Saviez-vous que, depuis belle lurette, il existe un axe Paris-Bruxelles aussi antisémite que négrophobe...Hergé, dans son univers dessiné, aurait-il volontairement puisé dans le pamphlet Célinien, pour châtier le langage de son vibrionnant personnage de jurons à la fois barbaresques et cacophoniques, à portée plus antisémite que Dadaïste? Prudent, l’intéressé se confine dans l’hypothèse qui le mettrait à l’abri de toute allégation qui induirait l’auteur de Tintin en antisémite inhibé. Cependant, il garde entrouverte la porte d’une possible compromission, compte tenu du contexte historique trouble, du rôle et de l’influence de certains personnages ascendants, mouvances et cercles d’intellectuels bruxellois de l’extrême, qui auraient contribués à dévier la conduite pourtant irréprochable d’un Hergé urbain, naïf ( ?) et plus que lisse.
Á moins que le concerné ne fut un Janus à masques, doué d’une conscience gigogne, à double fond, propice à la culture et à l’élevage in-vitro, d’idées vomitives et de principes sulfureux, que Céline, lui, avait enfourchés au mépris de toute éthique avec un épanchement folklorique des plus attractifs.
Aux dires d’Emile Brami, l’apparition du personnage du capitaine Haddock débuterait en 1940 dans «Le crabe aux pinces d’or» publié dans « Le Soir volé» alors entre les mains des collaborationnistes belges et de la propagande allemande, Le porte-jurons aurait en effet été engendré pendant la publication de «Bagatelles pour un massacre» en circulation alors dans le microcosme intellectuel bruxellois d’obédience antisémite. Ce qui justifierait peut-être l’émulation et l’emprunt des invectives.
Faut-il rappeler que chez tout créateur, il y a une propension et une tendance à la « Kleptomanie artistique et littéraire » et surtout à l’auto projection, autant dire l’auto identification au travers de l’œuvre ou des personnages : «Je n'ai découvert qu'assez tard qu'en fait Tintin c'était moi et que j'avais incarné en lui tous mes rêves d'héroïsme» (2). Hergé, sans forcer sur la psychologie de comptoir, serait-il à la fois ce petit «boy-scout» à houppe, imprégné de valeurs et de fraternité, allant au devant du monde et des cultures, et simultanément ce marin des «eaux fortes» débraillé, cyclothymique et trivial?
Tout permet de le supposer, et rien ne le prouve au jugé de l’hygiénisme graphique qui vaudra à Hergé, la paternité de la ligne claire (et celle occultée et sombre d’un Jacques Van Melekebeke, scénariste), qui fera école plus tard, mais de son propre aveu même, il se reconnaît toutefois un besoin d’extériorisation (3) dans la peau et au travers des invectives frelatées et équivoques du capitaine Haddock, « Haddock, c'est moi quand j'ai besoin de n'extérioriser». Lubie carnavalesque schizoïde, antisémitisme refoulé ou tout simplement recherche cacophonique pittoresque ? On est presque tenté par cette dernière hypothèse acoustique, car désacraliser le bonhomme aujourd’hui, équivaudrait à brûler tous les bonheurs de l’enfance et de la jeunesse auxquels il aura contribué de manière universelle que beaucoup lui envient aujourd’hui. Espérons que cette ombre au tableau, n’altèrera pas la part de rêves et ne sabordera pas toutes les joies et nostalgies d’antan, que ce n’était là qu’un simple fourvoiement de circonstances, une maladresse. Au travers de la biographie de Pierre Assouline, il en ressort qu’Hergé était complètement obnubilé par son travail et investi dans son entreprise - les ventes des albums de Tintin pendant la guerre sont passés de 34 000 exemplaires en 1939, à 324 000 entre 1940 et 1945 - au point de faire abstraction de tout ce qui se passait autour de lui. Aussi lorsque son proche collaborateur Jacques Martin, lui fit part de l’horreur côtoyée, et celle endurée par les détenus des camps, lors de son service du travail obligatoire pendant deux ans à Augsbourg, il y croit à peine « Tu as mauvaise mémoire, tu as été impressionné, tu as mal vu… Et d’abord, comment sais-tu que c’étaient des Juifs ? C’étaient sûrement des droits communs » (4)En réalité, ce qui importait Hergé c’était d’abord son œuvre qu’il privilégiait avec une manie égotique avant toute autre chose, c’est à peine s’il était au fait des tragiques événements qui secouaient le monde ou du moins s’arrangeait-il pour ne pas le savoir. Renvoyant selon l’expression d’Assouline « dos à dos » les belligérants des deux camps avec une solennité qui frise le risible « J’avoue ne pas comprendre. Quant à moi, j’appartiens au bord de ceux qui pratiquent leur métier avec le plus de conscience possible, et je salue toutes les victimes de la guerre, à quelque bord qu’elles appartiennent.» Sinon comment expliquer son inconsciente attitude, à continuer à travailler de manière assidue pour le Soir volé » lorsque d’autres dessinateurs avaient mis un point d’honneur et pris le parti de « casser leurs plumes » ?. Cette implication, considérée comme collaborationnistes par ses détracteurs, lui vaudra beaucoup de ressentiments de la part de ses derniers, frustrés et dépités de ne pas le voir balancer au bout d’une corde à la libération comme tant d’autres. Hergé sortira blanchi mais amer de cette épreuve, aucune charge n’est retenue contre lui. L’affaire sera classée sans suite le 22 décembre 1945, à une semaine près de l’assassinat de Robert Denoël à Paris.
Á supposer Hergé capable ou coupable de duplicité et d’antisémitisme larvé, que penser alors de Shakespeare, de Voltaire, de Dante ou de Lovecraft… Et si d’aventure on passait toute la littérature occidentale au tamis, depuis les Croisades jusqu’aux orientalistes d’aujourd’hui, fabricants de clichés et d’imaginaires, pour voir à quoi ressemble l’image de l’Arabe musulman? Sans faire honneur ni à National Hebdo ou Charlie Hebdo.Céline qui était sujet à d’obscures amertumes et à de fielleuses déceptions comme le sont tous les racistes, vomissait tout le monde et sans exception, et se vomissait sur lui même, trait à sa personnalité complexe animée par une dualité hybride à la fois ingénieuse et immonde (5).
Alors, Hergé se serait-il nourri de l’œuvre Célinienne à notre insu ? Benoît Peeters (6) est catégorique, Hergé n’était pas un inconditionnel de la grande littérature, moins encore de l’antisémite - même s’il avait commis avant guerre quelques articles douteux sur le sujet, pour « le Petit Vingtième » dont le propriétaire n’était autre que l’influent Abbé Wallez, son mentor - au point de lire un auteur comme Céline, qui était à l’opposé d’un Henry de Montherlant qu’il affectionnait par contre beaucoup. Hormis le « National Geographic » et « le Crapouillot » pour se documenter, il ne lisait pas grand chose. Quant à sa correspondance avec l’écrivain et journaliste Liègeois Robert Poulet (Handji), elle ne fait aucune référence à Céline (qui en avait brossé un portrait peu flatteur dans « Rigodon »). Robert Poulet en retour lui rend la politesse en ces termes : « le personnage de Céline était la superposition d'une extrême audace d'imagination et d'une couardise physique à peu près illimitée. »
S’il est un trait commun entre ce dernier et Hergé, c’est que les deux n’ont jamais collaboré avec l’occupant allemand. Et si d’aventure Hergé aurait vraiment puisé dans le sulfureux pamphlet, gageons que ce n’est point à des fins diffamatoires occultes, mais pour un usage à la fois visuel et graphique à consonance exotique.
Toutes ces approximations, restent bien sûr à vérifier. Le problème c’est que Hergé n’est plus là pour se justifier ni pour renvoyer dos à dos Emile Brami et Pierre Assouline réunis.
(1) Émile Brami, Écrivain, Libraire. Enquête Jérôme Dupuis. Lire, juillet 2004
(2) La libre Belgique, 1973
(3) Numa Sadoul, Entretiens avec Hergé, 1971
(4)- Hergé (Biographie). Pierre Assouline, page 204. Éditions Plon Paris - Plon - 1996 - 470 pages 155 x 240 mm. Réédition : Paris - Gallimard Folio - 1998 - 821 pages - 110 x 180 mm.
(5) « C’est pas vrai ! La race, ce que t'appelles comme ça, c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceaux, transis qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde, ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C'est ça la France et puis c’est ça les français.» (in « Voyage au bout de la nuit », 54ème édition, Denoël et Steele, Paris, 1932)
(6) Benoît Peeters, Biographe, Scénariste
Mohamed Marhoum

2 commentaires:
Il ne vous faut pas grand chose pour considérer quelqu'un comme antisémite.
C'est le comble! pour un adepte de "la ligne claire"qui ne sait même pas lire entre les lignes!
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