage un sourire compréhensif.

Prévenu par Oxfam, un soldat nous annonce notre libération et demande si nous avons connu des « désagréments ». Cela aurait pu être pire ? Depuis 2000, l’armée israélienne a tué cinq journalistes et blessé une soixantaine d’autres. 21 heures. Noor et Waba rejoignent enfin la camionnette. Les soldats ont pris leurs empreintes des deux Palestiniens, et les ont contraints à signer des documents les engageant à ne plus jamais aller dans les Territoires occupés, « pour leur propre sécurité »... Waba collabore à deux autres projets humanitaires dans la région de Jenine. Désormais, il ne pourra s’y rendre sans risquer la prison. Il y a près de 760 check-points disséminés dans les Territoires palestiniens.

25 août - Naplouse

Visite du camp d’Askar. Construit en 1964, non reconnu par les Nations Unies : aucune infrastructure scolaire, pas de cliniques, pas de dispensaires, etc. 7000 personnes sur un kilomètre carré ! La Belgique connaît une densité de 335 habitants au kilomètre carré. Amjad Rfaie, directeur du Centre social de développement d’Askar, membre du Fatah, est très remonté : « Lorsque le Hamas a gagné, c’était un jour noir pour moi ! Mais c’était le résultat démocratique devant lequel je devais m’incliner. » Lorsqu’on lui oppose les attentats-suicides commis par des Palestiniens en Israël, Amjad Rfaie personnalise sa réponse : « J’ai fait cinq ans de prison pour ma résistance à l’occupation. Lors de ma dernière arrestation, un des militaires a alterné le canon de son M-16 sur les tempes de mes trois enfants, un autre a roué de coups mon épouse qui hurlait... La presse occidentale parle toujours des attentats palestiniens en Israël, mais se penche-t-elle sur ce qui les motive ? ». Du haut de la colline d’Askar, Amjad Rfaie nous montre les colonies israéliennes accolées à un camp militaire. « C’est souvent de là qu’ils tirent leurs missiles. Vous voyez, en bas, les routes macadamisées qui s’entrecroisent ? Si nous nous en approchons, ils nous tirent dessus ! ». Une rafale de coups de feu ! Nous n’en sommes pas la cible. Amjad ironise : « Voilà ! Ça, c’est la ‘musique palestinienne’ ! »...

26 août 2006 - Ramallah

Le directeur de la Coordination des ONG palestiniennes (PNGO), Allam Jarrar, nous reçoit. « Ces sept dernières années, le pouvoir d’achat a été divisé par cinq. Le seuil de pauvreté atteint 70% de la population et le taux de chômage est de 40%. (...) La politique d’apartheid de l’Etat israélien vise la création de trois Bantoustans (Gaza, Jérusalem-Est et les Territoires occupés) sur lesquels Israël exercera le contrôle des ressources, des frontières et de l’espace aérien. Symbole central de cette politique, le Mur fait aujourd’hui 470 km de long. C’est la pire des situations que les Palestiniens n’aient jamais connues ! Bien plus grave que celles de 1948 ou de 1967 ». Retour à Jérusalem-Est. Jessica nous attend à la réception du Knights Palace. Elle revient de Gaza. Cette bande de terre de 365 km2 où sont entassés près d’un million et demi de Palestiniens. Sans ressources naturelles. Sans possibilité d’en sortir : « Quand les militaires m’ont laissé entrer, ce qui m’a frappé, c’était le vide. Personne derrière les grands tourniquets, personne en train d’attendre. J’ai traversé toute seule l’interminable couloir qui aboutit côté palestinien. Je n’avais jamais vu ça : plus personne ne peut sortir ! ». Depuis le 25 juin dernier, les incursions et bombardements israéliens sont quotidiens. Bilan provisoire : 265 morts et 1250 blessés. Qui évoquerait aujourd’hui les espoirs de paix trompeurs soulevés par le retrait des 8000 colons israéliens de la bande de Gaza ? Trois mois après le retrait, l’armée inaugurait une technique de représailles collectives : faire voler des avions à basse altitude au-dessus de la vitesse du son. Les « bangs » supersoniques ont pulvérisé des milliers de fenêtres, endommagé des bâtiments, créé la panique générale et traumatisé les enfants.

A la fin de sa vie politique, Ariel Sharon, proposait de couper l’électricité dans toute la bande de Gaza. Aujourd’hui, « Durant la journée, les gens ont de l’électricité pendant environ six heures, puis celle-ci est coupée, explique Jessica. Mais la nuit, l’électricité est coupée pour tout le monde ! Ces coupures posent de très gros problèmes de conservation de la nourriture. Comme personne ne peut sortir, qu’aucune denrée ou marchandises ne rentre et que les commerces n’existent plus, de plus en plus d’habitants souffrent de la famine... ».

Olivier Mukuna (in Gri-Gri n°58)

Peau noire masques blancs...

«Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme.... » (Aimé Césaire) Hommage spécial à Fadela Amara, Rachida Dati et Rama Yade, si vous ne savez pas pourquoi elles le savent...

« Il ne faut pas essayer de fixer l'homme, puisque son destin est d'être lâché.
La densité de l'Histoire ne détermine aucun de mes actes. Je suis mon propre fondement.
Et c'est en dépassant la donnée historique, instrumentale, que j'introduis le cycle de ma liberté. Le malheur de l'homme de couleur est d'avoir été esclavagisé. Le malheur et l'inhumanité du Blanc sont d'avoir tué l'homme quelque part. Sont, encore aujourd'hui, d'organiser rationnellement cette déshumanisation. Mais moi, l'homme de couleur, dans la mesure où il me devient possible d'exister absolument, je n'ai pas le droit de me cantonner dans un monde de réparations rétroactives. Moi, l'homme de couleur, je ne veux qu'une chose : Que jamais l'instrument ne domine l'homme. Que cesse à jamais l'asservissement de l'homme par l'homme. C'est-à-dire de moi par un autre. Qu'il me soit permis de découvrir et de vouloir l'homme, où qu'il se trouve. Le nègre n'est pas. Pas plus que le Blanc. Tous deux ont à s'écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication. Avant de s'engager dans la voix positive, il y a pour la liberté un effort de désaliénation. Un homme, au début de son existence, est toujours congestionné, est noyé dans la contingence. Le malheur de l'homme est d'avoir été enfant. C'est par un effort de reprise sur soi et de dépouillement, c'est par une tension permanente de leur liberté que les hommes peuvent créer les conditions d'existence idéales d'un monde humain. Supériorité? Infériorité? Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l'autre, de sentir l'autre, de me révéler l'autre? Ma liberté ne m'est-elle donc pas donnée pour édifier le monde du Toi? A la fin de cet ouvrage, nous aimerions que l'on sente comme nous la dimension ouverte de toute conscience. Mon ultime prière : Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge! » (Peau noire, masques blancs, Frantz Fanon)

De quoi Bénédicte Charles est-elle le nom ?

Vous connaissiez « l’homme aux rats », dont, Sarkozy, suivant Badiou, serait la dernière incarnation. Et bien voici, « la femme aux mouches ». Mais qui est ce prodige ? Elle s’appelle Bénédicte Charles, elle est journaliste à Marianne, après l'avoir été à Charlie Hebdo, elle s'est spécialisée dans la chasse aux complots, à l'exception notable de l'islamo-fascisme, doxa du début du XXIe siècle pourtant... Ce tropisme n’a rien d’universel, car il ne s’agit pas de n’importe quelle mouche, il s’agit de la Scatophaga stercoraria, qu'on appelle plus prosaïquement mouche à merde. A cela rien d’étonnant lorsqu’on trafique dans la matière fécale, il est normal qu’on attire ce type d'insectes. Il n’est qu’à lire le dernier article de notre Clytemnestre de chez Marianne, intitulé Les Indigènes créent un parti anti-«souchiens», pour s'en convaincre. Nous ne nous livrerons pas à une analyse de texte, nous n’aimons ni les cloaques ni les tentatives d'amalgames grossières, à coups d'insinuations aussi épaisses que fallacieuses. En petit chimiste, nous nous intéresserons plutôt à ses effets d’attraction élective. Affinités aussi manifestes qu'indubitables. Il n’est qu’à lire les commentaires de l’article sur Internet. The proof of the pudding is in the eating.... Que nous révèle-t-il ? Marianne, ma sœur Marianne ne vois-tu rien venir ? Le Républicanisme, façon Jean-François Kahn, est un ninisme, puisqu'il combat à la fois le gauchisme soixante-huitard et la mondialisation néolibérale (sic). Ce Républicanisme, singulière marchandise du monde politique français, plein d'ambigüité et de confusion, après une longue errance, c’est enfin trouvé. Parti de Chevènement, passé par le bayrouisme, il réalise enfin son essence et, finissant sa trajectoire, devient ce qu’il est. C’est-à-dire un compagnon de route, l'idiot utile, serveur de soupe du F.N. entre autres... Tel est le sens du vrombissement incessant et malsain du forum de Marianne. Les signes avant-coureurs, à qui savaient les voir, existaient déjà du temps de son directeur-créateur aussi centriste révolutionnaire, l'oxymoron est la manière la plus exquise d'habiller le vide, que postillonnant débatteur! Qui a dit « partout où il y a des immigrés, il a des ghettos et il se trouve qu’en France il en a beaucoup plus qu’ailleurs, mais on ne le sait pas… » ? Jean-marie Le Pen ? de Villiers? Sarkozy ? Eh bien non, c'est J.F.K. ! Qui ça étonne encore au pays de Gobineau et de Drumont? Qui ça étonne encore cette mauvaise odeur persistante, quand on connaît le nombre de cadavres qu'a cette si sainte République dans ses si nombreux placards? Et malheur à l'Oreste qui voudra aérer les lieux, à lui toutes les malédictions du monde. Car quand le sage montre le placard du doigts, l'idiot déploie ses ailes de mouche et hilare gravite autour du charnier, c'est pour lui jour de fête... Qui a dit qu'on n'attirait pas les mouches avec du vinaigre? Car de ce type de mouches Bénédicte Charles, pourfendeuse de thermomètres de son état, est autant la maîtresse inspirée que la muse inspiratrice. Elle est la « femme aux mouches », qui pourrait en douter...

Messieurs les nazillons merci !

Nous n'en attendions pas tant. Voici que toute la galaxie nazillonne françaouie, enfin unanime, rend hommage, à sa manière, à notre marche du 8 mai. Et donc à nous les Indigènes de France, de Navarre et même de Belgique, youppie ! Et le panel est large, il va des Identitaires au vieux Cyclope de Saint-Cloud. Quelle chance nous avons... Pour ce qui est des Identitaires, ces symptômes de la postmodernité avancée!, et leur identité bubble gum, façon Walt Disney, nous savons pertinemment que derrière leur rêve de chevaliers de la Table ronde se cache cette triste réalité, ce sont des descendants de gueux crevards du Moyen Age, dans le meilleur des cas, qui s'inventent un passé de substitution qui ressemble à un parc à thèmes. Pour résumé, un Identitaire authentique c'est une synthèse bancale de Don Quichotte et Sancho Pança qui consommerait du camembert, en solde, de chez Carrefour... Pour ce qui est de J.-M. Le Pen, malgré son passé algérien chargé, à l'ombre de la gègène, malgré le FN, refuge pour "mimiles" qui aiment à balancer les marocains dans la Seine, nous sommes attristés, nous qui, en esthète, savourions les qualités de bretteur du vieux cyclope, son verbe haut (jamais à l'abri du dérapage bien sûr !), la persévérance dans son être de salaud patenté (le plus viel homme politique français tout de même!), une culture classique irréprochable, la bêtise de ses ennemis, dont certains se disent de gauche, parfois plus détestables que lui... Le piquant de l'affaire, c'est que le diable Le Pen, lui qui a été tout à la fois l'épouvantail universel et le lampiste du racisme structurel français, un exorcisme sur patte, depuis près de trente ans, puisque son existence permettait de dédouaner la République de tout soupçon de celui-ci, c'était sa principale fonction dans le champ politique français, se met à diaboliser plus mal loti que lui, ainsi va l'homme du ressentiment... Mais cela manque définitivement d'élégance, tout borgne et paratonnerre breton qu'il soit, même si le paquebot FN prend l'eau de toute part, il eut été plus classieux de s'en prendre à celui qui l'a truandé de ses thématiques les plus malsaines, bien sûr celui-là siège à l'Elysée avec ses blingblingueries, pourtant là est son chemin de croix véritable et son Dien Bien Phu de tous les instants...Quoi qu'il en soit, un hommage est un hommage, messieurs les nazillons merci !

L'Histoire, ça sert à faire la guerre !

Qu'ont en commun Les traites négrières. Essai d'histoire globale de Pétré-Grenouilleau et Aristote au Mont Saint-Michel de Sylvain Gouguenheim? Eh bien, ils participent de ce révisionnisme ambiant, qui est tout sauf fortuit ; révisionnisme légitime qui concerne des sujets très particuliers (que sont l'esclavagisme et l'Islam... ). Ils se destinent à favoriser l'Occident pride, qui n'en finit pas de défiler ces dernières années (merci Bruckner !). Le fil conducteur de ces historiens à gage : réécrivons l'Histoire à notre avantage ou faisons table rase du passé, pour que nous puissions recommencer en toute bonne conscience nos bonnes vieilles barbaries ...

Qu’un essayiste aligne les approximations sur les Arabes et sur l’Islam comme on enfile des perles, n’a malheureusement rien de très original. C’est même plutôt conforme à l’air du temps, tant il est facile de se bâtir une fulgurante renommée médiatique en sortant quelques propos islamophobes, présentés comme du « politiquement incorrect ». Les exemples pullulent. En revanche qu’un médiéviste reconnu comme Sylvain Gouguenheim, professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, se laisse aller au pamphlet et reprenne des inepties comme « La curiosité envers l’autre est une attitude typiquement européenne, rare hors d’Europe, et exceptionnelle en Islam » (citation empruntée à l’universitaire Rémi Brague, p. 167) ou encore, à l’emporte-pièce : « On ne peut à la fois suivre Jésus et Mahomet (…) L’altérité conflictuelle entre chrétiens et musulmans pose le problème des identités respectives des deux civilisations » (p .168), voilà qui intrigue.

Ces deux exemples, parmi d’autres, sont extraits d’ Aristote au Mont Saint-Michel de Sylvain Gouguenheim. Un livre qui ne cesse de faire des vagues depuis qu’un article de Roger Pol-Droit dans Le Monde a braqué, de manière flatteuse, le projecteur sur cet essai. Qu’affirme en substance Gouguenheim ? Il dénie le rôle qu’on accorde généralement aux Arabes dans la transmission, au Moyen Age, du savoir grec à l’Europe. Il met en avant l’apport des Chrétiens d’Orient et considère que la civilisation islamique se serait avérée quasiment incapable d’assimiler l’héritage grec. Bref, si l’Europe chrétienne a renoué au Moyen Age avec ses racines helleniques, elle le devrait davantage à Jacques de Venise, un grand traducteur d’Aristote, et aux moines de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, qu’aux grands intellectuels Arabes musulmans de « l'lslam des Lumières ».

Plus vite qu’un cheval au galop et que la marée montante du Mont Saint-Michel, le livre est devenu, en quelques semaines, un phénomène. Il est aujourd’hui quasiment introuvable (4 000 exemplaires ont été mis en librairie, d’après Le Seuil) et en réimpression. Les pétitions d’historiens et d’universitaires s’amoncellent. Pour les médiévistes Gabriel Martinez-Gros et Julien Loiseau, ce livre « nie obstinément ce qu’un siècle et demi de recherche a patiemment établi ». Quant au très respecté Alain de Libera, professeur à l’université de Genève et Directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, il fulmine mais n’a pas perdu son sens de l’humour : « L’hypothèse du Mont-saint-Michel, chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin hâtivement célébrée par l’islamophobie ordinaire, a autant d’importance que la réévaluation du rôle de l’authentique Mère Poulard dans l’histoire de l’omelette ». Et de conclure : « Cette Europe-là n’est pas la mienne. Je la laisse au ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale et aux caves du Vatican. »

Comment une prestigieuse maison d’édition comme Le Seuil, a-t-elle pu accueillir dans « L’univers historique », l’une des ses collections de référence, un essai aussi approximatif, déclenchant la colère légitime des spécialistes ? « Je n’ai pas à me justifier ! On n’est pas au temps de l’inquisition ! » rétorque Laurence Devillairs, la directrice de collection, qui s’insurge contre les universitaires pétitionnaires dont certains « ont eu le culot de signer sans lire le livre… pour ensuite me demander l’ouvrage ! ». Plus sérieusement, l’éditrice défend ce « livre pamphlétaire » dont elle savait bien « qu’il allait faire débat » : « Je ne suis pas allée chercher un inconnu. Sylvain Gouguenheim est un médiéviste reconnu. Je souhaitais ouvrir le débat sur cette intéressante question des racines grecques de l’Europe. Les universitaires nous répondent aujourd’hui par l’anathème, évoquent la récupération du livre par des sites islamophobes, au lieu d’engager le débat sur le fond. Je ne dis pas que ce livre est parfait – quel ouvrage peut l’être ? – et je ne suis pas là pour imposer je ne sais quelle école de pensée . Si demain, on me présente un autre manuscrit intéressant, un livre avançant des thèses tout à fait différentes, je suis toute disposée à le publier… » Certes. Mais pourquoi avoir légitimé dans cette collection de référence une thèse qui nourrit – même si Gouguenheim, s’en défend – le choc des civilisations ?

Thierry Leclère

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Bon baiser de '68 !

Alors qu’aujourd’hui en France, un haut fonctionnaire, Gautier Béranger, d’un ministère plus que douteux, qui est la manifestation "décomplexée" d'un racisme d'État, peut insulter de "sale noir" un travailleur de Carrefour (Pierre-Damien Kitenge) en toute impunité, le 29 avril 1968, à Paris, de nombreux intellectuels, parmi lesquels Jean Paul Sartre, Daniel Guérin, Ted Joans poète de la Beat Generation, James Foreman dirigeant du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), Joby Fanon frère de Frantz Fanon, Nicolas Boulte dirigeant du Comité Viêt Nam National, Julia Wright fille de Richard Wright, écrivain afro-américain et Aimé Césaire, se mobilisaient pour les Black Panthers. Soit deux événements situés à quarante ans de distance, autre temps autres mœurs, il doit sans doute s’agir là de progrès

L'homme politique et poète Aimé Césaire vient de disparaître. Il y a 40 ans, le 29 avril 1968, ce militant anti-colonialiste participait à un meeting de solidarité avec le mouvement américain des Black Panthers, à la salle de la Mutualité à Paris. Après l'assassinat, le 4 avril 1968, de Martin Luther King, le 7 avril 1968 c'est au tour du plus jeune des "Black Panthers", Bobby Hutton, 17 ans, d'être tué par la police de Oakland au cours d'une fusillade. Une véritable tuerie policière, où 50 agents arrosèrent pendant 90 minutes l'immeuble où s'étaient réfugiés deux militants des Black Panthers, dont Bobby Hutton. Ce dernier, qui n'était pas armé, il faut le souligner, fut tué à sa sortie de l'immeuble, les mains en l'air, de 12 balles.

www.amnistia.net

Black Panthers - Huey!


Récit de voyage d'un Africain à Bruxelles, enfin de son aéroport...

Serge Fosso, un Camerounais résidant en France, se souviendra longtemps de son voyage manqué le 26 avril dernier. Il a eu la bonne idée d’effectuer le trajet Paris - Douala via Bruxelles. A l’aéroport de Zaventem où il devait embarquer, il a plutôt été malmené et gardé à vue pendant 11 heures. Cet incident fait suite à une série d'incidents qui ont émaillé l'actualité belge ces derniers jours... Nous qui pensions naïvement, comme ces dockers américains (10.000 tout de même !), que le 1er Mai célébrait le caractère internationaliste des luttes sociales !

Petit compte rendu de l'intéressé lui-même:

Nous sommes le 26.04.2008, je me rends au Cameroun pour mes vacances. Je pars de Clichy à 5:30 en taxi pour CDG1. Je pars de Paris à 7:40 pour Bruxelles avec un vol SN Bruxelles Air Lines et doit prendre la correspondance pour Douala à 10:40 à l’aéroport de Bruxelles.

Lors de mon entrée dans l'avion entre 10:00 et 10:45, je suis bien accueilli par les hôtesses, je vais rejoindre mon siège, le N° 41H qui se trouve vers le fond de l'avion, à 5 ou 6 rangées de mon siège. Lorsque j'y arrive, il y a au fond de l'engin à la dernière rangée des hommes habillés en ténue grise et qui essayent de maitriser un homme de couleur noire, [ Ebenizer Folefack Sontsa, âgé de 32 ans, qui s'est suicidé hier au centre fermé de Merksplas.]

Celui-ci se débat et crie : « Au secours, laissez moi, je ne veux pas partir».

Les hommes en gris essaient de l’empêcher de parler en l’étouffant. Le jeune homme se débat comme il peut et continue de crier car il y a sur lui 4 colosses en gris. D’autres policiers en civil ont établi un périmètre de sécurité et personne ne peut aller vers le lieu du drame qui se déroule sous nos yeux. Je me rends compte que c’est une expulsion, l’homme que l’on expulse est toujours maitrisé et étouffé et pousse des cris que l’on n’entend plus bien.

Je me souviens alors de Semira Adamu, une jeune nigériane qui était morte en septembre 1998, il y a 10 ans lors d’une expulsion similaire à celle qui se déroule sous mes yeux dans un avion Sabena. Que dois-je faire ? Rester sans rien dire comme les autres ? Agir ? En tant que militant des droits de l’homme et des étrangers, je me lève, interpelle l’hôtesse la plus proche de moi proteste en lui disant fermement et à voix haute que ceci est un vol commercial et que je ne saurai voyager dans ces conditions.

D’autres passagers jusque là restés calme se lèvent et protestent à leur tout. Je filme comme d’autres passagers la scène avec mon appareil photo. Devant cette protestation générale, les hommes en gris quittent l’avion avec leur passager. Quelques minutes plus tard, des policiers montent dans l’avion, trois personnes sont désignées par les policiers en civil, je suis parmi elles.

Les policiers nous demandent de quitter l’avion, lorsque je pose la question pourquoi, ils se jettent sur moi, menottes aux mains, coups par ci par là, je saigne, je suis trainé dans les couloirs de l’avion et puis dans les escaliers avant d’être jeter dans un fourgon de la police sans mes 2 valises en soute et ma petite valise de cabine. J’ai quelques bobos! sur le visage et les mains blessées par les menottes. De ce fourgon, je remarque qu’une policière a mon appareil photo dans la main et visionne certainement mon petit film de la scène de l’avion.

Une dure et longue journée commence pour moi sous les insultes et les maltraitances des policiers qui m’emmènent au cachot de l’aéroport de Bruxelles. A 13:35 la police nous libère, nous sommes 2 à ce moment un autre camerounais qui était dans la bande des trois expulsés et moi. Je n’ai plus vu le troisième, un homme de couleur blanche. Au moment de notre libération, la police nous informe que nous ne voyagerons plus pendant les six prochains mois avec la compagnie SN Bruxelles Air Lines.

A la question de savoir comment nous allons faire pour nous rendre au Cameroun, la police nous renvoie vers la compagnie. Avec mon compagnon d’infortune, nous nous y rendons. Nous demandons à rencontrer l’un des responsables de la compagnie, on nous indique que le responsable de la sécurité de la compagnie arrivera bientôt. Nous patientons, j’ai une pensée pour ma petite fille qui m’attend à Douala avec impatience et enthousiasme et qui certainement sera très déçu de ne pas me voir.

Je suis en colère, très en colère. La responsable de sécurité de la compagnie arrive et nous informe que nous avons tous les 2 étés fichés dans la liste noire (pas blanche) de la compagnie et ne pourrons plus voyager avec elle pendant les 6 prochains mois. Je lui demande alors comment nous faisons dans ce cas pour arriver à Douala. Elle m’indique que c’est à nous de voir et que la compagnie ne nous remboursera pas.

Après ces mots, ma colère monte, mon ton aussi, je signale a cette dame que je n’ai pas de problème si je ne voyageais plus jamais avec SN Bruxelles Air Line, mais que je souhaite rentrer à Paris et surtout me faire rembourser car la compagnie n’a pas rempli son contrat. Mon ton est haut mais courtois, les passants nous regardent, la dame appelle la police qui vient et me ramène cette fois seul au cachot.

J’y resterais jusqu’à 22:00 sans manger, ni boire et ni contacter ma famille. Mon neveu qui habite Mons est contacté, il arrive avec son épouse entre 21:00 et 22:00. Les policiers m’informent de leur présence et m’indiquent que je suis libre de rentrer avec eux. Je leur dis que je ne comprends pas pourquoi j’ai été en cellule toute la journée dans ces conditions et que je ne souhaite pas la quitter avant qu’une solution ne soit trouvée à mon problème : partir à Douala ou rentrer sur Paris et être remboursé.

Des explications se font de part et d’autres, les policiers souhaitent que je quitte la cellule et moi je souhaite y rester, ce qui visiblement ne les satisfait pas. Les policiers décident donc de me sortir de la cellule par la force, me remettent mes affaires, je refuse de les prendre. L’un d’entre eux me menace, me tient par le cou et me pousse hors de leurs bureaux et me balance mes affaires sur la figure, je m’en vais sans les ramasser.

Mon neveu et son épouse me rejoignent. Je suis une fois de plus en colère, très en colère de tout ce qui se passent. Je leurs demande de rentrer à la maison, ils refusent évidemment. L’épouse de mon neveu va voir l’un des policiers qui lui donne mes affaires et des informations sur les démarches que je devrais faire. Elle revient avec mes affaires, il y manque mes lunettes de soleil Ray Ban et en plus la vidéo de la scène tournée dans l’avion a été effacée de mon appareil photo, sûrement par les policiers qui m’ont interpellé.

Une preuve vient d’être détruite, heureusement pas toutes car d’autres passagers ont filmé la scène. Je suis toujours en colère, très en colère, je pense à ma petite fille pour qui j’ai exceptionnellement pris mes congés, je suis en colère parce que ces derniers jours ont été éprouvants professionnellement, physiquement et moralement. Je suis en colère, très en colère moi qui suis pourtant du genre calme, courtois et surtout pas violent.

Or toute cette journée, j’ai été traité avec mépris et violence parce que j’ai été un moment la bouche d’un malheur qui n’avait point de bouche, parce qu’en protestant dans l’avion, je suis allé au secours d’un être humain qui était maltraité et qui demandait du secours. Je suis en colère parce que je suis fatigué et que je souhaitais prendre quelques semaines de repos et aller passer du temps avec ma petite fille.

Je ne sais pas quand et comment je me rendrai au Cameroun. Je ne sais pas au moment où je vous écris où sont mes valises. Avec patience mon neveu et son épouse mon convaincu de les accompagner chez eux à Mons. Nous avons demandé une attestation indiquant que j’étais en cellule de 11:00 à 22:00, le policier de faction a eu la gentillesse de m’en donner une en Néerlandais.

Nous sommes arrivés à Mons peu après minuit. J’avais des douleurs partout, sur le visage, les bras, les doigts au dos et une très grosse faim, j’ai mangé sans appétit et je suis allé me coucher. Ce matin, je suis un peu plus calme, j’ai encore quelques douleurs aux doigts, aux bras et au visage. Je vais me rendre à Bruxelles pour me faire signifier officiellement que je suis sur la liste NOIRE de la compagnie, que je ne voyagerai plus avec cette compagnie et que je ne serai pas remboursé.

J’espère également retrouver mes valises dans l’état où je les avais confié à la compagnie. Une autre dure journée va commencer, comment se terminera-t-elle ? Je n’en sais pas grand-chose pour le moment. Je peux simplement préjuger qu’elle ne sera pas facile car je ne compte pas laisser passer cette histoire sans réagir. Je vais faire un appel à témoins et engager une action contre SN Bruxelles Air lines. On en reparlera...

Camer.be

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Roma caput mundi...

«Néo», «post», «crypto»... Pour ceux qui font semblant de ne pas le voir, voici encore une manifestation éloquente du « devenir européen » qui s'annonce. Il s'exprime aujourd'hui, entre autres, par un poujadisme crasse et un europécentrisme maladif... Ce devenir, comme on le sait, n'a apporté que de la joie et du bonheur à l'humanité du XXe siècle. Ave Berlusconi !

L'arrivée de Gianni Alemanno au Campidoglio, la mairie de Rome, constitue une première dans l'histoire de la République italienne. Ce n'est certes pas la première fois que le plus haut magistrat de la Ville éternelle appartient à la droite. Il a fallu attendre 1993 et l'élection de Francesco Rutelli, le candidat malheureux de cette année, pour que la gauche l'emporte sur la Démocratie chrétienne. Mais, depuis la chute de Mussolini, en 1943, les maires de Rome venaient tous de ce qu'il était convenu d'appeler l'"arc constitutionnel", c'est-à-dire les partis ayant participé à la Résistance et à la fondation, en 1946, de la République. L'éventail allait des démocrates-chrétiens aux libéraux, aux socialistes et aux communistes.

M. Alemanno n'appartient pas à cette famille. C'est un ancien dirigeant des jeunesses du Mouvement social italien (néofasciste), qui, pendant des années, a rassemblé les nostalgiques du Duce et leurs héritiers. Sans doute, le nouveau maire de Rome a suivi son chef, Gianfranco Fini, dans sa marche vers la respectabilité républicaine, qui l'a fait passer de la vénération des emblèmes mussoliniens à un poste ministériel. Il doit sa victoire moins à ses anciennes convictions idéologiques qu'à la faible mobilisation de la gauche, sonnée par sa défaite aux récentes élections législatives.

Une tradition n'en est pas moins rompue au moment même où, le 25 avril, l'Italie célébrait, comme chaque année, sa Libération. Et, comme chaque année, cette fête a donné lieu à des polémiques entre une gauche qui a du mal à se défaire des mythes de la Résistance et une droite berlusconienne qui, acharnée à dénigrer la gauche et à saper la légitimité historique de celle-ci, va jusqu'à réhabiliter les "enfants égarés" du postfascisme.

Avec le retour de Silvio Berlusconi au pouvoir, l'élection à la mairie de Rome d'un ancien néofasciste et l'apparition au Parlement de deux partis qui prétendent dépasser le traditionnel clivage gauche-droite, une période de l'histoire italienne se clôt vraiment. Celle où, par-delà les rivalités partisanes, l'antifascisme était le ciment de la société politique. Soixante-cinq ans après la chute de Mussolini, c'est inévitable et, peut-être, souhaitable, à condition que l'absence de conscience historique ne se substitue pas au mythe.

Le Monde