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Chronique d'un effondrement annoncé...

La fable des abeilles de Mandeville comme féerie, l’autorégulation des marchés comme mythologie, la concurrence libre et non faussée comme métaphysique, la maximisation des profits comme précepte, la marchandise comme fétichisme, la croissance comme idole, l'homo economicus comme divinité cachée, la confiance des marchés comme espérance... Qui a dit que, de ce côté de la planète, nous vivions dans un monde sans sacré ? Le millénarisme ne se trouve, peut-être, pas là on l'on croit... Il est plaisant d'être au première loge et d'assister au spectacle d'un effondrement financier sans précédent. Le « crise systémique» circus et ses joyeux drilles sont en ville... Il est jouissif de voir des margoulins arrogants, plus menteurs que des arracheurs de dents, armés de modèles mathématiques comme d'un sabre de bois, avaler leur chapeau et se retourner comme des crêpes, avant d'effectuer la grande descente finale... Mais principe de réalité oblige, une fois finie la franche rigolade, il y a tout lieu de croire que nous serons tous aspirés dans le vortex, nous aurons droit, nous aussi, au grand saut, les indigènes plus que les autres (Avez-vous lu Gerard Noiriel? Qui c'est qui paye les pots cassés en temps de crise? Baisse des salaires, montée du chômage, politique de la rigueur, recrudescence du racisme…cela vous évoque-t-il quelque chose ?). Car synthèse de la figure du juif et de celle du métèque, goumiers de l'armée de réserve du capitalisme, surnuméraires des surnuméraires, de cet état nous avons l'habitude... L'économie-monde, cette conjonction de flux décodés, telle qu'elle existe aujourd'hui est née au XVIe siècle, au moment même où l'Europe se lançait dans l'aventure coloniale et la traite atlantique. Dindon un jour, dindon toujours...? Le capitalisme serait-il l'horizon indépassable de l'humanité? Et l'indigènat notre statut pour l'éternité? Peut-être est-il temps d'être à l'initiative pour la suite des événements? Peut-être...



2002

17 janvier. Début de la crise de l’électricité en Californie, où un million de foyers sont privés de courant, à la suite de la déréglementation de la production d’énergie.

26 mai. Le Congrès vote le plan de réduction des impôts (1 350 milliards de dollars sur onze ans) soumis par le président George W. Bush. 35 % des réductions bénéficient aux 1 % de contribuables les plus riches.

21 septembre. Plan de sauvetage des compagnies aériennes américaines après les attentats du 11-Septembre. L’industrie aéronautique annonce la suppression de près de 100 000 emplois.

2 décembre. Faillite de la société de courtage en énergie Enron (64 milliards de dollars d’actifs) à la suite de malversations comptables. Près de 7 000 employés seront licenciés.

11 décembre. Pour la onzième fois depuis le début de l’année, la Réserve fédérale baisse les taux d’intérêt. A 1,75 %, ils sont à leur plus bas niveau depuis 1961.

2002

11 janvier. Restructuration chez Ford : 35 000 emplois sont supprimés. 30 000 nouveaux emplois le seront en 2006.

22 janvier. Faillite de la chaîne de distribution Kmart (275 000 salariés).

8 mars. Le Congrès adopte un plan de relance économique de 60 milliards de dollars.

21 juillet. Le géant des télécommunications WorldCom (104 milliards de dollars d’actifs) dépose le bilan. C’est la plus grosse banqueroute (frauduleuse) de l’histoire.

1er novembre. La justice fédérale met un terme à la procédure antitrust lancée en 1997 par plusieurs Etats à l’encontre de Microsoft pour pratiques commerciales anticoncurrentielles.

2003

2 juin. L’autorité américaine de régulation de la communication (FCC) adopte une réforme qui favorise la concentration des médias. Devant la vague d’opposition populaire, la mesure sera rejetée par le Sénat en septembre.

2004

24 mars. Microsoft est condamné par la Commission européenne à une amende record de 497 millions d’euros pour abus de position dominante.

15 décembre. La croissance étant repartie, la Réserve fédérale relève le taux d’intérêt à 2,25 %.

2005. 12 avril. Le nouveau numéro un de l’acier, Mittal Steel, qui a racheté en octobre 2004 le groupe américain International Steel Group (ISG), indique qu’il procédera à 40 000 licenciements dans le monde au cours des cinq années suivantes.

15 avril. Les sociétés de crédit obtiennent une réforme de la loi sur les faillites personnelles. Elle pénalise surtout les personnes au chômage ou devant faire face à des dépenses médicales trop lourdes.

7 juin. General Motors annonce la suppression de 25 000 emplois aux Etats-Unis. Il avait fait savoir l’année précédente qu’il licencierait 12 000 personnes en Europe.

2005

26 juillet. Crise au sein de la centrale syndicale AFL-CIO : cinq organisations font scission pour former la coalition Changer pour gagner, qui entend se montrer plus militante.

2 septembre. Les ouvriers-mécaniciens de Boeing, jugeant « insultantes » les offres salariales de la direction, cessent le travail. Un accord est trouvé après trois semaines de grève.

20-23 décembre. A New York, les employés des transports urbains déclenchent une grève — illégale dans cet Etat —, pour protester contre le recul de 55 à 62 ans de l’âge de la retraite et le freinage de la progression des salaires. Le syndicat des cheminots est condamné à une lourde amende, mais les droits à la retraite sont préservés.

2006

2 janvier. Douze mineurs périssent dans l’explosion d’une mine de charbon en Virginie-Occidentale. Des violations répétées à la réglementation sur la sécurité y avaient été constatées en 2004 et 2005.

26 juillet. Après la polémique suscitée par la volonté de la société émiratie Dubai Ports World d’acquérir des terminaux portuaires américains, les Etats-Unis rendent plus restrictive la loi sur l’investissement étranger.

4 décembre. Rachat de la banque Mellon Financial par la Bank of New York. La fusion, conclue en juillet 2007, donnera naissance au numéro un mondial des services financiers. Près de 10 % des salariés des deux groupes seront victimes d’un plan de restructuration.

2007

13 février. Le département du commerce annonce un déficit commercial record : 763,6 milliards de dollars.

24 mai. Le Congrès — redevenu à majorité démocrate — augmente le salaire minimum (de 5,15 à 7,25 dollars de l’heure, étalé sur deux ans), pour la première fois depuis 1997. En contrepartie, les entreprises obtiennent une série d’exonérations fiscales.

Août. Début de la crise financière internationale liée à l’effondrement du marché américain des crédits immobiliers à risque.

24 septembre. Après l’échec des négociations avec General Motors concernant l’assurance-maladie et les retraites, le syndicat des travailleurs de l’automobile (UAW) lance une grève générale — la première depuis 1970. Un accord de principe est conclu deux jours plus tard.

3 octobre. M. Bush oppose son veto à une loi offrant une assurance-santé à plusieurs millions d’enfants dépourvus de couverture médicale, estimant qu’une telle loi reviendrait à mettre en place « un système de santé contrôlé par le gouvernement ».

13 novembre. Le fabricant automobile Chrysler, détenu par le fonds d’investissement Cerberus depuis trois mois, annonce qu’il supprimera 10 000 emplois en 2008, qui s’ajoutent aux 13 000 suppressions décidées en février par la direction précédente.

2008

13 février. M. Bush signe le plan de relance de l’économie américaine. Il prévoit notamment près de 150 milliards de dollars d’allègements fiscaux pour les particuliers et les entreprises.

12-13 juillet. La crise du marché immobilier conduit Washington à se porter au secours des deux principaux bailleurs de fonds américains, Fannie Mae et Freddie Mac, menacés d’effondrement.

28 juillet. Le Congrès vote un plan de sauvetage de l’immobilier américain pour secourir 400 000 propriétaires menacés de saisie.

7 septembre. Washington nationalise deux géants du crédit hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac. Coût potentiel : 200 milliards de dollars.

15 septembre. La banque d’affaires Lehman Brothers dépose le bilan, la Réserve fédérale refusant de la sauver. Bank of America acquiert Merrill Lynch.

19 septembre. Washington propose la reprise des « actifs toxiques » détenus par les banques. Coût estimé : 700 milliards de dollars.

29 septembre. La Chambre des Représentants rejette le plan de sauvetage de la finance américaine présenté par la Maison Blanche et soutenu par les deux principaux candidats à l’élection présidentielle. L’indicateur Dow Jones chute de 7%, sa plus forte baisse depuis le 11 septembre 2001.

Olivier pironet

Total soutien à la "Rumeur"...

Pourvoi en cassation du Ministère public ou le retour des Ernest Pinard du troisième millénaire (cfr. la déclaration de Maître Tricaud, avocat d’Hamé)... C'est ça la postmodernité, le bourgeois hargneux et buté du XIXe siècle, façon monsieur Thiers, avec les moyens techniques du XXIe siècle... En route pour la joie !

« Le champs est libre comme l'air, toujours le même calibre mes chers confrères, dans la main pour tuer et ne plus dissuader quelques fils de putains en travers de notre chemin. La coupe est pleine et oui on crache dans la soupe et sur les sales groupes, et que quelqu'un se la ramène. J'ai toujours pas retrouvé le sourire ni ce dancefloor de salopes, du rap et du r'n'b non stop. Ici le style et autant de scrupules qu'une maison d'arrêt qui brûle, c'est dire comme ça craint le pire, comme ça sert à rien de nous ralentir. Je peux encore vous surprendre car aucune stèle sera assez grande pour qui se branle sur nos séquelles comme des pucelles ou se rendent complices des parties de ball-trap de la police.

Pendant que la censure peine de tous ses efforts et que d'obscurs syndicats de porcs, en cas d'encombrantes bavures invoquent le coup du sort et nous convoquent leur état major.

Bref, rien de nouveau sous le soleil, les mêmes vieilles chiennes sur leurs vieilles piles d'oseille, ces bonnes vieilles lois pour nos bons vieux trous à rats, un extra cette fois, un trophée ces derniers mois. Une portée de gorets s'est coincée entre les mailles de mon filet, j'y ai même trouvé un code pénal à tranche dorée, expédié par voie d'huissier, avec tous les bravos de la place Beauvau. Le pompon, la cerise, je crois ma plus grosse prise, ça me changera des frises et de la bouillie pour chats qu'on sert en grande fête foraine républicaine. Ça m'inspire l'amour et la joie qui fait défaut à mes rengaines bien trop chargées de haine.

Encore du rap de fils d'immigrés étranger à leurs codes, pourtant si familier aux flics et à leurs brutales méthodes, au rang des non alignés, qualifiés d'infâmes diffamateurs, encore et trop d'honneur qui nous distingue des amateurs. C'est La Rumeur, quatre têtes à abattre, que les censeurs se rassurent, y'a pas que la mesure qu'on va battre. 2004 plein de haine, même interdit d'antenne, des centaines de détracteurs au cul que mon son préoccupe. Je suis de ces braises pas éteintes qui crament dans leurs enceintes ou dans les plaintes de ces fils de "tainp". Assis au banc des accusés puisque absent au banc des priorités, la parole arrachée par les minorités.» (La Rumeur, P.O.R.C.)

L'appel de soutien

Manifeste pour une relecture de l'Histoire coloniale belge - Collectif Mémoires Coloniales

A l’occasion du centenaire du legs de l’Etat Indépendant du Congo (EIC) en 1908, le COLLECTIF MEMOIRES COLONIALES en appelle à la relecture des faits historiques relatifs à l’époque léopoldienne et à la période ultérieure. Cette année 2008 offre à la Belgique l’opportunité d’ouvrir un débat public sur son passé avec le Congo. L’histoire coloniale, en effet, demeure tributaire de stéréotypes, de préjugés et d’assertions tronquées héritées d’une historiographie coloniale et post-coloniale complaisante à l’égard de Léopold II, des agents de la colonisation et des financiers ayant tiré profit de l’exploitation du pays. Nous souhaitons que cette commémoration puisse déboucher sur une analyse critique et lucide des faits coloniaux.

Constatant que la Belgique ne reconnaît pas les crimes commis à l’encontre du peuple congolais par le Roi Souverain de l’EIC,

Constatant que la Belgique ne reconnaît pas le pillage des ressources du Congo alors qu'il constitue l'un des fondements de la fortune royale, et qu'il a largement contribué à la prospérité économique de la Belgique,

Constatant que la Belgique considère comme légitime la dette du Congo et assujettit le peuple congolais à en rembourser la valeur augmentée des intérêts,

Constatant que la RDC est soumise aux diktats économiques et financiers des puissances étrangères et des Institutions financières internationales, sans que le peuple congolais puisse bénéficier des retombées de l’exploitation des richesses de leur pays,

Constatant que dans une tentative douteuse de réhabilitation de la colonisation, des historiens révisionnistes et européocentristes se font les chantres des bienfaits de la colonisation tout en déniant à l’Afrique de faire partie de l’histoire de l’humanité et en omettant d’évoquer les apports positifs aux métropoles coloniales comme l’effort de guerre des colonies et des protectorats,

Constatant que l’enseignement de l’histoire du Congo belge est largement lacunaire à tous les niveaux de l’institution scolaire,

Constatant que l’historiographie coloniale et ses avatars post-coloniaux rendent problématique le dialogue entre Belges et Congolais en raison des clichés, des préjugés non évacués et des assertions faussées toujours présentes dans la conscience collective,

Convaincus que l’histoire de la colonisation en Afrique centrale ne peut en aucun cas se limiter à celle des Européens pas plus qu’à celle des Belges au Congo,

Nous affirmons la nécessité d'une relecture globale de l'Histoire loin des idéologies complaisantes et des intérêts partisans et préconisons une écriture de l'Histoire soumise à la rigueur de la recherche historique.

Nous récusons la glorification des fameux pionniers de la colonisation au Congo dont certains se sont rendus coupables d’extorsions, d’exactions sanglantes voire de massacres et à qui sont pourtant dédiés des monuments en Belgique. Nous réclamons que soient apposées sur ces monuments des plaques rétablissant la vérité historique du rôle de chacun,

Nous demandons que de nouveaux monuments soient érigés à la gloire des figures oubliées.

Nous exigeons l’annulation sans condition de la dette extérieure du Congo.

Enfin, nous exigeons, en raisons des préjudices énoncés, que la Belgique et la monarchie présentent leurs excuses aux peuples congolais, et que celles-ci soient accompagnées d'une juste réparation.

Fait à Bruxelles, le 27 septembre 2008

Le Collectif « Mémoires coloniales » est composé de :

CADTM (Comité pour l’Annulation de la dette du Tiers Monde)
DIALOGUES DES PEUPLES
BARRICADE
OASIS N'DJILI ASBL
CASA NICARAGUA
HORLOGE DU SUD
MACEDOINE ASBL
LUCAS CATHERINE (Ecrivain)
MADELEINE PLOUMHANS (ATTAC Liège)
LAURENT D’URSEL (Collectif Manifestement)
CHRISTINE PAGNOULLE (chargée de cours – Université de Liège)
ANTOINE TSHITUNGU KONGOLO (Historien - Ecrivain)
GUY DE BOECK (Congo Forum)
LUDO DE WITTE (Historien- Ecrivain)
JACQUIE DEVER (Juriste)
THEOPHILE DE GIRAUD (Ecrivain)
KASONGO MALOBA DICKENS (Dialogue Afrique-Europe)
KAREL ARNAUT (anthropologue - Université de Gand)


"Un air de bouffonnerie lugubre..."



« Parfois un bateau venu de la côte donnait un contact momentané avec la réalité. Il avait des pagayeurs noirs. On leur voyait de loin luire le blanc des yeux. Ils criaient, ils chantaient, leurs corps ruisselaient de sueur ; ils avaient des visages comme des masques grotesques, ces types ; mais ils avaient des os, des muscles, une vitalité sauvage, une énergie intense de mouvement, qui étaient aussi naturels et vrais que la houle le long de leur côte. Ils n'avaient pas besoin d'excuse pour être là. C'était un grand réconfort de les regarder. Un moment, j'avais le sentiment d'appartenir encore à un monde de faits normaux ; mais il ne durait guère. Quelque chose survenait pour le chasser. Une fois, je me rappelle, nous sommes tombés sur un navire de guerre à l'ancre au large de la côte. On n'y voyait pas même une baraque, et ils bombardaient la brousse. Apparemment les Français faisaient une de leurs guerres dans ces parages. Le pavillon du navire pendait mou comme un chiffon ; les gueules des longs canons de six pouces pointaient partout de la coque basse ; la houle grasse, gluante le berçait paresseusement et le laissait retomber, balançant ses mâts grêles. Dans l'immensité vide de la terre, du ciel et de l'eau, il était là, incompréhensible, à tirer sur un continent. Boum ! partait un canon de six pouces ; une petite flamme jaillissait, puis disparaissait, une petite fumée blanche se dissipait, un petit projectile faisait un faible sifflement – et rien n'arrivait. Rien ne pouvait arriver. L'action avait quelque chose de fou, le spectacle un air de bouffonnerie lugubre, qui ne furent pas amoindris parce que quelqu'un à bord m'assura sérieusement qu'il y avait un camp d'indigènes – il disait ennemis ! – cachés quelque part hors de vue... » (Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres)

Le sarkozysme ou la mort mise à la portée des caniches...

« Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat…

- Oui, tout à fait lâche, Lola*, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.

- Mais c’est impossible de refuser la guerre, Ferdinand ! Il n’y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger...

- Alors vivent les fous et les lâches ! Ou plutôt survivent les fous et les lâches ! Vous souvenez-vous d’un seul nom par exemple, Lola, d’un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent ans ? ... Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ? ... Non, n’est-ce pas ? ... Vous n’avez jamais cherché ? Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse-papiers devant nous, que votre crotte du matin ... Voyez donc bien qu’ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! Je vous l’affirme ! La preuve est faite ! Il n’y a que la vie qui compte. Dans dix mille ans d’ici, je vous fais le pari que cette guerre, si remarquable qu’elle nous paraisse à présent, sera complètement oubliée... A peine si une douzaine d’érudits se chamailleront encore par-ci, par-là, à son occasion et à propos des dates des principales hécatombes dont elle fut illustrée... C’est tout ce que les hommes ont réussi jusqu’ici à trouver de mémorable au sujet les uns des autres à quelques siècles, à quelques années et même à quelques heures de distance...»

* Il est à remarquer que Lola est américaine...


L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit

Beau comme...

Beau comme la rencontre fortuite entre le « droopy de la littérature » et un philosophe à gage et à sigle… Beau comme l’alliance d’un littérateur sans estomac et d’un philosophe dont l’être est le néant… Beau comme la collaboration de deux baudruches éditoriales, dont l’œuvre réelle est la maîtrise d’un plan média… Beau comme la conjonction intéressée de deux islamophobes aussi calculateurs que sordides… Beau comme la communion du chantage à l’antisémitisme et de l’apologie de l’Extension du domaine de la pute chez les mineures du Tiers-monde… Beau comme la double déclinaison du « petit blanc », l’une comme volonté dépressive et l’autre comme représentation perpétuelle… Beau comme le croisement d’un littérateur sous prozak et d’un philosophe emballé sous vide… Beau comme l’amitié d’un Malraux d’opérette et d’un Céline asthmatique... Beau comme le rendez-vous de deux absences, l'une de consistance et d' engagement et l'autre d'une « petite musique »… Beau comme l’ affinité élective du champion du monde des entartés et du plus pleurnichard des adeptes d’un scientisme rédempteur… Beau comme la complémentarité postmoderne du retour au sacré et de l’obsession de la trique sous viagra… Beau comme la conjugaison d’un Torquemada médiatique et d’un immoraliste pour « mimile » qui se pique de littérature… Beau comme la lâcheté visqueuse d'un posthumain de pacotille et la vacuité grandiloquente d’un homo economicus soi-disant repenti… Beau comme la synthèse réussie de l’ « ère du vide » et de « la fatigue d’être soi »… Beau comme la convergence aussi peu hasardeuse que nécessaire, dans le cynisme contemporain, de deux troufions de l'Empire ! Qu'est-ce que cet opus majeur, ce deux en un magnifique, cet alpha et oméga du pipeau ? Il s'agit de l' Ennemis publics, dernier brouet pseudo-littéraire à la mode, enfin qui va le devenir..., buzz oblige, de deux ennemis intimes des Indigènes, que nous ne nommerons pas…

De la Palestine comme métaphore....

Il n’est pas que dans les « Pays du sud » que l’armée se destine essentiellement à un usage interne… Si, tout doucement, vous commencez à saisir la fonction réelle de toutes ces déclinaisons européennes du Patriot Act, eh bien, il vous faudra commencer comprendre à qui se destine, en dernière instance, cette nouvelle armée, qui vise à contrer les guérillas urbaines…Vous comprendrez alors que la Palestine avait été un énorme camp d'entrainement à ciel ouvert et qu'il n'y a qu'un seul monde !

« Le Pentagone travaille actuellement à refaçonner sa doctrine de manière à intégrer une guerre mondial à bas bruit d'une durée indéterminée contre les fractions criminalisées des pauvres urbains. Il est là, le vrai «choc des civilisations». La doctrine des MOUT (opération militaire en milieu urbain) est ainsi le stade ultime de l’Orientalisme, le point culminant d’une longue histoire de la définition de l’Occident par rapport à un Autre oriental fantasmatique. Cette idéologie duelle - aujourd’hui élevée au rang d’ « absolutisme moral » par l’administration Bush – repose sur la séparation entre d’un côté le « monde civilisé » - les villes de « chez nous » qui doivent être défendues et de l’autre, les « forces obscures», l’« axe du mal » et les « nids de terroristes » des villes islamiques, supposées entretenir les malfaiteurs qui menacent la vie, la prospérité et la démocratie du monde libre tout entier. Cette dialectique illusoire opposant les espaces urbains sécurisés et des espaces urbains démoniaques dicte à son tour le tempo d’un tout autre ballet, sinistre et incessant : nuit après nuit, des essaims d’hélicoptères de combat traquent leur ennemis dans les ruelles des bidonvilles et des quartiers de taudis, en déchaînant les flammes de l’enfer contre les baraques ou les voitures en fuites. Chaque matin, les bidonvilles répliquent par de nouveaux attentats suicides et de spectaculaires explosions. Si l’empire à la capacité de déployer des technologies orwelliennes de répression, ses exclus ont quant à eux les dieux du chaos dans leur camp... » (Mike Davis, Le pire des mondes possibles)

De l'argent...

Spéciale dédicace à la Lehman Brothers, Bear Stern, Merril Lynch..., divinités mystérieuses et dépensières, et aux Indigènes désargentés, tout en bas l'échelle, qui d'une manière ou d'une autre, vont payer la note finale de cette si belle aventure, dont la morale serait «privatisation des bénéfices , socialisation des pertes »...

« L’argent en possédant la qualité de tout acheter, en possédant la qualité de s'approprier tous les objets est donc l'objet comme possession éminente. L'universalité de sa qualité est la toute-puissance de son essence. Il passe donc pour tout-puissant... L'argent est l'entremetteur entre le besoin et l'objet, entre la vie et le moyen de subsistance de l'homme. Mais ce qui sert de moyen terme à ma vie, sert aussi de moyen terme à l'existence des autres hommes pour moi. C'est pour moi l'autre homme.

Ce qui grâce à l'argent est pour moi, ce que je peux payer, c'est-à-dire ce que l'argent peut acheter, je le suis moi-même, moi le possesseur de l'argent. Ma force est tout aussi grande qu'est la force de l'argent. Les qualités de l'argent sont mes qualités et mes forces essentielles - à moi son possesseur. Ce que je suis et ce que je peux n'est donc nullement déterminé par mon individualité. Je suis laid, mais je peux m'acheter la plus belle femme. Donc je ne suis pas laid, car l'effet de la laideur, sa force repoussante, est anéanti par l'argent. De par mon individualité, je suis perclus, mais l'argent me procure vingt-quatre pattes ; je ne suis donc pas perclus; je suis un homme mauvais, malhonnête, sans conscience, sans esprit, mais l'argent est vénéré, donc aussi son possesseur, l'argent est le bien suprême, donc son possesseur est bon, l'argent m'évite en outre la peine d'être malhonnête ; on me présume donc honnête; je suis sans esprit, mais l'argent est l'esprit réel de toutes choses, comment son possesseur pourrait-il ne pas avoir d'esprit ? De plus, il peut acheter les gens spirituels et celui qui possède la puissance sur les gens d'esprit n'est-il pas plus spirituel que l'homme d'esprit? Moi qui par l'argent peux tout ce à quoi aspire un cœur humain, est-ce que je ne possède pas tous les pouvoirs humains? Donc mon argent ne transforme-t-il pas toutes mes impuissances en leur contraire ?

Si j'ai envie d'un aliment ou si je veux prendre la chaise de poste, puisque je ne suis pas assez fort pour faire la route à pied, l'argent me procure l'aliment et la chaise de poste, c'est-à-dire qu'il transforme mes vœux d'êtres de la représentation qu'ils étaient, il les transfère de leur existence pensée, figurée, voulue, dans leur existence sensible, réelle; il les fait passer de la représentation à la vie, de l'être figuré à l'être réel. Jouant ce rôle de moyen terme, l'[argent] est la force vraiment créatrice.

La demande existe bien aussi pour celui qui n'a pas d'argent, mais sa demande est un pur être de la représentation qui sur moi, sur un tiers, sur les autres n'a pas d'effet, n'a pas d'existence, donc reste pour moi-même irréel, sans objet. La différence entre la demande effective, basée sur l'argent, et la demande sans effet, basée sur mon besoin, ma passion, mon désir, etc., est la différence entre l’être et la Pensée, entre la simple représentation existant en moi et la représentation telle qu'elle est pour moi en dehors de moi en tant qu'objet réel.

Si je n'ai pas d'argent pour voyager, je n'ai pas de besoin, c'est-à-dire de besoin réel et se réalisant de voyager. Si j'ai la vocation d'étudier mais que je n'ai pas l'argent pour le faire, je n'ai pas de vocation d'étudier, c'est-à-dire pas de vocation active, véritable. Par contre, si je n'ai réellement pas de vocation d'étudier, mais que j'en ai la volonté et l'argent, j'ai par-dessus le marché une vocation effective. L'argent, - moyen et pouvoir universels, extérieurs, qui ne viennent pas de l'homme en tant qu'homme et de la société humaine en tant que société, - moyen et pouvoir de convertir la représentation en réalité et la réalité en simple représentation, transforme tout aussi bien les forces essentielles réelles et naturelles de l'homme en représentation purement abstraite et par suite en imperfections, en chimères douloureuses, que d'autre part il transforme les imperfections et chimères réelles, les forces essentielles réellement impuissantes qui n'existent que dans l'imagination de l'individu, en forces essentielles réelles et en pouvoir. Déjà d'après cette définition, il est donc la perversion générale des individualités, qui les change en leur contraire et leur donne des qualités qui contredisent leurs qualités propres.

Il apparaît alors aussi comme cette puissance de perversion contre l'individu et contre les liens sociaux, etc., qui prétendent être des essences pour soi. Il transforme la fidélité en infidélité, l'amour en haine, la haine en amour, la vertu en vice, le vice en vertu, le valet en maître, le maître en valet, le crétinisme en intelligence, l'intelligence en crétinisme.

Comme l'argent, qui est le concept existant et se manifestant de la valeur, confond et échange toutes choses, il est la confusion et la permutation universelle de toutes choses, donc le monde à l'envers, la confusion et la permutation de toutes les qualités naturelles et humaines. Qui peut acheter le courage est courageux, même s'il est lâche....»

Marx

Le point de vue de Sirius...

«En cet empire, l'Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d'une seule Province occupait toute une Ville et la Carte de l'Empire toute une Province.(...). Moins passionnées pour l'Étude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elles l'abandonnèrent à l'Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l'Ouest, subsistent des Ruines très abîmées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent... » (Borges)

Le point de vue de Sirius, perspective de surplomb, aussi totalisante qu’omnisciente, aussi évaluatrice qu'objectivante, aussi panoptique que théorique, est la métaphore par excellence d’un «Occident» arrogant, dominateur et sûr de lui, oublieux de ce qu'il doit au reste du monde.... Car, si le point de vue de Sirius se réclame de Descartes, il représente surtout celui des bombardiers de Kandahar d'aujourdhui et de l'Hiroschima d'hier… Ironie de l'Histoire, le lieu, par excellence où l'on pouvait exercer celui-ci, en contemplant, d'un Oeil céleste, le monde du bas, c'était, d'après Michel de Certeau, le WTC.

« Être élevé au sommet du World Trade Center, c’est être enlevé à l’emprise de la ville. Le corps n’est plus enlacé par les rues qui le tournent et le retournent selon une loi anonyme ; ni possédé, joueur ou joué, par la rumeur de tant de différences et par la nervosité du trafic new-yorkais. Celui qui monte là-haut sort de la masse qui emporte et brasse en elle-même toute identité d’auteurs ou de spectateurs. Icare au-dessus de ces eaux, il peut ignorer les ruses de Dédale en des labyrinthes mobiles et sans fin. Son élévation le transfigure en voyeur. Elle le met à distance, elle mue en texte qu’on a devant soi, sous les yeux, le monde qui ensorcelait et dont on était « possédé ». Elle permet de lire, d’être un Œil solaire, un regard de dieu. Exaltation d’une pulsion scopique et gnostique. N’être que ce point voyant, c’est la fiction du savoir. Faudra-t-il ensuite retomber dans le sombre espace où circulent des foules qui, visibles d’en haut, en bas ne voient pas ? Chute d’Icare. Au 110e étage, une affiche, tel un Sphinx, propose une énigme au piéton un instant changé en visionnaire : It’s hard to be down when you’re up. ...» (*).

Le point de vue de Sirius, comme le WTC, n'est plus ce qu'il était, mais il a encore de beaux restes, songez seulement à l'hypertrophie du regard au détriment du corps, de l'écran plasma aux «minorités visibles»... Bien sûr, la période épique de la pulsion scopique et gnostique, qui fut surtout meurtrière, un très mauvais œil toujours à l'affut de cibles et d'objectifs, n’est plus - n’a-t-elle jamais été autre chose qu'un grand récit de légitimation? -, car Icare toujours resta le groin au sol, les démiurges à zapette et les titans du joystick d'aujourd'hui ne sont que de pauvres Dédale eux aussi, car ni eux ni personne n'est « à l'extérieur ou au dessus »(1), il n'y a qu'un «plan d'immanence» auquel nous appartenons tous, c'est peut être ça la vraie signification de ground zero... Que ces Icare d'opérette se méfient, car leurs lumières, qui est un wargame global où tout est balistique, ne les préservera pas longtemps de l'en bas, «sombre espace où circulent des foules », où les attendent les damnés de la terre... It’s hard to be down when you’re up...

(1)« Il n’existe pas de point vue extérieur à la réalité des relations entre les cultures, les forces impériales et non impériales, entre les différents Autres, un point de vue qui pourrait faire accéder au privilège épistémologique que constitue le fait de juger, d’évaluer, d’interpréter, en étant dégagé des entraves que sont les intérêts, émotions, engagements des relations en cours. Lorsque nous considérons les liens entre les Etats-Unis et le reste du monde, nous faisons partie intégrante de ces liens, nous ne nous situons ni à l’extérieur ni au dessus de ces liens…Si bien qu’il nous incombe de saisir notre rôle en tant que participant de cette réalité et non pas en tant qu’observateur extérieur et détaché… »(Edward Saïd, Réflexions sur l'exil et autres essais)

Yankees de mierda !

On le sait, aujourd'hui, lorsqu'on a l'outrecuidance, le mauvais goût, la vulgarité de critiquer l'Imperium d'à-présent, l'on a vite fait de faire de vous un braillard antisémite, puisque « l'anti-américanisme est la métaphore de l'antisémitisme », suivant le mot de l'inénarrable nanard... Pourtant lors des nombreuses crises, qui font les joies du monde moderne, que n’a-t-on entendu la question ingénue suivante « mais pourquoi nous haïssent-ils tant ? ». Et bien voici deux réponses. Elles proviennent de deux grandes figures intellectuelles américaines. Une haine de soi sans doute ?

Une vue générale : «Pendant des années, le gouvernement des États-Unis a mené une active politique d’intervention directe et annoncée dans les affaires de l’Amérique latine. Cuba, le Nicaragua, Panama, le Chili, le Guatemala, le Salvador, Grenade ont vu leur souveraineté bafouée par divers formes d’agression : guerre ouverte, coup d’état, subversion affichée, tentative d‘assassinat, financement d’armée « contra ». En Asie, les États-Unis ont livré deux grandes guerres, parrainé les offensives militaires massives d’un gouvernement « ami » qui ont causé des centaines de millions de morts (l’Indonésie au Timor Oriental), renversé des gouvernements (Iran, 1953) et soutenu des États dans des actions illégales menées en violation des résolutions des Nations unies et contraires à la politique américaine déclarée (Turquie, Israël). La version officielle est que les États-Unis défendent leurs intérêts, maintiennent l’ordre, font triompher la justice… » (Edward Saïd)

Un cas particulier : «... celui du Nicaragua, n’est pas discutable : il a en effet été tranché par la Cour internationale de justice de La Haye et par les Nations unies. Interrogez-vous pour savoir combien de fois ce précédent indiscutable d’une action terroriste à laquelle un Etat de droit a voulu répondre avec les moyens du droit a été évoqué par les commentateurs dominants. Il s’agissait pourtant d’un précédent encore plus extrême que les attentats du 11 septembre : la guerre de l’administration Reagan contre le Nicaragua provoqua 57 000 victimes, dont 29 000 morts, et la ruine d’un pays, peut-être de manière irréversible

A l’époque, le Nicaragua avait réagi. Non pas en faisant exploser des bombes à Washington, mais en saisissant la Cour de justice internationale. Elle trancha, le 27 juin 1986, dans le sens des autorités de Managua, condamnant l’« emploi illégal de la force » par les États-Unis (qui avaient miné les ports du Nicaragua) et mandant Washington de mettre fin au crime, sans oublier de payer des dommages et intérêts importants. Les Etats-Unis répliquèrent qu’ils ne se plieraient pas au jugement et qu’ils ne reconnaîtraient plus la juridiction de la Cour.

Le Nicaragua demanda alors au Conseil de sécurité des Nations unies l’adoption d’une résolution réclamant que tous les Etats respectent le droit international. Nul n’était cité en particulier, mais chacun avait compris. Les Etats-Unis opposèrent leur veto à cette résolution. A ce jour, ils sont ainsi le seul Etat qui ait été à la fois condamné par la Cour de justice internationale et qui se soit opposé à une résolution réclamant... le respect du droit international. Puis le Nicaragua se tourna vers l’Assemblée générale des Nations unies. La résolution qu’il proposa ne rencontra que trois oppositions : les États-Unis, Israël et El Salvador. L’année suivante, le Nicaragua réclama le vote de la même résolution. Cette fois, seul Israël soutint la cause de l’administration Reagan. A ce stade, le Nicaragua ne disposait plus d’aucun moyen de droit. Tous avaient échoué dans un monde régi par la force. Ce précédent ne fait aucun doute. Combien de fois en avons-nous parlé à l’université, dans les journaux ?» (Noam Chomsky)

Conclusion : C'est sûr le mot de Cambronne s'impose, même dans la langue de Cervantès...

Casino society !

"Nous sommes habitués à cette hypocrisie. Les banques rejettent toute suggestion visant à les soumettre à une règlementation, repoussent toute proposition de mesures anti-trust - mais lorsque les problèmes surgissent elles demandent subitement l’intervention de l’Etat : elles doivent être renflouées car elles sont trop grosses, trop importantes, pour pouvoir faillir." (Joseph Stiglitz)

Première à ouvrir le bal l'été denier, Northern Rock. La banque de Newcastle reçut l'aide de la Banque d'Angleterre. Verdict : nationalisation... "temporaire" s'empresse-t-on de rajouter au pays de la liberté économique. Puis l'impensable ! Aux États-Unis, au coeur de l'église de la "concurrence libre et non faussée", sur l'autel de la cathédrale de la dérégulation, la FED décide de rattraper la 5ème banque d'investissement du pays par le col, avant qu'elle ne s'écrase définitivement. Bear Stearns survivra donc grâce à l'intervention de l'État américain, qui assure le temps de trouver un repreneur. Puis, Citigroup, UBS et Morgan Stanley sont recapitalisés en urgence par des fonds souverains d'État. Et aujourd'hui, Freddie Mac, Fannie Mae sont nationalisés. Merrill Lynch est rachetée in extremis et Washington Mutual et AIG sont en état de quasi-faillite, tandis que Lehman Brothers, qui avait commencé dans le négoce du coton il y a 158 ans, l'est ! Les plus grosses banques d'affaire et réassureurs, en somme... Allo, la FED ?

Avis de tempête sur le patronat "banques et assurances". Des mises en examen en série pour "gestion calamiteuse", "mise en danger de l'économie mondiale" et "non respect des règlements bancaires en matière d'emprunts hypothécaires"... ? Que nenni ! Entre 500 et 1000 milliards de dollars se seront évaporés en quelques mois, selon qu'on y ajoute les fonds publics, un minimum, des dizaines de milliers de personnes jetées à la rue, pour cause d'inconséquence économique de quelques centaines de hauts responsables de quelques banques et assurances peu regardantes. Mais au royaume du total-libéralisme, tout va bien. Aucune faute de gestion n'est à signaler... C'est la faute à la crise. Crise économique, crise financière, crise immobilière, appelez-la comme il vous plaira. Il ne s'agit que d'un aléa du sacro-saint Marché. Dont acte !

Qu'est-ce qu'une banque ?

C'est une société qui emprunte elle-même de l'argent pour le prêter, et, au passage, qui prend sa petite commission. Elle vous accueille avec le sourire pour recueillir votre argent, et s'empresse dès que la porte est fermée de le convertir en prêts de 10, 20 ou 30 ans pour votre voisin. Mais aujourd'hui, l'on découvre aussi que la banque spécule, qu'elle joue en bourse ou sur d'autres marchés l'argent du gentil client, qui pensait l'avoir déposé en toute sécurité dans un coffre-fort hermétique. Cette spéculation représente par exemple la moitié des bénéfices de la Société Générale. Pas négligeable ! Les banques seraient-elles aussi intrépides que des joueurs de casinos ? Non, bien sûr, car elles dominent le risque, elles maitrisent les aléas et se prémunissent contre les dangers. Mais finalement... à y regarder de plus près, si ! Les banques jouent à la roulette en investissant des marchés ultra risqués, comme les subprimes. Et lorsque la boule ne s'arrête pas sur leur couleur, elles perdent. Et comme d'autres banques, assurances, ou fonds d'investissement ont parié sur le fait que la première gagne... c'est tout ce petit monde financier qui s'écroule. Quand on perd au poker, on peut finir tout nu, on le sait d'avance. Mais les banques, elles, curieusement, ayant perdu leur dernière chaussette, il faudra leur offrir les vêtements des spectateurs, pour ne pas qu'elles prennent froid !

La (vraie) crise mondiale couve

La sphère économique mondiale est atteinte d'une crise très grave. Car aujourd'hui, la sphère économique... n'existe plus, en tant que telle. Les Etats-Unis ne dépendent plus d'eux-mêmes. S'ils nationalisent en catastrophe, c'est aux dépends des finances publiques, et le déficit budgétaire américain (pour l'instant) augmente, qui profite... à la Chine, aujourd'hui possédant plus de 21% des réserves de change mondiales, et qui est ainsi devenue le premier créancier des États-Unis ! En un coup de dé, la Chine peut balayer la première économie mondiale. Pour l'instant, elle préfère venir s'immiscer discrètement dans le capital des plus grands groupes mondiaux, sans remous. Sans parler de la Russie ou de pays comme le Venezuela qui s'incrustent dans le petit jeu énergético-militaro-économique. La sphère économique mondiale est aujourd'hui un bal masqué où tout le monde tient tout le monde par la barbichette... Et l'on s'aperçoit que la finance est finalement l'affaire de tous, pas seulement de quelques spécialistes. Elle est un des outils modernes du partage du monde (1).

Et l'Europe, est-elle protégée ? C'est le credo actuel de la classe politico-économique du vieux continent, mais rien n'est moins sûr. Le montant des dépréciations d'actifs déclarés à ce jour est à peu de choses près du même ordre de grandeur des deux côtés de l'Atlantique. La crise se ressent jusque dans nos campagnes, dont les collectivités locales se sont laissé bercer par le doux chant du "crédit structuré"...

Avis de tempête libérale...

Le libéralisme nous a toujours bercé de saintes intentions et d'un équilibre tellement "naturel" qu'il était implacable (2). Le genre d'erreurs ou de fautes que l'on constate aujourd'hui devait se résorber "naturellement", le marché devait se réguler de lui-même, et l'État devait à tout prix rester en dehors de tout ça, pour ne pas déséquilibrer ce système infaillible. Alors pourquoi aujourd'hui, faut-il que les collectivités financent des entreprises privées cupides qui se sont elles-mêmes enfoncées, provocant la crise mondiale ? Ces sociétés qui, depuis trente ans, se gavent de bénéfices... et qui au premier couac, se retrouvent toutes nues ! Parce que l'équilibre mondial est en jeu, et c'est vrai ! Malheureusement... Faudrait-il encore le dire...

Cette crise est en plein développement... Les dominos se retrouvent en équilibre instable. Aujourd'hui, c'est l'investissement qui trinque, et l'investissement étant le bras armé du capitalisme, c'est toute l'économie qui s'en ressentira (3). Pas de bras, pas de chocolat !

Dicton américain : 99% des banquiers donnent une mauvaise réputation à tous les autres

Les Mots ont un sens

« Nous ne sommes pas des modèles d’intégration »

Le ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale vient tout juste de créer, par arrêté, un « prix de l’intégration » (3 000 euros de « gratification financière ») en vue de le décerner à ceux « ayant accompli un parcours personnel d’intégration ayant une valeur d’exemplarité de par son implication dans la vie économique, sociale, associative, civique, environnementale, culturelle ou sportive » (Arr. 16 juin 2008, JO, 26 juin). Nous refusons, par avance, ce type de distinction qui n’est pas sans rappeler la figure coloniale de « l’évolué », chargé d’assurer la médiation entre les « civilisateurs » et la masse indigène à « civiliser ». Le fait même que ce prix soit attribué « sans condition de candidature » montre bien qu’il s’agit là d’un rôle qu’on nous fait tenir à notre corps défendant.

Nous, issu-e-s de l’immigration postcoloniale, des quartiers dits « sensibles », descendant-e-s d’esclaves, refusons que soient instrumentalisés nos parcours personnels, nos réussites scolaires, sociales ou professionnelles, ou encore notre maîtrise de la langue française et de la culture « légitime », en vue de mieux stigmatiser ceux des nôtres qui ont pris d’autres chemins relevant moins de « la bonne intégration ».

Nous, les « miraculé-e-s », ne voulons pas cautionner le « modèle français d’intégration » fondé sur un illusoire « quand on veut, on peut » : notre propre expérience, comme celle de nos proches, nous montre que nombreux sont les nôtres qui veulent, et ne font pas que vouloir, qui font (et plutôt deux fois plus que les autres) mais ne peuvent pas abattre seuls le mur d’une discrimination systémique (à l’emploi, au logement, etc.) et n’ont peut-être pas eu, comme nous, la chance de pouvoir profiter d’une des rares brèches de ce mur. Par ailleurs, notre réussite ne tombe pas sous le sens, elle n’est que tolérée. Cette réussite est soumise, plus que pour d’autres, à l’excellence : nos parcours, et ceux des nôtres, nous montrent combien nous n’avons pas le droit à l’erreur, et il suffit du moindre écart, de la moindre faute, pour nous voir ramené-e-s à « nos origines ». Et lorsqu’une « anomalie » entache le parcours d’un des nôtres, elle n’est pas jugée comme purement individuelle, comme pour d’autres, mais sert, trop souvent, à jeter le discrédit sur toute une communauté (ethnique ou religieuse).

A contrario, nous refusons de servir de modèle ou de norme. Nous, non-croyant-e-s, peu ou pas pratiquant-e-s, pratiquantes non-voilées, refusons le rôle que l’on veut nous faire endosser de bon-ne-s Arabes, de bon-ne-s musulman-e-s ou de bon-ne-s Noir-e-s, et de servir de caution à la disqualification des « autres » désigné-e-s comme archaïques, traditionnel-le-s, rétrogrades, identitaires ou communautaires. Nous refusons que cela se fasse en notre nom.

Nous affirmons que le choix de porter le foulard n’est ni plus ni moins respectable que celui de ne pas le porter. Il en va de même pour ce qui est de manger du porc ou de ne pas en manger, et un mariage mixte n’est, à nos yeux, ni plus ni moins moderne ou progressiste qu’un mariage « entre pairs ». Nos modes de vie sont le fruit de nos choix, de déterminismes sociaux et/ou de hasards. Ces options sont les nôtres et en aucun cas des modèles généralisables et imposables à tou-te-s, sous peine de stigmatisation. Contre ceux qui cherchent à nous diviser, nous nous solidarisons avec nos frères et nos sœurs, ami-e-s ou voisin-e-s qui assument d’autres choix que les nôtres.

Nous ne sommes pas à vendre. Et s’il existe un prix à payer afin d’obtenir notre respect, il ne s’agit ni de ces 3 000 euros ni de médailles en chocolat, mais, notamment, de la mise en place d’une véritable politique publique (assortie de moyens conséquents) contre les discriminations qui existent massivement, que ce soit à l’embauche, au logement, dans l’accès aux loisirs, dans les médias, dans la représentation politique, dans les pratiques policières ou judiciaires. Le prix de notre respect inclut également, et entre autres, la dissolution du ministère de l’Identité nationale, l’abrogation de la loi du 15 mars 2004 dite « anti-foulard », l’abrogation totale de la double peine, la reconnaissance du passé colonial, l’arrêt des incessantes campagnes racistes et islamophobes ainsi que la régularisation de tou-te-s les sans-papiers.

À ceux qui estiment que c’est trop cher payé, nous répondons que ce prix n’est que celui qu’attend n’importe quel citoyen ordinaire pour pouvoir se reconnaître dans une République qui prétend avoir pour fondement la liberté, l’égalité et la fraternité, et nous les prions de s’interroger, de leur côté, sur le prix qu’ils nous demandent, à nous, de payer (la rupture avec les nôtres et la collaboration avec le statu quo inégalitaire) pour avoir droit à la reconnaissance sociale.

* La Revue internationale des livres et des idées, Vacarme, Contretemps et Multitudes.

Bouali Naïma, DIS chirurgie pédiatrique, Bouamama Saïd, sociologue et militant associatif, Churchill Saïda, comédienne, Confiant Raphaël, écrivain, Martinique, Dahmani Fatiha, enseignante/auteur, Demiati Nasser, chargé d’enseignement en sociologie à l’université d’Évry Val-d’Essonne, Dias Saidou, Ministère des Affaires populaires, Gabaroum Laurent, cadre commercial Renault, Gaudier Agbale Christophe, architecte, urbaniste, sinologue, Hamé, La Rumeur, Id Yassine Rachid, doctorant de sociologie, Krefa Abir, enseignante de sociologie à l’université d’Aix-Marseille-I, Magliani-Belkacem Stella, chargée de médiation culturelle, Zouggari Najate, chef d’édition de la revue Mouvements.

Les Rageuses

"J'espère que quelqu'un m'entend..."

« Les seuls " bons " Arabes sont ceux qui occupent les médias et dénigrent sans aucune réserve la culture et la société arabe d’aujourd’hui. Rappelons-nous la redondance de leurs condamnations, avec rien à dire de positif sur eux-mêmes, ni sur leur peuple ni sur leur langue ; ils ne font que recracher les éternelles et fatigantes formules que l’on trouve sur les ondes ou dans les journaux. Nous manquons de démocratie, disent-ils ; nous n’avons pas assez mis en cause l’Islam, nous devons faire plus pour nous débarrasser du spectre du nationalisme arabe et du credo de l’unité arabe. Tous ceci ne serait que détritus idéologiques et sans aucun crédit. Tout ce que nous disons avec nos instructeurs américains à propos des Arabes et de l’Islam - des clichés orientalistes recyclés et imprécis, répétés à satiété par des médiocrités du type de Bernard Lewis - sont exacts, insistent-ils. Le reste ne serait pas assez réaliste ou pragmatique. " Nous " avons besoin d’accéder à la modernité - modernité signifiant de fait que nous soyons occidentalisés, globalisés, avec un marché libre et une démocratie, quoi que ces mots puissent signifier(…)

Ceci n’est pas seulement inacceptable mais aussi impossible à croire. Comment une région de 300 millions d’individus peut-elle attendre passivement les coups à venir sans pousser un hurlement collectif de résistance ? Le monde Arabe s’est-il dissout ? Même un prisonnier sur le point d’être exécuté prononce en général quelques mots. Pourquoi n’y a-t-il pas à présent une ultime déclaration pour toute une région historique, pour une civilisation sur le point d’être bousculée et totalement transformée, pour une société qui malgré ses inconvénients et ses faiblesses, fonctionne ?

Des enfants Arabes naissent tous les jours, d’autres enfants vont à l’école, des hommes et des femmes se marient, travaillent, ont des enfants ; ils jouent, et rient, et mangent, ils sont tristes, ils souffrent de maladie et de mort. Il y a de l’amour et de la compagnie, de l’amitié et de l’enthousiasme. Oui, les Arabes sont réprimés et mal gouvernés, terriblement mal gouvernés, mais ils s’adaptent malgré tout dans leur travail et dans leur vie. C’est une réalité ignorée des dirigeants arabes et des Etats-Unis lorsqu’ils gesticulent à destination d’une soit-disante "rue Arabe", concept inventé par de médiocres orientalistes.

Qui traite aujourd’hui des questions existentielles qui se posent à propos du futur de notre peuple ? La tâche ne peut pas dépendre d’une cacophonie de religieux fanatiques ni de moutons fatalistes et soumis. Mais il semble que ce soit malgré tout le cas. Les gouvernements Arabes se reculent dans leurs sièges et attendent, tandis que l’Amérique prend des poses, met en garde et menace, tout en alignant plus de bateaux, de soldats et de F-16 avant de porter ses coups. Le silence est assourdissant. Des années de sacrifices et de luttes, d’os brisés dans des centaines de prisons et chambres de tortures de l’Atlantique jusqu’au Golfe, des familles détruites, de la pauvreté et de la souffrance sans fin. Des armées énormes et chères. Et tout cela pour quoi ?

La technologie, la modernisation et une inévitable globalisation ne constituent pas une réponse face à ce qui nous menace maintenant. Nous avons dans notre tradition une part complète de discours séculaire et religieux traitant de début et de fin, de vie et de mort, d’amour et de colère, de société et d’histoire. Mais aucune voix, aucun individu disposant d’une large vision et d’une autorité morale parait capable d’y puiser et de porter cela à l’attention.

Nous sommes à la veille d’une catastrophe et nos dirigeants politiques, moraux et religieux font de timides mises en garde et, tout en se dissimulant derrière des chuchotements, des clins d’oeil de connivence et des portes fermées, ils font des plans sur les moyens d’échapper à la tempête. Ils réfléchissent à leur survie et peut-être à la providence. Mais qui est en charge du présent, de ce qui est matériel, de la terre, de l’eau, de l’air et des vies qui dépendent des uns et des autres ? Personne ne parait avoir cette responsabilité.

Il y a une expression magnifique qui exprime de façon précise et ironique notre inacceptable impuissance, notre passivité et notre incapacité à nous aider les uns les autres alors que notre force serait requise. Cette expression est : la dernière personne à sortir peut-elle éteindre les lumières ? »

Edward Saïd