Laïcité, une généalogie...

« Dans ce monde transi par la peur, les gros bandits bombardent sans pitié des pays exsangues. Les bandits intermédiaires pratiquent l'assassinat ciblé de ceux qui les gênent. Les tout petits bandits font des lois contre les foulards.» (Badiou)


On le sait la laïcité, dont on nous dit qu’elle travaille à la séparation des églises et de l'État, mais jamais au profit de qui, a des rapports plus qu’ambigus avec l’ instance du « monopole de la violence légitime», l'État. Elle est à la fois l’émanation directe de celui-ci et le bras armé de sa violence symbolique. Ce n’est pas pour rien qu’elle est née dans la France « Jacobine ». Ce n’est pas pour rien, non plus, si son combat le plus fondamental fut celui de la maîtrise de l’enseignement par l'État, sachant que l’école est l’ « appareil idéologique d’état » par excellence. Cette idéologie s’est forgée souterrainement depuis le XVIIIème siècle, puis s’est manifestée avec une extrême violence, à partir de 1880, lorsque les républicains ont eu le champ libre, contre une Eglise catholique dont les comportements hégémoniques, qui s’exerçaient depuis des siècles sur les consciences et les institutions, ont été violemment pris à parti et définitivement abolis. D’une certaine manière, l’Eglise n’avait que ce qu’elle méritait, mais, d’un autre côté, un tel contexte historique faussait tout dès le point de départ. On allait simplement changer de cultes et une nouvelle race de bigots allait remplacer l’ancienne. Jules Ferry-Tonkin (ce contempteur de la « Commune de Paris » et thuriféraire de la colonisation!), Paul Bert et Jean Macé, animés d’une ardeur passionnelle et militante, allaient corrompre l’enseignement public en l’imprégnant de leur morale et de leur religion agnostiques. Sous couvert d’objectivité et d’impartialité, bien sûr. L’amusant, c’est que cette idéologie prend ses origines – là réside son impensé- chez le pape Gélase Ier (au V ème siècle) et sa doctrine des deux glaives qui visait à séparer le pouvoir temporel et l’autorité spirituelle… La biographie d’un de ses représentants les plus éminents et les plus virulents, Emile Combes, est à ce sujet éloquente, puisque ce laïque de choc fut un ancien séminariste docteur en théologie ! On se souviendra également de « l’Eglise positiviste » et d’ Auguste Comte son pape. Religiosité non assumée qui faisait dire à Nietzsche que nos braves laïques, et leur « libre pensée » de façade, étaient des « curetons défroqués », l'intelligence des mythes et la magnificence des rites en moins (1) ! La grille de lecture de cette idéologie d’Etat, de cet enfant naturel d’un Pape et d’une « République », d’une pauvreté à toutes épreuves, la rend aveugle au « socio-économique », au culturel dans son sens large, à l’exception du religieux, sur lequel elle n’a de cesse de rabattre tous ce qui existe et qu’elle monte volontairement en épingle, c’est son meilleur ennemi, elle en a absolument besoin. Si il n’existait pas, elle n’aurait aucune raison d’exister, elle-même. Le malheur de cette laïcité, qui est une religion civile calquée sur le christianisme, mais sans la capacité de religio, c'est que sa « transcendance » n'est que d’empreint et sa spiritualité n'existe que par procuration. Elle est une idéologie stato-centrée, « réactive », dogmatique et bancale - il faut avoir assister au triste spectacle d’une funérailles laïque, pour comprendre le mot de Pascal : « Misère de l’homme sans Dieu »! Par ailleurs, cette laïcité n’a de cesse de se revendiquer de la démocratie et « des droits de l‘homme », alors qu’il existe de multiples exemples pour nous prouver tout le contraire, dont beaucoup se situent, de la Tunisie à la Turquie, dans le monde arabo-musulman. Pourtant l’ « Islamisme », terme particulièrement équivoque, n’est pas né par génération spontanée ! Ainsi quand elle se déploie hors d'Europe, cette idéologie montre son occidentalisme sous-jacent et sa hiérarchie des valeurs : sa conception de l'individu, sa rhétoriques de la liberté, son rapport au régime d'accumulation flexible (elle s'accorde parfaitement avec un certain capitalisme dont elle espère devenir le supplément d'âme), sa volonté de puissance dominatrice (elle légitime pour le mieux les entreprises coloniales, en étant leur idéologie de combat notamment)... L'étonnant c'est que la Raison, ce veau d'or de la laïcité, telle un inatteignable objet du désir, a pourtant été déconstruite tout le long du XXème siècle (Nietzsche, Freud, Max Weber, Ecole de Frankfort, Foucault…), mais l’ Être Suprême n’a de cesse de renaître de ses cendres, sous les atours les plus inattendus... En Belgique, cette réincarnation a pris la forme grotesque d’une vestale de la laïcité républico-belgicaine, rejeton d'un Monsieur Homais et d'une Madame Bovary postmodernes, auquel on doit ce mot aussi magnifique que prudhommesque : « l'espace public n'est pas la rue » (sic) ...!  Sa rhétorique « émancipatrice » constellée de sophismes, sa vulgate « libre penseuse », où la pensée a été définitivement mise au pas, cache mal que la laïcité est en fait un hégélianisme frouchouillard, dont on aurait éliminé toute « dialectique » ; une philosophie cheap duquel la chouette de Minerve ne serait jamais parvenue à prendre son vol … Tout y est, mais en plus dégradé ! Le caporalisme de la pensée, la déification de l'État, un christianisme rampant et de pacotille, la « Raison » comme moteur de l’Histoire, l’Idéalisme et son « Universel abstrait », un ethnocentrisme et un identitarisme aussi honteux que forcené… L’idéologie laïque serait donc un hégélianisme du pauvre. « Heureux, les pauvres d'esprit, car le Royaume des cieux est à eux » !

(1) « Rien n'est resté plus loin de moi jusqu'à ce jour que l'engeance libre penseuse d'Europe et d'Amérique. Têtes creuses incorrigibles, polichinelles de l'idée moderne..., je suis mille fois plus brouillé avec eux qu'avec aucun de leurs adversaires. Ne veulent-ils pas, eux aussi, « améliorer » l'humanité ? L' « améliorer » à leur image ! Ils déclareraient une guerre à mort à ce que je suis, à ce que je veux, s'ils étaient capables de le comprendre, - ils en sont tous à croire encore à l' idéal ... » (Ecce Homo) Ou bien encore « On appelle esprit libre celui qui pense autrement qu'on ne s'y attend de sa part en raison de son origine, de son milieu, de son état et de sa fonction, ou en raison des opinions régnantes de son temps. Il est l'exception, les esprits asservis sont la règle. Ce que ceux-ci lui reprochent, c'est que ses libres principes, ou bien ont leur source dans le désir de surprendre ou bien permettent de conclure à des actes libres, c'est-à-dire de ceux qui sont inconciliables avec la morale asservie.» (Humain, trop humain)

Exercices de style à l'attention des petits fachos de gauche comme ceux de droite...

Spéciale dédicace à la rédaction de « RésistanceS », qui, grâce à la qualité douteuse de ses productions et au concours de l'inénarrable Nadia G., a inventé l’anti-fascisme de proximité, d’extrême proximité... Notamment du fabuleux pied nickelé du FN belge - qui fait rire aux éclats la galaxie nazillone française de Lille à Marseille -, Georges-Pierre Tonnelier, leur meilleur ennemi ! Manuel Abramowicz, "Coordinateur de la rédaction et de l'Observatoire" (sic), familier des méthodes de ses insignifiants adversaires (par exemple la délation qu'il pratique à merveille), est à la rigueur scientifique et à la profondeur de vue ce qu'est B.H.L. à la philosophie - n'est pas Zeev Sternhell qui veut ! Notre Simon Wiesenthal de poche chercherait-il un poste à Charlie-Hebdo ? Le spinozisme façon Philippe Val, à l'évidence, fait du dégât jusqu'en Belgique ...
ANALYTIQUE : « Lorsque les identités de groupes sont produites dans un contexte de classification, de média de masse, de mobilisation et de légitimité dominé par la politique au niveau de l’Etat-nation, elles prennent les différences culturelles comme leur objet conscient. Ces mouvements peuvent alors adopter toutes une série de formes : être dirigée avant tout vers l’auto-expression, l’autonomie et la survie culturelle, ou bien être essentiellement négatif dans leur forme, largement caractérisé par la haine, le racisme et le désir de dominer ou d’éliminer d’autres groupes. C’est là une distinction clé, parce que mouvements culturalistes pour l’autonomie et la dignité impliquant des groupes longtemps dominés (tels que les afro-américains aux États-Unis et les Dalits en Inde) sont souvent tendancieusement taxés des mêmes défauts que leurs adversaires, qualifiés de racistes et d’anti-démocratiques. » (Arjun Appadurai).

DIALECTIQUE : « Peut-on diviser la réalité humaine - en effet, la réalité humaine semble authentiquement être divisée - en cultures, histoires, traditions, sociétés, races même, différant évidemment entre elles, et continuer à vivre en assumant humainement les conséquences de cette division ? Par là, je veux demander s’il y a quelque moyen d’éviter l’hostilité exprimée par la division des hommes, peut-on dire, entre “nous” (les Occidentaux) et “eux” (les Orientaux). Car ces divisions sont des idées générales dont la fonction, dans l’histoire et à présent, est d’insister sur l’importance de la distinction entre certains hommes et certains autres, dans une intention qui d’habitude n’est pas particulièrement louable. » (Edward Saïd)

PERFORMATIF : « Nous ne jugeons pas un homme selon la couleur de sa peau. Nous ne vous jugeons pas parce que vous êtes blanc ; nous ne vous jugeons pas parce que vous êtes basané. Nous vous jugeons d’après vos actes, nous vous jugeons d’après vos habitudes. Tant que vous aurez l’habitude du mal, nous serons contre vous. Et à nos yeux la pire forme du mal consiste à juger un homme d’après sa couleur de peau... Cette société est grosso modo aux mains de partisans du racisme, de gens qui pratiquent la ségrégation, la discrimination... Non, nous ne sommes pas contre ces gens-là parce que ces gens-là sont blancs. Non ! Nous sommes contre ces gens-là parce qu’ils larguent des bombes sur d’autres êtres humains à cause d’une simple différence de couleur de peau. Et parce que nous sommes contre tout cela, la presse prétend que nous sommes violents. Nous ne sommes pas pour la violence. Nous sommes pour la paix. Mais les gens à qui nous avons à faire, eux, sont pour la violence. Comment voulez-vous garder votre calme face à des gens pareils ? » (Malcom X)

CYNICO-PATHÉTIQUE : « Chaque fois que j'apprenais qu'un terroriste palestinien, ou
un enfant palestinien, ou une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza, j'éprouvais un tressaillement d'enthousiasme a la pensée qu'il y avait un musulman de moins.» (Houellebecq, littérateur sans estomac...)

PARADOXALE : « Dans les Grandes Antilles, quelques années après la découverte de l'Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d'enquête pour rechercher si les indigènes possédaient ou non une âme, ces derniers s'employaient à immerger des blancs prisonniers afin de vérifier par une surveillance prolongée si leur cadavre était ou non, sujet à la putréfaction (…) En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus "sauvages" ou " barbares " de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie. » (Levi-Strauss)

HUMORISTIQUE : «Jamais un homme blanc n'est primitivement issu du sein de la nature, il n'y a pas de race blanche : tout homme blanc est un homme décoloré .» (Schopenhauer)

Israël et Etats-Unis ou le rapport du microcosme au macrocosme…

A-t-on imaginé les dégâts occasionnés par le mythe de la frontière, cet ethnoscape américain, au Proche-Orient ?

On sait qu’une grande partie de ce que l’on appelle le « lobby sioniste » aux États-Unis n’est pas composé par les juifs new-yorkais mais par un certain nombre de sectes protestantes qui considèrent l'Amérique comme une deuxième terre promise et qui « croient » qu’il faut que tous les juifs rejoignent la terre d’Israël parce que c’est le signe et la condition de la deuxième venue du Messie. Ce jour-là, d’ailleurs, les juifs devront choisir entre devenir chrétiens ou disparaître en enfer. En découvrant ces détails – des convictions « électorales » de certains groupes non négligeables dans l’élection présidentielle du Monde –, les Européens sont en majorité atterrés (mais ils s'en remettent vite!).

La conviction que Dieu protège le conquérant, qu’on ne s’arrête pas aux Appalaches, qu’on ne s’arrête pas avant d’être arrivé au Pacifique, qu’il n’y a pas de ligne raisonnable où on puisse arrêter une grande civilisation pionnière en route, à moins d’une guerre victorieuse pour l’ennemi, remplit les citoyens américains religieux et patriotes d’une certitude incontrôlable. Ce modèle s’est projeté sur Israël sans difficultés et donne aux responsables israéliens successifs la certitude de ne rencontrer aucune limite dans leur guerre de conquête pionnière de la Palestine, et entraîne la perte des deux peuples dans la barbarie asymétrique par délégation qui devient le module génétique et le code reproducteur de l’empire unique délocalisé.

Évidemment, on risque cette catastrophe mondiale à partir du Moyen-Orient parce qu’Israël n’est pas une grande civilisation pionnière, c’est plutôt une microcivilisation pionnière. Le problème qui se pose c’est plutôt de se demander quel est le rôle que jouent Israël et la Palestine dans les représentations stratégiques religieuses globales des États-Unis. Du fait que cette alliance est l’alliance de deux identités d’échelles extrêmement différentes, elle produit des dégâts considérables dans le modèle des identités licites et de la paix de voisinage. Ce n’est pas parce que les protestants américains seraient plus sionistes que les États-Unis en général, c’est parce que le sionisme est un paradigme de conquête physique de la territorialité d’une domination dans le Moyen-Orient à une échelle de voisinage si « micro », que malgré la dissymétrie absolue et le désarmement des Palestiniens face au surarmement des Israéliens, elle débouche sur des « cruautés de proximités » comparables à celles qu’on a pu observer dans les Balkans.

Là aussi il faut se demander qui est responsable du déchaînement et de la spirale de l’interaction entre communautés disjointes et pourtant nécessairement au contact.

Dans le cas d’Israël et de la Palestine, la responsabilité de cette impasse absolue est à chercher bien plus du côté des États-Unis que des facteurs purement locaux, surgissant de la crise des échelles identitaires qu’on a pu observer dans l’ex-Yougoslavie.

Il n’y a pas de crise identitaire ni du coté israélien ni du côté palestinien. Ce sont les États-Unis qui maintiennent Israël hors-la-loi, violant toutes les résolutions de l’ONU dans la condition d’impunité exceptionnelle d’un morceau de l’empire global surpuissant directement au contact avec une microcommunauté locale, chassée, expulsée, massacrée « comme des Indiens ».

Il y a donc maintien, grâce à l’alliance israélienne, du principe de la « territorialité pionnière », chère aux Américains. Ce n’est pas du tout la même chose que de proclamer un empire sans limite, qui va régner par la transnationalisation du capital à l’échelle globale. On peut donc dire qu’il y a, dans la régression actuelle vers le militarisme, quelque chose comme une régression vers la nécessité de quelques conquêtes délimitées servant de point d’appui mais aussi de représentation concrète de la victoire.

Il s’est créé en effet un manque tragique pour l’identité stratégique américaine elle-même, avec la disparition de l’ennemi barbare localisé. Les palestiniens en savent aujourd'hui quelque chose...

Alain Joxe

L'Europe sous les ailes protectrices de "l'Empire"...

Les relations postcoloniales, dont la structure impériale est un cas particulier, sont complexes et ambivalentes. Ainsi on peut être une entité qui en domine une autre et être soi-même sous la domination d’un tiers, il en va d’elles comme du pecking order des gallinacés…

Le non irlandais au projet "constitutionnel" présente l'intérêt de relancer la discussion sur la construction de l'Union européenne. Cependant, le débat ne peut qu'être limité, car ce texte n'a rien de constituant. Il n'installe pas une nouvelle forme de souveraineté. Il ne fixe pas les rapports entre populations et autorités constituées, ni ne sert de guide à l'organisation de ces dernières. Le refus des différentes populations, lorsqu'elles sont consultées, montre que cette procédure ne rentre pas non plus dans l'imaginaire des peuples européens.

Ainsi, cette "Constitution" n'a pas pour objet d'unifier la diversité des populations de l'ancien continent, mais simplement de faire écran au réel : de masquer le fait que l'Europe n'existe que par son insertion dans une structure politique globalisée, placée directement sous souveraineté américaine. C'est ce que nous montre l'ensemble des accords signés entre les Etats-Unis et l'Union européenne. Ce réel, qui structure notre vie et supprime nos libertés fondamentales, est absent des débats actuels sur ce "projet constitutionnel". Limiter la confrontation à la question du Traité de Lisbonne ne peut que reproduire cette occultation.

Le dernier accord, signé en juin 2007, concernant le contrôle des transactions financières ainsi que celui relatif aux passagers aériens (1), consacre un nouveau mode d'existence du droit international. En fait, plutôt de droit international, il faut parler du droit national américain qui s'applique directement sur le territoire de l'Union européenne. La technique d'écriture consacrant la primauté du droit américain est la même dans les deux cas. Il ne s'agit pas d'accords entre deux puissances étatiques situées formellement sur un même plan, mais d'un engagement unilatéral de la part des Etats-Unis, qui le consacre comme puissance impériale exerçant une souveraineté directe sur les populations européennes. Pour satisfaire les exigences américaines, l'Union abandonne sa propre légalité et transforme son ordre juridique. Il s'agit de légaliser la situation de fait, engendrée par la décision des autorités américaines de se saisir des données personnelles des ressortissants européens.

Primauté du droit américain. Le 23 juin 2006, le "New York Times" a révélé l'installation, par la CIA, d'un programme de surveillance des transactions financières internationales. Le journal a mis à jour le fait que la société belge Swift a, depuis les attentats du 11 septembre, transmis au Département du Trésor des Etats-Unis des dizaines de millions de données confidentielles concernant les opérations de ses clients.

Swift, société américaine de droit belge, gère les échanges internationaux de quelque huit mille institutions financières situées dans 208 pays. Elle assure le transfert de données relatives aux paiements ou aux titres, y compris les transactions internationales en devises, mais ne fait pas transiter d'argent.

L'ensemble des données sont stockées sur deux serveurs. L'un situé en Europe, l'autre aux Etats-Unis. Les messages interbancaires, échangés sur le réseau Swift, contiennent des données à caractère personnel, protégées par les droits belge et européen.

Cette société est soumise également au droit américain, du fait de la localisation de son second serveur sur le sol des Etats-Unis. La société a ainsi choisi de violer le droit européen, afin de se soumettre aux injonctions de l'exécutif américain. Malgré la constatation des multiples violations des droits belge et communautaire, les autorités belges se sont toujours refusées à poursuivre cette société.

Rappelons que le système Echelon et le programme de surveillance de la NSA permettent de se saisir des informations électroniques, dont les données Swift, en temps réel. Leur lecture est d'autant plus facile que les systèmes de cryptage, DES, 3DES et AES, des données relatives aux transactions mondiales entre banques, sont tous les trois des standards américains brevetés aux USA. L'exécutif des Etats-Unis se fait donc remettre des données qu'il possède déjà ou qu'il peut obtenir facilement. Pour lui, il ne s'agit pas seulement d'installer un système de contrôle des transactions financières internationales, mais surtout de le faire légitimer.

La cessation des transferts vers les douanes américaines n'a jamais été envisagée. La transmission des informations n'a d'ailleurs pas cessé après la révélation de l'affaire. Afin de se conformer formellement à la directive européenne de protection des données, Swift a adhéré, en 2007, aux principes du Safe Harbor, qui "garantit" que les données stockées dans le serveur américain sont protégées par des normes analogues à celles en vigueur dans l'Union européenne. Le Safe Harbor laisse la personne concernée démunie. Si malgré tout, une personne ou une entreprise a la possibilité de pouvoir constater un manquement et qu'elle a la capacité d'entamer des poursuites, l'administration américaine peut encore invoquer la notion de "secret d'Etat", afin d'empêcher toute poursuite.

Une structure impériale. Quant au volet de "l'accord" de juin 2007, celui qui autorise la saisie des données personnelles par les USA, il aboutit à un engagement unilatéral américain. Il ne s'agit donc pas d'un accord bilatéral, comme le souhaitait le Parlement européen, mais bien d'un texte, dont le contenu n'a pas besoin de l'assentiment des deux parties pour pouvoir être modifié. L'administration des Etats-Unis a la possibilité, sans consultation de l'autre partie, de modifier ses engagements.

Dans cette lettre, le Département du Trésor donne des garanties purement formelles quant à l'utilisation des données. Il s'engage à les utiliser exclusivement pour lutter contre le terrorisme. Mais, la définition du terrorisme est tellement large qu'elle peut s'appliquer à toute personne ou organisation ciblée par l'administration.

Afin que les données intereuropéennes ne soient plus transférées aux Etats-Unis, mais sur un second serveur européen, des représentants de la société Swift ont laissé entendre, en avril 2008, que celui-ci serait situé dans la région de Zurich et serait opérationnel fin 2009. "L'accord" devra être adapté en conséquence. Celui-ci est évolutif. Il est construit de manière à pouvoir répondre en permanence à de nouvelles exigences américaines. Les autorités américaines continueront ainsi à se faire remettre des données financières européennes. L'alibi du serveur américain ne fonctionnant plus, cela aura pour effet de renforcer encore la souveraineté américaine sur le sol européen.

Cet "accord", comme celui relatif aux passagers aériens, révèle l'existence d'une structure politique impériale, dans laquelle l'exécutif des USA occupe la place de donneur d'ordres et les institutions européennes une fonction de légitimation vis-à-vis de leurs populations. Il n'y a pas deux puissances souveraines. Il n'existe qu'une seule partie, l'administration américaine qui réaffirme son droit de disposer des données personnelles des Européens. Dans une démarche unilatérale, elle concède des "garanties" formelles qu'elle peut unilatéralement modifier ou supprimer. L'exécutif américain exerce ainsi directement sa souveraineté sur les populations européennes.

Jean-Claude PAYE

Voir aussi "Le chaos sarkozien"

Sidi Ifni : répression locale, omerta globale...

Comment se fait-il que, mis à part sur Al Jazeera et YouTube, l’on ait rien entendu sur les événements de Sidi Ifni, ville du sud ouest marocain, située à quelques encablures d’Agadir et de Marrakech, ces hauts lieux du tourisme international pourtant ? Un silence assourdissant aussi pour ce qui concerne les "émeutes de la faim" de Sefrou, les révoltes étudiantes de Marrakech, les grèves de mineurs de Jbel Awam... Le mediascape occidental serait-il devenu sourd et muet ? N'y a-t-il pas une diaspora marocaine importante en Europe? N'est-t-elle pas concernée? Ou est-elle utile que comme source d'inquiétude (islamisme, immigration etc) ? S'agit-il là d'un blanc-seing, qui ne veut pas dire son nom, accordé par l'Europe aux nouveaux parapets à ses contremaîtres indigènes de l'autre rive de la Méditerranée, qu'ils soient marocains, algériens ou tunisiens ... ?

Ainsi à l’aube du samedi 7 juin, plus de 3000 policiers, accompagnés de chiens,
débarqués par la mer, ont délogé de force des manifestants, installés sous des tentes, qui bloquaient depuis le vendredi 30 mai l’accès au port de Sidi Ifni. Tous les témoignages s’accordent sur la violence de l’intervention policière. 110 personnes ont été arrêtées. Plusieurs dizaines de protestataires ont été blessés. Entre 4 et 8 personnes auraient été tuées, selon le Centre marocain des droits humains (CMDH). Deux jeunes filles auraient été violées par des policiers, qui ont aussi volé aux manifestants leurs portables, leur argent et leurs bijoux.

Des citoyens de Sidi Ifni, ville comptant 200.000 âmes, bloquent depuis le 30 mai les accès au port, poumon économique de la ville, et empêchent toute sortie de camions par l'installation de tentes en face de l'entrée du port. Les manifestants refusent de lever leur siège tant que leurs demandes ne seront pas satisfaites : ils exigent l’activation des accords conclus entre les autorités au niveau local et national pour l'ouverture de certaines unités industrielles permettant de créer des emplois pour les nombreux chômeurs de la région.

Cette confrontation a commencé suite à l’organisation par la municipalité d’une loterie pour recruter 8 personnes comme éboueurs, alors qu’il y avait 1000 demandes d’emploi.

Immédiatement après l'annonce des résultats de la loterie, les citoyens ont manifesté en se dirigeant vers le port pour protester contre le chômage, non loin d'une zone industrielle qui était censée offrir 6000 emplois.

Déjà en 2005, une délégation gouvernementale dirigée par Abdelkrim Ghalleb ministre de l'Équipement et des Transports, qui comprenait plusieurs ministres et parlementaires de la région ainsi que le wali (gouverneur) du Souss Massa Drâa, avait annoncé, par la réalisation de deux sites industriels, la création à court terme de 560 emplois. Les gens du lieu ont attendu en vain la réalisation de cette promesse.

Malgré les pressions de représentants des autorités locales, les manifestants ont refusé de mettre fin à leur sit-in. Une réunion d'urgence aura lieu le lundi suivant, à la Chambre de commerce et d'industrie d'Agadir en présence de certains opérateurs économiques, pour discuter de la possibilité de créer les deux unités industrielles en question.

Mais les investisseurs locaux de Sidi Ifni ont d'ores et déjà déclaré qu’il était impossible de trouver les 4 milliards de centimes nécessaires pour la création de ces dites unités industrielles et que c’était donc à l'État d'assumer ses responsabilités.

Cette manifestation coïncide avec le mouvement de grève des transporteurs routiers et des entrepreneurs du BTP contre la décision subite les obligeant à aller chercher le sable à Agadir, ce qui porte le coût du chargement de 150 (15 €) à plus de 1000 dirhams (100 €). Simultanément, les pêcheurs du secteur traditionnel et les commerçants en poisson sont aussi en grève contre la décision des autorités d’expérimenter un nouveau système de vente et d’achat de poisson, déjà rejeté dans d’autres régions. Les concernés s’estiment traités comme des rats de laboratoire...

Idriss Al Najar

Point presse

Hortefeux-la-joie

« La Race [française], ce que t’appelle comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puçeux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C’est ça la France et puis c’est ça les Français. » (L.F. Céline)

Brice Hortefeux, ancien du GUD, qui, à l'évidence, a gardé du réseau jusque chez les "Identitaires" (ah Assas - Paris II !), a noté jeudi le "progrès spectaculaire de l'immigration professionnelle" en France cette année et, à la veille de la présidence française de l'UE, a défendu l'idée d'un pacte européen pour l'immigration. Si nous baptisions ce pacte : Reconquista européenne ? Le ministre de l'Immigration, proche de Nicolas Sarkozy, dont la mission réelle est de fixer les voix de la droite et du Front national, a annoncé, au cours d'une conférence de presse, une forte progression des "éloignements" (en voilà un bel euphémisme ! c'est plus sympa que déportation c'est sûr...) de sans-papiers: avec 14.660 reconduites à la frontière sur les cinq premiers mois de 2008, lui qui aime tant les jardins à la françaises et les charters de la "République de proximité", soit une hausse de 80% par rapport à la même période de 2007. De juin 2007 à mai 2008, a précisé le Eichmann français light à costume de tweed, 29.729 étrangers en situation irrégulière, ni honnêtes ni propres sur eux, ont été reconduits à la frontière, soit une augmentation de 31% par rapport à la période juin 2006-mai 2007. Autre succès (l'on a les succès qu'on peut...) dont il se félicite : la baisse de 8%, en un an, du nombre des étrangers en situation irrégulière, une estimation basée sur plusieurs critères notamment le chiffre de l'aide médicale gratuite. Au-delà de cette sordide comptabilité, on comprend bien que le ministre des "mimiles" françaouis poursuivrait les clandos jusque dans les chiottes des hostos publiques, s'il le fallait ! On estime officiellement le nombre de clandestins entre 200 et 400.000 - soulignons au passage que les estimations en cette matière ont toujours été une pure rigolade! Avec une progression de 36,7% des entrées en France pour motif de travail sur l'année écoulée, Hortefeux-la-joie, cet authentique produit de Neuilly-sur-Seine, a insisté sur "le rééquilibrage très net en faveur de l'immigration professionnelle" en France. Oubliant au passage qu'il s'expliquait essentiellement par la prise en compte, dans les statistiques, des travailleurs européens de l'Est. "Rééquilibrage ", "progression", "critères"...: vous remarquerez le verbiage technocratique pour cacher le cracra de la chose et sa "banalité du mal", mais les agissements de sa joyeuse équipe sont sans équivoques ... Tandis que la Cimade jugeait "surprenant de faire venir des travailleurs depuis l'étranger alors qu'il y a des travailleurs sans papiers en France qui occupent leur poste depuis des années et qui souhaitent une régularisation". La proportion de cartes de séjour délivrées au titre du travail est ainsi passée de 7% du flux total des entrées durables en 2006, à 9,4% en 2007 et à 16% sur les 5 premiers mois de 2008. Malgré la hausse spectaculaire de 80% des reconduites à la frontière, Hortefeux-la-joie a l’outrecuidance de nier sa "politique du chiffre", en prétextant qu’il y aussi le nombre de "départs volontaires" d'étrangers… De juin 2007 à mai 2008, ces départs ont été de 8.349, soit un chiffre multiplié par 4 par rapport à l'année précédente. Le malheur, c'est que la plupart des associations dénoncent depuis longtemps les pressions faites, notamment sur les ressortissants roumains et bulgares, pour qu'ils acceptent de partir en échange d'une aide financière, alors même que leur statut de ressortissant européen leur donne le droit de revenir immédiatement en France. Soulignant la progression de 105% des interpellations d'employeurs de travailleurs sans-papiers au cours de l'année écoulée, mis à part les tenanciers de restos qu'il fréquente il va sans dire, Hortefeux-la-joie, défenseur attitré des souchiens de France, a fait valoir que "la lutte contre le travail illégal, ce cache-sexe de l'exploitation des sans papiers, a changé de dimension". En présence du ministre sénégalais de l'Intérieur Cheikh Tidiane Sy, du secrétaire d'Etat allemand aux Affaires européennes Peter Altmaier et de nombre d'ambassadeurs, Hortefeux-la-joie, lui qui aime tant Vichy, a par ailleurs souligné que l'immigration constituait une des quatre priorités de la présidence française de l'UE. Hortefeux-la-joie, le champion du "trope de la tribu" à la française, a plaidé en faveur du pacte européen sur l'immigration et l'asile, dit le pacte de la Reconquista, qui sera officiellement présenté les 7 et 8 juillet à Cannes, lors d'une réunion des 27 ministres en charge de l'immigration. Le pacte, qui lave plus blanc que blanc, répondra a cinq priorités: organiser l'immigration légale en tenant compte des besoins et des capacités d'accueil, lutter contre l'immigration irrégulière - et sale - en interdisant les régularisations massives, améliorer l'efficacité des contrôles aux frontières, poser les fondements d'une Europe de l'asile et enfin, favoriser le développement solidaire. Le dernier point dépassant le point d'obscénité absolue ! Abordant le volet "identité nationale", Hortefeux-la-joie, porte-flingue du Président, a "conseillé à tous ceux qui ironisaient" sur ce volet de son ministère, dont nous sommes, d'"analyser le vote irlandais". "Parmi toutes les raisons qui ont poussé au "non", il y a cette inquiétude sur l'identité de leur nation". Car, comme l’on sait, il est plus facile de pérorer sur l'identité que d'agir sur le pouvoir d'achat !

Inspiration : AFP

RESF ou "en avoir..."

L'Europe aux nouveaux parapets ou le bâton merdeux du XXIe siècle ...

La "directive de la honte" a été adoptée par le parlement européen...A tous les opprimés, affamés et miséreux du monde : pardon pour l’Europe !
Ils l’ont fait ! Par 367 voix contre 206 et 109 abstentions, le Parlement européen a adopté la "directive retour", qui permet de maintenir les immigrés clandestins en détention jusqu’à 18 mois et peut les frapper ensuite de 5 ans d’interdiction du territoire de l’Union européenne. Y compris les mineurs : "Ces derniers peuvent être purement et simplement expulsés vers des pays où ils n’ont aucune attache familiale ni aucun tuteur légal", proteste en marge de la manifestation d’hier, qui a réuni quelques centaines de personnes devant le parlement européen, avec comme participant le chanteur Manu Chao, la députée verte Hélène Flautre, présidente de la sous-commission des droits de l’Homme au Parlement européen. Sous-commission : son titre se passe de commentaire.
Cette loi a été votée grâce à une alliance entre conservateurs et libéraux, facilitée par les tergiversations et divisions du groupe socialiste. Honte à ceux qui se disent "socialistes" et qui pourtant, par démagogie, ont laissé passer cette loi : "Les socialistes sont officiellement contre le compromis, mais plusieurs délégations importantes qui sont au pouvoir dans leurs pays comme les Allemands, les Espagnols et les Britanniques, auraient tendance à le soutenir", s’indigne le président du groupe de la gauche unie européenne (GUE), le Français Francis Wurtz, qui qualifie le texte de "véritable injure à la dignité humaine".
"En prévoyant l’enfermement de migrants non communautaires pour une durée maximale de 18 mois, en autorisant l’expulsion d’enfants, qui plus est hors de leur territoire d’origine, en instituant une interdiction du territoire européen de 5 ans, cette directive porte atteinte aux libertés publiques et fait de l’enfermement un mode de gestion courant des populations migrantes, réagit la Cimade (Comité Inter-Mouvements Auprès Des Evacués, service oecuménique d’entraide). Sourds aux appels des ONG, sourds aux appels des Eglises, sourds aux appels de nombreux représentants d’Etats du Sud, sourds aux mobilisations citoyennes, les parlementaires européens ont, dans leur majorité, choisi de renoncer à toute velléité de résister à la logique policière qui sous-tend la politique d’immigration conduite par les ministres de l’Intérieur en Europe depuis 20 ans".
De la même façon que nous avions honte d’être Français au soir de l’élection du grand manipulateur, nous avons aujourd’hui honte d’être Européen. Et nous demandons solennellement pardon à tous les opprimés, affamés et miséreux du monde.

Le nouveau droit "impérial" belgicain

Procès des « filières kamikases » : sommes-nous des sujets du droit impérial sous les auspices de Carl Schmitt ?

La 12ème chambre correctionnelle de la Cour d'Appel de Bruxelles a ouvert, le 21 avril, le procès en appel de 5 prévenus, condamnés en première instance, pour appartenance à un groupe terroriste, à des peines de 28 mois à 10 ans de prison. Ils sont accusés d'avoir participé à une filière qui aurait recruté en Belgique des combattants prêts à mourir, en vue de faire la guerre en Irak. L'accusation leur reproche, notamment, d'avoir contribué au passage en Irak de Muriel Degauque, qui se serait fait exploser le 9 novembre 2005.

Dans un conflit dans lequel la Belgique n'est pas partie prenante, le tribunal se donne la compétence de déterminer, parmi les forces en lutte, celles qui sont légitimes et celles qui sont criminelles.

Plutôt que de considérer les prévenus comme des combattants, luttant contre la présence illégitime des troupes américaines, statut prévu dans le droit international humanitaire, le tribunal les désigne comme des terroristes et cela pour deux raisons, d'une part, leur combat ne serait pas juste et, d'autre part, les moyens employés les désignent comme des criminels.

Le tribunal estime que ces hommes faisaient partie de milices islamistes qui "rêvent de créer une guerre civile interconfessionnelle pour amener au pouvoir un régime rétrograde". Le président du tribunal avait aussi déclaré que"leur objectif réel était de se livrer à une guerre de religion et à une croisade anti-occidentale" afin d' instaurer un califat. Pourtant, le tribunal a accordé foi aux déclarations du prévenu L. selon lesquelles il s'était battu sur le front, à la bataille de Fallouja en 2004, contre les raids américains et non contre des civils.

Ainsi, malgré que la guerre initiée par les Etats-Unis ait été déclenchée en violation du droit international et pour des motifs, collaboration du régime irakien avec le réseau Ben Laden, existence d'armes de destruction massive, qui ont été invalidés par les faits, le jugement s'inscrit dans le cadre du « choc des cultures » et de « la lutte du bien contre le mal » initiée par le Président des Etats-Unis.

Ignorant l'existence des troupes d'occupation, 150.000 soldats et plus de 100.000 mercenaires, le procureur a estimé que l'occupation de l'Irak était déjà terminée au moment des faits. Le passage d'un état de guerre à une situation de paix ne serait pas déterminée par la réalité du terrain, mais par la déclaration faite par l'administration américaine. Cette reprise intégrale du point de vue américain a été partagée par le tribunal, qui a estimé qu’il n’y avait pas de conflit armé en Irak en 2004-2005 au sens du droit international humanitaire, au motif que les factions armées dissidentes n’ont pas occupé de partie significative du territoire irakien, à partir de laquelle elles auraient pu lancer des attaques systématiques. Rappelons que, par exemple, l'application de ces critères aux résistants à l'occupation nazie les transformeraient en terroristes.

Leur manque de visibilité est aussi, pour le tribunal, un élément qui les désigne comme des terroristes.

Un combattant ne peut que faire partie d'une armée régulière d'un Etat constitué. Toute guérilla, toute guerre de résistance des populations contre un ennemi militairement supérieur devient automatiquement criminelle.

Cependant, ce jugement ne semble pas s'appliquer aux mercenaires employés par des firmes privées américaines, combattants qui ne sont pas soumis au droit de la guerre et qui ne sont pas plus identifiables que les résistants. Ils ne mènent, non plus, aucune action couvrant l'ensemble du territoire.

Ce ne serait donc pas les caractéristiques intrinsèques d'un combattant qui feraient de lui un criminel, mais simplement le fait qu'il est désigné comme tel par l'administration américaine. C'est le pouvoir que se donne celle-ci de nommer un ennemi comme un terroriste que conforte le tribunal. Cette reconnaissance l'intègre dans un ordre de droit impérial.

L'accusation et le jugement de première instance reposent sur une construction: l'existence d'une filière belge de kamikazes pour combattre en Irak. La réalité d'un groupe structuré n'a pas été établie et le parquet fédéral n’a pas rapporté la preuve que les personnes prévenues ont « recruté des terroristes ».

Les éléments transmis par le FBI ne permettent pas de savoir avec précision ce qui s’est passé. Le parquet fédéral n'a pu étayer que les prévenus avaient l’intention d’envoyer des gens en Irak pour s’y faire exploser.

Les preuves reposent sur des demandes d’entraide adressées aux USA, au Maroc, à l’Algérie, à la Turquie, à la Syrie, à la France, à la Thaïlande. Les éléments recueillis par cette voie sont présumés l’avoir été de manière régulière, sans que la défense ait eu les moyens d'en vérifier la légalité. Le tribunal considère qu’en matière d’entraide judiciaire internationale, il n’est pas requis que soit transmise l’intégralité du dossier. Il est ainsi impossible de renverser la présomption de légalité de ces éléments. Pourtant la défense a montré que la recherche et la saisie de données informatiques étaient entachées d'irrégularités selon le droit américain.

Des preuves recueillies en Algérie ont aussi été acceptées et ce malgré que le Conseil de l'Europe considère que ce pays utilise systématiquement la torture dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Le tribunal a déclaré qu'il « n’est ni équipé, ni compétent, ni habilité à décerner de bons et de mauvais points à un Etat en la matière ». Ce tribunal, non habilité pour vérifier la légalité des moyens de preuves qui lui sont soumis, se donne cependant une compétence universelle pour définir ce que sont une démocratie, un état de guerre ou de paix ou ce que sont une guerre et une résistance justes.

Si le tribunal d'Appel confirme le premier jugement, cela créerait une jurisprudence qui permettra que l'incrimination américaine « d'ennemi combattant illégal », soit reconnue dans notre ordre pénal.

Cela facilitera des demandes d'extradition de citoyens belges vers les USA sur base de cette notion et rien, dans les accords d'extradition, signés en 2003 entre l'Union européenne et les Etats-Unis, n'empêche que les personnes remises soient jugées devant des commissions militaires, des tribunaux spéciaux où les droits de défense n'existent pas.

Cette jurisprudence placerait ainsi notre système judiciaire dans un ordre juridique impérial. Il perdrait non seulement son autonomie, mais aussi sa capacité de juger des faits, devant valider des systèmes de valeur et les prises de position politiques des autorités américaines.

Jean-Marie Dermagne, avocat, ancien Bâtonnier, enseignant UCL

Bernard Francq, professeur UCL

Corrine Gobin, chercheuse ULB

Lieven de Cauter, philosophe KULeuven/RITS

Jean-Marie Klinkenberg, professeur ULG

Dogan Özguden, jounaliste Info-türk

Christine Pagnoulle, enseignante ULG

Jean-Claude Paye, sociologue

Eric Therer, avocat

Jean Pestieau, professeur UCL

Dan Van Raemdonck, professeur ULB

Insécurité sous la plume d’un barbare

Total soutien à Hamé de la Rumeur ! L’avocat général de la cour d’appel de Versailles a demandé ce mardi qu’une peine « particulièrement significative » soit prononcée à l’encontre de l’un des rappeurs du groupe La Rumeur, Hamé, poursuivi par le ministère de l’Intérieur pour des propos dénonçant des policiers "assassins". Voici le texte incriminé :

Ca y est, les partisans chevronnés du tout sécuritaire sont lâchés. La bride au cou n’est plus et l’air du temps commande aux hommes modernes de prendre le taureau par les couilles. Postés sur leurs pattes arrières, les babines retroussées sur des crocs ruisselant d’écume, les défenseurs de « l’ordre » se disputent à grands coups de mâchoires un mannequin de chiffon affublé d’une caquette Lacoste.

Sociologues et universitaires agrippés aux mamelles du ministère de l’intérieur, juristes ventrus du monde pénal, flics au bord de la crise de nerfs en réclamation de nouveaux droits, conseillers disciplinaires en zone d’éducation prioritaire, experts patentés en violences urbaines, missionnaires parlementaires en barbe blanche, journalistes dociles, reporters et cinéastes de « l’extrême », philosophes amateurs des garden-parties de l’Elysée, idéologues du marché triomphant et autres laquais de la plus-value ; et bien évidemment, la cohorte des responsables politiques candidats au poste de premier illusionniste de France... tous, jour après jour, font tinter en prime-time le même son de cloche braillard :

« Tolérance zéro » !!! ` « Rétablissement de l’ordre républicain bafoué dans ces cités où la police ne va plus ».

Ils sont unanimes et hurlent jusqu’à saturation, à longueur d’ondes et d’antenne, qu’il faut « oser » la guerre du « courage civique » face aux hordes de « nouveaux barbares » qui infestent la périphérie de nos villes. Qu’on en finisse avec le diable !!! l’ennemi intérieur, fourbe et infâme, s’est immiscé jusque dans nos campagnes et y a pris position. Ne craignons pas les contrats locaux de sécurité, les couvre-feux, l’abaissement de l’âge pénal à 13 ans, l’ouverture de nouveaux centres de détention pour mineurs, la suppression des allocations familiales aux familles de délinquants... Que la caillera se le tienne pour dit, la République ne laissera pas sombrer le pays dans le chaos apocalyptique des vols de portables, du recel d’autoradios ou du deal de shit sous fond de rodéos nocturnes...

La République menacée, la République atteinte mais la République debout !!! Quelle leçon d’héroïsme ! Quelle lucidité d’analyse ! Et quel formidable écran de fumée !! A la table des grand-messes, la misère poudreuse et les guenilles post-coloniales de nos quartiers sont le festin des élites. Sous les assauts répétés des faiseurs d’opinion, les phénomènes de délinquance deviennent de strictes questions policières de maintien de l’ordre ; les quartiers en danger se muent en quartiers dangereux dont il faut se protéger par tous les moyens ; et les familles immigrées victimes de la ségrégation et du chômage massif, endossent la responsabilité du « malaise national ».

La crème des auteurs de la pensée sécuritaire joue à l’idiot à qui on montre la lune du doigt et qui regarde le doigt. Exit les causes économiques profondes. Exit les déterminismes sociologiques. Exit le risque que le débat prenne un jour l’aspect d’un réquisitoire contre les vrais pourvoyeurs d’insécurité : ceux-là même qui ont réduit des centaines de milliers de famille à vivre avec 4000 francs par mois ; ceux-là même qui appellent de leurs vœux les plus chers la marche forcée vers « l’économie de marché débridée ».

Nous ne lirons pas, dans la presse respectable, que les banlieues populaires ont été, depuis une vingtaine d’années, complètement éventrées par les mesures économiques et sociales décidées depuis les plus hautes sphères de l’Etat et du patronat pour pallier à la crise sans toucher à leur coffre-fort.

Nous n’entendrons pas sous les luminaires des plateaux de télévision, qu’à l’aube maudite du mitterrandisme, nos parents et nos plus grands frères et sœurs ont été les témoins vivants d’une dégradation sans précédent de leur situation déjà fragilisée.

L’histoire officielle ne retiendra pas l’énergie colossale déployée par les gouvernements des trois dernières décennies pour effacer les réseaux de solidarité ouvrière enracinées dans nos quartiers. Pas plus qu’elle ne retiendra le travail de récupération et de sape systématique des tentatives d’organisation politique de la jeunesse des cités au milieu des années 80.

Qui parmi les scribouillards du vent qui tourne s’indignera de l’opacité entretenue vis-à-vis de la vallée de larmes et de combats que fut l’histoire de nos pères et grands-pères ? Parmi ces hommes de paille éructant la « croisade républicaine », combien déclareront la guerre du « courage civique » devant les ravages psychologiques du mépris de soi chez des générations qui atteignent la vingtaine avec 8 ans d’échec scolaire et 3 ans de chômage ? Les logiques d’autodestruction (toxicomanie, alcoolisme, suicide...) où certains d’entre nous sont conduits par pur désespoir et complète perte de foi en l’avenir, mériteront-elles quelconque voix au chapitre de l’insécurité ?

Les pédagogues du dressage républicain n’auront pas en ce sens la critique fertile. Ils n’esquisseront nulle moue face à la coriace reproduction des inégalités sociales au travers des échelons du système scolaire, ni l’élimination précoce du circuit de l’enseignement de larges franges de jeunes qui ne retiennent de l’école que la violence qui leur a été faite. Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. Il n’y figurera nulle mention de l’éclatement des noyaux familiaux qu’ont provoqué l’arsenal des lois racistes Pandraud-Pasqua-Debré-Chevènement et l’application à plein rendement de la double peine.

Les études ministérielles sur la santé refermeront bien vite le dossier des milliers de cancers liés à la vétusté de l’habitat ou au non-respect des normes de sécurité sur les chantiers de travail. La moyenne effroyablement basse de l’espérance de vie dans nos quartiers ne leur semblera être, elle aussi, qu’un chiffre indigne de tout commentaire. Bref, ils n’agiteront jamais au vu de tous le visage autrement plus violent et criminel de l’insécurité. Aux humiliés l’humilité et la honte, aux puissants le soin de bâtir des grilles de lecture.

À l’exacte opposée des manipulations affleure la dure réalité. Et elle a le cuir épais. La réalité est que vivre aujourd’hui dans nos quartiers c’est avoir plus de chance de vivre des situations d’abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l’embauche, de précarité du logement, d’humiliations policières régulières, d’instruction bâclée, d’expérience carcérale, d’absence d’horizon, de repli individualiste cadenassé, de tentation à la débrouille illicite... c’est se rapprocher de la prison ou de la mort un peu plus vite que les autres...

Les hommes et les femmes qui dirigent ce pays savent tout cela. Ils savent aussi que la libéralisation massive de la vie économique française est en très bonne voie. Ils savent que les privatisations, les fusions, les délocalisations de nombreux secteurs d’activité vont se généraliser comme va se généraliser la paupérisation. Ils savent que la nouvelle configuration du marché exige la normalisation du salariat précaire et l’existence d’une forte réserve de chômeurs et de sans-papiers.

Et ils savent surtout que les banlieues populaires (parce qu’elles subissent de plein fouet et avec le plus d’acuité les mutations de la société française) sont des zones où la contestation sociale est susceptible de prendre de radicales formes de lutte si elle trouve un vecteur qui l’organise. On comprendra qu’il est de nécessité impérieuse d’installer toujours plus d’instruments de contrôle et de répression « éclair » au sein de nos quartiers. On comprendra que le monde du pouvoir et du profit sans borne a tout intérêt à nous criminaliser en disposant de notre mémoire et de nos vies comme d’un crachoir.

Hamé

Pauvre islamophobe...

Un jour, il s’inquiète des mariages forcés, oui mais pas trop… L’autre, il s’offusque instinctivement d’une « répudiation » pour non virginité, oui mais avec le sens de l’à-propos tout de même. Pauvre islamophobe ! Il ne sait plus d’où donner de la tête, sa connerie ébouriffante l’emporte loin, tout là-bas aux confins de la bêtise absolue, dans les plaines élyséennes des nigauds patentés… L’important, pour lui, c’est la haine et son objet, qui eux étrangement restent immuables - un sémite est un sémite ! -, c’est là son point de référence, son horizon indépassable, c’est l’abcès de fixation de sa fièvre névrotique, car, comme tous les dépressifs le savent, la postmodernité est un monde liquide et déréalisé. L’important, son ultime raison d’être, c' est d’en découdre avec sa cible favorite, tout est bon dans ce cochon-là, dans ce jeux de massacre tout est prétexte à ivresse de haine, de cette haine, dont on sait depuis Freud, qu’elle est si proche de l’amour, oui mais de l’amour du néant. Amor vacui… Bien entendu, dans cette démarche la logique et la raison sont interdites de séjour, personna non grata, liquéfiées, atomisées, l'ahuri peut battre la campagne en toute régression... ; le mythe règne en maître, pourvu de sa narrativité archaïque, qui, ici, s'incarne dans le sang de la vierge offert à un minotaure barbu qui psalmodie le Coran… Soit un storytelling islamophobe des plus pathétiques, qui nous est livré pile-poil au 20 heures, dont même Perrault, qui en racontait de belle pourtant, n'aurait pas osé la mise en récit. Aussi rien d’étonnant, si la première salve vint d’une dénommée Elisabeth Badinter, le reste de la troupe suivit peu après et au pas de l'oie, féministe de son état, surtout le dimanche et jours fériés, dont la profession réelle est d’acheter « du temps de cerveaux disponibles » à qui veut bien lui en offrir à bon prix, car cette Louise Michel de la rive gauche, fille d'un Barnum Français, émarge à Publicis et ad vitam … Cette psychopathologie collective et francaouie, qui, sans pudeur aucune, déborde de toutes parts, ne serait qu’une farce grotesque de plus, une pantalonnade de précieuses ridicules du troisième millénaire, si elle n'occultait des faits bien réels, eux, par exemple, que le franco-belge Michel Fourniret, surnommé « l'Ogre des Ardennes », dont on aurait tant aimé qu'il fut musulman, raffolait lui aussi de vierges, mais pour un tout autre emploi… On ne le redira jamais assez, n'en déplaise aux adeptes des gros dualismes aux dents creuses : « Il n’y a qu’un seul monde ». Ainsi convient-il de s’interroger sur les conditions sociales de production d’un tel personnage, pur produit de nos sociétés avancées et souchien en diable, autrement qu’en se défaussant sur les mystères insondables de la folie… La déraison a elle aussi ses raisons. Une piste ? « Quel meilleur symbole des peurs inconscientes, dont le remugle est charrié par la politique spectaculaire, que cette pédophilie, dont on a vu depuis des années, culminant au procès d’Outreau, qu’elle symbolisait, dans notre société proprement pornographique, les désirs ensevelis dont il ne saurait être question? » (Badiou). Ambivalence de la fascination. Ou fascination de l'ambivalence? Piste qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui vaut bien plus qu'un pauvre islamophobe...