Identité française, féérie pour une autre fois...

«L’identité française » conçue comme éternelle est une mythologie, un pur délire névrotique. L’identité française est une construction historique, elle ne relève d’aucune nature ou essence particulière. Elle est complexe et en devenir, elle ne forme pas un tout et elle n’a d’ailleurs cessez de muter par « hybridations » successives, il n’est rien de plus opportuniste qu’une identité, elle a été tour à tour : païenne, romaine, chrétienne, jacobine, laïque… et aujourd’hui le caractère anglo-saxon semble dominer. Et tous ces chevaliers brayards de chez Disney, ces identitaires en bubble gum ne sont que des « américains de synthèse », des sujets de l'Empire qui s’ignorent, dont on a que faire du consentement tant il est acquis ... Si ces cocus postnationaux, ces guignols transhistoriques, ces ahuris de toujours rêvent d' ascendance qui remonterait au temps des croisades, ils ne sont en fait que « métèques », à deux générations près, et par leur père et par leur mère, comme tous bons français qui se respectent... Et quand bien même, leur filiation serait ancienne, ils ne serait que des lointains descendants de pauvres gueux, de serfs corvéables à souhait ni ne dormant leur saoul, ni ne mangeant à leur faim, subissant, de leur seigneur et maître, toutes les humiliations et les avanies... Cette identité française-là n'est bien évidemment que facétie pour les égarés de cette postmodernité-ci ! Et diable, qu’ils sont nombreux…Pour ce qui est de la langue, le Français classique était à l'origine la langue de l'Ile de France (le françois), petite entité régionale dont le Roi de France avait une maîtrise toute relative, celui-ci a longtemps été un féodal parmi d’autres, cette langue sera exportée vers la fin du XVIe siècle sur l'ensemble du territoire par la guerre, par le fer et le sang. « Même la Lorraine en 1766 n'est pas contente de devenir française. Et que dire alors des pays de la France méridionale : ils ont été amenés dans le giron français par la force et ensuite par l'habitude. » (Braudel). Ce pli de l'habitude se fit tant par l'interdiction de parler d'autres langues, soit une trentaine de parlers locaux (le gascon, le lorrains, le bourguignons, le poitevins, le flamand, le breton, le basque…) que par le codage de celle-ci (orthographe, grammaire etc.) qui se fit tout au long des siècles suivants. Le centralisme jacobin ne fut que le parachèvement de ce processus-là. S’il est une permanence de l’histoire de France, un trait saillant, c’est « l'inadéquation de la France à la vie économique du monde», c'est pourtant là qu'elle veut exceller la bougresse, que les nouveaux Guizot et leur Empereur « bling bling » calment leur ardeur, car l'issue funeste est évidente.... Le seul point fort dont elle put se prévaloir, le rayonnement culturel, elle le dilapide tous les jours un peu plus, car Enrico Macias et Johnny, cela fait un peu léger comme douaire civilisationel. Si « il y a un triomphe permanent de la vie française, qui est un triomphe culturel, un rayonnement de civilisation », nous en voici quitte et pour de bon. Car qu’est ce que la France des hautes sphères aujourd’hui? C’est Finkielkraut plutôt que Bourdieu, Bruckner plutôt que Fanon, Ferry plutôt que Foucault et Gallo à la place de Vernant. Un effondrement généralisé donc. L'on a pu dire que c'est le « plébiscite de tous les jours » qui fait l'esprit de la nation, et bien ici, le supplément d'âme provient d'un village de schtroumpfs à la hargnosité vague qui mastiquent le chewing-gum et le ressentiment, et sont guidés par un schtroumpf en chef aussi vulgaire qu’hystérique qui les mène droit dans la bouche d’un genre de Gargamel lacanien… Féerie pour une autre fois !


COLLOQUE FRANTZ FANON

A L’OCCASION DE LA JOURNEE MONDIALE DE LA PHILOSOPHIE 2007

COLLOQUE
« PENSER AUJOURD’HI
A PARTIR DE FRANTZ FANON»

VIDEO
Vendredi 30 novembre
&
Samedi 1er décembre 2007


UNESCO, SALLE XII
Colloque organisé par le
Centre de Sociologie des Pratiques et des Représentations Politiques de l’Université
Paris Diderot — Paris 7, avec le soutien de la Fondation La Ferthé et de la Fondation Frantz Fanon
UNESCO, 7 place Fontenoy, 75007 Paris.
Contact : Section sécurité humaine, démocratie, philosophie.
Tel. : +.33.1.45.68.38.12
Inscription auprès de Valérie Lowit : Email : valerie.lowit@univ-paris-diderot.fr
Informations :
http://www.csprp.univ-paris-diderot.fr/fanon.html

Qui ça étonne encore?

"Car tout porte croire que les tié-quarts ont toutes la France contre eux /Et bien avant qu’ça reparte en queue/Qui ça étonne encore? Qui veut nous foutre dehors? /Et on a noyé dans des litres d’essences/Le souvenir borgne de l’innocence/En équilibre sur un fil de feu/Comme une corde à pendre au cou des fourgons bleus/C’est ni l’pied ni la gloire quand tout crame/C’est même pas une réponse à la hauteur du drame/Mais c’est comme ça c’est tout, c’est tout s’qui reste/Quand l’quartier fait même peur à la peste/Ma vie mon cœur ne flanche pas/Mon père ma mère ne pleurez pas/Si on se jette dehors avec le diable au corps/C’est qu’on refuse de vivre sans honorer nos morts/Car tout porte croire que les tié-quarts/Ont toute la France contre eux et bien avant qu’ça reparte en queue/Qui ça étonne encore ? Qui veut nous foutre dehors ?/On n’a pas rendu l’âme ni les armes/Regarde moi bien je suis la preuve que les frères sont craints/Voila s’qu’on crée d’nos mains, s’que l’on sait faire de mieux/Depuis qu’l’homme a découvert le feu/L’avenir ne m’dit rien et c’est réciproque/Les condés pissent dans leurs froques/Sais-tu s’que m’évoque la suite en vrac/Les nerfs au contact des flammes comme des cailloux d’crack/Repliés sur nous même, quitte à trouver seul des solutions à nos problèmes/Qu’attendons nous du système? à part ses euros, de loin la pire des gue-dro./Ils m’ont parlé des 30 glorieuses/Dois-je les avertir que la suite sera laborieuse/Purée!! ils n’ont pas fait qu’jurer notre perte/Censurer nos têtes, murer les portes et déclencher l’alerte/Quel s’ra l’prochain a laisser des plumes sur le goudron/Quand pour un frangin abattu, ils diront s’qu’ils voudront/Il n’est plus question de calme/Pleurer c’est pas notre came et l’air est au napalm/Qui sont les rats d’laboratoire, qui vont bouffer du rable ?/Prisonniers du sous-développement durable/Vrais monstres, élevés dans les ronces/Des ces sales races qui n’ont pas les réponses/2007 déjà 10 piges que la rumeur vous jette le tort/Qui ça etonne encore? Qui veut nous foutre dehors?/Alors encore plus fort pour encore plus de dél-bord !"

Les coups de semonce de 2005 n’ont pas suffi. Le discours sécuritaire à plein pot, le racisme déchaîné et sans complexe, le saccage de la sécurité sociale, l’arrogance, la morgue, le mépris affichés des puissants, le pouvoir d’achat effondré, l’impunité et les largesses pour les dominants, le cynisme et les gesticulations médiatiques au quotidien, le déni de justice, le divisiser pour règner pour seul principe, la boucémisserisation pour toute méthode. C'est le retour du Maréchal Bugeaud et de monsieur Thiers tout à la fois… Croyez-vous que cela allait tenir longtemps à ce régime là… Qu’est ce qui a changé dans les banlieues françaises depuis 2005 ? Rien ! Ce retour de la violence, qui ça étonne encore ?

Fatoumata Sidibe ou le retour des négriers

"Dans l'armée coloniale, et plus spécialement dans les régiments de tirailleurs sénégalais, les officiers indigènes sont avant tout les interprètes. Ils servent à transmettre à leurs congénères les ordres du maître, et ils jouissent eux aussi d'une certaine honorabilité. "(Frantz Fanon)

Depuis Baudelaire, on le sait, le belge aime à singer la France, d’aucuns diront que ce tropisme fait partie intégrante de l’identité belge. Comme il se doit, ce mimétisme donne lieu à une copie bien en dessous de l’original. Mais quand l’original est lui même d’une médiocrité sans nom, que se passe-t-il ? Eh bien ça donne « Ni putes, ni soumises© » Belgique… Ainsi l’excroissance politico-médiatique française sur laquelle souffle tous les vents de l’opportunisme et de l’affairisme, a mis bas en Belgique d’un avorton aussi grotesque que pantomimique. Cet « avorton » associatif est présidé par Fatoumata Sidibe, devenue depuis lors députée au Parlement bruxellois. Jusqu’ici à rien de nouveau, c’est le commun des errements qui font le quotidien du Royaume. Si ce n’est un détail qui n’a rien d’anodin, le recours, ici, à un dispositif, une vieille ficelle qui date du temps des colonies, la figure de l’ « évolué » chère à la Belgique de grand papa. Car même dans les temps troublés que nous connaissons, l’ombre tutélaire et paternelle de Léopold II plane toujours sur le plat pays, le passé dure longtemps.... Ainsi l’évolué désignait l’Africain ayant un mode de vie occidentalisé acquis par une éducation de type européenne. Les évolués étaient la classe sociale intermédiaire entre Européens et autochtones, dans une période de ségrégation. Cette figure était parfaitement ambivalente, car si l’évolué est celui sorti des ténèbres par l’éducation du blanc, il reste une pâle imitation de celui-ci à son grand dam et l’on lui faire sentir à coup d’humiliations[1]. Cette situation de double bind est d’autant plus cruelle que l'évolué est perçu par le reste de la population africaine comme la « créatures du blanc »… Et que représente Fatoumata Sidibe, sinon la version postmoderne de cette figure là...? Soit un petit pantin, charmant certes, mais un pantin tout de même, qui est sujet des velléités de ses maîtres marionnettistes et de leur agenda caché. Qui sont-ils ? La fraction des ultras de la laïcité, qui est affiliée aux loges ad hoc parmi lesquels le fort libéral George Verzin et les acteurs d’un sionisme laïquement correct, celui du CCLJ. Et que lui soufflent ces ventriloques? Il faut libérer la parole des femmes, oui mais surtout dans les quartiers immigrés, les garçons arabo-musulmans, et leur hyper-masculanité présumée, sont les ennemis irréductibles des femmes. A ces ennemis désignés, il leur est associé le triptyque, violeur-voileur-voleur, répété ad nauseam. Répété à qui veut bien l’entendre, et ils sont nombreux à le vouloir!, ceux qui veulent se blanchir à si bon compte, d'autant que ce racisme vertueux c’est tellement confortable…A-t-elle conscience notre Pygmalion africaine, du rôle qui lui est imparti, celui de femme de petite vertu de la laïcité, soumise aux diktats et quolibets d'un altruisme impérial, car plutôt qu'un «guide du respect», il s'agit là d'un respect du guide... A-t-elle conscience notre danseuse noire de la laïcité de n’être que la voix d’un maître impuissant, la Joséphine Baker d’un ballet de tartuffes où s’affrontent quelques obscures volontés de puissance anémiques, au coeur de quelques ténèbres ministérielles … Libérer la parole certes, - haine de soi, complexe d'infériorité, larbinisme, lactification... - mais qui libérera Fatoumata Sidibe d'elle-même?

[1] « Oh ! abominables macaques… L’ingratitude qui noircit votre cœur à vous autres indigènes soi-disant évoluééés (sic) n’a d’égal que le ridicule orgueil qui vous gonfle bêtement la tête et vous pousse à oublier que c’est de notre propre volonté que les portes de la civilisation vous sont ouvertes petit à petit. Cependant vous vous impatientez déjà, comme si notre largesse était un droit absolu pour vous autres et une impérative obligation pour nous qui, de plein gré, avons pris la généreuse initiative de vous initier gratis... » (Lomami Tchibamba, Ngemena)

VOIR AUSSI

Réponse à la réponse

Cher Hugues, puisque nous voilà presque intime,

Injure, diffamation, et désinformation… quoi d’autres sinon. Ne dit-on pas que tout ce qui est excessif est insignifiant, pourquoi me répondre alors ? Tout cela n’est-il pas que de la bave de crapaud, quelle importance ? Et puis, en homme des médias, en acteur privilégié de la société du spectacle, tu sais l’efficacité de la conspiration du silence, n'existe que ce qui est perçu, n’est-ce pas ? Pourquoi tant d’honneur alors…Dans le doute, je salue toutefois cette sortie périlleuse (?)... Tu me vantes les vertus de la liberté d’expression en démocratie et peu après, tu m’indiques les limites de celle-ci, permet moi de te faire remarquer qu’elles sont vite atteintes. Et puis ce n’est guère glorieux, cette intimidation judiciaire à peine voilée, je n’ai jamais aimé la communication subliminale. Pour ce qui est de l’anonymat nos sociétés du contrôle nous apprennent qu’il sera toujours relatif, laisse nous cette infime marge de manœuvre tout de même. Pour le fond, tu as tiré un « rendement » maximal de ce fait divers soit trois articles en cinq jours, et ce n’est pas anodin. C’est bien d’Islam que tu as traité, par la bande il est vrai, je n’ai pas la berlue, je ne suis pas le seul à l’avoir relevé. Et cerise sur le gâteau, tu as associé par deux fois ce triste événement à « ni putes ni soumises », association controversée, tu as donc relayé leur combat plus que douteux et ce qu’il véhicule, avec les mêmes recettes qui ont eu cours en France, avec l’efficacité qu’on leur connaît. Ensemble de choses qui me font croire à une orchestration, ai-je tort de le croire? Pour ce qui est du contexte plus général, si l’islamophobie traverse bien l’ensemble des médias belges (comme ceux de l’Europe d’ailleurs), elle est subtile, feutrée et euphémisée, elle suggère plus qu'elle ne dit, le Soir, malgré ses bons sentiments, ne déroge pas à cette règle ; une série de signes montre que cette islamophobie est passée à une vitesse supérieure, à savoir à une islamophobie sans fioriture, brutale et partagée dans les plus hautes instances du pouvoir. Si l’on critiquait, parfois avec légitimité, l’Islam, aujourd’hui on s’en prend aux musulmans purement et simplement, l’association « insécurité, immigration, islam » est devenue naturelle, tandis que la rhétorique du choc de civilisation est dans toutes les têtes…Permet moi de réagir à cela, car là se situe la vraie liberté d'expression ! Tu me dis que ma comparaison est douteuse et non avenue. En quoi un fait divers est-il plus important qu’un autre, au point ou il mérite un traitement privilégié ? Quelle est la fonction d’un fait divers ? L’affaire Dutroux n’était-elle pas un fait divers stricto sensu ? Pourquoi s’est-elle transformée en fait de société ? Sur tout cela tu ne dis mot…Pour ce qui est du caractère douteux de ma comparaison, Bourdieu disait que « la distinction était le dégoût des goût des autres », cette comparaison est bien plus provocatrice que douteuse, la provocation a à mon sens une vertu pédagogique - «La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds» a écrit Brecht quelque part, la proximité et le caractère scandaleux permettaient de mettre à jours les points aveugles, les contradictions internes, les impensés, le ça va de soi de tes « engagements »… Si je ne conteste pas la ligne éditoriale du Soir, et quand bien même je le ferais qui s’en soucierait ?, je conteste toutefois l’alignement de tes articles sur les pires positions de la galaxie laïque, celles des laïcistes, je supporte ni leur bêtise dogmatique, ni leur posture de chevalier blanc. Car pour ma part je n’oublie pas que l’enfer est pavé de bonne intention et que « qui veut faire l’ange fait la bête ». Je n’oublie pas surtout que l’émancipation, ce n’est ni un projet clé en main, ni un kit dont on prend livraison au 18 de l’Avenue Stalingrad. Je n'oublie pas enfin que pour bon nombre de ces zorros de la laïcité, l'Universel s'arrête aux fontières de Fort-Jaco ou de Lasne…
Bien à toi tout de même.

Hugues Dorzée nous répond...


(Les lecteurs savouront...)



"Bonjour,
Etant personnellement mis en cause dans cette magnifique "Lettre à Hugues Dorzée", je me dois de réagir à ce post injurieux, diffamant et porteur de fausses informations.
1. J'ai envoyé un mail personnel à Bob (?) - passons sur l'anonymat, c'est la loi du genre sur la blogosphère- pour lui préciser que j'avais signalé son intervention en interne: rédaction en chef, service juridique et Société des journalistes professionnels (que je préside par ailleurs). Passons sur l'exploitation d'une photo "Soir" sans autorisation, ce qui m'intéresse c'est le contenu...
2. La liberté d'expression est un droit fondamental en démocratie. Bob en a usé ici et sur lesoir.be. très bien, à condition de ne pas outrepasser les règles élémentaires fixées dans tout manuel du droit à l'information...
3.Donc, je serais donc un affreux islamophobe, manipulateur d'infos, chasseur de sorcière, exploitant sans vergogne la mort de Sadia!!! Allons donc, Bob, soyons sérieux un instant! Depuis des années, "Le Soir" et moi avec, on se bat pour défendre une société multiculturelle, le respect des minorités, l'antiracisme, la lutte contre toutes les discriminations etc etc. Des centaines d'articles pour dénoncer les abus et soutenir les communautés, mettre en avant les aspects positifs de l'islam, de la culture arabo-musulmane, etc. Si Bob était un lecteur assidu, objectif et honnête du "Soir", il pourrait en attester...
4. Instrumentaliser la mort de Sadia! quel amalgame douteux! Oui, ce crime dit "d'honneur" est odieux, intolérable, indigne, sans légimité ni justification possibles, et sans doute prémédité (l'enquête en cours le dira...). Il est le fait d'une certaine tradition, toujours d'application dans certaines régions du Pakistan et ailleurs. Le fait que le droit des femmes progresse lentement timidement dans certains pays musulmans (Pakistan, Turquie, Maroc...) ne nous dédouanne pas de dénoncer cette réalité là aujourd'hui et maintenant.
5. Je n'ai JAMAIS écrit où que ce soit que ce crime est lié de près ou de loin à l'islam. L'islam est une religion ouverte et honorable, d'une richesse incontestable. J'ai d'ailleurs insisté dans mon long portrait de Sadia, largement alimenté (amis, enseignants, intervenants sociaux...) sur le fait qu'elle était une musulmane pratiquante qui, précisément, était radicalement opposée à la récupération politique de l'islam, à la violence et soucieuse du droit des femmes.
6. Rapprocher ce traitement d'un faits divers terrible avec un autre faits divers, glauque celui-là, mettant en cause notre ex-confrère Philippe S.auteur de sévices sexuelles sur des femmes, notamment musulmanes, est à la fois hors propos, douteux et médiocre. Plus inquiétant, cher Bob, ce que tu écris est faux de A à Z et tu trompes totalement tes lecteurs.
  • Un: l'intéressé a été licencié sur le champs.

  • Deux: "Le Soir" a traité avec une attention toute particulière ce fait divers (plusieurs d'articles en attestent...).

  • Trois: la rédaction a dénoncé avec force et vigueur ces pratiques abjectes et indignes d'un quotidien comme le nôtre.

  • Quatre: notre amie et regretté consoeur, Bénédicte Vaes, a été la seule journaliste belge a être allée sur place, au Maroc, pour recueillir la parole des victimes et réaliser un magnifique reportage plein d'humanité et d'indignation..

En 7, cher Bob. Oui "Le Soir" est un journal progressiste, laïque, contemporain soucieux de défendre des valeurs de tolérance, de respect des différences, de progrès social, d'émancipation, etc. Mon travail de journaliste s'inscrit dans cette ligne éditoriale là. Ici, c'est mon honnêteté intellectuelle, mon intégrité professionnelle et ma probité qui sont mis en doute, je ne peux le tolérer. Je tenais à le dire aux lecteurs des "Indigènes du Royaume" (un intitulé intéressant qui mériterait un article ;)... qui êtes vous? Un internaute, un collectif? Avec une filiation claire avec les Indigènes de la République...).

En espérant qu'ils feront suivre. Et en les invitant à lire "Le Soir" (ou d'autres journaux) avec distance et sens critique, pour se faire une opinion sans délires idéologiques, sans amalgames et sans désinformations ."


Hugues Dorzée

L’agenda caché...

L’incident de TvBrussel du 13 août dernier n’est pas qu'un accident regrettable, il n’a rien d’un coup de tonnerre dans un ciel serein, il y a tout lieu de croire qu'il est l’expression d’un discours qui se répand en Flandre comme une traînée de poudre, qu'il est la manifestation de la doxa politico-médiatique l'a plus commune au nord du pays. Dans un courrier du Vlaams Belang daté du 15 novembre, intitulé « Tout Accepter », on pouvait lire : « Dans la plupart des communes bruxelloises les bourgmestres ont été élus grâce aux voix musulmanes. Le bruxellois allochtone veut bien obtenir des sous grâce aux partis flamands mais ne pense pas à voter pour eux, mais vote Francophone » (sic). Ainsi selon le VB les bourgmestres francophones ont été élus avec les voix des musulmans qui prennent l'argent des flamands mais votent pour des francophones. Dans ce courrier, la « communauté musulmane » de Bruxelles, chère à Arthur Van Amerongen, a qui, nous dit-il, l’on doit l’élection des bourgmestres bruxellois, y était représentée sous la forme d’une photo de terroristes d’Al-Qaeda, cette photo avait pour légende « Be prepared for the REAL Holocaust ». On pourrait croire que c’est le fait de quelques extrémistes flamands, le malheur est que cette thèse semble partagée par d’autres partis flamands, de ceux qui se disent démocratiques. Par exemple, un représentant CD&V, il y a peu, devant les caméras de la RTBF avait déjà fait le même constat sous une forme plus euphémisée, il est vrai, il déclarait en substance qu’ « il n'est pas normal que les bourgmestres francophones de Bruxelles profitent des voix de naturalisés belges ». Par ailleurs, Guy Van Hengel, VLD, avait déjà demandé un recensement ethnique pour différencier les « vrais bruxellois » des « bruxellois d'origine étrangère ».
A quoi rêve le monde politique flamand? A une épuration ethnique (polite form of ethnic cleansing), à la disparition de « ceux qui égorgent des moutons dans des baignoires » de Bruxelles une fois pour toute ?

J'écris

De chez une vieille dame sous Prozac qui se dépêche de fêter ses 177 ans, de peur de ne pas se voir bicentenaire. D’un pays où tout referendum est jugé inutile, sans doute parce que les mentions peut-être/misschien/wohl ne sont pas prévues sur les bulletins. D’un murmuroir dont les intellectuels les plus écoutés sont des constitutionnalistes, des catapulteurs de pâtisseries, des humoristes désamorcés et le porte-parole de Test-achats. J'écris d’un assemblage fortuit de territoires dont la seule vision eschatologique repose sur des guéguerres d’acronymes. J'écris d’une nuit blanche où les gens se forcent à rester éveillés pour témoigner que le bruit des avions les empêche de dormir. J'écris d’un cœur de l’Europe, fier de son modèle de modestie mesquine et de mesquinerie modeste. Avant avant-dernier en lecture et compréhension de texte, mais premier quand il s’agit d’utiliser son personal computer. Pionner en matière de vote électronique, de carte d’identité à puce et de choix du sexe de l’enfant à naître. J'écris d’une baudruche à la pointe. J'écris d’une conscience dédoublée, d’un malaise. D’un pays si petit que tout le monde s’y connaît, mais où la moitié des gens ne veut pas comprendre l’autre. D’un vivier de réformes, d’aménagements, de consultations, de contrats stratégiques, de moratoires, d’octrois exceptionnels de subsides, d’index, de gel. J'écris d’un stade où on joue malgré tout le match, même s’il y a une trentaine de cadavres à côté du guichet des entrées. D’un supermarché fermé depuis 20 ans pour cause de hold-up avec mort d’hommes. D’un bureau de l’agence publicitaire qui a définitivement donné à l’arrogance du capitalisme une haleine de vodka. D’un manoir hanté qui a remplacé la notion de « mystère » par celle de « prescription ». D’un « laboratoire de démocratie » qui ne calcule pas toujours la dangerosité des germes qu’il dissémine ; où l’on arrive à identifier l’ADN de la salive au dos d’un timbre poste, mais pas celui d’une tache de sperme laissée sur le mur d’un saloir pour gosses malchanceux. J'écris d’un gouvernement que ses bévues rendent indigne de toute caricature. J'écris en direct du Ministère de la petite enfance, du Cabinet du plus moyen dénominateur. D’un parc d’amusement soi-disant trilingue, dont la sécurité des plus belles attractions est garantie par quelques caméras pivotant à 360 degrés, au fonctionnement simplissime : les images parviennent à un bureau de gendarmerie, lui-même relié à un standard téléphonique, qui peut soit vous renvoyer à la permanence de Monsieur le Ministre-Bourgmestre-Député. J'écris de la chambre d’un couple en instance de divorce qui veut pourtant garder confiance en l’avenir. L’un se réserve l’appartement avec vue sur mer et le jardin zoologique, l’autre sa verdure, son sirop et ses billets d’avion low price. Le seul point de discorde reste la cuisine équipée, où il est si convivial de préparer la popote à 25. Qu’en faire ? Une réserve naturelle où l’on observerait le biotope si particulier que peuvent constituer les Eurocrates et les Indigènes du Royaume ? Un Musée du Consensus et de la Neutralité, à classer au patrimoine de l’Unesco ? J'écris...

Le Frenchy Disneyland

Mainstreet. Commencez par remonter le temps, vous découvrirez un petit village gaulois. Vous y retrouverez tout le charme des beaux jours d'antan, un village magique dans lequel un Pinocchio menteur est la marionnette d’une force, qui le dépasse infiniment - appelons là main invisible ! L'Houdini, prince des bateleurs, joue avec brio sur les pulsions les plus basses, les passions les plus tristes de ces concitoyens - et il n’eut que l'embarras du choix. Ce n’était pas un Peter Pan certes, mais il les menait pourtant par le bout du nez, leur jouant du pipeau, instrument dont ils étaient si friands… Discoveryland. Faites un retour en arrière et découvrez comment les plus grands visionnaires du monde - Nostradamus, Napoléon, Adolf Hitler et Madame Soleil - ont imaginé l'avenir en beau... De la Terre à la Lune, fidèles à eux mêmes les gogos du Phantom Manor savent en leur fond intérieur que les lendemains ne chanterons pas, le sage aura beau montrer la lune, l’idiot ne pourra s’empêcher de regarder le doigt...Il ne leur restera plus qu’à partir pour une autre planète, celle des paradis artificiels, prozac, téloche et bibine, la terreur n’est pas française ! L’on programme pour eux, au final, des guerres des étoiles dans lesquelles ils pourront évoluer à tout jamais, en un orbitron atomique... Fantasyland. Citoyens de la République enchantée êtes-vous prêt à vivre les plus beaux contes de fées ? Vous avez voté pour la belle au bois dormant, Ceci l’impératrice, et bien vous vous voilà avec le Comte Dracula sous le bras…Déployez vos ailes et envolez-vous vers le Space Mountain, mais les pépins de la réalités ne sentent pas l’ail ou l’eau bénite... Adventureland. Un coup d'oeil à votre compas et cap sur la bougnoulie! Partez à la rencontre de féroces pirates barbaresques de la périphérie des esprits et découvrez les mystères de l'Afrique qui fait du sur place pour l’éternité, avant de vous perdre dans les profondeurs de la jungle du capitale aussi dérégulée que déréglementée. Traversez le bazar oriental du monde pour y dérober des essences exotiques et vendre vos colifichets, suivez le son des canons et leur politique sur le pacifique... Devenez un Indiana Jones de la globalisation! Frontierland. Venez revivre l'époque légendaire des colonies, où chacun savait garder sa place. Capitaine Nemo ne pouvait quitter le Nautilus. Époque de l'ordre du monde et du monde de l'ordre. Au programme : nostalgie du droit du fer et du sang, émotions partagées de la Volksgeist et sensations fortes et primales que permet la xénophobie assumée! Youpie...

La France Islamophobe

"Comment prévenir une confrontation entre l'Islam et l'Occident? Ce n'est pas la peine d'employer la langue de bois : cette confrontation est voulue par les groupes extrémistes tels qu'Al Qaeda qui rêvent d'instaurer, de l'Indonésie au Nigéria, un khalifat rejetant toute ouverture, toute modernité, toute idée même de diversité. Si ces forces devaient atteindre leur sinistre objectif, nul doute que le XXIe siècle serait pire encore que le précédent, pourtant marqué par un affrontement sans merci entre les idéologies" (Sarkozy)

On est tout d’abord sidéré du nombre de français qui sont devenus des docteurs de la loi en théologie islamique (sourates, hadiths tous le toutim!). On l'est tout autant du nombre d'adeptes absolus d’une liberté d'expression sans concession (sauf quand il s'agit de dire du mal de la France éternelle de son Histoire et son drapeau bien sûr...). On l’est enfin du nombre de féministes que comptent ce pays au m², on en trouve jusque dans l'assemblée nationale, elle si avare en membre du sexe faible pourtant...Et qu'est ce qui permet, cette si belle chose? Eh bien l'Islam, ce n'est pas merveilleux ça...Un miracle ! Que d’oubli pourtant. Rafraîchissons la mémoire aux amnésiques. L'extermination des indiens d'Amérique et des aborigènes d'Australie, c'est l'Islam... ? La colonisation cynique, violente, prédatrice sans aucun rôle positif, c'est l'Islam... ? Les deux guerres mondiales exterminatrices, c'est l'Islam... ? Les deux totalitarismes du XXème siècle (le nazi et le stalinien), c'est l'Islam... ? La shoah et sa solution finale, c'est l'Islam... ? Hiroshima, Nagasaki et ses expériences scientifiques à ciel ouvert, c'est l'Islam... ? L'horreur économique, c'est l'Islam... ? L'horreur écologique, c'est l'Islam... ? Dites moi, les hystériques islamophobes, les névrosés de l’identité française, les suprématistes « petits blancs », la guerre d’Algérie est finie, atterrissez !…Ne vous en déplaise les pays envahis jusqu’ici, ce sont des pays musulmans (Irak, Afghanistan, Somalie etc) et les envahisseurs sont occidentaux (Anglais, Américain, Hollandais, Danois etc)… 1,5 millions de morts et 4.5 millions de réfugiés en Irak, des centaines de milliers en Afghanistan, 650 tués en 2006 en Palestine… Cessez de feindre l'ignorance, vous le savez, ces derniers ont l'hégémonie culturelle, miltaire et économique pour eux.... Et les « islamistes », combien de divisions ? Cessez d’inverser les rôles, il y a les fantasmes et puis il y a le réel….Qui doit avoir peur de qui? A quoi assiste-t-on aujourd’hui ? A une « révolution conservatrice », à un grand bon en arrière qui ne veut pas dire son nom, voilà comment définir la France d’à présent… Tout y est, les velléités d’expéditions coloniales, « l’homme blanc » comme nouvelle icône, l’ethnocentrisme forcené pour toute perspective, la parade grotesque des nouveaux monsieur Prud’homme, « la bêtise à front de taureau » en guise de supplément d’âme, le « enrichissez-vous » de Guizot pour tout programme ….Une illusion pitoyable qui nous vient du passé et qui prend la forme d’une farce et d'une bouffonnerie. L'historien Zeev Sternhell disait que le fascisme était né en France, on voit aujourd'hui qu'il est loin d'être mort, il tient même la pleine forme. Il suffit, pour en prendre toute la mesure, de se promener dans le Sarkoland d’aujourd'hui : homme providentiel de la vidéosphère, parti unique de fait, idéologie fait de bric-à-brac, fin de l'histoire et sa parousie du marché, homme nouveau décomplexé à souhait, pureté identitaire, ennemi désigné… La France éternelle donc !

Putes et soumises à l’ordre postcolonial

Machine à fabriquer un racisme vertueux en désignant la figure détestable du « garçon arabe » à la vindicte populo-médiatique, au discours caricatural, sans aucune base sociale réelle, à l'opportunisme tant médiatique que politique sans limite, qui récupére tous les faits divers les plus sordides qui vont dans le sens d'un combat plus que douteux , et cela même au détriment des victimes(1), cette boursouflure associative s'appelle poétiquement "Ni putes ni soumises". Sa version belgicaine, comme il se doit, de part sa médiocrité mimétique, est encore pire que l'original...

« Permettez-moi (...) de saluer votre maman qui nous a rendu un grand service en vous mettant au monde » dit Jacques Chirac à Fadela Amara lors de l’inauguration de la Maison de la mixité, le 8 mars 2006. Avant, le 8 octobre 2004, lors de la 2ème université d’été du mouvement Ni Putes ni Soumises, il lui disait déjà : « Elle (la France) a besoin de vous ». Pour une féministe blanche, ces messages adressés à Fadela Amara, présidente du mouvement NPNS (Ni Putes Ni Soumises), apparaissent surréalistes, tout autant que sa nomination, en tant que féministe, à une secrétariat d’Etat. En effet, bien que le MLF – à l’exception du groupe Psych et Po – ait revendiqué le terme de « féministe » dans les années 70, dès les années 80 la connotation péjorative du terme était revenue en vigueur. Nouvelles Questions féministes notait alors que « féministe », ordinairement terme d’insulte, était devenu laudatif à partir du coup d’Etat militaire algérien « contre l’islamisme ». Une féministe algérienne était une héroïne, une féministe française une salope frustrée. « Vérité de ce côté de la Méditerranée, erreur en deçà » ? Comment expliquer cette contradiction : le statut des femmes est très important lorsqu’il s’agit de femmes venues du monde musulman, mais la lutte contre le patriarcat est tournée en ridicule, si ce n’est carrément méprisée quand elle concerne la France ? Ce qui se jouait entre les deux rives de la Méditerranée se joue aussi ici depuis plusieurs années. Le deux poids-deux mesures est devenu caricatural, on s’en est aperçu avec les raisons « féministes » de la loi contre le foulard. Les seules femmes opprimées sont les femmes arabes – et plus largement les femmes non-européennes ou d’origine non-européenne. C’est ici que la grille de lecture post-coloniale est éminemment utile : car comment ne pas reconnaître dans ce clivage la fameuse –et infâme –distinction opérée dans l’Algérie coloniale entre les « Français musulmans » et les « Français de souche européenne », les premiers étant des sujets de la République, tandis que les seconds étaient les seuls citoyens de ce département ? Les colonies n’existent plus, mais l’expression « Français de souche », loin de disparaître, connaît une fortune inespérée, et désespérante. Et le genre, comme au temps des colonies, est utilisé pour justifier le maintien de cette ligne de clivage entre les Blancs et les Bougnoules, présentés comme les pires sexistes de notre pays, ou peut-être même les seuls. Quand Nicolas Sarkozy dit, dans son discours du 14 janvier 2007 : « la soumission de la femme, c’est le contraire de la République, ceux qui veulent soumettre leur femme n’ont rien à faire en France », parle-t-il de tous les hommes violents ? Inclue-t-il ceux qui tuent par amour, ou par tradition bretonne ou angevine – une femme tous les trois jours, cela ne s’explique pas par la seule immigration – ou parle-t-il seulement de ceux qui tuent pour de mauvaises raisons, ou de mauvaises traditions ? On penche pour la deuxième hypothèse, sachant que Bertrand Cantat par exemple, déjà gratifié d’une peine minime pour un assassinat (comparez avec les peines des meurtriers « culturels », c’est-à-dire PAS « de souche ») et d’un régime carcéral de faveur, va bientôt sortir de prison, et d’autre part que si on prenait à la lettre les rodomontades de Sarkozy, le pays se trouverait singulièrement dépeuplé de sa composante masculine du jour au lendemain. Fadela Amara a compris tout cela, et propose au groupe dominant – blanc – une offre politique ajustée à sa demande malgré l’effet repoussoir qu’elle suscite chez les populations qu’elle est censée représenter. En effet, cette offre n’est ni plus ni moins que la continuation d’une politique de genre typique de l’ordre colonial. Elle consiste, aujourd’hui comme hier, à « extirper » les femmes arabes et noires de leur milieu. C’est une politique « gagnant-gagnant » car ses deux effets sont tous les deux positifs pour l’ordre établi : l’un pour les dominants en tant que blancs, l’autre pour les dominants en tant qu’hommes. En effet, cette politique d’une part casse les solidarités internes au groupe des « issus de » – en clair des Français de souche non-européenne. D’autre part elle exonère la société blanche de son sexisme, en transformant celui-ci en phénomène exotique, quasiment « importé » (comme quoi certaines délocalisations sont avantageuses). Voilà pourquoi Fadela Amara recevait les honneurs du PS, voilà pourquoi elle reçoit ceux de la droite. La petite trahison politicienne – le passage du PS à l’UMP – est sans importance, comparée à la continuité politique d’un gouvernement à l’autre, depuis trente ans, à l’obstination française dans le racisme et la misogynie, dans la capacité coloniale à lier les deux pour faire d’une pierre deux coups.

(1)« Je peux vous dire que ma sœur, si elle était vivante, ne serait pas une de leurs militantes » (Kahina Benziane)

Houria Bouteldja, porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République.
Christine Delphy, directrice de Nouvelles Questions féministes.

Le Hollandais vociférant

Chronique d'une soirée déplorable sur TvBrussel, à propos d'un livre, Bruxelles Eurabia, tous aussi déplorable que son auteur, Arthur Van Amerongen, journaliste (?) hollandais...

La logique du scoop est comme une seconde nature chez le journaliste. Tandis que l’Islam est devenu une bénédiction éditoriale : « Le livre promet d’être stupéfiant et hallucinant … », tenez le vous pour dit. Les vieilles ficelles de l'alarmisme sont de rigueur, pourquoi se gêner puisque cela marche toujours : « Bruxelles est une bombe à retardement ». Un pétard - mouillé ! - qui n'attend plus qu'une allumette chantait Bashung. Et derrière la dangerosité, derrière l'emploi de la plus plate et la plus répétée des métaphores, se cache la communauté marocaine ou musulmane, car dans le monde liquide de l'idéologie tout est dans tout, l'amalgame règne en maître : « C’est une communauté très dangereuse. C’est une bombe à retardement. » Il faut savoir user de propos simples et qui parlent à la partie reptilienne du cerveau, des propos primaires, péremptoires et efficaces : « Ils haïssent les Belges ». Mais il faut savoir élargir le champ de la haine et celui de la Belgique pourquoi pas, car nous sommes tous des belges « nous » les non-marocains : « Les Marocains nous haïssent ». On le dira jamais assez le moteur c’est la haine et elle peut être universelle, l'Occident n'est-il pas, en plus d'être universel, le synonyme de la civilisation chrétienne, ce joyau de « l'Homme blanc » ? : « C’est la haine de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Occident, de la culture chrétienne ». Mais qui hait qui? Le je hais donc que je suis vaut surtout pour celui qui l'énonce, c’est celui qui le dit qui a cette rage au coeur... Mais emporter par la haine, l'on est jamais à l'abri d'une note d’humour involontaire, cela vaut pour les tristes sires aussi: « Les Marocains sont plus dangereux que les Wallons. », bigre, cela fait froid dans le dos… Mais finalement que veulent-ils (mis à part faire fonctionner leurs haines glocales) ? « Ils veulent le califat ; ils veulent tout simplement un gouvernement qui dirige l’oumma de Bagdad jusqu’en Angleterre. ». Rien moins que ça, trois fois rien, une broutille, après la caricature le complot...Et puis d'abord qu’elle est l’origine de ce questionnement métaphysique sur la nature du marocain de Belgique? Elle prend sa source de l’étrange et obsédante blancheur d'une martyre bien de chez nous, sa Moby Dick à lui : « La Belgique a eu l’honneur d’avoir la première « martyre » blanche d’Al Quaïda : Muriel Delgauque ». Un mystère ontologique resté jusqu'ici sans solution, impénétrable, n’est pas le Capitaine Achab qui veut… Pourtant, comme pour « la lettre volée », la solution est devant vous, en évidence, Arthur n'est-il pas le symptôme d'une Europe qui se shoote à la haine pour évacuer sa vacuité et son impuissance? Et c'est armé d'un outillage scientifique hors du commun, que notre Tintin batave commence ses investigations périlleuses. Voyez ces chiffres glanés au café du commerce : «tous les attentats en Europe : Madrid, même en Angleterre… 80% sont des Marocains ». Et ceux-ci glanés dans quelques pissotières de la rue Haute : « 10% de Marocains sont des junkies, 10% sont radicaux ». Voyez aussi cet idéal-type qui rendrait jaloux n'importe qu'elle anthropologue : « C’est typiquement marocain de défendre toujours sa propre communauté ». Et en plus, il sont typiquement sales les bougres : « C’est typiquement Marocain, oui, ne pas balayer devant sa porte… » Et voyez enfin cette variation subtile sur la fourberie archétypale de l’arabe, vieille antienne tant de l'Orientalisme que du bon vieux temps des colonies: « L’hypocrisie des Marocains est terrible. ». Mais après l'analyse diagnostique, il y a le traitement et il est de choc : « Il n’y a pas de vie en commun. Les Marocains doivent s’adapter ou partir. » Voire même définitif, un genre de solution finale : « Ces gens, s’ils veulent vivre sous un régime orthodoxe, qu’ils aillent le faire ailleurs, mais pas à Bruxelles. » Qu’est-ce à dire si ce n’est une énième variation du prêt à penser de l'« orientalisme d’hypermarché » qui sévit aujourd'hui, qui prospére sous les auspices huntingtoniennes. Il se résume en cinq mots-clé qui leur font office de référence perpétuelle, car on ne compte plus le nombre de ceux qui ont lu laborieusement les 10 premières pages du « que sais-je? » sur l’Islam et qui se prennent pour des docteurs en théologie islamique. Cela donne "jihad", "oumma", " dhimmi ","fatwa ", et "charia", le compte est bon. Soit une misère intellectuelle qui s’ignore elle-même, c’est d'ailleurs sa fonction…




Le passé dure longtemps...

A propos d’une exposition coloniale : « La mémoire du Congo »

Qu’en auriez-vous pensé ? Que leur auriez vous dit ? Qu’auriez-vous dit à ces vieillards en retraite de chicotte, de l’arthrite plein les poignets et du Congo café cacao caoutchouc plein les dents, à ces vieillards venus, en famille, avec leurs descendants travaillant désormais comme coopérants ou pour les ONG, se rassasier de leur passé sous les tropiques ; jouir devant l’album photo ; à ces vieillards vérifiant scrupuleusement que le quartier blanc de Kinshasa avait été bien placé sur les cartes murales, tentant de retrouver un visage familier sous les casques coloniaux, derrière un cocktail pris en terrasse ou comptabilisant les mentions faites aux merveilleuses œuvres belge, à ces fameuses écoles primaires où l’on apprenait à lire pour comprendre qu’il fallait se soumettre, à ces kilomètres de chemin de fer, de tarmac, de rapports statistiques, à ces litres de vaccins au rein de singes déversés dans les veines de la main d’œuvre locale, à cette distance parcourue, à marche forcée ou au pas de charge, entre la barbarie et la civilisation, à cette distance sertie par des hommes nus portant les caisses à costumes des explorateurs et devenus ces pantins obséquieux au sourire et au corps endimanché, domestiqués, salariés, sortis des cases pour rentrer dans les grilles et les bidonvilles, ces hommes nouveaux, ces banania, dont ils traquent les errements et les merci depuis les années soixante. Que leur auriez-vous dit ? Les auriez-vous remercié, vous qui n’avez pas survécu ? Vous qui, le long de vos forêts et de vos lacs, portiez les bagages de ceux qui vous découvraient ? Vous qui avez construit les chemins de fer avec la chaîne au cou ? Les écoles avec la peur au ventre ? Qui avez récolté le caoutchouc et les mutilations ? Dont on brûlait les village, violait les femmes, prenait les enfants ? Vous qu’on affamait, qu’on humiliait, qu’on exposait au jardin d’acclimatation, avec l’affichette zoologique « ne pas nourrir », le manuel de dressage, le grade subalterne dans la hiérarchie darwinienne ? Vous dont les enfants n’ont connu que les gifles des curés, des commerçants, des bureaucrates, des officiers ?

Vous dont les enfants ont été embourbés dans les guerres européennes ? Vous dont les enfants et leur propre descendance ne doivent survivre que dans le registre du demandeur, du saltimbanque et du sportif ? Avec pour goupillon existentiel les grimaces de Joséphine Baker ou le regard suppliant obséquieusement servi sur le colis de surplus agricole euro-américain ? Vous dont les enfants et leur propre descendance n’existent que comme objets de rapports de l’OMS, du HCR ou de la FAO ? Vous dont la descendance n’est que libérée sous condition ? Les auriez-vous remercié, ces vieillards et leur mioches humanitaires ? Ces vieillards qui vous forcèrent à croire que vous n’étiez rien pour mieux vous faire passer de rien à pas grand chose ? Pour vous livrer à Mobutu et à l’ONU ? Et qu’auriez-vous dit aux historiens ? Aux historiens nuancés ? Aux historiens pourfendeurs de « colonialisme primaire » ? Aux historiens de ce musée qui qualifient vos mains coupées, la destruction de vos cultures et la perte de votre liberté d’ « abus », de simples abus, d’erreurs de parcours, sous-entendant que vous soumettre, vous classer, vous utiliser, vous dresser était, au fond, bon, honorable et moralement correct ? Qu’auriez-vous dit aux historiens qui s’autorisent à chipoter sur les chiffres des baisses démographiques pour permettre à Léopold II de montrer à nouveau barbe blanche dans le misérable panthéon du néo-nationalisme belgicain ? Aux historiens qui s’autorisent à relayer l’idée que c’est pour vous sauver de l’esclavage que les Belges vous ont soumis aux travaux forcés et qu’ils ont donné à Tippo-Tip le contrôle d’une part des territoires conquis ? Aux historiens qui s’autorisent à parler de « rencontres entre cultures » dans le cadre de la domination coloniale ? Franchement, que leur auriez-vous dit à tous ces gens là ? A toutes ces mémoires sélectives, électives ? Que leur auriez-vous dit à tous ces bons blancs qui n’ont pas changé depuis deux siècles, sauf pour affûter leur mauvaise foi et se croire autorisé à l’empathie parce que c’est eux qui tiennent les caméras ? Qu’auriez-vous pu dire, sinon : « à bientôt ».

Frédéric Dufoing, Co-directeur de la revue Jibrile


L’ethnoscape


L’anthropologue américain d’origine indienne Appadurai définit le concept d’ ethnoscape de la manière suivante :

« Par ethnoscape, j'entends le paysage formé par les individus qui constituent le monde mouvant dans lequel nous vivons touristes, immigrants, réfugiés, exilés, travailleurs invités et d'autres groupes et individus mouvants constituent un trait essentiel du monde qui semble affecter comme jamais la politique des nations (et celle qu'elles mènent les unes vis-à-vis autres). Il ne s'agit pas de dire qu'il n'existe pas de communautés, de réseaux de parenté, d'amitiés, de travail et de loisir relativement stables, ni de naissance, de résidence et d'autres formes d'affiliation; mais que la chaîne de ces stabilités est partout transpercée par la trame du mouvement humain, à mesure que davantage de personnes et de groupes affrontent les réalités du déplacement par la contrainte ou le fantasme du désir de déplacement. En outre, tant ces réalités que les désirs fantasmés fonctionnent à présent à plus grande échelle, à mesure que les hommes et les femmes de villages indiens ne rêvent plus seulement à Poona ou à Madras, mais bien à Dubaï ou à Houston que les réfugiés sri-lankais se retrouvent en Inde du sud aussi bien qu'à Philadelphie. Et tandis que le capital international modifie ses besoins, tandis que la production et la technologie génèrent des besoins différents, tandis que les États-nations modifient leur politique vis-à-vis des populations réfugiées, ces groupes mouvants ne peuvent jamais, quel qu'en soi leur désir, laisser leur imagination trop longtemps inactive.» *

En voici les caractéristiques principales :

L’ethnoscape, c’est la « forme imaginée » qui héberge les corps qui voyagent, les corps qui sont en mouvement. Soit un espace social qui est aussi un espace mental. L’ethnoscape fournit le climat qui les protégent du stress du voyage, et de la globalisation. Soit un climat. L’ethnoscape, c’est la forme d’existence que ces corps voyageurs imaginent afin de se préserver du stress inhérent au contact trop radical avec d’autres cultures, d’autres climats, d’autres habitudes. Soit un style de vie. L’ethnoscape diminue le stress, mais il permet aussi aux voyageurs de développer la faculté de nouer des relations affectives et effectives avec des gens issus de cultures différentes. Soit un outil de communication. Les ethnoscapes sont mis en forme par des techniques médiatiques qui rendent possible d’imaginer, par exemple, une Inde fluide dans la ville de Chicago, une turquie liquide au sein de Bruxelles. Leur véhicule, leur vecteur par exellence est donc un support technique et médiatique. L’ethnoscape désigne donc ces formes d’existence qui permettent aux déracinés de répéter, néanmoins, certaines habitudes culturelles dans un « espace autre ». Soit un "kit" adapté et confortable. L’ethnoscape, en tant que forme d’existence métanationale, préserve les déracinés et les voyageurs d’un contact trop stressant avec la forme d’existence de l’Autre. Il produit une distance impénétrable à travers la proximité géographique. Il aide ces déracinés à établir un continuum entre la vie d’avant et la vie de maintenant; l'ici et le la-bas. Soit tout à la fois un pont et une muraille...

Ce concept de mondes imaginés, de bulles culturelles, à qui sait regarder de près, explique non seulement, les émeutes de jeunes d'origine turque de Schaerbeek/Saint-Josse de ces derniers jours que le succès des télévisions satellitaires, mais il explique également la montée de la xénophobie et le retour du discours sur l'identité dans l'Europe d'aujourd'hui. N'est-ce pas là un miracle de l'intelligence humaine?

*Arjun Appadurai, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation. Petite bibliothèque Payot, pp 71-72

De quelques spécificités belges quant aux rapports à la "négritude"

"Le club de football du FC Brussels a été averti ce vendredi matin que son contrat le liant avec son sponsor principal, le constructeur automobile Kia, était dénoncé en raison des propos racistes tenus cette semaine par le président du club Johan Vermeersch envers son joueur congolais Zola Matumona. " ( Le Soir)

En Belgique métropolitaine, contrairement aux autres Empires coloniaux, il n’y a pas eu de contact entre la population belge et les indigènes congolais durant toute l’époque coloniale. Puisque, d’une part, les autorités censuraient, filtraient systématiquement toutes informations en provenance des colonies ; et d’autre part, l' accès au territoire belge était interdit au indigènes dans la pratique.

Dans "Zoos Humains. Au temps des exhibitions humaines" (1), les auteurs montrent que les exhibitions étaient conçues pour un public de masse et permettaient aux classes populaires, elles mêmes à peine cultivées, d’acquérir un sentiment de supériorité légitimant la nécessité de la mission civilisatrice de leur pays. Moyen de propagande efficace, les exhibitions humaines permettaient donc aux gouvernements de s’assurer le soutien de leur opinion publique respective. Toutefois à la différence des autres puissances coloniales, ses expériences ne furent pas prolongées. Elles furent interrompues en 1897, suite à un scandale provoqué par le décès de sept congolais, aujourd'hui enterrés à Tervuren. Depuis lors la propagande coloniale belge se limita à la diffusion d’images, d'affiches, de livres et films. Il fallut attendre l’exposition universelle de Bruxelles en 1958 pour revoir des êtres humains exhibés. Cette mise à distance scénarisée avait l'avantage d'éviter tous contacts directs et tous risques de sympathie ou d'empathie envers ses derniers.
Par ailleurs, la Belgique, durant les deux guerres, contrairement à la France, n’a pas puisé dans dans le capital humain que lui permettait sa colonie . Ainsi les troupes coloniales belges ont uniquement combattu sur les fronts du continent africain. Aussi dans l'imaginaire collectif belge, il n'y eut pas de "tirailleurs congolais", tout à la fois héros et martyrs, venus défendre la mère patrie en danger. Il faut également noter que la politique d’éducation des missionnaires visait à ne pas former d' intellectuels. Mais plutôt des prêtres, des petits fonctionnaires (postiers...). Ainsi qu' à développer l’enseignement technique et spécialisé. Ceci avait pour fonction d’éviter les risques de révolte contre le pouvoir colonial en place. Et si l'on ne forme pas d’intellectuels, on ne risque pas de les accueillir dans des universités de la métrople. Ainsi, il n’y eu en Belgique qu’une poignée d’individus admis dans les universités dans les années 50 alors que Paris, àa même époque, accueillait un nombre important d’étudiants africains, antillais, réunionnais et guyanais.

Et enfin, après guerre, à l'inverse des autres empires coloniaux, la Belgique ne fit pas appel aux travailleurs de ces anciennes colonies d'Afrique Centrale, mais plutôt à une main d'oeuvre issue des pays méditeranéens.(2) Soulignons également le caractère discret et très peu public des débats concernant la décolonisation. Il a fallu vingt ans pour que de tels débats soient posés en place publique. Cela s’explique notamment par le fait que les hégémonies actives au temps colonial, à savoir la trinité suivante : Eglise, Etat, Grandes sociétés - sans oublier la Couronne -, ont longtemps pesé de tout leur poids pour décourager toute critique. (3) Par ailleurs, l'indépendance, comme souvent, n’a pas été acceptée sans frustrations et ressentiments de part et d'autre, d'autant plus que des relations ambiguës s'étaient nouées entre le pouvoir belge et la dictature de Mobutu.
Cela ne serait que débat d'historien, si le "passé-présent colonial" ne demeurait pas occulté sous de faux masques et actif aujourd'hui plus que jamais....

(1) Bancel Nicolas, Blanchard Pascal, Bortsch Gilles, Deroo Eric, Lemaire Sandrine, Zoos Humains, Paris, Ed La Découverte, 2004. (2) Kagne Bonaventure, « Africains de Belgique, de l’indigène à l’immigré », in Hommes et migrations, n°1228, Novembre/Décembre 2000, pp. 63-64. (3) De Moor Françoise, Jacquemin Jean-Pierre, Notre Congo/Onze Kongo, La propagande coloniale belge : fragments pour une étude critique, Bruxelles, CEC, 2000, p. 6.