Une version congolaise de l'Arche de Zoé

Au Congo Brazzaville, la suspension des adoptions internationales, suite de l’affaire de l’Arche de Zoé au Tchad, suscite des controverses. Certains orphelinats et ONG mis en cause réaffirment leur volonté de poursuivre leur mission coûte que coûte.


D’habitude peuplé d’enfants, cet orphelinat crasseux de Poto-Poto, un quartier nord de Brazzaville, est, ces dernières semaines, quasiment désert. "Nous avons envoyé les enfants dans d’autres orphelinats à cause des travaux de réfection. Quand nous aurons fini, ils reviendront", tente d’expliquer un pensionnaire, discret, comme beaucoup de personnes que nous rencontrerons par la suite. À y regarder de plus près, aucun chantier n’est en cours ici…
Désormais mal vus par le gouvernement congolais, qui a décidé de suspendre les adoptions internationales, six jours après l’arrestation, le 25 octobre au Tchad, de membres de l’association française l’Arche de Zoé, pour tentative d’évacuation de 103 enfants, bien d’autres orphelinats de Brazzaville revoient leurs effectifs à la baisse. "Depuis décembre dernier, certains enfants vivant dans ces orphelinats ont été remis à leurs parents", soutien Loamba Moké, président de l’Association des droits de l’homme et de l’univers carcéral (Adhuc), une Ong congolaise, qui, depuis plusieurs mois, dénonce les pratiques de certains. "Nous avons été saisis par des parents avec lesquels nous avons constitué des dossiers pour informer les autorités et les services de la sécurité, mais (jusqu’à dernièrement, Ndlr) rien n’a été fait pour arrêter ce trafic", ajoute M. Moké.
En Espagne, le gouvernement local catalan a de son côté ouvert des poursuites contre l’ADIC, Asociación de adopción de Niños en el Congo (Association pour l’adoption des enfants congolais), pour des faits établis en 2005. L’association incriminée proposait des enfants congolais à des familles espagnoles moyennant 250 000 Fcfa (environ 380 €) pour la "parente" intermédiaire. Après enquête, il s’est avéré que les gamins en question n’étaient nullement orphelins et avaient été pris à leurs parents auxquels on avait fait différentes promesses : nourriture, soins, scolarisation dans la capitale, etc. En réalité, l’ONG espagnole déclarait l’enfant "abandonné", modifiait son nom de famille et changeait, dans certains cas, sa nationalité… Le tout sans que les vrais parents, bel et bien vivants, soient tenus au courant !
En toute illégalité…
Depuis la fin des combats dans le pays, en 1999, bon nombre de parents seraient ainsi à la recherche de leurs enfants confiés provisoirement à des orphelinats. La direction générale de l’Action sociale et de la famille, à travers l’ADIC, avance le chiffre de 11 enfants adoptés par des familles espagnoles depuis août 2006. Depuis sa prise de fonction, en mars 2007, le ministre congolais de la Justice et des droits humains, Aimé Emmanuel Yoka, évoque lui 17 cas impliquant des ressortissants espagnols.
Si certaines ONG respectent les procédures d’adoption à international, d’autres, aidées par des intermédiaires locaux (notamment des "parents éloignés" employés d’un orphelinat et différents magistrats qui faciliteraient les démarches d’adoption), sont moins légalistes. "Des gens avides d’argent préfèrent traiter directement avec les Ong étrangères en toute illégalité", reconnaît un directeur d’orphelinat. Il explique qu’en principe, au Congo, pour qu’un enfant soit adopté officiellement, l’Ong étrangère doit normalement, à travers son antenne locale, s’adresser à l’orphelinat qui lui propose un enfant. L’antenne locale introduit ensuite une demande d’adoption au tribunal de grande instance de Brazzaville. "Une fois que l’adoption est établie, l’enfant est remis à l’Ong qui se charge de lui jusqu’à son arrivée en Europe. En contrepartie, le responsable de l’orphelinat reçoit divers dons pour faire vivre sa structure", poursuit-il.
"Par enfant, une famille d’accueil peut te verser entre 1 500 et 2 000 €. Pour nous, c’est beaucoup", confie un ancien responsable d’un orphelinat, expulsé des Pays-Bas il y a quelques années pour trafic de drogue, et qui a rejoint depuis une autre structure spécialisée dans l’adoption. "À notre tour, on verse aux parents éloignés qui nous apportent ces enfants un petit pourcentage", poursuit-il.
Parcours de combattants
Malgré la récente suspension du gouvernement, plusieurs responsables d’orphelinats sont décidés à poursuivre leur mission. "Ce n’est pas un simple communiqué de presse (du ministre, Ndlr) qui va nous faire abandonner notre travail", explique un juge pour enfants. D’après eux, pour être réellement effective, la suspension aurait auparavant due être débattue au parlement. "Quand nous avons demandé au directeur de l’Action sociale et de la famille si cette décision avait un effet rétroactif, il ne nous a pas répondu. Au moment où elle a été prise, certains enfants déjà adoptés attendaient leurs départs pour l’Europe, d’autres sont partis après", explique le responsable d’un centre d’accueil.
À côté de ces ONG aux pratiques douteuses, les associations qui ont toujours respecté la loi craignent que les procédures d’adoption d’enfants étrangers, qui, selon elles, relevaient déjà du parcours du combattant pour les familles européennes, ne se compliquent encore davantage. Au total, Brazzaville compte plus de 15 orphelinats qui, en temps normal, abritent chacun entre 20 et 30 enfants. Certains sont des orphelins, d’autres des enfants abandonnés par leurs familles. "Certaines personnes viennent déposer leurs enfants dans l’espoir qu’un jour il se retrouve en Europe et sauve la famille. Nous sommes des humains. Et dans cette affaire il y a tout", résume le responsable d’un orphelinat qui, à l’instar des autres, ne vit que grâce aux dons.

Historiographie ambigue et lacunaire du Congo

Vives, les controverses suscitées par les prétendus « bienfaits » de la colonisation ont débouché sur un débat, certes intéressant, mais hélas trop franco-français. Alors que tout semblait dit et écrit sur la présence belge en Afrique, l’ouvrage de Guy Vanthemsche (1) suggère qu’au contraire l’essentiel reste à écrire. Il s’interroge sur les impacts de l’aventure coloniale congolaise, sur le vécu social métropolitain, la politique, le développement économique ainsi que le poids géopolitique de la Belgique.
De cette analyse se dégagent quelques traits saillants. Bien que présent dans la rhétorique nationaliste officielle, le Congo n’a occupé qu’une place assez marginale sur la scène politique intérieure belge, sauf lors de la reprise de la colonie personnelle du roi Léopold par l’Etat, pendant les guerres mondiales, ainsi qu’en 1960 avec la dramatique décolonisation. Mais, alors qu’elle était sans poids stratégique véritable, la Belgique acquit une stature internationale grâce à l’aventure coloniale. Cette médaille a eu son revers : Bruxelles a essuyé des critiques à l’Organisation des Nations unies (ONU) pour son aveuglement vis-à-vis des mouvements d’émancipation africains.
Désarçonnés par les secousses d’un phénomène sur lequel ils n’avaient aucune prise, les Belges s’employèrent, au lendemain de l’indépendance, en 1960, à « modeler la politique congolaise ». Ensuite, ils s’accommodèrent avec le régime mobutiste, contraints de pratiquer une diplomatie que l’auteur qualifie de cyclothymique.
Réédition d’un ouvrage publié en 1989 au moment où la crise belgo-zaïroise atteignait son paroxysme, le recueil d’études de Jean Stengers (2), pionnier de l’histoire coloniale, démythifie minutieusement les innombrables légendes dorées et noires qu’apologistes et détracteurs de la colonisation ont fabriquées. Les chapitres de 1989 ont été repris sans subir la moindre retouche afin que le lecteur – souligne Stengers – soit assuré qu’il lit des études rédigées in tempore non suspecto par un historien faisant uniquement son métier. Ces études traitent notamment du rôle de Léopold II. La nouvelle édition s’enrichit de trois textes portant sur la surévaluation de la population congolaise, la critique de l’ouvrage d’Adam Hochschild Les Fantômes du roi Léopold (Belfond, Paris, 1998) et les « malaises de l’histoire coloniale » que Stengers a publié en 1979 pour déplorer le déclin de l’enseignement et de la recherche en histoire coloniale depuis 1960 en Belgique.
Ces deux ouvrages fournissent aux Congolais des matériaux culturels permettant une lecture critique de tous les versants de l’histoire coloniale. A eux de s’en servir avec intelligence pour s’approprier une histoire, la leur, expurgée de toute forme de mythologie historique, qu’elle soit d’origine universitaire ou politique. Ainsi, au plus fort des polémiques sur les « bienfaits » de la colonisation, le président Joseph Kabila prononçait devant le Sénat belge, en février 2004, un discours rendant un vibrant hommage aux pionniers de l’aventure coloniale belge au Congo.
Ecrit à la suite des controverses suscitées en Belgique par la projection du téléfilm Le Roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire, de Peter Bate, dénonçant les violences coloniales sous Léopold II, l’ouvrage du professeur de Louvain Michel Dumoulin comprend une abondante historiographie (3). Mais force est de constater qu’il laisse plusieurs questions sans réponse, notamment le titre : « Léopold II, roi génocidaire ? ». L’auteur ne fournit guère d’éléments significatifs permettant aux lecteurs de comprendre les logiques perverses de ce système de violence dont la société congolaise porte encore des stigmates.

(1) Guy Vanthemsche, La Belgique et le Congo, Nouvelle Histoire de Belgique, vol. 4, Complexe, Bruxelles, 2007, 360 pages, 19,90 euros.
(2) Jean Stengers, Congo. Mythes et réalités, Racine, Bruxelles, 2005, 317 pages, 24,95 euros.
(3) Michel Dumoulin, Léopold II, un roi génocidaire ?, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 2005, 122 pages, 17 euros.

L’éternel retour du sexe des anges

Il n’est pas que dans la Byzance finissante qu’on aime à discuter « du sexe des anges ». Le PS bruxellois a lui aussi ses querelles byzantines. La dernière en date, esprit du temps oblige, concerne l’ « hymen des musulmanes ». Car il faut être absolument moderne. Le détail de la controverse s’énonce comme suit : « la musulmane doit-elle recourir à la chirurgie esthétique pour recouvrir l’honneur perdu ?» Aussi l’une des grandes rhétoriciennes du PS, Isabelle Emmery, et féministe comme on en fait plus, qu’on surnomme la Cicéron de l’Avenue Théo Verbeeck, mue par « un devoir d'intervention » et des arrières pensées électoralistes, s’est fendue, d’une « carte blanche » dans notre quotidien vespéral national, dont on sent l’agonie prochaine tant il racole large ces derniers temps… Jugeons du contenu de ce grand moment de bravoure. Et bien, il n’est guère épais. Pour toutes « pensées », on y trouve les associations automatiques habituelles, car Pavlov a bien des adeptes au PS bruxellois malheureusement, la petite chansonnette suivante : « port du voile », « mariages forcés », « excision »…, finissez la liste tout seul ! Notre Cicérone d’Anderlecht, se prenant pour une Louise Michel de la kermesse du Midi, et tel un perroquet, annone et bredouille sa leçon islamophobe mal apprise, leçon entendue mille et une fois pourtant. Comme il se doit, le fond de son discours se camoufle sous des termes, qu’elle qualifie de Valeurs (fondamentales), aussi confus que ronflants tels que « émancipation », « respect », « égalité », tandis que les forces du « mal » sont désignées par des périphrases qui ne trompent personne : « le poids des traditions », « l’obscurantisme », « l’archaïsme »… Dans ce combat immémorial du bien contre le mal, le dualisme étant le rationalisme des imbéciles, notre Sainte-Georgette-des-abattoirs-dAnderlecht, qui a enfin trouvé un dragon à sa mesure, a pour toute référence conceptuelle des débats vus, à la sauvette, sur la télévision québécoise sans doute captée par une antenne satellite, c’est vous dire la modernité extrême et la largeur d'esprit de notre Cicérone. Et dans sa quête du Graal, à savoir « la démocratie émancipatrice des genres » (sic), elle a pour adjuvant la très bancale « ni putes ni soumises Belgium ©», avec une telle alliance, c’est un peu comme si un aveugle servait de guide à un sourd pour gravir l’Everest… Mais que signifie au juste cette rhétorique creuse et ces gesticulations fanfaronnes ? Le PS bruxellois brasse du vent pour occuper son vide idéologique et dissimuler son bilan dérisoire. La manière de faire est connue, il s'agit de lancer un débat sociétal pour éviter de parler et surtout d'agir sur le social, sur lequel on sait qu'on a plus aucune prise... Comme la campagne éléctorale bat son plein, il s'agit aussi de lâcher les chevaux légers, très légers !, en vue de grapiller quelques voix chez les laïcistes « petits blancs » pur jus, dans le langage du marketing, on appelle ça, diversifier l'offre, car chez les petits épiciers du politique, il n'y a pas de petits profits. Et pourtant. Urbi, de quelles décisions visant à améliorer le sort des musulmanes « concrètes », la Cicérone, Députée socialiste à la Région bruxelloise et à la Communauté française, peut elle se prévaloir ? Connaît-elle la population féminine qui fréquente Actiris ? Sait-elle qui est l’armée de réserve des entreprises de nettoyages bruxelloises? Peut-elle proposer aux jeunes filles « des quartiers » un enseignement de qualité ? Orbi, s'est-elle inquiètée le moins du monde du sort des jeunes filles palestiniennes, des jeunes filles irakiennes et de leur hymen, quand elles sont transformées en chair à canon par la soldatesque « démocratique » ? A tout cela, Isabelle la laïciste n’a que son féminisme de salon à proposer, un féminisme de tartufe, un féminisme avarié au racisme rampant… C'est-à-dire le néant absolu et qui plus est volubile ! On raconte qu'au palais du Basileus, les courtisans continuaient de se disputer à propos du sexe des anges tandis que les Turcs faisaient le siège de Byzance. Et bien, les « Ottomans » nouveaux n'ont pas de cimeterre, ils parlent l'anglais et nous viennent d’outre atlantique tout armés de subprimes et de stagflation… Il parait que notre Cicérone est dotée d’un diplôme d’économie, il parait ?

"Monologues voilés" et racisme sans fard…

Bruxelles, ces derniers jours, est constellé d’affiches faisant la retape d’un spectacle intitulé les « Monologues voilés » qui se joue au Théâtre de Poche. De quoi s’agit-il ? Eh bien d'un navet qui surfe sur l’islamophobie ambiante, tout en se prévalant d'une posture héroïque plus que douteuse, on y vérifie la sentence de Mac Luhan, le médium est le message, car hormis l’affiche et l’opération de com, le spectacle ne vaut pas un dinar. On y trouve les clichés les plus éculés envers la femme « arabo-belge » (sic), le bric à brac le plus ranci de l’exotisme orientalisant : danse du ventre, thé à la menthe, gâteau au miel, hammam, et bien entendu le « voile », dispositif de capture médiatique oblige… Le traitement est tellement grossier et vulgaire, qu’on semble entendre en arrière fond un passage de « travadja, la moukère », ancêtre colonial du « darla dirladada » qui fit les beaux jours du Club Med… L’idée centrale du spectacle est le « voile », en lui réside la structure sous-jacente du spectacle, à savoir son impensé colonial, car le voile, comme perception, c’est ce qui empêche la pénétration du regard, et par cela il révèle un fantasme, celui du viol, d’un viol euphémisé, puisqu’il s’agit pénétrer « l’intimité de la musulmane », car tout à l’inverse des Monologues du vagin d'Eve Ensler, qui lui exposait de manière crue l’origine du monde, dans les Monologues voilés, le regard impérial pénètre et sonde les mystères du gynécée oriental, les jardins secret de l’Islam et autres billevesées. L’action, l’initiative, se situe dans la pulsion scopique du regard européocentriste, tandis que la femme musulmane est objet passif, tout à la fois objet de découverte par un œil occidental et objet qu’on façonne, car sur cette scène on fabrique de l’altérité, on orientalise l’oriental. Dans ce dispositif le Nous et le Eux règne en maître : Nous («la confrontation avec NOTRE Occident » ; Eux (« les rituels, les joies, les chagrins, les orgasmes, les pressions familiales, culturelles vécues par ces femmes aux prises avec LEUR culture d’origine »). La distribution des rôles même de la pièce l’atteste, les exécutantes sont « indigènes » tandis que les concepteurs et techniciens sont souchiens ! Cet investissement, cette économie libidinale nous apprend, bien entendu, plus sur l’Europe et sa géographie imaginaire que sur l’Islam. Notamment sur sa manie « des sales petits secrets » (l'aveu et la confession) bien décrite par Deleuze et Foucault, dont la psychanalyse est le dernier avatar. Si Gynécée, harem oriental et sensualité d’alcôve sont les lieux communs du discours orientaliste depuis Hugo, Nerval et Goethe, le spectacle, en renouant avec cette vieille mythologie compassée, occulte, et c’est sa fonction principale, qu’il est aujourd’hui un orientalisme postmoderne, où « beurette » est une catégorie pornographique. Il occulte aussi que les femmes (et leur corps !) ont longtemps été enjeu de luttes, champ de bataille pour les dominants, des tondues de la libération, au dévoilement forcé dans l’Algérie coloniale, en passant par les viols lors des épurations ethniques plus récentes (Bosnie, Rwanda etc). Et que cet état de dominé qu'on instrumentalise à souhait perdure aujourd'hui… Enfin, il occulte que les musulmanes n’ont pas attendu le feu vert des féministes, façon Marie-claire, celles-là mêmes qui sont enfermées dans « le harem de la taille 38 » (Mernissi), pour s’émanciper, car si l’héroïne de ces dernières c’est madame Bovary, les musulmanes peuvent se féliciter d’avoir pour modèle Shéhérazade, cette Ulysse orientale au féminin. Soit plus de mille ans d'intelligence, de résistance et de courage, qui peut en dire autant ?

JURY INTERNATIONAL DE CONSCIENCE POUR LE LIBAN


JURY INTERNATIONAL DE CONSCIENCE POUR LE LIBAN

22-23-24 février 2008

Maison des Associations Internationales
40, rue de Washington
Bruxelles

Programme


Vendredi 22 février

De 20H30 à 23 H15 :

Ouverture, accueil et présentation générale (15 min)
Déclaration du Tribunal International des Peuples (15 min)
Déclaration du Jury sur le choix de ne traiter que les actes commis par l’armée israélienne (15 min)
Lecture de l’acte d’accusation (90 min)
Réaction de la partie accusée (30min)

Samedi 23 février :


Le matin : les victimes

De 9H30 à 11H30 :

8 victimes témoigneront (15 min chacune)

De 11H30 à 11H45 : pause café/thé

De 11H45 à 12H45

audition d’un maire d’un village (30 min)
audition d’un maire d’une ville (30 min)

De 12H45 à 14H : interruption pour le déjeuner

L’après-midi : les témoins

De 14H à 16H30 :

la Croix-Rouge Libanaise (30 min)
Green Peace Liban (30 min)
un institut économique libanais (30 min)
trois ONG internationales (20 min chacune)

- de 16H30 à 16H45 : pause café/thé

- de 16H45 à 18H45 : auditions de juristes libanais (30 min chacun)

Le soir : table ronde avec des journalistes libanais et internationaux

De 20H30 à 23H : quatre journalistes libanais dialogueront avec un journaliste français, un journaliste britannique et un journaliste belge. Le débat sera animé par un parlementaire européen.

Dimanche 24 février :

De 9H à 10H : audition d’un représentant d’Amnesty International et d’un représentant de Human Ritghs Watch

De 10H à 11 H : audition du Dr Hugo RUIZ DIAZ BALBUENA, avocat et représentant de l’Association américaine des juristes auprès du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies

De 11H à 11H15 : pause café/thé
De 11H15 à 12H15 : audition d’un représentant du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU
De 12H15 à 14H : interruption pour le déjeuner

De 14H à 15H : réquisitoire

De 15H à 16H : réaction de la partie accusée

A partir de 16H : délibération du Jury

A 17H : prononcé du jugement.


L’ensemble de la manifestation fera l’objet d’un enregistrement sonore et sera intégralement filmée. Les débats seront traduits simultanément en anglais, arabe et français.

Divers documents et rapports seront mis à la disposition du public. Un stand librairie sera accessible.

La manifestation se déroulera dans une salle de 250 places.

Une exposition ainsi que des vidéos seront présentés dans une salle attenante.


Le Jury international de conscience pour le Liban est un projet qui entend s'inscrire dans la lutte contre l'impunité de tous les crimes commis, qui entend promouvoir le droit international et en particulier le droit humanitaire et qui place le respect des droits humains fondamentaux au dessus de toute autre considération. Cette manifestation s’inscrit donc strictement dans le cadre du droit humanitaire. Il ne sera question que des faits survenus en juillet-août 2006 en rapport avec le respect de ce droit. Notre projet n’intègre pas un débat politique sur la question des rapports entre Israël et ses voisins, ni sur la question palestinienne.


Du Khobzisme

Le Khobzisme[1] est l’art de vendre son âme pour un quignon de pain, c’est la version bas de gamme, alimentaire de l’opportunisme. Le Khobzisme c’est le vitalisme d'une humanité déchéante, son élan vital est celui du cafard fait homme. C’est un opportunisme du pire, celui qui confine à la prostitution, non pas celle du corps mais celle de l’âme, ô Khobzistes avez-vous donc une âme ? Le Khobzisme, c’est l’expédient du gagne petit prés à toute les compromissions à condition qu’il soit rassasié, même et le plus souvent au minimum. Il est une déclinaison de la haine de soi, parce qu’il ne faut pas avoir un haute idée de soi, pour en arriver à de telles extrémités, car du Khobzisme on ne sort jamais indemne, quoiqu’on en pense. Il provoque par un effet de compensation, blessure narcissique oblige, une agressivité accrue, orientée le plus souvent vers ses pareils (ou perçus comme tels), là réside son utilité sociale ultime. Le Khobziste est le chien de garde par excellence du « système » et quand celui-ci est en péril, il peut en devenir le Kapo. Le Khobziste c'est la petite main de la petite main chère à Stengers. Le Khobzisme est l’expression même de l’aliénation d’une immigration atomisée et sans conscience, celle qui ne peut se représenter elle-même et qui doit être représentée...

Voici un cas d’école, la campagne des Régionales 2009 au sein du PS bruxellois. La « course à l’échalote » des candidats allochtones a déjà commencé…Ces derniers seront encore plus nombreux à faire valoir leurs « mérites » afin d’occuper l'une des 72 places de la liste du PS. Leur nombre avoisine déjà les 250 candidats à la candidature et tous sont résolus à se battre pied à pied pour arracher leur présence sur cette précieuse liste. Car le Khobzisme est régi par un darwinisme social, où règne une guerre de chacun contre tous. Les élus sortants, même si pour la plupart d'entre eux, aucun ne peut se féliciter d’un apport quelconque à leurs électeurs, pas même un début de proposition de loi pour lutter contre la discrimination à l’embauche à Bruxelles par exemple!, vont revendiquer leur reconduction « automatique ». Soit une quinzaine de nécessiteux à placer sur la liste et en position utile. Viennent après les échevins siégeant dans différents collèges bruxellois. Tous sont convaincus de figurer sur cette liste miraculeuse, celle qui permet la multiplication des pains. Bénis soit leurs seigneurs ! Cela nous amène au bas mot à un nombre de candidats allochtones qui avoisine les 75 prétendants à figurer sur les listes. Arrivent alors, les conseillers communaux qui pensent eux aussi avoir fourni un labeur qui mérite salaire, à savoir leur présence sur cette liste. Ils évoqueront l'argument du « chacun doit avoir sa chance », car le Khobziste est adepte de Démocrite qu'il n'a jamais lu d'ailleurs, il croit autant au hasard qu’à la nécessité, tout en lorgnant vers les actuels députés et autres échevins aussi allochtones que cumulards. Quelques malchanceux des dernières consultations fédérales qui, n'ayant pas démérité quant au nombre de voix récoltés (Boukourna, Belhouari etc. ) brandiront leur « expérience parlementaire », car le Khobzisme c’est aujourd’hui une carrière comme une autre, il n'y a pas de sot métier !, pour revendiquer une compensation pour services rendus. Lorsque tous ces valeureux militants auront déposé entre les mains des Oracles et de la Pythie du PS, leur candidature à la candidature, viendront alors les « outsiders » que les politiques nomment « indépendants », alors que le plus grand souhait de ces derniers, de ce « sang neuf », serait de ne plus l’être…Car si la nature à horreur du vide, le Khobziste à horreur de l’autonomie. A ce niveau, la direction du parti devra tenir compte du nécessaire équilibre à respecter entre les « laïcs » de Ni putes, ni soumises Belgium ©, comme Sam Touzani, dit « l’athée à la menthe », qui occupe aujourd’hui le rôle enviable de bouffon de la Communauté Française, et les candidats provenant des milieux religieux islamiques, quand ils ne sont pas en prison pour détournement de l'argent de leurs fidèles. La réponse à cette équation à x inconnues, qui relève de la « quadrature du cercle » en reviendra en derniére instance à Philippe Moureaux, distributeur de la sainte Hostie et bientôt décoré de l’ordre du Grand Boulanger, nous dit-on

[1] Le français en Algérie. Lexique et dynamique des langues De Ambroise Queffélec



Ik ben van Luxembourg...

L'historien Marc Ferro aurait-il raison, le ressentiment serait-il un moteur de l'Histoire? Pour la Belgique, il semble être un ressort historique qui complète à merveille les déterminants socio-économiques... Toujours est-il que, si la Belgique a été un état tampon créé par les grandes puissances voisines, et «le paradis et la chasse gardée des propriétaires fonciers, des capitalistes et des curés» (Marx), il se pourrait qu'à terme les voisins tutélaires finissent par sonner la fin de la récréation communautaire... Ainsi si il est une moralité à tirer de la fable Belgique, c'est qu'on est toujours la "minorité" d'une autre entité plus large !

Venant de Valenciennes, la nationale 60 traverse l’ouest de la Wallonie avant de s’enfoncer en Flandre, vers Audenarde et Gand. Cette route propose un voyage dans la Belgique contemporaine. De Peruwelz à Saint-Sauveur, côté wallon, le paysage est campagnard. Les ateliers textiles ont fermé il y a des années. Rien, ou presque, ne les a remplacés. Des zonings, ou zones industrielles, ont germé dans ce coin de la province du Hainaut. Mais ils sont pour l’essentiel peuplés de hangars ou d’entreprises à faible valeur ajoutée. Le fabricant de produits à base de pomme de terre Lutosa est l’un des seuls grands employeurs de la région. Quelques kilomètres plus loin, le décor change. L’artère s’élargit. Les bâtiments d’usines se succèdent. Ils témoignent d’une réelle vigueur économique. Nous arrivons en Flandre.
La Flandre appartient, en 2007, aux trente régions les plus riches de l’Union européenne : son produit intérieur brut (PIB) par habitant dépasse de 23 % la moyenne européenne, et le taux de chômage n’y atteint pas 6,5 % (1). Le contraste avec la Wallonie est cruel. De l’autre côté de la frontière linguistique, le PIB par habitant est de 10 % inférieur à la moyenne des Vingt-Sept, et le taux de chômage dépasse 15 % depuis un quart de siècle (2). Un demandeur d’emploi sur deux n’a pas travaillé au cours des vingt-quatre derniers mois. Le chômage des moins de 25 ans frise 30 %.
C’est que la Wallonie n’en finit pas de digérer la crise de l’industrie lourde des décennies 1960 et 1970. Certes, ces dernières années, l’économie wallonne montre des signes de frémissement. Les exportations de la Région sont en hausse, le taux de création d’entreprises également. Toutefois, malgré les importantes aides européennes, malgré les plans mobilisateurs comme le contrat d’avenir (3), la remontée paraît lente. Le gouvernement wallon investit 1,5 million d’euros sur quatre ans dans la recherche, l’innovation et la formation, mais ce plan ne fera au mieux sentir ses effets que dans deux ou trois ans.
Lassée de ces promesses de redressement, la population flamande perd patience : elle estime que la persistance de ce retard wallon lui coûte trop cher. De fait, la Région flamande, plus productive, contribue davantage que sa voisine aux recettes de l’Etat fédéral belge. Les dépenses sociales y sont moindres. Bref, sa solidarité vis-à-vis de la Wallonie représenterait 3,3 % du PIB du pays (4).
« C’est un peu comme si chaque Flamand payait chaque jour un demi de bière à un Wallon, illustre l’économiste et philosophe flamand Rudy Aernoudt (5). Ce n’est pas exorbitant en comparaison d’autres échanges en Europe. » En moyenne, les transferts de la Flandre vers la Wallonie équivalent à la quote-part que les régions les plus riches de France consacrent au Languedoc-Roussillon et sont dérisoires par rapport à ce que la région de Stockholm, en Suède, paie pour la Laponie.
La Flandre ne prête cependant plus attention à ces comparaisons. D’autant que le problème ne vient pas seulement des transferts. Sa classe politique est aigrie. Et elle collectionne les mauvaises nouvelles dans certains secteurs stratégiques. En septembre, le groupe pharmaceutique Janssen, dont l’implantation dans la province flamande de Limbourg semblait invulnérable, a annoncé la suppression de six cent quatre-vingt-huit emplois, tandis que le géant chimique Bayer supprimait trois cents postes de travail en bordure de l’Escaut (6). Les diamantaires d’Anvers, pour leur part, subissent la concurrence grandissante de Dubaï. Quant à l’usine Audi de Bruxelles (que les Flamands, contrairement aux Bruxellois et aux Wallons, considèrent comme une partie de la Flandre), fleuron de l’assemblage automobile en Belgique, elle semble de nouveau en sursis moins d’un an après sa dernière restructuration.
Les entreprises flamandes sentent leur compétitivité menacée. D’où le consensus en faveur d’un assouplissement drastique du cadre économique. Les dirigeants veulent des réformes libérales et sont convaincus de ne pouvoir les obtenir avec les élus francophones à leurs côtés. Outre un fossé culturel, un canyon idéologique s’est également creusé entre les deux communautés. La classe politique francophone reste dominée par le Parti socialiste (PS), qui, lors des deux précédentes législatures fédérales, a freiné l’adoption de mesures visant à accroître la flexibilité du travail ou à alléger significativement les charges sur les entreprises. Excédés par ce qu’ils considèrent comme des entraves francophones, les mandataires flamands veulent retrouver leur liberté de manœuvre : ils exigent donc le transfert aux Régions de nouvelles compétences (emploi, impôt des sociétés, droit du travail, mais aussi allocations familiales).
Ironie du sort, le 10 juin 2007, le PS, après deux décennies au pouvoir, a perdu les élections législatives en Wallonie et à Bruxelles. Il n’est donc plus incontournable. Cette donne arrive néanmoins trop tard : côté flamand, la logique confédérale (7) est désormais enclenchée, et rien ne semble vouloir la stopper. Les péripéties actuelles s’insèrent dans une logique d’émancipation amorcée voici plus de quatre-vingts ans. Cet élan autonomiste – sur lequel se greffe la quête d’une homogénéité culturelle et géographique définitive – se manifeste avec une force sans précédent. Car il puise sa force dans les conquêtes de la Flandre contemporaine.
Au cours de la première moitié d’existence de la Belgique, la Flandre n’était reconnue ni culturellement ni économiquement. Le français était la langue de la bourgeoisie, de la littérature, de la politique. La Flandre, certes, pouvait se targuer d’un passé glorieux : Bruges, Gand et Anvers avaient rayonné durant des siècles en Europe. Mais, à l’orée du XXe siècle, les grandes usines se trouvaient majoritairement en Wallonie. Les ingénieurs de Charleroi ou Liège s’exportaient en Russie ou en Australie, tandis que les ouvriers flamands migraient... en Wallonie. Dont les habitants passaient pour les plus entreprenants du Vieux Continent – avec, à la fin du XIXe siècle, l’essor du groupe Empain, du chimiste Solvay ou encore la montée en puissance du sidérurgiste Cockerill. Mais ils ignoraient le néerlandais, la langue de leurs compatriotes, considéré comme un patois populaire.
Les frustrations de la population et des élites au nord du pays ont nourri le mouvement flamand. Pour récupérer sa place, la Flandre devait redevenir prospère. Au lendemain de la première guerre mondiale, cet objectif devient l’obsession de ses décideurs. En 1926, ils fondent l’association Vlaams Economisch Verbond. Une institution bancaire spécifiquement flamande, la Kredietbank, voit le jour quelques années après. Celle-ci va financer et accompagner des centaines de petites et moyennes entreprises vers les marchés d’exportation. L’augmentation des échanges commerciaux, entre autres avec le Congo, dope le trafic du port d’Anvers.
Cette spirale vertueuse s’amplifie à partir des années 1950. Les investisseurs étrangers, notamment américains, se massent en Flandre pour profiter du terrain bon marché, de l’excellente localisation et des généreuses aides économiques prodiguées par la Belgique. Les responsables politiques flamands usent de leur poids démographique pour faire pencher à leur profit les décisions au sein de l’Etat belge (8). Lequel s’endette massivement pour financer la construction, en Flandre, d’infrastructures colossales. Le port de Zeebrugge jaillit ainsi sur les côtes de la mer du Nord, tandis que le site portuaire d’Anvers s’étend. Peu à peu, l’industrie belge glisse vers le nord du pays et la côte. Le pari du landerneau flamand est un succès. Le taux de chômage – 19 % au nord, contre 8 % au sud à la fin des années 1940 (9) – se rééquilibre progressivement. En 1967, la Flandre rattrape la Wallonie en termes de PIB par habitant. Le rapport de domination s’inverse durablement (10).
Ce retournement doit autant à la cohérence de la politique menée sur le long terme en Flandre qu’au manque de réactivité des décideurs wallons au long de ces années. En Wallonie, après 1945, l’industrie, moins endommagée par les bombardements, avait redémarré plus vite que dans d’autres pays. Revers de la médaille, les équipements demeurèrent vétustes, les actionnaires ne réinvestissant pas assez vite. Les concurrents grignotèrent des parts de marché. Les charbonnages, puis les usines sidérurgiques, fermèrent, donnant lieu, dès les années 1960, à un torrent de licenciements.
En réaction, l’Etat débloqua des moyens considérables pour amortir ces terribles secousses. La fonction publique, par exemple, ouvrit grand ses portes pour accueillir cette main-d’œuvre sans emploi. Mais les autorités belges préparèrent mal la reconversion des bassins de vieille industrie, notamment en nationalisant à fonds perdus des entreprises condamnées d’avance.
La gestion du chaos social en Wallonie, ajoutée au financement du déploiement économique de la Flandre, dépassait les capacités de la Belgique : au début des années 1980, sa dette publique approche 100 % de son PIB. Et le gouvernement national doit dévaluer le franc belge pour éviter la banqueroute. C’est à la même époque que les responsables politiques régionalisent les premières compétences. Avec les réformes institutionnelles de 1980, 1988 et 1993, la Belgique devient un Etat fédéral : désormais, les Régions – wallonne, flamande et bruxelloise – conduisent leurs propres politiques économiques. Au cours des vingt années qui suivent, la Flandre continue de tirer son épingle du jeu. En revanche, Bruxelles et la Wallonie, victimes de leurs divisions internes, ne profitent pas de leur autonomie régionale. Dans la capitale, le chômage progresse, son taux frôlant 20 %. En Wallonie, l’évolution économique est inégale. Des zones comme Arlon, Mouscron ou la province du Brabant wallon se développent dans les années 1990. Mais le mouvement ne s’étend pas au reste de la Région. Et, en 2007, on l’a vu, les principaux indicateurs wallons restent maussades.
La Flandre savoure une revanche historique (11). Personne ne semble toutefois savoir où poser le mot « fin » à cette course à l’émancipation qui a porté tant de fruits. Si la tendance, en Espagne, en France ou au Royaume-Uni, est à la décentralisation des pouvoirs, l’indépendance de la Flandre créerait un tourbillon sur le Vieux Continent. C’est pourquoi toute l’Europe scrute de près l’attitude de la Flandre. Et les hommes politiques flamands le savent. Aller trop loin signerait probablement la mort de Bruxelles comme capitale européenne, avec des conséquences économiques désastreuses pour la Flandre aussi.
Pourtant, une partie des Flamands estime ne pas avoir encore suffisamment assouvi son désir d’autonomie... ou d’indépendance ?

(1) Evolutie van de Werkloosheid in Vlaanderen, VDAB (Office flamand de l’emploi et de la formation professionnelle), septembre 2007.
(2) Eurostat, Bruxelles, 19 février 2007.
(3) Le contrat d’avenir a été lancé en 1999, par le gouvernement wallon. Il constitue la première ébauche de stratégie régionale destinée à redresser structurellement l’économie de la Wallonie, en misant notamment sur les petites et moyennes entreprises et la recherche. Mis à jour en 2002 puis en 2004, le contrat d’avenir n’a toutefois pas atteint son objectif. La glissade économique s’est arrêtée, mais la remontée est trop faible pour parler d’une vraie dynamique de redressement.
(4) Benoît Bayenet, Henri Capron et Philippe Liégeois (sous la dir. de), L’Espace Wallonie-Bruxelles. Voyage au bout de la Belgique, De Boeck, Bruxelles, 2007.
(5) Auteur de Wallonie-Flandre. Je t’aime moi non plus. Antimanifeste sur les relations entre les Flamands et les Wallons, Roularta Books, Roeselare, 2006.
(6) Cf. De Standaard, Groot-Bijgaarden, 18 et 26 septembre 2007.
(7) Une confédération rassemble des Etats souverains. Une fédération exerce tout ou partie des pouvoirs qui étaient ceux de ses Etats membres.
(8) En 1961, les Flamands représentent 55 % de la population belge (actuellement, 57 %).
(9) L’Espace Wallonie-Bruxelles, op. cit.
(10) Lire Sergio Carrozzo, « Wallonie et Flandre, le chaud et le froid », Le Monde diplomatique, janvier 2004.
(11) Lire Adrien Gonthier et Michel Mintiens, « Le triomphalisme de l’économie », Le Monde diplomatique, avril 2001.
Jean-Yves Huwart


Sauvons Willy !

Un racisme partagé et couvert par les plus hautes instances bruxelloises ? Non vous rêvez… ! « S’il s’agit de la personne de haute taille et de couleur, je vais le tuer (…) Si c’est lui, le génocide du Rwanda n’est pas terminé. » Willy De Cook (Email), amateur de bon mot et de calembour à la Le Pen, souvenez-vous du "durafour crématoire", et accessoirement directeur de « Bruxelles Export » (sic), ne croit pas si bien dire pourtant. Car la vérité, par instant, affleure même de la bouche d'un idiot, ainsi si Willy, et son humour exquis se propose de terminer le travail, ce travail avait été inauguré par notre vieille Belgique, il est des traditions qui ne se perdent pas. Sait-on que le massacre des Tutsis et des Hutus modérés n’a pas commencé en 1994, mais à la fin des années 50. Une période sombre fomentée, selon certains récits, par les autorités belges, qui auraient monté les Hutus contre les Tutsis...

Le génocide rwandais est plus que quarantenaire. Il représente des massacres qui ont coûté la vie, selon l’Organisation des Nations Unies (Onu), à quelque 800 000 Tutsis et Hutus modérés. Mais la chasse aux Tutsis a commencé bien avant 1994. Certains estiment que ces événements, dont le petit pays d’Afrique centrale peine encore à se remettre, seraient le fruit d’une haine ancestrale entre Hutus et Tutsis. Mais d’autres assurent qu’ils ont été orchestrés par la force coloniale belge, désireuse de garder une population docile sous sa coupe, même après l’Indépendance. Selon cette théorie, donc, le génocide a bien été planifié. Mais en premier lieu par les Belges, qui ont fait des Hutus des machines à haïr et tuer.

Hutu et tutsi ne sont pas des ethnies

Personne ne sait vraiment d’où viennent les Tutsis. Selon certains récits, ils seraient arrivés à l’Est du Rwanda aux 13e et 14e siècles et auraient progressivement gagné l’intérieur du pays. Pays à l’époque déjà peuplé de Hutus. Bien que venus d’horizons différents, Hutus et Tutsis n’étaient pas vraiment des étrangers les uns pour les autres. Ils « partageaient la même langue, la même religion. Ils respectaient le même système d’interdits et tous reconnaissaient, au sommet de la pyramide sociale, le pouvoir prestigieux d’un roi sacré, maître de la nature et de la société », expliquait en 1994 Luc de Heusch, professeur d’anthropologie et cinéaste, dont certains travaux traitent de l’histoire du Rwanda.
La minorité Tutsie occupe le haut de l’échelle sociale. C’est elle qui met en place une monarchie, dont le pouvoir suprême se transmet de père en fils. Etre Tutsi c’est aussi « être propriétaire de bétail, exercer une fonction politique ou avoir sous sa dépendance un certain nombre de clients hutus », selon Luc de Heusch. Les Hutus sont pour la plupart des paysans et les Twas, une autre minorité, s’adonnent principalement à la chasse.
Cette répartition des tâches n’est pas une affaire ethnique. « Les termes ‘Hutu’ et ‘Tutsi’ désignent des groupes sociaux, qui étaient d’ailleurs ‘malléables’. Une bonne action pouvait faire d’un Hutu un Tutsi et un Tutsi pouvait perdre son rang s’il se comportait de façon indigne », explique André-Martin Karongozi, l’un des fondateurs d’Ibuka, une association assurant la préservation de la mémoire du génocide et la défense des droits et intérêts des survivants.

La Belgique crée la division ethnique

Le royaume rwandais devient indépendant, sous protectorat allemand, en 1895. La présence germanique est très discrète. Il n’en sera pas de même avec la reprise du mandat par la Belgique en 1916. Le pouvoir colonial voit en la minorité tutsie une élite, qu’il promouvra dans les administrations. Mais au fil du temps, l’insoumission des Tutsis inquiète Bruxelles, qui retourne sa veste dans les années 1950. Les missionnaires belges forment des intellectuels hutus, présumés plus dociles, alors qu’une campagne de diabolisation des Tutsis bat son plein. Certains Belges répandent l’idée qu’ils sont « des colons, des étrangers venus envahir les Hutus. Une idée qui était même exprimée de façon implicite dans l’hymne national du pays. Un revirement notamment cautionné par l’Europe », raconte André-Martin Karongozi.

Les Hutus ne seraient pas restés insensibles à ces interpellations et auraient commencé à clamer qu’ils sont « les seuls vrais autochtones. Qu’ils n’ont pas à rester inféodés à des étrangers. Que ce sont eux les plus nombreux (les Hutus représentaient plus de 80% de la population, ndlr) et que ce sont à eux que reviennent de fait les postes clés du pays », précise le membre fondateur d’Ibuka. Certains Hutus formés par les missionnaires « construisent le “Parmehuti”, un parti politique constitué sur base ethnique », explique-t-on chez Ibuka. « C’est l’opportunisme politique belge qui a transformé les catégories sociales hutue et tutsie en ethnies. L’objectif était de diviser la population pour mieux la contrôler », commente André-Martin Karongozi.

Quarante ans de massacres en série

En 1959, la Révolution Hutu éclate. Et avec elle, la fin du système monarchique, la chasse aux Tutsis et les premières tueries. Le tout « soutenu et encadré par les forces belges en poste, dont le colonel Logiest et le Gouverneur Jean Paul Harroy, qui se sont vantés d’avoir monté les Hutus et les Tutsis les uns contre les autres sans avoir consulté le pouvoir central à Bruxelles », commente André-Martin Karongozi. Des Tutsis fuient en Ouganda. D’autres sont déportés de force, principalement au nord du pays. En 1961, les Belges installent au pouvoir le premier Président du Rwanda : Grégoire Kayibanda, qui n’est autre que le leader du Parmehuti. Un an plus tard, la Belgique accordera l’indépendance totale au pays. Grégoire Kayibanda restera onze ans au pouvoir, avant que le général Juvénal Habyarimana ne prennent la tête du pays. Il instaurera une dictature, dans laquelle « tout citoyen rwandais fait d’office partie du parti unique, le MRND (Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement, ndlr), quelle que soit la mention (Hutu, Tutsi ou Twa) de sa carte d’identité », explique Ibuka.
Le Front patriotique rwandais (FPR) de l’actuel chef de l’Etat Paul Kagame attaque le pays, en 1990, à partir de l’Ouganda. Selon Ibuka, « les troupes armées de la France de François Mitterrand sauvent le régime, qui arrête en masse les opposants, tandis que ses milices (les Interahamwe) massacrent des milliers de civils tutsis dans plusieurs régions ». Parmi lesquelles celles où ils ont précisément été déportés quelques années plus tôt. « Des listes avec les noms des personnes à abattre circulaient dans le pays. Les Tutsis ont notamment été décimés à Kibilira dans le nord ou à Bugesera dans le Sud. La communauté internationale était au courant de ce qui se passait. Dès 1993, une commission internationale réunissant plusieurs organisations africaines et européennes ont participé à l’élaboration d’une enquête faisant état des massacres », raconte André-Martin Karongozi.
Plus de trente ans de persécutions. Pourtant, du génocide rwandais la communauté internationale ne retiendra que la date du 6 avril 1994. Date à laquelle feu le Président Juvénal Habyarimana trouva la mort dans un accident d’avion encore non élucidé. Une date considérée pour beaucoup comme le point de départ du génocide, mais qui serait en réalité le point d’orgue de quarante ans d’une haine instrumentalisée.

Habibou Bangré

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Un réveil africain ?

Si les puissances européennes et leur cynisme ne sont plus en odeur de sainteté en Afrique, c’est qu’ elles y ont beaucoup déployé « l’horreur, l’horreur », chère à Conrad, et une horreur des plus intéressée comme il se doit, sous des faux semblants de philanthropie arrogante et paternaliste… L’urbanisme même de Bruxelles témoigne de cette horreur-là, puisqu’il s’est construit sur les auspices financières du « caoutchouc rouge » léopoldien ! Ce système colonial trop coûteux s’est perpétué après les indépendances, sous une forme à la fois plus efficace et plus avilissante, le néo-colonialisme (Françafrique, “Notre ami Mobutu”, les réajustements structurels du FMI, le « droit d’ingérence humanitaire »…). Croyez vous que cela allait durer éternellement, prenez-vous les africains pour des cons, condamnés à des marchés de dupe perpétuels ? S’ils préfèrent les chinois, n'en déplaise aux cris d'orfraie poussés par les européens, n'en déplaise aussi aux effets d'annonce et aux fausses promesses - celles qui n'engagent que ceux qui y croient!, c’est en connaissance de cause, aucun des agissements des chinois en Afrique, jusqu’ici, ne pourra égaler la barbarie des européens (et des belges en particulier) sur ce même continent… Par ailleurs, comme le remarque Mbembe , "l’un des événements majeurs de notre époque est l’arrivée des grands pays-continents que sont l’Inde et la Chine dans le jeu du capitalisme mondial. Dans cinquante ans, la prospérité matérielle ne sera plus l’apanage de l’Occident. Ce dernier ne dispose plus d’ailleurs de monopole sur la production de valeurs à prétention universelle. Ceci nous oblige à décentrer notre regard. Le monde d’aujourd’hui – et à plus forte raison celui de demain – ne pourra plus être déchiffré à partir de prismes purement occidentaux. Un processus de désoccidentalisation relative des esprits est en cours et toute régulation du monde à venir devra nécessairement en tenir compte." Tout le reste n’est que discours négationniste qui cherche à éluder cette responsabilité inassumée, car il n’y a jamais eu de « sanglot de l’homme blanc », juste de la tartuferie et de la grimace cynique! Les Africains ont dit non, au dernier marché de dupe (APE) proposé par ces européens si moraux et tellement accueillants... Ont-ils eu torts ?

Ainsi donc, au grand dam de l’arrogante Europe, l’inimaginable s’est produit : dans un élan de fierté et de révolte, l’Afrique, que certains croyaient soumise parce qu’appauvrie, a dit « non ». Non à la camisole de force des accords de partenariat économique (APE). Non à la libéralisation sauvage des échanges commerciaux. Non à ces ultimes avatars du « pacte colonial ».
Cela s’est passé à Lisbonne, en décembre dernier, lors du IIe sommet Union européenne - Afrique, dont l’objectif principal était de contraindre les pays africains à signer de nouveaux traités commerciaux (les fameux APE) avant le 31 décembre 2007, en application de l’accord de Cotonou (juin 2000), qui prévoit la fin de la convention de Lomé (1975). Selon celle-ci, les marchandises en provenance des anciennes colonies d’Afrique (et des Caraïbes et du Pacifique) entrent dans l’Union quasiment sans droits de douane, à l’exception de produits sensibles pour les producteurs européens comme le sucre, la viande et la banane.
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a exigé le démantèlement de ces relations préférentielles, ou alors leur remplacement – seul moyen, selon l’OMC, de préserver la différence de traitement en faveur des pays africains – par des agréments commerciaux fondés sur la réciprocité (1). C’est cette seconde option qu’a retenue l’Union européenne, le libre-échange intégral camouflé sous l’appellation « accords de partenariat économique ».
Autrement dit, ce que les Vingt-Sept exigent des pays d’Afrique (et de ceux des Caraïbes et du Pacifique (2)), c’est d’accepter de laisser entrer dans leurs marchés les exportations (marchandises et services) de l’Union européenne, sans droits de douane.
Le président sénégalais Abdoulaye Wade a dénoncé ce forcing et a refusé de signer. Il a claqué la porte. Le président de l’Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki, l’a immédiatement soutenu. Dans la foulée, la Namibie a également pris la courageuse décision de ne pas signer, alors qu’une augmentation des droits de douane de l’Union européenne sur sa viande bovine marquerait la fin de ses exportations et la mort de cette filière.
Même le président français, M. Nicolas Sarkozy, qui avait pourtant eu des mots fort malheureux à Dakar en juillet 2007 (3), a apporté son appui aux pays les plus opposés à ces traités léonins : « Je suis pour la mondialisation, je suis pour la liberté – a-t-il déclaré –, mais je ne suis pas pour la spoliation de pays qui, par ailleurs, n’ont plus rien (4). »
Cette fronde contre les APE – qui suscitent, au sud du Sahara, une immense vague d’inquiétude populaire ainsi qu’une intense mobilisation des mouvements sociaux et des organisations syndicales – a porté. Le sommet s’est terminé sur un constat d’échec. M. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a été contraint de céder et d’accepter la revendication des pays africains de poursuivre le débat. Il s’est engagé à reprendre les négociations en février prochain.
Cette cruciale victoire de l’Afrique est un signe supplémentaire du moment favorable que connaît le continent. Au cours des dernières années, les conflits les plus meurtriers se sont terminés (seuls demeurent ceux du Darfour, de la Somalie et de l’est du Congo), et les avancées démocratiques ont été consolidées. Les économies continuent de prospérer – même si les inégalités sociales demeurent – et sont pilotées par une nouvelle génération de jeunes dirigeants.
Autre atout enfin : la présence de la Chine, qui, investissant massivement, est sur le point de supplanter l’Union européenne au premier rang des fournisseurs du continent africain, et qui, par ailleurs, pourrait devenir, dès 2010, son premier client, devant les Etats-Unis. Il est loin le temps où l’Europe pouvait imposer de désastreux programmes d’ajustement structurel. L’Afrique se rebiffe désormais. Et c’est tant mieux.

(1) Lire Alternatives économiques, Paris, décembre 2007.
(2) Les pays des Caraïbes ont accepté, le 16 décembre 2007, de parapher un APE avec l’Union européenne.
(3) Dans son discours à l’université de Dakar, le 26 juillet 2007, M. Sarkozy avait déclaré : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire (...), jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. » Lire Anne-Cécile Robert, « L’Afrique au kärcher », Le Monde diplomatique, septembre 2007.
(4) Le Monde, 15 décembre 2007.

Ignacio Ramonet



Forteresse Europe, une nécrologie de "civilisation" ? - revue de presse 1988-2007

11.759 immigrés sont morts aux frontières de l'Europe depuis 1988, dont 4.225 sont disparus en mer.
En Méditerranée et dans l'océan Atlantique, 8.118 migrants ont perdu la vie. Dans le Canal de Sicile, 2.486 personnes sont mortes, entre la Libye, l'Égypte, la Tunisie, Malte et l'Italie, dont 1.525 disparus, et 64 autres ont perdu la vie le long des nouvelles routes entre l'Algerie et l'île de Sardaigne; 3.990 personnes sont mortes au large des îles Canaries et du détroit de Gibraltar entre le Maroc et l'Espagne, dont 1.956 disparus; 885 personnes sont mortes en mer Egée, entre la Turquie et la Grèce, dont 461 disparus; 553 personnes sont mortes en mer Adriatique, entre l'Albanie, le Montenegro et l'Italie, dont 250 disparus. Et pour rejoindre l'île française de Mayotte, dans l'océan Indien, 597 personnes se sont noyées. Mais la meron ne la traverse pas seulement à bord des pirogues. En navigant cachés à bord de navires de cargaison regulierement enregistrés, au moins 140 hommes sont morts asphyxiés ou noyés. Mais avant d'arriver à la mer, le Sahara est un passage obligé et tout autant dangereux. Les aventuriers africains le traversent sur des camions comme sur des véhicules tout terrains le long des pistes entre le Soudan, leTchad, le Niger et le Mali d'une côté et la Libye et l'Algérie de l'autre. Ici au moins 1.579 personnes sont mortes depuis 1996. Mais selon les survivants, presque chaque voyage compte ses victimes. Le nombre des victimes donc pourrait être bien plus elevé. Les chiffres incluent aussi les victimes des déportations collectives pratiquées par les gouvernements de Tripoli, d'Alger et de Rabat, désormais habitués à abandonner groupes de centaines de migrants en zones frontalières en plein désert. En Libye les migrants sont maltraités. Il n'y a pas de données officielles, mais au cours du 2006 Human Rights Watch et Afvic ont accusé Tripoli des détentions arbitraires et tortures dans les centres d'arrestiation, dont trois sont financés par l'Italie. En septembre 2000 à Zawiyah, dans lenord-ouest du pays, au moins 560 étrangers ont été tués pendant des assauts racistes. En voyageant cachés dans les camions 281 personnes ont été trouvées mortes. Et 180 migrants se sont noyées dans les fleuves délimitants la frontière, la plupart dans l'Oder-Neisse, entre la Pologne et l'Allemagne, l'Evros entre la Turquie et la Grèce, le Sava entre la Croatie et la Bosnie; et le Morava entre la Slovaquie et la Republique Tchèque. Autres 112 personnes sont mortes d'hypothermie en tentant de franchir la frontière dans les montagnes, la plupart en Turquie et Grèce. En Grèce, le long de la frontière avec la Turquie, il y a encore des champs de mines. En essayant d'entrer en Grèce après avoir traversé le fleuve Evros, au moins 88 personnes y sont morts 147 migrants sont morts sous le feu de la police de frontière, dont 35 aux enclaves espagnoles au Maroc, Ceuta et Melilla, 50 en Gambie, et 28 dans la province de Van, en Turquie, le long de la frontière avec l'Iran et l'Iraq.Mais d'autres personnes ont été tuées aussi en France, en Belgique, enEspagne, en Allemagne, au Maroc et en Libye. 41 personnes en fin ont été retrouvées mortes dans le train d'atterrissage d'avions de ligne, 21 personnes sont mortes à Calais ou cachés sous les trains dans le tunnel sous la Manche en direction de l'Angleterre, 2 se sont noyés en essayant de traverser la Manche et 12 ont perdu la vie sous autres trains en Italie, Grèce et Suisse...
Source: http://fortresseurope.blogspot.com/2006/01/forteresse-europe.html

Le communiqué de non revendication

Cela fait longtemps qu'on a pu remarquer que la figure de Ben Laden s'apparente au Goldstein de 1984, tandis que les JT du Soir ressemble de plus en plus aux "Deux Minutes de la Haine" du même ouvrage, cette prière du soir de l'homme postmoderne qu'est le 20 heure a tout à la fois l'apparence d'une "hideuse extase" et la fonction de "stupidité protectrice" bien décrites par l'anarchiste tory. Pour ce qui est du rôle principal, à savoir big brothers lui-même, ça se bouscule au portillon... Mais là où l'on navigue dans le dystopique le plus grand guignolesque, c'est lorsqu'on recourt à l'invention du communique de non revendication...

Il y avait eu un précédent lors des attentats de Madrid en 2004... Le mouvement terroriste "Al Qaïda" vient de publier deux communiqués de non revendication, l'un pour l'assassinat Benazir Bhutto (malheureusement béhachélisée), l'autre pour le meurtre des 4 français dans ce territoire hospitalier qu'est la Mauritanie , pour la Belgique, la "mouvance" attend qu'il y ait le début d'un commencement... On connaissait l'acte de revendication par voie de presse, on devra s'habituer aux messages de non revendication à présent du genre " le IDR n'a rien à voir avec le 11 septembre malgré le fait qu'il puisse représenter la branche humoristique d'Al Qaida sur le ouèbe" (note blanche des RG avant dissolution du 4 avril 2007). Plus sérieusement au IDR, on doute depuis longtemps de la "véracité" du mouvement Al Qaida à l'instar du chef du service politique de RFI Richard Labévière qui déclarait lors d'un colloque:" Pour moi, Al Qaida n'existe pas , Al Qaida a cessé d'exister le 12 septembre 2001 pour devenir une idéologie, une référence symbolique dont la structure se rapproche d'un concept, le rhizome, mis à jour par le philosophe Gilles Deleuze. Le rhizome peut prendre des formes extrêmement diverses. Ces formes s'agencent selon des principes de connexion et d'hétérogénéité. A la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque. Il n'est pas fait d'unités mais de directions mouvantes. Il n'a pas de commencement ni de fin. " Médiologiquement, la télévision a participé à l’édification du mythe d’Al-Qaida. En tant que relais idéologique, elle a fortement contribué à créer l’événement. Les nombreux messages d’Oussama Ben Laden (et, par la suite, de son fidèle prosélyte égyptien Ayman al-Zawahiri) enregistrés sur une bande vidéo de façon toujours décalée sur l’événement ont ensuite alimenté la rumeur. Ne faisant découvrir qu’un décor tellement incertain qu’il en devient irréel – une colline, une toile de tente –, ces films d’amateurs ont rapidement été remplacés par de simples bandes audio qui laissaient imaginer un autre visage. Les traits connus de son visage, émacié, souligné d’une longue barbe grise, coiffé d’un turban, son regard intense et le vague sourire absent que dessinent parfois ses lèvres, répondent, trop parfaitement peut-être, aux clichés que nourrit l’Occident à propos du mysticisme musulman. Nom commun devenu nom propre, « Al-Qaida » apparaît comme un signe, une stimulation pavlovienne, un sigle aux consonances exotiques, mais facilement prononçables et mémorisables pour un Occidental. Oussama Ben Laden reflète, quant à lui, l' image du Mal et du fanatisme, laissant libre cours à l’imagination de par son caractère instable et liquide. Pour Richard Labévière, le mouvement d'Oussama Ben Laden, est aujourd'hui un " label ", un " référentiel ", une " marque de fabrique ", "un système franchisé" dont la plupart des groupes intégristes islamistes terroristes pourraient se réclamer par leurs méthodes d'action, leurs cibles ou leur " idéologie ". Quid du merchandising ? Au IDR, on considère juste que les tenants de "la base" ne font qu'appliquer les recettes les plus efficaces du management capitaliste : là où mai 68 finit Al Qaida commence... Tant ce spectre semble être sous les auspices du nouvel esprit du capitalisme, "le capitalisme 3.0", cher à Boltanski !

La Grèce "occidentale", une Grèce de pacotille...

 

Extrait d'un interview de Jean-Pierre Vernant à la Revue Vacarme

Vous montrez dans votre travail que l’on ne pose des questions au passé que depuis son présent, et en vous lisant, on voit que vous démontez une certaine vision idéologique de la Grèce. On en connaît aujourd’hui qui récupèrent la Grèce: Le Pen qui dit que c’est la Grèce qui invente la préférence nationale...

J.-P.V. Ça me fait marrer, c’est grotesque. Quand il dit cela, Le Pen se rattache à la tradition de la nouvelle droite, du Club de l’Horloge qui, comme les nazis, ou certains idéologues, érigeaient une Grèce indo-européenne ; quelquefois ils le font encore, un ancien ministre raconte des trucs comme ça... C’est grotesque. Pourquoi ? Parce que, bien entendu, comme tout groupe, les Grecs ont une solidarité à l’intérieur du groupe, il y a ceux qui sont dans le groupe, ceux qui sont en dehors ; ceux qui sont en dehors, ce ne sont pas seulement les non-athéniens, ce sont les femmes, les enfants. Le système qui ordonne cela, ce n’est pas celui de la nation: il n’y a pas de sentiment national, de nation grecque - l’exclusion vaut aussi bien à l’égard des gens d’Argos ou de Sparte.

Si on veut traiter ce problème, on peut se référer au livre qu’Hartog a publié dernièrement, Les voyages d’Ulysse, où il étudie précisément la façon dont les Grecs ont rendu compte de ce qui était non-grec. On voit comment tout cela change à tout moment, comment l’Égypte peut représenter ce qui est barbare, et en même temps avoir tout inventé, avoir donné la religion à la Grèce, être beaucoup plus ancienne. L’image que le Ve siècle se fait du Grec n’est pas celle d’Homère, et à l’époque hellénistique c’est encore autre chose. Préférence nationale ? Il y a toute la question du statut, tout à fait précis, qui est fait pour les étrangers: le statut de métèque, ce terme que Maurras a popularisé. C’est un statut où les gens ont des droits à l’intérieur de la cité ; de la même façon, il y a des règles d’hospitalité, d’échange, qui sont tout à fait strictes. On prétend nous montrer que les Grecs sont des modèles de «préférence nationale» et de «pureté nationale» ? Alors çà, c’est à mourir de rire, parce que lorsque les Grecs arrivent, au début du deuxième millénaire, ils arrivent dans un pays qui est beaucoup plus civilisé qu’eux, ils sont en contact avec les Crétois, ils vont créer la civilisation mycénienne qui emprunte beaucoup aux Crétois, et ensuite ils ne cesseront d’avoir des échanges avec l’Orient, et d’emprunter à l’Orient, donc c’est une culture mélangée. Cette culture grecque, même l’écriture, ce sont les Phéniciens qui la refilent ; à chaque moment on voit que les progrès et la forme que la culture grecque a pu prendre sont liés au fait qu’ils ont eu des contacts avec d’autres qui sont précisément ces peuples asiatiques. Ensuite, un des grands faits grecs, c’est la colonisation: ils vont aller essaimer depuis le bout de la mer Noire jusqu’à l’Espagne, l’Italie du Sud, Marseille, la Calabre, l’Asie mineure, et même au-delà. Mais quand ces Grecs partent fonder une cité, ils ne cherchent pas à conquérir un territoire, ils installent une cité au bord de la mer, ou éventuellement à l’intérieur des terres. C’est un point de contact, ils ne cherchent pas alors à créer des empires, ils créent des colonies grecques (ça va changer avec la conquête d’Alexandre). Quand ils sont là, ils n’emmènent pas de femmes, ça veut dire que toute cette culture est une culture de métis, puisque les femmes, ils les trouvent sur le terrain et se marient avec elles. Tout l’essor, toute la vigueur de cette colonisation, impliquent des contacts et des mélanges ; ensuite, à l’époque alexandrine, ça va continuer encore, puisque là, ils vont être en contact avec les Syriens, avec les Égyptiens, avec les Babyloniens, avec les Juifs, et donc toute cette civilisation hellénistique est un melting pot.

Dire: «les Grecs ont inventé la préférence nationale», c’est complètement à côté de la plaque, c’est purement idéologique, il n’y a pas l’ombre d’une réflexion d’historien. En fait, chez les Grecs, ça va même beaucoup plus loin. Quand on lit les textes grecs, par exemple, Les Bacchantes, on ne peut pas s’empêcher de réfléchir pour aujourd’hui. Dans Les Bacchantes, il y a un personnage qui s’appelle Penthée, qui est directement issu du sol, et il est le roi. Il va dans la tragédie incarner le pouvoir, la grécité, le mâle, la rationalité, l’État, l’ordre ; en face de lui, dans la tragédie, il a Dionysos, déguisé en prêtre ambulant, plus ou moins oriental, syriaque, efféminé, les cheveux longs, ce qu’on pouvait trouver il y a quelques années dans nos rues, après 1968... Il représente aux yeux de Penthée le contraire du Grec, le contraire du citoyen, le contraire de la «préférence nationale» ; Penthée, ça serait la «préférence nationale»... Il dit: «Qu’est-ce que c’est que ce type-là ?», d’autant plus qu’il est accompagné par une troupe de femmes, qui jouent de la musique, qui dansent dans les rues, qui font du tambourin, qui font du vacarme dans cette ville, et qui sont des bonnes femmes... pas des maghrébines, mais quasi ! Et Dionysos est là. Et alors toute l’histoire est celle de l’affrontement entre le dieu et ce type, Penthée, qui dit, en parlant de Dionysos: «Ce mec voluptueux, sûrement il vient baiser nos femmes, c’est un séducteur, va savoir ce qu’ils font, dans les rites etc..». Penthée ne veut pas que ça bouge: il y a les lois, il faut respecter l’ordre, il faut que les hommes soient à leur place, les femmes à la maison, qu’elles ne bougent pas. Penthée refuse catégoriquement, au nom d’une certaine idée identitaire de ce que doit être l’État, la culture, le Cité, etc., ce que représente Dionysos, c’est-à-dire l’autre ; l’autre de ce qui est soi-même et l’identique: le fait qu’il existe une zone qui est complètement différente de vous. Cet autre, un peu asiatique, un peu féminin, qui est l’évasion, la fête, il le refuse, et alors cette identité qu’il défend va montrer son vrai visage: une face d’horreur. Penthée va finalement se déguiser en jeune homme, un pur, pour faire le voyeur. À un moment donné, les voilà, l’homme et le dieu, l’un en face de l’autre, indiscernables, car Penthée a pris l’habit de Dionysos, comme ce dernier le lui a suggéré. Alors ils sont deux: le Penthée-Dionysos et le prêtre errant asiatique et farfelu, qui est Dionysos lui-même, et Penthée dit: «Moi j’aimerais bien voir ce qu’elles font, ces femmes de Thèbes, dans les champs, dans les bois, etc.». «Ah ? Ça t’intéresse ?» «Oui !» Le jeune, virginal et chaste, va aller voir, et ça finit comme on le sait très mal, puisque il est déchiqueté, mis en morceaux, sa tête est plantée sur un thyrse, et les femmes s’imaginent qu’il est une tête de lion, ou une tête de taureau, c’est-à-dire que ça bascule dans l’horreur. Comme si, quand les Grecs installent en plein cœur de la Cité le théâtre de Dionysos, ce théâtre où l’on jouera ce qui est propre à un dieu qui incarne l’Autre, ils représentaient et conjuraient ceci: qu’à vouloir demeurer enfermé dans une identité stricte, et s’immobiliser dans le refus des valeurs autres que les siennes, ce qui advient alors, c’est précisément dans l’altérité ce qu’il y a de monstrueux, la Gorgone, une face innommable, n’importe quoi ; le monstrueux s’installe à l’intérieur même de ce qui prétendait exalter l’identité, la rationalité, l’ordre, la virilité, le courage. Tout d’un coup, c’est une tête de mort qui apparaît ; et c’est cela que disent Les Bacchantes. Le Pen, je pense qu’il n’a jamais lu Les Bacchantes... (rires)