COLLECTIF MEMOIRES COLONIALES 1908-2008


Pour le centenaire de la reprise par la Belgique du Congo de Léopold II, le Collectif Mémoires Coloniales dénonce les aspects négatifs et meurtriers de la colonisation et propose un cycle d’événements sur le thème : « patrimoine public colonial contesté ».


Le Collectif « Mémoires coloniales » créé en mars 2008 réunit des associations, des individus belges et congolais. Il bénéficie déjà d’un large soutien.
Membres d’associations, écrivains, historiens, journalistes et citoyens : tous se sont engagés au sein du Collectif pour contester la lecture de l’histoire coloniale, empreint d’images d’Epinal et de discours trop souvent révisionnistes.
Pour cette première année d’action, le Collectif a choisi de travailler sur le thème du patrimoine public colonial. Il entend ainsi examiner les statues, monuments et noms de rues qui glorifient la colonisation, et réfléchir sur les différents modes de contestations à mettre en place.

Trois journées d’action et de réflexion seront organisées et un mémorandum portant l’ensemble des revendications du collectif sera publié.

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14 SEPTEMBRE 2008
Promenade coloniale dans Bruxelles
Rendez-vous à 13h45 - devant la statue de Godefroid de Bouillon, Place Royale à Bruxelles

Introduction sur la colonisation du Congo à travers le patrimoine colonial Bruxellois

Pour les journées du Patrimoine 2008, nous vous proposons une promenade coloniale dans Bruxelles autour des statues, des monuments, des maisons et des rues qui témoignent de la colonisation. A travers une marche de 5 km, guidée par Lucas Catherine auteur du livre Léopold II la folie des grandeurs et Wandelen naar Kongo (Promenade au Congo) nous découvrirons le patrimoine colonial de Bruxelles-ville et les secrets historiques qu’il renferme.

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27 SEPTEMBRE 2008
Les monuments coloniaux : lieux de mémoire contestés
Salle du SETCA - 18 place de Dinant - Bruxelles

Cette journée a pour objectif de réunir des chercheurs, historiens, écrivains, journalistes et des militants, désireux de comprendre, de connaître et de dénoncer le patrimoine public colonial. Ce patrimoine, présent dans nos villes, et donc dans notre quotidien, témoigne d’une colonisation glorieuse et civilisatrice, toujours pas déconstruite à la lumière des avancés historiques. La journée de réflexion et d’action sur le patrimoine public colonial propose à travers des exposés, des films, des témoignages et des débats de comprendre pourquoi ce patrimoine dérange et pourquoi certains ont décidé d’agir.

PROGRAMME :
09h00 Accueil / Enregistrement des participants
09h30 Introduction de la journée par Denise Comanne
10h00 Projection d’un film sur le patrimoine public colonial contesté à Bruxelles
10h30 Exposé : le patrimoine public colonial belge par Bambi Ceuppens, suivi d’un débat.
12h00 Lunch
13h00 La contestation en action : Oostende, Blankenberge, Dixmude, Bruxelles et Liège. Témoignages, diaporamas et discussions.
14h30 Projection d’un film sur les statues coloniales de Kinshasa.
15h00 Débat en plénière avec Guy De Boeck, Antoine Tshitungu Kongolo et d’autres invités historiens, écrivains et journalistes.
Trois questions fondamentales structureront le débat :
- Que doit-on faire de ces monuments et statues ?
- Qui doit le faire ?
- Selon quelle stratégie ?
17h00 Discours de clôture par José Mukadi
Présentation publique du mémorandum
Annonce des activités à venir
18h00 Débat pour prolonger la discussion - P.A.F 10 euros

Horloge du Sud – 141 rue du Trône – Bruxelles - Inscription : pauline@cadtm.org



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11 NOVEMBRE 2008
Square Riga à Schaarbeek
- Commémoration et Manifestation –

Cette journée commencera par une cérémonie commémorative aux soldats congolais inconnus morts pour la Belgique. Elle sera suivie par une présentation de Paul Penda Farnana (1888-1930) figure marquante de l'Histoire congolaise et africaine.
Pour finir vous découvrirez les points communs entre les rues Gallait, Renkin, Brederode, Jenatzy, Brialmont, le boulevard Wahis, l’avenue Cambier, le boulevard Lambermont …


89 morts...

89 morts, la grande faucheuse démocratique et impériale brade les prix au mois d'août... 89 morts dont 50 enfants de moins de 15 ans et 19 femmes, pour lesquels il n’y aura pas de commémoration, il n’y aura pas de chapelle ardente, pas de plus jamais ça… 89 morts pour qui la règle du mort kilométrique s’applique plus que jamais… 89 morts d’une qualité humaine inférieure, car il existe bien, dans la pratique, des différences ontologiques entre êtres humains… 89 morts de bougnouls du bout du monde, masse sans visage, indistincte, anonyme, dont on se soucie comme d’une guigne… 89 morts passés sous silence, passés pour pertes et profits, car l’Economie politique a horreur du vide autre que celui qu'elle génère… 89 morts par lesquels, on mesure tout le mensonge de l’ humanisme de pacotille qu’on exhibe comme un trophée de guerre … 89 morts qui valent bien moins que les bouddha de Bamiyan… 89 morts qui nous rappellent qu’ « il n’est pas un témoignage de culture qui ne soit aussi témoignage de barbarie…»… 89 morts que les féministes de Marie-Claire ne pleureront pas pour ne pas abîmer leur Rimmel… 89 morts qui ne remplaceront pas l’usage intéressé (métonymie, focalisation particularisante) qui est fait de la burqa par ici… 89 morts qui fera pas chanceler la croyance selon laquelle les lectrices d’Elle sont libres et épanouies… 89 morts qui expriment bien ce que veut dire « Vivre et penser comme de porcs » ! 89 morts qu’on tue et dont on voudrait tuer jusqu'aux croyances les plus sacrées… 89 morts anéantis par les bombes glacées du calcul égoïste… 89 morts dont on voudrait qu’ils n’aient pas même la consolation de « l’esprit d’un monde sans esprit »… 89 morts et 2 questions : A combien s'élève la vie humaine ? Peut-on être Afghan et humain à la fois? L’épistémologie impériale répond à la première par "pas un kopeck" et à la seconde "c’est impossible !"

Les serfs-volants de Kaboul...

"Les damnés de cette terre, Afghans ou Pakistanais apparaissent brusquement dans les journaux, et partout on lit et on entend les déclarations souvent sensées et nuancées de tous ces musulmans à turban, qui jusqu’à présent étaient simplement objet de dédain et de mépris...." (Bourdieu)
Mais qu’allaient donc faire ces paras français en Afghanistan ? Qu'allait faire la France dans cette galère-là, où il n'y avait à prendre que des coups ? Le pré carré africain n’est-ce pas assez comme intrigue postcoloniale ? Les paroles s'envolent et les morts restent... Vassalité envers l’Empire ? Sans nul doute! N'aviez-vous pas voté pour le candidat incarnant l’amour de l’Amérique mis à la portée des caniches ... Et bien aujourd'hui les caniches, c'est vous ! « Il faut clarifier les objectifs de la coalition en Afghanistan », tu l’as dit bouffi… Clarifions, clarifions... Que voit-on derrière les fumées de l'opium du «nous n’avons pas le droit de perdre là-bas, de renoncer à défendre nos valeurs, de laisser les barbares triompher, car la défaite à l’autre bout du monde se paiera d’une défaite sur le territoire de la République française», derrière la bouffonnerie de la mission civilisatrice, et ses postures humanitaristes, sous les auspices de l’OTAN... ? Rien de bon. La complexité irréductible de la réalité, qui s'annonce comme débacle et bourbier pour l'OTAN... Car le choc des civilisations pour tout viatique, voilà l'assurance des flots de morts à venir. A bon entendeur ! Et qui va en payer le prix, devinez ? Il y a tout lieu de croire qu'on ne verra pas l'arrivée des body bags hexagonaux au 20 heures de TF1... On croit mourir pour la patrie et l'on meurt pour les frasques d'un clown cynique drapé dans la bannière étoilée... Que d’ennemis bon dieu ! Les Chinois, les Russes, les Mahométans urbi et orbi… Et pour seul allié un grand frère tutélaire et un peu crétin... Il va y avoir du sport pour les cents prochaines années au moins … Voici que dix piou-pious françaouis, « roses, pâles et mous», ont goûté aux forts fameuses frappes aériennes de l’OTAN... Justice immanente ? Qu'importe les croyances, l'arroseur est ainsi arrosé....Tournée générale de friendly fire, la mort qui vient du ciel pour tous, la démocratie reconnaîtra les siens...Vous avez trop vite oublié que pour une série d’Afghans le jour de leur mariage fut le jour le plus tragique de leur vie, à savoir celui de leur mort... La mariée, dans sa burqa, était-elle trop belle? Dommages collatéraux, frappes chirurgicales, guerre propre, goûtez vous aussi à l'ironie de l'euphémisme, car derrière les mots, il y a des choses et il y a même parfois des êtres humains, « des hommes d'une autre couleur que nous, ou dont le nez est un peu plus plat »... Savez-vous seulement que «l'usage excessif de la force aérienne et les morts civils sont la raison du succès par excellence du recrutement par les Talibans en Afghanistan» (Ahmed Rashid) ? Goûtez, enfin, à l'ironie de la phrase creuse : saoulerie de mots, oraisons funèbres, décoration à titre posthume, claquements de langue, trémolos appuyés, invocation de la postérité et discours aux asticots... Légèreté du discours et vanité de l'existence humaine, au paradis des paras morts pour la France y aura-t-il des houris ? Auquel cas, hourra les houris !

Cynisme, bobards et hypocrisie...

Vous vous souvenez, sans doute, qu'en Chine, on fait payer (8 euros) la balle fatidique aux parents des condamnés à mort, eh bien, au pays des droits de l'homme et du ministère de l'identité nationale et de l'immigration, l'on est pas en reste, on a simplement gardé l'esprit pratique, en proposant un faites-le vous même aux sans-papiers... Ainsi, la France, jamais en manque d'humanisme, leur enjoint de construire eux-même leur propre centre de rétention ! Ne saviez-vous pas que derrière chaque sans-papier se cache un bourreau de soi-même, un Héautontimorouménos, qui s'ignore...Et demain, peut-être, nous aurons droit à la prison montée en kit et gonflable, à l'attention de l'armée de réserve des petits bagnards de France et d'ailleurs... Sait-on seulement que, au pays des droits de l'homme, les sans-papiers en prison, simplement parce que sans papier, représentent 35% de la population carcérale ? Tiens, à propos, savez-vous à quoi peut bien servir un sans-papier (1) ?

Sans-papiers, ils construisaient… un nouveau centre de rétention. Pour le compte de l’Etat. Trois clandestins employés sur un chantier qui dépend du ministère de la Défense travaillaient à l’extension du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) quand ils ont été interpellés lundi dernier. Ils se sont ensuite retrouvés à quelques mètres de là… de l’autre côté de la barrière. «Ils ont tous été conduits au centre de rétention», confirme un policier à Libération. Il parle également d’un quatrième homme, arrêté jeudi. Hier, le ministère de l’Immigration n’en comptabilisait que trois. Deux d’entre eux, de nationalité turque, ont été placés en rétention au Mesnil-Amelot, situé au pied des pistes de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. L’un a été libéré par le juge des libertés mercredi. L’autre se trouve encore en rétention : ltikat Tuma, un Turc de 35 ans employé par Intérim Alpha, une agence d’intérim du Loiret. Il confirme depuis le Mesnil-Amelot : «Je suis en France depuis deux ans et demi. J’ai été embauché par cette agence d’intérim pour venir travailler sur l’extension du centre de rétention.» Le troisième, de nationalité indéterminée, a été laissé en liberté avec un arrêté de reconduite à la frontière.

Incitation à la révolte. Les services de Brice Hortefeux n’ont pas voulu ajouter de commentaires. Hier soir, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national du PS à l’égalité, appelait le ministre à «s’expliquer immédiatement sur l’emploi de ces étrangers en situation irrégulière sur un chantier public, dans des conditions illégales ».

Quand, lundi matin, sur information d’une entreprise de gardiennage, les trois travailleurs sans papiers ont été arrêtés par les policiers du commissariat voisin de Mitry-Mory, les militants de l’association SOS soutien aux sans-papiers n’ont pas été surpris. «Cette extension du centre de rétention pilotée par le ministère de la Défense constitue un marché public au plus bas prix, dénonce Rodolphe Nettier, son président. On veillait naturellement à ce que des sans-papiers ne construisent pas leur propre prison.» L’association appelle à manifester depuis plusieurs semaines devant les grilles du Mesnil-Amelot.

Samedi 2 août, alors qu’une quarantaine de militants étaient présents à l’extérieur du centre, des heurts se sont produits entre retenus et policiers. Deux débuts d’incendie - vite maîtrisés - ont été provoqués par des occupants. Dans la foulée, le ministre de l’Immigration a accusé l’association d’incitation à la révolte (Libération du 7 août) et interdit toute manifestation à proximité du centre. Confrontés aux positions musclées du ministre sarkozyste, les militants ont fait le choix de ne pas se rassembler samedi 9 août, afin d’éviter «une très probable interpellation aussi inutile qu’improductive».

Renverser la vapeur. Après les arrestations des sans-papiers travaillant au Mesnil-Amelot, Nettier et ses amis tentent de renverser la vapeur : «Les gens qui nous accusent de provoquer la venue de sans-papiers sont ceux-là même qui les emploient illégalement. Ce sont eux qui provoquent ce fameux appel d’air tant décrié. Nos accusateurs sont ceux qui asservissent les sans-papiers. Nous n’avons aucune leçon à recevoir de ces gens-là.»

Les nouveaux bâtiments du Mesnil-Amelot pourront contenir 240 personnes. La Cimade, association d’aide au droit des étrangers, la seule habilitée à être présente dans les centres de rétention, avait demandé «l’abandon» de ce projet.

Mourad Guichard


"Si je meurs avant toi, je te confie l’impossible ! "


Hommage à Edward Said

New York. Novembre. 5e Avenue.
Le soleil est une soucoupe éclatée.
A l’ombre, j’ai interrogé mon âme étrangère : Cette ville est-elle Babylone ou Sodome ?

Là-bas, au seuil d’un gouffre électrique haut comme le ciel, j’ai rencontré Edward, il y a trente ans.
Les temps étaient moins impétueux.
Chacun a dit à l’autre :
Si ton passé est expérience, fais du lendemain sens et vision !
Partons, partons vers notre lendemain, sûrs de la sincérité de l’imagination et du miracle de l’herbe.

Je ne sais plus si nous avons été au cinéma ce soir-là, mais j’ai entendu des Indiens anciens me crier : Ne fais confiance ni au cheval ni à la modernité.

Non. Aucune victime n’interroge son bourreau : Suis-je toi, et si mon glaive avait été plus grand que ma rose... Aurais-je agi comme toi ?

Une telle question suscite la curiosité du romancier dans un bureau de verre donnant sur les lys d’un jardin... Là où l’hypothèse est blanche comme la conscience de l’auteur s’il solde ses comptes avec la nature humaine... Nul lendemain dans la veille, avançons donc !

Le progrès pourrait être le pont du retour à la barbarie...

New York. Edward se réveille sur la paresse de l’aube. Il joue un air de Mozart. Dispute une partie de tennis sur le court de l’Université. Réfléchit au périple de la pensée par-delà les frontières et les barrières. Parcourt le New York Times. Rédige sa chronique nerveuse. Maudit un orientaliste qui guide un général au point faible dans le cœur d’une orientale. Se douche. Choisit un costume avec l’élégance d’un coq. Boit son café au lait et crie à l’aube : Ne traîne pas !

Sur le vent, il marche. Et dans le vent, il sait qui il est. Pas de toit au vent. Pas de demeure. Et le vent est une boussole pour le nord de l’étranger.

Il dit : Je suis de là-bas. Je suis d’ici et je ne suis ni là-bas ni ici. J’ai deux noms qui se rencontrent et se séparent, deux langues, mais j’ai oublié laquelle était celle de mes rêves. J’ai une langue anglaise, au vocabulaire docile, pour écrire. Et une autre, venue des conversations du ciel avec Jérusalem. Son timbre est argenté, mais elle est rétive à mon imagination.

Et l’identité ? J’ai dit.
Il répondit : Autodéfense... Donnée à la naissance, l’identité est finalement façonnée par celui qui la porte, elle n’est pas héritage. Je suis le multiple... En moi, mon dehors renouvelé. Mais j’appartiens à l’interrogation de la victime.
N’étais-je de là-bas, j’aurais entraîné mon cœur à élever, là-bas, la gazelle de la métonymie...

Porte donc ta terre natale où que tu ailles et sois narcissique s’il le faut.

– Exil, le monde extérieur. Exil, le monde caché. Qui es-tu donc entre eux ?
– Je ne me présente pas de peur de me perdre. Et je suis ce que je suis.
Et je suis mon autre dans une dualité harmonieuse entre parole et signe.
Si j’étais poète, j’aurais écrit :
Je suis deux en un, telles les ailes d’une hirondelle
Et si le printemps tarde à venir, je me contente de l’annoncer !

Il aime des pays et les quitte. (L’impossible est-il lointain ?) Il aime migrer vers toute chose. Car, dans le voyage libre entre les cultures, il y a place pour tous ceux partis à la recherche de l’essence de l’homme.

Voici qu’une périphérie avance, qu’un centre recule. L’Orient n’est pas totalement Orient ni l’Occident, Occident. Et l’identité est ouverte au multiple.
Elle n’est ni citadelle ni tranchée.

La métaphore dormait sur l’une des rives du fleuve. N’était la pollution,
Elle aurait enlacé l’autre rive.

– As-tu écrit ton roman ?
– J’ai essayé... Tenté de retrouver mon image dans les miroirs des femmes lointaines. Mais elle se sont enfoncées dans leur nuit fortifiée. Et elles ont dit : Notre univers est indépendant du texte. Aucun homme n’écrira la femme, énigme et rêve. Aucune femme, l’homme, symbole et star. Nul amour ne ressemble à un autre, nulle nuit à une autre nuit. Laisse-nous donc énumérer les vertus des hommes et rire !
– Qu’as-tu alors fait ?
– J’ai ri de mon absurdité et mis mon roman au panier.

Le penseur bride le récit du romancier et le philosophe dissèque les roses du chanteur.

Il aime des pays et les quitte : Je suis qui je serai et deviendrai. Je me construirai moi-même et choisirai mon exil. Mon exil est l’arrière-plan de la scène épique. Je défends le besoin des poètes de gloire et de souvenirs, et défends des arbres qui habillent les oiseaux de pays et d’exil, une lune encore apte à un poème d’amour, une idée brisée par la fragilité de ses défenseurs et un pays enlevé par les légendes.

– Pourrais-tu revenir à quoi que ce soit ?
– Ce qui m’attend me tire et se presse... Je n’ai pas le temps de tracer des traits sur le sable. Mais je peux visiter le passé comme le font les étrangers quand ils écoutent le poète pastoral dans le soir triste :
« A la fontaine, une jeune fille emplit sa jarre de larmes des nuages
Et elle pleure et rit d’une abeille qui a piqué son cœur à l’heure du départ.
L’amour est-il douleur de l’eau ou maladie dans la brume... »
(Et cætera, et cætera, jusqu’à la fin de la chanson.)

– Tu pourrais donc être atteint du mal de la nostalgie ?
– Une nostalgie pour le lendemain. Plus lointaine, plus élevée et plus lointaine. Mon rêve guide mes pas et ma vision pose mon rêve sur mes genoux, chat familier. C’est le réel imaginaire, le fils de la volonté : Nous pouvons modifier la fatalité du gouffre !
– Et la nostalgie du passé ?
– Un sentiment qui ne concerne que le penseur soucieux de comprendre l’attrait de l’étranger pour les outils de l’absence. Quant à ma nostalgie, elle est un combat pour un présent qui s’agrippe au lendemain.
– T’es-tu infiltré dans hier, le jour où tu t’es rendu à la maison, ta maison, à Jérusalem, dans le quartier de Tâlibîya ?
– Tel l’enfant s’il a peur de son père, je m’étais préparé à me cacher dans le lit de ma mère. J’ai essayé de revivre ma naissance, de suivre le chemin du lait sur le toit de ma vieille maison, essayé de palper la peau de l’absence, de sentir le parfum de l’été dans le jasmin du jardin. Mais l’hyène de la vérité m’a éloigné d’une nostalgie qui, derrière moi, se tenait sur ses gardes telle une voleuse.
– As-tu eu peur et de quoi ?
– Je ne peux rencontrer la perte face à face. Tel le mendiant, je me suis tenu à la porte. Demanderai-je à des inconnus qui dorment dans mon lit la permission de me rendre visite à moi-même cinq minutes ? Me courberai-je avec respect devant les occupants de mon rêve d’enfance ? Demanderont-ils : Qui est ce visiteur étranger et indiscret ? Pourrai-je seulement parler de paix et de guerre entre victimes et victimes des victimes, sans mots superflus et sans incises ? Me diront-ils : Pas de place pour deux rêves dans le même lit ?

Ni lui ni moi n’aurions pu.
Mais lui est un lecteur qui s’interroge sur ce que nous dit la poésie au temps du désastre.

Sang
et sang
et sang
dans ta patrie
Dans mon nom et le tien, dans la fleur d’amande, la peau de banane, le lait de l’enfant, la lumière et l’ombre, le grain de blé, la boîte à sel. Des snipers virtuoses touchent leur cible.

Sang
sang
sang
Cette terre est plus petite que le sang de ses enfants, offrandes dressées aux seuils de la résurrection. Cette terre est-elle bénie ou baptisée

Par le sang,
le sang
le sang
Que n’assèchent ni les prières ni le sable ? Pas de justice suffisante dans les pages du Livre saint pour donner aux martyrs la joie de marcher librement sur les nuages. Sang, le jour. Sang, la nuit. Sang dans les mots !

Il dit : le poème pourrait accueillir la perte, filet de lumière luisant au cœur d’une guitare ou un christ monté sur une jument et ensanglanté de belles métaphores. Qu’est le beau, sinon la présence du vrai dans la forme ?

Dans un monde sans ciel, la terre se change en gouffre. Et le poème est l’un des présents de la consolation, l’une des qualités des vents, qu’ils soient de sud ou de nord. Ne décris pas ce que la caméra discerne de tes blessures.
Crie pour t’entendre et crie pour savoir que tu es encore vivant et vivant, que la vie sur cette terre est encore possible. Invente un espoir pour les mots. Crée un point cardinal ou un mirage qui prolonge l’espérance et chante, car le beau est liberté.

Je dis : la vie définie par son contraire, la mort, n’est pas une vie !
Il dit : Nous vivrons, même si la vie nous abandonnait à notre sort.
Soyons ces seigneurs des mots qui rendent leurs lecteurs éternels, pour parler comme ton génial ami Ritsos...

Et il dit : Si je meurs avant toi, je te confie l’impossible !
Je demande : Est-il lointain ?
Il répond : A distance d’une génération.
Je dis : Et si je meurs avant toi ?
Il répond : Je consolerai les monts de Galilée et j’écrirai : « Le beau n’est que l’accession à l’adéquat. » Bon ! Mais n’oublie pas.
Si je meurs avant toi, je te confie l’impossible !

A ma visite dans la nouvelle Sodome, en l’an deux mille deux, il résistait à la guerre de Sodome contre les gens de Babylone et au cancer. Dernier héros épique, il défendait le droit de Troie à sa part du récit.

Aigle, là-haut,
Là-haut,
Faisant ses adieux à ses cimes,
Car la résidence au-dessus de l’Olympe
Et des sommets
Génère l’ennui.
Adieu
Adieu, poésie de la douleur !

Mahmoud Darwich. (Traduit par Elias Sanbar)


Hommage !



«Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d'enfants : huit
Et le neuvième... arrivera après l'été !
Et te voilà furieux !


Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j'ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d'écolier
Je les tire des rochers...
Oh ! je n'irai pas quémander l'aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !


Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille - je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines...
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l'effusion de la durée
Avant le cyprès et l'olivier
...avant l'éclosion de l'herbe
Mon père... est d'une famille de laboureurs
N'a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.


Inscris !
Je suis Arabe
Mes cheveux... couleur du charbon
Mes yeux... couleur de café
Signes particuliers :
Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
...elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c'est
L'huile d'olive et le thym


Mon adresse :
Je suis d'un village isolé...
Où les rues n'ont plus de noms
Et tous les hommes... à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
Inscris !
Je suis Arabe
Et te voilà furieux !


Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as rafflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
...à ce que l'on dit !


DONC


Inscris !
En tête du premier feuillet
Que je n'ai pas de haine pour les hommes
Que je n'assaille personne mais que
Si j'ai faim
Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
À ma fureur ! »


Mahmoud Darwich


Al-Karmel

Pendant ce temps-là ...

Et pendant ce temps-là, pendant que le débat bat son plein sur le retour de l’antisémitisme, qui n’en finit pas de revenir, pendant que la Serbie livre Radovan Karadzic au TPI en guise de billet d’entrée pour l’Union Européenne, pendant que des sophistes de profession nous expliquent que mépriser, insulter et inciter à la haine d'une religion n’est pas diffamer sur la « race » (sic) ou les « origines » d'une personne, qu'il ne faut pas tout confondre…Ne sait-on pas qu'au bout de l’islamophobie, il y a bien les faits de violence envers les musulmans. Ou fait-on semblant de ne pas le savoir. Pendant ce temps-là, deux petites frappes nazillones, dans le débat en cours, ont tranché de manière pratique et concrète ... Pendant que le réel reprend ses droits (1), et dans un silence assourdissant, une nouvelle « Affaire RER D», mais cette fois-ci inversée, puisqu'elle est réelle, se déroule sous nos yeux. Affaire, qui, elle, ne concerne, il est vrai, qu'un musulman ; affaire, qui, elle, est banalement vraie ; et bien sûr, affaire, qui n’intéresse d’aucune manière ni la médiasphère ni le monde politique français :

« Dans la nuit du jeudi 24 juillet 2008 au vendredi 25 juillet 2008, descendant du train Paris-Saint Quentin et devant rentrer à pied chez moi, je décide de couper par le parc de l’université. C'est alors que je croise sur ma route deux individus qui m’accostent pour me demander une cigarette. Je leur explique alors qu'il me sera difficile de leur en donner car il ne m'en reste presque plus. Le premier s’approche de moi et me demande si je suis musulman. Ce à quoi je réponds, oui . Il me demande ensuite depuis combien de temps je suis en France. Je lui réponds que je suis né en France et que j’y ai toujours vécu. Intrigué par ces questions, je lui demande pourquoi il veut savoir tout ça. Le second s’approche alors de moi et me répond "Parce que nous sommes des nazis". Il me demande ensuite ce que je pense de l’état de la Yougoslavie. Ce à quoi je lui réponds : "On ne se connaît pas, je suis fatigué, je veux rentrer chez moi. De toute façon, vous avez envie de me casser la gueule, c’est ça ? ". "C’est possible" me dit-il. "Mais que penses-tu de ce qui se passe en Yougoslavie ? ". Je réponds que je ne sais pas. Soudainement le premier d'entre eux me porte un coup de poing au visage. Je tombe à terre et là ils commencent à m'administrer une série de coups pieds sur l’ensemble du corps et de la tête. Je me protège comme je peux , en me recroquevillant sur moi-même, mes mains me couvrant la poitrine. L’action est très rapide. J’entends l’un d’entre eux déclarer : « C’est bon, on se casse ». Me relevant et craignant qu'ils ne reviennent je me rends en courant sur le boulevard Beethoven. Vu mon état je téléphone immédiatement aux pompiers qui une fois sur place me transporteront aux urgences. Bilan, j’ai deux plaies au crâne, sept points de suture, des hématomes au visage et dans le dos, et un pneumothorax traumatique (un poumon légèrement perforé par une côte). Les gestes usuels tels que s’asseoir, se relever ou s’allonger me demandent des efforts pénibles. Après examens à l’unité médico-légale des Yvelines, une incapacité totale de travail au sens pénal de 21 jours a été prononcée. Je me sens encore choqué par l’agression, je n’arrête pas d’y penser et de me repasser le film dans ma tête. Malgré mes peurs j'ai néanmoins porté plainte car je suis très attaché à ce que le caractère raciste de cette agression soit reconnu. » (Nouredine Rachedi )

Plus de détails

(1) "C’est la diabolique ruse de cette folle histoire: la dénonciation d’un antisémitisme ancien, que revitaliserait l’ombre portée du conflit israélo-palestinien, rend aveugle à l’émergence d’un nouveau racisme, aussi banalisé que théorisé, qui voit dans le brassage, le mélange et le métissage, le symbole même de la perdition et de la dégradation d’identités fantasmées, qu’elles soient nationales ou communautaires. Un racisme dont, évidemment, non seulement l’immigration contemporaine, maghrébine ou africaine, mais tout simplement les Français issus de notre empire colonial et de ses confettis résiduels, sont les premières victimes, dans l’ordinaire de notre indifférence collective."(*)